07/12/2016

RIE III : on ne gouverne pas par hibernation !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.12.16

 

RIE III : la troisième réforme de l’imposition des entreprises. Avec ce fameux taux d’imposition unique à 13,49%. Un chiffre réputé savamment calculé, soupesé, au milligramme, pour éviter de faire fuir les multinationales, qui constituent une manne considérable pour la prospérité du canton. RIE III, depuis des mois, obsède littéralement la classe politique genevoise. Au point que certains députés, tous partis confondus, rencontrés par hasard dans la Vieille Ville, ne vous disent plus « Bonjour », mais « RIE III » en vous serrant la main ! Vous leur parlez de M. Renzi, M. Trump ou M. Hollande, ou du stratus d’automne, ils vous écoutent à peine, et reprennent avec « RIE III ». Même le CEVA, en 2009, n’avait réussi à atteindre ce niveau obsessionnel d’incantation.

 

Le CEVA, parlons-en ! C’est la comparaison qui s’impose. En 2009, nous avons vécu, le même automne, la votation sur le CEVA et les élections cantonales. Face à un parti qui montait (le MCG), il s’agissait de faire preuve de cohésion. Sur un thème, porteur d’avenir. Des radicaux aux Verts, tous les partis gouvernementaux n’ont plus juré que par le CEVA. Tout plan B était immédiatement jeté aux orties, c’était une question de survie : le CEVA ou la mort. C’est exactement dans cet état d’esprit que les partis gouvernementaux nous présentent aujourd’hui RIE III. A les entendre, ministre des Finances en tête, on a l’impression qu’hors de cette question amirale, plus rien n’existe. Il faudrait non seulement accepter le principe, mais le chiffre, au centième près. Nulle contestation possible. On est face au dogme. Faudrait-il, comme à Rome en 1870, conférer au Conseil d’Etat le statut d’Infaillibilité ?

 

La réponse est non. La politique, ce ne sont ni des dogmes, ni des encycliques. Ça passe par une dialectique. Cela exige un Parlement qui fasse son boulot. Une ouverture de la discussion aux partis non-gouvernementaux (UDC, Ensemble à Gauche), plutôt que de les placer devant le fait accompli. Surtout, cela exclut toute forme « d’arrangement », comme il semble en poindre, par exemple s’abstenir de lancer des initiatives en matière financière, pendant un certain nombre d’années ! Oui, c’est une singulière forme d’armistice qui est en train de se concocter, en substance : « Laissez-nous mener en paix RIE III, en contrepartie nous maintiendrons des acquis ».

 

Ça n’est pas à cela que doit ressembler la politique. Déjà sur le CEVA en 2009, ce genre de consensus fleurait la naphtaline. Cette manière d’opérer aiguise l’idée que le monde parlementaire passe avec le gouvernement des pactes, plus ou moins publics, sur lesquels il n’a reçu aucun mandat de son électorat. Entre soi, on s’arrange ! Détestable procédé, sur le dos des citoyennes et citoyens de ce canton. Impression d’un petit monde où chacun se tient, entre les murs patriciens de la Ville Haute. Non, la politique ne doit pas être cela. Elle doit, au sens où l’entendait Pierre Mendès France, aller de pair avec la transparence. Le respect de la parole donnée. La confiance. Dans cette affaire, nous en sommes, hélas, assez loin.

 

Pascal Décaillet

 

 

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03/12/2016

Le monde, sans les socialistes

 

Sur le vif - Samedi 03.12.16 - 15.26h

 

Je l'ai dit maintes fois depuis des années, je ne comprends absolument pas pourquoi les socialistes suisses, ainsi que les syndicats, s'accrochent à ce point aux principes de mondialisation et de libre-circulation. Eux qui prétendent protéger les plus faibles, ne voient-ils pas que les premières victimes d'un monde sans frontières sont justement les plus précaires d'entre nous ?

 

Les socialistes et les syndicats s'accrochent à une libre-circulation qu'ils n'ont acceptée, il y a une quinzaine d'années, qu'à la condition qu'on lui adjoigne des mesures d'accompagnement. Or, AUCUNE de ces mesures, promises par les libéraux et le patronat, n'a été mise en oeuvre. Je dis bien : AUCUNE.

 

Les socialistes et les syndicats, comment font-ils pour ne pas voir qu'un minimum de régulation des flux migratoires (personne ne parle de fermer les frontières), et aussi un minimum de protectionnisme (urgent et vital dans le domaine agricole) sont les seuls garants d'une protection des plus démunis, chez nous ?

 

Les socialistes et les syndicats, au nom du vieux mythe de l'Internationale, vont-ils continuer à vouloir embrasser toute la globalité planétaire du monde, cette illusion, alors que les communautés humaines, surgies des entrailles de la terre, ont un vital besoin d’horizons définis, de bornes, de délimitations, en un mot de frontières au sein desquelles puisse s'exercer la loi voulue par tous, celle du démos.

 

Si les socialistes, en Suisse comme ailleurs, continuent dans ce déni, dans cette béatitude internationaliste, s'ils continuent à ignorer le principe de la nation, à mépriser les lieux de mémoire et la communauté des souffrances, les classes populaires les quitteront définitivement. Le monde continuera. Mais sans les socialistes.

 

Pascal Décaillet

 

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30/11/2016

Ca n'était qu'une primaire de la droite

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 Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.11.16

 

D’abord, ce scandale, déjà relevé ici la semaine dernière : les grandes chaînes nationales françaises nous ont couvert cette « primaire de la droite et du centre » avec la même liturgie, la même débauche de moyens, les même ridicules « envoyés spéciaux au QG du candidat », pour nous dire qu’il « va arriver d’une seconde à l’autre », que s’il s’était agi du premier ou second tour de la présidentielle. Lesquels n’auront lieu qu’en avril et mai 2017. Tout cela, pour quoi ? Pour l’immense marketing de cette famille politique, profitant ainsi des canaux nationaux pour un processus privé de désignation interne. Juste pour les taux d’audience : le processus de l’élection républicaine, la seule qui vaille, organisée par l’Etat, a été mimé par des privés, à leur profit.

 

Reste qu’il en émerge un homme de valeur. C’est du moins l’image qui émane de François Fillon, vainqueur de l’exercice. Je dis bien : « l’image ». Car au fond, que s’est-il passé ? Par ses qualités, bien réelles, la rigueur, la simplicité, la sobriété, l’ancien Premier ministre a touché les votants. C’est maintenant clair, on préfère l’austérité d’un notaire de province, surgi de Balzac ou de Mauriac, voire de Chabrol, à l’insupportable cliquetis de nouveau-riche associé à l’image de Nicolas Sarkozy. Dont acte. Mais ça n’est, toujours, qu’une image ! Ça définit un style, très français au fond. Mais ça nous renseigne encore assez peu sur la configuration politique du Monsieur.

 

Cette dernière est complexe, et, je l’affirme, contradictoire. Nous avons affaire à la fois à un conservateur, sur des questions de société, et à un libéral, voire un ultra, sur le plan économique. Du jamais vu depuis longtemps dans l’Histoire de France : Pompidou n’était pas si conservateur, ni si libéral ; de Gaulle n’était absolument pas libéral ; il faudrait peut-être voir du côté de Tardieu, ou Guizot, mais c’est bien lointain. Surtout, la Vieille France, provinciale et contre-révolutionnaire, qui n’a cessé d’exister en plus de deux siècles, n’est certainement pas celle du libre-échange économique, loin de là. Chez ces gens-là, on est autoritaire, mais social ; traditionnaliste, mais attaché à la cohésion. Singulier pays, passionnant, pétri d’Histoire, riche de ses contradictions : peut-être la personne complexe de François Fillon résume-t-elle quelques-unes des saveurs multiples de la France profonde.

 

Terminons par un coup de gueule. Contre la presse. Les moutons, toujours recommencés, comme la Mer, chez Paul Valéry. Pendant des semaines, ils ne juraient que par Juppé. Ce dernier s’effondre, et retourne gérer la ville de Montaigne : voilà qu’ils ne jurent plus que par Fillon, nous assurant déjà qu’il sera en mai 2017 à l’Elysée. En vérité, nul n’en sait rien ! Tant de choses, en six mois, peuvent encore se produire : que va-t-il se passer à gauche, que va faire le Front national, quelles secousses telluriques vont, peut-être, ébranler l’électorat français ? En résumé, Fillon émerge. C’est bien. Mais ça n’était qu’une primaire de la droite. Rien d’autre.

 

Pascal Décaillet

 

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23/11/2016

Foutez-nous la paix avec les années trente !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.11.16

 

Vous avez remarqué ? Dans une conversation, dès que quelqu’un se met à défendre le suffrage universel, il y a toujours, quelque part, un petit malin pour dire : « Hitler aussi a été élu par le peuple ». En général, ça jette un froid glacial, et ça met un terme au sujet. Et c’est bien dommage : faut-il, sous prétexte du 30 janvier 1933, renoncer à la souveraineté populaire ? Faut-il, parce qu’il y a eu le nazisme et le fascisme, s’interdire aujourd’hui, 80 ans plus tard, toute remise en question de la démocratie représentative ? Ou toute conception du monde syndical autrement que dans l’allégeance à la lutte des classes ? Faut-il, au motif que l’idée de nation, salvatrice en soi, a été dévoyée au profit du nationalisme, y renoncer ? En bref, faut-il continuer à se laisser impressionner par cette perpétuelle référence aux années trente, brandie, la plupart du temps, par des gens n’ayant qu’une connaissance très approximative de l’Histoire ? A toutes ces questions, la réponse est non.

 

La phrase « Hitler aussi a été élu par le peuple » est en général prononcée par le perdant d’une votation, par exemple d’une initiative, le dimanche soir du scrutin. C’est une manière de nous dire que le peuple n’a pas toujours raison, ce qui est d’ailleurs exact : il ne s’agit pas, dans notre système suisse, qu’il ait « raison », mais qu’il décide en ultime instance. Nous ne sommes pas dans une géométrie morale, mais dans une définition du souverain. Nous tous, citoyennes et citoyens, qui votons quatre fois par an, sur une multitude de sujets, nous sommes parfois dans le camp des vainqueurs, parfois dans l’autre : sachons perdre. Sans insulter le système, convoquer les ultimes semaines de la République de Weimar, nous prendre pour Thomas Mann (photo), le génial écrivain antinazi, ou Heinrich, son frère, ou Klaus, ou Erika. Ou Brecht. Ou Stefan Zweig. Il y a d’autres choses à faire, dans la rhétorique politique, que cet obsessionnel retour aux années trente.

 

Il se trouve que je suis un passionné de ces années-là. Les grands écrivains de l’antinazisme, je les ai lus. Je leur ai même consacré un chapitre de ma Série Allemagne, en 144 épisodes. Qu’on les lise, assurément. Qu’on les monte, sur les planches. Qu’on rende hommage à leur lucidité, leur courage. Mais de grâce, qu’on évite l’outrecuidance de se prendre pour eux, sous le seul prétexte qu’on défendrait la démocratie représentative contre le suffrage universel, l’ouverture des frontières contre leur régulation, le cosmopolitisme mondialiste contre l’attachement à la nation. Nous ne sommes plus au début des années trente. Les enjeux n’ont strictement rien à voir. Et il doit être parfaitement possible, dans nos pays, de plaider pour un conservatisme patriote, social, attaché aux valeurs du pays, sans se faire traiter immédiatement de nazi ou de fasciste. Ceux qui nous brandissent ces anathèmes, nous mentent. Ils pervertissent l’Histoire. Ils en dévoient le sens profond. Toute ma vie, je lutterai contre leur discours. Avec des arguments, des références. Sans jamais leur céder le moindre millimètre.

 

Pascal Décaillet

 

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22/11/2016

Décrispe-toi, Bébert, respire un coup !

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Sur le vif - Mardi 22.11.16 - 16.42h

 

Vous aimez votre pays ? Son Histoire, son destin à travers les âges, sa complexité. Son système politique. Ses langues, ses cultures. La bouleversante beauté de ses paysages, que vous voulez entretenir. Son système social. Vous aimez tout cela ? Eh bien, c’est que vous avez un problème : vous souffrez de « crispation identitaire ». C’est grave, docteur ? Oh oui ! Ça vous empêche de vous fondre dans le moule mondialiste. On en fusillerait pour moins que ça.

 

« Crispation identitaire ». Pas un jour sans qu’un journaliste de la SSR, un sociologue invité, un « expert », un politologue ne vous serve ces deux mots. Oser prononcer le mot « identité » vous attirera immédiatement les foudres. Il y a des mots, aujourd’hui, auxquels on n’a plus droit : le mot « identité » en fait partie. Vous avez beau le définir comme une construction, rappeler que avez lu l’admirable essai d’Anne-Marie Thiesse, « La création des identités nationales », rien n’y fait : on ne prononce pas le mot « identité ».

 

La vérité, c’est que nous vivons sous le joug d’une bande de censeurs. Les mêmes qui, tout l’automne, ont caricaturé la candidature Trump pour encenser celle de Mme Clinton. Les mêmes qui nous promettaient déjà Juppé à l’Elysée. Les mêmes qui, se prenant pour Thomas Mann, nous brandissent à longueur d’année les années trente (lire GHI de demain, j’y reviens). Eh bien moi je vous dis que cette bande de censeurs, nous devons lui répondre comme il se doit : en les envoyant aux fraises.

 

« Crispation identitaire », c’est, au sens propre, définir ceux qui sont attachés à leur pays sous un angle médical. « Vous ne pensez pas juste, c’est que vous avez un problème, Monsieur. Musculaire. Une crispation. Penser juste, comme nous, c’est être bien dans son corps, dans ses muscles, comme après un bon massage ». Il y aurait donc deux catégories : les corps sains, et les « crispés ». En fonction de l’orthodoxie de votre pensée sur le rapport que vous avez le mauvais goût d’entretenir avec votre communauté nationale.

 

Vous savez ce qu’il faut leur dire, à ces Vadius et Trissotins de la bonne pensée ? Il faut, de toute la puissance expectorée de notre appareil pulmonaire, celui qui par miracle aurait encore échappé à la crispation généralisée, hurler le mot de Cambronne.

 

Et puis, se remettre à défendre nos arguments. Un par un. Millimètre par millimètre. Sans rien lâcher. Jamais.

 

 

Pascal Décaillet

 

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20/11/2016

Vivre avec la mémoire

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Sur le vif - Dimanche 20.11.16 - 16.11h

 

Je suis né treize ans après la Seconde Guerre mondiale, et me suis mis à en lire l’Histoire dès l’âge de sept ans et demi, grâce à une remarquable Encyclopédie en trois volumes qu’avait achetée mes parents, à sa sortie en1965. Remarquable, parce que soucieuse, vingt ans seulement après la fin du conflit, et alors que les vainqueurs, notamment Anglo-Saxons, tenaient encore seuls la plume de l’Histoire, de laisser émerger une appréciable pluralité de voix et de témoignages pour l’époque. Speer, en 1965, était encore en prison (il en sort en 1966), « Au Cœur du Troisième Reich » n’était pas encore sorti en librairie, ni surtout l’indispensable critique de ce texte par un historien munichois, quelques années plus tard. Mais enfin, ce triptyque n’était pas exempt de voix allemandes, notamment sur le récit du 20 juillet 1944, et cela, en ce temps-là, était méritoire.

 

Pendant sept ans, jusqu’en 1972, la bibliothèque de mes parents n’étant pas extensible à souhait, ces trois gros volumes ont constitué ma seule Bible sur le sujet, ou presque. L’été 1972, je l’ai passé intégralement chez un ancien combattant du Front de l’Est, tout au nord de l’Allemagne. Dans sa VW coccinelle vert bouteille, nous avons parcouru près de cinq mille kilomètres, dormi chez d’autres anciens combattants de ses camarades, passé des nuits à évoquer des souvenirs, visité maintes fois le Mur de Fer, où nous avons même, par hasard, rencontré une fois Genscher, alors ministre fédéral de l’Intérieur de Willy Brandt. A 14 ans, je m’étais entretenu avec un ministre !

 

Le soir, nous regardions les nouvelles de la DDR, et ma foi, je ne les trouvais pas si mal faites. Un jour, je m’exprimerai sur ce pays, l’Allemagne de l’Est, et mon lien avec lui. En fin d’après-midi, dans le jardin, nous tirions à la carabine : je puis me vanter d’avoir eu, dans cet exercice un peu particulier auquel j’ai très vite pris goût, un sacré professeur.

 

Cet été 1972 a révolutionné ma lecture de la Seconde Guerre mondiale. Le front russe m’a été raconté d’un bout à l’autre, sous toutes les coutures, sans le moindre souci de ménagement de l’image de la Wehrmacht. Il m’a été raconté de façon clinique, par un acteur ayant participé à l’intégralité de cette guerre, du 22 juin 1941 au 8 mai 1945. Quand je suis rentré en Suisse, je ne pensais qu’à cela, mais n’en ai guère parlé autour de moi, pas plus d’ailleurs que d’autres événements de cet été si particulier. Je relis mon journal de l’époque, pour lequel j’avais obtenu un premier Prix, il relate tout, très sagement, avec illustrations, cartes postales, croquis, il y a même ma photo avec Genscher et l’autographe qu’il m’avait signé. Mais pas un mot de ces conversations nocturnes sur la Guerre à l’Est. Je les avais gardées pour moi.

 

Dans les quarante années qui ont suivi, je me suis replongé beaucoup plus à fond, comme on sait, dans tout cela, multipliant les séjours en Allemagne, emmenant mes élèves d’allemand sur des lieux de mémoire, comme Dachau (juin 1983), rencontrant et interviewant maintes fois mon ami August von Kageneck (1922-2004), officier de Panzers sur l’ensemble de la Guerre à l’Est, fils de l’aide de camp personnel du Kaiser. Sa version à lui du front russe (évolutive, du reste, au cours de ses livres), je ne pouvais m’empêcher de la confronter avec celle de l’homme chez qui j’avais vécu en 1972.

 

Et puis, des livres, par centaines. Des témoignages. 51 ans après mon premier contact avec la Seconde Guerre mondiale (l’Encyclopédie en trois volumes de mes parents), ma perception des événements n’est plus du tout la même. Ni pour moi, ni pour personne, d’ailleurs. Parce que l’Histoire évolue. L’historiographie avance, corrige, retouche, contredit, rétablit, nuance. Et c'est cela qui est totalement passionnant : ce cheminement de crabe (lire Günter Grass !) vers quelques fragments de vérité.

 

Vivre avec l’Histoire, c’est vivre avec l’évolution subjective de sa propre mémoire. Pour l’enrichir, il ne faut surtout pas être l’homme d’un seul livre, mais celui de milliers de témoignages entrecoupés, confrontés. Laisser surgir l’Archive. J’aime passionnément tout cela, parce que les morts revivent. Option métaphysique qui, en soi, n’est pas pour me déplaire. Excellente soirée à tous.

 

Pascal Décaillet

 

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19/11/2016

Presse romande : la matrice HEI

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Sur le vif - Samedi 19.11.16 - 18.04h

 

Je suis persuadé d'une chose : dans les matrices qui ont formaté la pensée de tant de journalistes, ces trente ou quarante dernières années, il y a la langue anglaise. Passage obligé pour toute une quantité de filières en Suisse romande, Sciences Po ou HEI, elle fonctionne comme le Sésame de ce tout petit monde international, sis à Genève, qui n'a l'air immense que par illusion. Regardez HEI : n'est-elle pas qu'à quelques centaines de mètres du Palais des Nations, donc du siège européen de l'ONU, et à quelques... dizaines de mètres, seulement, du siège mondial de l'OMC ?

 

Se plonger, pour toutes ses études politiques, dans une littérature écrite en anglais, c'est utiliser la langue qui, sous prétexte d'être "mondiale" (elle ne l'est que provisoirement), est avant tout celle des États-Unis d'Amérique, première puissance du monde, l'un des principaux vainqueurs, sur sol européen, de la Seconde Guerre mondiale. Prédominance des textes en anglais, des experts américains, donc, dans toute sa pluralité (certes), du REGARD américain sur le monde.

 

Cette même filière HEI, qui a servi de tutelle intellectuelle à tant de nos journalistes romands pendant des décennies, fourmille de professeurs et de chercheurs dont le champ d'études principal se trouve être le monde multilatéral : ONU, OMC, OMS, OIT, HCR, CICR, toutes organisations dont les sièges, européen pour la première, mondiaux pour les autres, sont à Genève, dans un MINUSCULE PÉRIMÈTRE près de HEI. Impossible, à Genève, de passer par cette école sans considérer de très près le petit monde multilatéral que représentent ces organisations. De là à leur faire intellectuellement allégeance, il n'y a qu'un pas.

 

Nous vivons aujourd'hui un retour des nations. Pour ma part, patiemment, je l'attends depuis des décennies. Je ne lis pas trop en anglais, mais principalement en français et en allemand. Je me passionne pour le tragique de l'Histoire, les guerres, les traités, les alliances, les renversements, la création des identités nationales, les Discours à la Nation allemande de Fichte (1807, Université Humboldt, Berlin), l'Histoire de la Révolution française de Michelet, les Lieux de Mémoire de Pierre Nora, le destin allemand à travers les âges, les 26 Histoires cantonales de notre passionnant pays, ainsi bien sûr que son Histoire fédérale. Bref, je m'intéresse à l'Allemagne, la France, la Suisse, l'Italie : NOS PAYS. Ceux qui sont ici, tout proches, dont nous parlons les langues, où j'ai vécu. Je lis l'allemand, l'italien, je peux lire un journal en grec moderne. Je suis à des milliers de lieues de l'univers mental HEI.

 

Je ne prétends en aucun cas, ici, que ma configuration intellectuelle personnelle soit meilleure que celle de mes confrères "internationalistes" anglophones, et... anglomanes. Mais c'est la mienne. J'y tiens. Je la cultive. Je l'aime. Et, pourquoi le taire, je me sens, depuis l'aube de l'enfance, infiniment plus proche du monde allemand, germanophone, que de l'univers anglo-saxon. Ces choses-là jouent un rôle, très important, car la grande fracture, aujourd'hui, entre journalistes, n'est absolument pas entre ceux de gauche et ceux de droite. Mais elle pourrait bien être puissamment culturelle. On ne voit pas le monde de la même manière quand on a frayé dans l'univers mondialiste et anglophone de l'ONU et l'OMC, que quand on a lu, en solitaire, des centaines de livres sur le destin allemand, la Guerre à l'Est (1941-1945), ou l'Histoire de la Prusse. On considère, dans ce second cas (qui est le mien), l'Histoire sous son angle le plus tragique, pessimiste, à la limite (j'en conviens) d'une forme de nihilisme. Ça n'est pas très gai, mais c'est ainsi.

 

Pardonnez-moi d'avoir été un peu long. Excellente soirée. Il y a du Haendel, ce soir, sur Mezzo.

 

Pascal Décaillet

 

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18/11/2016

Primaires : le trompe-l'oeil de Monsieur X

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Sur le vif - Vendredi 18.11.16 - 17.24h
 
 
Le singulier exercice des "primaires de la droite et du centre" constitue l'un des plus gigantesques trompe-l’œil de l'Histoire de la Cinquième République. Digne de la campagne "Monsieur X", lancée par l'Express de JJSS en 1964,1965, censée dévoiler progressivement le champion de la gauche contre de Gaulle à la présidentielle de décembre 1965.
 
 
J'ai tous ces exemplaires dans mes collections de journaux, je les relis depuis des décennies avec délectation. A lire l'Express, on pouvait se persuader que le candidat providentiel des gauches françaises, le fameux "Monsieur X", serait soit Gaston Defferre, soit Pierre Mendès France, deux hommes au demeurant d'une grande valeur, notamment le second. Hélas pour l'Express, Monsieur X ne fut ni le Maire de Marseille, ni l'ancien Président du Conseil des années 54-55. Ce fut un certain François Mitterrand.
 
 
Quelle erreur avait commise l'Express ? Celle de partir trop tôt ! Ce journal n'avait pas compris que l'élection présidentielle au suffrage universel, première du genre (le principe venait d'en être accepté, en 1962), allait obéir à de tout autres critères, beaucoup plus telluriques, que la simple désignation d'un Président du Conseil, affaire de cabinets et de cléricatures, sous la Quatrième.
 
 
Il en va de même avec ces "primaires de la droite et du centre". Elles fonctionnent dans le seul bocal télévisuel. Ces débats, ce sont de Grands Oraux pour forts en thèmes de l'ENA, où chacun s'enfonce dans une multitude de détails, comme s'il s'agissait de désigner un Sous-Secrétaire d’État à l'Emploi. Et plein de gens, aidés par une presse d'une incroyable connivence (d'ailleurs, en quel honneur ces débats, qui sont l'affaire interne à un camp, sont-ils retransmis par de grandes chaînes nationales ?), sont persuadés que le vainqueur de ces "primaires" sera, en mai 2017, le vainqueur de la présidentielle. Alors que nous n'en savons STRICTEMENT RIEN.
 
 
A la vérité, une présidentielle française, sous la Cinquième, se joue dans les toutes dernières semaines. Certainement pas l'automne qui précède ! Attention aux effets de bocal. Attention aux vedettes américaines. Attention au jeunisme des "rénovateurs". Attention aux dents blanches à la Lecanuet. Attention aux trompe-l’œil. Nul d'entre nous ne peut prévoir, à l'heure où j'écris ces lignes (18 novembre 2016), quelles secousses profondes pourront surgir, au printemps prochain, de la vieille terre de France, si riche d'Histoire et de surprises.
 
 
Pour ma part, j'ignore totalement qui sera le prochain Président. Tout au plus, avec les clefs qui sont miennes, fruits de milliers de lectures d'Histoire politique française, puis-je entrevoir assez aisément qui... ne le sera pas !
 
 
Pascal Décaillet
 

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16/11/2016

La Révolution conservatrice est en marche

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.11.16

 

Depuis des années, dans ce journal, j’annonce l’avènement d’une Révolution conservatrice. N’y voyez pas, je vous prie, un quelconque retour à un ordre ancestral, un âge d’or, ni la nostalgie d’un paradis perdu. L’Histoire est ce qu’elle est : capricieuse, imprévisible. Elle nous joue des tours. Tantôt, elle nous fait croire à l’existence de l’idée de Progrès. Tantôt, elle nous dynamite nos illusions. Regardez l’Histoire allemande, émancipatrice sous Frédéric II, au dix-huitième siècle, socialement en avance sur tous sous Bismarck, au dix-neuvième, tragiquement régressive sous le Troisième Reich : comment voulez-vous y déceler une autre démarche que celle du crabe, incertaine, titubante ?

 

La Révolution conservatrice n’est pas le retour à un ordre ancien. Mais assurément, elle remet en question, de façon drastique, ce que les quarante dernières années, disons depuis Mai 68, ont créé comme illusions de progrès définitif. Sur le plan économique, elle prend le contre-pied de l’immonde vision ultra-libérale des années 1990, qui Dieu merci s’est déjà bien calmée, mais enfin, pour qu’elle mourût, il lui fallait un coup de grâce. Sur trois axes, en tout cas, la Révolution conservatrice est en marche : adieu la mondialisation, adieu le culte du multilatéralisme, bienvenue au retour de l’idée de frontière. C’est valable aux Etats-Unis, avec l’élection de Donald Trump. Au Royaume-Uni, avec le Brexit. Au sein de l’Union européenne, avec la montée en puissance de la colère des peuples. Et, bien sûr, c’est aussi valable en Suisse.

 

Obsédés par la coupe de cheveux de Donald Trump, n’hésitant pas à l’attaquer sur son physique, braqués sur sa « vulgarité » et sa « misogynie », qui sont simplement hors-sujet pour savoir s’il est qualifié pour présider les États-Unis, inféodés jusqu’à la moelle à la cause de Mme Clinton, les médias de Suisse romande sont passés totalement à côté de la présidentielle américaine 2016. Ils se sont laissés piéger par les thèmes de la bienséance et de la morale, alors qu’il s’agissait de choisir un leader pour mener la première puissance du monde. C’est grave, très grave, ils auront, nos braves médias, à en tirer les leçons. D’autant que concentrés sur cela, ils sont juste passés à côté de l’essentiel, qu’ils refusent de voir depuis des années : la Révolution conservatrice.

 

Donald Trump, comme une majorité montante d’entre nous en Europe, veut contrôler la pression migratoire. La sienne, d’une violence inimaginable, vient du Sud : du Mexique. Il veut concentrer les énergies sur l’intérieur du pays, rénover les infrastructures (avec des accents de New Deal, le programme de relance de Roosevelt). La frontière, le protectionnisme : aux Etats-Unis comme en Suisse, et peut-être, au printemps prochain, en France, ce sont les éléments-clefs de la Révolution conservatrice. Pour peu que cette dernière soit aussi sociale, partageuse, redistributrice, génératrice de cohésion à l’intérieur du pays, il est bien possible qu’elle nous occupe, en Suisse et ailleurs, pour quelques années. C’est cela, au-delà de couleur de ses cheveux, la vraie leçon de l’élection de Donald Trump.

 

Pascal Décaillet

 

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14/11/2016

Les pleins, les déliés, le bonheur

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Sur le vif - 14.11.16 - 14.02h

 

En écriture, une virgule, c'est une virgule. Un point, c'est un point. Un point-virgule, c'est encore autre chose. Ce solfège, magnifique parce qu'il éduque à la nuance de la phrase, doit impérativement être enseigné dès l'aube de l'initiation à l'écriture.

 

J'ai eu cette chance, avec des plumes à encre, des pleins et des déliés, la magie des dictées, où l'oralité doit se transfigurer en écriture. Encriers dans le pupitre, buvards, bouts des doigts noirs d'encre. Mais infini bonheur.

 

De même, apprendre l'expression orale. Au moins, déjà, lire correctement un texte. Une Fable de La Fontaine : très difficile, en fait, mais tellement génial comme exercice ; la ponctuation, chez cet auteur d'exception, rythmée autour du souffle (comme dans le Héron), est toujours munie d'un sens profond, la forme et le fond s'entrelacent, s'embrassent, s'étreignent, ne font qu'un.

 

Si l'école primaire doit servir à quelque chose, ce doit être à cela. Merci aux instituteurs qui le font encore, avec le goût de la précision, l'amour des textes, la passion de la langue.

 

Pascal Décaillet

 

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13/11/2016

Trump et l'ombre de Roosevelt

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Sur le vif - Dimanche 13.11.16 - 10.25h

 

Il est peut-être temps, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, de considérer l'élection de Donald Trump autrement que sous le jeu des apparences, piège où sont tant tombés les médias, ne voulant voir en lui qu'un rouquin vulgaire, et le jugeant sur des critères moraux plutôt que politiques.

 

Trump a une vision. Et il a un programme. S'il parvient à les appliquer, notamment la grande ambition de rénover les infrastructures, annoncée dès le discours de victoire, c'est assurément l'accent d'un New Deal qui sonne à nos oreilles. Avec lui, la mémoire de l'un des plus grands Présidents de l'Histoire américaine, Franklin Delano Roosevelt (1933-1945).

 

Aucune comparaison, bien sûr, entre les deux hommes : juste une référence, qui affleure. Même si le rapport à l'Etat de FDR est très différent de celui que laisse entrevoir Trump, dans ses discours de campagne. Pour ma part, mon attachement au protectionnisme est viscéralement lié à très haute idée que je me fais, depuis toujours, de l'interventionnisme d’État. Ce qui me sépare totalement de tant de conservateurs américains, n'ayant jamais rompu avec le libéralisme. Situer Trump dans cette dialectique n'est, pour l'heure, pas facile.

 

Mais tout de même, rappelez-vous : la campagne électorale de 1932, trois ans seulement après le krach de Wall Street. Une Amérique saignée, en lambeaux, dévastée par la crise de 1929, partout la faillite, les familles déchirées, les suicides. Lire Steinbeck, absolument.


Dans ce climat, le candidat Roosevelt arrive avec le plus grand programme de relance économique de l'Histoire. Relance organisée par un prodigieux volontarisme d'Etat, construction de routes, politique industrielle, regard tourné (jusqu'au 7 décembre 1941) vers l'intérieur du pays, un peu moins vers le vaste monde. A ce programme, Roosevelt donne un nom : le New Deal. Nouvelle Donne, comme aux cartes.

 

Ce que veut Trump, c'est quelque chose, toutes proportions gardées et rien n'étant exactement comparable, qui ressemble à cela. 84 ans plus tard. J'ignore absolument s'il y parviendra, mais c'est cela qu'il veut, cela sa vision. La référence à Roosevelt est dans toutes les consciences, elle m'est immédiatement tombée dessus, alors que j'écoutais en direct son discours de victoire.

 

Pour placer toutes les énergies sur la réussite de ce pari, Trump devra appliquer une politique plutôt isolationniste qu'expansionniste, plutôt pacifique que belliciste, encore que dans ce domaine, il n'aura peut-être pas d'autre choix, ici ou là, que celui d'une guerre. Comme Roosevelt ! Arrivé en 1932, à des milliers de lieues marines de l'idée d'une guerre, FDR deviendra, les quatre dernières années de sa vie, le champion et le vainqueur de l'un des plus importants conflits de l'Histoire humaine. Parce que gouverner, ça n'est pas seulement appliquer un programme préconçu, mais tenter de répondre au tragique de l'Histoire.

 

Eh oui. Car deux mois et trois semaines après l'élection de Roosevelt, une autre, en Allemagne, le 30 janvier 1933, allait sceller le destin du monde.

 

L'Histoire est totalement imprévisible. Nul d'entre nous ne sait de quoi demain sera fait. Tout au plus, par quelques éclairs, pouvons-nous, parfois, y déchiffrer l'une ou l'autre correspondance. Pour cela, il n'est pas inutile de lire des livres. Des milliers de livres.

 

Bon dimanche à tous.

 

Pascal Décaillet

 

16:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/11/2016

Presse romande : ce qui doit changer

 

Sur le vif - Samedi 12.11.16 - 18.54h

 

Le journalisme en Suisse romande est totalement circulaire. Dès qu'une affaire surgit, ou que vient poindre un sujet, je peux vous dire, les yeux fermés, qui va immédiatement embrayer, qui va reprendre, combien de jours l'info va vivre, avant de s'éteindre, pour laisser place à d'autres. Sur la plupart de ces affaires, pour ma part je choisis le silence. Pour traiter la Correspondance entre Maurice Chappaz et Corinna Bille, nous sommes hélas un peu moins nombreux. Et pour le cinéma grec et l'Histoire ouvrière de la Suisse romande, heureusement que nous avons Gauchebdo.

 

Cet effet "palais des glaces", ou labyrinthe, où on ne s'abreuve qu'aux mêmes sources, est l'une des causes majeures de la cécité récente des médias romands dans les traitements du 9 février 2014, du Brexit, de l'élection de Trump.

 

A quoi s'ajoute une totale incapacité à l'autocritique. Sur Trump, ces jours, comme sur la RSR ce matin, ils font SEMBLANT de se mettre en question : ils ont réussi l'exploit, alors que la RSR a beaucoup plus à se reprocher que la TSR, d'inviter le chef... de l'Information TV ! Sans lui poser, d'ailleurs, la moindre question dérangeante. Dans le même temps, ils tirent sur ceux qui ont vu juste.

 

Changer en profondeur la presse en Suisse romande, cela passe par une RUPTURE avec la circularité de ces miroirs. L'émergence d'une vraie parole alternative. Celle qui soutenait l'initiative sur l'immigration de masse. Celle qui soutenait le Brexit. Celle qui soutenait Trump, ou tout au moins attirait l'attention sur les dangers bellicistes de l'entourage de Mme Clinton. Aujourd'hui, ces gens-là, qui ont pourtant vu juste, on les rabroue.

 

Tant que ces milieux-là n'auront pas, en Suisse romande, un espace d'expression et une caisse de résonance égaux à ceux des opinions contraires, il n'y aura, dans ce coin de pays, ni diversité, ni pluralité de la presse. Juste des échos conformes, avec des fous du rois conformes, des humoristes conformes. Tous complices, à commencer par les derniers cités, pour défendre la même idéologie, la même vision. Et finalement, sans rien transgresser du tout, servir le pouvoir en place.

 

C'est cela qui doit changer.

 

Pascal Décaillet

 

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Les Inquisiteurs

 

Sur le vif - Samedi 12.11.6 - 07.13h

 

Depuis toujours, je suis partisan d'une régulation des flux migratoires. Parce que la politique, en toutes choses, c'est la régulation, pas la jungle.

 

Depuis toujours, avec ceux qui partagent mon point de vue, nous disons "régulation", ou "contrôle". Jamais nous n'avons dit "fermeture". Mais nos adversaires, eux, font semblant de ne pas entendre "régulation", ou "contrôle". Et affirment que nous disons "fermeture".

 

C'est un mensonge, pur et simple, pour arranger leur position. Un procédé d'Inquisition, où nul compte n'est tenu de la parole réellement prononcée, parce que les besoins de l'instruction exigent qu'on la caricature. Procès de Prague. Procès de Moscou. Procès de Kafka, où tout cela est décrit avec le génie littéraire de l'un des plus grands narrateurs de la langue allemande.

 

Je continuerai à dire "régulation", ou "contrôle". Et eux, continueront de dire "Décaillet veut fermer les frontières".

 

Voilà où nous en sommes. Idem si vous mettez en doute les vertus, dogmatiquement cardinales, de la mondialisation. Immédiatement, on fera de vous un adepte des nations totalement fermées des années de guerre. C'est faux, c'est un mensonge, ils le savent, mais ils fonctionnent comme cela : ils ont besoin d'instruire des procès en sorcellerie.

 

Pascal Décaillet

 

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11/11/2016

La Trahison des Clercs

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Sur le vif - Vendredi 11.11.16 - 17.08h

 

« Les sondages sont formels, Hillary Clinton va remporter l’élection à la présidence américaine, le 8 novembre prochain ». C’est ainsi, mot pour mot, qu’étaient prononcés les titres du Journal de 7h de la RSR, édition phare des Matinales, le vendredi 28 octobre dernier, à onze jours du scrutin.

 

Nul n’est besoin d’être grand clerc dans l’art du journalisme pour savoir que cet indicatif, « va remporter », dans un journal factuel et informatif, non dans un commentaire, pose problème. La réalité ayant, onze jours plus tard, cruellement contredit cette imprudente prédiction, comment la direction de l’Information RSR entend-elle s’expliquer sur l’usage de cet indicatif présent ?

 

Au cours de ces mêmes journées qui ont précédé le verdict du peuple américain, le 8 novembre, on a pu aussi, pêle-mêle, lire dans l’Hebdo l’annonce, avec certitude, de l’élection de Mme Clinton, et l’immense désir de voir un jour Michelle Obama, qui est juste l’épouse du président sortant, accéder, elle aussi, un jour, à la Maison Blanche. Au fond, le scénario idéal, c’était huit ans avec Mme Clinton, puis huit avec Mme Obama : seize années de bonheur, hors du tragique de l’Histoire. Vous pensez : des femmes ! Elles font tellement « de la politique autrement », c’est bien connu. Et puis, des démocrates, bien élevées, qui savent se tenir dans les salons, pas comme l’autre, le rougeaud, le rouquin, le vulgaire, le misogyne, le sexiste, le lourdaud.

 

Toujours dans ces journées pré-électorales, la sanctification, par le Temps, du couple Obama. Tellement élégants, l’un et l’autre. Racés. Félins. Delon, dans le Guépard, dans la scène de la danse avec Claudia Cardinale. Reportage photos, glamour, couple de rêve, ils ont enchanté la Maison Blanche. Pas comme l’autre, le rougeaud, le rouquin.

 

Dans le même journal, une chroniqueuse traitait le candidat républicain « d’Emperruqué ». Elle se disait qu’elle ne prenait aucun risque, Mme Clinton allait gagner, c’était sûr, tous les sondages l’affirmaient, et l’autre, le rougeaud, le rouquin, allait passer dans la trappe de l’Histoire. Alors, cette brillante chroniqueuse, si courageuse, se disait qu’elle pouvait, bien tranquille dans la meute, se permettre d’anticiper l’exécution. Elle a attaqué M. Trump, non sur ses idées, mais sur son physique, sa chevelure. Imaginez qu’un chroniqueur homme se fût permis d’attaquer la candidate démocrate sur un tel registre. Imaginez la levée de boucliers : « Sexiste, misogyne ! ».

 

Voilà, c’est tout. Je ne donne ici que quelques faits, parfaitement vérifiables sur les archives de ces différents médias. A la RSR, l'annonce, à l’indicatif, de la victoire de Mme Clinton. Dans l’Hebdo, la promesse d’un nouveau monde au féminin. Dans le Temps, transfiguré en Gala, ou « Points de vue et images du monde », la sanctification d’une icône par sa grâce physique, comme il en est dans ces boutiques de pacotille, aux abords des lieux saints.

 

Je termine par trois questions :

 

1) Quelles leçons la direction de l’Info RSR entend-elle tirer de son traitement des élections américaines 2016 ?

 

2) Quelles leçons la rédaction en chef de l’Hebdo entend-elle tirer de son traitement des élections américaines 2016 ?

 

3) Quelles leçons la rédaction en chef du Temps entend-elle tirer de son traitement des élections américaines 2016 ?

 

Excellente soirée à tous. Pour ma part, je vais écouter un peu de Wagner. Ça me donnera envie, comme chacun sait, d’envahir la Pologne.

 

Pascal Décaillet

 

17:08 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/11/2016

Gilles Marchand, l'homme qui avance masqué

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Sur le vif - Jeudi 10.11.16 - 17.07h

 

Un homme d’une grande intelligence. Un animal à sang froid, calculateur, stratège, toujours courtois. Un sociologue, qui connaît rudement bien son métier, comprend les habitudes de consommation des gens, anticipe leur évolution. Tel est Gilles Marchand, le futur directeur général de la SSR. Le contraste avec son prédécesseur, Roger de Weck, idéologue, missionnaire, pro-européen militant, Croisé anti-UDC, est saisissant. Deux hommes, deux univers.

 

J’écris ces lignes, parce que, dans la guerre, il ne faut jamais sous-estimer l’ennemi. Avec Gilles Marchand à sa tête, la SSR, ce vieux Mammouth encroûté, obtient l’aubaine d’un répit. Oh, elle mourra : nous mourrons tous, c’est sûr. Mais voilà, pour ce consortium rouillé, de type Biélorussie années 50, ou Pologne de l’avant-Gomulka, ou Tchernobyl avant la définition de l’atome par Démocrite, le sursaut de quelques années, encore, à vivre.

 

Il suffit de discuter trente secondes avec Gilles Marchand pour tout comprendre : il vous regarde, vous écoute, vous sourit. Il a de l’humour. Il réussit très vite à vous enrober, laisse croire qu’au fond, nous sommes tous d’accord, allez on déjeune et on en reparle. Sous cette apparence, l’homme est un guerrier : il sait ce qu’il veut, où il va, comment il pourra l’obtenir.

 

Le moins qu’on puisse dire est qu’il a du pain sur la planche. Une frénésie de chaînes de radio et de TV, des appétits insensés sur internet, des alliances publicitaires hallucinantes avec les requins du privé : il leur faut tout, à la SSR : le beurre, l’argent du beurre, la crémière, la redevance, la pub, les séries américaines, de l’argent, encore de l’argent.

 

Ce comportement de prédateur, qui fut celui de Roger de Weck, sera aussi celui de son successeur. Mais, vous verrez, avec moins d’arrogance, voire pas du tout, moins de postures morales, aucune espèce d’obligation missionnaire sur l’idée européenne. Non, notre homme avancera comme il l’a toujours fait : masqué. Mais sachant parfaitement où il va, et pourquoi.

 

Un brillant tacticien, donc. Mais cela suffira-t-il ? Connaît-il le pays ? Parle-t-il l’allemand ? Quelle représentation a-t-il du monde germanophone, ou italophone ? Connaît-il les fragiles secrets de la Suisse ? Entendra-t-il la colère de ceux, toujours plus nombreux, qui ne supportent plus le parti-pris de certaines équipes rédactionnelles, on peut penser à la RSR sur l’élection américaine ? Acceptera-t-il, longtemps encore, que le premier parti du pays, près d’un tiers d’électeurs, soit systématiquement sous-représenté, rabroué, vilipendé sur les ondes SSR ?

 

Surtout, j’invite ici mes amis des télévisions régionales privées à ne se laisser prendre en aucun cas dans le piège du « Nous sommes tous copains, unissons nos forces, le seul ennemi c’est Google », que ne manquera pas de leur tendre cet homme habile, de si bonne compagnie, dans la tiédeur anesthésiante d’un cocktail. La vie, c’est le combat. Dans la guerre, il faut savoir identifier l’ennemi. Ne pas le sous-estimer, surtout dans le cas présent. Mais l’ennemi demeure l’ennemi.

 

Bonne chance, Gilles. Tu es un homme intelligent. Donc redoutable. Nous nous retrouverons sur les champs de bataille.

 

Pascal Décaillet

 

 

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09/11/2016

La terreur du convenable

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Sur le vif - Mercredi 09.11.16 - 17.04h

 

Ô Lumières, puisqu’il paraît qu’il faut vous invoquer, ne nous délivrez ni du mal, ni des ténèbres, ni de la tenace noirceur de nos âmes, ni de notre condition de mortel, tout cela hélas nous constitue : il nous faut faire avec.

 

Mais peut-être pourriez-vous nous absoudre du plus pernicieux des écueils : la terreur du convenable. L’Histoire est pourtant tragique, ceux qui ont lu des livres le savent, elle est hantée par la mort, les batailles, le sang versé, le culte de la mémoire, le souvenir des ancêtres. Prenez la Grande Guerre : entre le 2 août 1914 et le 11 novembre 1918, mille morts par jour, en moyenne, en France, pendant quatre ans et trois mois. Certains pics (la Marne, la Somme, Verdun, le Chemin des Dames), plus de 25'000 morts par jour. Lors des assauts les plus terribles.

 

La terreur du convenable sévit principalement chez ceux dont le recul historique, la mise en perspective, la confrontation des sources, devraient amener à une considération lucide du réel : les journalistes. Par malheur, c’est à l’intérieur de ce métier (le mien, que je ne troquerais pour nul autre) que sévit, depuis quelques décennies, ce fléau dévastateur : refuser la dimension tragique de l’Histoire, ne plus étudier les guerres ni les traités, ne plus respecter la mémoire des sacrifiés. Parce que tout cela fait peur. Oui, la réalité du monde est effrayante, circulaire comme l’Enfer, sans issue, sauf à se projeter dans la transcendance, qui n’est pas ici le propos.

 

Dans l’élection américaine, il fallait à tout prix que l’élue fût Mme Clinton. Non qu’on la trouvât particulièrement inspirée, mais enfin elle était femme, démocrate, bien élevée, parfaitement inscrite, depuis plus de trois décennies, dans l’Etiquette de la Carrière américaine : First Lady de l’Arkansas, First Lady tout court, puis Sénatrice, Secrétaire d’Etat. Le cursus parfait pour parvenir aux plus hautes fonctions. Après la Révolution de la Couleur (Obama, 2008), tout était prévu pour la Révolution du Genre. Les lendemains pouvaient enfin apprendre à chanter juste. En soprano.

 

La terreur du convenable ne se contenta pas d’idéaliser la femme, puisqu’elle était femme, mais elle eut l’aubaine d’avoir, face à elle, la parfaite contre-figure, celle du malotru, rougeaud, rouquin, tiens « Emperruqué », pouvait-on lire encore hier, dans une chronique du Temps, rédigé par une femme. Vous imaginez une telle attaque sur le physique, dans le sens contraire ?

 

La terreur du convenable, ici en Europe, notamment dans une presse de Suisse romande qui fut au-dessous de tout (RSR, le Temps, principalement), c’est encore, aussi loin que remontent mes souvenirs, d’idéaliser les Démocrates, vitupérer les Républicains, se pâmer devant le beau Kennedy, diaboliser le vilain Nixon, bref on pense, on respire, comme les deux grands journaux de la Côte-Est, l’un de New York, l’autre de Washington, porte-voix de la ploutocratie et du cosmopolitisme, et si souvent du bellicisme interventionniste.

 

Eh bien, pour ma part, seul contre tous dans la presse romande, cette terreur du convenable, je l’ai refusée. J’ai été combattu par les partisans de la candidate démocrate, ce qui est bien normal, je ne leur en veux nullement : la guerre, c’est la guerre. Mais j’ai vu aussi des amis s’éloigner, et même l’une d’entre eux, qui m’est chère, me sommer de m’expliquer sur la singularité de ma position. Alors que les autres, en face, leur choix était considéré comme « normal ». Où est la démocratie ?

 

Ce matin, peu avant neuf heures, j’ai regardé le discours de Donald Trump. Je suis tombé sur la tonalité d’un homme d’Etat. Calme, déterminé, rassembleur, rendant hommage au travail d’équipe, mentionnant nommément chacun de ses soutiens, pour les remercier. Nous n’étions peut-être pas à Brazzaville en 1944, ni à Bayeux en 1946, ni à Alger en 1958, mais enfin nous étions dans un discours de type présidentiel.

 

La terreur du convenable, je vais vous dire comment elle va évoluer, ces prochains mois : peu à peu, les mêmes qui le conspuaient vont trouver au nouveau Président des qualités, peut-être. Et certains d’entre eux auront même le culot de nous déclarer : « Je l’avais bien dit, cet homme est convenable ». Ce jour-là, la terreur du convenable aura encore marqué des points. Dans une cible circulaire. Comme l'Enfer. Excellente soirée à tous.

 

Pascal Décaillet

 

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08/11/2016

Le Temps, l'Emperruqué, le mot de Cambronne

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Sur le vif - Mardi 08.11.16 - 13.56

 

On en aurait voulu au Temps, totalement unilatéral contre Trump pendant toute la campagne, de ne pas nous gratifier d'un bouquet final dans le feu d'artifice qu'il nous propose depuis des mois. En cette journée d'attente du verdict, le Temps, Dieu merci, a pensé à nous, et ne nous laisse pas sur notre faim.

 

Ainsi, coup sur coup, deux ultimes missiles contre le candidat républicain. Ici, il est traité "d'Emperruqué" (sic !) par une chroniqueuse de la convenance. Là, bien mieux, une revue de presse nous balance toutes les preuves glamour de l'excellence de la Présidence Obama. On y apprend que, si l'homme est grand, c'est d'avoir été félin, élégant, excellent danseur. Et son épouse aussi, Michelle, ah Micheeeelle ! La future présidente, pour huit ans, après les huit de Mme Clinton. Pour seize ans, on est tranquilles.

 

En attendant la fusion du Temps avec Gala, puis "Points de vue et images du monde", nous voilà donc invités à juger la qualité d'un homme d’État, non à son legs, ni à sa trace dans l'Histoire, mais... à la grâce élancée de son corps. Où le félidé de race, le Guépard viscontien, allez disons Delon, au bal, face à Claudia Cardinale, aura quelque avantage sur le gros lourdaud, rouquin et vulgaire.

 

Assurément, à cette aune-là, le pauvre Donald Trump, plus rustique dans l'ordre des apparences, sera moins chanceux dans la cotation.

 

Nous sortons, Mesdames et Messieurs, de la campagne américaine la plus scandaleusement mal couverte en Suisse romande, depuis des décennies, peut-être depuis toujours.

 

Il faudra s'en souvenir. Pas tellement contre le Temps, qui est un journal privé, et a bien le droit de défendre qui il veut. Mais face à ceux qui auraient, par hypothèse, commis un tel déséquilibre en provenant d'un "service public", audiovisuel par exemple, dont ils sont les premiers, à longueur d'années, à brandir à la fois le fleuron, l'exigence et l'exception.

 

Quand on est de l'ultime carré dans la dernière bataille de la dernière des guerres, face à Blücher et Wellington, ne reste qu'un seul mot - ce sera le mien - pour conclure en demeurant debout : le mot de Cambronne.

 

Pascal Décaillet

 

 

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07/11/2016

La rose, les épines, les mirages

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Sur le vif - Lundi 07.11.16 - 12.38h

 

Que les libéraux soient favorables à la libre circulation, cela se peut aisément concevoir : c'est le cœur de cible de leur engagement politique. Mais que des partis de gauche, en Suisse, par exemple un grand parti historique, comme le parti socialiste, puissent réaffirmer leur soutien à ce principe, il y a quelque chose qui m'échappe.

 

Qu'ils fussent en accord avec l'ouverture des frontières il y a une quinzaine d'années, lorsque cela fut voté par le peuple, on peut le comprendre. Mais enfin, aujourd'hui, ils devraient quand même voir que leurs fameuses mesures d'accompagnement, notamment pour éviter la sous-enchère salariale, aucune d'entre elles n'a été mise en oeuvre. On commence seulement aujourd'hui à le faire, et encore, avec des moyens dérisoires.

 

Alors non, décidément, je ne comprends pas qu'un parti comme le PS, plus que centenaire, gouvernemental depuis 1943, ayant donné de très grands hommes à notre pays (Tschudi, Chavanne, etc.), puisse ainsi s'accrocher à un dogme né de l'ultra-libéralisme de la seconde partie des années 1990. Et refusent de prendre en compte la souffrance de toute une série de Suisses, sur le marché du travail (ou celui, hélas, du chômage), en lien direct avec les flux migratoires. Notamment dans les cantons frontaliers, comme Genève ou le Tessin. Mais pas seulement.

 

A noter qu'il y a vingt ans, justement, en plein délire de cette submersion ultra-libérale, où les marchés financiers étaient sanctifiés, le citoyen remplacé par le client, les nations, l'Histoire et les frontières méprisées, pour ma part, là où j'étais, je prenais la plume ou donnais de la voix pour dénoncer ces dérives.

 

C'était l'époque où un certain Pierre-Yves Maillard, très seul dans son parti où régnait un parfum de blairisme, luttait contre la libéralisation du marché de l'électricité. Déjà à l'époque, j'étais 100% d'accord avec lui.

 

La position des socialistes suisses sur la libre circulation est incompréhensible. Autant que celle des syndicats. Ont-ils encore vocation à défendre les travailleurs suisses ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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06/11/2016

Sauver le dialogue social en Suisse

 

Sur le vif - Dimanche 06.11.16 - 12.00h

 

Voilà bien longtemps que la majorité des ouvriers suisses ne votent plus à gauche. Ils ont émigré vers d'autres sphères politiques. Dès lors, pourquoi doivent-ils, par obligation, s'affilier à des syndicats noyautés par la gauche ?

 

Il y a quelque chose qui ne va pas. Oui, une réflexion s'impose sur la constitution, ces prochaines décennies, de nouvelles formes de syndicats en Suisse.

 

De même, symétriquement, il faut envisager de nouvelles associations professionnelles représentant le petit patronat, dégagées de l'emprise de l'idéologie libérale et libre-échangiste.

 

Libérer le syndicalisme ouvrier de l'internationalisme de gauche. Libérer les associations patronales de l'internationalisme libéral-libertaire de la droite de l'Argent. Celle qui s'agenouille devant les États-Unis dans la négociation d'accords commerciaux unilatéralement dictés par ces derniers.

 

Entre ces deux dérives, construire un dialogue social national, dans la grande tradition suisse, celle des accords de 1937, où sont mis en valeur le respect du travail, le partage des connaissances, la transmission des valeurs et du savoir-faire, la formation duale, le dialogue pragmatique. Autour de la seule chose qui prime : l'amour commun du métier.

 

Pour y parvenir, il faut que d'autres univers politiques que la gauche internationaliste (d'un côté) ou les libéraux libre-échangistes (de l'autre) commencent à s'investir sérieusement dans les associations professionnelles, en Suisse. Ce travail de conquête et d'ancrage sera difficile, prendra des années. Mais il est indispensable.

 

Ce chantier est prioritaire. Pour le maintien du corps social en Suisse, l'un des précieux équilibres qui fondent le secret de la réussite de notre pays.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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05/11/2016

Pour de nouveaux syndicats en Suisse

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Commentaire publié dans GHI - 02.11.16

 

Nous avons tout de même, en Suisse, des syndicats extraordinaires. Alors que toute l’opinion publique évolue à grands pas vers les notions de protection des frontières, de régulation des flux migratoires, de soutien prioritaire aux travailleurs indigènes, voire nationaux, nos bonnes centrales syndicales se cramponnent au principe de libre circulation. Devenant ainsi les alliés objectifs du courant libéral, voire ultra, celui du grand patronat de notre pays, principal bénéficiaire (mais modeste redistributeur) des bénéfices de l’ouverture des frontières.

 

Par pure idéologie, celle d’un internationalisme sans bornes, ni limites, ni nations, les syndicats apportent leur soutien à un système où le vent de la mondialisation fait déferler une concurrence externe de nature à précariser encore les plus faibles de notre pays. Défendent-ils encore les travailleurs suisses ?

 

Il est temps, surtout, de réfléchir en Suisse à l’avènement d’autres syndicats. En revenant à l’excellent principe de corporations professionnelles, ancrées dans le système même de la communauté nationale, et non comme ailes locales d’une Internationale de type trotskyste, prônant la Révolution universelle, planétaire, le Grand Soir arraché à l’archaïsme des nations. Oui, il faut en Suisse des organisations professionnelles délivrées du cordon ombilical avec la gauche. Du moins, de cette gauche-là, internationaliste, déracinée. Partis de droite, mais attachés au pays, au travail ! Le défi est passionnant.

 

PaD

 

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