20/11/2014

Pierre Maudet doit balayer devant sa porte

 

Commentaire publié dans GHI - 19.11.14


 
La grande mode, dans la presse romande, c’est de dérouler le tapis rouge à Pierre Maudet pour qu’il puisse s’exprimer, sans le moindre contradicteur et si possible sur une double page, sur tous les sujets possibles et imaginables, comme représentant du progrès, de la vision d’avenir, de la réforme. Dernier épisode en date : deux pages du Temps, vendredi 14 novembre, pour que le surdoué de la politique genevoise nous dise tout le mal qu'il pense de la classe politique suisse, incapable à ses yeux de construire un après-9-février.


 
Tout cela est très bien, et j’avoue être le premier, lorsqu’il vient sur mon plateau TV, à décocher à Maudet ces fameuses « questions subsidiaires », que nous adorons lui et moi, et où il est souvent bien meilleur, dans les réponses, que sur les sujets – parfois pesants – sur lesquels il était censé venir. Mais l’exercice commence à présenter des limites : à trop briller hors de son cercle d’autorité (la sécurité à Genève, ce qui n’est pas rien !), l’éternel jouvenceau aux mille ruses pourrait encourir le grief de botter en touche. Et se voir formuler l’invitation à balayer devant sa porte, s’occuper des sujets qui le regardent, ceux sur lesquels il a prise.
 


Justement, ces derniers ne manquent pas. Malaise dans la police, grogne dans le monde pénitentiaire, directeur de Curabilis qui démissionne, police des polices envoyée sur place, pour ne prendre que quelques exemples. Dès lors, un peu plus de parole intérieure et un peu moins de propos externes ne seraient pas nécessairement à négliger. Vous remarquerez à quel point, dans ma formulation, je demeure poli. Parce que Pierre Maudet, au fond, je l’aime bien.


 
Pascal Décaillet

 

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19/11/2014

Grève TPG : le PLR perd les pédales

 

Sur le vif - Mercredi 19.11.14 - 16.20h

 

Coïncidence : le jour même où nombre de Genevois enfourchent leur vélo, le PLR s’emploie à perdre les pédales. Dans l’affaire de la grève des TPG, on peut lire, çà et là, sous les plumes érectiles de certains membres de ce parti, des propos dont les intonations rappellent allègrement les très riches heures de MM Cavaignac ou Thiers, orfèvres dans l’art de la répression. De la présidence du parti, dont les accents soudainement virils abreuvent nos sillons, jusqu’à de jouvencelles voix, tout occupées à plaire à leurs conseillers d’Etat, ah plaire à François, plaire à Pierre, plaire à « Monsieur Longchamp », comme l’appelait naguère Béatrice Fuchs, dans la phase antérieure à celle de sa révolte, disons sa période rose.

 

On pensait que le propos premier de cette belle journée ensoleillée serait la chronique d’une grève. On entendait déjà les accents de l’Internationale génialement revisitée par Stéphane Grappelli (Milou en Mai) ravir nos mémoires. Las ! Nous n’eûmes le spectacle politique que de l’obédience de l’Entente, principalement PLR, devant le quatuor majoritaire qui la représente au Conseil d’Etat. Hier soir, le ministre des transports annonce tambours battants à « Genève à chaud » l’intervention de la police, tout en assurant le service minimum dès 06.30h. Résultat : ni police (nul ne s’en plaindra), ni service minimum, puisque ce fut au final le service zéro, tout étant bloqué.

 

On se dit, dans tels cas, que la parole ministérielle mériterait d’être sept fois retournée, ainsi qu’il en va dans l’adage biblique. Au reste, le collègue ministre de la police était-il au diapason ? Et quand bien même il le fût, la police, dont on connaît à Genève la tendance prétorienne, aurait pu se refuser à intervenir contre des collègues de la fonction publique. Le beau gouvernement que voilà : un ministre qui dit ses transports tout haut, à qui manque une confidente racinienne, une sorte de Céphise, à l’aube des nuits cruelles. Un autre, chargé de la police, qui a l’habileté de se taire. Un président qui s’enrobe de silence et d’absence. Ça n’est plus un collège, c’est la confrérie de l’évanescence.

 

Reste que le peuple genevois, par deux fois, a voté une baisse de tarifs. Que pour se venger, le Conseil d’Etat a voulu punir les usagers et les TPG par des baisses de prestations, des suppressions de postes et des licenciements. Que cette manière de faire, mesquine, suinte l’arrogance et surtout la défensive. Que la grève est dûment prévue dans notre ordre légal, et n’a strictement rien « d’anti-démocratique ». Enfin, que les petits valets et les petits laquais de leurs ministres gagneraient à s’affranchir, se durcir le cuir, se mesurer par l’opposition plutôt que par la servilité à leurs maîtres. Tout le reste n’est que catalogues de prestations ou nouvelles lignes de trams, sujets assurément captivants, mais que vous trouverez en d’autres chroniques, sous d’autres plumes, érectiles ou non.

 

Pascal Décaillet

 

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16/11/2014

Les gros jaloux face au succès des initiatives

 

Sur le vif - Dimanche 16.11.14 - 17.16h

 

La mode, dans les cercles, est de conspuer les initiatives. Il y en aurait trop, elles fuseraient dans tous les sens. Il s’agirait impérieusement de les limiter. En restreindre le droit de dépôt. Contrôler et censurer sévèrement leur contenu. Les invalider sans hésitation, dès qu’elles viendraient à contrevenir à cette théologie externe à notre périmètre citoyen, à laquelle on donne le nom de « droit supérieur ». Voilà ce que veulent nous concocter une foule de beaux esprits, parlementaires fédéraux, juristes, juges de touche du convenable, éditorialistes de la SSR (ah, Roger, plaire à Roger !), de Tamedia ou de Ringier (ah, plaire à Jacques, ou Frank A, ou Michael). Bref, tous ceux que froisse cette éruptive vitalité démocratique surgie d’en bas. Parce qu’elle les surprend, les devance, les irrite, les exaspère. Il est vrai qu’il est vexant d’avoir un adversaire ayant toujours un coup d’avance. Alors, si on pouvait le disqualifier, le sortir du jeu, vous pensez, quelle aubaine !

 

Du coup, ils n’ont plus qu’un but : se débarrasser de cet insupportable poil à gratter qui chatouille et dilate la parfaite géométrie des lois qu’entre eux, ils nous concoctent. Faire passer pour sale, déplacé, hors sujet, les initiatives et les référendums. Il y en a même qui poussent le culot jusqu’à proclamer que la démocratie directe « nuit aux institutions », alors qu’elle en fait intrinsèquement partie, dûment prévue dans notre ordre constitutionnel. Bref, désorientés par le nombre des initiatives, leur succès grandissant (ce qui est très nouveau, récent, et pourrait prendre encore de l’ampleur), ils ne savent plus quoi inventer pour se débarrasser du monstre. Si ce n’est, justement, le traiter en monstre ! Le dénigrer. Le rabaisser. Le ravaler à l’ordre de « l’émotionnel », comme si leurs débats à eux étaient gouvernés par la parfaite algèbre de la raison.

 

La vérité, c’est que la démocratie directe gagne du terrain en Suisse. Entre 1949 (initiative sur le retour à la démocratie directe, justement) et 1987 (initiative dite de Rothenthurm, sur la protection des marais), seul un texte était passé, celui accepté en 1982 visant à « empêcher des abus dans la formation des prix ». Aucune initiative agréée par le peuple et les cantons en plus de trente ans. Et une seule en trente-huit ans ! A l’époque, elles venaient souvent de la gauche, les initiatives, et jamais on n’entendait cette dernière se plaindre de leur foisonnement. Aujourd’hui, soyons clairs, c’est le succès grandissant de textes déposés par l’UDC qui rend fou de rage le reste de la classe politique. Ils en ont le droit, mais au moins qu’ils nous avancent les vraies raisons de leur colère, plutôt que venir nous débiter leurs grandes leçons sur la conformité du droit supérieur. Ils ne font plus de la politique, ils nous font de la morale : la morale des perdants.

 

Les initiatives populaires fédérales nous permettent, depuis 1891 (une année-clef de la Suisse moderne, celle de la fin de la totalité radicale au Conseil fédéral, avec l’entrée du premier catholique conservateur, le Lucernois Joseph Zemp), de faire surgir au plan national un thème politique ignoré, ou laissé pour compte, ou sous-estimé par les élus. Double vertu : d’abord, les initiatives privilégient les thèmes sur les personnes ; ensuite, elles ont pour théâtre d’opérations le pays tout entier, jouant en cela un rôle majeur dans la conscience politique nationale.

 

Oui, les initiatives, nous arrachant régulièrement à nos seules préoccupations cantonales, nous hissent vers l’horizon confédéral, puisque c’est là qu’elles se jouent. Acceptation du moratoire nucléaire en 1990, de l’initiative des Alpes en 1994, de l’adhésion à l’ONU en 2002, de la lex Weber en 2012, du texte de Thomas Minder sur les rémunérations abusives en 2013, du renvoi des criminels étrangers en 2010, de l’initiative contre l’immigration de masse le 9 février 2014. Liste non exhaustive. Que de thèmes que nous n’eussions jamais empoignés si ce droit fondamental n’existait pas !

 

Les initiatives populaires fédérales, depuis 123 ans, privilégient les thèmes et les combats d’idées (peut-être, pour cela, font-elles peur à ceux qui préfèrent la mise en valeur des personnes, avec des visages, si possible le leur, sur des affiches ?). En plus, elles élargissent notre champ d’attente politique, permettant à plus de quatre millions de citoyennes et citoyens de se prononcer plusieurs fois par an sur des sujets d’envergure nationale. Donc, de vivre entre Suisses (et non seulement entre Genevois, Valaisans, Vaudois, Zurichois) notre citoyenneté active. Fantastique vertu, qui doit nous amener à rejeter sans appel les gesticulations des cercles, corps intermédiaires et beaux esprits visant à les brider, les opprimer, en réduire le champ d’action. Voilà les vrais enjeux, il fallait une fois le dire.

 

Pascal Décaillet

 

 

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15/11/2014

Eloge de la nostalgie

 

Samedi 15.11.14 - 16.05h

 

Bien sûr que je suis nostalgique. De tout, de rien. Trois rimes de Ferré ou de Verlaine, un violon chez Mendelssohn, n’importe quel roman de Thomas Mann, la moindre ligne de Kafka. Le passé ? Oui, bien sûr. Nous vivons tous avec les morts.

 

Il serait tout de même étonnant qu’à cinquante-six ans, l’empreinte du temps n’ait produit sur moi nul sentiment qui pourrait s’apparenter à une forme de regret ou de mélancolie. Nulle tristesse d’ailleurs, juste la puissance impétueuse du souvenir.

 

La nostalgie n’est pas la tristesse, loin de là. Elle est une intensité de vivre aujourd’hui, mais en maintenant avec le passé un lien indéfectible. Non qu’il fût meilleur. Mais il est le nôtre, simplement. Notre trace à chacun. Nos cicatrices, notre sillon.

 

La nostalgie n’idéalise pas le passé. Par exemple, je suis habité par les années soixante, celles de mon enfance, mon premier voyage au Proche-Orient, un autre au Cap Nord, mon école primaire, avec les affluents de la Loire, ceux de la Seine et ceux de la Garonne. Les années de Gaulle, que je n’oublierai jamais. Mais ces mêmes années, je le sais, étaient traversées de zones d’ombre, pas question de les nier.

 

La nostalgie n’idéalise pas. Simplement, elle revit. Elle laisse, doucement, remonter à la surface. Elle ne force rien, n’est pas volontariste, n’a pas à l’être. Elle laisse venir l’alluvion, prendre l’infusion. Elle est état d’âme, plutôt que mode d’action.

 

Je suis nostalgique de mes parents et de mon enfance, des premiers émois, de ce jour exact de 1971, dans notre chalet valaisan, où j’ai ouvert et lu d’une traite le Grand Meaulnes, des Allemagnes de mon adolescence, de l’encens, du foin juste coupé, de mille sentiers en montagne.

 

La nostalgie ne proclame nulle supériorité du passé, elle dit juste : « Je suis vivant, encore assez riche de mémoire pour porter la trace ». Juste cela.

 

La nostalgie, dans mon cas, n’est pas venue avec l’âge. Enfant, j’étais déjà nostalgique. Il doit y avoir des êtres plus portés que d’autres. Enfant, je haïssais la mode et la modernité. Des adultes, j’attendais avec impatience la verticalité d’une transmission. Nombre d’entre eux, par chance, ont répondu avec un rare talent à cette attente. Le Père Collomb, dont j’ai souvent parlé, aumônier du primaire. René Ledrappier, éblouissant professeur. Plus tard, le Père Pascal. Et au milieu d’entre eux, entre 1971 et 1973, un germaniste d’exception nommé Rolf Kühn. Il a confirmé, aiguisé, orienté mon aspiration déjà solidement établie pour la langue et la culture allemandes. Je ne l’oublierai jamais. Pas plus que Bernhard Böschenstein, plus tard.

 

A ceux d’entre vous qui seraient portés sur la nostalgie, je dis « laissez-vous faire, ne craignez rien, laissez venir ». Elle ne viendra pas vous envahir comme une lave incandescente. Elle ne vous est pas externe : elle vient de vous, incarne votre trace, porte vos épreuves, vos combats, vos cicatrices, la puissance de votre solitude.

 

Rien de triste. Rien de grave. Enfin, pas plus que ce jeu de vie et de mort, de pesanteur et de grâce, de précision de midi et d’opacité crépusculaire qui nous font office de décor. Pour ma part, j’aime ça. Aimer la nostalgie, n’est-ce pas juste aimer la vie ? La vie qui va.

 

Pascal Décaillet

 

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14/11/2014

Sauvons le Bat Car 14 !

 

Commentaire publié dans GHI - 12.11.14

 

En Suisse, l’armée est évidemment fédérale, mais les corps de troupe viennent des cantons. Certains d’entre eux, ancrés dans la tradition, sont légendaires. Ainsi, pour Genève, le Bataillon de Carabiniers 14. Deux siècles d’Histoire militaire genevoise ! Des milliers d’entre nous, ou de nos pères, ou de nos ancêtres, ont servi sous ces drapeaux-là, ou ceux des autres bataillons genevois, naguère regroupés au sein du Régiment d’infanterie 3, ou aujourd’hui dans la Brigade d’infanterie 2.

 

Je voudrais dire ici, pour avoir été de ceux-là, que l’attachement à ces souvenirs ne relève pas de la seule nostalgie, et qu’il ne doit pas être l’affaire des seuls militaires, mais de l’ensemble des citoyens : notre armée doit celle du peuple, en aucun cas celle d’un caste, d’une élite. Il convient donc que ceux qui la défendent ne soient pas seulement les bons vieux vétérans, mais tous ceux, hommes et femmes, qui veulent croire en l’utilité de sa mission.

 

Dès lors, bravo à un groupe de députés au Grand Conseil, principalement des PLR (on espère vivement que les adhésions s’étendront à d’autres partis, peu importe lesquels), d’avoir déposé une résolution demandant au Conseil d’Etat d’entreprendre toutes choses pour sauver l’existence du Bat Cat 14, menacé par une réforme de l’armée ruminée à Berne par des apparatchiks aux mocassins immaculés. Bravo à Nathalie Fontanet d’avoir pris la tête de ces députés. S’il faut une armée, s’il faut des corps de troupe, alors qu’ils puisent leur énergie dans les traditions locales. La fierté d’un étendard n’a rien de ringard. Elle surtout pas là pour diviser les hommes. Mais les unir, dans un même élan. Au service de tous.

 

Pascal Décaillet

 

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Forfaits : voter oui n'est pas un crime

 

Sur le vif - Vendredi 14.11.14 - 11.00h

 

Le 30 novembre prochain, le peuple et les cantons se prononceront sur une initiative visant à abolir l’imposition d’après la dépense, communément appelée « forfaits fiscaux ». Cette initiative a franchi tous les caps pour passer devant le peuple. Elle suscite un débat très intéressant en Suisse sur la fiscalité, qui doit bel et bien être l’affaire de tous, déterminée par le plus grand nombre. A partir de là, chacun se prononcera, le souverain tranchera. Et nous respecterons sa décision. J’ai moi-même beaucoup apprécié le ton et l’intelligence des deux participantes de mon débat à « Genève à chaud », Magali Orsini (La Gauche) et Alia Chaker Mangeat (PDC). La première, pour l’abolition des forfaits. La seconde, contre.

 

Chacun se déterminera, et il faut garder son calme. Il s’agit juste d’une initiative populaire, démarche dûment codifiée dans notre ordre constitutionnel, il y a des pour, il y des contre, il y a débat, et à la fin on décide. Le 30 novembre, nous votons, et croyez-moi, le lendemain, lundi 1er décembre, la Suisse continuera d’exister, la terre de tourner, et le soleil de nous gratifier parfois, à travers les brumes de l’arrière automne, de sa présence. En cas de oui, sans doute quelques forfaitaires quitteront-ils notre pays, d’autres resteront, estimant que la Suisse prodigue peut-être d’autres attraits que ses arrangements fiscaux. Par exemple, la majesté de son paysage. Par exemple, la qualité de son lien social. Par exemple, le sentiment de sécurité qu’on y éprouve.

 

Il faut donc arrêter de nous prévoir la fin du monde. Oui, je le dis ici, l’appel à l’Apocalypse des opposants à l’initiative, avec ses figures d’exode et de saignée, devient tellement caricatural qu’il doit bien être en train de faire monter le oui. Et puis, il y a pire : l’arrogance dans le discours de certains opposants. Il faut voir comme on nous parle, à nous les quatre millions de citoyennes et citoyens constituant le corps électoral du 30 novembre : comme à des enfants ! Ils auraient, eux, les opposants, tout compris des mécanismes de la fiscalité, il faudrait les croire sur parole, et les partisans de l’initiative seraient infantiles, irresponsables, dénués de toute culture financière ou économique.

 

A la vérité, de qui se moque-t-on ? Si cette initiative existe, si elle a été conçue, puis signée par plus de cent mille personnes, il faut croire qu’existe dans la population une profonde aspiration à rétablir la justice fiscale par rapport à des gens, déjà largement favorisés par la fortune, qui ne sont pas tenus aux mêmes règles face à l’impôt. Cette aspiration à rétablir l’équilibre est une posture citoyenne qui mérite totalement le respect. Ensuite, on partage ou non les conclusions qu’ils nous proposent. Mais de quel droit leur faire la leçon, et avec quelle morgue, comme s’ils étaient rétifs au moindre entendement ?

 

Une initiative s’adresse au corps des citoyennes et des citoyens de ce pays. Elle n’appartient à personne, pas même à ceux qui l’ont lancée. Dans ce combat, méfions-nous des doctes et des docteurs, des grands savants moqueurs, des magiciens du chiffre. Les mêmes, ces deux dernières décennies, dans l’irrationnelle pulsion de la course au rendement et à la spéculation, jusqu’à l’effondrement de la bulle et au-delà, pour certains, de cet éclat, sont vraiment les derniers au monde à pouvoir, dans la vie citoyenne, venir nous faire la leçon.

 

A cet égard, voter oui s'avère une option citoyenne parfaitement défendable. Au nom d'une conception politique. Ceux qui en auraient la tentation n'ont nullement à se laisser impressionner par les leçons et les démonstrations de nos grands sorciers de l'équation financière. On a pu jauger, ces dernières années, leur lucidité et leur efficacité. Un peu plus de respect de l'adversaire, un peu plus de tenue dans le débat citoyen, un peu de retenue dans les grands jonglages chiffrés, ne leur feraient pas de mal. Ils ne sont pas les professeurs, nous ne sommes pas les élèves. Ils ne sont pas les parents, nous ne sommes pas les enfants. Nous sommes citoyennes et citoyens, mûrs et vaccinés, et n'aimons les grands magiciens que sur les scènes ou dans les cirques.

 

Pascal Décaillet

 

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13/11/2014

Non, notre démocratie n'est pas une armoire à mythes

La campagne autour de l’initiative Ecopop, sur laquelle le peuple et les cantons se prononceront le 30 novembre, représente une double bataille dans le champ politique suisse. Elle est bien sûr la campagne sur le texte lui-même. Mais elle est aussi, de manière plus large, une passe d'armes de plus dans la guerre féroce qui se mène depuis quelques années autour de l’existence même de notre démocratie directe. Un fleuron que tant de nos voisins nous envient, mais que d’aucuns, de l’intérieur de notre pays, voudraient voir revisité à la baisse. Pour la simple raison que les initiatives, de plus en plus nombreuses, de plus en plus gagnantes (par rapport à l’époque lointaine où j’ai commencé à observer la politique suisse), les exaspèrent.

 

Face à ce succès grandissant, face à la place que prend la démocratie directe dans l’univers sémantique de notre vie citoyenne, au détriment des petits jeux de miroirs de la vie parlementaire (si souvent discréditée par les élus eux-mêmes, occupés à vivre entre eux, se tutoyer sur les réseaux sociaux, préférer la défense de leur caste à celle des citoyens, larmoyer entre eux face au « populisme » montant de la masse, nécessairement inculte, infantile, et manipulée à leurs yeux), les voix et les plumes se multiplient pour exiger un rétrécissement du champ de la démocratie directe. Pour y parvenir, ils la discréditent.

 

Dans ce travail de dénigrement, ils se permettent tous les coups. La démocratie directe suisse ne serait par exemple qu’une « mythocratie ». Étymologiquement, un pouvoir laissé aux récits, ce qui ne serait pas sans charme. En fait, un pouvoir aux mythes, dans le sens péjoratif du terme, on l’a bien compris. L’affirmer n’est rien moins qu’un mensonge. Juste une tentative, ridiculement lisible, de faire passer les partisans de la démocratie directe pour des arriérés du folklore, des ennemis de la Sagesse, de la Lumière, de l’idéale Géométrie, de la Raison. Comme si ces derniers concepts – assurément respectables – n’étaient eux aussi porteurs de leur part de mythe et d’idéalisation. Avec certains de ces joyeux Ventilateurs de Suisse romande, on a toujours l’impression de s’enfoncer dans l’épaisse forêt d’initiation qui, comme dans la Flûte enchantée, nous conduirait à la Lumière. Ou à l'Europe. Ou à la supranationale Communion des Saints.

 

Beau récit, j’en conviens. Mais justement un récit, un « muthos » parmi d’autres, mythe au milieu des mythes, contre-religion au 18ème siècle, dans les décennies précédant la Révolution française, combat que je respecte mais qui n’a rien de moins mythique qu’un autre. Ça n’est pas la Raison (Vernunft) contre le Mythe. Mais le mythe de la raison contre d’autres mythes, celui de l’appartenance, celui de la « Gemeinschaft », celui de l’émotion commune, etc. En ramenant la démocratie directe à une mythologie de l’émotion, on nous produit un pur et simple mensonge. On le fait sciemment, à seules fins de dénigrer une voie populaire dont le succès grandissant commence à inquiéter.

 

Une initiative, en Suisse, n’a rien de mythique. En tout cas, rien de plus qu’un débat parlementaire. Elle est un juste un outil (organon), parmi d’autres, de notre vie démocratique. Elle est, depuis plus d’un siècle, parfaitement prévue dans notre ordre constitutionnel. Elle n’a rien d’exceptionnel, ni en bien ni en mal. Elle n’a rien d’impropre, rien de sale. Elle est juste une volonté de changer un article de la Constitution fédérale, avalisée par au moins cent mille signatures, avant de l’être (ou non) par une majorité du peuple et des cantons. Exactement comme un débat parlementaire. Sauf que le corps électoral est de quatre millions de personnes, au lieu d’une centaine, ou deux cents. Ou de quarante-six. La seule chose qui change, c’est l’ampleur du débat, la caisse de résonance, la dimension nationale de l’explication citoyenne. Rien de mythique, juste un organe. Parmi d’autres. Il n’a jamais été question, jusqu’à nouvel ordre, de donner congé à nos Parlements cantonaux, ni à l’Assemblée fédérale.

 

J’invite donc mes concitoyennes et concitoyens, et tous ceux qui me font l’amitié de me lire, à ne pas se laisser faire par cette immense entreprise de dénigrement de notre démocratie directe suisse. A ces gens-là, ceux qui conspuent et ceux qui ventilent, il faut réserver la petite surprise de répondre non par le langage des mythes, mais par celui de la Raison triomphante, avec ces syllogismes articulés qu’ils adulent, dans l’éblouissement de ce qu’ils appellent Lumière. Pour mieux camoufler les petites parts d’obscurité de leurs intérêts corporatistes.

 

Pascal Décaillet

 

 

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12/11/2014

Ecopop et les quarantièmes rugissants

 

Sur le vif - Mercredi 12.11.14 - 17.18h

 

Je couvre la politique suisse depuis près de trente ans, et crois bien n’avoir jamais assisté, sauf peut-être pour le 9 février 2014, à un tel déchaînement contre une initiative. Pour démolir Ecopop, les quarantièmes rugissants : toute la classe politique, les partis au pouvoir à Berne, le patronat, les syndicats. Lesquels bénéficient de l’unanime et écrasante collaboration des grands groupes de presse : Tamedia, Ringier, la SSR. Quand on a contre soi un tel déferlement de tempêtes, la tentation pourrait être grande de baisser les bras. Faire le dos rond. Laisser passer l’orage. Abandonner le combat. En lieu et place de cela, les rares plumes ou voix ayant le courage de soutenir le texte, au premier plan desquels Philippe Roch, tiennent bon. Ils se comportent en combattants. Ils lutteront jusqu’au bout, donc encore dix-huit jours. Pour obtenir, le 30 novembre, le meilleur résultat possible.

 

Cette ténacité, contre tous, mérite l’admiration, et cela quoi qu’on pense d’Ecopop. Pourquoi ? Parce que notre démocratie directe, la puissance de la terre qu’elle va chercher dans les partisans minoritaires d’une initiative, c’est justement cela. C’est ce qu’il y a de plus beau au monde, et qui s’appelle un combat. Se battre, c’est être seul. C’est croire en des idées. Tenter de convaincre. On réussit ou non. Mais au moins, on aura essayé. Contre tous. Contre le maelström. Contre l’unanimité de ceux qui se partagent aujourd’hui le pouvoir. En cela, avec Ecopop, nous sommes au cœur même de ce que doit être une initiative : le défi d’un tout petit groupe de citoyennes et citoyens, au départ, lancé à l’ensemble du corps électoral suisse, plus de quatre millions de votants potentiels.

 

Oui, Ecopop est, au contraire de ce que les opposants nous rabâchent de façon mécanique et formatée, un exemple du cœur vivant de notre démocratie suisse. Il brasse des thèmes très chers à nos concitoyens : immigration et environnement. Il provoque. Il s’attire les foudres. Eh bien, qu’elles se déchaînent, c’est le jeu, ça fait partie du trajet initiatique, dans sa rudesse, sa dureté, pour parvenir, peut-être, à convaincre un jour une majorité. Gagner. Ou perdre. Mais se battre : rien, pour ma part, dans la vie n’est plus noble que se battre pour une cause qui nous semble aller dans le sens de l’intérêt commun.

 

Face à cela, le déchaînement des puissances d’argent, des médias d’argent, des rédacteurs en chef aux âmes de valets, tout occupés à plaire aux directions générales de leurs groupes à Zurich, ou, pour la SSR, à ce cher M. de Weck, dont est notoire qu’il ne prend pas de parti ni ne fait de politique. Mais enfin, de qui se moque-t-on ?

 

Derniers missiles en date, ceux de l’Hebdo à paraître demain, qui, parlant d’Ecopop, n’hésite pas à titrer sur « le suicide de la Suisse ». Quand on voit cela, je veux dire une telle violence, une telle démesure, quoi qu’on pense d’Ecopop, on devrait être amené à réfléchir sur les unanimités suspectes, le pouvoir de l’argent sur la presse, les fausses indépendances, les vrais liens d’intérêt. Là se trouve le véritable enjeu sociologique de cette votation.

 

A partir de là, votez pour ou contre Ecopop. C’est à vous de juger. Dans tous les cas, vous êtes mes concitoyennes, mes concitoyens. Dans tous le cas, je vous respecte. Parce que notre démocratie, vivante et parfois furieuse, doit se jouer sur le débat d’idées. Et non sur le dénigrement des personnes. J’ignore ce que le peuple et les cantons voteront, mais il n’y aura en aucun cas un «suicide de la Suisse ». Pour la simple raison que nous aimons ce pays, Et que dans tous les choix citoyens du souverain, avec ces choix et au-delà de ces choix, nous voulons qu’il vive. Longtemps après nous.

 

Pascal Décaillet

 

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08/11/2014

Dissertation sur l'Histoire allemande

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A la veille du 25ème anniversaire de la Chute du Mur, j'ai éprouvé le besoin d'écrire, en ce samedi après-midi, l'intensité de ma passion pour l'Histoire allemande  - Du moins, dans la part du dicible : celle qui relève à la fois de l'avouable et de l'aspiration à la clarté - Allez, disons "Aufklärung" - Samedi 08.11.14 - 17.52h

 

« Es wächst zusammen, was zusammengehört ». Peut croître ensemble, ce qui est du même terreau. Ou de la même appartenance. Par le génie de ces cinq mots, ramassés grâce à la capacité de la langue allemande à densifier la synthèse, Willy Brandt apportait à chaud son premier commentaire à la chute du Mur, le 9 novembre 1989. En cinq mots, l’ancien chancelier (1969-1974) avait tout dit, tout compris. Je serais trop long si je racontais ici mon équation personnelle, dicible ou moins dicible, avec l’Allemagne, son Histoire récente, sa littérature. Quelques mots tout de même, à la veille de marquer le premier quart de siècle de la chute du Mur.

 

Le 9 novembre 1989, je n’étais pas en Allemagne, mais à la Radio Suisse Romande. J’avais passé – avec intensité, jouissance  – une partie de la nuit à traduire pour nos éditions matinales les discours qu’étaient en train de tenir Helmut Kohl, Hans-Dietrich Genscher, Willy Brandt. L’Histoire allemande m’a toujours habité. Dans une autre vie, je lui aurais consacré mon existence. Elle est complexe, plurielle, dépourvue de centre (aucune ville allemande, et surtout pas Berlin, n’est l’équivalent de Paris). Elle implique de se plonger dans des questions linguistiques, dialectales, confessionnelles, théologiques même. Pays de Luther. Pays de Bach. Pays de Moses Mendelssohn, sur lequel a tant travaillé mon ami Maurice-Ruben Hayoun.

 

Trempé dans tout cela, ayant passé de saisissantes périodes de ma jeunesse dans les Allemagnes, j’entrevois l’Histoire de ce pays dans sa continuité. Non avec les lunettes de l’idéologie. Mais avec la tentation passionnée de comprendre une nation en recherche d’elle-même, dans la difficulté de ses équations internes. Cela remonte à très loin. Au moins, aux « Reden an die deutsche Nation », ces conférences visionnaires tenues en 1807, dans un Berlin occupé par les troupes de Napoléon, au lendemain de la défaite d’Iéna (1806), par Johann-Gottlieb Fichte, l’un des pères de l’idée de nation allemande. Toute personne, je l’affirme, aspirant à tenir un quelconque commentaire sur l’Histoire allemande aux 19ème et 20ème siècle, doit lire ces Discours de Fichte. Et puis, peut-être aussi, se renseigner sur ce qui s’est passé dans l’Histoire littéraire des Allemagnes, dans les dernières décennies du 18ème siècle: on se fatigue un peu de l’universel et des Lumières, on se replonge avec Schiller, certaines facettes de Goethe, et au travers d’inoubliables syllabes d’Hölderlin, dans quelque chose qui n’est plus de l’ordre du ciel, mais du terreau : « Es wächst zusammen, was zusammengehört » : la phrase de Willy Brandt, deux siècles plus tard, résume tout.

 

Eh oui. Le jour où s’écroule ce qui devait diviser le monde, c’est un appel à la vie au sein d’une même appartenance que lance l’ancien chancelier, ancien maire de Berlin, ancien opposant à Hitler. Mais l’appartenance allemande, comment la définir ? La langue ? Oui, sans doute. Mais avec prière de ne pas trop déborder sur la Suisse alémanique, l’Alsace, le Luxembourg, les Sudètes, la Poméranie. La nation ? Oui, mais laquelle ? Celle des Länder, tellement plus puissante que le lien fédéral ? La culture ? Ou alors, peut-être, comme dans les films de Hans-Jürgen Syberberg ou de Rainer Werner Fassbinder, le sentiment profond d’avoir vécu, dans la souffrance comme dans des étincelles d’extase, la dureté d’un destin commun. Unité dans les années 1860, période bismarckienne, premières assurances sociales, Grande Guerre, Révolution de Novembre 1918 (lire Döblin, absolument), chocs des Spartakistes contre les premiers Corps-francs (lire Ernst von Salomon), haine du Traité de Versailles, République de Weimar, Troisième Reich, année 45, oui cette Année Zéro, reconstruction.

 

J’ai d’abord accédé à l’Histoire allemande par ma mère. Puis, par mes voyages et séjours, très nombreux. Puis par la littérature, notamment avec Bernhard Böschenstein, qui m'initia à Friedrich Hölderlin et Paul Celan, et que je salue avec émotion et reconnaissance. Puis, de façon massive, par les livres d’Histoire eux-mêmes. Sans compter la musique. Entrer en culture allemande, c’est pénétrer dans une forêt de la totalité (lire Béguin, les Romantiques). Trajet d’initiation, jamais abouti, n’ayant d’ailleurs pas à l’être. Considérée ainsi, la complexité de l’Histoire allemande nous enrichira d’autres saveurs, combien plus subtiles et plus éclairantes que le seul prisme de l’idéologie, « gentille RFA », « méchante DDR », etc.

 

En permettant la réunification, la chute du Mur n’accomplit au fond, en lecture nationale des Allemagnes, que l’un des incessants épisodes, depuis plus de mille ans, de rapprochement de la Prusse avec le Saint Empire catholique, qu’il soit rhénan ou bavarois. Tantôt, le Brandebourg et ses Marches regardent vers l’Est. Tantôt, ils s’ancrent vers l’ouest. Face à cette lecture-là, les histoires de capitalisme et de communisme apparaissent davantage comme les catalyseurs de mouvements nationaux que comme protagonistes. D’ailleurs, ces religions politico-économiques passent et trépassent. L’Histoire de la nation allemande, complexe et inachevée, demeure à écrire. Par les Allemands eux-mêmes. Avec leurs codes, leurs langages, au pluriel. Leur culture. Leur sentiment commun d’appartenance : „Es wächst zusammen, was zusammengehört „. Oui, dix-neuf ans après la génuflexion de Varsovie (1970), l’homme de Lübeck, l’exilé scandinave des années de braise, avait tout saisi, tout compris. Willy Brandt, qui n’était pas un héros de l’Europe, ou du Saint Empire, comme le catholique rhénan Helmut Kohl. Mais un destin allemand, accompli à partir d'une solitude hanséatique. Uniquement allemand, profondément allemand.

 

Pascal Décaillet

 

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07/11/2014

Les petits fronts des petits républicains

 

Sur le vif - Vendredi 07.11.14 - 17.16h

 

Nous pensions avoir déjà assisté, dans l’affaire dite de « l’esclandre du Grand Conseil », le 10 octobre dernier, à un rare sommet d’hypocrisie dans les fausses pleurnicheries et les mielleuses leçons de morale de certains parlementaires. Tout heureux de pointer du doigt le mouton noir, convoquer le souvenir du fascisme. Haro sur le dérangeur ! Qu’on l’expulse (oui, cela fut proposé), l’empêcheur de parlementer en rond. Brumaire par ci, le colonel Tejero par-là : on a eu droit à tout, rumeurs de pronunciamientos, bruissements de bottes, complicité coupable de l’ordre policier. Nos petits républicains tentaient en larmoyant de nous dessiner les petits fronts de leur petite résistance. Ils étaient l’Ordre établi, la Morale, le Convenable. Face à eux, la Bête immonde. La noirceur de la nuit.

 

Oui, nous pensions avoir atteint le sommet. C’était sans compter l’ineffable lettre signée aujourd'hui (dans l’épicentre comme dans l’épicène) par les « Cheffes de groupe Les Verts et les Socialistes, et les Chefs de groupes PDC et PLR ». Deux pages d’anthologie. Quatre semaines après ces heures terribles où chacun sait que la République a failli basculer, notre 6 février 1934 à nous, avec nos Cagoulards, nos Ligues, un mois donc après le cataclysme, voilà l’Ordre du Convenable qui en remet une couche. « Particulièrement choqués » par les événements du 10 octobre, « gestes déplacés », « violence sur le pupitre des Conseillers d’Etat », « nous croyons en cette démocratie parlementaire », osent-ils ajouter, à croire que cette dernière aurait vécu il y a quatre semaines ses dernières heures, son 10 juillet 1940, son octobre 1922 dans les faubourgs de Rome.

 

Là, il faut dire halte. Mesdames et Messieurs les Partis du Pouvoir, docteurs ès barbichette, Prix Nobel d’hypocrisie, il faut dire – ou plutôt rappeler – une ou deux choses sur les vraies raisons qui vous animent. Elles ne relèvent en rien de la morale. Mais du calcul politique. Le fond de l’affaire, c’est le deuxième tour des élections municipales du printemps 2015. La montée du MCG dans certaines communes suburbaines (là se jouera la vraie bataille) commence sérieusement à vous faire peur. Alors, après le premier tour, qui sera celui des Conseils municipaux, vous envisagez d’entreprendre toutes choses pour barrer la route à ce parti. Vous en avez d’ailleurs parfaitement le droit : chacun, dans un scrutin majoritaire, tricote les majorités qu’il veut pour tenter de triompher. Mais de grâce, ne venez pas nous pousser la chansonnette de la morale. La politique est une question de rapports de forces. Vous construisez le vôtre. Vos adversaires, le leur. C’est tout, strictement tout.

 

De grâce, épargnez-nous, pour vous éviter le ridicule, l’expression « Front républicain ». La plupart d’entre vous, que savez-vous de la République ? De quel droit vous permettriez-vous, par le jeu de miroirs historique de ces deux mots, d’exclure du champ républicain des partis, comme Ensemble à Gauche, le MCG, l’UDC, qui simplement y sont vos adversaires, allant comme vous solliciter en toute légalité, dans les règles du jeu, les suffrages des citoyens ? Alors, de grâce, Mesdames et Messieurs les Gentils, les Convenables, faites de la politique et pas de la morale. Battez-vous contre vos adversaires, tentez de les vaincre. Mais ne venez pas vous approprier une République qui ne vous appartient pas. Nul n’est dupe de vos subterfuges : dans l’affaire du 10 octobre 2014, si vous mettez tant l’accent sur la forme, c’est juste pour nous faire oublier le fond : votre trouille des deuxièmes tours dans certaines communes suburbaines. Et tout le reste, comme chez Verlaine en son Art poétique, est littérature.

 

Pascal Décaillet

 

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04/11/2014

Le populisme par les questionnaires

 

Sur le vif - Mardi 04.11.14 - 16.57h

 

Vous êtes dans un gouvernement, et déjà à court d’idées ? Pas de problème : il vous reste le questionnaire. Vous balancez à la population un vaste sondage, en modulant bien les questions comme vous en avez envie, et vous attendez que le génie naturel de la base vous souffle ce qu’il faut faire. C’est ce que vient de faire le ministre genevois des Transports, grand caresseur du peuple dans le sens du poil. Quel peuple ? Celui qui vote ? Hélas non : celui qui répond à des questionnaires. Nous ne sommes plus dans la démocratie, mais dans l’instrumentalisation de l’opinion majoritaire d’un moment, dépourvue de toute légitimité dans l’ordre du démos. Juste la majorité d’un sondage. Dans cette démarche, où est le ministre ? Où est le gouvernement ? Où se trouve l’Etat ?

 

Au moins, lorsque M. Longchamp refile aux communes, pistolet sur la tempe, un questionnaire à choix multiple inventé par lui-seul, et met en scène la prétendue lenteur des élèves à rendre la copie, les choses sont claires. On comprend que le gouverneur, de là-haut, a déjà pris toutes les décisions, et qu’il a juste besoin d’un alibi de consultation pour foncer dans la direction que seul, il entend suivre. Avec M. Barthassat, populiste de l’opinion, consultant « la population » et non le peuple citoyen, il n’y a pas à être davantage dupe. Certes, les choses se font avec moins de raideur que chez le Régent, mais l’utilisation du pseudo-aval majoritaire pour avancer dans une direction déjà prise, est claire.

 

Depuis plusieurs semaines, à vrai dire dès le soir du 28 septembre, le conseiller d’Etat, dont j’ignore ce qu’il a exactement négocié avec les Verts, prépare l’opinion à une remise en cause du libre choix des transports, principe constitutionnel dûment voté par le souverain, il y a quelques années. Comme par hasard, cette préparation de l’opinion était méticuleusement reproduite il y a quelques jours, sous la plume d’un chroniqueur de la Tribune de Genève. Revenir sur le libre choix, en répétant (et en faisant répéter) à l’envi que « l’hyper-centre » (expression qui par hasard surgit depuis la fin de l’été) doit être dégagé des voitures, c’est la stratégie, la vraie, du ministre. Car il en a une. Il sait où il va. Dès lors, qu’il l’assume, et nous épargne ces pseudo-consultations qui n’ont pour vertu que de peaufiner son image de magistrat qui écoute la base.

 

Ecouter est pourtant indispensable, quand on est au pouvoir. Mais le peuple qu’il faut écouter, c’est celui qui vote, qui décide. Et non la « population » (Bevölkerung) qui répond à des sondages. Ecouter le peuple qui décide, cela pourrait être, par exemple, respecter le vote, finalement récent, sur le libre choix du mode de transport. Plutôt que de poignarder par derrière cette disposition, en s’appuyant sur une prétendue majorité de l’opinion.

 

Pascal Décaillet

 

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03/11/2014

Fais-moi peur, Adolf !

 

Sur le vif - Lundi 03.11.14 - 14.45h

 

Rassurez-vous, mon Adolf à moi n’est pas aussi méchant que celui auquel vous pensiez. Je dirais même que, lorsqu’il était conseiller fédéral, il était avec Jean-Pascal Delamuraz au rang de mes préférés. Je l’ai interviewé maintes fois, dont une fois à Kandersteg, et le voir en ses terres était saisissant. Bref, Adolf Ogi est un homme sympathique, il aime son pays, son enthousiasme fait plaisir à voir. Il fut, de mon point de vue, meilleur ministre de la Défense que des Transports, ayant considérablement sous-estimé, comme on sait, le coût des transversales alpines, ce qui lui a d’ailleurs coûté son Département. Mais enfin, c’est un homme qui a compté dans la politique suisse, et mérite le respect.

 

Mais il y a, ces dernières années, quelque chose d’un peu gênant, qui n’est pas dû à Ogi (il a bien le droit de répondre aux sollicitations), mais à la presse. Une tendance qui n’a certes pas encore atteint les dimensions de recours divinatoire d’un Pascal Couchepin, mais qui commence à poser problème : dès qu’un journal veut nuire à l’actuelle direction de l’UDC, il appelle en renfort le vieux combattant de l’Oberland. Et l’autre, ventre à terre, ceinturon à l’heure, surgit.

 

Le dernier exemple concerne Ecopop. Assurément, cette votation pose un problème à l’UDC. Les instances dirigeantes, Comité central et Assemblée des délégués, ont tranché dans un sens qui n’est manifestement pas celui d’une très nette majorité de la base. Cela, après le 30 novembre, laissera des traces et nécessitera des réglages. Mais enfin, c’est le genre de problème qui arrive à tous les partis, on l’a bien vu avec le PDC dans des scrutins récents. Lorsqu’Ogi en fait un drame, on aimerait que les bonnes âmes qui se précipitent dans l’applaudissement fassent preuve d’un peu plus de mémoire historique sur la lourdeur du contentieux entre le vaillant héros de Kandersteg et l’actuelle direction nationale du parti, issue d’une aile zurichoise et blocherienne qu’il a toujours détestée. Et pour cause : cette aile n’a cessé, pendant toutes les années où il était conseiller fédéral, de gagner du terrain, élection après élection, surtout depuis le 6 décembre 1992, donc de le minoriser. Il n’est pas inutile de rappeler à M. Ogi que cette progression constante d’un courant qu’il combattait s’est opérée, jusqu’à nouvel ordre, démocratiquement, dans des processus qu’on appelle « élections » ou « votations ».

 

Avoir avalé, du temps même de ses années de pouvoir, tant de couleuvres, ont rendu cet homme si jovial exagérément amer vis-à-vis des siens. Dès lors, chaque prise de position du Bernois, extatiquement rendue oraculaire par la presse, est – pour le moins – à décoder en fonction de ces antécédents. Mais il est tellement plus facile de jouer les groupies, entonner le chant de la morale, que d’expliquer la politique par l’enchaînement des événements historiques. Cela, qu’on aime ou non Ogi, il fallait une bonne fois le dire.

 

Pascal Décaillet

 

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02/11/2014

Le Salut par les Marges

 

Sur le vif - Dimanche 02.11.14 - 15.50h

 

La politique suisse étouffe de ses élites, et survit par les marges. De partout, dans les cantons comme au niveau fédéral, les signes se multiplient où l’innovation, la puissance de réinvention, la capacité de se projeter dans l’avenir, ne viennent plus des équipes au pouvoir ou dans les Parlements, mais de prises en charge de la politique par des citoyennes et des citoyens de ce pays. Principalement par l’usage d’un droit parfaitement prévu et codifié dans notre ordre démocratique : le droit d’initiative.

 

Sur trois initiatives fédérales que nous aurons à trancher le 30 novembre, deux viennent des marges. Le texte sur les forfaits fiscaux est l’œuvre de La Gauche, un mouvement politique qui rassemble certes du monde, mais n’est que très peu représenté, parfois pas du tout, dans l’univers parlementaire suisse. Un mouvement qui est plutôt hors du sérail, et surtout à mille lieues de la combinazione horizontale, spécialité de tout parti suisse commençant à se fondre dans les législatifs : les socialistes un peu, les Verts avec une capacité d’adaptation au pouvoir qui défie l’entendement. La richesse de La Gauche, ce sont ses valeurs, sa puissance combative, et aussi la qualité de ses militants : Magali Orsini, à Genève, précise, documentée, amène dans les débats une richesse argumentaire qui va au-delà des rêves de Grand Soir ou de l’écarlate des banderoles.

 

L’autre exemple est Ecopop. A côté des gens qui ont lancé cette initiative, La Gauche apparaît comme un parti installé et familier du paysage ! Les gens d’Ecopop, personne ne les connaît ! En Suisse romande, seul Philippe Roch, ancien patron de l’Office fédéral de l’environnement, s’est mouillé dans la bataille. Tous les partis y sont opposés. Tous, même l’UDC, mais tout observateur sait bien (à commencer par Adolf Ogi, qui ne s’y est pas trompé, et l’a dit ce matin à la presse alémanique) qu’une nette majorité de la base de ce parti votera ce texte. Singulière situation, au demeurant, sur laquelle nous reviendrons ici : le « parti du peuple suisse », celui qui se réclame des colères telluriques, dénonce les quarterons d’entente politicienne, se trouve être, dans l’affaire Ecopop, lui-même déchiré entre sa base et son sommet ! Il y aura, dans les mois qui viennent, et assurément d’ici au 18 octobre 2015, des leçons internes à en tirer.

 

Ecopop, donc, rejeté par toute l’officialité, y compris l’Appareil de l’UDC. L’initiative sur les forfaits fiscaux, attaquée de toutes parts, partis bourgeois, patronat, associations professionnelles, éditorialistes caressant la compagnie sucrée des annonceurs, dans les cocktails : surtout ne pas se brouiller avec le géant de la presse pour laquelle on travaille, et dont l'essence libérale ne saurait souffrir contestation.

 

Ecopop, forfaits fiscaux : dans les deux cas, le pari de départ de quelques-uns, le défi lancé à la tranquillité des établis, la volonté puissante de changer l’ordre des choses, en allant quérir le souverain suprême de ce pays, le suffrage universel. Désolé, Mesdames et Messieurs les installés, qui prennent de haut ces initiatives, mais il y a, dans ces deux exemples, quoi qu’on pense du fond, l’appel à l’énergie citoyenne, la tentative de mobiliser en masse, l’audace d’amener de vastes débats de fond sur la place publique : exactement, chers parlementaires, chers élus cantonaux ou fédéraux, ce dont vous n’êtes plus capables, tout occupés à vivre entre vous, à l’abri du tintamarre. Et à vous tutoyer sur les réseaux sociaux.

 

Oui, les marges sont en train de sauver la vitalité du débat politique en Suisse. Le sortir du convenu. Elles le font en toute légalité, non par la doxa de rue, mais en usant des voies du démos. Elles le font par la raison, le choc des arguments : simplement, l’échelle du débat est sur quatre millions de citoyens, et non 246 parlementaires fédéraux, ou une centaine de députés cantonaux. Y aurait-il à s’en plaindre ? Les marges nous dérangent, parce qu’elles font irruption. Elles nous surprennent, nous interpellent, poussent chacun de nous, s’il veut accomplir jusqu’au bout son devoir de citoyen, à se prononcer sur des sujets d’intérêt général que nos bons vieux parlementaires n’ont simplement pas vus venir. En quoi faudrait-il le regretter ?

 

En termes de stratégie, nous dirions que les marges tiennent ces temps, sans jeu de mots, la puissance d’initiative. Elles inventent, attaquent sans préavis, s’appuient sur le mouvement, construisent les masses nécessaires à la victoire. En un mot comme en mille, les marges font de la politique. Pendant ce temps, la Suisse des notables tente de réagir en faisant de la morale. Ou en prenant les initiants de haut. En essayant de croire, un peu, au moins encore un peu, comme dans la chanson de Piaf « Mon amoureux », à leur éternité au pouvoir.

 

Mais l’éternité, c’est parfois un peu long. Et la vie, trop belle, trop intense, toute de braise, pour donner à l'infini un crédit autrement que dans l’ordre du mystique. Ou celui de la perfection mathématique.

 

Pascal Décaillet

 

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31/10/2014

Présence de nos morts

 

A l'occasion de la Toussaint (une fête qui m'est chère), demain 1er novembre, et aussi du Jour des Morts (2 novembre), je republie ici ma chronique publiée il y a cinq ans, le 2 novembre 2009.

 

Je dédie cette chronique à tous ceux que nous avons connus, aimés, et ne sont plus. Parents, amis, passagers de la pluie, passantes de feu, amantes d'un soir, vieux ennemis, poètes, chanteurs, anciens profs, ces sublimes hussards noirs de notre mémoire. Je pense à vous, Père Collomb, aumônier du primaire, années soixante, qui nous avez si bien enseigné la connaissance des autres religions : judaïsme, Islam, bouddhisme. A vous, votre sourire, votre bonté, je dédie des minarets de reconnaissance.

 

Où sont-ils, maintenant ? On dit qu'ils vivent encore, dans les cœurs : parole de survivant, juste pour se rassurer ? Début novembre, on les évoque. Et toute ma haine d'Halloween, je la retourne en immense tendresse pour la Toussaint, ce frêle et dérisoire passage d'une bouffée de brume dans l'intensité solaire de nos vies si pressées. Juste penser à eux, juste un instant. Qui sont-ils, les vrais passants : eux, ou nous ?

 

Qui sont-ils, les vrais vivants ? Qui est l'ombre, et qui la silhouette ? Où est-elle, la vraie vie ? Au-delà du rivage, en deçà ? Vous le savez, vous ? Vous y pensez, parfois, à vos morts : ou plutôt vous parvenez, une seule seconde, à n'y point penser ? Eux, humus de glaise et poussières d'étoile. Ils sont l'avant et l'après. Ils nous ont précédés. Ils nous attendent.

 

Pascal Décaillet

 

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30/10/2014

Les Communes face au Régent : colère légitime

 

Sur le vif - Jeudi 30.10.14 - 14.30h

 

Les Communes genevoises sont en colère. Et elles ont raison. La manière dont le Régent François Longchamp leur applique le pistolet sur la tempe pour qu’elles répondent toutes affaires cessantes à un questionnaire particulièrement orienté et dirigiste sur l’avenir des relations entre le Canton et ses 45 Communes, n’est pas acceptable.

 

Les Communes y sont traitées comme des enfants, le Régent leur fixe un devoir à domicile décidé par lui-seul, il établit tout seul des délais, et prépare la règle de plomb pour taper sur des doigts de ceux qui ne rendraient pas leur copie à l’heure. Le Régent infantilise les 45 Maires du Canton, et leurs collègues des Conseils administratifs. Il invente, tout seul, une représentation du monde inspirée de la préfectorale française, celle des Jacobins et des directives qui pleuvent du Ministère de l’Intérieur. Le Régent serait-il nostalgique des années 1798-1813 ?

 

Qu’il y ait un vaste chantier à ouvrir, nul n’en doute, c’est même une obligation d’ici 2018. Oui, il y a des doublons, oui les tâches sont mal réparties, oui l’ACG (Association des Communes Genevoises) a les allures d’une nébuleuse, dont pas grand monde ne saisit exactement l’utilité. Sur le fond, le Régent n’a donc pas tort. Mais la tonalité ! Hier, que s’est.il passé ? On a littéralement MIS EN SCENE l’impérieuse nécessité de faire très vite, et aussi la prétendue négligence des Communes qui auraient tardé à accomplir, cet été, leurs devoirs de vacances. Tout cela, on s’est arrangé pour le FAIRE SAVOIR, histoire de bien montrer à quel point les services du Régent étaient fiables, et ceux des Communes, liquéfiés comme des montres molles. Cette monstration, en jouant aux Maires un véritable coup de Jarnac : eux, soumis à un embargo, n’avaient pas le droit de parler du dossier, alors que le Régent, coupant court, les grille pour mieux les mettre au pilori.

 

La méthode est choquante. Elle révèle, une nouvelle fois, l’arrogance d’un conseiller d’Etat, toujours le même. Jamais le dossier n’aurait été traité de la sorte s’il avait relevé, par exemple, d’un Serge Dal Busco, magistrat qui allie écoute et humanité à la rigueur, comprend profondément l’échelon communal pour avoir été six fois Maire de Bernex, et d’ailleurs aussi président de l’ACG.

 

Les Communes ne sont pas des enfants. Le Régent n’a pas à les traiter comme tels. Certes, le Canton est autorité de surveillance des Communes, mais n’a pas pour autant, avec la ficelle de questionnaires prémâchés, à organiser tout seul, d’en haut, comme on  le ferait en quelque place Beauvau, les thèmes d’une réforme certes nécessaire, mais en aucun cas avec un tel degré d’urgence. Leur colère, les Maires genevois doivent la dire clairement au Régent. Car le Grand Horloger doit commencer à comprendre, tout là-haut, qu’on n’agit pas avec les hommes et les femmes élus pour mener les Communes, avec l’insensibilité géométrique de celui qui administre un cadastre.

 

Pascal Décaillet

 

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27/10/2014

Ecopop : deux conseillers fédéraux perdent les pédales

 

Sur le vif - Lundi 27.10.14 - 12.18h

 

Chaque citoyenne, chaque citoyen de notre pays a le droit de penser ce qu’il veut d’Ecopop. Et de voter ce qu’il veut. Nous avons face à nous un texte, avec des propositions de changement de la Constitution. Ce texte, voulu au départ par un comité restreint, se trouve avoir recueilli plus de cent mille signatures. Il nous faut maintenant voter. Il n’y a là rien de bizarre, rien d’anormal, rien de diabolique : c’est juste le lot de notre ordre démocratique, qui prévoit expressément le droit d’initiative. Pourquoi faudrait-il faire grief à nos concitoyens de s’en servir ?

 

Dès lors, il est particulièrement choquant d’entendre deux conseillers fédéraux, dont j’admire au demeurant l’intelligence et la tenue, déraper gravement. Simonetta Sommaruga, s’exprimant sur ce texte ayant franchi tous les obstacles pour être soumis au souverain (y compris les désormais routinières tentatives d’invalidation), le traite de xénophobe. L’accusation n’est pas banale, elle est même lourde. La xénophobie, étymologiquement peur de l’étranger, est perçue aujourd’hui dans le sens public comme un dénigrement méprisant de ce même étranger. Une stigmatisation. Désolé, j’ai beau lire et relire le texte qui propose une limitation des flux migratoires, je n’y vois strictement rien qui soit de nature à dévaloriser l’Autre (ce que je détesterais) dans l’essence même de son altérité.

 

Mais il y a pire : en taxant l’initiative de « xénophobe », la conseillère fédérale adresse implicitement le même grief aux plus de cent mille compatriotes qui ont signé le texte, et aux plusieurs centaines de milliers qui le voteront le 30 novembre. Qu’un membre de notre gouvernement se permette un tel jugement de valeur sur des compatriotes citoyens ne faisant (comme on les y invite) que répondre (en l’espèce, par oui) à une question qu’on leur pose, n’est pas admissible. Et dévoile un peu plus le fossé entre nos gouvernants et la masse des citoyens.

 

L’autre conseiller fédéral qui dérape, c’est Alain Berset. Croyant bon de parodier la célèbre remarque concernant l'exécution du Duc d'Enghien (1804), le très bienpensant Fribourgeois nous déclare qu’Ecopop « est plus qu’un crime, c’est une faute ». Diable ! Voilà donc le corps souverain des citoyens, celui qui dans notre pays décide en ultime recours (et attend avec impatience, en passant, qu’on applique sa décision du 9 février) mis en demeure, par l’Eminence Berset, d’éviter le péché. Voilà, nous prêche-t-on de Très Haut, ce qui est juste et bon, et voilà ce qui ne l’est pas.

 

Citoyennes, citoyens de ce pays, votez ce que vous voulez sur Ecopop. Mais de grâce, votez en conscience, et en toute liberté. Une initiative est une affaire du peuple avec le peuple. Elle n’est pas celle des conseillers fédéraux, ni des parlementaires. Surtout lorsque du Ciel on vous pointe, d’un index divin, le droit chemin, ou celui de la faute. Dans notre démocratie directe, il n’y a ni Paradis, ni Enfer. Juste des citoyens libres, face au destin du pays.

 

Pascal Décaillet

 

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25/10/2014

Pour la primauté du droit national

 

Sur le vif - Samedi 25.10.14 - 17.42h

 

J’ai toujours été favorable à la primauté du droit national. Comme je suis Suisse, je parle ici de la primauté du droit suisse. Si j’étais Français ou Grec, je parlerais de la primauté du droit français, du droit grec, etc. Parce que pour moi, l’idée de souveraineté nationale n’est pas un vain mot. A l’heure des empires, des conglomérats multilatéraux, des juristes internationaux, de la mondialisation du Capital, l’idée de nation, loin d’être archaïque, m’apparaît plus moderne que jamais. Par « nation », n’entendez chez moi ni violence, ni conquête. Juste le droit de chacun à disposer de lui-même. Sans remonter à la saisissante Histoire de la Révolution française de Jules Michelet, permettez-moi juste de vous renvoyer à l’un des plus éblouissants discours de Charles de Gaulle (avec celui de Bayeux) : le discours de Brazzaville. Le 30 janvier 1944, en pleine guerre, quinze ans avant la décolonisation, le chef de la France libre y proclame, avec une rare puissance de prophétie, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 

Ce droit, pour toutes les nations de la terre, j’y crois intensément. Entre autres, pour la Suisse. Elle n’est, sur la surface du globe, qu’une péripétie de surface. Mais il se trouve que ce petit pays occupe dans mon cœur une place de choix, pour la simple raison, certes plus viscérale qu'intellectuelle, qu'il est le mien. Hasard de la naissance, certes : je n’ai jamais prétendu au mondial, ni à l’universel. Je crois beaucoup plus à l’attachement tellurique, sentimental, à un coin de paysage qu’aux grands concepts planétaires. Je préfère trois pages de Barrès à n’importe quel rapport de l’ONU. Donc, il se trouve que je suis Suisse, et que c’est dans le périmètre de ce pays que s’exerce ma citoyenneté. Je vote en Ville de Genève, dans le Canton de Genève, et à l’échelon de la Confédération. Ce sont bien là les trois seules instances qui, quatre fois par an, me demandent mon avis. Comme je suis un type réglo et que je m’acquitte toujours de mes devoirs, je le donne, mon avis. Sous la forme d’un vote.

 

L’UDC aujourd’hui, à Rothenthurm (je doute que ce haut lieu d’une initiative de gauche, dans le canton de Schwytz, approuvée par le peuple et les cantons le 6 décembre 1987, ait été choisi au hasard), a voté à l’unanimité de ses 401 délégués le lancement d’une initiative « pour la primauté du droit suisse sur le droit international ». Je vous le dis tout de go, j’approuve cette initiative. Je suis persuadé qu’elle récoltera les signatures nécessaires, et qu’un beau jour, le peuple et les cantons se prononceront sur elle. D’ici là, inutile de dire qu’elle va devoir passer par les lazzis et les quolibets des grands docteurs apôtres du « droit supérieur », ils vont tout faire pour tenter de l’invalider, la plupart des partis, l’Assemblée fédérale, le Conseil fédéral recommanderont son rejet. Tout cela, il faudra comme d’habitude le supporter. En ne gardant en tête que l’objectif final : le passage devant le seul souverain qui vaille, le suffrage universel.

 

La question est simple : voulons-nous exister, face au concert des nations, comme un pays souverain ? Pour ma part, vous ne m’en voudrez pas trop, je réponds oui. Faisons-nous confiance à notre peuple pour décider de nos lois ? Je réponds oui. Devons-nous accepter que puissent exister, au-dessus des lois que, souverainement, nous nous donnons, des lois, qui auraient force supérieure ? A cette question majeure, à laquelle d’aucuns (et je les respecte) répondent oui en fonction de la dimension multilatérale du monde, pour ma part je réponds non. Parce qu’il devient de plus en plus insupportable d’entendre d’éminents juristes vouloir invalider des initiatives dûment munies des signatures requises, sous le prétexte qu’elles contrediraient le « droit supérieur ». Eh bien, qu’elles le contredisent !

 

La volonté souveraine exprimée en votation par le peuple de mon pays m’importe autrement davantage que les accords passés par des juristes, sans la moindre onction de légitimité, au-dessus de la tête de notre souverain. J’exprime là un point de vue assez radical, j’en conviens, je sais que l’opinion contraire existe, et n’est pas avare de bons arguments. Eh bien, lançons le débat. Parce que la citoyenneté, ça n’est pas se taire. Ni raser les murs. Ni se courber devant la doxa dominante d’un moment. Non, être citoyen, c’est oser. Donner son avis. Participer. Et puis, un beau jour, le peuple tranche. Et son verdict, il nous faut l’accepter. Pour la seule raison qu’il est ultime. Pour ma part, j’entends qu’il le reste. Je retourne à Barrès. Les rapports de l’ONU, je le les lirai dans une autre vie. Ou à la Trinité.

 

Pascal Décaillet

 

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24/10/2014

Ecopop : mon débat face à Sylvain Besson

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Vendredi 24.10.14 - 15.43h

 

Ce vendredi 24 octobre, 12.45h, ma consœur de la RTS Jennifer Covo m'a invité, dans son "Rendez-vous de la presse", à débattre d'Ecopop face à mon confrère Sylvain Besson, rédacteur en chef adjoint du Temps. Voici le lien permettant de visionner ce débat.


http://www.rts.ch/video/info/journal-12h45/6248534-le-ren...



Pascal Décaillet


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23/10/2014

L'émotion du pays, ça existe

 

 Sur le vif - Jeudi 23.10.14 - 17.46h

 

« Le pays s’est laissé entraîner dans une campagne émotionnelle » : la phrase-type, bateau, des perdants d’une campagne, le dimanche après-midi de leur défaite, dès 12.30h, en boucle jusqu’à 20h, tous médias confondus. L’éternel aveu de la défaite du rationnel face à l’image, par nature plus sentimentale : « Je déteste l’image », reconnaissait ce matin Suzette Sandoz, au demeurant délicieuse au sein d’un débat sur le sexe, à la RSR. En l’écoutant, j’ai immédiatement pensé à ces églises luthériennes que je visitais lors de mes séjours en Allemagne du nord, celles de Lunebourg, Hambourg et Lübeck, par exemple. Moi, catholique, j’avais passionnément aimé ces parois de briques rouges, nues et immenses, avec encore des marques d’obus de la guerre. Chaque fois que je lis Thomas Mann, c’est ce Lübeck-là que je vois, celui aussi où le jeune Bach, en 1705, était allé à pied se former chez Buxtehude.

 

En Suisse donc, les perdants d’un dimanche rejettent la faute sur l’émotion. Ils ont tort. Car elle fait partie, comme aussi la raison, de la totalité politique. Bien sûr, il a fallu la puissance de la Raison triomphante, celle des Lumières et du radicalisme naissant, la « Vernunft » de la philosophie politique allemande, pour nous amener, nous les Suisses, à codifier ensemble, avec un même langage, au-delà justement de nos essences disparates, de nos parlers multiples, de nos rapports si différents aux liturgies, un savoir-être politique commun. C’est le miracle de notre pays. C’est pourquoi nous devons tant et tant aux radicaux du dix-neuvième : ils nous ont forgé les codes de ce qui nous fédère. Dès le début, ils avaient une vision d’Etat, une pensée d’Etat, une culture d’Etat. La primauté du rationnel, avec ce qu’elle peut avoir d’un peu sec et d’un peu ennuyeux, nous fut indispensable, pendant ces deux siècles, pour parler le même langage. Je n’ai pas dit « la même langue ».

 

Et c’est de là qu’elle vient, la peur de l’émotion. Trop de tellurisme sentimental tuerait la construction raisonnable de notre pays. C’est un discours que je peux entendre. Mais aujourd’hui, plus de deux siècles après une Révolution helvétique (1798) où les Arbres de liberté, dans nos cantons romands, se réclamaient des valeurs de la Raison, plus d’un siècle et demi après 1848, près d’un siècle après la Grève générale (novembre 1918), notre rapport à l’émotion politique a changé. On a le droit de se réclamer d’elle, sans encourir le grief de nourrir les ferments de dispersion, ceux des Guerres de Religion, de 1847 ou de novembre 1918.

 

Ce qui a décoincé le droit à l’émotion, depuis disons une vingtaine d’années, c’est la montée en force des initiatives. Elles existent certes depuis plus d’un siècle, mais leur nombre a explosé ces dernières années, et surtout elles commencent sérieusement à être acceptées. Initiatives des Alpes, initiative Weber, 9 février et tant d’autres : des thèmes totalement négligés par les corps intermédiaires, mais voulus puissamment par la base, émergent de plus en plus, et forcent la victoire.

 

Aujourd’hui dans le champ politique suisse, la force d’innovation, l’initiative, l’offensive des idées, tout cela provient grandement de la démocratie directe, acculant les pouvoirs constitués (ceux-là même qui ont négligé les thèmes) en position défensive. Alors, retranchés dans les murs du Palais fédéral comme dans une sorte de Fort Apache, ils tentent, en guise d’huile bouillante, le discours de la morale et du raisonnable, la défense par le convenable ou l’invalidation. La puissance de succès des initiatives, en Suisse, confine les élus dans une Ligne Maginot, incapables de mouvement, de manœuvre, d’imagination, de contre-attaque. Ils n’ont là que la rançon de leur surdité, de leur insensibilité aux souffrances et aux vraies préoccupations des gens : plus ils s’auto-adouberont, entre eux, en se tutoyant sur les réseaux sociaux, plus ils mépriseront le peuple, plus ils s’enfermeront dans leurs fortins.

 

De leur Ligne Maginot, ils continueront de regretter le temps de la Raison, la plupart d’entre eux n’ayant d’ailleurs pas la culture politique de savoir ce qu’est la Vernunft : pour cela, il faut lire les pages Inland de la NZZ, ou avoir ouvert des livres d’Histoire allemande ou suisse. Eh oui, chers élus, il ne suffit d’aller à Berne pour sa carrière, certains d’entre vous en commis-voyageurs de la banque privée, des pharmas ou des Caisses maladie. Non. Il faut se présenter pour servir. Ou mieux : ne pas ne présenter du tout, le débat politique n’appartenant absolument pas aux élus, mais à l’ensemble des citoyennes et citoyens de notre pays.

 

En attendant, pendant qu’ils ronchonnent dans leurs abris en condamnant l’émotion, n’ayons crainte, nous les citoyens, hommes, femmes, de gauche, de droite, peu importe, de faire monter le chant de notre appartenance au pays. Notre joie de faire vivre cette belle démocratie, ce pays de liberté. Et si ça doit passer par l’émotion, eh bien émouvons-nous. Nul pisse-froid cérébral ne pourra longtemps nous en empêcher. Si la jouissance de la vie, du débat, du choc des idées, leur pose tant problème, alors laissons-les, entre eux, dans l'immensité glacée de leurs fortins.

 

Pascal Décaillet

 

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22/10/2014

La traversée, c'est l'affaire de l'Etat !

 

Commentaire publié dans GHI - 22.10.14

 

Cette fois, le Conseil d’Etat n’a pas traîné : moins d’un mois après le rejet très net de la petite traversée, il relance la grande ! Une vraie traversée du lac, pont ou tunnel, quelque part entre Vengeron et Pallanterie, qui bouclerait enfin la ceinture autoroutière genevoise, donnant à cette ville un véritable périphérique. Dit comme ça, c’est parfait. Juste le bonheur, enfin pour ceux qui veulent bien y croire. Le problème, c’est le nerf de la guerre : l’argent. Une petite réjouissance du genre, ça va allègrement chercher dans les trois milliards, sans doute plus. Et les caisses sont vides. Avec une dette de treize milliards. Alors, on fait quoi, on fait comment ? Le ministre des transports, Luc Barthassat, articule quelques pistes. Hélas, ces dernières méritent contestation. Le risque de poudre aux yeux est énorme.

 

En l’absence du moindre franc pour attaquer les travaux, M. Barthassat tente, depuis un certain temps, d’instiller dans les consciences la notion de PPP (partenariat public privé). L’Etat n’ayant pas d’argent, il s’appuierait sur des fonds privés : plusieurs noms d’entreprises sont déjà articulés, l’une dans la construction, l’autre dans les fonds de retraite, une autre encore dans la banque. A partir de là, le conseiller d’Etat émettait, sur le plateau de Genève à chaud, trois hypothèses de financement : soit le tout à l’Etat (mais avec quel argent ?), soit le financement mixte, soit… le tout au privé ! Cette troisième variante, disons-le tout net, est choquante de la part d’un ministre de la République. Car enfin, si l’Etat délègue à des mécènes, aussi éminents soient-ils, la totalité de la main financière sur des travaux de gros œuvre qui sont à ce point d’intérêt public, quel signal politique donne-t-il de son rôle à lui, l’Etat ? Juste un intermédiaire, pour demeurer maître d’œuvre ? Cela ne tient pas. C’est de la poudre de perlimpinpin.

 

Car l’impression politique est catastrophique. Les grands travaux sont affaire d’Etat. Canton ou Confédération. Ils doivent être l’objet d’une vaste consultation populaire, avec des débats, des pour et des contre, et le feu vert donné (ou non) un beau dimanche. Ce pont, ou ce tunnel, doit être celui d’une majorité clairement voulue par le corps électoral. Et ces citoyens, qui votent, doivent également être, comme contribuables, ceux qui le financent. Afin d’en demeurer les propriétaires, les patrons.

 

Il y a, dans la vision de M. Barthassat, une démission dans la mission régalienne de construction de l’Etat. Jamais un ministre radical, ni un socialiste, n’aurait commis la légèreté de brandir cette troisième hypothèse du « tout au privé ». D’ailleurs, je ne suis pas sûr du tout que la majorité du Conseil d’Etat le suive sur cette piste. Et puis, désolé, mais c’est un peu trop facile : en se tournant vers les grâces d’un mécène, on s’évite le débat populaire, la légitime contestation des opposants (la gauche, par exemple, qui a parfaitement le droit de ne pas vouloir de traversée), bref on contourne les nécessaires aspérités du débat politique. Désolé encore, mais cette posture est légère. Elle fait fi de ce qui fonde la République : la dialectique des antagonismes. Pour ma part, sans aller jusqu’à demander au ministre une conversion au colbertisme, je l’invite amicalement à revoir sa copie.

 

Pascal Décaillet

 

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