23/10/2014

L'émotion du pays, ça existe

 

 Sur le vif - Jeudi 23.10.14 - 17.46h

 

« Le pays s’est laissé entraîner dans une campagne émotionnelle » : la phrase-type, bateau, des perdants d’une campagne, le dimanche après-midi de leur défaite, dès 12.30h, en boucle jusqu’à 20h, tous médias confondus. L’éternel aveu de la défaite du rationnel face à l’image, par nature plus sentimentale : « Je déteste l’image », reconnaissait ce matin Suzette Sandoz, au demeurant délicieuse au sein d’un débat sur le sexe, à la RSR. En l’écoutant, j’ai immédiatement pensé à ces églises luthériennes que je visitais lors de mes séjours en Allemagne du nord, celles de Lunebourg, Hambourg et Lübeck, par exemple. Moi, catholique, j’avais passionnément aimé ces parois de briques rouges, nues et immenses, avec encore des marques d’obus de la guerre. Chaque fois que je lis Thomas Mann, c’est ce Lübeck-là que je vois, celui aussi où le jeune Bach, en 1705, était allé à pied se former chez Buxtehude.

 

En Suisse donc, les perdants d’un dimanche rejettent la faute sur l’émotion. Ils ont tort. Car elle fait partie, comme aussi la raison, de la totalité politique. Bien sûr, il a fallu la puissance de la Raison triomphante, celle des Lumières et du radicalisme naissant, la « Vernunft » de la philosophie politique allemande, pour nous amener, nous les Suisses, à codifier ensemble, avec un même langage, au-delà justement de nos essences disparates, de nos parlers multiples, de nos rapports si différents aux liturgies, un savoir-être politique commun. C’est le miracle de notre pays. C’est pourquoi nous devons tant et tant aux radicaux du dix-neuvième : ils nous ont forgé les codes de ce qui nous fédère. Dès le début, ils avaient une vision d’Etat, une pensée d’Etat, une culture d’Etat. La primauté du rationnel, avec ce qu’elle peut avoir d’un peu sec et d’un peu ennuyeux, nous fut indispensable, pendant ces deux siècles, pour parler le même langage. Je n’ai pas dit « la même langue ».

 

Et c’est de là qu’elle vient, la peur de l’émotion. Trop de tellurisme sentimental tuerait la construction raisonnable de notre pays. C’est un discours que je peux entendre. Mais aujourd’hui, plus de deux siècles après une Révolution helvétique (1798) où les Arbres de liberté, dans nos cantons romands, se réclamaient des valeurs de la Raison, plus d’un siècle et demi après 1848, près d’un siècle après la Grève générale (novembre 1918), notre rapport à l’émotion politique a changé. On a le droit de se réclamer d’elle, sans encourir le grief de nourrir les ferments de dispersion, ceux des Guerres de Religion, de 1847 ou de novembre 1918.

 

Ce qui a décoincé le droit à l’émotion, depuis disons une vingtaine d’années, c’est la montée en force des initiatives. Elles existent certes depuis plus d’un siècle, mais leur nombre a explosé ces dernières années, et surtout elles commencent sérieusement à être acceptées. Initiatives des Alpes, initiative Weber, 9 février et tant d’autres : des thèmes totalement négligés par les corps intermédiaires, mais voulus puissamment par la base, émergent de plus en plus, et forcent la victoire.

 

Aujourd’hui dans le champ politique suisse, la force d’innovation, l’initiative, l’offensive des idées, tout cela provient grandement de la démocratie directe, acculant les pouvoirs constitués (ceux-là même qui ont négligé les thèmes) en position défensive. Alors, retranchés dans les murs du Palais fédéral comme dans une sorte de Fort Apache, ils tentent, en guise d’huile bouillante, le discours de la morale et du raisonnable, la défense par le convenable ou l’invalidation. La puissance de succès des initiatives, en Suisse, confine les élus dans une Ligne Maginot, incapables de mouvement, de manœuvre, d’imagination, de contre-attaque. Ils n’ont là que la rançon de leur surdité, de leur insensibilité aux souffrances et aux vraies préoccupations des gens : plus ils s’auto-adouberont, entre eux, en se tutoyant sur les réseaux sociaux, plus ils mépriseront le peuple, plus ils s’enfermeront dans leurs fortins.

 

De leur Ligne Maginot, ils continueront de regretter le temps de la Raison, la plupart d’entre eux n’ayant d’ailleurs pas la culture politique de savoir ce qu’est la Vernunft : pour cela, il faut lire les pages Inland de la NZZ, ou avoir ouvert des livres d’Histoire allemande ou suisse. Eh oui, chers élus, il ne suffit d’aller à Berne pour sa carrière, certains d’entre vous en commis-voyageurs de la banque privée, des pharmas ou des Caisses maladie. Non. Il faut se présenter pour servir. Ou mieux : ne pas ne présenter du tout, le débat politique n’appartenant absolument pas aux élus, mais à l’ensemble des citoyennes et citoyens de notre pays.

 

En attendant, pendant qu’ils ronchonnent dans leurs abris en condamnant l’émotion, n’ayons crainte, nous les citoyens, hommes, femmes, de gauche, de droite, peu importe, de faire monter le chant de notre appartenance au pays. Notre joie de faire vivre cette belle démocratie, ce pays de liberté. Et si ça doit passer par l’émotion, eh bien émouvons-nous. Nul pisse-froid cérébral ne pourra longtemps nous en empêcher. Si la jouissance de la vie, du débat, du choc des idées, leur pose tant problème, alors laissons-les, entre eux, dans l'immensité glacée de leurs fortins.

 

Pascal Décaillet

 

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22/10/2014

La traversée, c'est l'affaire de l'Etat !

 

Commentaire publié dans GHI - 22.10.14

 

Cette fois, le Conseil d’Etat n’a pas traîné : moins d’un mois après le rejet très net de la petite traversée, il relance la grande ! Une vraie traversée du lac, pont ou tunnel, quelque part entre Vengeron et Pallanterie, qui bouclerait enfin la ceinture autoroutière genevoise, donnant à cette ville un véritable périphérique. Dit comme ça, c’est parfait. Juste le bonheur, enfin pour ceux qui veulent bien y croire. Le problème, c’est le nerf de la guerre : l’argent. Une petite réjouissance du genre, ça va allègrement chercher dans les trois milliards, sans doute plus. Et les caisses sont vides. Avec une dette de treize milliards. Alors, on fait quoi, on fait comment ? Le ministre des transports, Luc Barthassat, articule quelques pistes. Hélas, ces dernières méritent contestation. Le risque de poudre aux yeux est énorme.

 

En l’absence du moindre franc pour attaquer les travaux, M. Barthassat tente, depuis un certain temps, d’instiller dans les consciences la notion de PPP (partenariat public privé). L’Etat n’ayant pas d’argent, il s’appuierait sur des fonds privés : plusieurs noms d’entreprises sont déjà articulés, l’une dans la construction, l’autre dans les fonds de retraite, une autre encore dans la banque. A partir de là, le conseiller d’Etat émettait, sur le plateau de Genève à chaud, trois hypothèses de financement : soit le tout à l’Etat (mais avec quel argent ?), soit le financement mixte, soit… le tout au privé ! Cette troisième variante, disons-le tout net, est choquante de la part d’un ministre de la République. Car enfin, si l’Etat délègue à des mécènes, aussi éminents soient-ils, la totalité de la main financière sur des travaux de gros œuvre qui sont à ce point d’intérêt public, quel signal politique donne-t-il de son rôle à lui, l’Etat ? Juste un intermédiaire, pour demeurer maître d’œuvre ? Cela ne tient pas. C’est de la poudre de perlimpinpin.

 

Car l’impression politique est catastrophique. Les grands travaux sont affaire d’Etat. Canton ou Confédération. Ils doivent être l’objet d’une vaste consultation populaire, avec des débats, des pour et des contre, et le feu vert donné (ou non) un beau dimanche. Ce pont, ou ce tunnel, doit être celui d’une majorité clairement voulue par le corps électoral. Et ces citoyens, qui votent, doivent également être, comme contribuables, ceux qui le financent. Afin d’en demeurer les propriétaires, les patrons.

 

Il y a, dans la vision de M. Barthassat, une démission dans la mission régalienne de construction de l’Etat. Jamais un ministre radical, ni un socialiste, n’aurait commis la légèreté de brandir cette troisième hypothèse du « tout au privé ». D’ailleurs, je ne suis pas sûr du tout que la majorité du Conseil d’Etat le suive sur cette piste. Et puis, désolé, mais c’est un peu trop facile : en se tournant vers les grâces d’un mécène, on s’évite le débat populaire, la légitime contestation des opposants (la gauche, par exemple, qui a parfaitement le droit de ne pas vouloir de traversée), bref on contourne les nécessaires aspérités du débat politique. Désolé encore, mais cette posture est légère. Elle fait fi de ce qui fonde la République : la dialectique des antagonismes. Pour ma part, sans aller jusqu’à demander au ministre une conversion au colbertisme, je l’invite amicalement à revoir sa copie.

 

Pascal Décaillet

 

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21/10/2014

Ecopop : on a le droit d'être pour !

 

Sur le vif - Mardi 21.10.14 - 15.23h

 

Dans un peu plus d’un mois, l’initiative Ecopop, dont je parle ici depuis plus d’un an, aura été tranchée par le peuple et les cantons. Dans quel sens ? Je l’ignore absolument. Nous verrons bien. En attendant ce verdict, un mot sur la campagne. Pour l’heure, on ne voit et n’entend que les opposants. Tous les partis politiques, y compris l’UDC (ce que je peine à comprendre). Le patronat. Les syndicats. L’écrasante majorité des éditorialistes. Bref, tout ce que la Suisse compte d’officialité représentative, de médiateurs agréés, de porteurs de parole officielle, de Feuilles d’avis de l’opinion majoritaire, entendez par exemple à Genève l’édito de la Tribune, le diapason du pouvoir installé, celui qui ne trompe pas.

 

Comme pour le 9 février, les opposants rugissent. De leur voix, ils couvrent l’ensemble de l’univers sonore, ont même de leur côté les humoristes. Ils accaparent le texte, le contexte, la marge, l’apparat critique. C’est le livre des opposants, édité par les opposants, financé par Economie Suisse (pas assez, à leur goût, à entendre hier soir Filippo Lombardi), défendu et illustré par les opposants. Fort bien. C’est le jeu. Nous sommes dans un pays libre. Chacun a le droit de s’exprimer. Même si l’insulte dépasse parfois la ligne rouge, comme ce communiqué du NOMES (Nouveau mouvement européen suisse), publié ce matin, qui, nous invitant à un « Concert contre Ecopop », parle d’une « initiative raciste et arbitraire ».

 

Reste à savoir en faveur de qui joueront ce tintamarre, cette diabolisation. Nous verrons bien, le 30 novembre. Ce qui est sûr, je l’annonce ici depuis plus d’un an, c’est que les thèmes de la masse migratoire et de la protection de l’environnement sont particulièrement chers aux préoccupations des Suisses. Liés l’un à l’autre (pour la première fois), ils pourraient bien avoir la charge explosive nécessaire à dynamiter les réseaux de propagande du camp adverse.

 

Cette charge, elle est à chercher dans le cœur de nos compatriotes, leur attachement à un pays qui demeure vivable, donc leur rejet d’une Suisse à 12 ou 15 millions d’habitants. Parce qu’ils comprennent très bien, les Suisses, en voyant une carte de leur pays, que ce dernier, constitué principalement de montagnes, n’est pas extensible à souhait : nous ne sommes ni dans la plaine lombarde, ni dans celle de Silésie. Dès lors, vouloir limiter l’augmentation (étrangère ou autochtone) de la population ne relève ni de malthusianisme, ni surtout d’une quelconque xénophobie, ce mot-valise tellement utilisé, et totalement à tort, dans la campagne du 9 février. La question migratoire, en Suisse, ON A LE DROIT DE LA POSER. Le droit de la mettre à l’ordre du jour. Sans se faire insulter, ni traiter de fascistes. Ensuite, les consciences citoyennes diront oui ou non à Ecopop. Mais la question migratoire n’a pas, dans notre pays, à relever du tabou.

 

Cette question fut d’ailleurs posée le 9 février dernier, Et tranchée dans le sens que l’on sait. Ce jour-là, le peuple et les cantons, souverains, ont dit au Conseil fédéral ce qu’il devait faire. Or, notre gouvernement, notre Parlement, nos très chers élus, depuis plus de huit mois, qu’ont –ils entrepris pour mettre en application cette décision du peuple ? Réponse : RIEN ! Ils ont temporisé. Freiné. Empêché. Fait barrage, au maximum. Déjà, ils parlent de revoter. Comme s’il s’agissait de corriger une anomalie passagère, une parenthèse de l’entendement. Le peuple du 9 février aurait été comme estourbi. Réveillé, il reviendrait à la « Raison ». Eh bien croyez-moi, cette suintante lenteur dans la mise en application du 9 février, elle va aider le camp du oui dans l’affaire d’Ecopop.

 

Parce qu’il y a, dans ce pays, des citoyennes et des citoyens qui en ont marre. Ils en ont plus qu’assez que des initiatives, dûment munies des signatures requises, soient menacées d’invalidation par des corps intermédiaires, ou alors diabolisées, vilipendées, comme s’il émanait d’elles quelque chose de sale, d’indigne. Alors qu’une initiative est un ORGANE de notre démocratie, dûment reconnu et codifié par notre ordre constitutionnel. Non seulement elle a le droit d’exister, mais lorsqu’un beau dimanche elle est acceptée, elle prouve à quel point, contre tous les corps intermédiaires, elle avait raison d’exister. Sur les thèmes combinés de l’immigration et de l’attachement à l’environnement et au paysage, on l’a vu par exemple avec l’initiative des Alpes ou encore avec Franz Weber, oui, il y a le mélange explosif capable de créer la surprise. Le détonateur sera-t-il assez puissant ? Je l’ignore. Mais chaque insulte des opposants contribue à le renforcer. Verdict le 30 novembre, nous verrons bien. Et demeurerons citoyens fraternels, unis dans une même démocratie, au-dessus des clivages et des divergences.

 

Pascal Décaillet

 

 

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20/10/2014

Ecopop : Bazaine est-il disponible ?

 

Sur le vif - Lundi 20.10.14 - 18.19h

 

Il était assez salé, tout à l’heure à 18h, d’entendre le conseiller aux Etats Filippo Lombardi (PDC, TI) se plaindre sur la RSR du manque d’engagement d’Economie Suisse, entendez le patronat, contre l’initiative Ecopop, soumise au peuple et aux cantons le 30 novembre prochain. Ce dont la directrice romande, Cristina Gaggini, se défend : « Les moyens financiers sont à la hauteur de l’enjeu », affirme-t-elle, sans avancer de montant. Chez ces gens-là, Monsieur, on a le chiffre discret.

 

A la vérité, de quoi se plaint M. Lombardi ? La dernière fois qu’Economie Suisse a sévi dans une campagne de grande envergure, soulevant des thèmes à la fois politiques, identitaires et économiques, c’était sur l’initiative « Contre l’immigration massive », tranchée dans le sens qu’on sait le 9 février. Oui, cet engagement massif du patronat, à coup de millions et de millions, s’est soldé par une Bérézina.

 

Dès lors, qu’un éminent représentant de la démocratie chrétienne suisse, vieille de plus d’un siècle et dont on imaginait qu’elle avait pour ses campagnes d’autres ressources que celle de l’aumône auprès des forces de l’Argent, vienne publiquement geindre et quémander, il y a quelque chose qui ne grandit pas cette formation politique. Quelque chose d’humiliant.

 

Humiliant, et surprenant : venir quérir le concours d’un patronat qui a complètement raté la campagne du 9 février, c’est un peu comme si la jeune Troisième République, après l’affaire de Metz, venait solliciter Bazaine pour la tirer d’affaire, dans quelque bataille où l’honneur serait en jeu. Surprenant, oui. Et quelque peu surréaliste.

 

Pascal Décaillet

 

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Ecopop : l'Uni de Genève n'aime pas la contradiction ?

 

 Sur le vif - Lundi 20.10.14 - 11.06h

 

J’aurai largement l’occasion de revenir prochainement, ici même, sur l’ahurissante campagne orchestrée tous azimuts, de façon totalement déséquilibrée, contre l’initiative Ecopop, sur laquelle le peuple et les cantons se prononceront le 30 novembre. De partout on déchaîne le feu contre des initiants auxquels on ne prend pas la peine – ou si peu – de donner la parole. Lorsque la grosse artillerie vient des opposants au texte, on peut à la rigueur se dire que c’est de bonne guerre, encore que le petit jeu, comme pour le 9 février, pourrait bien se retourner contre eux. Mais quand le procédé est utilisé par l’Université de Genève, qui devrait être instance de réflexion et de distance, on se dit que quelque chose ne va pas.

 

Elle vient de nous envoyer un communiqué, l’Université de Genève, annonçant, pour le 30 octobre prochain, une « journée d’étude » sur Ecopop, un texte dont il nous est tout de suite annoncé, dans l’invitation, qu’il « pourrait  assombrir un peu plus l’avenir européen de la Suisse ». Le ton est donné. Mais il l’est encore bien davantage par le casting : sur six intervenants annoncés, un seul viendra défendre Ecopop : Alec Cagneux, membre du comité d’initiative. Les autres ? Simonetta Sommaruga, général en chef des opposants, Pierre Maudet, membre très européiste d’un Conseil d’Etat ayant annoncé qu’il allait faire campagne contre Ecopop, Edouard Gnesa, haut fonctionnaire, Cesla Amarelle, conseillère nationale socialiste vaudoise, très opposée au texte, et Omar Porras, « l’un des invités culturels de l’événement ». Cinq contre un !

 

Inutile de dire que seul face à ce beau monde, le partisan d’Ecopop est sympathiquement invité à se rendre au casse-pipe. Dans l’organisation de ce type de déséquilibre, on notera que l’Université de Genève n’en est pas à son coup d’essai : nous avions déjà dénoncé cette dérive dans la campagne du 9 février. Soyons clairs : il ne s’agit pas d’une « journée d’étude », mais d’une polyphonie de l’unisson. Musicalement, c’est une option. En termes de réflexion et d’équilibre, c’est un dévoiement pur et simple.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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15/10/2014

Et Saint Luc traversa la mer Rouge

 

Sur le vif - Mercredi 15.10.14 - 16.00h

 

Oui je sais, dans mon titre, je confonds l’Ancien et le Nouveau. La Petite et la Grande. La Rade et le Lac. L’horizon chimérique de 2030 (tiens, ça n’est déjà plus 2025) avec celui, équestre, de 2020. Bref, rendons grâce au Conseil d’Etat d’avoir, dans son infinie sagesse, avec une louable intention d'affûter nos désirs, revivifié cet après-midi nos rêves séculaires de traversée. Honneur à lui, même s’il ne prend pas grand risque.

 

Oh, sa traversée je suis pour. J’ai toujours été pour la grande, le bouclement périphérique. Que Genève, une bonne fois, se dote d’une ceinture urbaine. Et j’ai toujours été, depuis qu’ils l’ont lancée en 2013, contre la petite, qui n’était que pub électorale de l’UDC. Que revivent donc nos rêves, c’est sans doute cela qui compte quand on gouverne et que pas grand-chose ne va : insuffler dans les artères du client le minimum de joie prospective pour qu’il évite de commettre l’irréparable : ne pas procéder à votre réélection. Ou à celle des vôtres, tiens disons à l'horizon communal du printemps 2015. Votez Entente, nous ne resterons pas sourds à votre libido lacustre.

 

Alors, aujourd’hui, on fait quoi ? Je dirais « miroiter », même si le temps des alouettes est déjà envolé. On parle de « préfinancement cantonal », alors que l’absence du moindre kopeck dans les caisses désespère un ministre des Finances sept milliards de fois moins optimiste, quand on le croise, que pendant cette campagne de 2013 qui, tel l’Aigle surgi de l’île d’Elbe, l'avait vu voler de clocher en clocher.

 

Cette traversée, je suis pour. Je ne conteste donc pas le fond. Mais le communiqué que je viens de lire (en attendant de recevoir M. Barthassat ce soir à GAC), je n’y crois que modérément. Déclaration d’intention. Abstraite, non chiffrée. Timide reprise de l’ouverture sur le privé, mais du bout des lèvres, parce que politiquement, c'est périlleux. Rien de précis sur les modalités de financement. Bref, une Arlésienne. Sympathique, sans doute sincère. Mais improbable comme un rêve de vent, timoré d'incertitude face au frisson si féminin de la vague bleue.

 

Le populiste de droite nous dessine la Phalange sous les yeux fatigués des patriciens. Celui de gauche nous promet le grand soir. Le populiste de la festivité chrétienne nous réinvente la mer Rouge. A chaque fois que saignent nos regrets.

 

Nous noterons en passant, et sans chercher noise (ça n’est pas le genre de la maison), que ce gouvernement, particulièrement dans l’ordre de la mobilité, semble davantage briller par les effets du lointain que par la précision matérielle du concret, hic et nunc. En attendant, lisons Saint Luc. Il y est aussi question (comme chez Dalida) de Parole et de Parole : que du bonheur ! Ou l’histoire de Moïse. J’aime quand les eaux s’écartent. Promesse d’un Passage. Avec un prénom comme le mien, comment pourrais-je m’en détourner ?

 

Pascal Décaillet

 

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10/10/2014

La solitude, la petite mort, le partage de la joie

 

Sur le vif - Vendredi 10.10.14 - 18.52h

 

Longtemps, les journaux ont été l’une des grandes passions de ma vie. Le bon vieux journal papier, que j’ai compulsivement collectionné depuis l’âge de douze ans, très précisément depuis cet inoubliable Paris Match relatant les funérailles de Charles de Gaulle, en novembre 1970. Mon père me l’avait offert, il y a entre autres un texte de Jean Cau d’une incroyable densité de plume, j’en ai fait mille fois le tour, je l’ai encore. Jusqu’à l’apparition d’internet, je ne vivais que pour les journaux. Un jour, pour me récompenser d’un Prix de journalisme que j’avais reçu, un confrère m’avait offert, dans des cartons de bananes Chiquita, des centaines de journaux de l’époque de l’Affaire Dreyfus, sur laquelle j’avais justement réalisé une série historique radiophonique. Il ne pouvait me faire de plus beau cadeau.

 

Aujourd’hui, je ne touche que très peu le papier, les neuf dixièmes de ma consommation (toujours énorme) d’articles se passent sur internet. Alors, comme nous tous, j’attends du papier autre chose qu’une simple donnée d’informations. Quelque chose de puissant. De magique. De l’ordre d’une irruption, d’un parfum, ou alors d’une communauté invisible, celle des Revues littéraires du début du vingtième siècle, couverture blanche de Gallimard, Revue des Deux Mondes, Revue Esprit. Ou encore cette éblouissante Revue Choisir, de mes amis Jésuites, ou Nova et Vetera, fondée par l’Abbé Journet, et puis tant d’autres. Pourvu que cela fleure l’engagement. Le choix. La précision de l’angle. L’immensité d’une solitude.

 

Je viens de lire intégralement le no 41, 10 octobre 2014, de Gauchebdo. Il surpasse, par l’appel d’air de ses fenêtres ouvertes, toutes les autres éditions de ces dernières semaines. Un édito délicieusement assassin de Jérôme Béguin sur l’embourgeoisement des socialistes en Ville de Genève (je vous salue au passage avec affection, Chère Sandrine). Un reportage sur les « damnés de l’asile ». Un papier de fond sur le Brésil, en pleine présidentielle. Les revendications d’exilés colombiens à Genève. Et un second cahier, culturel, qui relègue les suppléments week-end de nos braves quotidiens au statut de Catalogues de la Redoute de la promotion et de la complicité sucrée. Il y a du choix, de l’angle, du courage, « de la douleur et du néant », du théâtre, de la musique (Abbado), de la littérature romande, et une remarquable analyse de dernière page sur l’Ukraine.

 

Quand je lis Gauchebdo, je suis fier que mon métier existe encore. Et qu’il demeure, pour les gens de plume, d’autres valeurs que l’argent, le clinquant, l’insolence. En huit pages seulement, ce numéro 41 nous réconcilie avec l’envie de toucher du papier, humer l’encre, mettre en œuvre notre faculté de mémoire, nos océans de nostalgie. Je repense à ces dimanches entiers, si lointains, de mon enfance, où la lecture était seule, salvatrice, rédemptrice occupation. Il m’est parfaitement égal, aujourd’hui, de rejouer avec un journal de gauche ou de droite, homo ou hétéro, catholique ou athée, ce jeu si délicieux de petites morts et de résurrections. Une fois de plus, je dis merci aux gens de Gauchebdo d’exister. Avec leur journal, je voyage dans le temps. Le mien. Celui de mon esprit vagabond, solitaire, et pourtant toujours en quête d’une joie partagée.

 

Pascal Décaillet

 

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Déchoir, disent-ils

 

Sur le vif - Vendredi 10.10.14 - 10.13h

 

Les temps sont violents, c’est vrai, nous sommes confrontés à des horreurs. Nos Etats de droit, nos Républiques, ne doivent évidemment pas baisser les bras face à ceux qui veulent saper les fondements de leurs valeurs. Tout cela oui. Mais l’inflation du discours. La démesure dans la réponse. La résurrection de peines ancestrales. Le Talion. La haine. La vengeance.

 

Laissons ici la peine de mort, sur laquelle je n’ai même pas envie de m’exprimer. Mais la légèreté avec laquelle, depuis quelques mois, des voix s’élèvent – et jusqu’à un bel esprit dont j’apprécie l’acuité – pour évoquer la notion de « déchéance de la nationalité ». Déchoir, disent-ils. En brandissant cette peine comme si elle devait relever de l’arsenal de nos sanctions les plus banales, couramment utilisées.

 

A ces mêmes qui brandissent la connaissance de l’Histoire, rappelons juste que le régime, dans l’Europe du vingtième siècle, qui s’est illustré par la loi de déchéance, ou même des « commissions de déchéance » (comme il existe des commissions de naturalisation) fut celui de Vichy, brillamment actif comme on sait entre juin 1940 et août 1944.

 

Vichy, ça n’est pas l’Allemagne nazie. Ce sont juste quatre années d’Histoire de France. Quatre années bien davantage dans la continuité que dans la « parenthèse » qu’on a essayé, plus tard, de nous faire croire. Les hauts fonctionnaires, les magistrats judiciaires, étaient les mêmes que sous la Troisième, on les retrouvera (la plupart) dans la Quatrième, voire sous la Cinquième. Une partie de la classe politique, aussi. Jusqu'au plus haut niveau.

 

Le régime de Vichy n’est évidemment pas né le 22 juin 1940, ni même le 10 juillet lorsque l’Assemblée s’est auto dissoute, mais quelque part entre 1894 et 1906, dans l’immense drame passionnel que fut l’Affaire Dreyfus. Naissance de l’Action française. Mise sur pied des grandes Ligues qui traverseront la fin de la Troisième, et dont la tendance idéologique eut l’occasion (« Divine surprise »), de 1940 à 1944, de se retrouver, pour la seule fois depuis la Révolution, aux affaires.

 

C’est ce régime-là, celui de la rafle du Vel d’Hiv (juillet 1942) et de la complicité dans les déportations, qui avait si sympathiquement revivifié le concept de « déchéance de la nationalité française ». Il conviendrait que ceux qui, aujourd’hui, osent brandir tout benoîtement le même mot, dans une insensibilité aussi effrayante au fracas sonore des syllabes, s’en souviennent.

 

La déchéance, comme la peine de mort, ils ont évidemment le droit de l’envisager. Dans une discussion, on a droit à tout. Il ne s’agit pas de les censurer. Non. Juste leur brandir le miroir de références par eux-mêmes articulées. Comme un écho du tragique. Dans la nuit d’encre de l’Histoire.

 

 

Pascal Décaillet

 

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09/10/2014

Police genevoise : hommage et gratitude

 

Commentaire publié dans GHI - 08.11.14


 
J’ai passé plus d’un demi-siècle de ma vie à Genève, et jamais je n’ai eu à me plaindre de la police. Il est vrai que j’ai l’âme peu délinquante, et que je n’ai jamais particulièrement cherché à me frotter à la maréchaussée. Mais tout de même : chaque fois que j’ai été en contact avec un agent, j’ai trouvé patience, courtoisie, sens du service et compréhension. Qu’il y ait des dérapages, c’est possible : il y en a partout, dans tous les corps des métiers, et jamais il ne faut juger une corporation entière sur quelques brebis galeuses. Mais sur les dizaines de milliers d’heures consacrées chaque année, par la police, au service et à la protection de la population, les cas particuliers d’abus de pouvoir sont rarissimes.


 
Et si nous, les citoyens, avant de nous prononcer si hâtivement sur les problèmes syndicaux ou sectoriels de notre police, nous commencions simplement par lui dire notre gratitude ? A tous ceux, hommes et femmes, de tous grades et de toutes fonctions, qui exercent ce métier. Comme je le fais ici, si souvent, pour les enseignants. Comme il faut le faire pour les infirmières, les employés de voirie, les pompiers, les agents des services publics, tous ceux qui servent l’Etat, à tous les niveaux, à commencer par les plus modestes. Il serait temps, dans ce canton, qu’on parle des fonctionnaires autrement qu’en termes de classes de salaire, d’indemnités et de revendications. Et davantage en termes de grandeur dans le service public. A cet égard, trois décennies de philosophie libérale, voire ultra, ont scandaleusement terni l’image de ceux qui servent l’Etat. Alors que sans eux, nous ne serions rien. Si ce n’est une jungle, avec la loi du plus fort. Ou un Ancien Régime, avec la seule loi du Prince.


 
Je ne me prononce pas ici sur les revendications syndicales de la police genevoise. Elles appartiennent au champ de négociations entre les représentants professionnels et l’employeur, l’Etat. Disons simplement que les policiers ont 100% le droit, comme tout corps de métier, de faire valoir leurs prétentions. Et l’employeur, le droit d’être d’accord ou non. Cette tension dialectique s’appelle négociation, elle est chose courante en Suisse depuis près d’un siècle, et même sacralisée depuis 1937. Ajoutons que nous les citoyens, avant de porter un jugement sur le salaire des policiers, nous gagnerions peut-être à suivre quelques patrouilles, par exemple de nuit, pour nous rendre compte de la réalité du travail fourni. Sur l’aspect sécuritaire, mais aussi social.


 
Et puis, il est tellement confortable, du confort de son salon, de pester contre la police. Les bobos, les libertaires (de gauche comme de droite !), tous ceux que l’Etat structuré embarrasse, surtout dans ses fonctions régaliennes, celles qui fleurent l’organisation de type militaire. Puissent les politiques, de tous bords, valoriser davantage qu’aujourd’hui les agents de la fonction publique. Rendre à l’individu le désir de servir l’Etat. Pour cela, il conviendrait que nos consciences renouent avec le discours sur le collectif. L’intérêt supérieur de tous, Exactement le contraire des thèses ultra-libérales des trente dernières années.


 
Pascal Décaillet

 

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08/10/2014

Immigration : le PLR ne manque pas de culot

 

Sur le vif - Mercredi 08.10.14 - 16.49h

 

Le PLR suisse ne manque pas d’air. Dans un communiqué diffusé cet après-midi, il affiche « la maîtrise de l’immigration » comme l’une de ses deux priorités, avec les bilatérales. Va pour ces dernières, où sa ligne est cohérente, et d’ailleurs sans doute majoritaire dans le pays. Mais l’immigration ! Dans le style récupération éhontée du thème identitaire d’un parti concurrent, le PLR pulvérise tous les records.

 

Le parti qui ne cesse, depuis deux décennies au moins, d’avancer le thème de l’immigration, n’est évidemment pas le PLR, mais l’UDC. Le parti qui n’a cessé, sur ce thème, de combattre l’UDC, par exemple dans la campagne du 9 février 2014, c’est justement le PLR. Que demandait l’initiative « Contre l’immigration massive », acceptée par le peuple et les cantons à la grande fureur du PLR : précisément, une meilleure « maîtrise de l’immigration ». Ce texte, les gens du PLR, tout au long d’une campagne dûment stipendiée par le patronat, alias Économie Suisse, n’avaient cessé d’en dénaturer l’esprit, les uns parlant de « xénophobie », les autres nous annonçant l’asphyxie économique du pays.

 

Ne refaisons pas la campagne. Chacun pense ce qu’il veut du 9 février. Mais au moins, appelons un chat un chat. Et sachons reconnaître l’original de la copie, la paternité du plagiat, la prise en compte d’un thème en amont, par rapport  à la récupération. Il y a, dans le parti appelé « PLR », deux composantes de philosophie politique. L’une, la composante radicale, a fait la Suisse moderne, construit et développé l’Etat, dessiné (avec d’autres, dont les socialistes) les contours de nos assurances sociales. L’autre, la composante libérale, malgré de grandes figures humanistes, ne peut pas s’enorgueillir d’un tel legs. Et surtout pas ce qu’elle est devenue depuis une trentaine d’années, apôtre de la dérégulation, casseuse de services publics, prosternée devant le Veau d’Or de l’Argent facile et de la spéculation. Vouloir faire cohabiter radicaux et libéraux au sein d’une même famille, c’est se heurter continuellement à une contradiction majeure, quelque chose de puissant autour du rôle de l’Etat, sur lequel ces deux courants divergent.

 

Dans tous les cas, le PLR, en affichant la « maîtrise de l’immigration » comme l’une de ses deux priorités, fait preuve d’un culot inégalé dans la politique suisse depuis la guerre. Il pique à un parti concurrent l’un de ses thèmes existentiels. Les électeurs, le jour venu, sauront reconnaître l’original de la copie. Quant au PLR, tant qu’il n’aura pas réinscrit la République au rang de ses priorités, tant qu’il donnera le sentiment d’inféodation aux puissances de la finance, avec ses parlementaires commis-voyageurs des banques privées, des pharmas, ou du lobby des caisses maladie dans la Berne fédérale, il continuera de nager en eaux troubles. Dommage pour ce parti, du moins pour sa composante historique et républicaine, les radicaux.

 

Pascal Décaillet

 

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Notre Lignon, fierté républicaine

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.10.14

 

Dans un coin perdu des Alpes valaisannes, j’ai écouté avec bonheur, samedi 4 octobre, le reportage « Lignon : touche pas à ma cité ! », signé Francesca Argiroffo et Rino Muccigrosso, sur la Première. Avec justesse et pertinence, ces quinze minutes de radio nous ont rappelé à quel point notre Lignon, à Genève, n’avait rien à voir avec certaines de ces « cités » françaises où l’état de droit a abdiqué face à la violence et au communautarisme.

 

Notre Lignon – j’utilise à dessein le possessif – se trouve être justement, depuis un demi-siècle, un exemple plutôt réussi de cohabitation. Les habitants y viennent d’un peu partout, les origines et les religions s’entremêlent, mais tout cela s’opère, dans les grandes lignes, sous le sceau du respect mutuel. Et cette attitude porte un nom, qui m’est particulièrement cher : la République.

 

La République ne se confond ni avec la langue, ni avec l’ethnie, ni avec la classe sociale. Elle est, étymologiquement, l’affaire de tous. Elle promet aux minorités la protection. En contrepartie, elle exige de tous le respect de ses lois. Réduire l’image du Lignon à quelques commentaires stupides sur une vidéo suite à l’incendie de l’église catholique, c’est foutre en l’air des décennies de travail social dans cette cité. C’est un comportement irresponsable. Le Lignon, notre Lignon, mérite mieux.

 

Pascal Décaillet

 

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07/10/2014

Des Etats généraux, à en perdre la tête

 

Sur le vif - Mardi 07.10.14 - 16.38h

 

A Genève, le dernier must, la mode dernier cri, n’est plus de prendre des décisions, mais de convoquer des états généraux. Ça fait très Versailles, 8 août 1788, où sans doute pour fêter la déferlante de « 8 » dans la date, Louis XVI, cédant aux pressions, avait fini par appeler à siéger une instance qui ne s’était plus réunie depuis… 1615. Eh oui, 173 ans auparavant ! La suite, on la connaît : les Etats se réunissent le 5 mai 1789, le Tiers fait des siennes, le Jeu de Paume défie les baïonnettes, la Révolution française commence.

 

Nous avons, à Genève, nos petits Louis XVI. Oh, ils ont encore la tête sur les épaules, sont sans doute moins portés sur la serrurerie, n’ont pas à côtoyer l’Autrichienne amatrice de brioche. Mais tout de même. Cette furie des états généraux ! Etats généraux des transports, Rencontres du logement, états généraux de la détention et de la probation (si, vous avez bien lu), tout n’est plus chez nous qu’Assises, échanges, écoute. Les ministres ne gouvernent plus : ils prêtent l’oreille. Avec usure, of course.

 

Il y a, dans cette mode, une posture. Celle de se prétendre bon prince, en phase avec le terrain, au diapason de la population. Tout, dans l’acte politique, ne serait que procédure de consultation permanente, confession sucrée de l’âme des peuples. On consulte, on fait la synthèse, on brasse, on touille, on assaisonne, et on sert au public à peu près ce qu’il demande.

 

Telle n’est pas ma conception de l’action publique. La seule « écoute » qui vaille, en démocratie, n’est pas celle de la doxa (l’opinion), mais bien celle du démos : tenir compte du peuple, non lorsqu’il susurre ou murmure, mais lorsqu’il décide. Le peuple en armes, ça n’est pas le peuple qui pérore, mais celui qui vote et qui tranche. Or justement, ce sont souvent les mêmes princes qui, tout appliqués au semblant de l’écoute, sont les premiers à ignorer les décisions du suffrage universel, en freinant au maximum leur application.

 

Transports, logement, détention : dans les deux premiers ministres concernés, je ne m’étonne pas de la démarche. Elle traduit le populisme sympathique, centriste et attrape-tout (à commencer par l’électeur) du premier, la légèreté du deuxième. Il me plaît moins de découvrir la posture chez le troisième, radical régalien frotté aux dimensions d’exigence de l’ascèse républicaine. Mais sans doute a-t-il cédé là à une mode aussi passagère que l’automne, celle des ultimes et flamboyantes couleurs, pour mieux conjurer l’imminence du frimas. Juste avant les Révolutions, n’est-il pas délicieux de s’imaginer éternel ?

 

 

Pascal Décaillet

 

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06/10/2014

Aux Etats, le peuple, ça fait sale

 

Sur le vif - Lundi 06.10.14 - 16.54h

 

Invalider. Ils n’ont plus que ce mot à la bouche. Invalider les initiatives, même si ces dernières ont dûment obtenu les cent mille signatures nécessaires, souvent beaucoup plus. Les invalider, parce qu’on les juge « dangereuses ». Dangereuses, pour qui ? Pour l’intérêt supérieur du pays, ou pour la tranquillité notariale de la classe politique actuellement au pouvoir ? Tranquillité. Rotondité. Langueurs sénatoriales, dans cette Chambre qui devrait représenter les Cantons, et non censurer la démocratie directe, l’un de nos biens les plus précieux en Suisse : tous nos voisins nous l’envient !

 

Oui, j’ai vu rouge en lisant hier la « Schweiz an Sonntag ». Non, je n’admets pas qu’une Commission (celle des Institutions politiques, en l’espèce) du Conseil des Etats vienne, du haut de son promontoire bernois, élaborer des règles visant à niveler, dans les textes d’initiatives populaires, tout ce qui gêne et dépasse. Invalider, niveler, tondre : nous les citoyens, hommes ou femmes, Romands, Alémaniques, italophones, de gauche ou de droite, n’avons pas à nous laisser dicter l’ordre du convenable, en matière de démocratie directe, par des parlementaires fédéraux.

 

Une initiative, je ne cesse de le répéter, c’est une affaire du peuple avec le peuple. Le défi lancé, par quelques citoyens au départ, à l’ensemble du corps électoral de la Confédération, ainsi qu’à nos vingt-six Cantons, la double majorité étant requise. Sur quels sujets ? Mais justement, parbleu, sur ceux que les 246 parlementaires fédéraux n’ont pas jugés bon de humer, peut-être parce que le fumet populaire les incommodait. Initiative des Alpes, lex Weber, renvoi des criminels étrangers, immigration massive (9 février 2014), et demain Ecopop (30 novembre 2014) : autant de sujets ignorés, sous-estimés par nos parlementaires fédéraux, tiens justement par le Conseil des Etats. Autant de sujets méprisés, vilipendés, jugés indignes de parvenir au jugement suprême, celui du suffrage universel : les quelque quatre millions d’électeurs potentiels de notre Confédération, et les vingt-six Cantons.

 

Insupportable, le signal d’arrogance délivré par cette Commission des Etats. Si une initiative est mal ficelée, le peuple citoyen (ces quatre millions, justement) est largement assez mûr, assez rôdé à l’ascèse de la sagacité démocratique, pour en juger lui-même. Le suffrage universel suisse n'a nul besoin d'un "Comité de Sages", ni parlementaire ni judiciaire, pour dessiner à sa place la géométrie de l'acceptable. Cette proposition scélérate de quelques sénateurs mérite un seul classement : celui, vertical, de la poubelle

 

Pascal Décaillet

 

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03/10/2014

Traversée, logements : le mirage doré des PPP

 

 Sur le vif - Vendredi 03.10.14 - 10.47h

 

Faire de la politique, notamment quand on assume une charge, c’est croire en l’Etat. Inscrire son action dans le cadre de la chose publique. On peut militer pour plus ou moins d’Etat, c’est une question de régulateur, mais le seul fait de s’être présenté à une élection républicaine délimite au candidat le périmètre de son action future : il pourra pratiquer une politique de gauche, de droite, du centre, tout ce qu’il voudra, mais dans le cadre de l’Etat. Lequel n’est ni un club, ni une société privée. De quels grands commis l’Histoire a-t-elle retenu le nom ? De Philippe le Bel à Louis XI, de Louvois à Richelieu, de Bismarck à Jules Ferry : des hommes qui ont, de toute la puissance de leur génie et leur énergie, lutté pour écarter, dans le cadre public et dans nul autre, le champ du possible.

 

Hors de l’Etat, entendez par ce mot la volonté des humains de codifier leur organisation politique et sociale, et s’il vous plaît n’entendez pas une armada de fonctionnaires derrière des guichets, hors de ce cadre qui a fondé nos sociétés modernes, la politique ne peut avoir de sens que comme aventure personnelle, pulsion libertaire, exercice néo-féodal du pouvoir, par exemple par la tyrannie de l’Argent. C’est une option de la vie en communauté. Ca n’est pas la mienne.

 

A cet égard, comment ne pas s’étonner, à Genève, de voir deux conseillers d’Etat, provenant comme par hasard de partis très éloignés des rigueurs régaliennes, le Vert et le PDC, nous brandir allègrement, dès que surgit une difficulté budgétaire, le mirage doré du « Partenariat Public Privé », ci-devant compressé dans le triptyque palatal « PPP ». Il faudrait financer la future (et bien lointaine) traversée du lac par des « PPP ». Il faudrait (le Temps d’aujourd’hui) créer une fondation public privé pour faire enfin émerger des logements à Genève.

 

Il y a, dans cette rhétorique aussi légère que floue, l'abdication assumée de l’une des grandes ambitions qui fondent nos sociétés depuis la Révolution française : inscrire les grands projets, les grands travaux, non dans la générosité d’une prince mécène, mais dans la volonté collective des citoyens. Voulus par eux, conçus par eux, corrigés et contrôlés par eux. Donc, financés par eux. Avancer d’emblée l’appel aux fonds privés, c’est reconnaître que les caisses de l’Etat sont vides, qu’on n’a plus la moindre imagination pour les remplir, c’est avoir peur de se rendre impopulaire en articulant l’idée d’impôt. C’est déchirer bien imprudemment le contour imposé de l’action publique, pour s’aventurer vers des donateurs dont on se demande bien quelles contreparties, le jour venu, ils exigeront pour leur générosité. C'est revenir à l'Ancien Régime.

 

Je ne conteste pas ici l’intérêt d’avoir parfois recours aux fonds privés. Mais enfin, l’idée même de la République, depuis un peu de deux siècles, c’est que ces fonds contribuent à l’effort commun, non par l’arbitraire d’un don, mais par le biais de la fiscalité. Ce qui me paraît très contestable, c’est de brandir d’emblée le PPP, en amont de toute discussion. Avant même d’avoir sollicité du peuple ou de ses élus la réflexion citoyenne sur ce qu’il veut entreprendre, ou ce à quoi il préfère renoncer. Gouverner, c’est choisir. Gouverner la République, c’est opérer ses choix dans le cadre de l’Etat.

 

 

Pascal Décaillet

 

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02/10/2014

Père Dauchez : sourire et lumière

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Coup de Cœur - GHI - 01.10.14

 

Originaire de Versailles, le Père Matthieu Dauchez a décidé un jour de tout quitter pour aller s’occuper des enfants des rues à Manille. Dans l’immense capitale des Philippines, l’une des villes les plus peuplées au monde, vivent des milliers d’enfants qui n’ont strictement rien, et errent dans les rues. Orphelins, ou rejetés par leur famille. Le Père Matthieu, à la tête de la Fondation Anak, et avec le soutien de salariés philippins, s’occupe d’eux. Dans un livre, « Le prodigieux mystère de la joie », il raconte son expérience. Mieux : cet infatigable prêtre de terrain sera à Genève jeudi 2 octobre. A 19.45h, il s’exprimera au Sacré Cœur, 18 rue du Général-Dufour. Au milieu des immondices de Manille, il dit avoir trouvé la lumière. Assurément, le témoignage de cet homme vaut le déplacement.

 

Pascal Décaillet

 

*** Le Père Matthieu Dauchez sera ce soir, 19h, en direct sur le plateau de Genève à chaud. Puis, 19.45h, au Sacré-Cœur.

 

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01/10/2014

Halte aux initiatives marketing !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.10.14

 

Une initiative, rien que pour faire parler de soi. Par exemple, en période électorale. Mentionner le nom du parti qui l’a lancée, le marteler, à n’en plus finir. Tout cela, pour gagner quelques sièges. Et puis, un an plus tard, lorsqu’il s’agit de voter sur le contenu de l’initiative, on se rend compte que près de deux personnes sur trois n’en veulent pas. Le texte échoue. Le camp politique des initiants est divisé. A la cause qu’on se promettait de défendre, on aura fait perdre du temps. Mais au moins, un an avant, en ayant fait parler de soi, on aura pu se renflouer au Grand Conseil. Cette histoire, c’est exactement celle de l’UDC genevoise et de la traversée de la Rade, balayée dimanche 28 septembre par près de 64% des votants.

 

Cette attitude politique n’est pas à la hauteur de notre démocratie directe en Suisse, ce système que la toute première, et à juste titre, l’UDC défend de toutes ses forces. Pas à la hauteur, parce qu’elle dévoie un thème pour en faire une arme de campagne. L’initiative sur la Rade a été lancée juste avant les élections cantonales de 2013, elle a permis de faire beaucoup de pub à l’UDC genevoise, qui d’ailleurs a engrangé de bons résultats au Grand Conseil, mais un an après, elle échouait lamentablement. Il y avait, dans cette démarche, beaucoup de choses qui, dès le début n’allaient pas. En voici au moins deux.

 

D’abord, l’initiative et le référendum, ces armes de ceux d’en bas que tant de voisins nous envient, ne sont pas des gadgets électoraux. Ils sont là pour permettre au peuple de s’exprimer, en profondeur, sur des sujets que les corps intermédiaires auraient mal traités (référendums) ou, pire encore, totalement négligés (initiatives). L’appel au peuple, si important dans notre pays, doit être soit un mécanisme correctif aux décisions parlementaires (référendums), soit l’expression tellurique du suffrage universel (initiatives) sur des lames de fond que toute la cléricature des élus n’aurait tout simplement pas vues venir. On l’a vu avec l’initiative des Alpes, avec Franz Weber, avec les criminels étrangers, avec l’immigration massive. Pour qu’une initiative soit un succès, il faut soit qu’elle passe, soit qu’elle tutoie la réussite (48 ou 49%), pour peser sur la suite. Mais 64% contre elle, c’est l’autogoal.

 

Et puis, dans cette initiative de l’UDC sur la Rade, il y avait un autre problème, dès le départ. Un parti doit proposer un texte sur un thème puissamment contenu dans son bagage génétique : l’UDC sur l’immigration, la gauche sur le social, ou le PDC sur la famille. Mais diable, en quoi les questions de mobilité étaient-elles, antérieurement à ce débat, consubstantielles à l’UDC genevoise ? Réponse : en rien. Cette inadéquation de thème accentue l’impression d’opportunisme électoral, et d’initiative marketing. Le peuple n’en est pas dupe. Au-delà de savoir s’il faut traverser la Rade, ou le lac, ou ne rien traverser du tout, le corps électoral a sanctionné un mode d’action. Quant au MCG, allié de l’UDC dans cette galère, il pourrait bien, désormais, tourner ses regards vers d’autres partenaires, au sein de la droite genevoise, à l’avenir, sur les questions de mobilité.

 

Pascal Décaillet

 

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28/09/2014

Complexe et savoureuse, la démocratie suisse

 

Sur le vif - Dimanche 28.09.14 - 16.20h

 

Le petit miracle de notre démocratie suisse, c’est que personne n’est jamais humilié lors d’un dimanche de votations. Comme nous votons toujours sur trois ou quatre sujets en même temps, entre les fédéraux, les cantonaux et les communaux, il est rare que nous nous trouvions totalement perdants, ou totalement gagnants. Ainsi, j’étais comme on sait pour la Caisse publique, sans d’ailleurs me faire d’illusion sur le résultat : je perds. Et j’étais contre la traversée de la Rade, version UDC-MCG, étant à fond pour la grande, celle du lac : je gagne. Et l’immense majorité des citoyennes et citoyens de ce pays, ce dimanche, dans un sens ou dans l’autre, dans toutes les combinaisons possibles, sont dans mon cas.

 

Cette pluralité des sujets, ainsi que le triple échelon de notre citoyenneté (communes, cantons, Confédération) est non seulement une incroyable richesse de notre démocratie, mais aussi un facteur de complexité, dans le sens gustatif ou olfactif du terme, qui dissout les peines, atténue les triomphes, nous oblige à considérer le pays dans ses vingt-six composantes (Neuchâtel, les deux Bâle, le Jura, Schaffhouse, Argovie ont, tout autant que Genève, été le lieu d’importants scrutins aujourd’hui).

 

A cet égard, rien ne vaut la lecture des cartes de votations : canton par canton, district par district, commune par commune. Pour les villes, comme Genève, quartier par quartier. J’aime infiniment la délicieuse, la savoureuse complexité de notre démocratie suisse. Au final, il n’y a pas ce soir une Suisse qui gagne, une Suisse qui perd. Non. Il y a un peuple, composé de vingt-six cantons et de centaines de communes, qui a exprimé sa citoyenneté sur de nombreux sujets.

 

Le peuple suisse, qui se frotte depuis tant de décennies à la démocratie directe, et connaît depuis 1919 le scrutin proportionnel, ce vieux peuple multiple et bigarré, aux parlers différents, aux religions diverses, ou sans religion, peu importe, a la chance de bénéficier d’une pratique de la démocratie que beaucoup de voisins lui envient. Tenez, nous sommes bien le seul peuple au monde à connaître, pour les vingt ans qui viennent, les dates des votations fédérales. Nous ne savons pas encore sur quoi nous voterons en 2022, mais nous savons quand ! Etrange et fascinant système, où le calendrier de la liturgie citoyenne précède les contenus. Compatriotes, préservons notre démocratie directe, étendons-la, même, plutôt que de la brider : elle est notre bien commun le plus précieux, la promesse du surgissement renouvelé de la volonté populaire, au-delà du petit jeu des élites, des corps intermédiaires et de tous ceux qui, pour étendre leurs prébendes, voudraient nous la confisquer.

 

Ma dernière remarque sera pour appeler, comme je le fais toujours, à l’acceptation du verdict populaire. Dans certaines réactions, cet après-midi, notamment du côté de l’UDC genevoise, je n’ai pas trouvé ce côté bon joueur qu’ils sont pourtant, tout le reste de l’année, les premiers à appeler de leurs vœux. Quand on se mobilise, depuis plus d’un an, sur un sujet qu’on n’a inventé qu’à des fins électorales liées à l’automne 2013, un sujet si lointain de son patrimoine génétique de parti, on accepte la défaite avec un peu plus de majesté.

 

Pascal Décaillet

 

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25/09/2014

Caisse publique : l'après-28-septembre a commencé

 

Sur le vif - Jeudi 25.09.14 - 16.43h

 

J’ai déjà plaidé ici pour la Caisse publique, déjà précisé que je serai dimanche dans le camp des perdants, déjà annoncé que je respecterais bien sûr la décision majoritaire. Le peuple et les cantons, sans aucun doute, refuseront le texte qui nous est soumis. Mais je suis citoyen de Genève, et il est fort possible que mon canton dise oui. Possible, aussi, que nous soyons confrontés dimanche à une nette différence de sensibilité, liée à la conception du rôle de l’Etat, entre Romands et Alémaniques. Assurément, la carte du vote sera, comme toujours, passionnante à étudier, canton par canton, district par district, commune par commune.

 

Si Genève, dimanche, dit oui, admettons même un oui bien net, et que la Suisse dit non, il faudra bien sûr commencer par reconnaître la légitimité voulue par la majorité. Donc, faire le deuil de ce modèle de Caisse publique avec agences cantonales ou intercantonales, pour l’assurance de base. Comme nous fîmes, en mars 2007, le deuil de la Caisse unique. Mais cela ne signifiera en rien la fin du combat pour une conception plus cohérente de l’assurance-maladie en Suisse, avec un rôle plus important de l’Etat. Il faudra, dès ce soir-là, prendre des rendez-vous avec l’avenir. En jetant dans la discussion, dès dimanche, d’autres modèles de gestions des Caisses, pour l’assurance obligatoire. Des hommes comme Mauro Poggia et Pierre-Yves Maillard, ministres de la Santé dans les cantons de Genève et Vaud, seront attendus au tournant. Le premier d’entre eux, sur le plateau du « Grand Genève à chaud » dimanche dès 18.30h, pourrait être amené à nous en dire un peu plus.

 

La partie sera serrée. Il s’agira d’esquisser des solutions cantonales, ou intercantonales, sans donner l’impression de bafouer la décision souveraine du peuple et des cantons, si ces derniers disent non. J’ai assez plaidé ici, depuis des années, pour que les décisions populaires soient respectées, pour m'inscrire contre toute manœuvre de contournement. Mais dans le domaine de l’assurance maladie, la part de responsabilité des cantons est assez ample pour qu’on puisse se permettre, tout au moins, d’imaginer des solutions de réformes locales ou régionales, qui de toute manière seront soumises au souverain : faire l’économie d’une onction populaire, par des jongleries administratives, conduirait à la catastrophe.

 

Deux choses encore. D’abord, cette augmentation de 4% en moyenne des primes pour 2015, annoncée aujourd’hui, à J – 3, sans trop influencer un vote qui s’est déjà, en écrasante majorité, opéré par correspondance, ne manquera pas d’échauffer les esprits. Car ces derniers, même dans le camp des opposants, sont très rares à considérer le statu quo comme une solution viable. « Le statu quo n’est pas une option », affirmait il y a quelques jours Alain Berset, à la RSR.

 

Ma dernière remarque sera pour regretter – mais sans larmoyer – qu’en matière d’assurance-maladie, la Suisse n’ait encore jamais su écrire, comme elle le fit en 1947 – 1948 en matière de retraite, une grande et belle page, lisible, rassembleuse et cohérente, de l’Histoire de nos assurances sociales. C’est dommage, car ce sont les grands réseaux de mutualité et de solidarité qui, depuis 1848, ont fait la Suisse moderne. Dans les infrastructures ferroviaires (les CFF remplaçant progressivement les compagnies privées, sous l’impulsion volontariste des radicaux). Mais aussi, dans les assurances sociales. Cela passe par des solutions d’Etat. Cela ne signifie pas « étatistes », ni « travaillistes » dans le sens de la Grande Bretagne de l’immédiate après-guerre. Mais des solutions à hauteur d’Etat. A hauteur d’une codification capable de nous rassembler, là où la somme des aventures privées, individuelles, axées sur le seul profit et le mythe de la concurrence, n’a clairement pas fait ses preuves.

 

Pascal Décaillet

 

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24/09/2014

Meurtre des TPG : un procès politique ?

 

Sur le vif - Mercredi 24.09.14 - 17.29h

 

D’abord, la seule chose qui compte : un homme en a tué un autre. C’est cela, l’essentiel. Et c’est à la famille de la victime, sa douleur, que nous devons penser. Et cet homme, qui en a tué un autre, doit prendre ses responsabilités face à la justice, seule habilitée à démêler l’affaire, et statuer.

 

Mais il y a tout de même un problème dans cette affaire du meurtre des TPG. Parce que la victime était frontalière, des voix s’élèvent pour nous dire, en substance : « Voyez le résultat de certains discours politiques », allusion bien sûr au MCG. Et là, je ne suis pas d’accord. Parce qu’à ce jour, à moins de connaître à fond le dossier, nul d’entre nous n’est habilité à produire cet amalgame. Je veux dire le produire dans ce cas précis, intrinsèque.

 

Et puis, il y a autre chose qui me chicane : le rôle du Procureur général. Ce dernier, comme on sait, a de nombreux adjoints, et ne descend que rarement lui-même dans l’arène, pour porter la réquisition. Pourquoi, dans ce cas précis, a-t-il choisi de le faire ? Quel signal a-t-il voulu donner ? On nous dira que le théâtre d’opérations du meurtre implique le Grand Etat (une importante régie), je ne suis pas sûr que l’argument soit suffisant.

 

Pour moi, Olivier Jornot a commis une erreur. D’aucuns ne se gêneront pas de lui rappeler son origine politique (le PLR), que l’un des thèmes brassés autour du meurtre est celui de la préférence cantonale, et que le signal donné par sa présence en personne se trouve être, de facto, un signal politique. A cela s’ajoutent certaines maladresses, ou malveillances, de presse. Ainsi, lorsque le Temps, dans son édition en ligne d’aujourd’hui, parle de « l’exécution d’un frontalier », on ne peut que d’interroger sur le choix des mots. Tout cela, au final, donne le sentiment d’un procès à forte tonalité politique. Pas sûr que la famille de la victime, parfaitement légitimée à faire valoir ses droits, ait besoin de tout ce brassage périphérique, par rapport au drame qu’elle a vécu.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Indignation sélective

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.09.14

 

J’ai toujours, depuis de longues années, soutenu le peuple palestinien. Toujours, j’ai dit et écrit qu’il devait avoir un Etat à lui. Un Etat ! Et non une simple autonomie administrative dans le cadre d’une occupation qui date de 1967. Mais toujours, disant cela, j’ai ajouté qu’un autre Etat, Israël, devait voir reconnu son droit total à l’existence. Et que les enfants de ce pays devaient aller à l’école sans que le bus scolaire ne risque une explosion par attentat. En clair, comme l’immensité de mes compatriotes suisses, je plaide pour une paix durable, fondée sur la dignité de deux Etats souverains. Mes nombreux voyages au Proche Orient m’ont convaincu de cette position.

 

Solidaires avec la Palestine, oui. Surtout au moment où les populations civiles de Gaza font les frais d’une riposte disproportionnée d’Israël. Solidaires, mais dans l’équilibre et, non dans l’unilatéralisme. A cet égard, au moment où plusieurs centaines d’artistes et d’intellectuels suisses envoient au Conseil fédéral (ce mardi 23 septembre) un appel de solidarité avec les Palestiniens, on a quand même envie de leur dire que leur indignation a tendance à toujours aller dans le même sens. Certains d’entre eux – pas tous – déploient contre Israël, oui contre Israël même et pas seulement contre la disproportion militaire, une haine farouche, qu’ils peinent à dissimuler. On aimerait aussi les entendre, ces voix indignées, lorsque des populations civiles israéliennes tombent dans des attentats. Ces jours-là, hélas, ils sont bien silencieux.

 

Pascal Décaillet

 

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