18/09/2017

Ultime brève de zinc

 

Sur le vif - Lundi 18.09.17 - 15.53h

 

Selon nos informations, la direction du Bellevue, à Berne, envisage de licencier sur le champ tout barman ayant l'indélicatesse de proposer un Cassis Royal à la délégation genevoise, lors de la Nuit des longs Couteaux.

La direction du palace, renseignée sur les relations difficiles du Conseil d’État genevois avec les barmans, veut éviter toute empoignade virile, de nature à nuire au prestige de l'hôtel.

 

Pascal Décaillet

 

17:05 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/09/2017

Election au CF : le quatrième homme

 

Sur le vif - Vendredi 15.09.17 - 18.23h

 

Manuel Tornare ayant judicieusement rappelé, il y a quelques minutes, sur la RSR, que M. Kim parlait suisse-allemand (ce qui ne doit pas être exagérément courant en Corée du Nord), il me semble que cet atout linguistique, accompagné d'une remarquable connaissance des questions de défense nationale, devraient nous amener à considérer avec attention la candidature de l'homme fort de Pyongyang, mercredi prochain, comme quatrième homme possible, devant l'Assemblée fédérale.

 

La question de la double nationalité pourrait se régler à l'amiable, avec le Général suisse, sur la ligne de démarcation entre les deux Corées. Là où se meurent les parallèles. Et où les matins, dit-on, sont si calmes.

 

 

Pascal Décaillet

 

19:27 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/09/2017

La Statue du Commandeur

 

Sur le vif - Jeudi 14.09.17 - 14.28h

 

Au début des années 1980, lorsque j'ai commencé dans le journalisme, la droite suisse, c'étaient les radicaux. Quand j'étais au Journal de Genève, on parlait de la Bahnhofstrasse comme d'un Temple de la droite la plus redoutable. L'UDC, alors, ne faisait peur à personne.

 

Et puis, il y a eu un tournant.

 

Qui, parmi nous, se souvient encore d'Otto Fischer ? Co-fondateur de l'ASIN, en 1986, à la faveur du premier débat sur l'entrée de la Suisse à l'ONU. Cet homme, que j'ai connu à Berne, n'était pas un UDC, mais... un radical.

 

A l'époque, la droite souverainiste, c'étaient les radicaux. Emmenés par les Zurichois.

 

Ça n'est qu'à la fin des années 80 que Christoph Blocher, président de la section zurichoise de l'UDC, a commencé à émerger avec visibilité nationale. Ma première interview de lui date de 1991. C'est évidemment la campagne du 6 décembre 1992, que j'ai couverte d'un bout à l'autre et dans toutes les régions du pays, qui le propulsera au firmament de la politique suisse.

 

Dans les années 60, 70 et 80, alors que l'UDC était plutôt de connotation agrarienne, la droite dure, la bête noire de la gauche romande, c'étaient les radicaux zurichois. Et certains Bernois, et Argoviens. Et même... certains Vaudois !

 

Qu'a fait Blocher ? Une captation d'héritage, simplement, sur l'aile droite et souverainiste du Grand Vieux Parti.

 

Et ça a marché.

 

Une aile importante de l'actuel PLR - une aile, en tout cas - est loin d'être étrangère, dans tout ce qu'elle a pu historiquement représenter dans la philosophie politique suisse, à l'actuelle UDC.

 

Cette aile, de son propre parti, votera-t-elle Maudet, dans la matinée du mercredi 20 septembre ? Dans un décompte qui promet d'être serré, nous sommes dans le "détail" qui pourrait faire pencher la balance.

 

Je pense que cette question est décisive. Et que rien de durable ne se construit en reniant - ou en méprisant - une partie de son propre héritage.

 

Cette aile, ce sera mercredi la Statue du Commandeur

 

Pascal Décaillet

 

14:59 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/09/2017

Pierre et la Sphinx

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Sur le vif - Mercredi 13.09.17 - 13.51h

 

Je connais bien Berne et ses rites, j'y ai passé de nombreuses années. Ce qui est arrivé hier à Pierre Maudet, après une campagne tambour battant, comme s'il s'agissait d'être élu au suffrage universel, c'est le début du piège qui se referme sur le candidat trop bruyant, surgi de l'extérieur.

 

Le piège, à l'instar de certains crustacés, rend captif tout ce qui pourrait nuire à la conservation de ses propres rites, de son propre tempo, de sa propre démarche. L'étranger au cercle, par nature, y est un intrus.

 

Comme une sanction à l'impétrant qui aurait eu le front de se présenter dans le sanctuaire sans avoir donné des signes d'allégeance.

 

Ou d'obédience.

 

Ou comme la Sphinx, qu'il me plaît en helléniste de mettre au féminin, qui ne permet le passage qu'à celui qui se plie à la liturgie des questions. On ne lui demande pas ce qu'il pense. Mais de réciter le rituel, sans dévier.

 

Ainsi, la vie de Berne. Comme le murmure recommencé d'une prière.

 

Pascal Décaillet

 

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DIP : voracité PLR

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.09.17

 

Ils sont comme des requins, attirés par la moindre goutte de sang : ils vont chercher le point faible. Nathalie Fontanet et Alexandre de Senarclens, les deux candidats PLR (avec, jusqu’à nouvel ordre, Pierre Maudet) au Conseil d’Etat, multiplient les attaques contre Anne Emery-Torracinta, cheffe du DIP. Elle aurait, par exemple, laissé en jachère le champ de l’initiation au numérique, véritable dada de tout PLR, sur Genève ou sur Vaud, frénétique « d’innovation », obsédé par l’idée de se montrer branché dans ce secteur, moderne, à la pointe. Entre deux hymnes à la blanche félicité des start-ups.

 

La cheffe du DIP a-t-elle négligé l’importance de l’informatique ? Pas sûr. Ce qui, en revanche, est certain, c’est que cette ministre, clairement choisie comme cible privilégiée par le PLR, n’a absolument pas démérité pendant son mandat. Elle n’a peut-être pas eu le souffle d’un Jules Ferry, ni d’un André Chavanne. Mais enfin, que je sache, elle n’a commis aucune erreur majeure, qui puisse être comparée à une mauvaise gestion du G8, de la police ou de la mobilité, pour prendre trois exemples, au hasard, de ces quinze dernières années.

 

Sera-t-elle réélue ? Je n’en sais rien. Mais à mes yeux, son bilan est parfaitement comparable à ceux de ses collègues. Tout au plus fait-elle moins de tintamarre que d’autres sur la communication. Elle ne se déplace pas en Harley. Non. Comme Serge Dal Busco, discret et bosseur, elle fait son boulot. N’en déplaise à la rapace voracité des candidats PLR.

 

Pascal Décaillet

 

12:22 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/09/2017

Prévoyance 2020 : je vote finalement oui

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Sur le vif - Dimanche 10.09.17 - 14.26h
 
 
Après des semaines de réflexion intense, une analyse approfondie du dossier, et de puissantes hésitations, je voterai finalement en faveur de Prévoyance 2020, le programme de réforme de nos retraites, sur lequel nous sommes appelés à nous prononcer le 24 septembre.
 
Oh, ce projet n'est pas parfait, loin de là. Il brille par son absence d'unité de matière. Il mélange le destin du premier pilier (AVS, 1947) avec celui du deuxième (prévoyance professionnelle, 1985). Il déshabille Paul (baisse du taux de conversion) pour habiller Jean (augmentation des rentes AVS). Il est le fruit d'un incroyable bric-à-brac parlementaire. Il ne résout pas les problèmes pour les moins de 45 ans.
 
Mais, aussi imparfaite soit-elle, nous avons là une solution pour les douze ou quinze années à venir. J'ai étudié de très près l'Histoire de l'AVS, j'ai même lu les débats de 1947. Ce fleuron de nos assurances sociales a été révisé dix fois dans le premier demi-siècle de son existence, dont trois fois sous l'excellent conseiller fédéral socialiste Hanspeter Tschudi (1959-1973), cf photo, que j'ai eu l'honneur d'interviewer chez lui, à Bâle, en 1993, pour ses 80 ans.
 
Mais voilà : depuis vingt ans, les choses n'avançaient plus. Il était temps, aujourd'hui, de faire quelque chose. Une assurance sociale est un tissu vivant, en évolution permanente, en fonction de la démographie, notamment. Nous sommes condamnés à adapter l'AVS tous les quinze ans, environ.
 
Surtout, si le projet ne passe pas (ce qui est fort possible, à cause de son côté complexe), il faudra tout reprendre à zéro. Une décennie de boulot ! Mieux vaut, à mon avis, lancer une première réforme, pour au moins insuffler au pays une direction claire, quitte à intégrer très vite les mécanismes de correction qui s'imposeront, pour être mis en oeuvre dès l'horizon 2030.
 
Bref, tout bien pesé, je voterai oui. Ce ne sera pas un oui du coeur, encore moins un oui de l'enthousiasme. Mais un oui de la raison. Cette "Vernunft" des radicaux du dix-neuvième siècle, héritée des grands philosophes, soucieuse d'équilibre. Des valeurs fondamentales dans la fragile et passionnante construction de notre pays.
 
 
Pascal Décaillet
 
 
 

14:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

06/09/2017

Candidats : l'obsession du réseau

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.09.17

 

La politique est un art compliqué. Pour quelques élus, il est celui de gérer au mieux la Cité, prendre des décisions, anticiper l’avenir, marquer sa génération. Au niveau genevois, qui, depuis la guerre, peut se targuer d’avoir agi à cette hauteur-là ? Peut-être André Chavanne, Christian Grobet, Guy-Olivier Segond, et quelques autres, qui voudront bien me pardonner de ne point les citer. On les aime ou non, mais ils ont imprimé leur trace, ça n’est pas rien. En France, toujours depuis la guerre, de Gaulle, Mendès France, Mitterrand. En Allemagne, Willy Brandt. Bref, à chaque fois une poignée, alors que les politiciens sont légions.

 

La première nécessité du politicien, c’est de se faire connaître. Emerger. Occuper un espace, d’audience ou de visibilité, qui lui permette d’être identifié. Pas simple ! La concurrence est féroce, surtout à l’interne du parti, les places sont chères, personne ne se fait de cadeaux, il faut jouer des coudes, tenter d’exister. Lorsqu’approchent les élections (nos cantonales, ce sera au printemps 2018), les candidats se mettent à tourner dans tous les sens. Il faut être partout, se montrer, prouver immédiatement, sur un réseau social, qu’on a participé à telle communion d’existence, vibré à telle extase de cocktail, souri dans la meilleure des humeurs, touché, embrassé ses contemporains. Bref, attester qu’on est là, bien vivant, débordant de santé, pétaradant de félicité dans le contact des humains.

 

A ce jeu d’apparitions, où l’image sainte le dispute à l’aridité du banal, tel conseiller d’Etat PDC, amateur de Harleys, n’ayant besoin de personne (d’autre que lui) pour faire sa pub, fou d’ubiquité, n’a pas son pareil. Il est partout, occupe le terrain jusqu’à l’ultime arpent, rayonne de bonheur. Hélas, tous les candidats ne jouissent pas d’une propension aussi impériale à l’immédiateté. D’aucuns tentent de l’imiter, notre motard archange, sans succès. Et là, gare à la fausse note ! Le public n’est pas dupe, et ne pardonne pas les personnages composés, forçant leur nature. En clair, si vous êtes discret et austère, n’essayez pas le mimer le geste auguste du bateleur, cela se retournera contre vous.

 

Tenue, entre Versoix et Chancy, dans un périmètre fort restreint, Genève est une République des miroirs. Un palais des glaces. Tout le monde y est partout, les corporations s’y enchaînent, les allégeances s’y déchaînent, les appartenances à des multitudes de sociétés s’y entremêlent. On finit par retrouver absolument partout la même grappe de quelques personnages-clefs, ceux qui ont compris la puissance du réseau. Tant mieux pour eux. Tout au plus pourrions-nous nous interroger sur un système où le miracle d’une apparition l’emporte sur la qualité de l’argument, où la vélocité à se montrer partout prime sur la puissance de solitude. En cas de crise, c’est pourtant cette dernière qui sera indispensable. Ils auront essaimé, papillonné, butiné. Mais au final, que restera-t-il de ces Zébulons tournicotants ? Beaucoup d’écume. Et, comme dans la tragédie, beaucoup de bruit pour rien.

 

Pascal Décaillet

 

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05/09/2017

Philippe Roch : rien de douteux ! Juste un homme d'honneur !

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Sur le vif - Mardi 05.09.17 - 14.52h

 

Comment Nicolas Walder, président des Verts genevois, ose-t-il, dans une lettre ouverte à Luc Barthassat, qualifier de "douteuse" la décision d'inviter Philippe Roch à une table ronde, dans le cadre des dix ans de la création de la Direction générale de l'environnement ?

 

Juste parce que M. Roch est PDC, et pas Vert ? Ou juste parce qu'il a commis, en citoyen libre qu'il est, le sacrilège de s'opposer à la Stratégie 2050 ? Il faudrait donc, M. Walder, n'inviter dans les débats que des gens d'accord entre eux ?

 

M. Walder sait-il seulement - ou feint-il d'ignorer - tout ce que Philippe Roch, ancien directeur de l'Office fédéral de l'environnement, a fait, toute sa vie, pour la cause de la protection de la Nature, en Suisse ? Avec quelle conscience morale. Avec quelle élévation d'âme, inspirée des grands textes du Romantisme allemand, de multiples traditions spirituelles et littéraires ?

 

Philippe Roch : une authentique conscience de la Nature, dans le double sens germanique du mot, "Bewusstsein", tout autant que "Gewissen".

 

A quelques milliers de lieues marines des fundi et des ayatollahs.

 

Pascal Décaillet

 

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04/09/2017

Angela, seule au monde

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Sur le vif - Lundi 04.09.17 - 06.12h

 

J'éprouve, depuis l'adolescence, la plus grande admiration pour la sociale-démocratie allemande. Elle a donné a ce pays ceux que je considère comme les deux plus grands chanceliers de l'après-guerre : Willy Brandt (1969-1974), et Helmut Schmidt (1974-1982).

 

Un jour ou l'autre, cette grande famille politique, née des mouvements insurrectionnels de 1848 dans les Allemagnes (un certain Richard Wagner, 35 ans, y était signalé sur les barricades de Dresde), reviendra aux affaires.

 

Hélas pour le SPD, il lui manque aujourd'hui l'essentiel : l'homme, ou la femme, qui sera un jour capable de l'emporter. Pour l'heure, personne. Le désert. Le néant. Le débat d'hier soir l'a clairement montré.

 

Aucune figure pour affronter l'arrogance de la chancelière d'Empire, qui parle en suzeraine d'Europe, considère les autres chefs d'Etat comme des Grands Électeurs, décrète seule si la Turquie doit ou non rejoindre l'Union, multiplie les erreurs en politique migratoire, n'a pour Ostpolitik que l'accomplissement servile des desseins américains sur les Marches orientales de l'Europe.

 

Oui, l'Allemagne a besoin qu'émerge une contre-figure. Pour l'heure, il n'y en a pas. La prochaine législature de Mme Merkel sera pourtant celle de trop.

 

Ce pays passionnant a besoin d'une nouvelle donne. Ce ne sera pas pour cette fois.

 

Angela, seule au monde.

 

Von der Mass bis an der Memel,
Von der Etsch bis an der Belt.

 

 

Pascal Décaillet

 

11:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

03/09/2017

M. Kim a bon dos

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Sur le vif - Dimanche 03.09.17 - 15.46h

 

On s'émeut, à juste titre, de l'essai nucléaire nord-coréen.

Je veux bien.

Mais un peu de recul historique s'impose. Quelle est, au monde, la nation qui a lancé, en août 1945, l'ère nucléaire ?

Celle qui n'a cessé de développer, dans des proportions inimaginables, son potentiel de destruction atomique ?

Celle qui, avec l'URSS, a plongé la planète dans plusieurs décennies de guerre froide, reposant sur l'équilibre des forces nucléaires ?

Celle qui, depuis 1945, étend son impérialisme sur l'ensemble de la terre ?

Celle qui dicte sa loi pour toute solution - ou absence voulue de solution - au Proche-Orient ?

Celle qui s'est embarquée dans deux guerres majeures en Asie, entre Corées, Cochinchine et Tonkin ?

Celle qui a ourdi et manigancé le coup d’État contre Salvador Allende, le 11 septembre 1973 ?

Celle qui a si souvent bloqué toute solution qui pourrait aboutir à la création d'un État palestinien ?

Celle qui, pendant les années 1990, a entrepris toutes choses, en lien avec les services secrets allemands, pour démanteler l'ex-Yougoslavie ?

Celle qui, sous couvert "d'OTAN", a bombardé Belgrade en avril 1999 ?

Celle qui a lancé la folle intervention de 2003 en Irak ?

Celle qui, à nouveau sous couvert "d'OTAN", multiplie les provocations à l'Est de l'Europe. En Pologne, dans les Pays Baltes, et avant tout en Ukraine ?

Je ne suis évidemment pas un partisan de M. Kim. Mais, si on pose la question de ceux qui peuvent détruire la planète, ceux dont le bellicisme et l'impérialisme pourrissent les équilibres, alors il faut la poser pour tous.

 

Pascal Décaillet

 

15:46 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Imprimer |  Facebook | |

01/09/2017

Ticket à trois : sage décision !

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Sur le vif - Vendredi 01.09.17 - 19.06h

 

En présentant un ticket à trois à l’Assemblée fédérale, pour le choix du mercredi 20 septembre, le groupe PLR des Chambres fédérales a pris une sage décision. D’aucuns ne manqueront pas d’y voir une incapacité à opérer une sélection. Je ne partage pas ce point de vue. Pour la seule raison que le préavis du groupe, de toute manière, n’a jamais été autre qu’indicatif : ceux qui ont vécu les élections au Conseil fédéral (notamment celle de 1973, avec Chevallaz, Ritschard et Hürlimann, trois candidats non-officiels élus) le savent bien. Le seul choix qui vaille, c’est celui de l’Assemblée fédérale.

 

Surtout, nous avons affaire à trois bons candidats. J’ai déjà dit ici ce que je pensais de Pierre Maudet, estimant que ses qualités prévalaient sur ses défauts. Mme Moret et M. Cassis sont également des personnes de valeur. Au fond, chacun de ces trois candidats peut prétendre faire partie de l’exécutif fédéral.

 

Et maintenant ? Eh bien rien. Strictement rien. En aucune manière, le ticket choisi ce soir par le groupe ne préfigure ce qui se passera dans la matinée du 20 septembre. Si ce n’est une chose : cette élection sera plus compliquée, et sans doute plus longue, que prévu.

 

Nous avons trois profils. Trois personnes de valeur, capables d’exercer la fonction suprême. A titre personnel, au risque de déplaire à une partie non négligeable de mon lectorat, j’ai dit la qualité de la candidature Maudet. J’assume chaque mot, chaque syllabe, des lignes que j’ai écrites. Je ne suis l’homme de personne. Juste un homme libre, n’ayant strictement aucun compte à rendre à quiconque sur les opinions qu’il émet. Ni à ses ennemis. Ni… à ses amis.

 

Je ne partage que très peu les idées politiques de Pierre Maudet. Je suis en désaccord total avec lui, par exemple, sur la politique européenne, et sur la libre circulation des personnes. Je suis pour un contrôle sévère des flux migratoires, pas lui. Malgré ces divergences, je considère l'envergure de sa personne, son rapport à la pensée, à la parole, à l'action, sa culture historique et politique, et là, je dis oui. J'ai très souvent, depuis l'adolescence, soutenu en politique des gens avec lesquels j'étais en désaccord. Parce que, pour moi, la fibre profonde d'une personne l'emporte sur la nature des idées.

 

Si certains de mes lecteurs, proches de mes idées, qu'on sait plutôt conservatrices et le resteront, se sentent froissés par mon soutien à Maudet, si c'est si grave pour eux que, pour une fois, je ne pense pas géométriquement comme eux, je ne les retiens pas.

 

Je n’ai jamais retenu personne. Je vais mon chemin. C’est tout.

 

Pascal Décaillet

 

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30/08/2017

Conseil fédéral : Pierre Maudet a les qualités !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.08.18

 

En Suisse, ce ne sont pas les quelque cinq millions de citoyennes et citoyens qui élisent le Conseil fédéral, mais seulement les 246 membres de l’Assemblée fédérale (200 conseillers nationaux, 46 conseillers aux États). Un mode électoral que le peuple lui-même a récemment confirmé en votation populaire. Lorsqu’un candidat « fait campagne », ça n’est donc pas pour convaincre les masses populaires, comme lors d’une initiative ou d’un référendum, mais juste les 246. Ce côté cénacle, ou jeu de miroirs, il faut constamment l’avoir à l’esprit lorsqu’on commente la campagne. A bien des égards, c’est comparable au travail de conviction que doit opérer le candidat à la direction d’un théâtre, en allant convaincre, un à un, les membres du Conseil de fondation.

 

L’aspect public, pourtant, existe. Pierre Maudet, pour Genève, ça n’est pas exactement un inconnu ! Ni Mme Moret, pour un Vaudois. Ni M. Cassis, au Tessin. Ce sont même trois personnalités très connues, très exposées, de la vie politique en Suisse. Si Maudet passe au Conseil fédéral, il y aura d’immédiates conséquences sur la campagne électorale genevoise du printemps 2018 pour le Conseil d’Etat. Surtout, il y aurait à Berne, au plus haut niveau, un nouveau souffle, un nouveau style. Qu’on aime ou non le radical genevois, il faut bien reconnaître qu’il incarne une rupture. L’émergence, avec toutes ses qualités et tous ses défauts, d’une figure entière, visionnaire, audacieuse, dans le petit monde, si prudent, de la molasse fédérale. Disons-le tout net : l’arrivée du Genevois constituerait, en termes de style politique, de rapport à la parole, et même à la pensée, l’irruption d’une contre-figure majeure par rapport à Didier Burkhalter.

 

A partir de là, quid ? Franchement, nous n’en savons rien ! Pierre Maudet sera-t-il retenu, vendredi 1er septembre, sur le ticket du groupe PLR ? Si oui, sera-t-il élu le mercredi 20 septembre ? Nous verrons bien. Tout au plus chacun de nous peut-il énoncer et assumer une préférence : la mienne, clairement, va à Pierre Maudet. Malgré les nombreuses réserves qu’ici même, dans ce journal, j’émets depuis des années sur son style de gouvernement : auto-promotion excessive, pratique des fusibles, tendance à vouloir chaque jour réinventer la politique, comme si rien de bon ne s’était fait auparavant. Mais face à ces défauts, que de qualités ! Puissance de travail exceptionnelle, énergie phénoménale, approche visionnaire des problèmes, si loin du bric-à-brac et de la cuisine trop souvent propres à la politique suisse. A cela s’ajoutent un réseau d’enfer, dûment cultivé depuis des années, une intelligence du temps, une rapidité de captation des enjeux. Bref, les qualités l’emportent sur les défauts : je n’enlève rien à mes réserves, mais j’affirme ici que, pour moi, Pierre Maudet pourrait être l’homme de la situation.

 

Le sera-t-il ? Je n’en sais rien. D’autant que ni Mme Moret ni M. Cassis ne sont de mauvais candidats. Mais là, il fallait oser publiquement un choix. C’est désormais chose faite. Certains d’entre vous m’applaudiront. D’autres me maudiront. C’est ainsi. C’est la vie, lorsqu’on s’exprime dans l’espace public.

 

Pascal Décaillet

 

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26/08/2017

"Conservateur" n'est pas un gros mot !

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Sur le vif - Samedi 26.08.17 - 17.24h

 

Le psychodrame créé par le seul énoncé du mot « conservateur », au sein d’une partie du PDC suisse, notamment la section genevoise, appelle quelques commentaires, rappels historiques, et précisions quant à la philosophie politique d’un courant si important, depuis les années 1848-1891, dans l’Histoire de notre pays.

 

Le mot « PDC », au plan fédéral, n’est officiel que depuis 1971. Auparavant, chaque canton avait son appellation, « conservateurs » pour les uns, « catholiques-conservateurs » pour d’autres, ou encore (du côté des jaunes), « chrétiens-sociaux », ou même « conservateurs chrétiens-sociaux », ce qui, d’aujourd’hui, peut sonner comme un paradoxe, mais ne l’était nullement. Mon grand-père, Maurice (1892-1925), instituteur, violoniste, capitaine à l’armée, fauché à 33 ans par le destin, était une personnalité « conservatrice » de son village. Cela ne signifiait nullement qu’il fût un réactionnaire.

 

Avant de se braquer, en bons citadins aux postures progressistes, face à un mot qui semblerait surgi de la sourde immobilité des campagnes, il convient plutôt de se renseigner sur la magnifique, la plurielle, la complexe Histoire, avant tout cantonale, de ce qu’on appelle aujourd’hui la démocratie chrétienne suisse. Ça exige de lire. Ouvrir des livres, oui. Faire preuve de curiosité.

 

Le mot « conservateur », aujourd’hui, sonne mal. On a l’impression d’un bonhomme (ou d’une dame) complètement replié sur le passé, ne voulant rien changer à l’ordre du monde qui fut celui de son enfance, refusant toute réforme, tout progrès, toute altération de l’Âge d’or. Assis sur son banc, devant sa maison, contemplant son champ, se disant « Cela est à moi », entendant bien ne jamais le céder.

 

La réalité historique est un peu plus complexe. Ne remontons pas à la Révolution française, ce qui pourtant serait nécessaire. Considérons la Suisse de 1847, celle du Sonderbund, l’alliance des cantons catholiques, puis celle de 1848, la Suisse fédérale. Les radicaux, directement issus des mouvements républicains dans nos cantons romands, enfants du Freisinn et des Lumières en Suisse alémanique, partisans de la libre circulation des idées, de la liberté du commerce et de l’entreprise, ouverts au financement par des capitaux zurichois (sans Escher, pas de Gothard), triomphent. Pendant 43 ans (jusqu’à l’arrivée du catholique-conservateur Joseph Zemp, en 1891), ils jouissent, dans l’exécutif fédéral, du pouvoir absolu : sept sièges sur sept ! Ils accomplissent une œuvre immense, créent l’industrie moderne, multiplient les voies ferrées, favorisent l’éducation et la recherche, bref ils jettent les bases de la Suisse contemporaine.

 

Pendant ces 43 ans, les conservateurs, qui sont-ils ? J’ai étudié de près cette question, il y a longtemps, pour des Séries historiques à la RSR. Ne voir en eux que d’obscurs revanchards, refusant le progrès, relève d’une erreur majeure. D’autant qu’à Rome, succède au très conservateur Pie IX, en 1878, un Pape d’exception, dont la grande biographie en français demeure à écrire, Léon XIII. C’est lui, en 1891, qui tendra la main à la République, lui qui lancera la même année, avec Rerum Novarum, une Doctrine sociale qu’il faut absolument lire aujourd’hui, tant elle frappe, en 2017 encore, par sa modernité, sa défense de l’économie au service de l’humain, sa condamnation de l’Argent comme but en soi, son appel à considérer le travail comme une libération, au service de l’émancipation humaine, et non comme un asservissement. Faut-il rappeler qu’au temps de la publication de cette Encyclique, les enfants, dans la plupart des pays d’Europe, travaillent encore sur des chantiers, dans les champs, et surtout dans les mines ?

 

Dans notre Suisse de cette seconde partie du dix-neuvième, les conservateurs ne sont pas seulement les gens qui vont à l’église. Ou qui se recueillent au moment de l’Angélus. Ils sont, notamment en Valais, mais aussi à Fribourg, Lucerne, etc., des personnes attachées à leurs traditions locales ou cantonales, à leurs identités régionales, considérant avec scepticisme cette nouvelle Suisse fédérale, moderniste, centralisatrice, radicale, et, à bien des égards, protestante, bref les vainqueurs du Sonderbund. Du côté des vaincus, surtout dans ce Valais qui n’est même pas encore celui de Maurice Troillet (conseiller d’État de 1913 à 1953), où la plaine du Rhône n’est qu’un marais, où la pauvreté, dans les vallées, contraint à l’émigration, on se méfie de ce progrès venu des banques, souvent zurichoises, cet argent trop facile, surgi de mécanismes financiers que les gens ne comprennent pas. On a tort, parce que le canton est pauvre, mais c’est ainsi. Le rapport des catholiques à l’Argent mériterait quelques centaines de volumes, tant il est complexe, nourri de silences, de contradictions. Alors oui, entre 1848 et 1891, être « conservateur », c’est refuser le progrès qui va trop vite, le pouvoir de Berne et surtout celui de Zurich. On préfère vivre de peu, mais de ses champs, à soi.

 

En 2017, j’affirme qu’il n’y a rien d’anachronique à se proclamer conservateur. N’y voir que le repli, le recroquevillement, c’est ne rien (vouloir) comprendre à un très vaste mouvement, encore en gestation mais montant en puissance, dans nos sociétés européennes d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas de revenir aux lampes à huile ni à la marine à voile. Ni de refuser les enjeux capitaux de la modernité, comme le numérique. Non. Il s’agit d’affirmer, avec toute la part d’instinct et d’affection pour le pays que peut parfois receler l’engagement politique, les valeurs auxquelles nous tenons. Chacun d’entre nous a les siennes, je vous donne ici les miennes : attachement à la patrie, respect de l’environnement et des paysages, combat pour une agriculture de qualité, épargnée par la fureur de la concurrence mondiale, encouragement des PME, économie au service de l’émancipation humaine, justice sociale, qualité de l’éducation, croissance démographique maîtrisée, contrôle des flux migratoires, souveraineté politique, indépendance.

 

Ces valeurs-là, j’entends pour ma part qu’elles soient « conservées ». Je veux bien que le mot sonne mal aujourd’hui, mais enfin assumons-le ! Nous n’allons tout de même pas passer nos existences à faire de la communication apeurée, pour ne pas froisser le modernisme ambiant. Alors oui, je déclare ici être, à bien des égards, un « conservateur ». Auquel j’ajoute immédiatement le mot « social ». Que cette double étiquette froisse certaine section citadine d’un grand parti de notre pays, est une chose. Cela n’enlève rien à sa pertinence. Dans le jeu savant d’ombres et de lumières, de progrès et de tradition, qui se joue depuis la Révolution française, la modernité n’est pas toujours là où on croit. Et l’avenir passe parfois, puissamment, par une éclairante visite du passé.

 

Pascal Décaillet

 

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22/08/2017

L'extase de la Messe basse

 

Sur le vif - Mardi 22.08.17 - 13.13h

 

L'élection du Conseil fédéral n'étant pas opérée par les quelque cinq millions de citoyennes et citoyens de notre pays, mais par les seuls 246 de l'Assemblée fédérale, tout ce qui concerne ce scrutin fermé, digne du choix d'un nouvel Académicien par le cercle des Immortels, ne devrait pas être diffusé ailleurs que sur une chaîne parlementaire. Un canal interne aux 246. Un circuit fermé. Nous irions ainsi au bout de la logique circulaire, le réseau de miroirs de notre démocratie parlementaire. Ce labyrinthe des vanités intestines au périmètre d'une arène.

 

Ils se diffusent entre eux, pour eux, des débats qui les concernent eux, dans le sérail et la molasse de la Berne fédérale. Le jour venu, soit le mercredi 20 septembre en fin de matinée, le Conclave ayant produit son œuvre, ils nous annoncent qui ils ont choisi. Nous en prenons acte, froidement, c'est leur affaire. Nous leur aurions signifié, pendant toute leur campagne, que le cirque de séduction de Mme Moret, MM Maudet et Cassis ne relevait en aucun cas du débat national, puisque le citoyen n'y est pas électeur, mais d'un lobbying interne. Soit la pure vérité. Comme lorsqu'on aspire à diriger un théâtre, et qu'on doit convaincre un à un, en les travaillant au corps, les membres du Conseil de Fondation. C'est exactement le même principe. Pour les trois intéressés, c'est sans doute captivant. Pour le grand public, une fois qu'on a saisi le principe, aucun intérêt.

 

Pendant ce temps, nous, les citoyennes et citoyens, déployons notre énergie et notre passion politique sur l'essentiel : non pas un choix de personnes qui ne dépend pas de nous, mais, infiniment plus passionnant : les thèmes qui, en profondeur, mettent en action notre vie en commun. Par exemple, à l'horizon du 24 septembre, l'avenir de nos retraites. C'est une lame de fond, autrement plus essentielle, dans la construction du destin suisse depuis 1848, que le choix, semi-théâtral, d'un septième de l'exécutif fédéral.

 

Je réaffirme ici la nette supériorité des thèmes sur les personnes. Dans notre pays, le corps des citoyens bénéficie, pour actionner lui-même, d'en bas, la politique, d'un instrument exceptionnel : la démocratie directe. Qu'il en fasse usage, plus que jamais ! Qu'il s'en saisisse ! Qu'il s'approprie le débat politique !

 

Le choix des thèmes politiques, en Suisse, est l'affaire de tous. Il n'appartient en aucun cas au seul cénacle des élus.

 

Le choix des conseillers fédéraux, en revanche, est l'affaire du Parlement. Fort bien. Laissons les 246 vivre entre eux, dans la jouissance retenue - ou expulsée - de leur qualité de Grands Électeurs, cette liturgie fermée de la vie fédérale. Comme une Messe basse.

 

Laissons-les ourdir. Tramer. Aiguiser leurs couteaux. Le jour venu, laissons-les élire, c'est leur prérogative. Laissons-les faire tout cela. En silence. Rideaux fermés. Et avec la seule quittance de notre indifférence.

 

Le dimanche 24 septembre, pour la Suisse, sera bien plus important que le mercredi 20.

 

Pascal Décaillet

 

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11/08/2017

Le Ténor, la Fée, le Beau Parleur

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Éditorial du Giornale del Popolo, publié ce matin en première page, en italien.

 

Ignazio Cassis (TI), Isabelle Moret (VD), Pierre Maudet (GE): un ténor de la politique nationale, chef du groupe à Berne, parfaitement polyglotte ; une efficace et consciencieuse parlementaire fédérale ; un politicien professionnel, calciné d’ambition depuis le berceau, à la fois visionnaire et (un peu trop) beau parleur. C’est dans ce trio que le groupe parlementaire PLR aux Chambres fédérales devra choisir, le 1er septembre, le ticket qu’il proposera le 20 septembre à l’Assemblée fédérale pour la succession de Didier Burkhalter. On peut imaginer que deux de ces trois personnes seront retenues. Et la troisième, écartée. Mais qui ? Impossible, pour l’heure, de le savoir. Nous verrons bien. L’art du journalisme n’est pas de se perdre en pronostics, mais d’analyser le réel. Comme on scrute la réalité, bien tangible, d’un terrain.

 

Ticket équilibré, oui. Tout pour plaire. Tout pour satisfaire la fragilité de nos équilibres suisses : un Tessinois (enfin !), une femme, un surdoué de la politique genevoise, aussi exaspérant que brillant. Deux parlementaires fédéraux, un conseiller d’Etat. Même la diversité des âges est respectée : Pierre Maudet 39 ans, Isabelle Moret 46, Ignazio Cassis 56. A première vue, le triangle parfait : isocèle, équilibré, respectueux des différences, politiquement correct à l’extrême, version moderne et tellement rassurante des Trois Suisses. L’Assemblée fédérale aime qu’on lui laisse un choix. Elle sera servie.

 

Depuis la victoire du Vaudois Georges-André Chevallaz, en 1973, sur le candidat officiel des radicaux, le Genevois Henri Schmitt, en passant par Jean-Pascal Delamuraz (1983), Pascal Couchepin (1998) et Didier Burkhalter (2009), j’ai suivi toutes les élections d’un Romand au Conseil fédéral. Je dis « d’un Romand » et pas « d’un Latin », parce que ce dernier mot ne veut pas dire grand-chose : il n’existe pas, dans une élection à l’exécutif suprême de notre pays, de solidarité entre la Suisse de langue française et celle de langue italienne, contre les « méchants Alémaniques ». A la vérité, chacun roule pour soi, chaque écurie, chaque clan. On encense son candidat, on tente de noircir l’adversaire, on occupe au maximum les médias, on s’emploie à contrôler l’agenda politique.

 

Dans cet exercice d’hyper-propagande, où la communication emporte tout, comme un torrent, sur son passage, le Genevois Pierre Maudet, beau parleur devant l’Eternel, est roi. Toujours là pour nous laisser entendre qu’il a inventé l’action politique, qu’il va la rénover de fond en comble, que rien n’a existé avant lui, que sa jeunesse amènera au pouvoir une nouvelle génération. De quoi lasser, ou tout au moins retenir, ceux (dont je continue de faire partie) qui admirent son intelligence, sa culture politique, l’ampleur de ses vues. En un mot comme en mille, Maudet s’exprime bien, mais il en fait trop, au risque de taper sur les nerfs de ses propres supporters. Il faudrait un jour que ce garçon se calme un peu dans le registre de l’auto-promotion.

 

Face à lui, Isabelle Moret. Avocate, vice-présidente du PLR suisse, compétente sur les dossiers, parlementaire fédérale depuis plus d’une décennie, un peu desservie par une voix trop haut perchée (d’où son surnom de Fée Clochette), jouissant d’un excellent réseau à Berne, présidente de la faîtière des Hôpitaux suisses (d’aucuns lui reprocheront ce lien), mais enfin au final une personne de qualité dans l’environnement politique suisse, parfaitement connue de l’Assemblée fédérale, ce qui pourrait représenter, le 20 septembre (si elle est retenue dans le ticket) un avantage non-négligeable.

 

Enfin, celui que vous, amis de la Suisse italienne, connaissez le mieux, Ignazio Cassis. Candidat unique, le 1er août dernier, du PLR tessinois ! Chef du groupe. Jugé (en Suisse romande) trop lié au monde des assureurs. Très compétent, polyvalent, parlant un français impeccable, prêt à combler le vide créé, en 1999, par le départ de Flavio Cotti. Et le dernier radical tessinois, c’était Nello Celio, autant dire la Préhistoire ! Il fait figure de favori, mais il connaît le proverbe : « Qui entre Pape au Conclave en ressort Cardinal ». Face à lui, pour la prochaine étape déterminante, le choix du ticket par le groupe PLR aux Chambres fédérales, ce Ténor aura les multiples qualités d’une Fée et les accents de renouveau d’un Beau Parleur. Assurément, trois candidats de valeur. Mais, le 20 septembre, en fin de matinée, il n’y aura qu’un seul élu. Rien, pour l’heure, ne nous permet de deviner lequel aura l’avantage.

 

Pascal Décaillet

 

12:19 Publié dans Editos Giornale del Popolo | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/08/2017

Pierre Maudet, candidat première classe

 

Sur le vif - Vendredi 04.08.17 - 14.04h

 

Je connais Pierre Maudet depuis 17 ans. Il était jeune conseiller municipal radical, en Ville de Genève, et je lançais l'émission Forum.

 

Très vite, comme beaucoup de mes confrères, j'ai saisi que l'homme irait loin. Sa jeunesse, son énergie, son intelligence, sa vitalité, son sens de l’État et du pays, tout cela était déjà perceptible, alors qu'il venait à peine de passer le cap de la vingtaine.

 

Depuis, cet homme d'un rare talent politique (je le compare souvent, depuis deux décennies, à un Christophe Darbellay, ou un Pierre-Yves Maillard) n'a fait que confirmer. Exécutif de la Ville de Genève. Mairie. Et, depuis cinq ans, gouvernement cantonal.

 

Sur son action politique, je suis le premier à exprimer des réserves. Hypertrophie, trop voyante, de la communication. Pratique maladroite et malvenue des fusibles, notamment au plus haut niveau du Corps de Police. Discours moderniste et jeuniste, à la Macron, dont toute âme lucide doit être capable de prendre distance, sauf à sombrer dans la complicité, dans l'ordre de la propagande.

 

Mais enfin, tout cela posé, un fauve politique de grande race. Une culture historique, ce qui est fort rare. Une vision pour le pays. Une ambition. On partage ou non ses options (cela n'est pas mon cas, en matière européenne, notamment), mais comment ne pas reconnaître la stature de l'homme ?

 

Pierre Maudet a raison de tenter sa chance au Conseil fédéral. Sa candidature est crédible, charpentée idéologiquement, nourrie d'une première expérience aux deux autres échelons de notre vie fédérale. J'ignore absolument quelles seront ses chances, nous verrons bien, et il faut bien avouer que la question de la Suisse italienne se pose.

 

Mais je lui souhaite bonne chance. Nous avons eu assez de souris grises pour bouder l'entrée en scène d'un homme politique de premier plan.

 

Ensuite ?

 

Ensuite, le destin décidera. Nul d'entre nous ne peut le prévoir.

 

Pascal Décaillet

 

14:29 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/07/2017

Mémoire et chaos, désordre et lumière

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Sur le vif - Mercredi 12.07.17 - 18.47h

 

Je reviens d'un magnifique voyage familial de quelques jours au pays de Louis II et de Richard Wagner. Le château de Linderhof, je l'avais visité en 1971, 1973, puis (dernière fois) 1983. Celui de Neuschwanstein, je ne l'avais plus vu depuis 1973 ! J'ai encore toutes mes notes sur ces visites, dans les journaux que je tenais à l'époque, avec textes et images.

 

J'ai tant et tant à dire sur ce roi, qui à la fois m'exaspère et m'enchante. Les sentiments qui étaient miens à l'âge de 13 ans, lors de mes premières visites en ces lieux, mais aussi l'année de ma découverte de Richard Wagner, sont au fond les mêmes, 46 ans après. Réticence face à l'inaction politique du roi, qui est passé (volontairement) complètement à côté du mouvement de son époque, imprimé par Bismarck et l'unité. Mais, d'un autre côté, admiration face à ses intuitions artistiques, sa mise en scène des grands mythes de l'Allemagne médiévale. Et, avant toute chose, reconnaissance d'avoir été le tout premier (à part dans le monde musical, Liszt surtout) à déceler l'immensité du génie de Richard Wagner.

 

Bref, je pense consacrer les trois prochains épisodes (les numéros 25, 26 et 27) de ma Série Allemagne au Roi Louis II. Je vais tâcher de faire vite : les souvenirs de ces toutes dernières visites sont encore totalement vivaces, jusqu'aux cygnes gravés dans les poignées des portes, imprimés dans ma mémoire récente. Surtout, je veux inscrire Louis dans la perspective de la révolution des esprits dans l'Allemagne du 19ème siècle. Et mettre en évidence le paradoxe (que je sentais déjà en 1971, très clairement) entre son attitude de repli, évidemment inadmissible pour un souverain, fût-il constitutionnel, et l'extraordinaire présence de ses antennes artistiques.

 

Dans ce petit voyage, j'ai retrouvé de puissantes émotions de mon année 1971. L'année de ma découverte de Wagner, de Dürer (expo du 500ème à Nuremberg), de la Haute-Franconie où avait vécu ma mère juste avant la guerre, en 1937 et 1938. Mais aussi, de Würzburg, de Rothenburg, Dinkelsbühl, plusieurs fois Munich (où j'ai emmené mes élèves en voyage d'études en 1983). Mon lien avec cette région est puissant. Tout comme mon lien avec l'Allemagne du Nord, les Cités Hanséatiques, la Saxe, la Thuringe, les Länder de l'ex-DDR, la Rhénanie des poètes. Et tant d'autres Allemagnes, de Hölderlin à Brecht, puis plus loin Heiner Müller, Christa Wolf, qui se pressent et se mélangent dans les méandres de ma mémoire. Deux mots, pour exprimer ce fracas, ce fatras : Sturm und Drang. Ces deux mots, à eux-seuls, explosifs, résument mon rapport passionnel avec les Allemagnes.

 

Mon souci numéro un, dans cette Série entamée il y a deux ans, et qui va encore me prendre de longues années, n'est pas d'avoir des idées ni des sujets - j'en ai des centaines - mais de trier, ordonner, organiser, mettre en page, pour que cela soit plaisant et accessible au plus vaste public possible.

 

Vous me direz que c'est le lot de tout transmetteur. Et vous aurez raison.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le Tessin se tire une balle dans le pied

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Éditorial publié ce matin en italien, en première page du Giornale del Popolo, sous le titre "Il Ticino si tira la zappa sui piedi".

 

Dans la succession de Didier Burkhalter au Conseil fédéral, qui se jouera à Berne le mercredi 20 septembre, personne, en Suisse, ne peut sérieusement contester au Tessin la profonde légitimité, 18 ans après le retrait de Flavio Cotti (1999), à présenter un ticket. J’ai moi-même plaidé, ici, pour cette primauté, dans mon commentaire « Stavolta partitte in vantaggio », dans l’édition du 16 juin 2017 du Giornale del Popolo. Pourquoi ? Parce que nous sommes tous Suisses, nous aimons ce pays, nous savons qu’il est une petite fleur fragile, avec des équilibres précaires, dont le respect est capital. Dans ces équilibres, multiples, il y a celui entre les langues : la Suisse italienne existe, elle est une part inaliénable de notre communauté nationale ; presque 20 ans sans conseiller fédéral, c’est long, trop long.

 

Reste qu’en avançant un ticket à une seule personne, le Tessin se tire une balle dans le pied. Oh, il n’a pas perdu définitivement la partie, loin de là, mais disons que le signal donné mardi, par la présidence du PLR cantonal, n’est pas bon. Il est perçu comme une arrogance, une volonté de passer en force. Dans notre mentalité politique suisse, vous le savez bien, on n’aime pas cela. Peut-être une correction du ticket par les délégués du PLR tessinois, le 1er août prochain, serait-elle de nature à augmenter les chances de ce canton, lorsque siègera l’Assemblée fédérale, le dernier jour de l’été.

 

Car c’est bien elle qui choisit, et non le suffrage universel ! Une campagne pour le Conseil fédéral ne consiste pas à séduire nos cinq millions d’électrices et d’électeurs suisses, mais juste les 200 du Conseil national et les 46 des Etats. C’est dans le théâtre de miroirs et de pouvoirs de ce cénacle que tout va se jouer. Souvent, les choix de l’Assemblée fédérale nous déplaisent, par exemple lorsqu’une femme comme Karin Keller-Sutter ou un homme comme Pierre-Yves Maillard sont écartés. Mais c’est ainsi, c’est la règle. Or, auprès de ces 246 grands électeurs, le principe de ticket double (homme-femme, par exemple), passe bien. Il donne aux parlementaires l’impression d’avoir le choix.

 

L’autre point faible du ticket unique tient au profil politique de M. Cassis. Il est certes un homme très important sous la Coupole, chef de groupe, polyglotte, compétent, tout ce qu’on voudra. Mais ses liens avec le monde des assureurs privés, via sa présidence de Curafutura, sont mal perçus, à ce stade de la campagne, en Suisse romande. Il suffit de regarder comment nos cantons romands votent lorsqu’on les interroge sur une Caisse unique, ou publique : il y a, clairement, une aspiration à un retour de l’Etat, et un climat de révolte contre certaines pratiques des Caisses privées, la hausse constante des primes par exemple. D’ailleurs, les deux conseillers d’Etat de l’Arc lémanique chargés de la Santé, le Genevois Mauro Poggia (MCG) et le Vaudois Pierre-Yves Maillard (socialiste), travaillent ensemble à des scénarios où l’Etat reprendrait ses responsabilités, dans l’assurance maladie. Bref, les Romands n’ont rien contre la personne de M. Cassis, mais son profil pose problème.

 

Vous me direz que, dans l’Assemblée fédérale, le poids des Romands ne les amène pas à faire la loi ! C’est parfaitement exact, et c’est pour cela que M. Cassis a ses chances. D’ici au 20 septembre, beaucoup d’eau peut encore couler sous beaucoup de ponts. Bien sûr, la maladresse commise par le Tessin, avec ce ticket unique, va sans doute aiguiser les appétits des quelques Romands (ils ne sont pas si nombreux !) qui pourraient se sentir de taille à relever le défi. On pense en priorité à Pierre Maudet, conseiller d’Etat genevois dont j’ai déjà parlé ici, et programmé bien avant sa naissance pour le Conseil fédéral. D’autres candidatures, sur Genève, sur Vaud, pourraient éclore. Mais enfin, n’oublions pas que les Romands ont déjà deux conseillers fédéraux : le Fribourgeois Alain Berset et le Vaudois Guy Parmelin ! Exactement pour cela, il m’apparaît que les chances tessinoises, pour le 20 septembre, sont intactes. Tout au plus, le canton aurait-il intérêt à ouvrir davantage le jeu. Ne serait-ce que pour la forme.

 

Pascal Décaillet

 

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05/07/2017

Bon Anniversaire à l'AVS !

 

Sur le vif - Mercredi 05.07.17 - 09.51h

 

Demain, jour pour jour, l'AVS aura 70 ans. Le 6 juillet 1947, le peuple acceptait (80% de oui ; participation 79,66%) son principe, après l'un des débats parlementaires les plus passionnants de notre Histoire. Il faut en lire les minutes, cela vaut la peine. Pendant mes années à Berne, comme correspondant parlementaire, je pensais tous les jours à ceux qui, quarante ans plus tôt, avaient mené ce débat. Par exemple, lorsque je couvrais moi-même, pour la RSR, les débats-fleuves sur la LAMal ou la TVA.

 

Hommage à ce fleuron de nos assurances sociales. Sans ce premier pilier, sans ses principes de mutualité, de subsidiarité, la Suisse d'aujourd'hui ne serait pas ce qu'elle est.

 

Je me suis passionné pour l'Histoire des assurances sociales en Europe, depuis Bismarck, absolu précurseur dans le domaine. Premières caisses de retraite, secteur par secteur, idem pour l'invalidité, le chômage, la maladie, les accidents. Dureté des négociations pour y parvenir. Rôle des socialistes, mais aussi de tout le syndicalisme chrétien, nourri de la Doctrine sociale de 1891, de Léon XIII, puis du Sillon. Intelligence, aussi, des radicaux éclairés, soucieux de justice sociale, imprégnés d'esprit républicain.

 

La convergence de tous ces courants a amené nos pays, dans les années encore très difficiles de l'immédiate après-guerre, à voir grand. En France, ce fut la Sécurité sociale, lancée par de Gaulle lors de son éblouissant passage aux affaires en 44-46, les dix-sept mois les plus réformateurs de l'Histoire du pays, sous l'impulsion du Conseil National de la Résistance. En Grande-Bretagne, ce furent les grandes réformes travaillistes dans le domaine de la Santé. En Suisse, ce fut l'immense et remarquable chantier de l'AVS.

 

L'Histoire de nos assurances sociales, en Suisse, devrait être obligatoire dans les écoles. L'Histoire de l'AVS, pendant 70 ans, ses dix révisions, maintenant onze, l'Histoire de l'exceptionnel conseiller fédéral Tschudi (1959-1973), qui menait au pas de charge les réformes, pour relever le défi démographique. Pourquoi cette Histoire n'est-elle pas enseignée, ou si peu ?

 

Les Suisses peuvent être fiers de l'AVS. Hélas, le même bilan, et de loin, ne peut pas être tiré du deuxième pilier (introduit en 1984), indissociable de placements aventureux et spéculatifs opérés, dans les années de Veau d'or, sous l'impulsion de condamnables usuriers, par certaines caisses. Pas toutes, heureusement.

 

L'AVS est un principe de redistribution pour tous. Oui, elle est notre fleuron. Pensons-y, très fort, lorsque nous glisserons notre bulletin dans l'urne, le 24 septembre.

 

Pascal Décaillet

 

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02/07/2017

Le noir magma de nos silences

 

Sur le vif - Dimanche 02.07.17 - 10.34h

 

Il y a, depuis longtemps, des choses qu'on ne peut tout simplement plus exprimer dans l'espace public. Je ne parle pas ici de ce qui est interdit par la loi : là au moins, c'est clair, mesurable, écrit, délimité ; et la loi, on peut toujours aspirer à la changer.

 

Non. Je parle de tout le reste. Ce qui ne tombe pas (encore) sous le coup d'une loi, mais opprime, étouffe toute conscience sous la pesanteur de l'autocensure. On voudrait tant l'exprimer, mais on se retient. À cause de la tempête de réactions bien pensantes, inévitable, juste après.

 

Alors, on se tait. Et le noir magma de ces silences, qui rumine et vocifère de l'intérieur, consume les entrailles. Il vous isole. Il contribue à ciseler votre solitude.

 

Mais cette matière est volcanique. Sous le poids des convenances, elle demeure tacite. Souterraine. Inaudible. Jusqu'au jour où tout éclate. Lave, cendres, poudre.

 

On dit du réseau social qu'il permet l'expression du non-dit. C'est faux. Il l'aura peut-être permis dans un premier temps, héroïque, balbutiant. Mais déjà s'organise la restauration. La mise au pas. On moralise, puis on légifère. Puis on régente. Puis, on sanctionne. L'ordre cosmique du convenable s'installera ici, comme ailleurs. Avec, comme petits collabos, et fermiers généraux du pouvoir, ceux-là même qui s'en prétendent les critiques distants.

 

Aujourd'hui, ces chiens de garde du convenable couvrent de leurs aboiements l'émergence de toute parole alternative. Avec le système Macron, c'est dans cette ère-là que nous entrons. La Suisse romande n'y échappe pas, loin de là. Le pouvoir n'a rien à craindre du réseau social : déjà, il y trouve cent fois plus de petits valets, multipliés par les miroirs, que de discours critiques.

 

Lecteur passionné de Brecht, depuis quelque 45 ans, je crois pourtant à la distance critique. Pour peu que cette dernière s'organise dans la matérialité réelle d'une résistance des âmes. Et non dans la seule posture rhétorique de la révolte. La plus grande preuve de distance critique de Brecht, c'est son adaptation de Sophocle. Dans la métallique réalité des syllabes, avec les accents souabes de sa jeunesse.

 

La prise en charge des mots est devant nous. Plus que jamais, elle exige courage et solitude. Le salut, quelque part dans la lumière du verbe.

 

Pascal Décaillet

 

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