22/11/2017

Priorité à la cohésion sociale de la Suisse !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.11.17

 

Serge Gainsbourg, dans l’une de ses apparitions visuelles qui ne fut pas des plus heureuses, avait un jour allumé son briquet, et grillé, devant la caméra, un billet de banque. Le Français sans dents, celui qui ne touche presque jamais le moindre billet, avait apprécié. L’image m’est revenue, ce dimanche 19 novembre, à la lecture de la presse alémanique, lorsque j’ai appris que la Suisse remettait ça, dans la grande plaisanterie dite du « milliard de cohésion » pour l’Europe de l’Est.

 

Il s’agissait, il y a une décennie, en pleine euphorie de l’idéologie des bilatérales, d’aider les nouveaux membres, depuis 2004, de l’Union européenne : Chypre, Estonie, République tchèque, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie. Dans cette théologie du Marché-Roi, le dogme sanctifiait l’échange et l’ouverture des frontières : il fallait les favoriser à tout prix. Par exemple, en injectant un milliard. L’exercice étant arrivé à terme cette année, voilà que Berne, sous l’impulsion de M. Cassis, entendrait le reconduire, avec cette fois 1,3 milliard, rallonge due à la Bulgarie, la Roumanie et la Croatie. Petit cadeau de bienvenue à M. Juncker, le président de la Commission européenne, en visite en Suisse ce jeudi 23 novembre. Que du bonheur !

 

En apprenant la volonté de Berne de reconduire cet accord, mon sang, comme celui d’un très grand nombre de nos compatriotes, n’a fait qu’un tour. Et j’ai pensé à Gainsbourg. Car enfin, parlons de cohésion, oui ! La cohésion, comme citoyen de ce pays, je suis pour ! Ce milliard, injectons-le dans une aide, à l’intérieur de nos frontières, à nos concitoyens les moins favorisés. Dans un pays qui patine dans sa recherche de solutions pour redessiner l’avenir des retraites, ou faire baisser les primes maladies, ou aider les seniors en difficulté, ou les jeunes à trouver un emploi, il y a peut-être d’autres priorités que de griller un milliard pour une institution, l’UE, dont nous ne sommes même pas membres. Nous devons bien être les seuls au monde à pratiquer aussi allègrement une telle inversion des priorités, entre les nécessités de nos équilibres internes, tellement essentiels à la substance même de notre pays, et le souci d’image à l’extérieur.

 

Si nos élites bernoises, M. Cassis en tête, ne perçoivent pas cela, c’est qu’elles n’ont strictement rien saisi aux profondes mutations de nos pays d’Europe, en dix ans. Les grandes illusions multilatérales ne fonctionnent plus. Nos sociétés veulent revenir à des repères nationaux. Et construire, oh oui, des cohésions sociales qui accordent la priorité aux résidents des différents pays. Cela s’appelle la préférence nationale. Il n’y a là aucune xénophobie, aucun rejet de l’Autre. Simplement, on resserre les liens, à l’intérieur de nos différentes communautés de destin, définies pas l’Histoire, le sang versé, les traités, les frontières. Cela s’appelle une nation. Pas le nationalisme ! Pas la violence ! Pas la guerre ! Non, juste la reconnaissance de ce qui, à l’intérieur d’un périmètre, nous est commun.

 

Pascal Décaillet

 

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21/11/2017

Populistes, veuillez perdre, SVP !

 

Sur le vif - Mardi 21.11.17 - 15.01h

 

Allemagne : c'est la faute aux populistes, s'ils ont percé aux dernières élections. En substance, la puissante réflexion éditoriale de la TG, ce matin.

 

En clair : Mesdames et Messieurs les "populistes", veuillez, si vous tenez absolument à vous présenter à des scrutins, faire campagne discrètement, à reculons, sans bruit, et surtout sans déranger l'ordre établi, soit les partis jusqu'ici au pouvoir. De sorte qu'ils puissent y demeurer.

 

Et veuillez, le jour du verdict, avoir la décence de perdre.

 

Pascal Décaillet

 

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20/11/2017

Le billet de Gainsbarre

 

Su le vif - Lundi 20.11.17 - 10.28h

 

Au citoyen, père de famille, contribuable et petit entrepreneur que je suis, il faudra un jour expliquer pourquoi la Suisse grille un milliard (comme Gainsbourg, son billet) pour la "cohésion" de l'Union européenne. Dont l'élargissement inconsidéré à l'Est déploie ses effets dévastateurs.

 

Il ne me dérangerait pas qu'on investisse ce milliard dans la cohésion sociale... de la Suisse ! Les plus précaires de nos compatriotes en ont sacrément besoin.

 

Pascal Décaillet

 

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19/11/2017

Venus du verbe naître

 

Sur le vif - Dimanche 19.11.17 - 14.28h

 

D'ici peu, l'attention obsessionnelle vouée, sous nos latitudes, aux "sujets de société", plus emberlificotés les uns que les autres, et jusqu'à la 767ème reconnaissance du 767ème genre par telle Cour de Poméranie, laissera la place à un retour de quelques fondamentaux, simples et rassembleurs, autour des notions de "Gemeinschaft" et de patrie. La défense d'une communauté humaine, d'un partage de valeurs, au sein de périmètres donnés.

 

Définis par qui, ces périmètres, ces frontières ? Par le Ciel ? Évidemment que non ! Définis par le long frottement de l'Histoire, les conflits, les guerres, les traités, les accords signés, en fonction du rapport de forces (jamais définitif) d'un moment.

 

Les contours de nos nations ne doivent pas un seul millimètre au hasard. Ils sont le fruit de chaînes de causes et de conséquences, bref ce que Thucydide (460 - 395 av. JC), dans sa Guerre du Péloponnèse, exprime comme démarche, sans jamais (comme le rappelle le Professeur André Hurst) utiliser le mot "Histoire".

 

Lorsque le tragique, du Liban ou de Syrie, d'Ukraine ou d'Iran, du Yémen ou de Somalie, revient sonner à nos portes, alors oui - pour une fois j'utilise ce mot - il y a risque de "mondialisation des enjeux". C'est cela que j'entends, lorsque j'écris "Le Proche-Orient, c'est nous".

 

Mais, paradoxalement, cet élargissement de l'horizon des conflits, jusqu'à nos rivages paisibles, amène les peuples, non à sombrer encore plus dans l'opium d'une appartenance planétaire, mais au contraire, à resserrer les rangs au sein de communautés précises, longuement définies dans l'espace et la durée, tenues par un partage de mémoire, d'émotion, de reconnaissance. C'est cela que, pour ma part, j'appelle la patrie, ou même la nation.

 

Pas le nationalisme ! La nation, simplement.

 

Venue d'un verbe latin, qui veut dire naître.

 

Pascal Décaillet

 

 

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18/11/2017

Financer les Pharaons, non merci !

 

Sur le vif - Samedi 18.11.17 - 09.42h

 

Thierry Savary, patron de Radio Fribourg, par ailleurs fort agréable à écouter, vient de commettre un autogoal dans l'affaire No Billag, sur la RSR.

 

Il évoque un très ambitieux projet, très onéreux aussi, de centre multimédias à Fribourg, avec investissement immobilier. Bref, un univers qui relève totalement de l'économie privée, et n'a en aucun cas à être financé par le denier public.

 

Il en profite pour souligner à quel point ce projet - passablement mégalomane, à première écoute, limite pharaonique - serait en danger, si la redevance disparaissait.

 

Autogoal ! Si l'opinion publique peut comprendre que la redevance serve à soutenir des programmes, la mise en valeur d'une région, la voix donnée à ses habitants (toutes choses que Radio Fribourg, comme les TV privées régionales, assume fort bien), elle sera beaucoup moins ouverte à apprendre qu'elle doit financer des projets de développement relevant purement de l'investissement privé.

 

Et c'est tout le drame de No Billag, avec son côté "tout ou rien". La vraie réflexion - je le dis depuis des années - doit porter sur la séparation entre soutien, non à des chaînes entières, mais à des PROGRAMMES, ou prestations journalistiques, jugés d'intérêt public, et, de l'autre côté, la part d'aventure privée des entreprises, qui n'a pas à recevoir un seul centime de subvention.

 

Idem, lorsque la RTS nous brandit son projet titanesque sur un campus lausannois. On espère que cette aventure sera financée par ses gains publicitaires. La redevance - si elle doit exister - doit soutenir, partout en Suisse, privé ou SSR, la plus-value dans l'ordre du sens (information, débats, reportages, émissions citoyennes ou culturelles, sport de proximité, etc,). Cela, oui. Mais en aucun cas, elle ne doit s'appliquer aux projets d'investissements à risques, ou aux aventures immobilières des uns et des autres.

 

Elle ne doit pas soutenir, à l'aveugle, des entreprises entières (privées ou SSR, peu importe). Mais, à l'intérieur de chacune de ces entreprises, apporter son appui ciblé à des ACTES JOURNALISTIQUES jugés d'intérêt général.

 

Une comptabilité rigoureusement séparée, à l'intérieur de chaque entreprise, entre ce qui relèverait de la subvention, et ce qui a trait au risque entrepreneurial dans les investissements, s'impose donc.

 

Évidemment, nous sommes là dans des considérations un peu plus nuancées, plus professionnelles aussi dans l'approche et l'expérience, que la théologie d'Apocalypse, entre le tout et le néant, le Salut ou la damnation, que nous propose No Billag.

 

Pascal Décaillet

 

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16/11/2017

L'Orient compliqué

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.11.17

 

Alors que les Fêtes approchent, un nouveau conflit menace de ravager la région, déjà si meurtrie, du Proche-Orient. Il pourrait, dans le cadre plus large de la rivalité entre Chiites et Sunnites, ces deux grandes familles de l’Islam, avoir comme théâtre d’opérations le Liban. Sur le territoire duquel se trouvent les formations du Hezbollah.

 

Le Liban ! Ce pays ami, si proche, si cher à nos cœurs. J’ai eu la chance de m’y rendre en 1966, ainsi qu’en Syrie, avant de retourner souvent au Proche-Orient. A cette époque, on comparait le Liban avec la Suisse. Les vallées, la montagne, la mosaïque des peuples, des religions.

 

La suite, on la connaît : l’intervention d’Israël en 1982, les longues années de guerre civile, le pays déchiré, livré aux factions, l’unité défaite. Sans compter, beaucoup plus récemment, l’accueil d’un nombre impressionnant de réfugiés syriens, suite à la tragédie de ce pays.

 

Nous, Suisses, devons faire savoir aux Libanais qu’ils sont nos frères, nos semblables. Qu’ils soient musulmans, chrétiens, de telle ou telle tribu, peu importe. Ils sont les enfants d’un pays pluriel. Jamais aussi noir que dans la discorde. Mais jamais aussi beau que dans la rencontre de l’autre.

 

Nous, Suisses, avons eu la chance, au fil des siècles, de nous construire au-delà de ce qui nous sépare. C’est un petit miracle. C’est cela, là-bas, dans l’Orient compliqué, que nous devons souhaiter à nos amis libanais.

 

Pascal Décaillet

 

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15/11/2017

Genève, ton industrie fout le camp !

topelement.jpg Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.11.17

 

Du lundi 6 au jeudi 9 novembre, j’ai consacré quatre éditions successives de Genève à chaud au véritable démantèlement qu’est en train de subir l’industrie genevoise. Je me suis concentré sur l’exemple d’ABB Sécheron, dont on connaît le train de suppressions d’emplois, avec délocalisation d’activités dans la ville polonaise de Lodsz. Mais on peut ajouter Givaudan, fleuron de l’industrie du parfum à Genève. Et tant d’autres exemples ! Au fil des années, que reste-t-il d’un secteur secondaire qui fit, naguère, la fierté de notre canton ? Nos autorités, chargées de l’Economie, ont-elles bien pris la mesure de la gravité des événements ? Se sont-elles montrées anticipatrices ? Ont-elles vu venir les drames sociaux qui menacent certaines entreprises ? Ont-elles, pour l’avenir, la justesse de perspective qui s’impose ?

 

Il ne s’agit pas de se cramponner à une vision de l’industrie puisée dans l’univers romanesque de Zola, celui des gueules noires, ni d’idéaliser le bleu de travail autour d’une machine de production aux gestes mille fois recommencés. Bien sûr que le monde change ! Pour autant, la métallurgie n’est pas morte. Ni l’extraction de matériau, ni la transformation de ce dernier pour construire des machines, des voitures, des trains, des ascenseurs, des trams, des bus. La preuve : la ville polonaise de Lodsz est jugée digne, elle, de le continuer, ce travail ! Avec, on l’imagine aisément, des salaires et des coûts de productions infiniment moindres que chez nous. Ainsi fonctionnent les multinationales, c’est leur principe, leur logique.

 

Face à cette conception, planétaire, où le rendement financier l’emporte sur toutes choses, il nous appartient, à Genève comme ailleurs, de réinventer le concept, jugé ringard par une clique de mondialistes, d’économie nationale. Entendez, la production industrielle, ou agricole, au service prioritaire des populations de proximité. Au service des individus, des familles, de la cohésion sociale. Et non au service de l’actionnaire, qui veut optimiser son profit, et peu importerait le lieu de production ! Sécheron, à Genève, c’est notre Histoire, nos émotions d’enfants qui visitaient ces usines, nos proches parfois qui y travaillaient. C’est notre patrimoine, notre mémoire. Au même titre qu’un musée, après tout. Dans les mêmes locaux que j’ai visités au milieu des années soixante comme lieu de production industrielle, j’ai vu, trente ans plus tard, Patrice Chéreau et Pascal Greggory, dans l’inoubliable interprétation de « La Solitude des champs de coton », de Koltès. Sublime grandeur de la friche industrielle, lorsque que la création continue, portée par d’autres énergies, vers d’autres horizons.

 

C’est cela que Genève doit sauver. L’esprit industriel. Quel que soit le produit fabriqué. Cela passe par des hommes et des femmes, des passions, des risques, de la confiance. Cela, aussi, que nos autorités doivent comprendre : ce capital-là, nourri d’estime et d’inventivité, vaut bien tous les profits du monde, sur toutes les actions, jouées en bourse. Comme on jetterait des perles. A des pourceaux.

 

Pascal Décaillet

 

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13/11/2017

Corps célestes

 

Sur le vif - Lundi 13.11.17 - 09.40h

 

Pendant que, sous nos braves latitudes apaisées, en Suisse, en France, en Allemagne, on n'en peut plus de débattre de sujets de société, dans l'interminable sillage de Mai 68, avec ses prétendues "libérations", voici que la guerre, la vraie, ne tardera pas à se rappeler à nos bons souvenirs.

 

La guerre, terrible, avec ses armes, ses cortèges de morts.

 

Celle qui se prépare au Proche-Orient, avec hélas comme terrain le Liban, sera de nature à retenir nos attentions. Et pourrait exporter ses conséquences, bien au-delà de la région. Le Proche-Orient, c'est nous.

 

Quant à nous, surtout ne désarmons pas. Le tragique de l'Histoire, toujours, peut revenir, sonner à nos portes. Et réveiller nos consciences gisantes, au milieu de l'errance et de l'amnésie.

 

Ce jour-là, nos querelles sur le sexe, le genre, la parole inclusive, nous sembleront, d'un coup, si vaines, si périphériques, si luxueuses.

 

Si célestes.

 

Pascal Décaillet

 

13:30 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/11/2017

C'est le jeu, c'est la vie

 

Sur le vif - Dimanche 12.11.17 - 14.35h

 

Si tu ambitionnes un acte pamphlétaire, c'est bien, c'est courageux. Mais je te préviens : si c'est un VRAI pamphlet que tu commets, alors tu vas en prendre plein la poire.

 

Tu veux croquer les puissants, ceux qui abusent de leur pouvoir ? Fort bien. Mais alors, attaque-toi, le plus directement possible, non aux dictateurs qui sévissent à vingt mille kilomètres de chez toi, mais au VRAI pouvoir abusant, chez toi. Dans ton périmètre, ton environnement immédiat. Des gens qui pourront te lire, t'écouter, t'attaquer, te créer des emmerdes, te traîner en justice. Là, oui, tu prends un risque.

 

Attaque-toi aux pensées dominantes, terrorisantes de consensus, celles qui, chez toi, autour de toi, étouffent tout débat. Là, oui, ton verbe sera au service d'un contre-pouvoir. Mais toi, tu prendras des coups. C'est ainsi que ça fonctionne, c'est le jeu, c'est la vie.

 

Tu voudrais écrire un pamphlet - ou, beaucoup mieux, le gueuler - dans le microcosme de la Suisse romande ? Très bien. Alors, attaque-toi à ce qui, dans ce creuset-là, bien précis, apparaît dans l'espace public comme inattaquable. Dès lors, il faudra t'attendre, parfois, à défendre ce qui est réputé indéfendable. Et là, plus que jamais, tu prendras des coups.

 

Tu auras contre toi tes confrères, oui tes pairs, pour avoir commis l'impair. Tu auras contre toi les humoristes, ces grands serviteurs, hélas si souvent, du pouvoir et des convenances, des courants majoritaires, des pressions dominantes. Tu auras contre toi les petits malins des réseaux sociaux, qui n'en peuvent plus de guetter, à l'affût du moindre "dérapage", eh hop, mise au pilori, copie aux Ligues bien pensantes, aux collectifs autoproclamés de défense de toutes les minorités possibles et imaginables.

 

Tu auras écrit - ou, beaucoup mieux, parlé - et tu auras ligué contre toi ceux-là même dont tu dénonces les collusions. En se ruant sur toi, ils te feront mal. Mais en même temps, ils auront exactement prouvé la justesse de ton propos.

 

Agiras-tu ? Te tairas-tu ? Tu es libre, totalement libre. Nous sommes tous libres.

 

Pascal Décaillet

 

14:59 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/11/2017

Parfum d'échec

 

Sur le vif - Vendredi 10.11.17 - 10.30h

 

Et maintenant, 30 licenciements chez Givaudan. Émigration vers Zurich, ou la Chine. Le secteur secondaire genevois s'évapore.

 

Pendant ce temps, au plus haut niveau politique chargé de s'occuper d'économie, on sautille comme des cabris en répétant le mot magique : "innovation".

 

Certains de ces beaux parleurs n'ont jamais rempli une fiche de salaire de leur vie.

 

Des mots. Du vent. Pour faire des voix.

 

Un parfum d'échec.

 

Pascal Décaillet

 

14:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/11/2017

De la noblesse, et puis du style

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.11.17

 

J’ai passé mes premières années dans le quartier de Sécheron, il y avait ces usines, qui me fascinaient, elles représentaient pour moi l’avenir, la croissance, et pourquoi pas un emploi futur, que j’imaginais, allez savoir pourquoi, dans l’industrie. Le seul mot « Sécheron », dans ma tête, a toujours été magique, même si le site de production a émigré à Meyrin, la multinationale ABB a englobé tout cela, il demeure un parfum de noblesse, celui de ces années où l’industrie genevoise avait encore des fleurons. De la noblesse, et puis du style.

 

Aujourd’hui, ce qui se passe sur le site genevois d’ABB Sécheron est une catastrophe. Une centaine d’emplois supprimés, ainsi que 43 postes temporaires, pour cause de délocalisation dans la ville polonaise de Lodsz. D’aucuns se contenteront de hausser les épaules, ils nous diront que c’est la vie, que la bonne vieille industrie de naguère n’a plus sa place à Genève, qu’il faut se reconvertir dans les cleantechs.

 

Je veux bien. Mais alors, pourquoi la fabrication des mêmes pièces aurait-elle davantage sa place au fin fond de la Pologne ? Parce que la vie y est moins chère ? Les salaires, moins élevés ? Une chose est sûre : le Conseil d’Etat, avec ses deux ministres responsables du dossier, MM Maudet et Poggia, doit entreprendre toutes choses pour trouver une solution. Si la politique économique et sociale d’un canton doit servir à quelque chose, c’est bien sur ce genre d’exemples qu’on en jugera. Les salariés d’ABB méritent au plus haut point qu’on les soutienne. Et l’industrie, y compris lourde, a encore sa place à Genève.

 

Pascal Décaillet

 

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08/11/2017

France-Iran : l'espoir d'une ouverture

 

Sur le vif - Mercredi 08.11.17 - 14.20h

 

Le possible rapprochement, évoqué par le Monde, entre la France et l'Iran, après quatre décennies de froid, est une excellente perspective. Emmanuel Macron pourrait être le premier Président français, depuis 1976, à se rendre à Téhéran. 1976 : c'était encore l'époque du Shah, trois ans avant la Révolution.

 

Réjouissante perspective, d'abord pour la diplomatie française. Depuis l'arrivée aux affaires du nouveau Président, au mois de mai, on peine à dégager des lignes directrices claires en matière de politique internationale, à part un alignement bien obédient sur Mme Merkel.

 

Dans sa politique au Proche et au Moyen-Orient, la France doit avoir ses options propres, celles d'une longue tradition de dialogue avec le monde arabe ou (en l'occurrence) persan, qui ne doit strictement rendre aucun compte aux États-Unis d'Amérique. Ni à une "communauté internationale" noyautée par Washington.

 

Perspective intéressante, aussi, pour l'échiquier politique du Proche et du Moyen-Orient. La vieille puissance perse, depuis des siècles, des millénaires, a, tout naturellement, un rôle de premier plan à y jouer. Cela, au-delà du régime qui règne en Iran : les régimes passent, la permanence des intérêts nationaux demeure.

 

On nous permettra de trouver plus naturelles les tentatives d'arbitrage de Téhéran, dans cette région du monde, que les catastrophiques ingérences armées de Washington, tiens par exemple celle du printemps 2003 contre l'Irak.

 

On nous permettra, aussi, d'attendre de la France, liée par son Histoire à un monde auquel les États-Unis n'entendent pas grand chose, d'entretenir, avec l'Orient compliqué, des relations choisies par elle-même. Et non dictées par Washington.

 

La France que nous aimons est celle d'une diplomatie souveraine et non-alignée, nourrie de contacts et de réseaux culturels, renseignée sur l'Histoire et sur les forces en présence. Surtout, défendant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Cela tient en un discours, inoubliable : celui prononcé à Brazzaville, le 30 janvier 1944, en pleine guerre, par un homme seul, sans terre et sans appui : il s'appelait Charles de Gaulle.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Trump, un an après : toujours l'homme à abattre !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.11.17

 

Il y a tout juste un an, Donald Trump était élu à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. Elu, seul contre tous. Contre les médias. Contre les intellectuels. Contre les artistes de Hollywood. Contre l’incroyable campagne organisée pour l’abattre. Contre la puissance du clan démocrate, sa richesse, ses réseaux, ses ressources. Contre Mme Clinton, pourtant donnée grande favorite, et soutenue pendant toute la campagne par le président sortant, Barack Obama. Au matin du 9 novembre 2016, pour tout ce petit monde, y compris en Suisse romande, c’était la gueule de bois. Quelque chose s’écroulait. Un monde s’en allait, laissant la place à un autre. Un univers de références, de paramétrages, était soudain pulvérisé. Nos belles âmes, qui avaient tant fait campagne pour Mme Clinton, tant sanctifié Obama pendant huit ans, n’en revenaient pas. Un an après, elles sont toujours sous le choc. Et n’ont strictement tiré aucune leçon de ce qui s’est passé.

 

Trump, aux affaires depuis le 20 janvier 2017, a-t-il convaincu ? La question est évidemment complexe, comme pour tout président, il y a de bonnes pistes dans certains domaines, des échecs dans d’autres, il faudra juger sur quatre ans, voire sur huit, pour l’heure c’est beaucoup trop tôt. En politique étrangère, je n’hésite pas à désigner une erreur majeure : vouloir défaire l’Accord sur le nucléaire avec l’Iran, qui était pourtant (avec Cuba) l’un des deux seuls succès, en huit ans, de la diplomatie d’Obama. Dans un Proche et Moyen-Orient compliqués, auxquels les Etats-Unis n’ont jamais compris grand-chose, il y avait là la possibilité de relancer un acteur majeur, historique, ancestral des grands arbitrages dans la région. Il faudra quand même que nous, en Suisse, commencions à entrevoir l’Iran comme autre chose que la caricature proposée par les Etats-Unis depuis 1979.

 

Des actes du Trump au pouvoir, on peut, on doit discuter. Exactement ce que refusent de faire, depuis un an, dans notre bonne presse romande, les perdants du 9 novembre 2016. Pour eux, Trump demeure, plus que jamais, l’homme à abattre. Avec une avidité sans pareil, ils n’en peuvent plus de guetter le moindre de ses « dérapages », de condamner le plus furtif de ses tweets. Ils sont restés dans leur extase de l’ère Obama, ce « merveilleux danseur », tellement plus fin que l’autre, « l’emperruqué », dont on ne cesse de blâmer la vulgarité. A Trump, ennemi mortel, on ne pardonne rien. A commencer par son péché originel, celui d’avoir, il y a juste un an, eu le culot de se faire élire président à la place de Mme Clinton. Trump, le dévoyé, l’usurpateur. Il est là, il est au pouvoir, mais ça doit être une erreur, un cauchemar, une disjonction du prévisible : il est président, mais on n’arrive pas à s’y faire. Alors, on continue, à n’en plus finir, au moindre de ses actes, de ses propos, de lui déverser des tonnes de fiel. Un an après, la presse romande, toujours aussi uniforme, n’a toujours rien compris. Elle ne saisit plus le réel. Elle s’enferme dans l’éclat solitaire de ses certitudes.

 

Pascal Décaillet

 

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04/11/2017

L'Empire des Gentils

 

Sur le vif - Samedi 04.11.17 - 18.30h

 

Magnifique mise en oeuvre, hégélienne, de la pensée dialectique, à Forum, qui vient d'organiser un débat (dont je vous laisse imaginer toute la charge de dynamite contradictoire), entre :

 

* Une féministe femme.

* Un féministe homme.

 

Le féministe homme, encore plus féministe que la féministe femme, a été très gentil avec la féministe femme.

 

La féministe femme a été, également, très gentille avec le gentil féministe homme.

 

Je gage qu'en régie, l'ingénieur du son et le réalisateur, l'un et l'autre très gentils, étaient... féministes.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Eh oui, l'avocat défend l'accusé !

 

Sur le vif - Samedi 04.11.17 - 11.39h

 

Dans tout procès, il y a un accusé. Sinon, il n'y aurait pas de procès. Et tout accusé a droit à un avocat. Et le rôle de l'avocat est de défendre l'accusé. Pour défendre les plaignants, il y a la partie civile. Pour défendre la société, il y a le procureur général. Pour statuer, il y a les juges.

 

Tout accusé, quel que soit son crime, a droit à un avocat. Et la parole de la défense, toujours et partout, doit être entendue à égalité avec celle de l'accusation. Ensuite, les juges tranchent. C'est cela, un État de droit.

 

Tout accusé a droit à un avocat. Et il est parfaitement normal que l'avocat, quel que soit le grief à l'encontre de son client, mette toute sa fougue, tout son talent, toute sa rhétorique au service de la défense. Côté partie civile, côté procureur, on ne se gêne pas de le faire, non plus.

 

Dans ces conditions, les actes de meute d'une certaine opinion publique contre un avocat, sous le seul prétexte qu'il a accepté de défendre un client, ou parce qu'il assume à fond les devoirs de cette défense, constituent des violations flagrantes de l’État de droit. Ils ne méritent ni complicité, ni indulgence.

 

Pour être parfaitement clair, Me Dupond-Moretti est totalement dans son rôle lorsqu'il défend son client. On peut haïr ce client, lui souhaiter le pire. Mais en aucun cas, on ne peut reprocher à l'avocat d'assumer la mission qui est la sienne.

 

Pascal Décaillet

 

 

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03/11/2017

L'agriculture, mère nourricière

 

Sur le vif - Vendredi 03.11.17 - 18.26h

 

18.26h - J'apprécie Philippe Nantermod, mais ses théories ultra-libérales sur l'agriculture ne tiennent pas la route.

 

Par exemple, oser affirmer (en reprenant bien sagement la vieille antienne des mondialistes dérégulateurs) que l'ouverture des marchés aurait fait avancer certains pays du Tiers-Monde.

 

En enrichissant qui ? Les producteurs, sur place ? Ou plutôt, les intermédiaires ? Ou encore, les spéculateurs sur le cours des denrées alimentaires ?

 

Les paysans du Sahel, les planteurs de cacao en Afrique tropicale ou équatoriale, les agriculteurs de montagne colombiens apprécieront.

 

Non, Philippe. L'agriculture n'est pas une activité économique comme une autre. Elle respire avec la Terre. Elle exige un respect profond de l'environnement, domaine dans lequel la Suisse a d'ailleurs accompli d'immenses progrès. Elle est maternelle et nourricière.

 

C'est un secteur d'intérêt public. Chaque nation a le droit - et même le devoir - d'élaborer une politique agricole au service de tous, avec rôle régulateur de l'Etat.

 

L'agriculture ne sera jamais libérale.

 

Pascal Décaillet

 

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Quand la meute s'adresse à la proie

 

Sur le vif - Vendredi 03.11.17 - 14.16h

 

"Lettre ouverte à Tariq Ramadan". Signée par l'un de mes confrères. Pour bien l'enfoncer, encore un peu plus.

 

Quel courage ! Bien achever de taper sur un homme déjà à terre, conspué de partout.

 

On aurait pu imaginer une "lettre ouverte" à la meute. C'est juste un peu plus inconfortable, parce qu'on prend les coups de la meute, dans la foulée. Et, dans le climat d'exécution qui règne ces temps, ils sont violents.

 

Mais non, voilà une bien sage, bien convenable "lettre ouverte", de l'un de la meute, aimablement envoyée à... la proie de la meute. Tandis que retentit la Marche de Saint Hubert, et que hurlent les chiens, on a la délicate attention de se fendre d'une missive. A destination du gibier.

 

Le type a la fureur du monde contre lui, à tort ou à raison (je ne me prononce pas sur le fond). Et, en plus de cette unanime réprobation, au moment où il gît dans la glaise, on trouve en soi la suprême témérité de lui adresser une "lettre ouverte".

 

Quel courage, oui !

 

Pascal Décaillet

 

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02/11/2017

La Palestine, ça existe, M. Garaï !

 

Sur le vif - Jeudi 02.11.17 - 07.37h

 

RSR - Je comprends mal qu'un homme de l'intelligence et de la spiritualité de Francois Garaï, Rabbin de la Communauté juive libérale de Genève, se laisse entraîner à ce point dans une discussion politique sur Israël, la Palestine, la Déclaration Balfour (100 ans aujourd'hui), le statut de Jérusalem, bref le frottement temporel et géostratégique du Proche-Orient.

 

D'autant que M. Garaï va très loin dans l'implication politique : ses déclarations sur l'attitude "victimaire" du monde arabe, palestinien notamment, pourraient laisser pantois plus d'un auditeur. Bref, cette interview provoque un sentiment de gêne. Et le mot est mesuré.

 

Faut-il rappeler à M. Garaï le demi-siècle d'occupation, ou d'autonomie de façade, qu'ont vécu, depuis 1967, les Palestiniens, la situation à Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est ? D'un homme de son rayonnement spirituel, on était en droit d'attendre davantage d'ouverture vers l'Autre. Et un peu moins d'alignement sur l'Israël politique.

 

Pascal Décaillet

 

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Le Progrès, sur ordre

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Commentaire publié dans GHI - 01.11.17

 

Des Jeux olympiques en Suisse en 2026 ? Des Jeux d’hiver, alors que la neige se fait rare. Un budget dont beaucoup pressentent qu’il pourrait éclater, comme ce fut le cas dans tant d’autres pays. D’immenses efforts pour une quinzaine de jours seulement. Bref, tout le monde n’est pas enthousiaste, cela se comprend.

 

Une chose est sûre : si la dialectique des POUR et des CONTRE, dans le débat autour de ces Jeux, se réduit à une opposition entre le progrès et le repli, la Lumière et l’Obscur, la Suisse d’Ogi et celle de Blocher, comme nous le suggérait l’édito de la RTS, sur la Première, au matin du lundi 30 octobre, alors j’en connais qui vont méchamment pencher pour le non.

 

Pourquoi ? Mais parce que les citoyens, ma foi, n’aiment pas trop, en général, se faire traiter d’abrutis, du haut d’une radio qu’au reste ils stipendient, par une voix matinale leur intimant l’ordre, s’ils veulent être agréés par le camp du progrès, de dire oui. Pour peu, d’ailleurs, qu’on veuille bien leur demander leur avis !

 

La voix matinale de la RTS a-t-elle bien saisi que nous étions dans une démocratie ? Que le progrès, sur ordre, n’était pas nécessairement le rêve de la multitude. Que nos citoyennes, nos citoyens, entendaient décider souverainement de leur destin. Sans qu’on leur assène, à coups de massue, ce qu’ils ont à faire au nom du convenable. En clair, en cas de vote sur ce sujet, le corps électoral aura le droit de dire OUI. Et il aura, tout autant, celui de dire NON. N’en déplaise à la RTS.

 

Pascal Décaillet

 

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01/11/2017

Vous craignez les emmerdes ? N'écrivez pas !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.11.17

 

La liberté d’expression : vaste programme ! Sur le fond, tout le monde est pour. Vous êtes pour ma liberté, je suis pour la vôtre, nous caressons ensemble l’image d’une modernité délivrée des vieux démons, ceux de la censure et des autodafés. De bonnes âmes, à longueur de journées, nous répètent qu’on doit tout pouvoir dire, quitte à choquer. Les mêmes, exactement, sont les premières à nous tomber dessus dès qu’on met en application leurs beaux principes, à leur détriment.

 

Bien sûr, nous ne sommes pas en Turquie. Ni en Corée du Nord. Les juges, globalement, nous laissent en paix, c’est un bien précieux. Mais sous nos latitudes, ça n’est pas l’appareil judiciaire qui se montre le plus dangereux face à l’expression des opinions. Non, c’est quelque chose de plus diffus, moins visible, plus tentaculaire : la puissance d’opprobre de ceux qui prônent le Bien. Ils n’agissent pas au nom de la loi, qui présente la vertu d’être mesurable, consultable par tous. Mais au nom de la morale. Leur morale, à eux. Ils sont porteurs, défenseurs de valeurs intangibles. Dès que vous touchez à cette Arche sainte, la masse de leurs cohortes s’abat sur vous.

 

Des exemples ? Le féminisme. Quasiment pas possible, de nos jours en Suisse romande, de le mettre en cause, sans immédiatement s’attirer les foudres des mêmes Erinyes, ces divinités vengeresses de la mythologie grecque. La cause fonctionne comme un dogme. Elle ne tolère aucune remise en question. Autre exemple : avoir nourri des doutes, au moment des guerres balkaniques (années 1990), sur l’opportunité de démembrer l’ex-Yougoslavie, avoir osé dénoncer le rôle de l’OTAN, celui de l’Allemagne de M. Kohl. Non, il fallait bouffer du Serbe, diaboliser un camp, toujours le même, encenser les autres. Le Bien, contre le Mal.

 

D’autres exemples : avoir écrit, à l’automne 2016, que le camp belliciste représenté par Mme Clinton était plus dangereux que celui de M. Trump. Ou encore, ne pas tomber en immédiate pâmoison face à la modernité du Pape François. Ou encore, considérer que le vote Front national en France, Brexit au Royaume Uni, AfD en Allemagne, Parti de la liberté en Autriche, Orban en Hongrie, mérite une autre attention que d’être immédiatement catalogué comme fasciste, donc à rejeter d’une chiquenaude, hors du champ républicain.

 

Je pourrais multiplier les exemples. Dans tous ces domaines, en Suisse romande, aucun problème avec les juges. Mais le feu, le tonnerre, chez les partisans du Bien. Ils sont partout : chez les journalistes, par légions ; sur les réseaux sociaux, bien embusqués, n’ayant d’autre hâte que saisir le moindre dérapage, capturer l’écran, mettre au pilori, dénoncer. Ça n’est pas l’Etat qui vous tombe dessus, ni un parti, c’est l’invisible meute de justiciers qui, au nom d’une morale par eux définie, vous livre au fatras et au fracas, à la bave recommencée, à la délation généralisée.

 

Voilà dans quel état nous sommes en Suisse romande. Voilà d’où vient la foudre. Non des fureurs du Mal. Mais du miel du Bien. Chez ces gens-là, Monsieur, il n’y a plus ni analyse, ni synthèse : il n’existe plus que l’aveuglante lumière, si douce et si convenable, de la morale.

 

Pascal Décaillet

 

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