23/05/2013

Et l'école, bordel !

 

Commentaire publié dans GHI - 22.05.13
 
 
Après une décennie de Charles Beer, l’école genevoise aura, dès novembre, un nouveau patron. Qui ? L’un des candidats actuels au Conseil d’Etat ! Eh oui, il existe à Genève un personnage connu de nous tous, de gauche ou de droite, qui, par la force des choses, sera cet automne notre nouveau ministre de l’Instruction publique. Le sait-il lui-même ? Reprendra-t-il le DIP à son corps défendant ? Va-t-on confier ce Département capital à un petit nouveau, sans Histoire et sans culture, sans le frottement de la mémoire, sans une équation personnelle puissante avec le principe même de l’école, la transmission du savoir ?


 
Ce scénario serait catastrophique. Je crois être le seul, à Genève, en ce printemps de pré-campagne, à thématiser des débats sur le sujet. Les partis, pour l’heure, s’en désintéressent, ne parlant que sécurité, logement, mobilité. Ils ne viennent débattre de l’école, ce qu’ils font poliment, que si on leur en impose le thème. C’est tout de même inouï ! Que transmettre à nos enfants ? Comment organiser l’accès aux connaissances des générations futures. Quelles priorités ? Comment mettre en application la nouvelle norme constitutionnelle qui rend la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Comment valoriser l’apprentissage, rendre sa noblesse à ce magnifique mot, « le métier ». Si ces sujets-là ne sont pas majeurs, alors lesquels ?


 
En arbitrant à la Pentecôte un débat entre deux hommes intelligents, le socialiste Thierry Apothéloz et le MCG Mauro Poggia, je me suis rendu compte que le legs de Charles Beer n’était, au fond, pas si contesté. Et qu’il s’agissait avant tout, aujourd’hui, d’aller de l’avant. En privilégiant les solutions concrètes sur les grands combats frontaux – comme les notes – d’il y a dix ans. C’est bien. Mais la nouvelle ère, incarnée par une nouvelle personne, aura besoin d’un nouveau souffle. J’ai déjà écrit ici que le DIP gagnerait à être repris par une personnalité radicale, je dis bien radicale. Parce que c’est un parti d’Etat, qui a fait nos institutions, ne se laisse pas enivrer par la puissance de l’argent, organise la répartition autrement qu’en sandales. Mais cela n’engage que moi. Je porterai, jusqu’à cet automne, le débat sur l’avenir de l’école à Genève, j’amènerai les candidats à sortir du bois.


 
Pascal Décaillet

 

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Feue la Régente

 

Sur le vif - Jeudi 23.05.13 - 13.06h

 

Le Parti socialiste en Ville de Genève dresse aujourd'hui son bilan de mi-législature. Disons-le tout de suite: ce bilan est bon. Notamment à l'exécutif, avec deux magistrats de qualité. Tout au plus pourrait-on souhaiter, de la part de Sami Kanaan, une vision (ou une communication) moins administrative, plus visionnaire. Mais cela est compensé par la classe de l'homme, sa tenue, son respect des gens.



Quant à Sandrine Salerno, après avoir été il y a six ans la Dauphine de Manuel Tornare, voire la Régente à l'ombre du soleil, elle s'affirme en cette deuxième législature comme la locomotive du Conseil administratif. Elle est morte, la Régente, la chrysalide a laissé naître quelque chose d'autre, de plus puissant et plus légitime.

 

Mme Salerno est courageuse, ne craint pas de déplaire, déploie une politique servie par une vision. On partage ou non ses options, bien sûr. Mais au moins ces dernières sont claires, on sait à qui on a affaire, c'est franco, sur la table, à des milliers de lieues marines des atermoiements, de la langue de bois ou de l'illisibilité. Assurément, la ministre en Ville de Genève a l'étoffe d'une conseillère d'Etat.



Il m'est parfaitement égal que mes propos déplaisent à une certaine droite, notamment celle de l'Argent roi et de la spéculation. Homme de droite moi-même, mais certainement pas de cette droite-là, je respecte toute personnalité habitée par le souffle républicain, et se battant sincèrement pour ses idées, dans l'intérêt général. Mme Salerno, M. Kanaan en font éminemment partie.

 

Pascal Décaillet

 

 

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22/05/2013

Frère Sylvain et la bête universelle

 

Sur le vif - Mercredi 22.05.13 - 09.14h

 

Le suicide d'hier, en la Cathédrale Notre-Dame, et les propos de M. Menoud au Municipal ne sont clairement, c'est entendu, qu'une seule et même affaire. Au pire, deux faces d'une même réalité qu'il entrevoit, lui, et à laquelle nous, pauvres grégaires, demeurons aveugles. C'est l'analyse, toute en nuances, de Frère Sylvain, le seul ici bas à avoir repéré la bête immonde.

 

Merci, Frère Sylvain, de vos éclairs de lucidité.

 

Pascal Décaillet

 

 

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19/05/2013

Les anathèmes de Frère Sylvain

 

Sur le vif - Dimanche 19.05.13 - 17.38h

 

De retour de 48 heures hors de la toile, je découvre les anathèmes décochés par le socialiste Sylvain Thévoz à l’endroit de quelques hérétiques (dont Pierre Ruetschi et votre serviteur) coupables à ses yeux d’un péché mortel. Celui d’avoir eu l'outrecuidance de relever – chacun à sa manière – qu’un Parlement n’était pas le lieu pour afficher des slogans écrits, ce qui est langage de rue ou de manif, mais celui d’argumenter avec le verbe, en lien avec les sujets à l’ordre du jour.

 

Il eût fallu, plutôt que d’insister sur cette vétille, ne participer qu’à l’exécution générale de M. Menoud, cela et rien d’autre. Il eût fallu, selon M. Thévoz, embrasser exactement le champ, l’objet et l’intensité de son indignation à lui. Bref, faire du Thévoz. Entonner la liturgie de ses colères à lui. Dans la joie partagée de ces Vêpres communes, une même Grâce du Grand Soir nous aurait tout naturellement amenés à laisser tomber nos dérisoires didascalies sur le fonctionnement républicain d’un Parlement. Au profit de la seule condamnation, D'UNE MÊME VOIX, de M. Menoud.

 

Sinon ? Sinon, honte à nous ! Sinon, que pleuvent sur nous les orgues de Staline de la morale. Avec en prime Hannah Arendt pour nous rappeler que nous n’avons, nous, pauvres gens de presse, rien retenu de l’Histoire. M. Thévoz serait Thomas Mann, ou Heinrich, ou Klaus, seuls lucides dans les ultimes années de la République de Weimar, et nous, alias « la presse », serions captifs de « l’effroyable banalité », aveugles au retour de la bête immonde, complices du pire. Dans le rôle du Bien, M. Thévoz; dans le rôle du Mal, ceux qui choisissent un autre angle, un autre éclairage. Elle va être belle, la liberté d’expression, le jour où M. Thévoz sera au pouvoir.

 

Je vous le dis tout de suite, Frère Sylvain, ce genre de pressions sur fond de grandes leçons morales ne marche pas avec moi. J’ai, dès le début, écrit ce que je pensais de l’énormité verbale de M. Menoud. Je n’ai jamais, une seule seconde, pris sa défense. J’ai simplement choisi, EN PLUS DE CETTE AFFAIRE, d’en évoquer une autre, évidemment un peu gênante pour une partie de la gauche municipale, puisqu’elle concerne cette histoire de banderoles, ou d’affichettes. Vous voudriez, au nom de la totalité de l’horreur que représentent à vos yeux les propos de M. Menoud, que cette AUTRE AFFAIRE, nous la passions par pertes et profits, tant elle serait, en comparaison, insignifiante.

 

Je ne le ferai pas. Je n’entrerai pas dans votre jeu. Je n’accepterai pas, moi qui ai toujours défendu la cause homosexuelle (en des périodes où elle était autrement plus minoritaire qu’aujourd’hui dans l’opinion) que vous veniez me qualifier, comme vous l’avez fait dans un commentaire, de « complice de l’homophobie », sous prétexte que je n’adresse pas exactement à M. Menoud, avec vos mots à vous et vos incantations, les anathèmes qui sont vôtres. Et que je ne vous reproche pas, d’ailleurs, de lui adresser. A chacun son équation avec le verbe, à chacun son langage.

 

M. Thévoz, vous êtes homme de plume et d’écriture. L’un des rares de la classe politique à mériter ce nom. Je vous tiens même pour l'homme politique genevois au style littéraire le plus troublant. Mais dans cette affaire, avec l’écrasante artillerie de vos menaces morales, vous voilà hélas d’une intolérance presque théologique. Pour ma part, je condamne, dès le début, les paroles de M. Menoud. Et parallèlement, DANS UNE AUTRE AFFAIRE, je persiste sur ce que doit être le comportement des élus du peuple. Vous n’obtiendrez pas de moi qu’un événement serve d’opportun paravent à un autre. Ni que j'efface ce détail un peu gênant de mon tableau d'ensemble.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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17/05/2013

Errances libertaires - Suite

 

Sur le vif - Vendredi 17.05.13 - 10.06h

 

100% d'accord avec l'édito de Pierre Ruetschi sur la séance calamiteuse du Municipal, avant-hier. A un détail près: que vient faire ici Mme Salerno, dont je peine à entrevoir la responsabilité dans cette affaire de banderoles ? Les élus législatifs du groupe socialiste sont des citoyens libres et responsables, ils représentent un pouvoir séparé de l'exécutif, dont ils n'ont aucun ordre à recevoir. Responsables, ils doivent donc assumer leurs actes. Par exemple, celui de prendre un Parlement pour un lieu de manifestation. Madame Salerno, élue exécutive lançant une campagne parfaitement justifiée contre l'homophobie, n'a strictement rien à se reprocher dans les errances de certains élus législatifs de son parti: une fois pour toutes, on ne vient pas siéger dans un quelconque législatif en affichant des banderoles.

 

On imagine leurs rugissements, à ces élus socialistes, si de quelconques pancartes, on banderoles, avaient pris place sur les bancs de la droite. Ils en auraient, à juste titre, immédiatement demandé la suppression au président. Et, désolé si je déplais, mais les énormités de M. Menoud (que je n'ai jamais défendu une seule seconde) ne doivent pas servir de paravent à cette autre affaire, chronologiquement antérieure, le comportement libertaire et bien peu républicain de quelques élus socialistes.

 

Parmi eux, des hommes de culture, que je respecte et apprécie beaucoup: où est leur culture politique, historique ? Où est passée leur connaissance de l'un des fondements de la démocratie représentative: la distinction entre le pléthos (le peuple qui bouillonne dans la rue, manifeste, proteste, vocifère), porteur de doxa (l'opinion) et le démos (le peuple - et ses représentants - comme organe de décision, ce qui exige le respect de l'ordre républicain). On eût aimé quelque lecture d'Aristote, ou vingt siècles plus tard de Montesquieu, ou de Tocqueville, pour donner à ce débat l'arrière-pays qu'il mérite.

 

Par les énormités qu'il a proférées, M. Menoud a retourné contre lui-même l'arme de la rhétorique, il a toitalement détruit l'essence de son propos initial sur les banderoles, a ruiné sa crédibilité. C'est son problème. Mais je n'entrerai pas dans le piège qu'essayent, depuis mercredi soir, de nous tendre les camarades socialiste du Municipal: se servir de l'affaire Menoud (qui en est une autre, en soi, assurément condamnable) comme paravent de leurs errances antérieures. Trop facile, Messieurs. Et, pour les Paravents, puisque je crois savoir qu'au moins une très belle plume (allez, disons deux) siège sur les bancs socialistes du Municipal, on me permettra de préférer le texte exceptionnel de Jean Genet.

 

Pascal Décaillet

 

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16/05/2013

Le talent - Le possessif

 

Sur le vif - Jeudi 16.05.13 - 17.43h

 

Je ne suis ni Bâlois, ni Saint-Gallois, ni Vaudois. Mais j'ai toujours considéré Hanspeter Tschudi, génial socialiste des années 1959-1973, Kurt Furgler, immense démocrate-chrétien des années 1971-1986, Jean-Pascal Delamuraz, 1983-1998, incarnation du radicalisme populaire et social, que j'ai eu l'honneur de suivre de près, comme MES conseillers fédéraux. Avec toute la part d'affect, de reconnaissance de ce possessif, "mes". Je me foutais bien que l'un fût Bâlois, l'autre Saint-Gallois, le troisième Vaudois. Nous étions tous Suisses, composantes diverses et multiples de ce pays qui est mien et auquel je veux croire, dans la richesse de sa diversité.

 

Pascal Décaillet

 

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Conseil municipal d'hier: la faute première

 

Sur le vif - 16.05.13 - 08.45h

 

Il n'est pas admissible, dans l'enceinte d'un Parlement municipal, ni de n'importe quel législatif ou délibératif, que des élus arborent des banderoles, aussi respectables soient les causes défendues. La banderole, c'est le langage de la rue. Dans un Parlement, l'outil de l'élu, c'est d'argumenter sur un sujet donné, à l'ordre du jour, en respectant son tour de parole.

 

Quelles qu'aient pu être, en réaction à cela, les errances ou approximations, ou même les énormités d'un conseiller municipal, la faute chronologiquement première hier, au Municipal de la Ville de Genève, c'est de confondre le Parlement avec la rue, le démos avec le pléthos. On ne vient pas siéger pour manifester. Ce comportement, de la part de la gauche municipale, dénote une grave méconnaissance de la nature même de la démocratie parlementaire, l'éternelle primauté du militantisme revendicateur sur la fonction institutionnelle de leur rôle. Cette gauche-là, d'essence libertaire et désordonnée, n'a rien compris à la République.

 

En cela, moi qui ai souvent été sévère avec le Président, là, je comprends parfaitement la position, hier soir, de M. Rielle.

 

Pascal Décaillet

 

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15/05/2013

L'autoroute de la honte

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - 15.05.13

 

Les deux premières fois que j’ai emprunté l’autoroute Genève-Lausanne, c’était en 1964, pour aller voir l’Expo avec mes parents. C’était tout simplement magique. La route du paradis. Peu de voitures. La clef d’un lieu de rêve, ces quais de Vidy et d’Ouchy avec une soucoupe volante, des poussins qui naissaient sous nos yeux, le dieu du Progrès qui nous souriait. Aucune Expo ultérieure n’aura égalé ce rêve lausannois des belles années. Où avait fait ses premières armes, d’ailleurs, un certain Jean-Pascal Delamuraz.

 

Cinquante ans plus tard, cette autoroute, naguère fleuron, est devenue l’un des pires tronçons d’Europe. Elle est beaucoup trop étroite, ne s’est jamais adaptée à l’accroissement du trafic, a vécu de ses rentes, s’est reposée sur ses lauriers. En 1964, les grands, autour de moi, ironisaient sur ces pauvres Français, leurs chaussées éventrées d’avant-guerre, leurs dos d’âne. Vous les avez vues aujourd’hui, les autoroutes françaises ? Spacieuses, six voies, parfois huit, confortables, signalisation informatique adaptée aux événements. Et nous, Lausanne-Genève, vieillotte, désuète, coagulée aux heures de pointe, strangulée, inadaptée.

 

Le tronçon Lausanne-Genève 2013 est une honte. Un monument d’impéritie de la part de nos autorités confondues. Après avoir été les premiers, nous voilà les derniers. Jusqu’à quand ?

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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14/05/2013

Gletsch - Les Saintes, à pied, contre le cancer

 

Sur le vif - Mardi 14.05.13 - 14.13h

 

Il s'appelle Serge Buchard, il est Valaisan et habite à Chemin-Dessus. Atteint d'un lymphome de stade 4, incurable, ayant déjà suivi plusieurs chimiothérapies, conscient de n'être qu'en rémission, Serge a décidé, pour donner du courage à tous ceux qui se battent contre le cancer, de rallier, à pied, Gletsch aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Plus de mille kilomètres ! Le cours du Rhône, d'un bout à l'autre.



Ce formidable pèlerin, dont j'ai appris l'existence il y a quelques semaines par un papier de ma consœur Christine Savioz, dans le Nouvelliste, sera ce soir en direct sur le plateau de Genève à chaud. Il est, au sens propre, DE PASSAGE à Genève, ayant déjà accompli les premières centaines de kilomètres depuis le Glacier du Rhône.


Pour toutes raisons, à la fois personnelles et publiques, je me réjouis infiniment de le recevoir. Il viendra en compagnie d'un autre pèlerin, infatigable, Jean-François Duchosal.

 

Pascal Décaillet

 

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13/05/2013

Quand le Temps désinforme

 

Sur le vif - Lundi 13.05.13 - 08.54h

 

"La votation qui pourrait déstabiliser les institutions politiques suisses": sur cinq colonnes, à la une du Temps de ce matin, un titre particulièrement scandaleux. On peut être pour ou contre l'élection du Conseil fédéral par le peuple, mais il ne saurait être question de "déstabilisation des institutions".

 

Le 9 juin prochain, le peuple et les cantons se prononceront sur une initiative parfaitement recevable, dans le cadre exact de nos institutions. Ils diront, en toute tranquillité et en toute souveraineté, oui ou non. Si c'est non, nous garderons notre système actuel. Si c'est oui, nous en changerons. Il n'y a vraiment pas à s'énerver. Nous ne sommes ni en Brumaire, ni même à Alger, le 13 mai 1958 (il y a 55 ans, jour pour jour). Nous sommes chez nous, en Suisse, au coeur du fonctionnement totalement normal de notre démocratie.

 

Dans les deux cas, celui du oui ou celui du non, les institutions suisses, dont ce magnifique droit d'initiative qui en est un fleuron envié à la ronde, auront fonctionné. Il faut vraiment arrêter de nous faire le coup de l'atteinte aux institutions. Ils confondent cela avec "atteinte au statu quo".

 

Or, l'atteinte au statu quo ne remet pas en cause le système: au contraire, elle le vivifie de l'intérieur, par un jeu démocratique régénérant, prévu dans les règles, qui permet à une double majorité, peuple et cantons, de faire précisément évoluer ces institutions. Ces dernières sont un tissu vivant, et non une Arche sainte, un fondement théologique, donné une fois pour toutes. Depuis 1848, nos institutions n'ont cessé d'évoluer. Pensons, notamment, à l'instauration de la proportionnelle en 1919.

 

L'argument de "l'atteinte aux institutions" est donc la rengaine, peu cultivée et peu habitée par notre Histoire, de ceux qui ne veulent surtout rien changer. Qu'ils combattent cette réforme est une chose, et sans doute d'ailleurs gagneront-ils le 9 juin. Mais qu'ils peignent le diable sur la muraille institutionnelle, et surtout qu'un quotidien dit de référence (révérence?) répète l'antienne sur cinq colonnes à la une, là il convenait de réagir.

 

Pascal Décaillet

 

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10/05/2013

Tinguely, le génie en moins

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 10.05.13

 

A quoi sert l’Office fédéral de la Culture ? Si elle ne veut pas enterrer une carrière jusqu’ici brillante, la Fribourgeoise Isabelle Chassot devra donner à cette question, par l’acte et sans tarder, une réponse précise, séduisante, de nature à convaincre le vaste public, et pas seulement les officines. Vaste programme. Parce que jusqu’ici, dans la population suisse, personne ne connaît cet Office, n’en ressent les effets, ne saisit à quoi il sert. Un machin lointain, quelque part à Berne, avec des fonctionnaires fédéraux. Au mieux, un truc organique, sans souffle ni vision. Au pire, une structure inutile. Tinguely, le génie en moins.

 

En Suisse, ce sont les cantons qui sont responsables de la culture. D’ailleurs, si par hasard quelqu’un pouvait m’expliquer en quel honneur on en a écarté Oskar Freysinger, j’en serais très heureux. Les cantons, donc. Avec des exceptions historiques, comme la Ville de Genève, où quelque 250 millions par an sont investis dans les activités culturelles, la part cantonale demeurant congrue. S’il est un domaine où les vertus du fédéralisme sont les plus efficaces, c’est bien celui-là. Proximité des centres de décisions, connaissance du terrain, réseaux de relations, ancrage dans l’économie locale pour s’ouvrir à des partenariats avec le privé. La Suisse, ce sont vingt-six Etats, vingt-six Histoires, vingt-six horizons d’attentes culturelles, vingt-six théâtres d’opération. Dans quatre langues, au moins.

 

Mais la Berne fédérale, que vient-elle faire dans cette galère ? Franchement, pas grand-chose. Son budget global navigue dans des eaux comparables à celui de la seule Ville de Genève (qui est certes somptuaire, je me souviens encore de la tête de l’excellent Philippe Nantermod le soir où, devant une pizza, je lui ai indiqué le chiffre). Surtout, comme son nom l’indique, il n’est pas, comme en France, un ministère à part entière, mais juste un office, une entité administrative, créée en 1975, un quart de siècle avant l’article constitutionnel conférant quelque légitimité à sa mission. Il chapeaute l’encouragement au cinéma, la Bibliothèque nationale, quelques musées, mais franchement, rien d’extraordinairement excitant, rien de galvanisant, rien qui rappelle Malraux ou Jack Lang. Lorsque le conseiller fédéral de tutelle est lui-même éclairé ou cultivé, comme un Pascal Couchepin, on s’y emmerde un peu moins. Lorsque c’est Didier Burkhalter, je n’ose imaginer l’ambiance. Et Alain, Berset, quel homme est-il ?

 

Reste qu’Isabelle Chassot, nommée par son compatriote fribourgeois, devra faire ses preuves. Elle a du boulot. La tâche est immense. Son prédécesseur est gris comme une souris. Puisse le passage de l’actuelle conseillère d’Etat fribourgeoise, présidente de la Conférence des directeurs de l’Instruction publique, ancienne collaboratrice personnelle de Ruth Metzler, s’y affirmer comme autre chose que comme un placard de reconversion.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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09/05/2013

Deux poids, deux mesures

 

Coup de Griffe publié dans Lausanne Cités - 08.05.13


 
Ils se précipitent là, comme des pachydermes, avec leurs tonnes de poids balourds, pour tomber sur Micheline Calmy-Rey. Quelle grand crime a-t-elle commis, cette ancienne présidente de la Confédération ? Celui d’avoir parlé ! Elle estime que l’élection du Conseil fédéral par le peuple est une bonne chose. Et simplement, en citoyenne, le dit. Elle n’est de loin pas la seule socialiste de cet avis : le plus célèbre, en Suisse romande, est Pierre-Yves Maillard.


 
Micheline Calmy-Rey parle, haro sur la sorcière. Mais qu’un certain Pascal Couchepin, qui occupa exactement les mêmes fonctions qu’elle, vienne s’épancher sur une page complète du Temps, accompagnée d’une interview vidéo où on ne peut pas dire que les questions aient été particulièrement insolentes, tout le monde trouve ça normal. Couchepin partout, chronique de Couchepin, coup de gueule de Couchepin, pensées de Pascal. A titre personnel, j’aime beaucoup. Mais enfin, pourquoi aurait-il plus le droit à la parole que son ancienne collègue ?


 
Pour une raison simple : dans l’affaire de l’élection du Conseil par le peuple, il représente le courant dominant. Ceux qui, surtout, ne veulent rien changer. Le consensus des partis aujourd’hui au pouvoir, tous contre l’UDC. Alors, vous pensez, ses apparitions, elles seront toutes les bienvenues. Pendant qu’on brûlera Micheline, on encensera Pascal.


 
 
Pascal Décaillet

 

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Des valeurs, SVP !

 

Commentaire publié dans GHI - 08.05.13

 

La politique genevoise manque de valeurs. N’entendez pas, je vous prie, ce mot au sens de la morale : je me suis toujours abstenu de mêler la politique avec la morale. Non, valeurs proprement politiques : pourquoi suis-je dans tel parti, d’où vient-il, quelle est son Histoire, quels sont ses fondements philosophiques, comment a-t-il évolué ? Trop peu de politiciens, hélas, trop peu de candidats aux élections de cet automne, sont capables de répondre à ces questions. C’est grave. Rien n’est plus inquiétant que l’ignorance de soi-même, rien de plus vide que ces candidats de hasard, juste sur une liste ou dans un parti par automatismes familiaux, besoin clanique de s’agglutiner, extase grégaire : le troupeau, pour combler son incapacité à s’affirmer seul.

 

Je ne supporte pas d’avoir face à moi un politique ne connaissant pas à fond l’Histoire de son parti. Dans son canton, au niveau fédéral, et aussi à l’échelon européen. Un PDC incapable de parler de Léon XIII, Marc Sangnier, Schuman, de Gasperi, Adenauer, Furgler, ne mérite pas d’être intégré à cette formation. Idem, un radical n’ayant jamais entendu parler, à Genève, d’un Fazy ou d’un Carteret. Un socialiste inapte à disserter sur Jaurès ou Jules Guesde, Léon Blum ou Willy Brandt. Ou Tschudi. Ou Chavanne.

 

Il ne s’agit pas de vouloir des singes savants. Mais bien mieux que cela, justement : des gens qui aient, jusqu’au fond de leurs fibres, vibré avec la philosophie de leur parti. Un Pierre Maudet, un François Longchamp, un Jean Romain savent pourquoi ils sont radicaux. Un Reverdin, pourquoi il était libéral. Un Grégoire Carasso, un Albert Rodrik, pourquoi ils sont socialistes. Et un Fabiano Forte, trop rare parmi les siens, peut vous sortir pas mal de fondements de la démocratie chrétienne historique, idem un Dal Busco. Se connaissant soi-même, on en sera mieux armé pour affronter le concurrent. Avec respect, mais sans concession dans le choc des idéologies.

 

J’ignore si le profil que je prône ici s’imposera cet automne. Mais c’est celui que je respecte. Il ne suffit pas d’afficher partout, en campagne, son bonheur de s’être greffé, au bon moment, sur le bon événement. Il faut donner à ses actes un sens. S’inscrire dans une vision du monde. Sinon, ce sera juste la conjuration du hasard, donc la mort du politique.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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08/05/2013

Rémy brisé ! Rémy martyrisé ! Mais Rémy libéré !

 

Sur le vif - Mercredi 08.05.13 - 17.36h

 

A quoi ça rime, cet acharnement du Conseil d’Etat contre le Maire de la deuxième ville de Suisse ? A quoi ça rime, ces airs de grands inquisiteurs, pénétrés de leur importance, ces froncements de préfets des études, cette « procédure disciplinaire ». Contre qui ? Un fonctionnaire ? Un exécutant ? Non, contre un élu du peuple, le premier magistrat exécutif de la Ville de Genève, parfaitement légitime à ce poste où l’a porté le jeu de nos institutions.

 

Ça rime à quoi, si ce n’est, au cœur de ce printemps pré-électoral, tenter d’affaiblir un adversaire qui commence à leur faire peur. Parce que Rémy Pagani est populaire. Il parle le langage des gens, on le comprend, il est sensible à leurs préoccupations. Populiste ? Populaire !

 

Et puis, il y a ce mot, « révocation », on se croirait en 1685, le vocable serait censé donner la chair de poule, Tu parles ! On parie qu’il en crève d’envie, le Maire victime ? Rémy ! Rémy outragé ! Rémy brisé ! Rémy martyrisé ! Mais Rémy libéré ! Pour faire campagne.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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05/05/2013

Le coup de "l'attaque contre les institutions"

 

Sur le vif - Dimanche 05.05.13 - 16.41h

 

Ahurissant, l'argument qui veut que l'élection du Conseil fédéral par le peuple soit une "attaque contre les institutions".


Quelle attaque, contre quelles institutions ?


Les institutions ne sont pas éternelles, elles évoluent avec l'Histoire.


Si, le 9 juin prochain, le peuple et les cantons, souverainement, devaient décider de modifier le mode d'élection du Conseil fédéral, eh bien nous aurions une autre institution électorale, parfaitement légitime.


Ce que d'aucuns, en cette espèce comme en d'autres, appellent "attaque contre les institutions" n'est rien d'autre que la conservation de ce qu'ils souhaitent, le maintien du statu quo.


Ils en ont parfaitement le droit. Comme d'autres ont le celui de tenter le changement. Mais de grâce, nos institutions nous appartiennent à tous. Aucun camp politique, aucune faction n'en a le monopole. Surtout, elles sont éminemment évolutives (cf proportionnelle en 1919, entre tant d'exemples), le tout en parfaite démocratie, double majorité (très difficile !) pour toute modification.


Donc, aucune raison de s'énerver. Si nous en restons au statu quo pour le mode d'élection du Conseil fédéral, nous aurons des institutions, et je serai le premier à accepter le verdict du souverain. Si, au contraire, nous votons le changement, nous aurons, en toute tranquillité et en toute souveraineté, choisi de les modifier. Rien de grave à cela. Aucun trouble "institutionnel". Juste la mise en œuvre des mécanismes de notre démocratie directe, que tant de nos chers voisins, à juste titre, nous envient.

 

Donc, Mesdames et Messieurs les partisans du statu quo, veuillez trouver, pour les cinq semaines de campagne qui nous restent, autre chose que cette "attaque contre les institutions".

 

Je reviendrai, dans les jours qui viennent, avec plusieurs autres exemples, sur l'incongruité de cet argument, utilisé aujourd'hui à toutes les sauces, dès que surgissent, dans notre démocratie, un parti, un mouvement, un courant d'idées visant à déranger la tranquillité du pouvoir en place.

 

Pascal Décaillet

 

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04/05/2013

Journal des Bains: un numéro exceptionnel

 

Sur le vif - Samedi 04.05.13 - 17.59h

 

Je viens près de passer deux heures de bonheur. Le tout dernier numéro du Journal des Bains, publié par les usagers des Bains des Pâquis, est une réussite absolue. Une floraison de textes sur le thème de la liberté, ou des libertés. Une page 3 étourdissante, de Philippe Constantin, intitulée "Elefteria i Thanatos" (la liberté ou la mort, en grec moderne). Une double page d'Armand Brulhart, l'un de nos plus grands érudits en matière d'urbanisme, sur "la rade en liberté". Un essai de Chirstophe Gallaz sur la réverbération littéraire. Un magnifique texte, signé Serge Arnauld, sur la jouissance intérieure du reflet. Et plein d'autres. Véritablement écrits. Tissés. Ce numéro unique, polyphonie, nous chante l'écriture elle-même, sa grâce, sa magie qui nous rafraîchit, parfois nous inonde, nous emporte. Vers quels rivages ?

 

32 pages d'une belle densité, unité de thème, et autour, toute la mathématique solaire des variations. Comme dans une fugue de Bach. A lire, aux Bains ou dans son lit, sur son balcon ou à l'ombre d'un platane. Rien ne vaut le supplément, lorsqu'il ne supplée rien et vit sa vie tout seul. Rien ne vaut le journal unique, que rien ne précède ni ne suit. Comme la rareté d'une saison, celle qui n'existerait que pour la chaleur et la transparence d'elle-même. Quelque part au bord de l'eau. 

 

Pascal Décaillet

 

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03/05/2013

Tenez bon, Monsieur Hollande !


Sur le vif - 03.05.14 - 13.20h


Je ne regrette pas une seule seconde le temps de M. Sarkozy. Et je continue de soutenir François Hollande. Pas son gouvernement, en tout cas pas sur tout. Pas ses choix. Mais cet homme-là, aujourd'hui tellement vilipendé, notamment par une insupportable droite orléaniste revancharde, tient le coup, contre vents et marées. Désolé si je suis très minoritaire à le penser, mais ça force le respect. Et c'est justement pour cela qu'il a été élu. Pour cinq ans, et pas pour démissionner à la première tourmente, ni proposer une "Sixième République" aux premiers vents contraires. Il a été élu, par le suffrage universel de ce pays, pour incarner la nation, tenir, et peut-être même souffrir avec elle. C'est cela le secret de ce système, annoncé d'un bout à l'autre par le général de Gaulle en 1946, dans son Discours de Bayeux. L'équation d'un homme avec une nation.



C'est cela, depuis la réforme de 1962, un Président de la République. Cette incarnation-là, en un homme, et jusqu'à prendre des coups, est la grande avancée de la Cinquième République, sans doute celle qui réconcilie les institutions issues de la Révolution avec ce qui existait avant. Alors, désolé, Mesdames et Messieurs les pourfendeurs de François Hollande, mais cet homme est élu pour cinq ans. Il doit tenir jusqu'au bout. En attendant, il se bat. Je ne sache pas qu'il ménage ses efforts pour ce qu'il considère comme l'intérêt supérieur du pays. Je comprends parfaitement qu'on combatte ses options, moi aussi certaines d'entre elles m'excèdent, mais il faut respecter la fonction. Il est le Président de la République française, élu au suffrage universel. Dans quatre ans, les Français, peut-être, le sanctionneront. Un mandat se juge sur son ensemble, pas après la première année.


Pascal Décaillet



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02/05/2013

Eloge des nouveaux partis

 

Commentaire publié dans GHI - 02.05.13

 

Verts libéraux, PBD, Pirates, et d’autres encore : l’électeur genevois aura sur ses listes électorales, l’automne prochain, une floraison de nouveaux partis. Nouveaux à Genève, puisque, dans les trois exemples cités, ils existent déjà au niveau national. Disons-le tout net : ces formations ont totalement le droit d’exister, de se présenter, elles prennent un risque important, disposent souvent de peu de moyens, elles sont courageuses et méritent notre respect.

 

D’autant qu’à Genève, avec un quorum fixé à 7% pour constituer un groupe au Grand Conseil, les nouveaux ne partent vraiment pas en position favorable. 7%, c’est beaucoup, et c’est même franchement trop. Bien sûr, il faut un seuil. Bien sûr, l’abolition totale du quorum aurait pour effet le morcellement, la dispersion, l’illisibilité du politique, qui nécessite des groupes idéologiques clairs. Mais ces 7%, maintenus tort par la Constituante, c’est vraiment une machine à maintenir les sortants, broyer les nouveaux, empêcher tout renouvellement de notre paysage politique. Je plaide, non pour une abolition, mais pour un abaissement du quorum, par exemple à 5%.

 

D’autant qu’ils ne manquent pas de vitalité, ces nouveaux partis. Regardez La Gauche, avec Magali Orsini : il y a la cohérence d’un discours, une compétence, une vision du monde, une exigence républicaine. Ou encore les Verts libéraux, section Genève : émergence de nouvelles personnes, équipe imaginative, combative. Ou les Pirates, auxquels vient de se joindre Didier Bonny : des thèmes de société très modernes, concernants, autour des nouveaux outils de l’informatique, la protection des données, la sphère privée. Et si c’étaient là les enjeux de demain ?

 

L’Histoire politique suisse montre, depuis quelque 120 ans, une étonnante stabilité : sont apparus dans l’ordre les radicaux, les catholiques-conservateurs (aujourd’hui PDC), les socialistes, les agrariens (aujourd’hui UDC). Beaucoup plus tard, il y a 30 ans, les Verts. Tous ces partis sont encore là. Et tiennent les parts du gâteau. Mais ils représentent des idéologies des 19ème et 20ème siècles. D’autres commencent à poindre, avec les perceptions du futur. Ce serait folie de ne pas les prendre au sérieux.

 

Pascal Décaillet

 

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Jamais un homme à terre

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - 02.05.13
 
 
La voix ferme, le verbe droit, Philippe Leuba dit les choses. Au matin de ce mardi 30 avril, à la RSR, le magistrat vaudois a condamné, à très juste titre, les gens qui avaient tiré sur l’ambulance. En l’espèce, le conseiller d’Etat PLR neuchâtelois Philippe Gnaegi, désavoué par le peuple de son canton l’avant-veille. On ne vient pas dire à un homme à terre qu’il a pris une baffe, avertit Leuba. Une question de choix des mots. On peut parler de cinglante défaite, mais baffe, il y a quelque chose qui ne passe pas.


 
M. Leuba a parfaitement raison. Confrères journalistes, éditorialistes, chroniqueurs, pamphlétaires, attaquez donc, et de toutes vos forces. Mais soyez gentils, je vous prie, d’attaquer le pouvoir. Celui qui est en place, et non celui qui gît au soir d’une défaite. Attaquez les puissants, ceux qui pourraient réagir à vos billets, réclamer vos têtes à vos rédactions, lancer séides et spadassins pour vous chercher noise. Attaquez l’arrogance, la morgue, les réseaux de copinage. Mais foutez la paix au vaincu d’un soir.


 
Attaquez vos proches. Ceux qui tiennent le pouvoir, et pas seulement politique, et qui à vos yeux en abuseraient. Non à Tokyo ni Caracas, mais ici, à portée de regard. Défiez-les quand il sont au sommet, au milieu de leurs courtisans. Vous en sortirez grandi. Et vous aurez, si la cause est juste, rendu service à la République.


 
Pascal Décaillet

 


 

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L'UDC et le lac aux requins


Sur le vif - Jeudi 02.05.13 - 11.17h


Au Matin, chaque grande figure de l'UDC a un journaliste pour le marquer à la culotte, comme au football. Pour Yvan Perrin, c'est Ludovic Rocchi, l'homme qui s'était déjà acharné sur Frédéric Hainard. Pour Oskar Freysinger, c'est Eric Felley, lui-même ancien candidat au Conseil d'Etat. Dans les deux cas, la tactique est la même: on démolit à mort le candidat UDC pendant la campagne. Une fois qu'il est (salaud de peuple!) tout de même élu, ou en ballotage très favorable au premier tour, on tartine comme des Polonais pour rappeler ses problèmes de santé, dire que ça va être impossible pour lui, qu'il ne va pas y arriver. C'est cette presse-là qu'il faudrait à tout prix sauver ?


Pascal Décaillet


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