27/04/2015

Togo-Frambois : l'exil sans le royaume

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Lundi 27.04.15 - 15.08h

 

Un peu plus d’une heure. C’est le temps nécessaire, sans se presser, à la lecture du « Journal d’un exilé » de Yaovi Mawussi Bossa, également appelé « Olivier », publié il y a quelques jours, à compte d’auteur, à Genève. J’en ai reçu un exemplaire grâce à Ridha Ben Boubaker, Tunisien de Genève, un homme d’une belle conscience panafricaine, qui m’a parlé de cet ouvrage jeudi dernier. Ce soir, si tout va bien, l’auteur devrait être sur le plateau de Genève à chaud.

 

C’est un récit d’exil parmi des centaines d’autres. L’homme, d’une heure à l’autre, doit s’extirper de son pays, le Togo, prendre la fuite. Entre ce moment-là et aujourd’hui, il nous raconte par le détail l’itinéraire d’un demandeur d’asile en Suisse. Et c’est la première vertu de ce témoignage : donner au « requérant » (je n’ai, pour ma part, jamais aimé ce mot, pour des raisons de laideur sonore autant que de participe présent administratif) un visage, un parcours, une sensibilité, un destin. Nous ne sommes ni dans l’ordre de la masse qui submerge, ni dans celui de l’anonymat, nous avons juste affaire à un humain, face à une machine. Je crois savoir que l’un des plus puissants prosateurs de la littérature universelle avait, un jour de 1914 à Prague, rédigé un récit de ce genre.

 

Et puis, tiens, voilà par exemple la vie quotidienne à Frambois, « cette colonie de vacances », comme l’appelle non sans humour l’auteur, page 47. Frambois, avec d’autres yeux que ceux de M. Maudet. Frambois, étape administrative dans une jungle sans issue. Frambois, oui, les co-détenus, la correspondance avec l’avocat, commis d’office. Mais aussi, les interrogatoires, l’Office de la population, la jungle qui sécrète une autre jungle. Aujourd’hui, si j’ai bien compris, Olivier est en attente de renvoi.

 

Mais comprendre la complexité administrative du traitement des demandeurs d’asile, en Suisse, n’est pas simple. Ce dossier-là a été très volontiers, depuis des décennies, laissé par les politiques aux méandres de la bureaucratie. Ce petit livre, ou disons ce récit broché, enfin ce codex improvisé, nous restitue tout cela. Non à travers le regard des fonctionnaires. Mais par le prisme d’un être humain, celui d’un destin. C’est le sien. Et cela pourrait, tout autant, être celui de chacun de nous.

 

 

Pascal Décaillet

 

*** Le Journal d'un Exilé - Par Yaovi Mawussi Bossa - Publié à compte d'auteur - Genève, mars 2015 - 89 pages.

 

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26/04/2015

Russie-Occident : lumineux ouvrage de Guy Mettan

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Dimanche 26.04.15 - 17.03h

 

480 pages d’un voyage saisissant à travers l’Histoire. Quelques heures de lecture, pour revivre avec l’auteur un millénaire de relations entre l’Occident et la Russie. Guy Mettan est député, ancien président du Grand Conseil genevois, directeur du Club Suisse de la Presse. Mais il est avant tout un rigoureux historien de formation, fouineur, passionné, chasseur de préjugés. Contre l’esprit du temps, la doxa dominante sur une question politique ou historique, il n’a pas peur de se faire des ennemis. Revoilà le Guy Mettan qui me plaît infiniment, celui par exemple qui savait, dans les guerres balkaniques des années 90, refuser la diabolisation d’un camp, plonger dans l’Histoire pour expliquer le présent, démarche autrement plus complexe que la simple dénonciation, sur la seule base d’une posture humanitaire ou morale.

 

Bien sûr, me direz-vous, le Valaisan Mettan, enfant d’Evionnaz, est citoyen russe (ayant adopté une enfant de ce pays), et préside la Chambre de Commerce Suisse-Russie. C’est vrai. On partagera ou non ses conclusions, mais de grâce, qu’on prenne la peine de lire son livre. Qu’on accepte de parcourir, en sa compagnie, le chemin éclairant qu’il nous propose, de Charlemagne à nos jours. Vous y découvrirez des faits. Rien que des faits. Dont une quantité, totalement inédits à l’état actuel de nos connaissances. Pour ma part, sauf peut-être dans le chapitre sur la russophobie allemande, où j’étais pas mal en terrain connu par ma passion pour l’Histoire germanique, j’ai appris des tonnes de choses passionnantes. Elles ne vous amèneront peut-être pas, à la fin du livre, à partager l’amour de mon compatriote Mettan pour la Sainte Russie, ni bien sûr les options politiques de Poutine. Mais elles vous auront donné un éclairage précieux, documenté, sur la manière dont l’Occident, au fil du temps, a forgé l’image d’une Russie maléfique et dangereuse.

 

"J'avais la rage"

 

« J’ai écrit ce livre parce que j’avais la rage », m’a confié Guy Mettan jeudi dernier. La rage : un mot qui tranche, quand on connaît le caractère paisible, débonnaire, de ce politicien modéré, comme peut l’être la démocratie chrétienne en Suisse. La rage, contre les préjugés antirusses. La rage, contre la méconnaissance. La rage, contre les moralistes qui adjugent le bien ou le mal, sans tenter de comprendre les racines. D’où l’essentiel de l’ouvrage, une savante et captivante vision diachronique, remontant à Charlemagne, et à une querelle un peu oubliée de nos jours, celle du « Filioque ». Entendez une différence d’interprétation, dans le Credo, entre l’Eglise romaine et l’Eglise grecque (Byzance), sur la part du Fils (entre le Père et le Saint Esprit) dans la Trinité. Querelle qui sera la source du Grand Schisme d’Orient, en 1054. Avec une belle pédagogie, Guy Mettan nous rappelle comment l’Occident a instrumentalisé cette dissension sur le dogme pour asseoir sa suprématie sur l’Orient.

 

Et puis, l’auteur, sources et documents à l’appui, nous promène, dans les chapitres centraux du livre, à travers quatre grandes « russophobies » : celle des Français, des Anglais, des Allemands, puis (plus tard) des Américains. Où il est question du faux testament de Pierre le Grand sous Louis XV (pages 183 et suivantes), où se construit le mythe de l’expansionnisme russe. Ou encore (pages 233 et suivantes), du retournement des Anglais contre les Russes, pour des questions de domination maritime, après la chute de Napoléon (1815), avec le rôle de l’indépendance grecque et l’écrasement de la révolte polonaise. Mais aussi (pages 259 et suivantes), du rôle politique joué par le mythe de Dracula. Le champ de ces références-là, littéraires et culturelles, il fallait tout de même avoir l’ardeur et l’audace de le labourer : Guy Mettan l’a fait.

 

Russie et vision romantique de la germanité

 

J’en viens au chapitre le plus puissant pour moi, à la fois en vertu de ma passion pour l’Histoire allemande, mais aussi parce qu’il est le plus éclairant sur les actuelles positions de « l’Europe » d’aujourd’hui, principalement celles de l’Allemagne de Mme Merkel, dans l’affaire ukrainienne en cours. C’est, évidemment, le chapitre « Russophobie allemande » (pages 271 à 321). Je demande à chaque lecteur de mon blog de bien vouloir prendre connaissance, au moins, de ces cinquante pages-là. Parce que l’auteur va chercher dans l’Histoire, tous régimes confondus, les liens d’intérêts profonds de l’Allemagne face à son « Lebensraum » (page 293) de l’Est, donc en premier face à la puissance russe.

 

Guy Mettan remonte (page 274) à la vision romantique de la germanité (Sturm und Drang, Lessing, Herder, Goethe, Schiller, Hölderlin, Fichte), sous les lumières de Kant et celles de Hegel, bref, toute cette exceptionnelle fin du dix-huitième siècle dans la littérature et la philosophie germaniques (on pourrait aussi parler de la musique). Et j’aurais voulu, pour ma part, c’est l’une de mes rares réserves sur le livre, que cette étape, majeure, fût davantage approfondie et développée par l’auteur. Il nous décrit comment la russophobie fut, au fil des décennies, un passage obligé des manuels scolaires allemands. Et comment cette vision, du reste, a survécu à la Seconde Guerre Mondiale, aux sept millions de morts allemands, aux vingt millions de morts soviétiques.

 

« En 2014, écrit Guy Mettan (page 317), l’Allemagne a enfin obtenu son Lebensraum à l’Est ». Il nous décrit comment, par d’autres moyens que naguère, Mme Merkel accomplit, pacifiquement, en douceur, et avec la bénédiction de la communauté internationale, une œuvre d’expansion de l’influence allemande sur ses marches orientales. Ce chapitre-là, capital en soi, tellement crucial pour qui veut scruter la question ukrainienne avec les lunettes de l’analyse diachronique, est tellement vaste qu’il pourrait faire l’objet d’un nouveau livre. En attendant, j’encourage tout lecteur de ce blog à se saisir du bouquin de Mettan. Et à le lire. Nul n’en sera déçu : au-delà des options idéologiques des uns et des autres, il nous livre des faits, un éclairage, une vision, une compétence. Merci, Guy Mettan.

 

Pascal Décaillet

 

*** Russie-Occident: une Guerre de Mille Ans. Par Guy Mettan. Editions des Syrtes. Mars 2015.

 

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25/04/2015

Pierre Weiss : chaleur et lumière

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Hommage - Samedi 25.04.15 - 17.59h

 

Un homme de parole, un amoureux du verbe et de la musique, un redoutable bretteur, un fou de politique, une âme ouverte à la dimension spirituelle. Tel était Pierre Weiss, qui vient de nous quitter après un très courageux combat contre la maladie. Un homme habité par la vie. Tout sonore de l’excitation d’être. Un homme de culture, sensible aux langues (il en parlait plusieurs, dont l’italien), à la musicalité des syllabes, au chant des phrases. Orateur, il cherchait tout en parlant, s’écoutait dire, scandait, variait le tempo, décochait : le rythme, dans son discours, occupait une place majeure.

 

Il ne lisait pas, Dieu merci. Il devait avoir quelques mots-clefs, savait de toute façon où il allait, se laissait trahir par ses propre pièges, et justement cette imperfection le servait, authentifiant l’improvisation. L’oralité est un métier, il l’avait appris très tôt, je sais exactement où et avec quels maîtres. Il savait avec une belle maîtrise compenser le défaut de grave, dans la tonalité de sa voix, par l’exubérance, tel le rossignol, sur la plus haute branche.

 

Nous n’étions pas d’accord, Pierre Weiss et moi, sur le rôle de l’Etat en politique, disons que j’en voulais plus que lui. Ni sur le libre-échange économique. J’ai toujours été protectionniste, lui pas. Mais en vérité, combien ces dissensions-là sont vaines, lorsque remonte à la mémoire le champ de ce qui fut partagé. Nous avons eu les mêmes professeurs, dans cette école où j’ai passé onze années de ma vie et où, de six ans mon aîné, il m’avait précédé. Nous en parlions souvent, laissant se mélanger nos nostalgies, puissantes.

 

Pierre Weiss était un homme de culture. Son rapport à la musique, par exemple, était bouleversant. Sa relation, aussi, avec la langue italienne, si subtile, si complexe. Son ancrage dans les humanités. Sa passion rhétorique pour la « disputatio », la joute oui, mais aussi construite que vivace, où la structure le dispute à l’étincelant. Parler en public comme on se met, au sens propre, à l’ouvrage. L’improvisation ne s’improvise pas.

 

Il y aurait beaucoup à dire sur le lien qu’entretenait cet homme de passion avec les Lumières. Il n’en était héritier que partiellement, dans l’ordre de la liberté, qui nous réunit tous. Mais lorsqu’il n’était plus nécessaire de démontrer du haut d’une tribune, cet homme, en cercle plus fermé, ne cachait pas la part de spiritualité dans son chemin. Dans ces échanges-là, on pouvait découvrir une autre dimension que le métallique « Freisinn » de certains de ses collègues de parti. Aussi, ses goûts littéraires, et surtout musicaux, attestaient d’une incroyable ouverture à cette part de l’intime et du tellurisme que d’aucuns, pour faire court, ont appelé « le romantisme ». Disons, tout au moins, la dimension lyrique, celle qui s’en va faire vibrer d’autres cordes que les seuls accents de la Raison. Vernunft.

 

Le monde politique genevois perd un homme d’une grande valeur. Un humaniste, l’un des derniers. Trempé dans la splendeur et la puissance du verbe. Habité par l’oraison. A sa famille, ses proches, émotion et sympathie. Quelque part, dans la partition inachevée du cosmos.

 

Pascal Décaillet

 

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22/04/2015

Veyrier : quand le Conseil d'Etat règle ses comptes

 

Sur le vif - Mercredi 22.04.15 - 17.40h

 

Le Conseil d’Etat qui annonce publiquement, en plein dans l’entre-deux-tours des élections municipales, l’ouverture d’une « enquête disciplinaire » contre l’exécutif d’une commune, celle de Veyrier : il y a là quelque chose qui ne va pas. Ni dans la démarche. Ni dans le moment choisi. Ni dans la sèche publicité, roide, jacobine comme un couperet, donnée à la chose, dans ce petit chef d’œuvre de constipation rhétorique, pudiquement appelé « communiqué hebdomadaire du Conseil d’Etat ».

 

Il s’agit du conflit entre Thomas Barth, le bouillant et vibrionnant Maire de Veyrier, et le Conseil d’Etat, notamment le ministre Vert, sur l’affaire des Grands-Esserts. Un véritable roman russe, avec rebondissements, roulette, salades et sans doute aussi quelques poupées : une sorte de « Guerre et Paix », sans la paix.

 

On nous permettra ici de ne pas entrer en matière sur le fond : d’innombrables aspirines ne suffiraient pas à atténuer la douleur immédiatement contractée par nos périssables neurones, tant l’affaire est complexe.

 

Nous demeurerons sur le seul plan qui vaille, le seul réel enjeu sous le paravent du juridique : la politique. Annoncer, sur ce son pète-sec de sous-préfet commis aux affaires disciplinaires, une procédure contre trois élus exécutifs, le faire alors que rugit le légitime débat politique en vue du second tour veyrite, tout cela, de la part du Conseil d’Etat, ou tout au moins d’un ou deux ministres, fleure le règlement de comptes.

 

Il fallait attendre l’issue des élections, donc le lundi 11 mai 2015, pour rouvrir ce dossier dont l’état de pourriture rappelle la pomme du grand Newton, à l’extrême orée de sa chute, aussi révélatrice que fatale.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le chemin de Damas passe-t-il par Lancy ?

 

Sur le vif - Mercredi 22.04.15 - 13.13h

 

Le PDC de Lancy a bien sûr le droit de s’allier avec qui il veut pour faire passer son candidat, Stéphane Lorenzini, qui apparaît d’ailleurs comme solide et compétent, à l’exécutif de la ville. Pour faire barrage à Roger Golay, il s’alliera donc cette fois avec la gauche, les socialistes et les Verts. Il s’agit, clairement, d’une entente de circonstance : une alliance objective entre camps normalement adverses pour mettre en minorité un adversaire commun. Soit. Nous sommes à l’échelon communal, cela se fait, ne change pas la face du monde.

 

Laissons donc les Lancéens à leur cuisine. Après tout, le corps électoral est adulte et vacciné, il jugera si cette alliance lui convient ou non. Mais de grâce, merci de ne pas nous faire le coup des « valeurs communes », ou des grands principes républicains. Le PDC est un parti de la droite genevoise, l’une des composantes (avec le PLR) de l’Entente. Les Verts et les socialistes sont la gauche. En 99% d’autres circonstances, ces deux camps se combattent. Et, loin de brandir des « valeurs communes », ils nous répètent à satiété à quel point leurs projets de société diffèrent. La politique doit être lisible, c’est l’une des clefs d’une citoyenneté saine et active.

 

Laissons les Lancéens, oui. Et interrogeons-nous plutôt sur la cohérence sémantique du président cantonal du PDC, Sébastien Desfayes, une personne au demeurant que j’apprécie beaucoup. M. Desfayes nous dit, depuis des mois, que le PDC ne doit pas transiger sur ses valeurs, et qu’en vertu de cela, il ne saurait conclure d’alliance avec le MCG. Soit. Mais alors, s’il « ne transige pas sur ses valeurs », comment justifier, au niveau de la cohérence cantonale, une alliance avec la gauche ? Car enfin, si le MCG ne fait pas partie des « valeurs » du PDC, il me semble que la gauche non plus.

 

Dans l’estimable croisade de ce parti pour la défense de ses « valeurs », il y aurait donc deux poids, deux mesures. Avec une singulière marge d’adaptation, ou de concessions, à l’originelle pureté des « valeurs », lorsque, par hasard, surgit sur le chemin l’aubaine d’un poste à conquérir.

 

Sur le chemin de Damas, il est convenu qu'un cavalier, frappé d'une intense lumière, tombe de cheval. Reste à savoir de quel côté.

 

 

Pascal Décaillet

 

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20/04/2015

Mediterranée : non au Cimetière marin !

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Sur le vif - Lundi 20.04.15 - 15.11h

 

Il ne s’agit plus ici de savoir si nous sommes de gauche ou de droite. Nous somme des citoyens, des hommes et des femmes libres, responsables. Et puis, nous sommes des humains, reliés dans cet état par quelque chose de planétaire qui, parfois, transcende les clivages. Alors, dans la mystérieuse verticalité de cette double appartenance, comme humains et comme citoyens, nous ne pouvons laisser continuer ainsi les naufrages de migrants en Méditerranée.

 

Je ne dis pas ici qu’il faille ouvrir les frontières. Mais il faut faire quelque chose. Non au seul niveau suisse, qui est bien modeste, mais cette fois, oui, à l’échelon du continent. Peu importe que nous ne soyons pas dans l’Union européenne. Nous devons faire partie, dans ce dossier-là, d’une solution d’urgence mise au point au niveau européen. Une décision politique, forte. Une décision d’exception. Appliquée sous le contrôle des élus, et non laissée à la jungle des administrations.

 

Parce que l’Afrique, ça existe. L’humanité africaine, aussi. Elle n’a rien à envier à la nôtre. D’ailleurs, au nom de quoi l’une des appartenances humaines de la planète serait-elle moins importante que d’autres ? Simplement, une grande partie de l’humanité africaine se trouve dans des conditions sociales, économiques, où nulle autre issue ne s’impose que celle de la migration. Ajoutez à cela la transformation en clans tribaux, avec tout ce que cela implique de rançons, de trafics et de passeurs, de certains pays d’Afrique du Nord où l’Occident, croyant que chasser un dictateur allait tout résoudre, a démantelé l’Etat. Et a ainsi laissé, plus encore que naguère, s’installer dans ces pays des pratiques envers les migrants rappelant les pires époques.

 

De grâce, ne laissons pas les horreurs de ces naufrages en Méditerranée s’engluer dans le seul débat suisse sur les questions d’asile. Depuis plus de trente ans que je m’occupe de politique fédérale, ce dossier, livré aux technocrates, empesé par un fédéralisme de complication et d’administration, incapable de faire émerger des choix politiques clairs, est géré de façon catastrophique. Illisible, de plus : personne, dans la population, ne comprend rien à cette jungle de « centres de requérants » qu’il faut ouvrir, ici ou là, avec chaque fois les recours de la population locale. Aucune vision d’ensemble, juste la bureaucratie à l’état pur.

 

Je ne sais pas ce qu’il faut faire, mais je sais que les migrants africains sont nos frères humains. On n’est évidemment pas obligé de les accepter tous. Et chaque pays, cela demeure mon credo, a le droit de réguler ses flux migratoires. Mais laisser ainsi la Méditerranée, qui devrait justement être ce lien sacré, intime et sublime, archaïque et recommencé, entre le Nord et le Sud, devenir le Cimetière marin des espoirs migratoires de nos frères en humanité sur le continent africain, alors là je dis non. On peut être de gauche ou de droite, placer où l’on veut le curseur de l’accueil dans notre politique migratoire, cela se discute dans les aléas de la politique. Mais là, nous sommes au-delà de la politique. Et la lumière de cet « Ailleurs » doit nous inspirer des postures et des décisions d’exception. Au nom de l’humanité, une et indivisible.

 

Pascal Décaillet

 

 

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18/04/2015

Kafka, l'oralité, la musique de l'énigme

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Samedi 18.04.15 - 18.27h

 

Un décor de radio-théâtre, années cinquante. Une scène, toute en longueur, deux rangées de spectateurs. On arrive, on a un peu peur : on se dit certes qu’on va écouter l’un des récits les plus éblouissants jamais écrits, mais enfin deux heures de « lecture », ça peut risquer d’être dur. On se trompe, et on s’en rend compte, pour son plus grand bonheur, dès les premières minutes : ce qu’ont réussi Daniel Wolf et ses douze comédiens, en nous restituant les dialogues du « Procès » de Kafka, saisit, ravit. Ils sont debout, face aux gros micros de l’époque, lisent leur texte, laissent tomber par terre la partie déjà lue, cela se fait en effet en radio. On se croirait dans un enregistrement « d’Enigmes et Aventures », à la grande époque. Au studio 15. Ou au studio 8.

 

Ils lisent, et puis ils interprètent. Lisent. Jouent. Et nous séduisent. Après neuf répétitions seulement, ça n’est déjà plus une simple « lecture », c’est autre chose. Et l’état, inédit, de cet intermédiaire nous restitue, dans son rythme, sa musicalité, et surtout son absolue drôlerie, l’univers de ce récit, appelé « roman », composé en 1914, publié en 1925, un an après la mort de Kafka, à l’âge de 41 ans. Oui, ce « Procès », devenu l’un des grands textes de la littérature universelle, que tout le monde connaît ou croit connaître, l’ayant lu ou non, parce que son auteur est devenu aussi célèbre qu’une chose, un objet, un concept : on dit « kafkaïen » pour « absurde », « complexe », « bureaucratique », etc. On dit « Kafka » comme on dit « frigo ».

 

Et justement, la vertu première de cette mise en bouche est de laisser venir à nos oreilles l’incomparable petite musique de l’un des plus grands prosateurs de la littérature de langue allemande. Toute ma vie, je me suis interrogé sur la nature profonde de l’oralité, sa vraie différence avec l’écrit, ou la lecture silencieuse, la réalité non masquée des enjeux d’une prise de parole en public. Ou de la lecture d’un texte à haute voix. « Mit lauter Stimme ». Hier soir, à la Comédie, devant le savoir-faire de ces comédiennes et comédiens, je n’ai cessé de penser à la saisissante épaisseur de ce mystère. Pourquoi fait-on de la radio ? Pourquoi, à tel point, rêvons-nous d’en faire ? La radio, ce qu’elle implique, ce qu’elle charrie, ne se limite pas, dans « Processus Kafka » de Daniel Wolf, à un simple artifice de décor. Elle a une autre fonction, profonde, dans les enjeux du texte.

 

Alors, quoi ? Alors, c’est l’histoire de ce fameux Joseph K., remarquablement  interprété par le jeune et troublant Jean-Aloïs Belbachir, qui, un beau matin, se fait « arrêter », sans pour autant qu’on le conduise en prison, et surtout sans avoir la moindre idée de la cause des ennuis que lui veut la justice. La mise en lecture de Daniel Wolf procède à un découpage nous restituant les scènes les plus mythiques de ce récit, dont nous retiendrons notamment trois monologues : celui de Me Huld, l’avocat (Armen Godel). Celui de Titorelli, artiste-peintre (Pascal Berney). Celui, célébrissime, et sur lequel tant de commentateurs se sont exprimés, dont George Steiner, du prêtre (Jacques Maitre), aumônier du tribunal : la fameuse Parabole de la Loi, éditée séparément, en 1915, dix ans avant la publication intégrale et posthume du Procès «sous le titre « Vor dem Gesetz ». N’entrons pas ici dans la question majeure et capitale de ce qui fut finalement publié, ou non, dans l’œuvre de Kafka, en fonction – oui non – des désirs de l’auteur, avec le rôle, comme on sait, de son ami Max Brod.

 

Il y avait deux classes, hier soir, niveau Maturité. Je me dis que certains de ces élèves, un ou deux peut-être, entreront un jour dans la lecture de Kafka grâce à cette mise en oralité. Les gens de théâtre d’hier leur en auraient donné le goût. Reste le mystère de ce récit à nul autre pareil, la profondeur des énigmes, à l’image de ce discours du Gardien de la Porte, dans la Parabole de la Loi, prophétique et sibyllin, ouvert et fermé comme une parole oraculaire, riche de multiples sens, dénué d’issue apparente. Quelque chose comme un texte sacré, livré à l’état brut, sans apparat critique. Pour la seule richesse de ses sons. Et le ravissement – comme en radio – de notre appétit musical, qui précède, en le dévorant, celui de notre entendement.

 

Pascal Décaillet

 

*** « Processus Kafka ». Direction Daniel Wolf. Encore ce soir (samedi), 19h, et demain (dimanche), 17h, à la Comédie.

 

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15/04/2015

Le patronat n'appartient pas aux libéraux

 


Commentaire publié dans GHI - Mercredi 15.04.15



L’UDC genevoise voit rouge. Dans un communiqué publié le 8 avril, sa présidente, Céline Amaudruz, ainsi que le secrétaire général, Eric Bertinat, disent leur colère. Ils s’en prennent à une lettre, adressée par les plus hautes autorités de la FER (Fédération des entreprises romandes), soit le président Nicolas Brunschwig et le directeur général Blaise Matthey, aux 27'000 entreprises membres de cette organisation patronale, « pour favoriser, en Ville de Genève, le candidat PDC Guillaume Barazzone ». L’UDC genevoise, parti de droite, favorable à l’esprit d’entreprise et à la libre concurrence, voit dans ce soutien non seulement une injustice, mais aussi un décalage complet face à la situation actuelle de l’économie genevoise. Assurément, les arguments et le courroux de ce parti méritent d’être entendus.


 
Bien entendu, la FER est une organisation libre de ses choix et préférences, elle a le droit de soutenir qui elle veut. Libre à ses entrepreneurs membres (dont votre serviteur) de tenir compte ou non de ses mots d’ordre, après tout nous sommes adultes et vaccinés. Mais tout de même, des questions se posent. Au-delà de cette faîtière et de Genève, pourquoi diable les représentants du patronat, en Suisse, sont-ils à ce point liés aux libéraux, au capitalisme financier, à une conception de l’économie dont le pays tout entier est gentiment en train de revenir, avec le retour des frontières, celui du sentiment d’appartenance, et surtout celui de préférence aux résidents. Préférence cantonale. Préférence nationale, jusqu’à un certain Christophe Darbellay, président du PDC suisse ?


 
Ce qui exaspère l’UDC genevoise, c’est le soutien sans faille de la FER aux partis de l’Entente (PLR, PDC). Comme si l’UDC (ou d’ailleurs aussi le MCG, les Verts, les Verts libéraux, d’autres encore) n’étaient pas eux aussi des partis d’entreprise. Mais justement, de petits entrepreneurs souvent ! Ceux qui prennent tous les risques. Investissent (donc risquent de perdre) leur propre argent, leur patrimoine. Et qui ont moins accès que d’autres à certains crédits bancaires. Ce sont pourtant ces méritoires aventuriers-là qui sont la sève et le sang de l’économie genevoise de proximité, sa respiration, son poumon. « Ni le PLR, ni même le PDC, poursuit le communiqué de l’UDC, ne sont aujourd’hui les acteurs principaux de la politique économique ». Et ils rappellent ce récent classement de l’USAM (Union suisse des arts et métiers), la faîtière nationale des petits patrons, notamment dans le commerce et l’artisanat, reconnaissant l’UDC comme le parti le plus proche de l’économie en Suisse.


 
Tiens l’USAM, un mot sur le sujet. Depuis que la présidence de cette organisation, longtemps radicale, est assumée par une personnalité UDC de premier rang, le Fribourgeois Jean-François Rime, on voit fleurir, sous d’improbables plumes libérales, tous les reproches du monde contre ses nouvelles orientations. Comme si la norme, pour l’éternité, de tous les représentants du patronat en Suisse, était la totale obédience à l’idéologie libérale et à ses affidés. Oui, sur ce coup l’UDC genevoise a eu raison de rugir. Non, les patrons ne sont pas tous libéraux. Oui, certaines organisations,  à Genève comme en Suisse, sont en retard de plusieurs guerres. Des changements s’imposent.


 
Pascal Décaillet

 

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13/04/2015

Günter Grass : la littérature allemande orpheline d'un génie

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Sur le vif - Lundi 13.04.15 - 13.54h

 

Avec Günter Grass, qui nous quitte aujourd’hui à l’âge de 87 ans, la littérature allemande perd non seulement l’un de ses plus grands auteurs du vingtième siècle, mais l’une de ses plus saisissantes figures dans ce champ immense qui, de la traduction de la Bible par Luther en 1522 à aujourd’hui, n’a cessé en cinq siècles, par sa profondeur, d’enrichir nos consciences. Lorsque j’ai appris la mort de Grass, juste avant midi, ce sont d’abord une foule d’images qui se sont télescopées dans ma tête : Dantzig en 1939, l’immense migration des Allemands vers l’Ouest en 1945, le Tambour, la révolte à Berlin-Est le 17 juin 1953, génialement restituée dans une œuvre pas assez connue, « Die Plebejer proben den Austand », « Les Plébéiens répètent l’insurrection », impliquant comme personnage un certain Bertolt Brecht mettant en scène le Coriolan de Shakespeare, au milieu d’une révolte populaire dont on connaît l’issue historique.

 

Mes premiers souvenirs de Grass remontent à mes lointaines années de Germanistik, et bien sûr, encore et toujours, à la figure de Bernhard Böschenstein. Mais comme tant d’autres, c’est la lecture du Tambour (Die Blechtrommel, 1961), cette fresque exceptionnelle d’une enfance et d’un destin dans la « Ville libre de Dantzig », cause directe de la Seconde Guerre Mondiale, qui m’a coupé le souffle. Par l’histoire racontée, qui est celle des Allemands du siècle, mais aussi et surtout par la puissance du style, une forme de baroque ou de picaresque germanisé, sur lequel je suis exprimé dans l’Hebdo, lors de la parution de « Mein Jahrhundert » (Mon siècle), le 18 novembre 1999, http://www.hebdo.ch/le_siegravecle_de_guumlnter_grass_825... . Dans cet article, je mentionne la filiation littéraire de Grass avec le célèbre « Simplicissimus », de Grimmelshausen (1688), lecture obligatoire de tout germaniste en herbe, dont le héros, Simplex, se balade dans les dédales de la Guerre de Trente Ans. Nulle œuvre littéraire, assurément, ne se réduit à des thèmes, mais on notera tout de même la présence écrasante, chez Grass, de la guerre, de la migration, du regard d’enfant, décalé, sur la tragédie du siècle, toujours recommencée.

 

J’avais déjà écrit une page complète, quelques années plus tôt (1995), à la demande de Jacques Pilet (pour le Nouveau Quotidien), sur « Ein weites Feld », « Toute une histoire », où Grass, prenant à témoin le grand romancier du dix-neuvième Theodor Fontane, ironise, l’un des premiers, sur la réunification, en pleine euphorie Kohl. Décalage, toujours : nous avons affaire à un narrateur d’une puissance inouïe, le champ de son action est celui de l’écriture, c’est lui qui choisit le diapason, les clefs, les tonalités. Son allemand de Dantzig, avec la Baltique dans le jeu salé de ses sonorités, c’est à haute voix qu’il faut le lire. Au fait, pourquoi deux des géants de la littérature allemande sont –ils nés au bord de cette mer lointaine, Thomas Mann à Lübeck (1875), Günter Grass à Dantzig (1927) ?

 

Je ne reviendrai pas ici sur l’immensité de l’œuvre, ni sur le Günter Grass biographique, vous aurez tout cela demain dans vos journaux. Disons simplement que la vie de cet homme de génie fut celle – ne put qu’être celle – d’un Allemand du siècle, né à Dantzig en 1927, douze ans en 39, dix-huit en 45, il a voulu aller dans les U-Boot, il est passé par la Panzerdivision SS Frundsberg à 17 ans, en 1944, il a été prisonnier des Américains. Destin totalement classique d’un adolescent de l’époque : j’ai moi-même passé l’été 1972 chez un Allemand originaire de Posen (Poznam), à la trajectoire étonnamment similaire, front russe, reflux, captivité, reconstruction, à partir de zéro, compagnonnage avec d’autres anciens combattants : un destin allemand, c’est tout. Tous les soirs, pendant des heures, dans son jardin près de Lüneburg (Basse-Saxe), nous nous parlions. Il me racontait la guerre, sans haine, c’était saisissant.

 

Des thèses de doctorat ne manqueront pas, dans les années ou les décennies qui nous attendent, de scruter, au plus près, le rapport du récit grassien avec la réalité traversée dans l’Histoire, et à coup sûr nous retomberons toujours, principalement, sur la Seconde Guerre Mondiale, l’immense vague de refuge germanique du printemps 1945, la question de l’unité et celle de l’identité. Mais une fois encore, nulle œuvre littéraire, surtout pas de cette puissance-là, ne se ramène à des thèmes. Disons qu’elle les charrie, les tutoie, les évoque, les esquisse. Pour mieux sublimer l’incomparable musique d’un style : celui-là est unique, reconnaissable immédiatement en quelques lignes. La littérature allemande est aujourd’hui autant orpheline qu’en 1955 avec la mort de Thomas Mann, ou en 1956 avec celle de Brecht.

 

Pascal Décaillet

 

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12/04/2015

Illisibles, les Verts ne font plus recette

 

Sur le vif - Dimanche 12.04.15 - 18.34h

 

Tous les quatre ans, ce qui se passe en avril à Zurich est sondé comme préfiguration de ce qui pourrait se produire six mois plus tard, aux élections fédérales. Ainsi, la déroute des Verts. Dans ce canton, le plus peuplé de Suisse, ce parti vient de perdre, cet après-midi, son conseiller d’Etat, Martin Graf, et, dans la foulée, six députés au Grand Conseil. A Genève aussi, en novembre 2013, les Verts perdaient un membre du gouvernement et sept membres du Parlement cantonal. Que feront-ils, dans une semaine, dans les Conseils municipaux de nos 45 communes ? Nous le verrons dimanche prochain, à Uni Mail.

 

Je ne cesse, ici même, depuis des années, de thématiser l’illisibilité croissante des Verts. Je le faisais déjà du temps de leur splendeur, lorsqu’ils étaient au firmament de la mode, prétendaient éclipser leurs cousins de gauche, dépasser la lutte des classes, et jusqu’au concept même d’Histoire, qui devrait céder la place à une postmodernité dégagée du poids du tragique, de celui des frontières et des appartenances. Cette invitation à un aggiornamento fut souvent prise de très haut, par des gens qui avaient le vent en poupe, et se figuraient leur posture du succès comme éternelle.

 

La vérité, c’est que les Verts, ce parti très jeune, très récent dans notre paysage politique (quelque 35 ans), semblent aujourd’hui dans l’incapacité psychologique et intellectuelle du minimum d’autocritique nécessaire pour relancer le mouvement. « L’effet Fukushima est derrière nous », vient de reconnaître à la RSR la co-présidente du parti, Adèle Thorens, et cet aveu est ma foi énorme : par ces mots, la Vaudoise reconnaît qu’une importante tragédie japonaise (dont personne ne nie la gravité) avait, il y a quelques années, été bien utile à son parti pour le propulser dans des compétitions électorales en Suisse.

 

Seulement voilà, la mode, c’est ce qui se démode, et lorsqu’il faut compter sur une catastrophe au pays du Soleil Levant pour nourrir le débat politique en Suisse, l’argument ne peut tenir très longtemps. Idem, l’obsession climatique du prédécesseur de Mme Thorens, le conseiller national genevois Ueli Leuenberger : dans cet exemple aussi, il fallait toujours « planétiser » les enjeux,  et cela précisément au moment où les frontières, les sentiments d’appartenance et de proximité reviennent.

 

Aujourd’hui, au niveau fédéral comme dans bien des cantons, les Verts sont devenus illisibles. Ils ne manquent pourtant pas d’atouts : un personnel politique de qualité, avec un très bon niveau de formation, des ministres exécutifs efficaces et pragmatiques, dans les cantons comme dans les municipalités, bref des gens très agréables à fréquenter : le problème, ce ne sont pas « les Verts », en aucun cas les personnes, mais bien le flou croissant dans l’idéologie.

 

Aucune section Verte dans une grande ville, aucun parti Vert cantonal, pas plus que le parti national, ne pourra faire l’économie d’une autocritique, ou s’ils préfèrent un aggiornamento, dans ce domaine-là. Refuser de le faire, mais en profondeur croyez-moi, ce qui n’ira ni sans douleur, ni sans déchirements, c’est conduire cette formation politique vers d’autres défaites, d’autre pertes d’influence, d’autres rétrécissements dans notre vie citoyenne. A eux de choisir, entre la politique de l’autruche et le chemin de l’introspection. Les élections fédérales, c’est dans six mois et six jours.

 

 

Pascal Décaillet

 

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09/04/2015

Mattmark, 1965

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Sur le vif - Jeudi 09.04.15 - 14.44h

 

Était-ce le repas du soir du lundi 30 août 1965 (oui, très probablement), ou celui de midi du mardi 31 ? Je me souviens exactement où j’étais, avec ma famille, lorsque j’ai appris la catastrophe de Mattmark. J’avais sept ans, et c’est la seule fois de ma vie où j’ai perçu l’esquisse d’une larme dans l’œil de mon père. Il venait de rentrer du travail, nous étions déjà attablés, il était très ému, il a juste dit : « Il faut vite allumer la radio, le glacier s’est effondré sur le chantier de Mattmark ». Nous avons écouté, en silence. Ce mot, Mattmark, déjà naturellement dur, austère, revêche, m’a fait peur de longues années après, peut-être aujourd’hui encore.

 

Le souvenir de cette tragédie est lié à l’émotion de mon père. Il était ingénieur, génie civil, 45 ans à l’époque, il avait justement travaillé, les premières années de sa carrière, pendant la guerre, sur des chantiers de montagne. C’est lui, par exemple, tout jeune, qui avait construit le Fort d’Artillerie de Champex, dans la commune de ma mère, Orsières. Mattmark n’est pas le plus vieux souvenir que je conserve d’une nouvelle grave, avec nécessité immédiate de brancher la radio : je me souviens de la mort de Kennedy, novembre 1963, et de celle de Churchill, janvier 1965. Mais Mattmark, comment vous dire, je tremble presque en l’écrivant cinquante ans après, c’était quelque chose de terrible : le glacier de l’Allalin qui s’écroule sur le chantier d’excavation du barrage en construction, 88 morts, dont 57 saisonniers italiens et 23 travailleurs suisses.

 

Des jours suivants, début septembre 1965, je n’ai plus aucun souvenir concernant Mattmark, c’était le moment de mon entrée dans une école où j’allais passer près de onze ans, jusqu’à ma Maturité en avril 1976, une école qui m’a profondément marqué. Depuis cette date, je suis allé marcher, avec mon père, sur tous les barrages du Valais, Mauvoisin, Dixence, Moiry, Emosson, Zeuzier, Cleuson, et tant d’autres. Tous, sauf Mattmark. Aujourd’hui encore, je ne suis jamais monté voir ce barrage. Mais je vous jure que chaque fois que j’en vois un, ou n’importe quel chantier de montagne, tunnel collecteur, canalisation, puits d’échappement, je pense à ces 88 morts, sans compter les blessés, au plus profond de moi. Je pense aux chantiers de montagne de mon père, à la dureté du métier de ces hommes-là. Grâce à eux, ces Italiens, ces Suisses, tous les autres, nous vivons aujourd’hui mieux, plus confortablement en tout cas, que les générations d’avant.

 

Je pense aussi à la puissance sonore et musicale des mots : il fallait que le lieu de mort et de malédiction fût celui qui portât ce nom de deux syllabes, raides, sombres, rauques, gutturales, habillant la plus nocturne des voyelles. Ce nom qui, cinquante ans après, me fait toujours peur. Hommage aux victimes. J’ignore encore si je m’y rendrai un jour.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Quatorze campagnes, un bilan

 

Sur le vif - Jeudi 09.04.15 - 09.30h

 

En Ville de Genève, ils sont quatorze à briguer le Conseil administratif, entendez l’exécutif communal. Quatorze candidats, pour cinq places. L’élection va se jouer en deux tours, les dimanches 19 avril et 10 mai prochains. Nous serons tous à Uni Mail pour couvrir ces importants rendez-vous de notre vie politique, non seulement pour la Ville, mais pour les 44 autres communes. Entre les deux tours, on peut s’attendre à un « écrémage » : dans les différents camps, on renoncera sans doute aux candidats les moins bien placés, pour favoriser les chances de ceux qui restent. Et nous ne parlons ici que des candidats aux exécutifs, les Mairies. Il faut ajouter les centaines de postulants pour les Conseils municipaux (délibératifs) dans l’ensemble de nos communes.

 

En Ville donc, prenons-les de gauche à droite. Pour Ensemble à Gauche, trois candidats : Hélène Ecuyer, qui tient le vrai discours de sa famille politique, avec franc-parler et courage. Vera Figurek, l’une des révélations de la campagne, un peu moralisante, mais efficace dans le propos et la prise de parole en public. Enfin, Rémy Pagani, vieux routard, roublard, madré, le candidat aux mille astuces. Il apparaissait, dans notre débat final du 2 avril, aux Halles de l’île, comme le chef du quintet sortant, en tout cas du quatuor de gauche, ce qu’il n’est pas, mais nul n’a songé à lui contester ce rôle. Il est l’ennemi à abattre de la droite, mais ce sera fort difficile : il connaît le terrain comme sa poche.

 

Chez les socialistes, Sandrine Salerno, qui n’a cessé de s’améliorer en huit ans aux affaires. La deuxième législature, qui s’achève, est plus apaisée que la première. Il y a chez cette femme du courage et de la clarté, ce qui lui vaut des ennemis à la fois à droite et sur sa gauche. Plus consensuel, moins amateur de risques, le Maire sortant, Sami Kanaan, est un homme calme et solide. On espère une deuxième législature plus audacieuse, notamment en matière de choix culturels. Chez les Verts, Esther Alder est à l’aise dans son Département du social, elle est proche des gens, sait ce qu’elle veut, ne se laisse pas démonter, et le peu d’intérêt qu’elle semble porter aux joutes politiciennes pourrait bien être mis à son crédit par le corps électoral.

 

A droite, il y a d’abord le cinquième sortant, le PDC Guillaume Barazzone. Très malin en campagne ! Il n’intervient que pour valoriser son bilan, qui est d’ailleurs intéressant sur le plan des polices municipales. Et puis, il y a ce fameux trio PLR.  Pourquoi trois personnes ? Nul ne l’a compris pour l’heure, à commencer par les candidats eux-mêmes. Ils sont charmants, bien habillés, courtois : Natacha Buffet-Desfayes, compétente et pleine d’humour, mais qui doit encore s’affirmer dans les débats publics ; Adrien Genecand, bel opposant pendant toute la législature, mais qui donne l’impression de fatigue en fin de campagne ; Pierre Conne, royal, solitaire, céleste, comme l’Aigle qui décrit des cercles.

 

Restent Sue Putallaz, candidate des Verts libéraux : elle doit se battre, avec son équipe, pour déjà « entrer » avec le quorum au Municipal. Thomas Bläsi, révélation UDC de la campagne : compétence, courtoisie, humour, capacité de jeter des ponts, assurément un espoir de la politique genevoise. Enfin, les deux candidats MCG : le bouillant et virevoltant Carlos Medeiros, et Daniel Sormanni, excellent connaisseur des finances communales. Voilà, vous les connaissez tous. Il vous reste à voter. Les dés sont jetés.

 

Pascal Décaillet

 

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08/04/2015

La SSR, la Ligne Maginot, la mémoire enfouie d'une autre guerre

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Sur le vif - Mercredi 08.04.15 - 16.24h

 

Démanteler la SSR. C’est le procès d’intention que les inconditionnels de cet immense consortium appliquent à toute personne se risquant à articuler des pistes de réflexion sur l’avenir de l’audiovisuel et Suisse, le financement des entreprises ou des émissions. Ainsi, dans le Temps de ce matin, deux cadres retraités de la SSR, Guillaume Chenevière et Claude Torracinta, sortent la tête de leur fortin, avec un louable esprit dans l’ordre de la guerre de position, pour prendre la défense d’une Ligne Maginot  qu’ils estiment attaquée dès qu’on remet en cause sa suprématie, et surtout sa gourmandise en moyens et en effectifs. Ces deux hommes, qui en d’autres guerres eurent (notamment le second) d’ardents mérites, se trompent de combat, d’époque et de stratégie. Surtout, faute d’être actifs aujourd’hui, ils oublient l’essentiel : une ligne de fortifications ne se prend pas. Elle se contourne. Avec de l’audace, du mouvement, de l’imagination, de l’innovation.

 

* Autre chose qu'une affaire de Géants et de Titans.

 

Il n’est pas question que la dialectique sur le rôle et le financement de la SSR se laisse ramener à une querelle de Titans, d’un côté les caciques du Mammouth, et face à eux un Pietro Supino, le grand patron de Tamedia, dont les véritables intentions (la guerre totale dans un théâtre d’opérations qui n’est aujourd’hui qu’en timide gestation, celui des sites d’information internet, avec sons et images) sont parfaitement lisibles. C’est pourquoi, le 1er avril dernier, acceptant bien volontiers l’hospitalité du rédacteur en chef du Temps, je prenais moi aussi la plume pour donner mon point de vue.

 

J’ai passé moins de temps à la SSR que MM Chenevière et Torracinta, mais sur deux décennies, j’y ai occupé, comme correspondant à Berne, chef de la rubrique suisse, et surtout comme producteur des trois grandes tranches d’informations, des postes de front. Où il s’agissait, en 1993 (nouvelles Matinales) comme en 2000 (création de Forum, une heure d’informations et de débats, 18h- 19h, formule toujours en vigueur quinze ans après), de lancer de nouveaux défis, prendre l’initiative, attaquer la concurrence, innover. A la SSR, pendant cette période dont je ne regrette rien, j’ai tout donné. Le front de l’information m’est donc, je crois, assez connu, peut-être de moins haut que MM Chenevière et Torracinta, mais assurément sur le terrain, et avec une passion qui ne m’a jamais quitté : celle, chaque jour recommencée, de produire et présenter une émission d’actualité.

 

Démanteler la SSR, disent-ils. Mais où diable voient-ils cela ? Je ne réponds ici que pour moi-même, et non pour M. Supino, et cherche en vain le passage de mon texte où j’appellerais à une cessation d’activités, ou un passage par pertes et profit de cette auguste institution. Je l’ai écrit et le répète volontiers ici : la SSR produit d’excellentes émissions d’intérêt public, tout ce qui touche au débat politique, à la mise en lumière des enjeux économiques ou culturels, notamment. Les émissions d’information, les Téléjournaux, Infrarouge, Arena, les magazines économiques, de santé ou de consommation, pour ne citer que quelques exemples. Ai-je demandé que cet univers-là, en gros celui du journalisme d’information, soit « démantelé » ?

 

* Autres terrains, autres enjeux.

 

Seulement voilà, le théâtre d’opérations de l’audiovisuel, depuis que ces deux respectables Messieurs ont quitté leurs fonctions pour passer du statut d’acteurs à celui de pensionnés, a considérablement évolué. Peut-être, à leur époque, pouvait-on dire : « SSR =  service public, privés = médias commerciaux ». Mais aujourd’hui, la réalité du terrain n’a plus rien à voir avec cette équation. Et pour cause ! Prenez Canal 9, La Télé, Léman Bleu, liste non-exhaustive pour la Suisse romande. Je le répète : chacun ces trois médias, sur sa portion de terrain, avec les moyens qui sont les siens (dérisoires face à ceux de la SSR), déploie des efforts immenses pour refléter la vie politique, économique, sportive (de proximité), sociale et culturelle de sa région. Au prorata de leur taille, ils produisent beaucoup plus d’émissions « de service public » que la SSR. Le constater, c’est photographier le terrain d’aujourd’hui, tel qu’il est, sans pour autant appeler au « démantèlement » de qui que ce soit.

 

D’ailleurs, pour vouloir « démanteler » la SSR, il faudrait commencer par s’y intéresser. Or, cette entreprise captera nos attentions (tout comme les TV privées d’ailleurs) non pas sa structure, déprimante et étouffante, mais par la qualité de ses émissions. Certaines (je les ai citées) sont totalement dans le champ du « service public ». D’autres, pas du tout. Il n’y a à cela rien de grave : la SSR est totalement libre de produire les émissions qu’elle veut, et d’équilibrer l’offre citoyenne par des séries américaines, ou des programmes plus légers, qui sans doute sont de bons capteurs d’audience. Mais je dis simplement, depuis un an dans l’espace public, que cette seconde catégorie d’émissions n’a absolument pas à être financée, ni même aidée, par l’argent public. Ni à la SSR, ni ailleurs. D’où mon idée de faire évoluer le système, dans les années ou les décennies qui nous attendent, vers une aide publique à des ÉMISSIONS, et non plus à des ENTREPRISES ENTIERES. Car en finançant l’intégralité d’une entreprise comme la SSR, on finance certes un peu le « service public » mais surtout quantité d’autres offres qui ne relèvent, quant à elles, que de la concurrence sur le marché privé.

 

* Au centre de tout : l'émission. Pas la structure.

 

Car enfin, l’unité de base, dans l’audiovisuel, ce ne sont PAS LES ENTREPRISES, avec le risque énorme d’usines à gaz que d’aucunes portent en elles, mais ce sont des ÉMISSIONS. Enfant de la télé, je garde une mémoire émue des premières années d’Apostrophes, mais sans du tout avoir retenu par quelle chaîne cette émission géniale était portée. Je me souviens de Pivot. Et de ses invités. Or, précisément, l’évolution des modes de langage dans l’audiovisuel, l’irruption des sites d’informations, le rôle que pourraient jouer les réseaux sociaux (qui doivent passer du mode du bavardage à une utilisation plus construite), tout cela nous amène à une atomisation bienvenue des producteurs d’informations.

 

C’est cela qui pourrait bien, d’ici cinq, dix ou vingt ans, conduire à un « démantèlement » non seulement de la SSR, mais de l’ensemble des actuelles « chaînes » (mais d’où sort, avec les « grilles », ce vocabulaire carcéral ?) productrices d’audiovisuel en Suisse. Si nous voulons que demeure, dans notre pays, un champ de « service public », c’est en l’orientant sur des offres, principalement des ÉMISSIONS, et non plus sur des STRUCTURES, que nous y parviendrons. La SSR, dans ce modèle, peut parfaitement survivre, et même s’en tirer fort bien. Pour peu qu’elle retrouve le goût du mouvement et de l’innovation. Une Ligne Maginot, aussi impeccable soit l’alignement de ses fortins, est toujours un espace de nostalgie. La mémoire enfouie d’une autre guerre.

 

Pascal Décaillet

 

 

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02/04/2015

Envoyons les meilleurs !

 

Commentaire publié dans GHI - 01.04.15

 

45 communes, une dizaine de partis cantonaux, des ententes communales, des indépendants, des hommes, des femmes, des vieux, des jeunes : il y en a pour tous les goûts. Il appartient à chacun d’entre nous de se décider en conscience. Le candidat idéal, ou la candidate, existe pourtant. Tous partis confondus, commençons par voter pour ceux qui ont férocement envie d’exercer la fonction. Ceux que nous avons vus sur le terrain, sur les stands, qui nous ont allumés, excédés peut-être, mais dont on sent qu’ils sont habités par le démon politique. Sans cette passion, viscérale, rien n’est possible. Pour convaincre les autres, il faut commencer par y croire soi-même.

 

Car le chemin est rude. Toutes ces centaines de candidats aux Conseils municipaux (délibératifs), quel sera leur destin, s’ils sont élus ? Eh bien, siéger, ma foi ! Se pencher sur des sujets concrets, qui à la plupart d’entre nous paraissent horriblement fastidieux. C’est le début de « l’exercice de l’Etat » : il y faut de l’abnégation, de la discipline, du dévouement à l’intérêt public. Oui, les élus municipaux méritent respect et reconnaissance. Par délégation, ils assument des tâches que les citoyens sont bien contents de leur refiler, Et s’il est un échelon où la démocratie « représentative » mérite son nom et sa grandeur, c’est bien celui de la commune. C’est là, dans notre pays, que tout commence. La commune est plus ancienne que les cantons, ne parlons pas de l’Etat fédéral (1848). Elle est le début et la source de toute citoyenneté. Tous partis confondus, pour la servir, envoyons les meilleurs.

 

 

Pascal Décaillet

 

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01/04/2015

Les communes : écoutons-les !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.04.15

 

Lancy, Carouge, Onex, Vernier, Meyrin : dans ces cinq villes (en attendant, jeudi 2 avril, la Ville de Genève), j’ai eu l’occasion, ces dernières semaines, d’animer des émissions spéciales, en direct de bistrots, à l’heure de l’apéro, avec tous les candidats aux Conseils administratifs (exécutifs), les 19 avril et 10 mai prochains. Passionnante expérience, surtout les moments passés, après l’antenne, à discuter avec la foule, venue assister aux débats. Il faut toujours parler avec les gens : non seulement on y apprend une multitude de choses, mais on y capte la température. Dans ces cinq principales communes suburbaines genevoises, j’ai pu dégager les préoccupations principales de la population. L’emploi, priorité absolue, loin devant les autres. Mais aussi, bien sûr, le logement. Le pouvoir d’achat. L’efficacité de la formation. Assurément, les querelles politiciennes, savoir qui est président de tel ou tel parti, n’arrivent qu’à des kilomètres derrière.

 

L’emploi. Les Verniolans, les Lancéens, les Onésiens, les Meyrinois, les Carougeois ne parlent que de cela. Ceux qui n’en ont pas rêvent d’en trouver un. Les autres, de le garder. Je n’ai entendu aucun chômeur désireux de s’éterniser dans sa situation : les gens, à Genève, veulent travailler. Ils veulent cette dignité, majeure dans nos sociétés, qui stipule qu’on gagne sa vie par soi-même, via un salaire. Ou, beaucoup plus dur, et à ne conseiller qu’aux super-battants : en travaillant comme entrepreneur indépendant, sans salaire, sans garantie, en assumant soi-même les assurances sociales, toute l’aventure pouvant s’écrouler à tout moment. Mais il s’agit là d’une catégorie hyper-minoritaire, ne vous y lancez pas comme des têtes brûlées : il faut, dans son domaine, des années d’expérience, de savoir-faire et de réseau. Et sans doute aussi un brin de folie.

 

Vernier, Meyrin, etc. : les gens veulent travailler dans le canton de Genève, et vivre dans leur commune. A Meyrin, par exemple, on rêve de pouvoir habiter aux Vergers, ce futur quartier où vont s’ériger des immeubles. On aime sa commune, son identité, son Histoire : c’est là qu’on veut vivre, et pas seulement pour y dormir. L’une des phrases les plus fortes a été prononcée le 19 mars à Vernier par Stéphane Valente, candidat UDC à l’exécutif : « Construisons la Ville – et pas seulement la Commune – de Vernier ! ». Ville, cela signifie lien social, culturel, identité commune, toutes choses que le Maire sortant, Thierry Apothéloz, l’un des élus socialistes demeurés proches du peuple, a d’ailleurs parfaitement comprises. Cinq ou six magistrats comme Apothéloz, dans la ceinture suburbaine, et jamais la gauche ne se serait fait ravir la confiance populaire par de nouveaux partis.

 

Que veulent les gens ? Travailler, et trouver à se loger. C’est tout simple, et pourtant si difficile à réaliser pour tous, dans un canton qui conserve le plus haut taux de chômage de Suisse, et où le logement à prix accessible – pour nos enfants, notamment – se fait tant désirer. Tout politicien qui aura fait des promesses dans ce deux domaines, mais aura passé sa législature à vivre en cercle fermé avec ses pairs (sur les réseaux sociaux, par exemple), aura gravement démérité. Et ne devra pas s’étonner si on le renvoie à ses chères études. Car la politique exige absolument, à l’instar de Pierre Mendès France, le seul véritable homme d’Etat de la Quatrième République, de tenir parole. Dans l’intérêt supérieur de la communauté humaine qui vous a porté à votre poste.

 

Pascal Décaillet

 

 

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SSR-Editeurs : une guerre qui n'est pas la nôtre

 

 Publié dans Le Temps - Mercredi 01.04.15

 

Pietro Supino, le grand patron de Tamedia, qui prend sa plume (Le Temps du 31 mars) pour nous rappeler que la SSR est trop gourmande et n’a pas le monopole du service public, c’est bien. Mais ça nous rappelle les premiers passages de la Théogonie d’Hésiode, ce merveilleux poète épique des temps homériques : des chocs de Titans et de Géants. Entre eux. Où nul lecteur averti, en l’espèce, n’est dupe du vrai contexte, la guerre entre les grands groupes de presse et la SSR autour des sites d’information. Bref, une histoire de gros sous, entre gros. Pour grossir encore. Jusqu’à l’éclatement ?

 

Il existe en Suisse trois géants : Tamedia, Ringier, et surtout la SSR. Ils se font la guerre, c’est leur problème. Le nôtre, celui de l’ensemble des citoyens aspirant à s’informer, n’est pas d’assister impuissants, passifs et résignés à ce combat des chefs basés à Berne ou à Zurich. Mais d’exiger de tous les acteurs une nouvelle définition du « service public », ce concept dont la SSR s’autoglorifie, comme si elle en était la seule dépositaire. Alors qu’elle n’est qu’un acteur parmi d’autres. Et surtout, qu’elle produit de moins en moins d’émissions citoyennes, ou de « service public ». Et de plus en plus d’offres n’ayant qu’un lointain rapport avec la promotion de la vie démocratique, de la culture, des arts et des sciences.

 

Dans son papier du Temps, M. Supino fait référence à des propositions publiées fin octobre par Avenir Suisse (dont le patron ne doit pas lui être totalement inconnu), prônant une complémentarité, dans la reconnaissance de la mission de service public, entre SSR et médias privés. Non seulement je partage le point de vue des patrons de Tamedia et d’Avenir Suisse sur ce thème, mais il se trouve que dans «Edito + Klartext, Le Magazine des Médias », il y a un an, printemps 2014, sous le titre « Financer des émissions, pas des entreprises », je publiais une analyse précédant de plusieurs mois tout ce beau monde. « Et si, au lieu de financer, par l’essentiel de cet impôt déguisé qu’on appelle redevance, une armada de chaînes entières (les innombrables canaux radio ou TV, en quatre langues, de la SSR), on ciblait les aides sur des émissions ? Peu importerait qu’elles émanent de la SSR ou des privés. Pourvu qu’elles soient, par la qualité de leur apport, de nature à aiguiser la citoyenneté, faire connaître les enjeux sociaux et économiques, refléter la puissance des antagonismes, donner la parole aux gens, mettre en valeur les actions culturelles ou sportives de proximité. Cela, aujourd’hui, se fait dans les chaînes privées. Avec un autre enthousiasme, une autre économie de moyens, une autre puissance d’engagement qu’à la SSR ».

 

L’idée est simple : casser la double équation « SSR = service public », et « TV ou radio privées «  médias commerciaux ». Oh, toute la sainte propagande de M. de Weck, le Saint Patron de la SSR, voudrait nous l’accréditer, ce poncif. Le problème, c’est qu’en 2015, et à vrai dire depuis quelques années déjà, il ne correspond plus à aucune réalité. D’abord, parce que les médias privés (prenez Canal 9, la Télé, Léman Bleu) multiplient les efforts sur l’information de proximité, les débats politiques quotidiens touchant leurs périmètres de diffusion, ils en produisent, au prorata, infiniment plus que la SSR. La politique, les débats électoraux, la valorisation culturelle de proximité, c’est chez eux, et très peu ailleurs, que ça se passe. Mais aussi, parce qu’à l’inverse, la SSR, gavée d’argent, ayant perdu tout sens de la mesure, n’en peut plus de proposer des offres de programmes qui se laissent peut-être voir, mais n’ont strictement aucune relation avec un mandat de service public. Elle a bien sûr le droit de diffuser ce qu’elle veut, mais ces émissions-là, qu’elle les finance par la publicité, pas par la redevance.

 

Dès lors, l’idée que je lançais dans « Edito Klartext » il y a un an, six mois avant Avenir Suisse et un an avant M. Supino, est de financer, par la redevance (si vraiment il faut qu’il en existe une) non plus des chaînes complètes, non plus des entreprises, mais des ÉMISSIONS. Jugées dignes de l’ambition de « service public ». Et surtout, provenant du privé autant que de la SSR. Et pas seulement des grandes entreprises : le temps est venu, je parle ici comme petit entrepreneur, où des microcellules médiatiques compétentes et dynamiques peuvent, dégagées des lourdeurs de logistique et d’état-major, accomplir des mandats mettant en valeur la vie citoyenne, culturelle, la compréhension économique d’une région donnée. Sur le terrain, en Suisse romande, la bataille est déjà gagnée. Elle doit encore croître en reconnaissance, en luttant contre la propagande SSR, laissant scandaleusement entendre qu’elle détient le monopole du service public. Il y là, pour les mois ou les années qui viennent, une véritable bataille de légitimité à engager. Nous la conduirons avec les seules armes qui permettent de marquer les points : la qualité, jour après jour, infatigablement recommencée, chacun dans son domaine et dans sa région, de notre travail, au service du public.

 

Pascal Décaillet

 

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30/03/2015

Duchosal et l'ombre rouge de la fraternité

 

Sur le vif - Lundi 30.03.15 - 17.29h

 

C’est peut-être parce qu’il est né l’année du Front populaire, mais régulièrement, avant même les premiers parfums de muguet, ça le tenaille : Jean-François Duchosal, colonel-pèlerin devant l’Eternel, reprend le chemin. Sa toute dernière péripétie (au sens d’Aristote, ou de la rue Saint-Denis, comme on voudra) ne l’a pas conduit, cette année, sur la route de Jérusalem, ni même celle de Carthage, mais sur le contour physique des frontières genevoises.

 

Il est parti de Versoix, a longé au plus près, comme seul sait le faire un initié des courses d’orientation, l’itinéraire de nos bonnes vieilles bornes. Et il a cheminé, avec la tranquillité naissante d’un printemps encore timide, le long de nos frontières. Avec le Pays de Vaud. Avec celui de Gex. Avec la Haute-Savoie. Il les a photographiées, les bornes de pierre, portant par exemple la date de 1816. Il s’est extasié, comme il en a l’intime secret, sur les bords chantants de l’Allondon, là où rayonnent les primevères. A ce moment, j’aurais voulu être à ses côtés, lui réciter les vers immortels de Friedrich Hölderlin sur le Neckar. Et puis, quelques jours après, il a fini au bord de l’Hermance.

 

Les voyages du Duchosal me font rêver. Bien qu’ayant 22 ans de moins, je ne suis pas sûr d’avoir la force nécessaire pour les entreprendre. Alors, par procuration, je chemine avec lui. Je l’avais fait vers Arles, « où sont les alyscamps, quand l’ombre est rouge sous les roses… ». Je l’avais fait vers Naples, Tunis, Alger, Cordoue. Et chaque fois que cet ami précieux repartira, à ma manière, je serai avec lui. Car, si le voyage est solitude, il n’en porte pas moins la richesse invisible de la fraternité. Bon vent, Jean-François, pour d’autres rivages.

 

Pascal Décaillet

 

 *** Jean-François Duchosal sera ce soir, en direct dès 19h, sur le plateau de GAC, pour nous raconter sa péripétie sur le chemin de nos frontières.


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28/03/2015

Pierre Maudet a-t-il compris le message du 8 mars ?

 

Sur le vif - Samedi 28 mars 2015 - 17.42h

 

« Je ne vais pas avancer à marche forcée » : l’interview de Pierre Maudet, dans la Tribune de Genève de ce matin, nous laisse sur un double sentiment quant à l’après-8-mars. D’abord, celui d’un ministre intelligent qui a su lire la carte électorale. Mais aussi, à l’inverse, celui d’un homme qui accable trop les autres dans l’interprétation de sa presque défaite, ou si vous préférez de sa minuscule victoire (54 voix). En on se dit que l’essentiel, le rapport de confiance du magistrat élu avec la police, n’est absolument pas réglé. Il faudrait à cet effet, pour peu qu’on y parvienne un jour, de longues années de cicatrisation.

 

D’abord, l’aspect positif, le ministre qui sait décrypter une carte électorale : « J’ai été surpris de voir les résultats dans les grandes communes suburbaines : c’est un avertissement pour les élections municipales ». Eh bien nous aussi, M. Maudet, nous avons fait ce constat. Nous l’avons écrit ici, 14.32h, le jour même, le dimanche 8 mars, puis trois jours plus tard dans GHI. Vous savez lire une carte, c’est bien. Il vous reste à apprendre cette technique politique de base, impeccablement maîtrisée naguère, sur toutes les circonscriptions de France, par un François Mitterrand qui était passé en 1954-55 à l’Intérieur, à quelques-uns des petits marquis ou laquais de votre cause qui, attirés par le pouvoir comme des éphémères par des phares nocturnes, adhèrent à vos paroles avec la glaise inconditionnelle d’un cadavre d’insecte sur un pare-brise. Parce que dans le genre déni, contrairement à vous et votre lucidité, ils battent les records du monde dans l’ordre de la servitude et de l’aplaventrisme.

 

Maintenant, l’aspect négatif. Ou inquiétant, pour la suite. Il réside non dans le décryptage de la carte du 8 mars, mais dans l’analyse des causes du très modeste fifty-fifty du résultat. Là, le ministre rejette trop la responsabilité, dans la TG d’aujourd’hui, sur les autres, et ne s’interroge pas assez sur les failles psychologiques dans le rapport qu’il entretient avec la police. Les coupables : les méchants socialistes, qui soutenaient la loi, mais n’ont pas fait campagne. D’autres méchants, qui ont « brouillé le message et désorienté les policiers ». Et jusqu’à la campagne elle-même, qui « ne portait pas sur l’objet ». C’est peut-être vrai, M. Maudet, mais un général ne vient pas, après la bataille se plaindre de l’état du terrain ou des armes choisies par l’adversaire : il mène le combat, c’est tout.

 

Dans le rapport, complexe et passablement empoisonné, que semble entretenir le ministre avec le corps de police, quelques mots insidieux (« Je ne suis pas rancunier, mais pas amnésique non plus »), lâchés à ma consœur Sophie Roselli, vont presque jusqu’à donner des frissons. Un votant sur deux, à Genève, a dit non à cette loi. Il s’agit certes de l’appliquer, puisque le oui l’emporte de 54 voix, c’est en ordre, la loi passe, mais tout de même, avec une tonalité d’approche où on est en droit d’espérer un effort du ministre. Un effort psychologique sur lui-même. L’interview donnée à la TG ne va pas dans ce sens.

 

Techniquement, le 8 mars, Pierre Maudet a gagné : la loi passe. Politiquement, il a perdu des plumes. La confiance du corps de police ne lui est toujours pas acquise. Le miracle électoral de la locomotive Maudet ne se produit plus. Il y a quelque chose d’enrayé dans la longue marche de cet homme brillant vers l’éternité du pouvoir. Les opposants du 8 mars, il les retrouvera un jour sur son chemin. Celui de Genève. Ou celui de Berne.

 

Pascal Décaillet

 

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26/03/2015

Bravo les jeunes !

 

Commentaire publié dans GHI - 25.03.15

 

Ils s’appellent Sophie Buchs (Carouge), Darius Azarpey (Collonge-Bellerive), Nathalie Dal Busco (Confignon), Omar Azzabi, Marie-Agnés Bertinat, David Di Rosa (Ville de Genève), Nathalie Vergain (Lancy), Pierre Zacharias (Vandoeuvres), Prisca Tischler (Vernier) : ils font partie des 164 jeunes, entre 18 et 30 ans, à se présenter dans les 45 Conseils municipaux de nos communes genevoises. Auxquels il faut ajouter trois noms : Damien Guinchard (Carouge), Adrien Genecand (Genève), Jérôme Grand (Puplinge), qui n’hésitent pas à briguer les exécutifs de leurs communes.

 

Moi, je leur dis « Chapeau ! ». Parce qu’à leur âge, on a souvent d’autres préoccupations. Eux, s’engagent. Se lancent à l’eau. Ils n’ont pas peur du risque, ils osent. J’avais dix ans en Mai 68, et déjà je détestais le discours générationnel des manifestants de l’époque. Rien de plus nul que d’ériger une classe d’âge contre une autre. Il ne s’agit donc pas d’encenser les jeunes, sous le seul prétexte qu’ils sont jeunes. Non. Mais simplement, leur dire merci de leur intérêt pour la Cité. Ils ne sont sans doute ni meilleurs, ni pires que les autres. Mais ils essayent. La République, c’est exactement cela : l’argument, le choc des idées, les visions du monde qui s’affrontent. Tenter de convaincre, sur le terrain, à la rencontre des gens. A ces 164 comme à tous les autres, tous partis confondus, toutes classes d’âge, toutes catégories sociales, je dis « Bravo » : la République, vous lui donnez sève et vie.

 

Pascal Décaillet

 

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25/03/2015

Ensemble à Gauche : courage et clarté

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.03.15

 

Je vais faire ici l’éloge d’une formation dont il est connu que je ne partage pas les idées, ou en tout cas peu d’entre elles. Mais voilà : j’aime la politique, passionnément, la flamme militante de ceux qui s’engagent, tous partis confondus. Dans une Genève hélas infestée par le flou du compromis, voire les méandres de la compromission, j’apprécie la clarté. La politique est un combat d’idées : très bien, combattons. Mais de grâce, sur des bases lisibles, courageuses. C’est exactement ce que font, dans le canton de Genève, les gens d’Ensemble à Gauche. On apprécie ou non, mais on sait à qui on a affaire. Les positions sont données. Les idées, affichées. Le contact est pris directement avec le peuple. Bien loin des réseaux sociaux, des amicales virtuelles, des congratulations entre soi, à travers la toile. Eh oui, il existe encore, dans les Marges, des partis capables de s’adresser aux couches populaires. Étrange littérature, où la Marge est plus lisible que le texte, plus séduisante, plus chaude, plus fraternelle.

 

La fraternité : la dernière fois que j’ai entendu ce mot, c’était dans la bouche du Maire socialiste (bien à gauche) de Bruxelles, Salle des Abeilles, à l’Athénée, avril 2009, alors que j’animais un colloque international sur Pierre Mendès France, mis sur pied par Manuel Tornare. Le Belge rougeaud avait hurlé ce mot, et nous avions tous eu l’impression que la Voix du Nord, celui des mines et de Zola, faisait une irruption d’enfer sous les lambris. Oui, la politique a besoin de chaleur. De charisme. De contacts directs. Elle a besoin que des êtres se touchent, s’embrassent, s’émeuvent ou s’émerveillent ensemble, éclatent de rire ou de colère, s’engueulent, s’écharpent, trinquent, se réconcilient. Elle a besoin de la vraie vie des vraies gens, du fracas sonore de la parole, alors que le réseau social ne suinte que de conspirations silencieuses. Sans tonalité. Sans la musique de la vie.

 

Et puis, il y a des noms. Pardonnez-moi de n’en donner que quelques-uns. Magali Orsini, Salika Wenger, Maria Perez, Vera Figurek, Rémy Pagani, Pierre Gauthier, Christian Zaugg, Stéphane Guex-Pierre. Mais aussi Clarisse Margueron, qui sut parler au Lignon le langage du cœur, Henriette Stebler, infatigable militante carougeoise, avec laquelle nous nous battîmes naguère, pour la cause d’une famille de sans-papiers. Et puis, tous les autres. Certains sont pénibles, exaspérants, ils grognent, vocifèrent. Mais ils sont là, vivants, et dans l’ensemble, leur famille politique donne moins que d’autres (à droite, et même à gauche) la pâteuse impression de l’illisible, celle de l’éternel compromis pour le pouvoir, ou s’y maintenir.

 

Moi, vous me connaissez, je suis un type de droite. Républicain, social, mais de droite. Mais je rends hommage à ces gens d’Ensemble à Gauche, et à leur manière de combattre. Entre les Verts indéchiffrables et les socialistes agrippés à leurs prébendes, il existe non seulement une troisième voie, mais une autre musique dans la partition politique genevoise. Cette Marge-là sent le bitume autant que les embruns du large. Elle fait plaisir à voir. Loin des pactes de salons. Et de l’altière éternité des notables.

 

 

Pascal Décaillet

 

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