27.01.2012
Les amis du barman
Sur le vif - Vendredi 27.01.12 - 15.50h
Drôle d'affaire. D'un côté, un homme avec un nom et un prénom, « Mark Muller ». De l'autre, juste une fonction : « le barman ». La règle, certes, est parfaitement respectée : on décline l'identité lorsque le personnage est public, ce qu'est un conseiller d'Etat, pas un barman. Mais enfin, l'effet est là : l'un jouit de la protection de sa sphère privée, l'autre est livré en pâture à la vindicte. Première injustice.
Mais il en est beaucoup d'autres. La manière dont certains de mes confrères instruisent à charge. Où l'on découvre que « le barman » a beaucoup d'amis, enfin disons beaucoup de témoins disposés à témoigner dans son sens, accessoirement tous employés du même établissement. Ça crée des liens. Où l'on découvre aussi que Mark Muller n'en a aucun. Normal : quand on va fourrer sa solitude dans un guêpier, difficile d'attendre autre chose que des piqûres. Normal, mais diablement déséquilibré dans la récolte des témoignages. Deuxième injustice.
Où l'on découvre aussi que les affinités de certains de mes chers confrères sont plutôt électives. En faveur du « barman ». Passé commun ? Le cocktail de la vie nous réserve parfois des surprises. Et il est si facile, si tentant, de caresser l'opinion publique dans l'angélisation du « barman », la diabolisation du ministre solitaire, dans la nuit bleue du réveillon. Troisième injustice.
Et puis, bien sûr, il y a les « sources ». Les protéger est un devoir, c'est vrai. Mais camoufler des approximations sous ce mot générique, « les sources », hmmm ? Ou des incertitudes. Ou s'aider de ce mot pour charger le fardeau. D'une preuve ? Hélas, non ! D'une présomption ! D'une opinion. D'une « doxa ». Le peuple a besoin d'une victime expiatoire ? Le Conseil d'Etat lui-même, pour camoufler d'autres carences, non de l'ordre de la rixe, mais de l'incompétence, est prêt à lâcher un ministre, et en compensation, tout faire pour soutenir l'autre : tutelle, soins intensifs, vitamine, collège de médecins, leçon d'anatomie. Alors, allons-y ! Va pour la pâture. C'est cela, rien que cela, qui est en train de se produire. Quatrième injustice.
Reste ce procureur, en fin de mandat, qui n'a pas l'élégance de se dessaisir. Il avait eu, naguère, des mots avec le conseiller d'Etat. Cela aurait pu être une raison de confier le dossier à quelqu'un d'autre. Cinquième injustice.
Les recenser ne changera rien à l'affaire. Le vent s'est levé. Nous sommes dans le pouvoir de l'opinion, pas celle qui argumente, juste celle qui rampe. Nous sommes, aussi, dans la logique de la politique : lâcher d'un côté, pour se cramponner de l'autre. Soit. Mais rien ne prouve, dans cette curée, que nous soyons dans une quelconque logique de justice.
Pascal Décaillet
15:50 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
26.01.2012
Pouvoir ou sandales, il faut choisir
Sur le vif - Jeudi 26.01.12 - 16.48h
Rien de plus haïssable que les coprésidences. En toutes choses, la responsabilité, au sens le plus fort de ce magnifique mot, doit être assumée par une personne. Homme, femme, aucune importance. Mais une personne qui assume, prenne sur ses épaules, s'expose. C'est valable dans tous les domaines.
Pascal Décaillet
16:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
Animal Farm
Sur le vif - Jeudi 26.01.12 - 08.58h
Jeune et brillant, un élu radical dans un exécutif s'active un peu trop, en coulisses, à réclamer la démission de Mark Muller. Il n'est pas du tout sûr, pourtant, en cas d'élection complémentaire, que le Loup Éternel ait ses chances. Un certain matou, vieux de la vieille, bien plus populaire, aussi rusé que matois et patient, guette l'occasion. A moins que ne sonne l'heure de la Régente.
Pascal Décaillet
08:58 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
25.01.2012
Genevoiseries pour les Nuls
Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 25.01.12
Imaginez une ville, au bout d'un lac. Une police qui ne veut pas obéir. Des transports qui ne fonctionnent pas. Un magistrat qui part en piste et réveillonne avec un sonore fracas. Tout le monde qui gueule. Et pourtant, la vie qui va. C'est Genève. Il y a ceux qui adorent, j'en fais partie. Et ceux qui n'en peuvent plus. Ils rêvent du bouton rouge : allez, juste se faire plaisir, Hiroshima, on appuie, et puis basta, ne plus jamais entendre parler de ces emmerdeurs. Liquidée, Genève, napalmisée. Il n'y aurait plus qu'à reconstruire, dans le style champêtre de l'arrière-pays savoyard. Avec des bars PMU. Et des églises.
Mais voilà, Genève est là. Elle s'est construite comme elle est, au fil des siècles, plantée là, entre Salève, Jura, Môle, Voirons, et tout au fond, le Mont-Blanc. Elle rêve d'une traversée du lac, seul moyen d'avoir enfin une ceinture périphérique qui désengorgerait la ville de dizaines de milliers de pendulaires. Mais elle n'est pas fichue d'envoyer à Berne un projet qui tienne la route. Alors, Berne dit non, disant pourtant oui à des trucs aussi capitaux que le contournement du Locle. Alors, comme Berne a dit niet, Genève gueule. Ah, ça, on sait faire. Ça bronze les amygdales. Ça tue le temps, dans les bouchons. Genève rouspète, sport national, mais rien n'avance.
Heureusement, il y a les flics. Une ministre absolument pas faite pour le job, on l'a juste mise là pour qu'elle ne dérange pas. Un syndicat arrangeant comme une meute de pitbulls. La République bafouée par une Garde prétorienne, à cause de la faiblesse de la ministre. Un sujet d'engueulades dans les bistrots, les taxis. Ah, ça, on sait faire. Taxis ? Enfin, ceux qui avancent, parce qu'aujourd'hui, plus rien ne bouge. A Genève, ne vous avisez pas de monter dans un bus : il vous amènera exactement à l'endroit opposé. Ou ailleurs. Ou nulle part. Dans les bus, on gueulera sec. Ça, on sait faire. C'est Genève.
Alors, pour nous sortir un peu de ce labyrinthe d'enfer, un ministre s'est mis en tête d'aller réveillonner dans les toilettes d'une boîte de nuit. Ça nous a distraits, un moment. Une vraie story, avec le pouvoir, la femme fatale, le barman, l'autodestruction d'un destin, la nuit bleue, l'année qui passe, la vie qui va. Pour une fois, les Genevois n'ont pas gueulé. Juste phosphoré, imaginé, reconstitué. Pas un coiffeur, pas un débit de boisson, pas un tram (en panne) où on n'en parlait pas. L'Affaire !
On a les affaires qu'on peut. Le Valais a eu Savro, la France Dreyfus, Nixon Watergate. A Genève, on a l'affaire du ministre qui va aux toilettes. Et on en parle ! Et on en oublie les flics qui grinchent, les bus au point mort, les tramways nommés déserts, les études PISA, la ministre dépassée par les événements. Et on le contemple, tout là-bas, le Mont-Blanc. Ce seigneur, si beau, et si paisible.
Pascal Décaillet
10:51 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
24.01.2012
Julie et le sable chaud
Sur le vif - Mardi 24.01.12 - 14.07h
Ineffable Julie ! Dans son édito du mardi 24 janvier, la Tribune de Genève se félicite que les partis genevois, « mis à part UDC et MCG » (elle omet le PS), fassent profil bas face aux affaires qui secouent le Conseil d'Etat. En clair, la démocratie, c'est fermer sa gueule, raser les murs, enfouir sa tête sous le sable chaud. Cautionner l'omerta entre partis gouvernementaux (Entente, avec la très active collaboration des Verts) pour ne surtout pas fragiliser l'équipe au pouvoir. En plus clair encore: la TG soutient bec et ongles le pouvoir en place. C'est son droit. Mais qu'elle le dise clairement.
Pascal Décaillet
14:07 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
Le retour de l'Oncle Charles
Sur le vif - Mardi 24.01.12 - 12.24h
« Le Conseil d'Etat est fragilisé », reconnaît son vice-président, Charles Beer, dans la Tribune de Genève de ce matin. Constat lucide ! Mais question : pourquoi Charles Beer s'exprime-t-il ? Qu'il l'ait fait sur le plateau d'Infrarouge, Pierre-François Unger étant « retenu par d'autres obligations », passe encore. Mais là, à froid ? Pour insister, une nouvelle fois, sur le thème de la démission. A-t-il le plein aval de son président ? Joue-t-il solo, comme naguère, sur le pont du Mont-Blanc ? Chez cet homme à l'instinct politique puissant, la tentation solitaire est récurrente. C'est le syndrome de l'Oncle Charles. Un ami de la famille, qui lui veut du bien.
Pascal Décaillet
12:24 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
21.01.2012
La vie commence à Kitzbühel
Sur le vif - Samedi 21.01.12 - 16.54h
D'abord, le vertige de la pente. Droit en bas. Même amputée, aujourd'hui, pour cause de neige qui tombe, de sa folie initiale, celle qui faisait peur jusqu'à Collombin (« Bon, on rentre à l'hôtel, ou quoi ? »), la Streif, c'est un morceau de folie. Pas celle des monts. Celle des hommes. Il n'est pas plus naturel de s'y élancer que de sauter en parachute. Pour jaillir quand même de ce portillon-là, faut quelque part une sacrée fêlure. Une zébrure.
Parce que le départ, c'est juste le prénom. Autant le Lauberhorn exige perfection technique, intelligence des virages, autant la Streif appelle la folie. Celle des plus grands. Killy, Schranz, Collombin, Klammer, Zurbriggen, Heinzer, Maier. Et un certain Didier Cuche. Wengen, c'est pour les cerveaux. Kitzbühel, pour les fadas. La zébrure. L'écorchure. La tare originelle. La Streif, c'est une tentative de rachat du péché. La mort est là, toute proche, qui t'attend et qui t'aime. Oui, la vie commence à Kitzbühel. Parce qu'elle pourrait très bien s'y terminer.
Avec mon père, qui m'a appris à skier, on était rivés à l'écran, les samedis midi. A écouter Christian Bonardelli, fantastique commentateur. Et puis, des courses, on est allés en voir, en vrai, des craquées. La Streif, à la télé, c'était la messe. Schranz, le pape. Collombin, le contorsionniste. Le déséquilibré permanent, toujours limite chute, mais qui finissait par gagner (1973, 1974). La folie créatrice de ce désordre, nous l'avons retrouvée chez Cuche. Quand ? Mais aujourd'hui, pardi ! Oui, ce samedi 21 janvier 2012, sur le coup de 13 heures. Réellement, à certains moments de la course, j'ai eu peur. C'est comme quand Bode Miller s'est mis à danser : lever la jambe à 120 km/h, plaque de verglas sous la couche de neige fraîche, le coup classique, et le type qui ramène le ski droit, et la course qui continue. Il y a un dieu pour les voltigeurs, un dieu pour les fous.
Oui, peur. Il la voulait, cette cinquième et dernière victoire. Gagner Kitzbühel à 37 ans ! Schranz, déjà, en remportant le doublé à plus de 33 ans, en 1972, nous apparaissait comme un extra-terrestre. Mais Cuche ! Ce courage. Cette carrière. Cette caboche. Cette tronche de combattant solitaire. Cet enfant chéri de la victoire, pour être tellement allé la chercher. Il est l'un de nos plus grands skieurs. Et si sa dernière saison, l'air de rien, était la plus belle ? La vie commence à Kitzbühel. Parce qu'elle pourrait, à chaque centième de seconde, s'y terminer.
Pascal Décaillet
16:54 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
20.01.2012
Robert Cramer insulte le Maire de Genève
Sur le vif - Vendredi 20.01.12 - 18.50h
Comment Robert Cramer, conseiller aux Etats en exercice, a-t-il pu se laisser aller à tant d'arrogance et de mépris envers le Maire de Genève ? Citation, tout à l'heure, sur la RSR : « Pierre Maudet, un jeune magistrat, réélu de justesse pour s'occuper des poubelles ». Lapidaire. Et franchement dégueulasse.
La pomme de discorde ? Maudet, à très juste titre, s'était permis de laisser entendre que les deux conseillers aux Etats genevois (Mme Maury Pasquier, socialiste, et M. Cramer, Vert) n'avaient pas fait leur boulot de lobbying, à Berne, pour défendre la traversée du lac. Un projet vital pour accorder enfin une ceinture périphérique à Genève. Et qui fait partie, d'ailleurs, du fameux plan directeur cantonal, dont on parle tant. Mais un projet, ça n'est un secret pour personne, torpillé, pour raisons idéologiques, par certains élus de gauche. Le résultat : le Conseil fédéral, avant-hier, n'a pas retenu la traversée du lac dans le réseau des routes nationales. La Confédération, donc, ne paiera pas.
Mais revenons à l'insulte. Les mots ne sont jamais gratuits. « Jeune magistrat » : en quoi l'âge joue-t-il un rôle, si ce n'est dans l'inconscient d'un notable ayant blanchi sous le harnais, à l'ombre des cépages ? « Réélu de justesse » : une fois qu'un magistrat est élu, il est élu ; on ne revient pas sur le détail, ni sur sa place. « Pour s'occuper des poubelles » : oui, M. Cramer, les vraies préoccupations des gens, pendant que les bobos trinquent dans les cocktails du terroir. Et pendant que les notables, ceux qui ont trop blanchi sous trop de harnais, « fatigués de porter leurs misères hautaines » (Heredia), en viennent à oublier leur fonction. Merci, M. Maudet, de vos efforts pour la qualité de vie à Genève. Au-revoir, M. Cramer.
Pascal Décaillet
18:50 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
Sept personnages en quête de hauteur
Sur le vif - Vendredi 20.01.12 - 16.21h
Il n'existe pas, à Genève, de gouvernement. Il existe, aujourd'hui, sept personnes, dont une ou deux de qualité, jetées là pour tenter de faire quelque chose ensemble. Ces sept personnes ne nourrissent guère d'estime les unes pour les autres, ne montrent aucune espèce de solidarité - si ce n'est de façade - lorsque l'une d'entre elles se trouve en difficulté, proviennent d'horizons politiques, idéologiques, culturels profondément différents. Elles se tutoient, certes. Tout le monde se tutoie. Et ce tutoiement ne veut strictement rien dire : il n'est l'indice d'aucune affection, d'aucune vraie proximité, surtout d'aucune fraternité. A Genève, on se tutoie. Et on trinque dans les cocktails. Ça fait partie du jeu. De l'Etiquette. On se tutoie, et on se tue. On tutoie ceux qu'on tue. On les flingue, mais à la deuxième personne. Singulier, non ?
Jetées là, par hasard. A l'automne 2009, il n'y a pas eu d'élection, on a juste procédé à un casting. Verrouillé par les listes électorales. On a reconduit les sortants, bien sagement. On a écarté l'emmerdeur. On s'est dit qu'on allait continuer de gouverner entre soi, entre gens de bonne compagnie. Ceux qui n'élèvent jamais la voix, ne trempent jamais leurs guêtres dans la boue, assistent, petit four en main, aux assemblées transfrontalières. Les gentils. La montée du mécontentement, les souffrances des gens, on n'a pas trop voulu les écouter. L'emmerdeur, notamment pendant l'année présidentielle du ministre des Affaires sociales, on l'a traité comme un gueux. Dans l'affaire libyenne, on l'a pris de très haut : on était sur la dune, il était dans la sable brûlant, on fermait les yeux. Le soleil était trop fort. Ce qui n'a pas empêché, tout récemment, qu'on lui pique allègrement l'une de ses idées, de type Julien Clerc, « Ma préférence », en se bouchant le nez s'il s'approchait pour en revendiquer la paternité.
Le vrai problème de Genève, ce ne sont pas les errances nocturnes de M. Muller. Ni les erreurs d'aiguillage de Mme Künzler. Non, le vrai problème, c'est la politique de ces gens-là, l'arrogance de ce ministre-là, et de son double. Les bricolages autour du centre, avec l'active collaboration des Verts, pour obtenir des majorités de fortune. Le mépris pour les Marges. Et le plus fou, c'est qu'on leur reproche, aux Marges, de faire de l'opposition ! Vous n'êtes pas d'accord avec une idée de l'équipe en place (l'Entente, avec l'active collaboration des Verts), on vous traite de destructeur d'institutions. Comme si la démocratie, ça n'était pas justement la mise en opposition des idées, la tension dialectique, et pourquoi pas une bonne engueulade de temps en temps. Mais non : leur démocratie à eux, c'est être d'accord avec le pouvoir en place aujourd'hui. Il paraît même - j'ai appris ça hier soir - qu'il existe une opposition « constructive » et une opposition « destructrice ». Et qui, je vous prie, définit ce qui est « constructif » ? Ben, la clique au pouvoir, of course ! Elle est pas simple, la vie ?
Sept personnes, jetées là. Sept singletons, en aucun cas un ensemble. Chacun, de son côté, fait ce qu'il peut. Et voilà qu'aujourd'hui, face à trois crises n'ayant certes aucun rapport entre elles (police, TPG, errances nocturnes), on nous promet un rafistolage. « Ça va mal, Monsieur, nous le savons, nous en prenons la mesure, mais croyez-moi, tout va changer : nous allons faire des dé-lé-ga-tions". On n'ose pas dire tutelle, on n'ose pas se désavouer en allant jusqu'à la rocade, alors, au sein de l'ensemble à sept éléments, on s'apprête à créer tout un fatras et un fracas de sous-ensembles, avec des intersections, A inter B, A union B, A différence B. Intellectuellement, j'adore, tout comme j'ai adoré les maths modernes. Politiquement, foutaise.
Sept personnes, dont une ou deux de qualité. Jetées là. Sans rapport entre elles. Sans la communauté d'une épine dorsale idéologique, ou philosophique. Sept intendants. Sur quelle terre ? Pour quelle politique ? Quelle ambition commune ? Avec quel chef ? Juste le hasard d'un casting d'automne. Putain, encore deux ans !
Pascal Décaillet
16:21 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
18.01.2012
Routes nationales : le Conseil fédéral se fout de l'Arc lémanique
Sur le vif - Mercredi 18.01.12 - 16.24h
Un Conseil fédéral peuplé de gentils représentants du Mittelland, sans la moindre sensibilité de l'Arc lémanique (eh oui, hélas, PYM fut recalé), vient de prendre l'ahurissante décision d'exclure la traversée du lac, à Genève, de son message, adopté aujourd'hui, sur le réseau des routes nationales. C'est un grave échec pour Genève, mais aussi pour nos amis vaudois et français, nos compagnons de routes, de tunnels et surtout de bouchons sur un réseau de plus en plus saturé qui eût évidemment exigé que Genève fût doté d'un véritable périphérique. Donc, d'une traversée du lac.
A juste titre, les présidents des gouvernements vaudois et genevois, MM Broulis et Unger, protestent vivement, cet après-midi, contre ce scandale. Mais des questions se posent. Que fait notre délégation genevoise à Berne ? Quelle lobbysme ont actionné nos onze du National et nos deux des Etats ? Ce dossier a-t-il suffisamment été mis en œuvre, en synergie, de la part de Genève ? En un mot, notre canton existe-t-il, simplement, à Berne ?
Au niveau national, on demeure frappé par le provincialisme du Conseil fédéral, sa méconnaissance totale des axes de communication autour de Genève, de la nécessité de les étendre, de leur donner une cohérence. Ces sept intendants de grasses terres de notre arrière-pays n'ont aucune idée de Genève, qu'ils considèrent au mieux comme un folklorique et lointain Finistère, au pire comme un vaudeville permanent. A leur décharge, il faut bien reconnaître que nous leur offrons, ces temps, sur plateau d'or, de quoi alimenter l'hypothèse no 2.
Pascal Décaillet
16:24 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
17.01.2012
Faits d'hiver
Sur le vif - Mardi 17.01.12 - 16.22h
Eh quoi, que voudraient-ils, tous ces puristes ? Ils voudraient des purs ? Des saints ? Mais ils se trompent d'ordre ! Qu'ils entrent en religion. En carmel. Qu'ils se défassent de leurs biens, les donnent aux pauvres, sillonnent le désert dans la foulée du premier prophète. Mais la politique, la fonction exécutive, c'est autre chose. La politique, ça n'est pas la morale. Ni, bien sûr, l'immoralité. Simplement, ce qui fonde l'action politique est d'un autre ordre. Ni celui du mal contre le bien. Ni vraiment celui du bien contre le mal.
A quoi devons-nous juger un ministre ? A l'efficacité de son action publique. Oh, à cette aune-là, un Mark Muller aurait assurément des comptes à rendre : on ne peut pas dire que ses dossiers avancent très vite, on attend désespérément le début d'érection de la moindre tour du côté du PAV, on prend acte avec inquiétude de la fronde des communes contre le Plan directeur cantonal. Tout cela, oui, qui est d'ordre public, parlons-en. Mais ce qu'il a fait, ou n'a pas fait, au Moulin à danses dans la nuit du réveillon, ne relève, comme je l'ai écrit ici dès le premier jour, d'aucune espèce d'intérêt public. Il est en conflit juridique avec un barman ? Eh bien que la justice tranche ! C'est une voie de fait parmi des centaines d'autres, à Genève. Un fait d'hiver.
Ma position, vous la connaissez. Je n'en changerai pas. Mais je lis les commentaires, un peu partout. Et je vois bien que la majorité de l'opinion publique ne l'entend pas de cette oreille. Et va dans le sens, que je déplore profondément, d'une américanisation de notre vie politique. Pour ma part, je n'en veux à aucun prix. La vie privée des magistrats - comme d'ailleurs, plus généralement, la vie privée des gens - ne doit pas nous intéresser. Un conseiller d'Etat a le droit d'être amoureux de qui il veut, de sortir dans les bars qu'il veut, de faire la fête comme il veut. Et une altercation, un soir de réveillon, avec un barman, ne constitue aucunement, à mes yeux, un cas de démission ou d'impeachment, procédure qui n'existe d'ailleurs pas chez nous.
Ce qui me gêne le plus, c'est l'effet de paravent. Avec Muller le castagneur au premier plan, voilà que disparaissent dans une ombre salutaire les carences de Mme Rochat. Qui sont, en termes de fonctionnement républicain - l'autorité élue qui doit s'imposer, anticiper, inventer le langage plutôt que de le suivre - d'un autre danger que les faits d'hiver. Mais peut-être, en cette période où le thermomètre descend, le fait d'hiver échauffe-t-il davantage nos esprits et nos sens. Nous, humains, trop humains. Et la politique, elle, n'est ni humaine, ni morale, ni inhumaine ni immorale : elle est la politique. Et c'est dans sa logique propre qu'elle doit être jugée.
Pascal Décaillet
16:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
15.01.2012
Mark et les gens qui s'aiment
Sur le vif - Dimanche 15.01.12 - 10.19h
Ce qui est formidable, dans l'affaire du Moulin à danse, c'est que Mark Muller a la chance d'avoir derrière lui un parti uni. Comme un seul homme. Même les femmes. Je parle ici du parti libéral (je suis comme les Français de mon enfance, je parle encore en anciens francs). Chez ces gens-là, Monsieur, aucun clan. Nulle faction. Nulle chapelle. Nul club, d'aucun jour de la semaine. Nulle rancoeur. Nulle fierté patricienne, même jaunie comme les portraits de famille, pour mépriser le parvenu. Ah, il a vraiment de la chance, Mark Muller, pour affronter les jours qui viennent, tiens disons par exemple mardi. Ah, la Sainte Félicité. Ah, les braves gens!
Pascal Décaillet
10:19 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
14.01.2012
Il n'y a pas d'affaire Mark Muller
Sur le vif - Samedi 14.01.12 - 11.00h
Madame Rochat a décidément beaucoup de chance. Non seulement une coagulation de pouvoir allant jusqu'aux Verts la protège (parce qu'il en va, tout simplement, de la survie de cette coalition même). Non seulement les députés de l'Entente (élargie aux Verts), les mêmes qui se montrent les plus féroces, à son égard, en privé, l'épargnent lorsqu'ils s'expriment au grand jour. Mais voilà qu'en ce début d'année, deux autres conseillers d'Etat servent de dérivatif et de diversion à la très mauvaise gestion politique de la police : Madame Künzler, pour cause de TPG, et surtout, depuis hier soir, Mark Muller, catcheur nocturne. Du coup, on parlera beaucoup moins des carences de Madame Rochat. Et l'ordre continuera de régner sur Genève. Quel ordre ? Celui de l'équipe au pouvoir. Élargie aux Verts.
Eh bien pour ma part, je refuse de jouer ce jeu. Nous devons juger les politiques, à commencer par les ministres, sur leurs actes publics, en aucun cas sur leur vie privée. Qu'on attaque Mark Muller sur la lenteur de ses dossiers, le plan directeur cantonal, aucun problème. Mais une bagarre, dans une boîte, la nuit du réveillon, cela concerne Mark Muller et le barman. Pas la République. Dans sa vie privée, le conseiller d'Etat a le droit d'aller où il veut, être amoureux de qui il veut, s'échauffer face à qui il veut, s'il estime son honneur - ou celui d'une amie - en cause. Il aura peut-être à en répondre, parce que les bagarres, pas plus que les duels, ne demeurent impunies. Mais même s'il devait être désavoué, cela n'aurait strictement rien à voir avec son activité publique. Il n'y a pas d'affaire Mark Muller.
En revanche, il y a bel et bien une affaire Rochat. Oh, sur le plan privé, j'en témoigne, la plus aimable des personnes. Mais, désolé, une ministre qui a échoué. L'autorité de l'Etat, face à la police, ne s'est pas imposée. La communication : catastrophique. Pire : la conseillère d'Etat, publiquement, charge ses subordonnés, à commencer par une cheffe de la police qui fait remarquablement son travail, serre les dents face aux admonestations de sa magistrate, jouit de la confiance de sa base, comme le relève l'excellente enquête de Fabiano Citroni, dans la Tribune de Genève de ce matin.
Mais las ! Il faut sauver le soldat Rochat. À tout prix. Pourquoi ? Parce qu'elle est le maillon faible du gouvernement. Au-delà, le maillon faible de la coalition d'intérêts (élargie aux Verts) citée plus haut, entendez l'actuelle majorité de pouvoir à Genève. Celle qui se partage postes et prébendes ! Si ce maillon-là devait céder, c'est cette majorité, au demeurant protéiforme, hasardeuse, sans épine dorsale idéologique, juste là par communauté d'intérêts, qui volerait en éclats. Et c'est exactement pour cela que les députés de cette coalition, oui les mêmes qui pestent dans le privé, se la coincent en public. N'en soyons, simplement, pas dupes.
Au fait, je suis si distrait : ai-je songé à rappeler que cette coalition de pouvoir, d'intérêts, de partage des postes, pouvait, de plus en plus, se féliciter de la très étroite collaboration des Verts ?
Pascal Décaillet
11:00 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (31) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
13.01.2012
Nuits genevoises : la vie qui va
Sur le vif - Vendredi 13.01.12 - 18.41h
Bon, c'est fait, nous y sommes. Rome n'est plus dans Rome, et la Rome protestante, alors là, je vous raconte pas ! Réveillon, nuit magique, femme fatale, ministre au cœur de braise, barman grincheux, rose au poing, pluie d'étoiles : la vie qui va. Et l'année passe ! Sur la pointe des pieds. L'air de rien.
J'ai toujours aimé les bagarres de bar, oh pas en vrai, juste en littérature, chez Genet, par exemple, Querelle de Brest. Mais c'est entre hommes. Chez Koltès, encore plus, Quai Ouest, quand la profondeur d'une litanie vient arracher les cicatrices des personnages, ici un père, là un fils, entre eux la noirceur d'une malédiction : la vie qui va. Oui, j'aime la violence des hommes, pas la physique, pas celle du sang, ni des ecchymoses, non, juste celle de leur solitude. Ton ange gardien, dans la nuit bleue du réveillon. Et le barman, y'a des moments où il ferait mieux de pas trop venir te chercher.
Alors voilà, charivari. Le poing ministériel entre en action. Nuit magique, poing final, la vie qui va. Et la plus haute tour qui s'écroule. Et les chiens, déjà, qui hurlent. Les mêmes qui protègent une ministre trop faible, hurleront, oui, sur cette affaire purement privée. Ils hurleront. Moi pas. Je retourne à Koltès.
Pascal Décaillet
18:41 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
11.01.2012
Police : ce qui se joue politiquement
Sur le vif - Mercredi 11.01.12 - 17.12h
A l'instant, le Conseil d'Etat donne de la voix, considère comme « illégales » certaines actions annoncées par les policiers, convoque Mme Bonfanti. A plein nez, voilà qui sent le fusible. Pour sauver le soldat Rochat, on va évidemment charger la cheffe opérationnelle de la police, lui faire porter à la fois le fardeau et le chapeau, déclarer urbi et orbi que ces histoires d'horaires qui foirent, c'est sa faute. Ce climat d'exécution était déjà perceptible hier soir, à travers les propos du PDC Philippe Morel, un homme qui a tout intérêt, pour son avenir politique, à sauver politiquement l'Entente. Quitte à faire rouler une tête.
Car l'affaire, déjà, n'est plus celle de la police. Mais celle du Conseil d'Etat. Hier soir, trois des six partis du Grand Conseil (PS, MCG, UDC) demandaient qu'Isabel Rochat soit dessaisie du Ministère de la Police. Deux d'entre eux réclamaient une rocade. Le troisième, carrément une démission et une élection complémentaire. Comme début d'année, on a connu plus calme ! Il y a donc urgence, politiquement, à serrer les coudes : d'abord, on sauve la ministre, ensuite en reprend ses esprits, on souffle un peu, et on voit ce qu'on peut faire.
Sauver Mme Rochat, pourquoi ? Parce qu'elle est le maillon faible de cette équipe gouvernementale. Accepter une rocade, ou une mise sous tutelle, ce serait reconnaître l'erreur de casting de 2009. Laisser deux partis non-gouvernementaux (MCG, UDC), et un troisième qui l'est devenu si peu (PS), dicter l'agenda. Reconnaître la victoire des Marges sur le pouvoir établi.
Clairement, la frontalité politique genevoise oppose l'Entente (élargie à des Verts de plus en plus heureux de collaborer) à la somme des Marges. Cette somme, aujourd'hui, n'est pas majoritaire. Demain, après-demain, elle pourrait le devenir. En attendant, on s'active à sauver une ministre qui n'est pas au niveau. C'est juste un acte de survie, de coagulation dans l'urgence, allez disons un masque à oxygène (n'est-ce pas, Dr Morel ?). Mais cela, en aucun cas, ne peut tenir lieu de politique crédible, à long terme.
Pascal Décaillet
17:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
Epitre au Romain
Sur le vif - Mercredi 11.01.12 - 15.59h
Voilà bien longtemps que je m'intéresse au combat politique de Romain de Sainte Marie. Un passionné. Un fou de politique, comme il y a des fous de rugby, de clavecin, de guitare électrique, de grimpette dans les Alpes. Un hyperactif, aussi. Surtout, un joyeux : un jeune militant qui donne envie, non nécessairement de partager ses idées, mais de se tremper dans la chose publique. L'équivalent, chez les socialistes, de ce que furent, naguère et à son âge, un Maudet chez les radicaux, un Darbellay chez les chrétiens-sociaux (avant de passer au PDC), un Murat Julian Alder ou un Nantermod au PLR. L'équivalent, en puissance intérieure, d'un Emmanuel Kilchenmann, l'étoile montante de la démocratie chrétienne, à Fribourg.
Il fut un temps, pas si lointain, où le parti socialiste genevois donnait davantage envie de se pendre, ce qui n'est jamais très porteur, que de croquer la vie à pleines dents. Reconnaissons d'ailleurs que cette formation a, depuis la défaite électorale de l'automne 2009, favorablement évolué. Mais même en ce temps-là, le jeune Romain, avec son équipe de Jeunes Socialistes, multipliait les actions publiques, jamais agressives, pour donner envie aux gens de s'intéresser à la politique. Oui, chez les jeunes, ça bougeait, alors que les aînés donnaient plutôt le sentiment de s'assoupir.
Aujourd'hui, le voilà candidat à la présidence du parti. Y parviendra-t-il ? Les clans, contre lui, vont-ils se reconstituer ? D'autres figures du parti, avec davantage d'expérience, vont-elles se profiler pour la succession de René Longet ? A voir. Mais une chose est sûre : nous avons là une excellente candidature de combat, un jeune homme de courage, de conviction, qui a vraiment envie de faire bouger les choses dans la République. Il parle, on le comprend. La phrase est simple, accessible à tous, le verbe clair, le propos se veut utile. « Populisme », râleront les vieux grogneux. Eh bien, qu'ils grognent ! Pour une fois qu'un socialiste parle au peuple - et s'en soucie sincèrement - on ne va tout de même pas faire la fine bouche. Qu'il se batte, cet homme-là, qu'il nous dérange : il en a le talent.
Pascal Décaillet
15:59 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
Un homme décidément très puissant
Sur le vif - Mercredi 11.01.12 - 12.25h
Le secrétaire général adjoint du DSE (Département de la Solidarité et de l'Emploi) à Genève, est décidément un homme fort puissant. Lorsque son ministre n'est pas là, et même quand il est présent d'ailleurs, le haut fonctionnaire ne craint pas, nous l'avons parfois relevé, de se montrer très politique dans ses appréciations. Ici, il traite une grève d'acte de flibuste. Là, il qualifie d'aberration économique les propos d'un président national de parti. Oui, cet homme brillant et cultivé a pris beaucoup d'ascendant dans le Département. Au point que nous sommes quelques-uns à considérer que le DSE est, au fond, dirigé par un tandem.
Mais il y a mieux : la Tribune de Genève nous rappelle ce matin que le Grand Vizir du DSE se trouve être, en plus, le président de l'Organe genevois de répartition des bénéfices de la Loterie romande. Rien d'illégal, bien sûr. Mais tout de même : voilà qui ajoute le pouvoir au pouvoir, et pas n'importe lequel : celui d'octroyer, retirer, limiter de très importantes sommes financières. Oui, décidément. Un homme fort puissant.
Je ne parle ici que de la partie visible de l'iceberg, celle dont on peut juger dans l'espace public. Qu'en est-il de l'autre ? Quel rôle exact ce remarquable commis joue-t-il au service de son ministre ? La question reste ouverte. Elle ne vous intéresse pas ? Moi, si.
Pascal Décaillet
12:25 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
Le rôle du diable
Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 11.01.12
Il faudrait enseigner l'affaire Hildebrand dans les écoles de journalisme. Comme un exemple extraordinaire d'inversion des rapports de responsabilité. D'un côté, le président d'une banque nationale empêtré dans une affaire où ses fonctions publiques et ses choix d'investisseur privé peuvent électriquement se toucher, ce qui est au mieux une lourde incurie, au pire une collusion d'une rare gravité. De l'autre, un conseiller national ayant contribué à ce que la chose, manifestement d'intérêt public, et même national, soit connue de tous. Et, pendant des jours, jusqu'à la démission du premier, on tombe sur qui, à bras raccourcis ? Sur le second ! Oui, on l'a fait jusqu'au dernier moment, tant qu'on pouvait. Oui, on a réinstallé Blocher dans son rôle taillé sur mesure : le rôle du diable. Oui, la majorité des éditorialistes de ce pays, désolé Chers Confrères, sont désespérants.
Imaginons, une seconde, que le conseiller national ayant eu vent de l'affaire (via une indiscrétion de la banque) n'ait pas été Christoph Blocher, bête noire absolue de nos beaux esprits, mais un élu lambda, bien centriste, bien poli, n'élevant jamais la voix, bien rasé. Allez, disons un gentil PLR, un gentil PDC, ou même un gentil Vert. Dans ce cas-là, le messager, tout le monde s'en foutrait comme de l'an 40 ! Imaginez que ce fût un Dick Marty : on ferait révérence, bien aplatie, devant le courage du chevalier blanc. Mais là, l'aubaine ! Le colporteur, le délicieux petit salopard, c'est Blocher ! Ah, les belles étrennes, ah le somptueux cadeau de début d'année : le Mal absolu, la main dans le sac.
Alors, pendant des jours, on n'a pas parlé « d'affaire Hildebrand », mais « d'affaire Blocher-Hildebrand », voire « d'affaire Blocher ! ». On a tout cherché, dans tous les sens, pour exonérer le patron de la BNS de la moindre charge possible. A l'inverse, on a défini comme cible unique « l'élu ayant enfreint la loi ». On s'est fait juriste, procureur, exégète du juste et du rigoureux. Tout cela, pour mieux oublier Hildebrand lui-même, évidemment victime, l'Agneau, d'une cabale. Et cela a failli marcher. Jusqu'au jour où l'intéressé lui-même, acculé par les siens pour des raisons qui restent d'ailleurs à éclaircir, a quitté le navire. Et même là encore, on a crié à la victime, l'homme d'honneur cédant à la meute. Et jusqu'à la présidente de la Confédération lui réitérant, peu auparavant, sa confiance. Ah, le délicieux petit monde ! Ah, la douce Confrérie ! Je te tiens, tu me tiens, et la barbichette est reine, souveraine. Tellement bien, entre soi ! Surtout, qu'on ne vienne pas nous déranger. Ni Blocher, ni personne ! Qu'on nous laisse, entre nous, couler des jours paisibles. Nous qui sommes du côté du Bien. Dans la neige immaculée de nos consciences.
Pascal Décaillet
08:45 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
10.01.2012
La citation du jour
Mardi 10.01.12 - 14.06h
"Genève a 105 kilomètres de frontière avec la France, et la situation de la sécurité à Genève est, en grande partie, due à cette proximité française".
Isabel Rochat - Mardi 10.01.12 - One FM
14:06 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
09.01.2012
La faute au Diable
Sur le vif - Lundi 09.01.12 - 15.55h
Nous n'étions pas très nombreux, pendant ces quelques jours de Fêtes, à refuser d'inverser le principe de gravité entre un président de Banque nationale ayant utilisé des informations à fins privées, et un conseiller national (nécessairement le Diable, puisque honni de toute la presse suisse, ou presque) ayant contribué à rendre l'affaire publique. Que le président du PLR suisse, Fulvio Pelli, ait déclaré qu'il aurait fait la même chose, ne fut strictement relevé par personne. Comme s'il y avait des choses qu'on peut entendre, ou dire, d'autres non.
Au-delà de M. Hildebrand, qui tire aujourd'hui les leçons de l'affaire, c'est sur l'état de la presse suisse qu'il convient, une nouvelle fois, de s'interroger. Ces lames de fond d'unanimité. Ce refus de regarder en face certaine réalités. Et vous allez voir: dès cet après-midi, ils vont dire que le pauvre M. Hildebrand a dû jeter l'éponge sous la méchante pression. Et que tout est, une fois de plus, la faute au Diable. Désespérant.
Pascal Décaillet
15:55 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (68) | Envoyer cette note
|
|
Facebook




