23/04/2014

Magnifique emmerdeur

1360165421791.jpg 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 23.04.14

 

Rien ne m’énerve plus que Jean Ziegler, si ce n’est les gens qui passent leur temps à dire du mal de Jean Ziegler. Cet homme, que je connais et que j’interviewe depuis plus de trente ans, je dis qu’il est un salutaire emmerdeur, un dérangeur nécessaire, l’éruption de nos mauvaises consciences, avec des tonnes de lave et l’incandescence du volcan.

 

Bien sûr, il est insupportable. Il en fait trop, théâtralise à outrance, exagère le propos, cherche à nous faire oublier ses amitiés avec des dictateurs. Mais voilà, c’est Ziegler, il vient de fêter ses 80 ans, et c’est sans doute un peu tard pour le refaire. D’ailleurs, on ne refait jamais les gens : ils sont ce qu’ils sont, à prendre intégralement, avec leurs qualités, leurs défauts.

 

Ziegler m’a toujours fait penser à Franz Weber. L’homme des saintes colères, mais l’homme d’une foi entière, bouillante, émue, profondément amoureuse du monde. Chez l’un, c’est le combat pour la justice. Chez l’autre, le combat pour la planète. Chez l’un et l’autre, l’adhésion bouleversée à l’immense chaleur du mystère du monde. Chez ces deux hommes, colériques et un peu cinglés, je perçois de splendides contemporains, de vrais compatriotes. Critiques, imprécateurs, fous de vivre et d’exister. Il en faudrait beaucoup plus, des hommes comme eux, dans le champ si raisonnable de notre petite Suisse.

 

 

Pascal Décaillet

 

15:37 Publié dans Coups de Griffe Lausanne Cités | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

17/04/2014

Couchepin, la Weltwoche, la lumière d'un journal

 

Sur le vif - Jeudi 17.04.14 - 14.44h

 

"Was die Schweiz ist" - Papier de Pascal Couchepin, en pages 13 et 14 de la Weltwoche d'aujourd'hui.

Le contenu: une réflexion sur les langues en Suisse, leur coexistence.

Mais l'important n'est pas l'objet du papier. L'essentiel, c'est que la Weltwoche ouvre ses colonnes à Pascal Couchepin, qui ne cesse de démolir au vitriol toute la philosophie politique qui sous-tend la ligne éditoriale de cet hebdomadaire.

Déjà, la Weltwoche confie depuis longtemps une chronique à Peter Bodenmann, l'ancien président du parti socialiste suisse.

La grandeur d'un journal, sa puissance, son rayonnement, c'est, en plus d'avoir une ligne éditoriale claire et assumée (de gauche, de droite, d'où il voudra), de s'ouvrir, en les invitant, à d'autres courants de pensée.

La Weltwoche fait cela.

La Frankfurter Allgemeine fait cela.

La Neue Zürcher Zeitung (dans une moindre mesure) fait cela.

Le Figaro fait cela.

Je ne suis pas sûr, hélas, de trouver l'équivalent dans la presse de gauche.

 

Ni même dans nos ineffables quotidiens consensuels de centre droit, en Suisse romande, attirés par le seul parfum du pouvoir en place. Quel qu'il soit, au fond.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

14:44 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/04/2014

Nos amis danois

Drapeau-02.jpg 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 16.04.14
 
 
La Suisse est un pays délicieux. Le président se rend en Ukraine, on l’accueille avec les honneurs, à un détail près : on lui flanque, pour la photo officielle, le drapeau danois à la place du suisse. Oh, les couleurs sont les mêmes. Et, lorsque la bannière est repliée, à l’abri des vents glacés venus de Sibérie, un observateur distrait peut s’y méprendre. Et puis, franchement, les Ukrainiens, ces temps, ont d’autres soucis que l’exactitude dans l’ordre de l’héraldique.

 
Didier Burkhalter s’en est-il rendu compte ? A-t-il fait semblant de ne rien voir ? Qu’aurions-nous fait, à sa place ? Déclenché un incident diplomatique ? Repris l’avion sur le champ ? Demandé la tête du chef du protocole ? Délicate situation. D’autant que personne ne sait exactement ce que le président de la Confédération est allé faire à Kiev.

 
Cette fameuse OSCE, que la Suisse préside pour un an, et qui a montré dans les Balkans (je l’ai vue à l’œuvre, sur place) sa redoutable efficacité dans l’ordre de l’inaction, qui ose croire, sans s’étouffer d’un gigantesque éclat de rire, qu’elle puisse jouer le moindre rôle dans le déchirement de ce pays entre ses marches orientales russophiles et son appel de l’occident vers l’Europe ?

 
Dans ces conditions, le meilleur moyen de sceller l’inefficace et l’inutile n’était-il pas, au fond, de les faire endosser par nos amis danois ? Monsieur le chef du protocole ukrainien, vous êtes finalement un homme averti et délicat.
 
 
Pascal Décaillet

 

10:06 Publié dans Coups de Griffe Lausanne Cités | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/04/2014

La vraie fonction du CEVA

 

Sur le vif - Mardi 15.04.14 - 17.30h

 

Le CEVA, sur lequel nous avons voté le 29 novembre 2009, assume clairement deux fonctions dans la vie genevoise. D’abord, sa fonction évidente : celle d’un futur RER dont nous sommes beaucoup à nous réjouir. J’ai moi-même voté pour le CEVA, comme je le mentionnais dans l’Hebdo du jeudi 26 novembre 2009, trois jours avant le scrutin. Assurément, si davantage de gens peuvent prendre les transports publics, notamment parmi les pendulaires, nous n’allons pas nous en plaindre. A coup sûr aussi, un retard, même de 21 mois, n’est pas l’Apocalypse. Les travaux de gros œuvre de cette envergure ont souvent du retard, ceux qui ont vécu les aventures de la Furka et du Gothard le savent.

 

Mais le CEVA a une seconde fonction, celle que je n’ai cessé, depuis des années, et parfois de façon bien solitaire dans le monde éditorial genevois, d'évoquer : celle de servir de coagulant à la coalition au pouvoir depuis des années à Genève : l’actuel PLR, le PDC, les socialistes, et depuis dix-sept ans les Verts. Cela, jusqu’à « l’anomalie » qu’a dû constituer pour ce sympathique quatuor l’élection de Mauro Poggia. Lequel est en fait un PDC déguisé en MCG, mais ne compliquons pas, je ne voudrais pas finir par vous faire prendre une aspirine.

 

Oui, la fonction politique du thème « CEVA » a puissamment été, à l’automne 2009, de sauver une coalition déjà très inquiète de l’ascension du MCG. A juste titre, l’inquiétude, puisque ce dernier passait alors de 9 à 17 députés. N’oublions pas qu’en ces mois d’octobre et novembre 2009, la votation sur le CEVA et les élections cantonales se trouvaient totalement liées, intriquées, dans le temps. Il fallait voter sur un thème, le CEVA, et en même temps, il fallait élire le Grand Conseil, puis le Conseil d’Etat. Affirmer comme un acte de foi l’adhésion au CEVA, c’était montrer sa fidélité à la coalition anti-MCG, ou anti-MCG et anti-UDC. L’un n’allait pas sans l’autre. Coalition qui, de Guy Mettan à Gabriel Barrillier, s’est admirablement auto-adoubée, donnant à la République membres du Bureau et présidents successifs du Grand Conseil. Comme par hasard, la crème des pro-CEVA.

 

A l’automne 2013, plus de votation. Mais des chantiers en retard, Et un retard, nous le savons désormais par le procès-verbal du Comité de pilotage CEVA du 18 octobre 2013 14.15h (oui, DECAPROD l’a eu aussi), dont l’annonce a été SCIEMMENT reportée pour cause d’élections. Un report dont François Longchamp était d’ailleurs loin d’être l’unique bénéficiaire, je dirais même que pour lui, ça n’aurait pas changé grand-chose. Non, l’annonce du retard AVANT les élections, c’est sur toute la coalition anti-MCG, anti-UDC, qu’elle aurait eu un effet dévastateur. Ne refaisons pas l’Histoire, mais il est permis de penser que le MCG n’aurait pas décroché 20 sièges, mais peut-être 23, et l’UDC aussi aurait encore davantage progressé.

 

Il est donc faux, sur le report de l’annonce, de s’acharner sur François Longchamp. Tout au plus convient-il d’établir si, dans sa mémoire chancelante des dates, il a dit la vérité, l’a omise, tue, ou travestie. Mais cela est une autre affaire. Elle n’est pas celle d’un homme seul, mais de toute une caste d’intérêts, économiques, financiers, corporatistes autant que politiques. C’est cela, la vraie fonction du CEVA.

 

Pascal Décaillet

 

17:30 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/04/2014

Christophe brisé, Christophe martyrisé, mais Christophe libéré !

 

Sur le vif - Samedi 12.04.14 - 18.20h

 

"Christophe Darbellay mouché par son parti", premiers mots de Forum ce soir, "Christophe Darbellay giflé", la jouissance avec laquelle le meneur de la tranche 18h-19h se délecte du revers du président du PDC face à son Assemblée des délégués, sur l'initiative de la Marche blanche, en dit beaucoup plus long sur l'idéologie du présentateur que sur le réel.



J'en parle d'autant plus volontiers que, sur ce point, je suis en désaccord avec Darbellay. Donc, en accord avec la majorité de son parti. J'y reviendrai, c'est un autre propos.



Mais enfin, ce langage de violence et d'humiliation, pas loin de la terminologie sado-maso, juste parce que le président du PDC suisse a été, sur un point précis (et pas sur les autres), minorisé de peu par les délégués, ce qu'il a d'ailleurs très sportivement accepté, oui cette insistance est pénible.



D'autant que le Valaisan, s'il est aujourd'hui en minorité face à son parti, pourrait bien, le dimanche du vote, se retrouver dans le camp des vainqueurs. La RSR dira-t-elle, ce jour-là, que la minorité aura été "humiliée" ?

 

Pascal Décaillet

 

18:20 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

TG, Canal Longchamp

 

Sur le vif - Samedi 12.04.14 - 09.16h

 

La manière, ce matin, dont la TG traite l'affaire du retard du CEVA sciemment caché à la population, est révélatrice de l'obédience de ce journal au conseiller d'Etat François Longchamp.



Au lieu de titrer sur l'essentiel: "Le retard du CEVA a été sciemment caché à la population", la TG, en gros et en tête de page, titre sur la réaction du conseiller d'Etat visant immédiatement à se déculpabiliser.



On sait, depuis longtemps, pour qui roule ce journal. Quelles sont ses attaches et ses fraternités de pensée. C'est son droit, car la presse est libre, y compris d'être affiliée. Le nôtre, c'est juste de montrer que nous n'en sommes pas dupes.

 

Pascal Décaillet

 

09:16 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

11/04/2014

CEVA : qui a menti aux citoyens ?

 

Sur le vif - Vendredi 11.04.14 - 17.07h

 

La présidence du Conseil d'Etat va évidemment entreprendre toutes choses pour étouffer l'affaire des 21 mois de retard du CEVA. Le Temps nous apprend aujourd'hui que la communication sur ce retard, dûment connu l'an dernier déjà, a été sciemment "reportée", pour cause d'élections en octobre et novembre 2013.



Ainsi donc, en 2013 comme en 2009, le CEVA, bien plus qu'un RER, se révèle comme la tentative de mise en survie de la coalition des partis au pouvoir à cette époque-là. Depuis des années, ici, nous le disons. Depuis 2009, nous le décryptons politiquement dans ce sens. Dans l'Hebdo du 26 novembre 2009, trois jours avant la votation, nous l'établissions clairement.



Qui a donné les ordres, juste avant les élections de 2013, pour qu'on "reporte" la communication sur les 21 mois de retard ? Quelle est la responsabilité du Conseil d'Etat ? Quelle est celle de l'actuel président du gouvernement genevois ?



Ces choses-là, impérativement, doivent être établies.

 

Pascal Décaillet

 

17:07 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/04/2014

Philippe Bender, redresseur d'âmes

 
Sur le vif - Jeudi 10.04.14 - 10.49h
 
 
Insupportable d'entendre, et ré-étendre toujours, la RTS présenter avant tout comme un "historien" l'infatigable militant canal historique radical Philippe Bender.
 

Comme si, dans "l'affaire Tornay", ou dans "l'affaire Cleusix", le féroce combattant de Fully n'était qu'un observateur distrait du réel. Comme s'il n'était pas l'un des agents les plus dévastateurs de ceux qui veulent affaiblir le conseiller d'Etat d'Orsières et, par personne interposée, celui de Savièse.


Philippe Bender a parfaitement le droit de s'exprimer, ce qu'il fait d'ailleurs avec un rare puissance de conviction. Mais de grâce, qu'on nous épargne "l'historien, mémoire vivante", et qu'on nous le présente comme ce qu'il est : le combattant le plus féroce, et à coup sûr l'un des plus doués, du Canal le plus historique - je n'ai pas dit hystérique - du radicalisme du côté du Coude du Rhône.


Ces gens-là, blessés d'être écartés d'un pouvoir exécutif où ils siégeaient sans discontinuer depuis 1937, ont des objectifs précis de reconquête, ce qui est d'ailleurs parfaitement légitime. Mais de grâce, qu'on le dise, qu'on l'évoque, qu'on le place en perspective, plutôt que de nous présenter l'homme sous sa seule casquette d'historien, érudit, toutes choses qu'il est en effet.
 

Je viens de visionner Infrarouge. Et me suis dit que ce grand prêtre de la laïcité militante, avec ses leçons sur la "vertu" (fallait-il entendre virtus, au sens de courage, ou vertu dans l'entendement victorien ?) avait manqué la seule carrière qui pût être digne de son intransigeance puissamment jouée: celle d'un redresseur d'âmes. Dans quelque Espagne lointaine.
 
 
La robe de bure lui irait à merveille.
 
 
Pascal Décaillet

10:49 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/04/2014

Un monde en soie

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 09.04.14
 
 
Les Japonais photographient tout et n’importe quoi. Ils passent plus de temps à fixer un objectif qu’à humer l’air du monde. Mais au moins, ils braquent leur appareil vers l’extérieur. Un monument. Une gare. Un caillou. Voire rien.
 
 
À l’inverse, les selfies. Fatigués de porter la misère du monde, d’aucuns n’ont plus d’autre urgence que de se photographier eux-mêmes. Il faut avoir le bras long, le poignet souple, l’âme délicieusement suicidaire : il s’agit, au propre, de retourner l’arme contre soi. Il paraît qu’on y survit. Je n’en suis pas si sûr.
 
 
Le selfie présente des avantages. Plus besoin d’interpeller un passant pour se faire prendre devant la Tour Eiffel. L’image, au final, n’a pas toujours la qualité des autoportraits de Rembrandt, mais qu’importe, on aura pris du temps pour s’occuper de soi.
 
 
En politique aussi, le selfie fait rage. Certains partis ne s’expriment plus que pour eux-mêmes. À la seule intention de leurs sympathisants. On évite ainsi la trivialité de l’affrontement, tout juste bonne pour les Gueux. On reste entre soi, dans un monde en soie.
 
 
Rien n’existe plus que les délices virevoltantes du miroir. On s’aime. On se contemple. On se congratule. On danse, sur l’orchestre, dans un palais des glaces. Figé, dans l’éternité béate. En attendant l’iceberg.
 
 


Pascal Décaillet



 

14:00 Publié dans Coups de Griffe Lausanne Cités | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

L'insupportable arrogance des décrispés

 
Sur le vif - Mercredi 09.04.14 - 10.28h
 
 
Détestable,  ce terme de "crispation identitaire", inventé par les élites déracinées pour stigmatiser comme pathologiques ceux qui ne pensent pas comme eux.
 

En quoi la défense des intérêts supérieurs d'une communauté, nationale par exemple, relèverait-elle d'une "crispation" ?


De quel droit celui qui use d'un tel mot vient-il établir la supériorité de jugement du "non crispé", donc détendu, moderne, mondialiste, supranational, anti-frontières, sur le pauvre malade crispé, qui n'aurait rien compris aux délices affranchissantes de la modernité ?


Oui, je déteste cette terminologie, tout ce qu'elle révèle de snobisme et d'arrogance. De mépris, aussi, pour les nations et les communautés humaines, qui ont mis des siècles à se construire, et d'ailleurs continuent d'évoluer, ont chacune un sens précis, une Histoire, une part commune de mémoire, une émotion partagée. Cela, les internationalistes déconnectés sont incapables de le percevoir. Mais tellement heureux de leur décrispation.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

10:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/04/2014

Graecia capta, Alain-Dominique...

 

Sur le vif - Mardi 08.04.14 - 09.48h

 

Aimons le PLR quand ses communiqués semblent avoir été écrits par l'âme et le sang de ces Gueux qu'il méprisait tant, jusqu'à une époque récente. Il y a, dans cette captation du style, comme les inavouées délices d'un vers d'Horace, "Graecia capta...", je n'ai pas dit une capitulation, mais une mise au diapason. Une infiltration du rejeté jusque dans le discours du repoussant: "... ferum victorem cepit".



La grande victoire du MCG, c''est lorsqu'il n'a plus besoin lui-même de mener les combats auxquels il croit. Parce que les autres s'en chargent.



Pensons à la jouissance du chrétien, le jour où Constantin, faiseur de ponts, empereur, s'en vient à embrasser une religion que ses prédécesseurs s'étaient acharnés à persécuter.



Quant à l'arrogant président du Conseil d'Etat, il a du souci à se faire. Dans ses rapports avec sa députation. Peut-être même, plus généralement, avec son parti. A trop avoir régné par le mépris, on finira par en payer le prix.

 

 

Pascal Décaillet

 

09:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/04/2014

On revote, on déjeune, et on en reparle

 

Sur le vif - Vendredi 04.04.14 - 18.38h



Pascal Couchepin: «Personne n’est tenu à la sottise. Il faut redemander l’avis du peuple».



Ces mots, infiniment respectueux du peuple souverain qui s'est prononcé le 9 février, ont été prononcés tout à l'heure, lors du colloque dont j'ai dénoncé il y a quelques jours le casting totalement uniforme.



Ils y étaient tous, les Couchepin et les Longchamp, pour dire à quel point le peuple avait mal voté. D'accord entre eux. La conjuration des perdants, d'une même voix. Ceux qui, détenteurs de la Lumière, sont pour jamais à l'abri de la "sottise" du peuple. On se croirait presque au royaume de Sarastro, dans la Flûte enchantée.



Le peuple a mal voté. Mais aussi deux sympathisants sur cinq de leur propre parti, le PLR, comme nous le révélait hier l'analyse VOX. Ce détail, juste un peu ennuyeux, l'ont-ils abordé ?



En résumé, le peuple suisse a mal voté, deux PLR sur cinq ont mal voté, il va falloir revoter. On ré-organise un colloque d'ici quelques mois. On déjeune. Et on en reparle.

 

 

Pascal Décaillet

18:38 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (21) | |  Imprimer |  Facebook | |

UDC : la Discorde chez l'ennemi

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 04.04.14


 
Le PLR et le PDC, les deux partis de la Suisse historique, qui ont fait la politique au vingtième siècle, et la font nettement moins aujourd’hui, feraient bien de s’interroger sur deux chiffres incroyables sortis hier de l’analyse VOX, qui s’est penchée sur les motivations des citoyens dans le scrutin du 9 février sur l’immigration de masse. Deux sympathisants sur cinq (40%) du PLR ont voté oui à l’initiative de l’UDC. Mais aussi, plus d’un tiers de l’électorat PDC (34%) a également accepté le texte. Ces chiffres sont énormes. Ils amènent évidemment des commentaires.


 
En plus de la défiance des citoyens face au Conseil fédéral, voici une sacrée distance, au-delà de ce qu’on pouvait imaginer, des électorats PDC et surtout PLR face à leurs propres appareils politiques. Au moins, pour l’UDC (95% de oui), le PS (16%), les Verts (10%), les choses sont claires : ces partis-là ont voté conformément à leurs positions historiques, leurs appareils. Mais pour les deux partis du « centre droit », il y a véritablement contestation interne des mots d’ordre des dirigeants.
 


Pire : que deux PLR sur cinq aient voté oui, pourquoi pas, après tout. Mais alors, pourquoi zéro PLR – je dis bien zéro – n’a-t-il eu, pendant la campagne, l’élémentaire courage d’afficher sa position ? Zéro, c’est très peu ! Le PLR est un parti ouvert, l’intrus ne risquait pas l’exclusion. Donc, c’est autre chose qui a joué, une forme sournoise et malsaine d’autocensure : « Au fond de moi, je dis oui à l’UDC, parce que sur ce coup elle a raison, mais je ne vais quand même pas risquer de me dévoiler, me jeter dans la marge de mes propres réseaux ».
 


Cette culpabilisation de deux cinquièmes du PLR et d’un bon tiers du PDC est la grande victoire de l’UDC. Non seulement, au final, elle a gagné la bataille. Mais elle aura réalisé le rêve de tout stratège : jeter l’ombre du doute dans la partie adverse. Eriger un mur de méfiance, au sein de l’ennemi, entre la base et le sommet. Le condamner à des non-dits, la noirceur d’une mauvaise conscience, la suspicion interne. Bref, l’UDC a réussi à semer ce que résume en cinq mots un génial ouvrage de jeunesse du capitaine Charles de Gaulle : « La Discorde chez l’ennemi ».


 
Pascal Décaillet

 

09:42 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

31/03/2014

La victoire livide de l'UMP

 

Sur le vif - Lundi 31.03.14 - 09.57h

 

Les Municipales françaises sont toujours remportées - mode de scrutin oblige - par l'une des deux grandes forces de la bipolarité de la Cinquième République. Habituellement, la force d'opposition nationale triomphe, ce vote local étant opéré comme une sanction pour le gouvernement.

 

Donc, hier, l'UMP, favorisée par la machine électorale et l'ancrage ancestral de ses caciques locaux, a gagné. Mais ce parti aurait grandement tort de triompher. Le parti qui monte, en France, surtout dans la bataille interne à la droite, c'est le FN. Totalement défavorisé par le mode de scrutin, ce parti montrera dans deux mois, aux élections européennes, son véritable poids dans la vie politique française.

 

Ce soir-là, il est possible que l'UMP se montre un peu moins souriante, et surtout moins arrogante, sur les écrans. D'ailleurs hier soir déjà, le très orléaniste président par défaut de ce parti apparaissait déjà comme défait et livide, les traits tendus. Sans doute parce qu'il est largement assez intelligent pour entrevoir l'aspect superficiel de cet amoncellement de victoires de féodaux locaux. Comme un paravent à la décomposition nationale, idéologique et morale de son association de notables qui n'a plus rien, mais vraiment plus rien, et depuis longtemps, du souffle gaulliste des grands rassemblements populaires que nous avons connus. Ces messes républicaines, sublimes, étaient d'une puissante essence bonapartiste. L'UMP d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec cela.

 

Le souffle du peuple, celui de la colère comme celui de la joie, est passé ailleurs. Nous le verrons dès le mois de mai. Avec les premières cerises.

 

Pascal Décaillet

 

09:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/03/2014

Constantin le Républicain

 

Sur le vif - Samedi 29.03.14 - 18.57h

 

Enfin, Constantin Franziskakis s’exprime. Enfin, son ministre de tutelle lui en a donné le droit. J’eusse aimé que ce fût chez moi, c’est dans la Tribune de Genève, tant mieux pour ce journal. Et tant mieux surtout pour les lecteurs : on y découvre, avec des réponses solides, sobres et factuelles, le travail au jour le jour d’un très grand serviteur de l’Etat.

 

En lisant les propos du directeur de Champ-Dollon, j’ai été saisi d’émotion. A travers lui, j’ai senti s’exprimer la République elle-même. J’ai pensé à ces figures de marbre sur les monuments aux morts, ces incarnations de ce qui nous rassemble : la loi, parfois dure, mais en même temps l’humanité, de respect de tous. Y compris de ceux qui, pour une raison ou une autre, se retrouvent en prison.

 

Dans notre société, il y a ceux qui prennent des positions verbales, le monde politique en fait partie, et bien sûr moi aussi, enfin nous tous, en très grande majorité. Et il y a ceux, tout au bout de la chaîne, qui doivent appliquer les décisions voulues par le peuple ou ses représentants. Eux ne sont pas des parleurs. Ils sont là, face au réel, face au marbre dur de la vie, avec des décisions à prendre, des situations incroyablement difficiles à gérer. Constantin Franziskakis est de ceux-là. Par la modération de son propos, le réalisme dans lequel il inscrit sa mission, l’humanisme qui l’habite, ce grand commis, dans la TG, nous donne aujourd’hui une leçon.

 

Il y a des discours qui semblent écrits sur du vent, pour reprendre le titre de l’un des plus beaux films de Douglas Sirk, et d’autres, infiniment plus rares, qui respirent la clarté du front. Le même cinéaste, dont j’ai découvert il y a trente ans l’œuvre complète grâce à Rui Nogueira, avait aussi réalisé « Le temps d’aimer, le temps de mourir », d’après « A l’ouest, rien de nouveau », le chef d’œuvre d’Erich Maria Remarque. Le front, le vrai, dans son horreur. En lisant Franziskakis, j’ai pensé à ce livre, à ce roman.

 

Mais l’image la plus forte qui m’a traversé demeure celle de la République elle-même. Face à la constante mise en danger de l’état de droit, le directeur de Champ-Dollon en incarne la clarté, la géométrique rigueur, les valeurs d’humanité. Il incarne la loi, le nomos, la règle, contre la jungle. Tout comme une infirmière, dans un sous-sol d’hôpital. Tout comme nos policiers, nos agents de détention, nos enseignants, nos assistants sociaux.

 

Un homme peut se féliciter de cette interview. Le ministre de tutelle. Pour lui aussi, la République, ça veut dire quelque chose. Pour lui, comme pour sa famille politique, qui s’est construite sur des valeurs d’Etat, des valeurs régaliennes. Je dis que le ministre, et nous tous avec lui, peut être très fier du directeur de la prison. Dans l’improbable obscurité de la chienlit, quelques étincelles de lumière. Merci, Monsieur Franziskakis.

 

Pascal Décaillet

 

18:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/03/2014

Le CEVA et les Maîtres-Enchanteurs

 

Sur le vif - Jeudi 27.03.14 - 17.35h

 

Du percement du tunnel de la Furka, qui coûta très cher au conseiller fédéral Roger Bonvin, aux énormes déconvenues sur le chantier du Gothard, comme la fameuse faille de la Piora, composée de roche très friable, surprises géologiques, risques de surcoûts, retards dans les travaux font partie du lot de toutes les grandes aventures où le génie civil se met en action dans les entrailles de la nature. Mon père était ingénieur, il a percé beaucoup de tunnels, je l’ai maintes fois accompagné sur les chantiers les samedis après-midi (nous avions l’école jusqu’à midi), je voyais bien que les responsables d’un gros-œuvre étaient toujours habités par la peur de l’inconnu. A cet égard, la nature géologique de la Falaise de Champel  fait partie des risques du métier. Nul ne saurait reprocher à l’homme la texture trop sablonneuse, ou limoneuse, d’une structure à percer. La pire, me disait-on toujours dans mon enfance, parce qu’elle fait exploser les coûts à cause des armatures supplémentaires. Et il faut bien tenir l’axe.

 

Mais dans l’affaire du CEVA, la question n’est pas là. Encore qu’on puisse se demander – on le doit, même – si tous les forages géologiques ont bien été opérés, systématiquement et là où il le fallait, avant d’engager des coûts sur un devis. Car nous ne sommes pas dans le percement d’une galerie privée, mais dans un immense chantier d’Etat, sur la réussite duquel la majorité de la classe politique, en 2009, s’est engagée la main sur le cœur. Je vois encore les efforts démultipliés du député radical Gabriel Barrillier, véritable commis-voyageur du chantier, pour nous persuader que tout allait bien se passer. Comme je l’écrivais dans l’Hebdo le 26 novembre 2009, trois jours avant la votation, les partisans nous plaçaient dans un acte de foi obligatoire, sans nulle contestation possible, face à ce qui serait chantier du siècle, scrutin amiral, mère de toutes les batailles.

 

Aujourd’hui, la réalité nous est avouée. Près de deux ans de retard dans les travaux ! Et pour quel surcoût ? Résultat de quelle impéritie de la part des maitres-enchanteurs qui, pour mieux asseoir la très improbable majorité électorale de l’automne 2009, et du coup pour mieux enrayer la progression (déjà impressionnante) d’un parti d’opposants appelé MCG, nous ont fait tant miroiter, poussant à l’envi la chansonnette du bonheur par le Grand Genève, et la caducité de toute frontière. Tout cela, pour des intérêts économiques. Il faudra un jour écrire l’Histoire du rôle joué par les milieux patronaux  – les mêmes qui stipendient en période électorale les partis de l’Entente – avec la puissance de leurs relais politiques, dans l’affaire du CEVA.

 

Là sont les vrais enjeux. Ils sont économiques, financiers, politiques, bien avant que d’être géologiques. Hier à la RSR, le nouveau ministre, Luc Barthassat, a dit sa « déception » face à ce monumental retard. Sa sincérité n’est pas en doute, mais le mot est trop faible. Un ministre n’a pas à être déçu. Il n’est pas un spectateur de son propre règne, mais doit en être l’acteur. Celui qui pèse sur le destin.

 

Quant aux responsabilités, elles doivent être élucidées. Et les vrais responsables, trouvés, sans que soit mis en œuvre le détestable jeu des fusibles. A cet égard la demande d’une Commission d’enquête parlementaire (CEP) n’apparaît de loin pas comme superflue. Bien entendue, elle sera refusée. Par la même majorité qui avait si habilement organisé sa survie, en automne 2009, en nous brandissant ces lendemains si providentiels. Des lendemains qui chantaient. En attendant de voir passer le train.

 

Pascal Décaillet

 

17:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

26/03/2014

Invalidations : putain, cinq ans !

 

Sur le vif - Mercredi 26.03.14 - 16.59h

 

« Contre le blocage de la circulation route de Vernier à l’entrée du village, pour la qualité de vie ». Un nom assurément beaucoup trop long pour une initiative communale, mais une vraie légitimité, puisque plus de 2200 personnes, dans la deuxième ville du canton, avaient apporté leur signature à ce texte. Dans notre tradition suisse, au niveau communal, cantonal, fédéral, c’est le peuple qui décide. Le corps électoral. Le suffrage universel. A Genève, naguère, on appelait cela « le Conseil général ».

 

Dans notre tradition suisse, oui. Mais pas au Conseil d’Etat genevois. Pas avec cette présidence-là. Pas avec cette surveillance des communes. Pas avec ce nouveau ministre des transports dont les Cent Jours sont désormais finis, la campagne électorale aussi, et qui va devoir commencer à faire ses preuves. Le principe de « l’invalidation » d’une initiative est l’un des plus détestables qui existent dans notre système. La plupart du temps, voire dans la totalité des cas, il s’agit de se camoufler derrière un verbiage juridique, pour masquer la lâcheté d’affronter une décision populaire.

 

Des arguments, les juristes de la Couronne en trouveront toujours : ils sont payés pour ça. Au nom du « droit supérieur », on vient nous dire  APRES COUP, donc une fois que le nombre de signatures commence à devenir inquiétant, que c’est du droit cantonal et non communal, du droit fédéral et non cantonal, du droit européen, style Strasbourg, et non fédéral. C’est une conception impériale de la démocratie, référence au Saint-Empire, où il y a toujours un échelon supérieur. Le contraire de l’idée républicaine, qui assume l’entier de sa responsabilité, indivisible.

 

On pourra nous chantonner tous les arguments juridiques qu’on voudra, dûment sortis du chapeau par des experts dûment payés par le Conseil d’Etat, rien ne pourra nous sortir de l’idée qu’on a eu peur, en très haut lieu, d’un désaveu de la part de la population verniolane. Car humilier les communes, depuis quelques années, c’est très tendance au Conseil d’Etat. Ce jacobinisme cantonal, non dénué d’arrogance, porte la marque d’un homme, qui l’incarne : l’actuel président du Conseil d’Etat. Actuel, et encore pour quatre longues années. Putain, cinq ans ! Eh oui, vous l’avez voulu, vous l’aurez.

 

 

Pascal Décaillet

 

16:59 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Pape sans Palais

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 26.03.14
 
 
Olivier Py, le nouveau directeur du Festival d’Avignon, est un grand du théâtre. Certaines de ses mises en scène sont visionnaires. Mais ces qualités-là, éminentes sur le plan artistique, ne qualifient pas nécessairement pour un jugement politique pertinent. Preuve, la déclaration proprement ahurissante de Py, lundi 24 mars : « Si le Front National l’emporte en Avignon, le Festival n’aura aucune autre solution que de partir ».
 
 
Partir, pourquoi ? Parce qu’une majorité républicaine, dans un processus parfaitement démocratique, aurait choisi d’élire une équipe qui ne convient pas à M. Py ? Singulière posture, déjà parce qu’elle dévoile un lien bien étroit entre le Festival et l’autorité politique, quelle qu’elle soit. Surtout, parce qu’elle fait dépendre la pérennité d’une institution légendaire, au rayonnement mondial, de l’humeur d’un directeur face à un changement politique décidé par le peuple.
 
 
Pire : Olivier Py se comporte comme si le Festival lui appartenait. Si la nouvelle Mairie ne lui convient pas, qu’il quitte, lui, l’institution. Au nom de quoi irait-il l’arracher au Palais des Papes, dans un improbable exil ne justifiant que son mouvement d’humeur personnel ? Non seulement cette déclaration intempestive fleure l’arrogance, mais politiquement, elle ira à fins contraires : le corps électoral d’Avignon votera, dimanche 30 mars, pour qui il voudra, FN ou pas. Nul mentor, fût-il un génie de la scène, ne pourra se substituer à la puissance de sa conviction citoyenne


Pascal Décaillet
 

10:21 Publié dans Coups de Griffe Lausanne Cités | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/03/2014

Ecopop : connaissez ?

 

Chronique publiée dans "Tribune" (Le Journal du PLR vaudois) - No 3 - Mercredi 19.03.14

 

La démocratie directe suisse est un tissu vivant. A peine une initiative votée, en voici déjà une autre. Après les migrations de masse, nous allons devoir commencer à parler d’Ecopop. Je vous le dis tout net : ce sera le prochain grand enjeu de notre débat démocratique. J’ignore ce que voteront le peuple et les cantons, mais assurément nous avons avec ce texte quelque chose de nouveau, en phase non seulement avec la Suisse mais avec des préoccupations planétaires. Ecopop est une votation sur la quantité de population que peut accueillir un pays, avec une surface donnée, un relief, une hydrographie. En lien avec des impératifs de protection de l’environnement. Le cocktail des deux pourrait être explosif. Et réserver bien des surprises à tous les beaux esprits qui, en cette amorce de printemps 2014, rejettent d’une chiquenaude toute entrée en matière sur ce texte. Comme ils n’avaient cessé de le faire sur celui du 9 février. Ils sont ceux, dès que surgit d’en bas un texte d’initiative, qui toujours disent non. Ils sont comme le Méphisto qui se présente à Faust, dans la tragédie de Goethe : « Ich bin der Geist, der stets verneint ». Je suis l’esprit qui toujours nie.

 

Que nous dit Ecopop ? Que la Confédération doit s’attacher à faire en sorte que la population résidant en Suisse ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles. Elle doit aussi encourager d’autres pays à poursuivre cet objectif, notamment dans le cadre de la coopération internationale au développement. « La part de l’accroissement de la population résidante de manière permanente en Suisse qui est attribuable au solde migratoire ne peut excéder 0,2% sur une moyenne de trois ans ».10% de la coopération internationale devraient être affectés à l’encouragement de la planification familiale volontaire. Enfin, les initiants ont eu la sagesse et l’habileté de prévoir que « La Confédération ne peut conclure de traité international qui contreviendrait au présent article ». Disposition salutaire : elle subordonne clairement la signature de traités à la volonté du souverain. D’abord, le peuple et les cantons disent le droit. Ensuite, on signe des documents avec l’étranger en fonction de cela. Et on ne vient pas, toutes charrues placées devant les bœufs, faire l’inverse : reprocher au souverain d’avoir mal voté, parce que sa décision serait « contraire au droit supérieur ». Il était temps d’y penser.

 

Cocktail explosif, parce qu’il met ensemble deux préoccupations majeures du peuple suisse. Ce même peuple, qui a accepté l’initiative des Alpes et celle de Franz Weber, mais aussi celle du 9 février 2014 sur l’immigration, que votera-t-il face à une mise en commun de ces deux paramètres ? Le peuple suisse, à de nombreuses reprises, dans des scrutins fédéraux ou cantonaux, a affirmé haut et fort son attachement à la qualité du biotope, mais aussi à l’éclatante beauté de certains de nos paysages (Lavaux). Et le message à retenir du 9 février, c’est qu’il commence à ne plus écouter les « milieux de l’économie » sur les questions liées à la densité de population ou aux flux migratoires. Peut-être parce que certains, parmi ces milieux, se sont un peu trop servis eux-mêmes de ces flux, pour réaliser du profit, sans trop de souci pour un habitat devenu trop dense, avec des infrastructures qui ne suivent pas. Faire des affaires, c’est sans doute bien. Avoir comme souci la préservation de notre corps social, dans un développement durable et un environnement de qualité, c’est mieux. Assurément, la dialectique autour d’Ecopop va beaucoup nous occuper, ces prochains mois.

 

Pascal Décaillet

 

12:53 Publié dans Chroniques Tribune VD | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/03/2014

Sébastien Desfayes : première erreur

 

Sur le vif - Samedi 22.03.14 - 11.03h

 

Je suis le tout premier à considérer Sébastien Desfayes comme un homme de grande valeur, avec de l’ancrage historique, de la verticalité dans la présence, le sens du combat et de la stratégie. Enfin un président du PDC, me disais-je jusqu’à maintenant, clairement trempé à droite. Avec, bien sûr, l’inflexion sociale, familiale qui, au sein de la droite, sont la marque de ce parti. Mais enfin à droite. Dans la grande famille de pensée, plurielle et bigarrée, qui s’appelle la droite. En politique, le « centre » n’existe pas, il n’est qu’un improbable Marais, un mirage. Il y a une gauche. Et il y a une droite. Dès que les enjeux sont sensibles, dès qu’ils touchent à la propriété par exemple, ou à l’individu, les grandes familles se soudent et la dualité réapparaît. Quoi qu’en pensent les bobos post-modernes, persuadés d’avoir dépassé l’Histoire, aboli sa dimension tragique, relégué aux orties les frontalités de leurs pères.

 

 

En lisant ce matin la Tribune de Genève je déchante. Pourquoi diable, à peine élu, le nouveau président du PDC, alors que personne ne lui demande rien, vient-il aussitôt couper tous les ponts avec l’UDC et le MCG ? Pourquoi préciser en mars une politique d’alliances qui, dans toute la complexité de nos communes, ne sera mise en œuvre que dans un an, aux élections municipales ? Pourquoi, stratégiquement, se griller ainsi dès le départ ? Dans certaines communes, le PDC n’aura peut-être pas besoin de l’appui de ces deux partis. Mais dans d’autres, si. Pourquoi l’exclure d’office ?

 

 

Pourquoi, si ce n’est par effet de manche ? Plaire à l’Assemblée générale. Se mettre du bon côté une aile chrétienne sociale qui, justement, pouvait nourrir quelque crainte face au discours de campagne du nouveau président. Plaire, aussi, et j’aime encore moins cela, au quatuor de l’Entente du Conseil d’Etat, avec ce discours sans faille sur les bilatérales, sans la moindre prise en compte de ce qui s’est passé en Suisse le 9 février. Dommage. Ces gages sont inutiles. Ils affaiblissent d’emblée le nouveau président, lui abolissent toute marge de manœuvre dans la stratégie électorale du printemps 2015.

 

 

Surtout, il y a le fond. Au nom de quoi le nouveau président du PDC peut-il, d’une chiquenaude populiste destinée à l’interne de son parti, couper toutes relations avec deux partis de la droite genevoise, parfaitement républicains et démocratiques, représentés au Parlement, participant aux élections, n’ayant jusqu’à nouvel ordre entrepris nulle conquête du pouvoir par d’autres chemins que celui des urnes ? Si la querelle est sur le fond, que M. Desfayes le précise. On comprend qu’il ne soit pas d’accord avec ces deux partis sur le thème de la frontière. Mais, surtout au niveau des politiques communales, on peut parfaitement vivre avec cela. Et le reste ? Les finances ? La fiscalité ? La sécurité ? La santé ? La formation ? Les PME ? L’emploi ? La mobilité ? L’agriculture ? Aucune valeur commune, vraiment, entre le PDC et ces deux partis ? La communauté de pensée, le nouveau président préfère aller la chercher du côté de la gauche ? Parce qu’avec le seul PLR, les majorités seront insuffisantes.

 

 

En politique, il faut appeler les choses par leur nom. Cette déclaration initiale est une erreur. Mettons cela sur l’émotion ecclésiale (au sens d’assemblée) de se retrouver parmi les siens. Comme dans une noce. Dans une atmosphère de chaleur et de fermentation. Mais la politique, il faudra la faire avec du jeu. Avec des alliances. Le nouveau président en est parfaitement capable. S’il veut bien éviter de nous donner la désagréable impression d’un suicide initial.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

11:03 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |