09.02.2010

Le lièvre, la tortue, les deux vipères


Sur le vif - Mardi 09.02.10 - 12.40h

 

Ce matin, 07.30h, les forces de police sont intervenues, dans le quartier des Pâquis, pour évacuer l’immeuble du 19, rue de Monthoux, jugé dangereux et insalubre suite à un incendie survenu en 2005. Dans la matinée, un communiqué suivait, portant le sceau des Départements de Mark Müller (constructions) et Isabel Rochat (police), l’un et l’autre libéraux. Jusque là, rien de très spectaculaire, juste la vie genevoise, toujours recommencée.

Mais la routine, comme la mer de Paul Valéry, et contrairement aux chaussées enneigées de Pierre Maudet, se signale parfois par une étonnante teneur en sel. Ainsi, on apprend qu’Isabel Rochat, ministre de la Police, donc le Fouché du bout du lac, et cheffe du Département cosignataire, n’a pas été consultée sur le communiqué.

On savait Monsieur Müller brillant dans l’exercice du sprint. Mais au point de laisser dans les starting-blocks sa camarade de course, c’était au-delà des supputations les plus perfides. Une histoire de lièvre et de tortue, au fond. Ou de vipères, amoureusement entrelacées. Dans le fond du panier.

 

Pascal Décaillet

 

08.02.2010

La cause de tous

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 08.02.10

 

A la question « Qu’est-ce qu’un bon prof ? », un apparatchik de la pensée pédagogiste, devant un amphithéâtre qui, dans sa majorité, bêlait d’acquiescement à chacune de ses syllabes, avait, il y a trois ans, refusé de répondre. La question, à ses yeux, était trop humaine, pas assez structurelle. Pas assez complexe, non plus, sans doute.

Elle est pourtant centrale, cette question. Et c’est elle qu’il faudra avoir à l’esprit lorsqu’en fin de matinée, aujourd’hui, le DIP dévoilera son avant-projet de règlement du C.O. Va-t-on enfin y réinstaller le prof – oui, le prof – au centre de tout ? Le prof, oui, le maître, cet homme ou cette femme qui a choisi ce sublime métier de transmettre à des jeunes.

Il est dur, ce métier, nous le savons. Mais il n’en est point de plus beau. Nous, la société civile, nous devons dire aux profs que nous sommes avec eux. Que nous les soutenons. Que leur cause est la nôtre. Parce qu’il n’y a pas d’un côté la cause des profs, d’un autre celle des parents, ailleurs encore celle des élèves. Il n’y a qu’une seule cause commune : la qualité de l’Ecole de la République.

Le reste, on s’en fout. Les apparatchiks, on les oublie. Le type qui considère comme anecdotique la question « Qu’est-ce qu’un bon prof ? », on le renvoie à ses chères études. A ses bouquins. A ses plaisirs solitaires. A l’onanisme blanchâtre de ses structures.

 

Pascal Décaillet

 

07.02.2010

M. Merz, l’homme qui capitule seul

 

Sur le vif - Dimanche 07.02.10 - 18.30h


Les conseillers fédéraux sont-ils conseillés ? J’évoquais, il y a deux heures, le surréaliste voyage de quatre jours, en pleine tempête bancaire, de Doris Leuthard aux Jeux olympiques de Vancouver. Et voici que, dans la « NZZ am Sonntag », Hans-Rudolf Merz répète, en confirmant ses mots de mercredi, que l’échange automatique d’informations, autrement dit la mort définitive du secret bancaire, fait partie des scénarios à étudier.

Il allègue, M. Merz, qu’une telle concession de la Suisse serait une porte d’entrée aux marchés financiers européens. En soi, c’est possible. Mais, dans le contexte actuel, qui est celui d’un bras-de-fer de type guerrier, évoquer l’idée même d’une capitulation a quelque chose de proprement hallucinant.

M. Merz est-il conseillé ? Existe-t-il quelqu’un, dans son entourage, pour lui expliquer ce qu’est un métadiscours, ou simplement une rhétorique de la réception du message en temps de crise ? Ou encore la valeur contextuelle des mots ? Et puis, ce scénario capitulation, en a-t-il parlé à ses six collègues avant de le lancer dans l’opinion publique ? Fait-il cavalier seul ? Dans les temps très difficiles que nous vivons, en a-t-il le droit ?

Toutes ces questions, au fond, se ramènent à une seule :  M. Merz est-il encore l’homme de la situation ? Chaque heure qui passe, hélas, confirme que la réponse pourrait bien être non.

 

Pascal Décaillet

 

Doris, Vancouver et le son du silence

 

Sur le vif - Dimanche 07.02.10 - 16.20h

 

Présidente de la Confédération suisse, la conseillère fédérale Doris Leuthard passera quatre jours aux Jeux olympiques de Vancouver, cette ville magique dont Véronique Samson, dans l’une de ses plus belles chansons, nous dit qu’on n’y voit jamais le matin.

On en est très heureux pour la Présidente. On ne doute pas une seconde du précieux réconfort de sa présence pour nos athlètes sur place. On n’a rien contre le principe. Mais là, comme dirait Didier Cuche, on a envie de crier : « Pouce ! ». Nous vous aimons bien, Madame Leuthard, mais nous ne sommes pas sûrs qu’au plus fort de la guerre économique que nous mènent nos chers voisins et amis, quatre jours de Colombie britannique constituent, en termes de communication, le meilleur des signaux.

Oh certes, cette absence ne changera pas la face du monde, ni ne dégarnira le front de manière fatale. Mais le signal ! Notre Suisse, attaquée de toutes parts, n’a pas de gouvernement, tout le monde en convient : juste sept chefs sectoriels juxtaposés. Cette faiblesse de structure, précisément, prévue pour le calme plat, montre ses limites lorsque souffle la tempête. Pas de gouvernement, pas de cohérence, pas de force de frappe, pas de cabinet de guerre, pas d’unité de parole, sept langues, sept discours, et parmi eux combien de dérapages. Une imprudence de Micheline Calmy-Rey. Les gaffes répétées de M. Merz. Des conditions de crédibilité très difficiles pour le Conseil fédéral.

Des conditions, désolé de casser la fête, qui ne rendent pas très opportun un déplacement présidentiel de quatre jours dans les embruns du Pacifique canadien. « Le son du silence, il faut l’avoir connu », chante Véronique Sanson dans « Vancouver ». On ne saurait résumer mieux la situation.

 

Pascal Décaillet

 

06.02.2010

M. Merz ne pourra plus se maintenir longtemps

 

Sur le vif - Samedi 06.02.10 - 18.50h

 

Jusqu’il y a un an – jusqu’à son année présidentielle – Hans-Rudolf Merz était le conseiller fédéral que j’admirais le plus. Excellent ministre des Finances, lucide et déterminé dans sa lutte contre l’endettement, homme de culture, parfait polyglotte, l’Appenzellois m’apparaissait comme une synthèse des qualités des Suisses : travailleur, pragmatique, allant son chemin contre vents et marées, sans trop se soucier de ce qu’on disait de lui.

 

Hélas, il y eut 2009. Pour mille raisons, l’homme se révéla beaucoup moins bon comme fédérateur d’un collège que comme ministre sectoriel. Il est vrai, aussi, qu’il ne fut pas épargné par la Providence. Il n’est pas question de faire ici le procès de cet homme de valeur qui, face aux circonstances, a manqué de chance. D’autres, dans les années calmes, bien moins compétents que lui, sont passés entre les gouttes. Parce que la Suisse de ces temps-là était une Suisse sans enjeux. Parce que l’argent coulait à flots. Parce que Paris, Berlin (ou plutôt Bonn), Rome, Bruxelles et Washington, tout heureux de profiter de nos avantages, nous foutaient la paix. C’était le temps où on ne connaissait même pas, dans la rue, les noms des conseillers fédéraux. Ce temps-là, je ne le regrette pas une seconde : je préfère mille fois la douleur d’aujourd’hui, dans sa vérité et sa mise à plat des enjeux de pouvoir, à l’anesthésie béate de cette période.

 

Homme de valeur, oui. Manque de chance, oui. Mais aussi, à entendre des langues qui se délient, en coulisses, jusqu’à l’intérieur de sa famille politique, un profil qui n’est pas celui d’un chef. Et, dans la parole publique en temps de guerre économique (oh oui, c’en est une), des glissements aussi ahurissants que coupables : à cet égard, le patron d’economiesuisse, son camarade de parti Gerold Bührer (ancien président du parti radical suisse) a raison de condamner aujourd’hui, sur la radio DRS, l’allusion de M. Merz, mercredi dernier, à l’échange automatique d’informations. Imagine-t-on un général faisant savoir à l’ennemi qu’il est prêt à abandonner telle part de terrain ? C’est tout bonnement suicidaire.

 

Quand on ajoute cette gaffe à toutes les autres, en particulier dans l’affaire libyenne, on se dit que ça commence à faire beaucoup. Et franchement trop. Et ce murmure, grandissant, provient, de plus en plus, de son propre camp. Ce sont là les premiers signes d’un procédé de lâchage. Il est donc fort probable, au soir de ce samedi 6 février 2010, que Monsieur Merz ne puisse sans doute pas accomplir son mandat jusqu’au terme de législature, soit l’automne 2011. En clair, son départ devient, pour le pays, une option plus souhaitable que celle de son maintien.

 

Pascal Décaillet

 

04.02.2010

Mektoub, tralala

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 04.02.10


Deux partis pour un même fonds de commerce, c’est un de trop. Qu’on s’appelle Eric Stauffer ou Eric Leyvraz, point n’est besoin d’avoir fait Polytechnique pour le comprendre. L’un de ces deux partis, le MCG, s’apprête donc à dévorer l’autre tout cru, c’est écrit, mon ami, c’est le destin, et Mektoub et tralala, Stauffer c’est le milan, l’UDC genevoise, c’est la palombe.

Et puis quoi, une OPA sur un parti concurrent, quand on a connu les fièvres prétoriennes des renversements de régime dans l’Océan Indien, c’est juste une promenade de santé, disons la descente de la Treille en chasse-neige.

Donc, mon frère, moi, si j’étais Blocher (tu me pardonneras la déraison de cette hypothèse), je descendrais à Genève, histoire de secouer un peu les troupes. Tournées de popotes, bretelles à remonter, inspection du matériel, lustrage des gamaches, la routine.

Je leur dirais : « Mais battez-vous, que diable ! Arrêtez de vous laisser marcher dessus par un type à qui on n’achèterait même pas un tracteur d’occasion. Bougez-vous. Existez. Ou alors, mourez. Mais au moins avec classe. Avec délicatesse. Avec panache. Soyez le loup de Vigny, face à la meute. Soyez comme ces sublimes animaux, dont je suis l’avocat. Soyez le dernier carré. Mourez, mais avec au moins le mot de Cambronne. Soyez Genevois, quoi. »

 

Pascal Décaillet