16.05.2012
Le Maire, la Colombe, l'Esprit
Sur le vif - Mercredi 16.05.12 - 15.06h
Le dimanche 27 mai, jour de la Pentecôte, la Ville de Genève, en partenariat avec Propter & Gamble, organise un festival sur la découverte des arts urbains, avec des concerts.
Peut-être le Maire de Genève pourrait-il en profiter, dans la foulée, pour demander à ses chers partenaires combien de licenciements ils comptent opérer à Genève, dans les semaines qui viennent. Puis, une fois l'information obtenue, la transmettre délicatement à Pierre-François Unger, par pigeon voyageur.
Ou colombe, plutôt: pour cause de Pentecôte !
Pascal Décaillet
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15.05.2012
Marengo, les morts, la mémoire
Sur le vif - Mardi 15.05.12 - 14.37h
Avec passion, rivé à mon fauteuil, j'avais suivi, en mai 1981, la passation de pouvoirs entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand. 31 ans après, je n'ai pu capter que quelques moments de celle entre MM Sarkozy et Hollande. Ce que j'en ai vu me donne une excellente impression. Respect mutuel. Pas de hargne envers le sortant, qui a pu quitter l'Elysée dans la dignité, et même sous pas mal d'applaudissements, chance que n'avait pas eue VGE, en arpentant à pied, sous d'imbéciles quolibets, la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Tout au plus, ce matin, pouvait-on regretter les huées de la droite à l'arrivée des anciens Premiers ministres socialistes, dont un homme de l'âge et de la stature de Pierre Mauroy, invités par le nouveau président. Dans les deux cas, 1981 et ce matin, ces comportements sont déplacés : une journée comme celle-ci doit être placée sous le signe de la continuité républicaine.
Impeccable, le discours de François Hollande, son appel à l'unité de la nation, il a parlé à tous les Français, et bien sûr aussi au monde, qui, ce jour-là, le regarde. Impeccable, sa gestuelle, sa sobriété, sa simplicité très française. Irréprochable, déjà totalement présidentielle, son attitude marmoréenne à l'Etoile, face à la Sonnerie aux Morts. Comment, en cet instant, ne pas penser aux millions de Français qui, sur tous les champs de bataille, sont tombés pour faire ce pays ? Oui, l'officier de réserve Hollande est parfaitement à l'aise, déjà, dans la pompe républicaine. Les Français aiment cela, c'est très important pour eux, et ils ont quelque raison de rendre hommage à leurs innombrables morts.
Viendra le temps de l'action, le président Hollande et ses gouvernements feront de bonnes et de moins bonnes choses, il y aura des hauts et des bas, et l'Histoire, un jour, jugera. La tâche est extraordinairement difficile, tout le monde le sait. En attendant, le septième président de la Cinquième République a passé avec brio le cap de l'essentiel, celui justement où son prédécesseur avait échoué : il est entré, en quelques minutes, dans l'habit et la stature de la fonction. Pour en prendre toute la mesure, qui date de la République mais bien sûr aussi de l'Ancien Régime, il convient de relire Michelet, Tocqueville, mais aussi les éblouissants « Lieux de Mémoire » de Pierre Nora. Et puis, allez, disons-le, lorsque la Garde Républicaine entonne la bouleversante Marche consulaire de Marengo, il n'est peut-être pas inutile de savoir qu'avant d'être une sauce, ce nom fut celui d'une bataille. Qu'on aime ou non François Hollande, il faut lui souhaiter bonne chance. Nos amis français en ont besoin.
Pascal Décaillet
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11.05.2012
Bleu des Vosges, bleu Marine
Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 11.05.12
J'écris ces lignes le 10 mai, soit 31 ans, jour pour jour, après la victoire de François Mitterrand. Sans être socialiste, j'avais, avec ardeur (et pas mal d'antigiscardisme), souhaité cette arrivée au pouvoir, dans ma jeunesse. Sans l'être, non plus, aujourd'hui, j'ai finalement souhaité, comme vous le savez, celle de Hollande face à Sarkozy. Oh, bien sûr, elle m'ensorcèle moins, et l'attente, dimanche dernier, fut bien moins insupportable qu'il y a trois décennies. Hollande n'est pas Mitterrand, il n'a pas cette part de mystère ni de romanesque, ni sa plume, ni les fantômes qui l'accompagnent. Mais cet homme a une stature présidentielle, et les Français ont eu raison de lui laisser sa chance.
Les déclarations, en ce dimanche 6 mai 2012, celle du sortant comme du nouvel élu, furent simples et dignes, comme il sied à la tradition française. J'ai aimé l'accordéon dans les rues de Tulle, comme un hommage à la profondeur de la Province. Comme toujours, il y aura un état de grâce, puis la douche glacée des réalités. Les temps, pour la France, sont extraordinairement difficiles : pour Hollande, le risque d'échec, et de finir conspué, est immense.
Sur le plan politique, Marine Le Pen apparaît comme le véritable vainqueur de l'élection. Défavorisée aux législatives de juin prochain par le système électoral, elle ne va évidemment pas jouer les figurantes dans la législature qui s'annonce. Comme toujours sous la Cinquième République, l'ennemi à abattre, pour l'extrême droite, n'est pas tellement la gauche que la droite traditionnelle. En ce sens, Marine a atteint son objectif : Sarkozy à terre, ses lieutenants (Fillon, Juppé, Copé) prêts à s'entre-déchirer pour le contrôle de l'UMP, elle au contraire droit dans ses bottes, en ordre de bataille. Assurément, elle sera une figure incontournable, l'un des chefs de l'opposition. Et si, par hasard, Hollande devait échouer, elle pourrait sérieusement, cette fois, commencer à être perçue comme le recours.
La force des grands leaders de la droite, jusqu'à Chirac, fut de reléguer le Front national sur les bords. Cela, Sarkozy ne l'a pas réussi. C'est son très grand échec. Mais franchement, qui, aujourd'hui, dans le champ de la défaite, pour porter avec crédit le bleu horizon de la droite française ? Fillon ? Juppé ? En juin, le réflexe républicain pourrait bien amener les Français à donner au nouveau président les moyens de sa politique, en envoyant au Palais Bourbon une majorité de gauche. Et si, dans les années qui viennent, Hollande réforme le système électoral en instillant une dose de proportionnelle, le FN fera, comme en 1986 mais avec beaucoup plus de députés, son entrée à l'Assemblée nationale. Deviendra-t-il, avec le temps, un parti comme un autre ? Le bleu des Vosges deviendra-t-il bleu Marine ? Observons la France, aimons-la : elle est finalement une part de nous-mêmes. En attendant, bonne chance, M. Hollande.
Pascal Décaillet
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09.05.2012
Maudet.com
Sur le vif - Mercredi 09.05.12 - 16.53h
« Maudet.com » : c'est la Jeune Socialiste Olga Baranova qui avait eu un soir ce mot heureux, il veut tout dire. Maudet.com, donc, vient de présenter à la presse, aujourd'hui, un opuscule d'une cinquantaine de pages, gaulliennement intitulé « Une certaine idée de Genève », dans lequel il expose son programme de gouvernement.
Il est vraiment fabuleux, ce Maudet.com ! La première fois que je l'ai vu, il m'avait littéralement soufflé. A peine vingt ans, il débarquait à Forum (RSR) pour un débat sur l'armée je crois, en public, devant une bonne centaine de personnes. Le seul, il est allé vers tous les spectateurs, pour leur serrer la main. C'est là que j'ai compris. Maudet. Maudet.com. Maudet, juge de lui-même. Maudet, miroir de Maudet. Super-Maudet. Maudet par ci, Maudet par là. Maudet, meilleur vendeur de Maudet. Commis-voyageur de lui-même. Génial.
Aujourd'hui, Maudet.com vient de frapper à nouveau. Au moment où il termine sa présentation du texte à la presse, je reçois les PDF de l'Hebdo de demain. Avec une grande interview de qui ? Je vous le donne en mille : Maudet.com ! L'Hebdo a pu avoir le texte avant, c'est nickel, enfilé, ciselé, moutardé, ficelé. Prêt à mettre au four. Sacré Maudet.com !
Bon, à part ça, elles sont plutôt très bonnes, ces cinquante pages. Si seulement chaque candidat, ancien, présent ou futur, au Conseil d'Etat, pouvait avoir la même capacité de se projeter, le même sens de la synthèse, la même clairvoyance. Quand on compare avec le flou marécageux d'une candidate libérale en 2009, qui semblait débarquer en politique comme on descendrait de Sirius, tout au plus soulignant qu'il fallait une « concertation avec les communes ». Je crois d'ailleurs, mais dois vérifier la chose, que cette candidate a été élue. C'est en tout cas le bruit qui court.
Maudet.com, oui, a les idées claires. Oui, de la vision. Oui, de la réforme. Je ne vais pas vous résumer ici un document que Maudet.com vous permettra, de toute manière, d'avoir directement sous les yeux par toutes les toiles du monde. Je dirais juste un bon vieux programme de droite, avec du courage (42 heures de travail pour les fonctionnaires, pas de retraite à 63 ans), une belle traversée routière et ferroviaire du lac, un redécoupage des Départements. Bien. Pas révolutionnaire. Mais bien.
On regrettera aussi des lacunes : par exemple, l'affaire des caisses de pension publiques n'est pas estimée à sa juste mesure. Sinon, de très belles lignes sur l'enseignement. Ah, si Maudet était élu (ce qui est loin, loin, loin d'être fait, le 17 juin), puisse-t-il reprendre le DIP ! Monsieur Borel, radical, véritable fondateur du Cycle d'Orientation, nous est déjà séparé d'un demi-siècle. Et quand il parle école, Maudet est très crédible. Parce qu'il parle de l'essentiel : la République.
Un petit livre bien malin, aussi, où Maudet.com n'omet pas (par une référence de bas de page à un ouvrage) de caresser dans le sens du poil les fatigues patriciennes de certains libéraux. Ni, un peu plus loin, d'aller dans le sens des laïcistes les plus laïcards de son parti, une petite révérence à la Garde Noire n'étant jamais perdue. Œcuménique, Maudet.com ! Il ratisse large, n'oublie personne.
Maudet.com sera-t-il élu ? Je n'en sais rien, pour le 17 juin en tout cas. Ce qui est sûr, c'est que Maudet.com en veut. Maudet .com vit. Maudet.com existe. Maudet.com défend et illustre Maudet. Sept candidats comme ça, et cette fois oui, je me décide à enfin la prendre, cette aspirine.
Pascal Décaillet
16:53 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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04.05.2012
Les très riches extrapolations de M. Cramer
Sur le vif - Vendredi 04.05.12 - 10.45h
Méfions-nous de ceux qui n'ont à la bouche que le mot (au demeurant horrible) « stigmatisation ». Ces grandes âmes se révèlent souvent des intolérants et des insulteurs. Sous prétexte de protéger l'Autre, on se retrouve le premier à cracher son venin sur son voisin, parce qu'il pense mal, parce qu'il pense faux.
Ainsi, Robert Cramer. Il ramène le discours du MCG à celui de la peste brune. Propos tenus dans le Dauphiné libéré, confirmés dans le Matin d'aujourd'hui. « Si vous enlevez le mot frontalier et que vous mettez le mot juif à la place, certains discours donnent l'impression de revenir dans les années 1930 ».
Premier problème : ce glissement en effet infâme, justement, ne se produit pas. Alors, dans quel dessein l'extrapoler, le fantasmer ? Ensuite, M. Cramer, quand on évoque les années 30, il convient d'avoir un minimum de culture historique. Soulever les problèmes économiques liés, en 2012, à une fonction professionnelle (transfrontalière) est une chose. Dont on peut en effet discuter, et à coup sûr, aussi, combattre vivement les positions du MCG. Adhérer, dans les années 30, à une idéologie visant explicitement (cf Mein Kampf, rédigé dix ans auparavant) la destruction d'un peuple, relève tout simplement d'une autre galaxie mentale.
Prétendre, comme vous le faites dans le Matin d'aujourd'hui, que la nomenclature rhétorique du MCG serait le point de départ, si on la laissait faire, à un discours antisémite type années trente, est au mieux une spéculation intellectuelle purement théorique. Au pire, une infamie, par rapport à 17% de l'électorat genevois, le même nombre à peu près que celui de votre parti.
Vous avez gravement dérapé, M. Cramer. Sans doute allez-vous nier, atténuer, atermoyer. En prétendant défendre une catégorie de personnes (assurément respectables, je vous rejoins sur ce point, et n'aime pas non plus certaines outrances du MCG), vous en insultez gravement une autre : 17% de l'électoral genevois. Tout simplement inacceptable.
Pascal Décaillet
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03.05.2012
Brutus, Cassius, les Esserts
Sur le vif - Jeudi 03.05.12 - 14.38h
Je salue l'accord entre l'Etat de Genève et la Ville de Veyrier concernant les Grands Esserts. Mais ne puis m'empêcher, vu les signataires, de penser à la convention passée, chez Plutarque, entre Brutus et Cassius, sur le cadavre de César. Amitiés au passage à Mark Muller, avec qui j'aurai toujours plaisir à prendre un rafraîchissement.
Pascal Décaillet
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Orgues de Fazy
Sur le vif - Jeudi 03.05.12 - 09.12h
A Genève, il est pertinent de s'interroger sur le manque d'anticipation de Pierre-François Unger dans l'affaire Merck Serono. Mais il est tout aussi pertinent de relever que les missiles contre lui viennent de milieux radicaux. Pour protéger qui ?
Pascal Décaillet
09:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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02.05.2012
Merck Serono : les députés roupillent
Sur le vif - Mercredi 02.05.12 - 14.26h
Nous avons posé, dès le jour de l'annonce du drame social chez Merck Serono, la question de la capacité d'anticipation de telles déconvenues, de la part du Conseil d'Etat. Il s'agit certes d'entreprises privées, elles sont libres de leurs choix. Mais le rôle de l'Etat, même en régime libéral, c'est d'avoir des antennes. Des têtes chercheuses. Un service de renseignements, au fond, capable de lucidité, à l'avance, sur des charrettes possibles. Nous l'avons dit, et le répétons : l'exemple lausannois, avec la présence de l'EPFL, le génie d'un Patrick Aebischer, s'avère remarquable d'intelligence (au sens premier) entre le public et le privé. Et les autorités vaudoises, désolé, donnent moins l'impression de regarder passer les trains.
Mais qu'importe le passé. L'économie genevoise a besoin de visionnaires et de combattants. Il reste, Dieu merci, de forts belles et saines entreprises dans le canton, c'est avec elles que les pouvoirs publics doivent travailler au mieux. Il n'est pas sûr, d'après nos renseignements, que certaines autres multinationales se portent à merveille, ni que, hélas, d'autres journées noires nous soient épargnées. Mais combien de PME solides, gérées par d'admirables entrepreneurs, pouvant se prévaloir d'employés motivés, compétents, formés. C'est ce tissu-là, moins bling bling mais tellement plus fiable, qu'il s'agit absolument d'aider et d'encourager. A cet égard, oui, la politique économique du canton de Genève doit être réorientée. Retour à la proximité, et moins de prunelles écarquillées devant les mirages des sociétés mondialisées.
Un peu moins de cocktails, un peu plus de boulot sur le terrain. Et, de grâce, beaucoup moins de tracasseries pour ceux qui ont choisi de lancer leur boîte, et ont pris la responsabilité de créer des emplois. Même un emploi, c'est déjà une magnifique aventure. Nos conseillers d'Etat, de gauche comme de droite, avec leurs salaires à plusieurs centaines de milliers de francs qui tombent tous les mois, leurs rentes de nababs assurées à vie, eux qui ne dépensent jamais leur argent, mais celui des contribuables, eux qui n'ont jamais pris de risques économiques, sont-ils vraiment, mentalement, les mieux outillés face à ces défis ?
Restent les parlementaires. Je crois savoir qu'il existe à Genève un Grand Conseil, honorable institution législative dont on se demande si elle a entendu parler de la crise chez Merck Serono et, accessoirement, de la bombe à retardement que constitue l'affaire des caisses de pension publiques. Nous allons, à Genève, vers des temps extraordinairement difficiles : la classe parlementaire, à l'exception de quelques esprits éclairés de la Commission des finances, en a-t-elle seulement pris la mesure ? Elle n'en donne guère l'impression.
Incroyable, tout de même : sur tant de sujets plus faciles, ou moins risqués, ou plus populistes, le nombre de motions, interpellations urgentes, à l'évidence déclamatoires et publicitaires de la part de nos chers députés. Et là, sur l'une des plus grandes charrettes industrielle de l'après-guerre ? Rien, ou presque. Les socialistes sont, à l'heure qu'il est, le seul parti à se bouger un peu. Les notables Verts, hier au défilé du 1er Mai, manifestaient pour une « économie verte ». Hors sol, totalement ! Le centre droit donne l'impression de ménager ses ministres, qu'ils soient d'inspiration chrétienne ou fazyste. Bref, le législatif genevois, face à une crise sociale majeure, semble bien assoupi. Qui le réveillera ?
Pascal Décaillet
14:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
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01.05.2012
Poussière et lumière
Mardi 01.05.12 - 14.41h
"A Genève, j'ai un nom, je suis le colonel Duchosal, l'ancien commandant des services de sécurité de l'aéroport. Tout au long du voyage, je ne suis plus rien, juste un type fatigué, qui boite, qui a mal aux pieds, à qui l'on tend un verre d'eau ou un bol de soupe. Quand je marchais au bord des routes, j'avais conscience d'être un grain de poussière."
Jean-François Duchosal, extrait de l'article "En hommage à l'Abbé Pierre", Revue "Les Amis du Chemin de Saint-Jacques", no 49, Mai 2012, pages 22 à 25.
PaD
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Jeanne, vivante énigme

Sur le vif - Mardi 01.05.12 - 12.31h
Annonçons la couleur : je suis très sensible, depuis l'âge de sept ans (la dixième, dans l'école où j'étais), à la figure de Jeanne d'Arc. Réelle ou supposée, ancrée dans l'Histoire ou mythifiée, évidemment transfigurée par le dix-neuvième siècle, je dis bien « la figure ». Quand on a travaillé, une partie de sa jeunesse, sur des mythes grecs revivifiés par la littérature allemande des 18ème et 19ème siècles, et d'ailleurs aussi du 20ème (Brecht, Heiner Müller, Christa Wolf), on n'en est plus vraiment à la question de l'existence historique. Dont il faut certes débattre, c'est le travail des historiens.
Jeanne d'Arc n'appartient à personne. Et à tous, en même temps. Elle est, comme Antigone, une figure de résistance. Elle n'appartient ni au Front national, ni au Front populaire, ni à la gauche, ni à la droite. Elle appartient à tous ceux qui veulent reconnaître en elle la grandeur d'un renoncement, la folie d'un sacrifice. Que l'occupant de l'époque fût l'Anglais importe, aujourd'hui, assez peu. En d'autres temps, il fut prussien, allemand, ou peut-être le capital mondialisé, la toile de l'ultra-libéralisme, à chaque époque ses tyrans. Faire de Jeanne, aujourd'hui, l'héroïne du rejet de l'Autre, n'est pas plus acceptable que de repousser d'une chiquenaude la pertinence du mythe. Les mythes ont la vie très dure : on les croit morts, et voilà qu'après des générations d'oubli, ils resurgissent. Les mythes, comme les arbres, ont la vie beaucoup plus longue, plus tenace, plus patiente qu'un simple parcours d'homme ou de femme. C'est pourquoi j'aime les mythes. Et c'est pourquoi j'aime passionnément les arbres.
Pour parler franc, je ne supporte pas que le Front national récupère Jeanne d'Arc. Oh, il a bien raison de le faire, il joue son jeu. Mais s'il s'accapare cette grande figure nationale, c'est bien parce que les autres familles politiques l'ont laissée en jachère. A commencer par la droite « classique », celle qui veut faire moderne, ne cesse de s'incliner devant les forces de l'Argent, ne lit jamais, rejette comme vieilleries folkloriques les ancestrales figures populaires. Drame de cette droite arrachée à ses valeurs. Je vous en supplie, lisez Michelet : « L'Histoire de la Révolution française », bien sûr, le grand chef-d'œuvre. Mais lisez aussi sa « Jeanne » (pour quelques francs, chez Folio), extirpée de l'oubli en 1841, en plein règne de Louis-Philippe. Approchez la « vivante énigme » : c'est le texte de Michelet qui fondera le culte de Jeanne sous la Troisième République (1870-1940), et jusqu'au plus profond des tranchées, de la Marne à Verdun, de la Somme au Chemin des Dames. Figure toujours récupérée, pour le meilleur et pour le pire, figure de vierge combattante, l'un d'un plus vieux mythes véhiculaires de l'Histoire humaine : déjà Antigone, du temps de Sophocle, reprenait un thème ancien comme la nuit du monde.
Lisez Michelet, s'il vous plaît. Et puis, si vous avez le temps, écoutez le discours de Malraux dédié à Jeanne. Vous n'y trouverez nulle haine, nul rejet. Juste l'histoire d'une jeune fille. Bouleversante.
Pascal Décaillet
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30.04.2012
Merck Serono : l'exécutif de la Ville ne brille pas !
Sur le vif - Lundi 30.04.12 - 12.09h
Dans le drame social causé par la fermeture du site genevois de Merck Serono, les autorités politiques genevoises font ce qu'elles peuvent. C'est essentiellement au niveau cantonal (MM Unger pour l'économie et Longchamp pour le social) que les principaux leviers devront être actionnés. Que ces deux personnalités politiques soient soutenues dans leurs efforts. Mais de grâce, que d'autres magistrats, au niveau municipal, ne viennent pas compliquer les choses.
Nous avons déjà dit, ici, à quel point les propos de Mme Salerno sur les cols blancs, propos qui ont bel et bien été tenus (ensuite, on a tenté de censurer un quotidien), étaient déplacés. Franchement, ceux de son collègue de la Ville, Pierre Maudet, certes Maire de Genève en exercice, dans le journal « Der Sonntag », suintent trop l'électoralisme pour être crédibles. On est très heureux d'apprendre que M. Maudet est « prêt à prendre personnellement l'avion pour Darmstadt » (quel exploit !), on le voit surtout décoller vers l'horizon du 17 juin.
De grâce, l'affaire est assez grave comme cela. Il faut au canton une cellule de crise, ce que s'emploient à mettre en place les deux conseillers d'Etat cités plus haut. Que M. Maudet y mette sa formidable énergie, pourquoi pas. Mais dans une stratégie globale. Et non dans une aventure isolée, à fins strictement électorales.
Pascal Décaillet
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Que d'eau, que d'eau !
Sur le vif - Lundi 30.04.12 - 08.56h
Mon excellente consoeur Valérie Duby nous apprend, dans le Matin, qu'Isabel Rochat veut distribuer verres et carafes aux fonctionnaires genevois pour les inciter à boire de l'eau. Louable ambition. Mais hélas, surpassée depuis longtemps par les redoutables techniques de communication du MCG. L'ancien président de ce mouvement n'a-t-il pas, d'un geste auguste, montré il y a quelques semaines qu'on pouvait distribuer l'eau sans conduite ni aqueduc, en totale gratuité, et par la seule mécanique du poignet? Dans cet art du baptême improvisé, la ministre, hélas, a encore beaucoup à apprendre. Au coup par coup ciblé, elle préfère l'arrosoir. A la jouissive irruption d'un rafraîchissement, elle substitue l'inondation pour tous, aux frais du contribuable. A la fluide magie d'une voie d'eau, elle tente de noyer nos désespoirs. A la grâce d'une source, elle établit l'uniformité du marais. Scepticisme. Insatisfaction. Soif.
Pascal Décaillet
08:56 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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27.04.2012
France : je voterais Hollande
Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 27.04.12
Je l'ai dit et répété : j'aurais voté, si j'étais électeur en France, pour François Bayrou au premier tour. Comme il y a cinq ans, j'ai aimé, chez cet homme, le discours de vérité, le rapport à la terre, l'exigence de rigueur. Nous voilà maintenant, comme dans le plus classique des scénarios, en présence d'un traditionnel duel gauche-droite. D'un côté, la France libérale, celle de Nicolas Sarkozy. De l'autre, la France socialiste de François Hollande. Deux grandes traditions politiques s'affrontent. Comme dans six seconds tours sur huit, depuis 1965. Il n'y eut que deux exceptions : le duel Pompidou-Poher (interne à la droite) de 1969 ; le fameux deuxième tour Chirac - Le Pen de 2002.
Une fois écrémées les candidatures populistes de gauche (Mélenchon) comme de droite (Marine Le Pen), l'une et l'autre habitées par le sel de la rhétorique et un sacré talent, il est vrai que les deux finalistes ne sont pas les plus excitants. A droite, un président usé, lâché, réduit à diaboliser son adversaire. A gauche, un homme dont il est difficile d'oublier la très grande discrétion lorsqu'il était premier secrétaire du PS, avec ses allures de Charles Bovary, ex-rondouillard aux airs de notable de province : il pourrait figurer le mari trompé d'un film de Chabrol. Avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre, of course.
C'est pourtant pour cet homme-là que je voterais, le 6 mai. Même si ses propos sur les niveaux d'imposition m'exaspèrent. Même si son charisme ne m'a, pour l'heure, que très moyennement ensorcelé. Mais simplement parce que Sarkozy, ça n'est pas, ça n'a jamais (pour moi) été possible. Doué, certes, énergique, travailleur, et même sincèrement attaché à la réussite de son pays. Mais le rapport au monde de l'argent ! La fascination pour les riches, que relève cruellement Franz Olivier Giesbert dans son livre « Monsieur le Président » (Flammarion, 2011). Mais l'impossibilité d'une fierté d'Etat face aux possédants. Ça n'est pas dans la gestion courante que le président sortant a échoué, mais bel et bien dans son inaptitude à adopter la posture présidentielle. Laissons ici le Fouquet's et la croisière maltaise, qui sont ses diamants à lui, mais il y a tant d'autres signaux de manque de hauteur, déficience d'Etat.
Alors voilà, si j'étais Français, je donnerais sa chance à François Hollande. Pour réhabiliter la primauté de l'intérêt public. Relancer l'enseignement, qui est la clef de tout, et qui est notoirement malade. Restaurer une justice sociale - en espérant qu'elle ne soit pas thermidorienne - dans un pays dont c'est la tradition, la fierté, le fleuron. Ecole : pensons à Guizot et Jules Ferry. Equité : pensons à Blum, mais aussi aux grandes lois sociales de la Libération, à l'époque du Général de Gaulle. Oui, ce pays qui fut celui des grands ordres chrétiens avant d'être celui d'une République à laquelle je crois, mérite mieux qu'une éternelle génuflexion devant l'Argent spéculé. Oui, je voterais François Hollande.
Pascal Décaillet
12:44 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
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24.04.2012
Merck Serono : Sandrine Salerno dérape
Sur le vif - Mardi 24.04.12 - 16.02h
La préparation d'une émission spéciale (avec David Ramseyer et l'équipe de Léman Bleu, dès 18.30h) ainsi que la rédaction d'une analyse pour demain, le tout sur le séisme de Merck Serono à Genève, tout cela m'ôte le temps de m'exprimer en détail, ici, sur le sujet. Pour faire court, on dira :
1) L'impératif de solidarité par rapport aux personnes qui perdent leur emploi sur la place genevoise.
2) De solides questions sur la stratégie d'une entreprise qui vient d'augmenter considérablement ses dividendes, quelques jours avant l'annonce d'une charrette qui marquera le canton. Favoriser à ce point la valeur du capital, par rapport à celle du travail, n'est pas acceptable.
3) Tout autant de questions par rapport à la faculté d'anticipation des pouvoirs publics. Ont-ils vu venir le séisme ? Disposent-ils des outils suffisants, dans l'ordre du renseignement, pour agir en amont ? Ne manque-t-il pas, dans l'espace genevois, une tête chercheuse du style d'un Aebischer, passerelle de génie entre le public et le privé ?
Toutes ces questions, oui. Mais pour l'heure, un dérapage de Sandrine Salerno. Autant nous étions là, il y a quelques mois, pour reconnaître sa liberté totale de parole lorsqu'elle s'exprime, comme militante, sur les multinationales. Autant nous sommes ici choqués de lire, sur le site de la TG, que la magistrate « ne se dit pas inquiète pour les collaborateurs en col blanc, qui peuvent facilement retrouver un emploi ».
Un peu léger, Madame Salerno. Un emploi, où ? Chez vous, à la Ville ? Dans une biotech subventionnée par M. Unger ? Et puis, en quoi le fait d'être « en col blanc », plutôt qu'en bleu de travail, devrait-il vous valoir moins d'inquiétude ? Vengeance de classe ? Vous avez dérapé, Chère Madame. Reconnaissez-le.
Pascal Décaillet
PS - 17.05h - Porte-parole de Sandrine Salerno, Valentina Wenger vient de m'appeler. Elle m'assure que les paroles de la magistrate ont été sorties de leur contexte. Ce que, bien entendu, je crois. Car je crois toujours ce qu'on me dit.
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21.04.2012
Bon Anniversaire au PDC! Pour cent nouvelles années!
Sur le vif - Samedi 21.04.12 - 16.36h
Il n'est peut-être pas, aujourd'hui, le plus nombreux, mais il est l'un des fondements de notre Histoire politique : le PDC suisse fêtera demain ses cent ans ! C'est à l'Unionsaal de Lucerne, le 22 avril 1912, qu'était fondé le Parti conservateur populaire, issu de multiples courants venant de la diversité des souches cantonales, mais notamment de la Doctrine sociale de l'Eglise, exposée en 1891 par le pape Léon XIII dans son encyclique « Rerum Novarum ».
L'Histoire de ce qu'on appelle (depuis 1970 seulement) le PDC suisse, celle des première décennies surtout, est complexe, très décentralisée en fonction des traditions cantonales. Et de toute façon, en tout cas jusqu'à la Grande Guerre, les partis nationaux ne sont pas ceux qui comptent le plus dans la tête des gens : tout se joue dans les cantons. Ambitionner, en 1912, de fédérer des courants aussi différents que ceux du Valais, de Fribourg, de la Suisse centrale ou orientale, n'était pas évident. Il y avait déjà des jaunes (chrétiens sociaux) et des noirs (conservateurs), déjà des clans familiaux, déjà de puissants antagonismes internes. Mais, tout bien pesé, c'est bien cette assemblée lucernoise d'avril 1912 qui peut être considérée comme la pierre fondatrice du parti national.
Ils revenaient de loin, les catholiques conservateurs défaits en 1847 au moment du Sonderbund, exclus des affaires (au niveau national) jusqu'en 1891, date capitale, à la fois celle du puissant message social de Léon XIII et de l'arrivée du Lucernois Josef Zemp, au milieu de six radicaux, au Conseil fédéral. Oui, pendant un demi-siècle, ils furent ostracisés des centres de décision fédéraux (qui certes n'avaient pas à l'époque l'importance actuelle), par les radicaux vainqueurs du Sonderbund. Oui, ils eurent des décennies de traversée du désert. Oui, il fallut attendre la fin de l'ère hyper-conservatrice de Pie IX, et l'avènement de son exceptionnel successeur Léon XIII (le pape du Ralliement de l'Eglise aux principes républicains), pour que lentement, les catholiques conservateurs suisses retrouvent le chemin de l'intégration.
Ce fut douloureux, difficile, non seulement parce qu'ils n'étaient pas aux affaires, mais surtout parce que les radicaux, eux, qui y étaient seuls, ont abattu pendant ces décennies (1848-1891) un titanesque travail, leur permettant, à juste titre, de se prévaloir comme les fondateurs de la Suisse moderne. Pourtant, à partir du moment où les catholiques conservateurs reviennent, ils donneront non seulement d'excellents conseillers fédéraux (dont le plus grand pourrait bien avoir été Kurt Furgler), mais s'intégreront parfaitement dans la machine politique suisse. Dès 1919, l'année de la proportionnelle, ils auront deux conseillers fédéraux (Musy rejoint Motta), ils en auront même trois dans la parenthèse 1954-1958.
L'Histoire du PDC suisse est demeurée complexe et multiple de 1919 à nos jours : le travail à Berne est une chose. L'extraordinaire ancrage du parti dans les cantons (Valais, Fribourg, actuel Jura, Genève, Suisse centrale, orientale, Tessin, Grisons) mérite d'être étudié avec des loupes locales. Que serait l'agriculture valaisanne sans Maurice Troillet, par exemple ? A Genève, c'est même commune par commune qu'il convient d'apprécier le travail de fond du PDC, souvent par familles, par dynasties. En Valais, c'est district par district (allez comparer les Noirs d'Entremont avec des PDC anniviards, ou du Bas), commune par commune. Et parfois, oui : famille par famille ! Paradis pour la micro-Histoire, les mémoires et les thèses de proximité. Sous-estimer la profondeur tellurique de cet enracinement local, sous prétexte que sous la Coupole, ils ne sont pas si nombreux, c'est passer complètement à côté de la réalité du PDC suisse.
Souhaitons bon anniversaire, pour ses cent ans, à ce grand, ce beau, ce chaud parti qui a totalement sa place dans notre paysage politique suisse, la complexité de sa magie, la fragilité de ses équilibres. Souhaitons aussi à Christophe Darbellay, le Flandrin des Glaciers, qui vient d'être réélu à la présidence nationale, de tirer la cordée vers d'enivrantes hauteurs.
Pascal Décaillet
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PLR: la nécessité d'un New Deal
Edito publié ce matin en une du Giornale del Popolo - Samedi 21.04.12
Un entrepreneur-locomotive, venu d'Argovie, pour succéder à un avocat tessinois subtil, raffiné et cultivé. Un fonceur, à la place d'une patiente araignée tacticienne. Philipp Müller, 60 ans cette année, pour prendre, ce samedi 21avril, à Berne, le place de Fulvio Pelli. Une page se tourne dans l'Histoire du Grand Old Party, le parti qui a façonné la Suisse moderne, comptait encore 24% des voix, sous la Coupole, il y a vingt ans. Plus que 15,1% aujourd'hui. Le choix de Müller, c'est le pari sur une nouvelle dynamique. Relancer la machine ! Va-t-il réussir ?
Avec son humour habituel, Fulvio Pelli avait eu cette phrase, au moment des difficultés électorales de l'automne 2011 : « Si les gens commencent à en avoir marre de nous, que peut-on faire ? ». Oh, certes, le parti n'est pas mort. De beaux succès, même, récemment, à Saint-Gall, Schwytz, Uri, Vaud, Neuchâtel. Et le parti réunifié - PLR - demeure, à Genève, malgré les affaires, le premier du canton. Mais enfin, tout le monde est d'accord sur un point : il faut un nouveau souffle. Une nouvelle donne, comme on dit aux cartes. New Deal. Ça passe par une nouvelle équipe. Et par un nouveau chef.
« Philipp Müller, c'est Monsieur 18% », s'exclamait lundi soir le président sortant (il cède aussi sa place samedi) des Verts suisses, Ueli Leuenberger. Référence à cette initiative que Müller avait portée de toutes ses forces, il y a plus d'une décennie, pour plafonner l'immigration en Suisse. Le texte, en 2000, avait été nettement rejeté par le peuple. Mais depuis, le conseiller national argovien, entrepreneur en bâtiment, plâtrier-peintre de formation, ancien pilote de course (imagine-t-on Fulvio Pelli à Monza ?), en porte les stigmates : pour toujours, il sera Monsieur 18% ! Ses ennemis, à gauche, ne perdent jamais une occasion de le lui rappeler.
L'avènement de Müller, c'est aussi celui d'une nouvelle équipe. Avec, en principe, cinq vice-présidents élus ce samedi à Berne, pour épauler l'Argovien, appliquer une stratégie commune, dans toute la Suisse. Une Tessinoise, Carla Speziali, Maire de Locarno ; deux Romands : les conseillers nationaux Isabelle Moret (VD) et Christian Lüscher (GE) ; une Zurichoise, Carmen Walker Späh, présidente des femmes PLR ; un Schwytzois : Vincenzo Pedrazzini ; un Bernois : le conseiller national Christian Wasserfallen. Six candidats pour cinq sièges ! Il n'y aura, en principe, qu'un malheureux.
Tout cela, pour quel objectif ? « Dépasser les socialistes en 2015, et devenir le deuxième parti de Suisse », déclare Philipp Müller. Et l'UDC ? Quelles alliances ? Quel chemin commun ? Quelles impossibilités ? Et le PDC ? Continuer de voir les gentils cousins chrétiens slalomer, quelque part à leur gauche ? Oui, le parti qui a fait la Suisse, et lui a donné certains de ses plus grands hommes, doit absolument se redéfinir. Attaquer l'avenir avec une ligne claire. Retrouver l'essentiel ; la confiance. Tout cela, sous la houlette de « Monsieur 18% ».
Tiens, 18% : si au moins, en 2015, cela pouvait être un objectif électoral atteint ! Non pas d'étrangers, of course. Mais de voix PLR, en octobre, aux élections fédérales !
Pascal Décaillet
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20.04.2012
Maudet : le sel républicain de l'aventure
Sur le vif - Vendredi 20.04.12 - 15.35h
Il y a quelque chose de fort dans la candidature de Pierre Maudet : le goût salé de l'aventure. Là où le Maire de Genève a tout à perdre ! Il est évident, pour qui sait compter, que Mme Emery-Torracinta, avec derrière elle une gauche unie, est la mieux placée pour le 17 juin. Evident que M. Stauffer va se battre comme un lion. Evident que M. Seydoux grignotera des voix à Maudet. Evident que les UDC n'ont pas oublié d'avoir été traités, il y a un an, comme des abrutis. Evident qu'au sein même de ce nœud de vipères appelé « PLR », d'aucuns, pour de noires raisons de rancœur et de rancune, sanctionneront l'éternel jeune premier de la politique genevoise. Bref, beaucoup d'évidences. La promesse d'une addition très dure. Pour Anne-Emery-Torracinta, un boulevard.
Justement pour tout cela, parce que c'est incroyablement risqué, la candidature Maudet, qu'on y soit favorable ou non, mérite le respect. Il aurait pu ne pas y aller. Rester peinard à la Ville, ne surtout pas se mêler à une compétition électorale où on ne peut pas dire que l'étiquette « PLR » soit le label le plus porteur : c'est à peu près comme se déclarer bonapartiste au début de la Restauration de 1815, au moment où les emperruqués de Louis XVIII règlent les comptes !
Oublions ce sigle, « PLR », qui ne veut pas dire grand-chose. Revenons aux fondamentaux : les radicaux, les libéraux. Les premiers, après la non-réélection de Gérard Ramseyer, en 2001, ont touché le fond. Deux hommes, il faut le dire, ont sauvé ce vieux parti de la disparition : François Longchamp au Canton en 2005, Pierre Maudet à la Ville en 2007. Ce mérite, en aucun cas, ne saurait leur être contesté. Seulement voilà : quand on accède au pouvoir - tous les pouvoirs du monde - le risque de l'abus, celui de l'arrogance aussi, celui de l'isolement dans une tour d'ivoire, celui de n'écouter que ses courtisans, est immense. Même Maudet, à certains moments (la campagne du printemps 2011 pour sa réélection) y a cédé. C'est ainsi : le pouvoir, lorsqu'il n'assoupit pas, corrompt.
En ce sens, l'élection complémentaire, qu'elle soit gagnée ou non le 17 juin, est peut-être la grande chance de Pierre Maudet. Ramasser, à terre, le foulard. Relever le défi. Repartir au combat. Non pas ce jeu de dupes d'il y a un an, en Ville, avec ce trio de co-équipiers si singulier, mais Maudet seul, Maudet contre tous. Contre la redoutable machine de guerre de la gauche (l'équipe est déjà en ordre de marche, et Anne Emery-Torracinta commence très bien sa campagne). Contre les quarantièmes rugissants venus d'Onex. Contre les dissidences et les morsures internes. Le Maudet, comme on l'aime : l'inconformiste qui se bat, celui qui ose. Les morts qu'il doit réveiller ne sont pas ceux de la rue des Granges, où sommeillent d'un œil de lourdes fatigues patriciennes, mais ceux de Sait-Gervais. Les grognards et les mécontents, les populaires, les démocrates viscéraux. Cela porte un magnifique nom, hélas dévoyé par la Bahnhofstrasse, l'insupportable lobby des colonels banquiers de ma jeunesse ; cela s'appelle les radicaux.
Si Maudet ne renoue pas, d'ici le 17 juin, avec cette fibre populaire, cette jactance de la rue (où Stauffer se sent si bien), il est perdu. Si, au contraire, il réussit à incarner un espoir puissamment républicain, ne cédant ni aux redistributions si douillettes de la gauche, ni à l'argent facile de la droite financière, l'argent spéculé, alors oui, qu'il gagne, et même peut-être qu'il perde dans deux mois, il aura relancé quelque chose de fort. Dans son camp, il en est le seul capable. A lui de jouer.
Pascal Décaillet
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Mendier n'est pas un crime
Sur le vif - Vendredi 20.04.12 - 12.42h
Mendier n'est pas un crime: je soutiens cette pétition, remise aujourd'hui avec 3500 signatures à Genève. Il faut démanteler les réseaux. Mais l'acte individuel de mendier - et de donner ou non à
un mendiant - demeure une liberté humaine dont l'Etat n'a pas à se mêler. Je ne supporte pas les campagnes politiques sur le dos des mendiants. Encore moins lorsqu'on ne dit même plus "les mendiants", mais "les Roms". Indécence. Inculture historique. Colère.
Pascal Décaillet
12:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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19.04.2012
René Gonzalez
Jeudi 19.04.12 - 13.56h
De Vidy, il avait fait un lieu magique. Habité par l'esprit. Un lieu de jeu, de masques, de surprises, d'émotions intenses. Furtives. Il en avait fait ce que Claude Stratz avait fait de la Comédie, Martine Paschoud du Poche, Chéreau des Amandiers : un lieu de vie.
Qu'est-ce qu'un directeur de théâtre ? Celui qui hume, détecte. Celui qui donne le souffle. Celui qui tranche, celui qui aime. Autour de lui, quelque chose se passe. Invisible, quelque chose danse : l'esprit.
Peu de patrons auront marqué leurs lieux, en Suisse romande, comme René Gonzalez à Vidy. Un espace pour le théâtre et autour du théâtre, la magique proximité du lac. Structure, oui. Et bien gérée ! Mais structure, non tournée sur elle-même, mais entièrement au service des œuvres. La matière, comme enluminure de l'esprit.
Des lieux où souffle l'esprit. Grâce à lui, Vidy en est un. C'est ce qui fait un homme : le passage glissant d'une âme. Qui demeure.
Pascal Décaillet
13:56 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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18.04.2012
La révocation pour les nuls ?
Je poursuis ici ma série d'entretiens avec le jeune écrivain Grégoire Barbey. Thème du jour: faute de révoquer l'Edit de Nantes, si on révoquait en cours de mandat les élus laissant à désirer? - Mercredi 18.04.12 - 14.23h.
GB - Cher Pascal, vous qui y êtes, si je ne m'abuse, profondément démocrate - et d'après ce que j'ai pu lire et entendre de vos positions, je serais tenté de vous assimiler, au moins en théorie, au PDC -, que penseriez-vous d'une initiative demandant à instaurer comme droit civique la possibilité de révoquer les élu-e-s en cours de mandat ? Bien évidemment, les contours d'une telle initiative devront être dûment dessinés pour être cohérents. Ces politiciens qui parlent de transformer la politique sont nombreux, mais ils n'apportent rien. Pour une politique non pas de spectacle, mais bel et bien d'acte, offrons au Peuple le droit d'influer sur ses représentant-e-s !
PaD - A la bonne heure, me voilà PDC ! Divine surprise. Sur le fond de votre proposition : la démocratie, c'est, par exemple, le pouvoir pour le peuple d'élire ses représentants. Pour une période donnée : quatre ans, cinq ans. Cela ne doit pas être le pouvoir, pour le peuple, de harceler continuellement ses élus, en cours de mandat, par des menaces de révocation. Il faut laisser à nos autorités le temps de l'action. Et la meilleure sanction, c'est, le terme venu, la non réélection. En cas de crise aiguë, les intéressés, de toute manière, sont soumis à une telle pression (de leurs pairs, souvent !) qu'ils finissent spontanément par démissionner.
GB - Dans « le Matin » du 6 avril, le Conseiller national (PLR/VD) Fathi Derder parlait justement de cette peur qu'ont les élus de ne pas être réélus, allant jusqu'à affirmer que certains préféraient agir le moins possible pour s'éviter la foudre de leurs électeurs. Cette proposition de pouvoir révoquer les élus en cours de mandat devraient au contraire les pousser à écouter les doléances du Peuple plutôt que de sombrer dans des mascarades théâtrales pour faire passer la pilule...
PaD - Je ferais volontiers la connaissance de ce Monsieur ! Rappeler continuellement à nos élus leur devoir de diligence et d'efficacité, oui. C'est le rôle de l'opinion publique. Les attaquer éditorialement, oui. Leur rappeler qu'ils sont au service de la collectivité. Mais la révocation, ou l'impeachment (cf. Nixon, 1974), cette épée de Damoclès, ne me semble pas une bonne solution. En les élisant, on leur donne un certain pouvoir pour une certaine durée. Exemple : Sarkozy a eu cinq ans pour agir. Le 6 mai à 20h, il sera peut-être poliment prié d'aller voir ailleurs. Il aura eu sa chance.
GB - Oui, il aura eu sa chance. Et à quel prix ? Tous, ou presque, s'accordent pour dire que son bilan est catastrophique. Combien de françaises et de français ont ardemment désiré de le voir se retirer avant l'heure ? Nous ne pouvons pas seulement élire puis nous contenter d'attendre, la bouche ouverture, que vienne l'heure des comptes. Diriger un pays, participer à son fonctionnement, incombe des responsabilités, mais avant tout des devoirs ! Et nos représentants, démocratiquement élus, n'échappent pas à cette règle !
PaD - Certes. Mais je ne suis pas d'accord de soumettre nos élus à la dictature, au demeurant si versatile, de l'opinion. Tout mandat a des hauts et des bas, tout président doit se heurter à des grèves, des crises. Et c'est justement à lui de les résoudre. Dans une enveloppe de temps donnée. Et puis, il faut parfois prendre des décisions impopulaires : hausses d'impôts, allongement des durées de cotisation. Sous les huées, il faut tenir. C'est très dur, mais ça fait partie du jeu. Et c'est pour cela qu'il faut élire des gens avec du format.
GB - Tout doit être une question de juste mesure. Laisser le champ libre durant plusieurs années à une personne, au demeurant humaine et capable de se tromper et ainsi en faire pâtir la population toute entière, je n'y suis que moyennement favorable. Je ne veux pas d'un diktat de l'opinion publique, mais je ne veux pas non plus d'une aristocratie politique ! Dès lors, il faut pouvoir instaurer des garde-fous pour sauvegarder nos institutions et le bien-être de nos semblables.
PaD - En l'espèce - et en attendant mieux - il y a déjà un jouissif garde-fous : la non-réélection. Et un autre, en cours de mandat, qui n'est pas moindre : la liberté absolue de s'exprimer, critiquer, brocarder, vilipender. Elle ne s'use, celle-là, que lorsqu'on ne s'en sert pas.
Grégoire Barbey + Pascal Décaillet
14:23 Publié dans Dialogues grégoriens | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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