30/11/2007

Du vent, et du sable mouillé



Édito Lausanne FM – Vendredi 30.11.07 – 07.50h



C’est fait : Lucrezia Meier-Schatz s’en va. La vice-présidente de la Commission de gestion, qui avait tant accablé Christoph Blocher, dans cette fameuse rencontre avec la presse du 5 septembre, en pleine campagne électorale, tire la leçon de l’incroyable comportement de cette commission, dont le crédit, pour un bon moment, se trouve sérieusement entamé. Elle a annoncé hier soir, dans l’émission « Zehn vor Zehn » de la télévision alémanique, qu’elle renonçait à un deuxième mandat à ce poste. Soi-disant pour mieux se consacrer à la Commission de l’économie et des redevances, ce qui confirme avec un certain éclat la propension de cette dame à prendre les récepteurs de ses messages pour de parfaits abrutis.

Le lendemain même de cet épisode du 5 septembre, sur cette même antenne et à cette même heure, j’avais appelé à la plus grande réserve dans le traitement de cette affaire, et même évoqué la possibilité que le prétendu dossier Blocher se révélât, un beau jour, totalement vide. Je dois vous avouer que, ce matin-là, à lire la curée anti-Blocher chez tant de confrères, je m’étais senti, disons… un peu seul.

La démission de Madame Meier-Schatz, c’est bien. On ose espérer que le peuple saint-gallois, lorsqu’il sera appelé, dans quelques mois, à renouveler son gouvernement – auquel elle est candidate – sache se souvenir de cette affaire. Mais, désolé, en termes de débriefing de la campagne électorale 2007, ce départ ne suffira pas.

D’autres questions ce posent. L’attaque en règle d’un magazine romand, exactement au même moment de la campagne, contre Christoph Blocher, le parant de tous les maux de la terre, qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Le livre de François Cherix, alias le Ventilateur, recensant sur un air de contredanse les mille raisons de voir dans le ministre de la Justice un grand méchant. La croisade des éditorialistes, des chroniqueurs, des gens de gauche, et de nombre de bonnes âmes de la droite dite « républicaine », se parfumant d’encens pour mieux camoufler leur inopérance politique, durement sanctionnée par le peuple, le 21 octobre. Je reviendrai un jour sur la dérisoire usurpation de ces deux mots « Front républicain » : comme si l’UDC était à ostraciser du champ républicain !

De tout cela, tout ce maelström de préjugés, tout ce prêchi-prêcha de Pentecôtistes weimariens nous annonçant la fin des temps démocratiques en Suisse, que reste-t-il ? – Du vent ! Du vent, et du sable mouillé. Madame Meier-Schatz, au moins, a tiré les leçons de son erreur. Mais eux, à coup sûr, jamais. Ces gens-là, calcifiés d’idéologie jusqu’à la cimentation finale, sont des murs. Vous avez déjà essayé de discuter avec un mur ?

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29/11/2007

Madame Meier-Schatz doit tirer les leçons



Édito Lausanne FM – Jeudi 29.11.07 – 07.50h



Ils étaient venus rencontrer la presse, il y a quelques semaines, avec de noirs regards de procureurs. La démocrate-chrétienne saint-galloise Lucrezia Meier-Schatz en tête, ils allaient faire tomber Christoph Blocher. Une affaire incroyablement mise en scène, en pleine campagne électorale, relayée à grand fracas par certains médias d’un certain groupe. Sur le plateau télé d’une certaine émission, en Suisse romande, un rédacteur en chef, transmué en procurateur de Judée, annonçait à Christoph Blocher qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Le pays entier avait l’impression que les justiciers arrivaient. Zorro était à Berne.

Aujourd’hui, tout s’écroule. Et cette fameuse sous-commission du National, chargée de faire la lumière sur les prétendus rapports du ministre de la Justice avec le banquier Oskar Holenweger, à Berne, rase les murs. Hier, elle a reconnu des « erreurs de communication ». Elle admet que ce qui a été dit à la presse, ce fameux 5 septembre, n’aurait pas dû donner prise à des spéculations. La présidente de cette sous-commission, Lucrezia Meier-Schatz, aurait dû « communiquer avec plus de réserve ».

« Communiquer avec plus de réserve » ! Dieu qu’en termes galants, et indulgents envers soi-même, ces choses-là sont dites. Je vois encore l’immense majorité de mes chers confrères embrayer comme au quart de tour sur le thème de Blocher scélérat, de Blocher anti-démocrate, de Blocher traître à la patrie. Et il fallait voir la gravité de leurs visages. Et il fallait lire ces éditos de Pères-la-Morale et de redresseurs de torts. Et un conseiller fédéral, pourtant parmi les meilleurs, allait jusqu’à parler de « Duce » et de « fascisme ». Tout cela parce que la sous-commission de Madame Meier-Schatz n’avait pas « communiqué avec assez de réserve ».

Oui, dans cette affaire, il y a eu dérapage. Oui, il y a eu instrumentalisation de conclusions erronées et précipitées de la sous-commission, à des fins politiques. Que les ennemis de Christoph Blocher fassent tout pour le faire tomber, c’est la règle du jeu, en politique. Mais qu’autant d’éditorialistes aient pu, à ce point, foncer dans le panneau, c’est un peu inquiétant. Reste qu’aujourd’hui, la présidente de la sous-commission de gestion doit tirer les conséquences politiques de cette affaire. La crédibilité de Madame Meier-Schatz ne lui permet plus de conserver son poste, dans les années qui viennent.



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28/11/2007

Et une gaffe du Conseil fédéral, une!


Le Conseil fédéral fait très fort, ce matin, dans le texte de la concession qu’il renouvelle, pour dix ans, à la SSR. Il fixe à cette dernière des contraintes en matière de qualité, « afin de garantir qu’elle se distingue clairement des offres commerciales ».

 

Autrement dit, le gouvernement suisse estime, noir sur blanc, que les radios et télévisions privées produisent, jour après jour, une offre de qualité inférieure.

 

Les radios et télévisions privées, qui luttent jour après jour pour survivre, faire vivre la culture et le débat citoyen dans leurs régions, apprécieront.

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Premier automne, premiers nuages



Édito Lausanne FM – Mercredi 28.11.07 – 07.50h



D’abord, il y a eu le soleil. Le Roi Soleil. Il est arrivé ce printemps, on n’a plus vu que lui. Tout, alentour, n’était qu’ombre, obscurité, oubli, relégation. Il avait mené campagne pour l’Elysée, l’avait génialement remportée, avait semé ses adversaires comme Federico Bahamontes, l’Aigle de Tolède, ce grimpeur ailé à la triste figure, laissait gésir ses concurrents, épuisés de terrestre pesanteur, loin derrière, dans le mirage des cols alpins ou pyrénéens.

Oui, Nicolas Sarkozy, ce printemps, s’était senti pousser des ailes. Et, comme dans les grandes batailles, les mythiques, comme à Austerlitz, chaque geste de victoire en enfantait un autre. Et l’armée ennemie qui s’effondrait, et le génie de l’élu pour semer, en face, discorde et trahison. Tant de petits marquis, Kouchner en tête, prêts à la défection, pour une médaille, un titre, le parfum d’un maroquin. Les socialistes ? Sarkozy n’avait plus besoin de les tuer : il se contentait de les engager, à son service. Oui, nulle nécessité de meurtre sur ceux qui ont déjà, entre eux, dans une sorte de grand transfert collectif, mis fin à leurs jours. Sarkozy est un tueur ; mais pas question d’attenter à la paix des morts.

Et puis, vint l’automne. Et le soleil commença à se voiler. Entre reine et favorites, il y eut comme un mouvement. Mais la disgrâce, comme dans les plus riches heures de Versailles, qui frappe-t-elle le plus durement, qui rend-elle, au fond, le plus malheureux ? Le roi ou la favorite, la légitime exilée, celui qui reste, celle qui s’en va ? Et puis, il y eut ces grèves, et le Soleil, dans son silence, sut reconquérir quelques parcelles de majesté.

Dans l’immense galerie des Rois, il n’y eut pas que le Soleil. Il y eut, par exemple, son arrière-petit-fils. Quant on commence trop bien un règne, à la Giscard, Il faut, toujours, penser à Louis XV, ce très grand roi en dépit de la noire et tenace légende qui ne veut voir en lui qu’un coureur de jupons. Louis XV, oui, longtemps le Bien Aimé, mais qu’au soir de sa mort, en 1774, on dut conduire clandestinement en sa dernière demeure de Saint-Denis, tant le peuple qui l’avait adulé, s’était mis à le rejeter.

Et puis, reviennent des mots, soudain, que la grande illusion de ce printemps avait réussi à nous faire oublier : le mot « banlieues », par exemple. Non, Sire, face la réalité des choses, nul souverain n’est épargné. Diable, murmure la plèbe, celle-là même qui t’a fait roi : le vernis de ce printemps commencerait-il – déjà – à fondre ? Oh, il vous reste encore de beaux jours, Monsieur le Président. Il est bien prématuré, bien mal placé d’évoquer déjà le temps de la disgrâce. Mais souvenez-vous, simplement, de Louis XV : le Bien Aimé, le Tout Aimé, et son dernier voyage vers son dernier caveau, la nuit, à la sauvette, vers Saint-Denis.

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27/11/2007

Education citoyenne



Édito Lausanne FM – Mardi 27.11.07 – 07.50h


Hier, à Genève, la rencontre de plusieurs classes – primaire, Cycle d’Orientation, Collège - avec la Présidente de la Confédération a été un beau moment. Avec leurs profs, ils avaient préparé de bonnes et vives questions sur le vivre ensemble, ce qui nous lie, ce qui nous unit, ce qui doit nous régir. Des questions sur la Cité, son organisation. Micheline Calmy-Rey, avec élégance et simplicité, a joué le jeu.

L’une de ces questions, posée par une élève de 4e Maturité du Collège Calvin : ne faudrait-il pas faire beaucoup plus d’éducation citoyenne ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’angle et le sujet de cette collégienne étaient pertinents. La citoyenneté, ça se forme, ça se façonne, ça s’aiguise comme des papilles. Par un ensemble de connaissances (oui, pardonnez-moi, des connaissances, tout court), mais aussi par une initiation aux démarches et aux actes citoyens : l’initiative, la prise de parole pour convaincre, le débat, le vote, le respect de la majorité.

Les connaissances. Aucune communauté humaine ne peut transmettre ses valeurs sans faire connaître ses institutions à ses enfants. Pas les sacraliser. Non. Simplement les définir, montrer de quelles profondeurs historiques elles surgissent, comment elles ont émergé, à la suite de quelles crises, de quels conflits. À cet effet, l’éducation citoyenne ne peut en aucune manière se dissocier du cours d’Histoire. À quoi bon parler du Conseil national, du Conseil des Etats, du Conseil fédéral sans remonter aux origines de l’idée républicaine : les Lumières, la Révolution française, les événements de 1848, liés au Sonderbund, etc.

Ce qui n’allait pas, dans une certaine instruction civique de papa, c’est qu’on balançait des structures un peu sèches, sans les enrichir de leurs causes diachroniques. Vous voudriez parler de la Cinquième République sans jamais prononcer le nom de Charles de Gaulle, de la laïcité sans évoquer la grande crise ayant amené, en France, à 1905, des contrats collectifs en Allemagne sans rappeler le rôle du Zentrum sous Bismarck ?

Et puis, l’autre aspect beaucoup plus ludique et excitant, c’est l’énergie citoyenne. Faire débattre les élèves. Débattre, pas s’ébattre ! Parler en public, argumenter, affronter l’adversaire, le respecter, passer au vote, savoir s’incliner si on perd. Quand j’en ai parlé à des amis profs, ils m’ont fait cette réponse énorme : « On n’ose pas ; on risquerait de se faire accuser d’amener la politique à l’école ». Hallucinant ! Ce qui est interdit, c’est la propagande politique, pas l’initiation à ce qui vous entoure et vous régit. Aussi absurde que confondre laïcité et silence radio total sur le phénomène religieux à travers les âges.

Le plus fou, c’est que les profs désireux de faire vivre cette démarche existent. Ils sont habités par la passion de l’éveil et de la transmission. Le moins qu’on puisse attendre de l’autorité scolaire, c’est de les encourager. Valoriser leur action. Faire de l’école un lieu qui, sans s’impliquer directement dans le débat citoyen, soit suffisamment en éveil pour l’observer, le comprendre, le commenter, le mimer, le jouer, l’exercer. Rester sanctuaire, mais avec une petite tourelle, bien placée, pour observer le monde réel.

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26/11/2007

Un bilan présidentiel



Édito Lausanne FM – Lundi 26.11.07 – 07.50h



À quelques semaines de passer la main – cela devrait être à Pascal Couchepin – Micheline Calmy-Rey laisse derrière elle un bon bilan présidentiel. Cette fonction, plus proche des chrysanthèmes que du suprême, elle l’aura su l’assumer avec classe et dignité.

Dans ce système étrange, unique au monde, où le chef d’Etat n’en est pas vraiment un et change tous les ans, le titulaire de la charge dispose de très peu de temps pour insuffler un style. Quelques signes, bien placés. Quelques petites phrases. Une ou deux initiatives. Surtout, ne pas trop en faire. Surtout, ne pas élever la voix de façon trop prétorienne. Surtout pas d’éclat tribunitien.

Non que les Suisses n’aiment pas les éclats rhétoriques : ils commencent même sérieusement à y prendre goût. Mais pas dans cette fonction-là. Le président, la présidente doit serrer dans l’intime de son être une part du charme secret de notre pays : le respect, la pluralité, tous ces petits miracles d’équilibre, infiniment fragiles en vérité, qui ont permis à la Suisse d’émerger, d’exister.

Cela, Micheline Calmy-Rey l’a compris. Avec son style à elle, qui n’est ni celui de Kurt Furgler, ni celui de Jean-Pascal Delamuraz, pour prendre les tout grands. Ainsi, dans la campagne électorale, la Présidente n’a cessé de rappeler les deux ou trois valeurs fondatrices de la Suisse. Elle tenait un discours partisan, anti-Blocher ? Peut-être. Mais elle disait en même temps les choses justes et fortes qu’on attendait de sa fonction. Pas la personne, la fonction.

Bien sûr, il y a eu l’épisode du Grütli, qui était donner beaucoup d’importance à une prairie – pardonnez-moi – qui n’en a guère. La vraie Suisse est née en 1848, peut-être en 1798, peut-être même aux Traités de Westphalie de 1648, mais 1291 ne concerne qu’un infime noyau du pays. Mais il y a eu aussi, dans chaque moment difficile, discorde évidente du Collège ou autres montées de fièvre, une tonalité dans la voix pour garder la distance et calmer les choses. Là aussi, c’est exactement ce que les Suisses attendent de cette fonction.

Reste que cette fonction, dans son exagérée modestie, est à revoir. Un Président pour deux ans, voire pour toute la législature. Elu par le peuple, et non par la combinazione du suffrage indirect. Une personnalité de valeur, de référence, évidemment rassembleuse. Une tonalité. Une voix pour le pays et pour le monde. En quoi la secrète fragilité de notre pays, qui n’exclut ni le courage ni la lumière, serait-elle entravée par ce surcroît de visibilité ?


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25/11/2007

Beau dimanche pour les gentlemen

Beau dimanche pour les gentlemen

 

Le Conseil des Etats, ce doux salon de notables, pourra rester entre gentlemen, encore, pendant quatre ans. Grand vainqueur, le 21 octobre dernier, des élections fédérales (29% de suffrages), l’UDC n’y fera pas encore cette fois sa grande rentrée. Dans deux cantons-clefs qui devaient encore voter ce week-end, Zurich et Saint-Gall, deux stars du parti de Christoph Blocher viennent d’essuyer des camouflets qui appellent quelques leçons.

 

Ces deux perdants sont tout, sauf n’importe qui. A Zurich, le président national du parti, Ueli Maurer, l’homme sous le règne duquel le parti fondé, il y a 90 ans, par le mythique Bernois Rudolf Minger, aura atteint son apogée historique. A Saint-Gall, l’enfant terrible du parti, le dauphin de Blocher, le si jeune et si populaire Toni Brunner, 33 ans, qui était sorti en tête du premier tour. Deux stars, oui, deux habitués d’Arena, des plateaux TV, deux figures de proue, deux hommes qui incarnent l’irrésistible ascension de la ligne Blocher.

 

Ces élections fédérales de l’automne 2007 nous amènent donc un paradoxe : comment le parti qui a si brillamment remporté la mise au National peut-il se montrer si timide, voire si mauvais, dans la course aux Etats ? Dans cette Chambre des cantons, il n’obtient, avec 7 sièges (Argovie, Berne, Glaris, Grisons, Schaffhouse, Schwyz et Thurgovie), même pas la moitié du PDC (15 sénateurs), qui continue de régner en maître sur le « Stöckli ». Et pourtant, en nombre de voix, le 21 octobre, le parti de Blocher fait à peu près deux fois mieux que la démocratie chrétienne ! Etrange inversion des rapports de forces, non ?

 

Face à un tel paradoxe, on peut avoir deux réactions. Soit on se dit que, décidément, le Conseil des Etats ne sert à rien (c’est à peu près ce que Charles de Gaulle pensait du Sénat) ; soit on se félicite que nos ancêtres de 1848 aient pu inventer un aussi génial système de rééquilibrage des forces. Une chose est sûre : si l’idéologie UDC progresse dans les consciences (voir l’étonnante votation cantonale thurgovienne de ce week-end sur les naturalisations, UDC pur sucre), le peuple n’est paradoxalement pas encore prêt à élire n’importe où des personnalités, fussent-elles célèbres, de ce parti. Dans les élections majoritaires, qui impliquent des personnages rassembleurs, l’UDC a encore beaucoup de peine.

 

A l’inverse, les candidats rassurants à l’extrême, nuancés, courtois, sachant vivre, un rien ennuyeux, oui les gentlemen de club anglais, les Schwaller et les Burkhalter (Fribourg et Neuchâtel) y sont plébiscités. Comme s’il y avait une Chambre pour les rapports de force (le National), et l’autre, les Etats, pour l’accommodante rotondité du vivre ensemble. Pourquoi pas, au fond ? Le grand défi de l’UDC, pour les quatre ans qui viennent, sera de proposer au peuple, pour les Etats, des personnages capables d’inspirer cette confiance. Au risque de s’embourgeoiser, et donner libre cours au pire cauchemar des dirigeants de l’héroïque ascension de ces dernières années : devenir – horreur et calamité – un parti comme un autre.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23/11/2007

Et maintenant, Madame Maury Pasquier!

Après Fabienne Bugnon, c’est maintenant Liliane Maury Pasquier qui décide de « débloguer ». Qu’on partage ou non ses options, voilà donc, une nouvelle fois, une femme de valeur, conseillère aux Etats brillamment élue, qui, lassée d’un flot de commentaires « isolés et désolants », préfère quitter le terrain.

 

Comme je l’ai fait (sans succès, malheureusement) pour Fabienne Bugnon, je demande à Liliane Maury Pasquier de rester. Surtout ne pas partir. Surtout ne pas donner raison aux lâches, aux anonymes, aux pseudonymés masqués qui semblent n’avoir nulle autre occupation que d’insulter tout le monde. Nul texte original, jamais, nulle idée propre. Juste parasiter celles des autres. Reprendre une partie de leur texte – vieux réflexe de prof – le mettre en exergue, le démolir. Ce ne sont pas des blogueurs, mais des métablogueurs, des punaises ne vivant que du sang et de la sève des autres.

 

J’ai, pour ma part, dès les premiers jours, posé trois conditions à la publication de commentaires sur mon blog :

 

1) Aucune insulte.

 

2) Rester dans le sujet traité par mon papier initial.

 

3) Signer. Cela signifie un nom et un prénom.

 

Un blog qui se saborde, a fortiori celui d’une éminente personnalité publique, c’est, à chaque fois, une micro-victoire pour le fatras et le fracas des crapoteux. Madame Maury Pasquier, je vous demande de rester.

 

 

 

 

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Un enfant du paradis

 



Édito Lausanne FM – Vendredi 23.11.07 – 07.50h


Ils étaient six, hier soir, sur mon plateau. Six danseurs et danseuses. Tous avaient connu Béjart. La plupart avaient été choisis, un jour, par le maître, pour travailler avec lui. Le grand chorégraphe venait de nous quitter, quelques heures auparavant, certains venaient de l’apprendre, mais tous nous avaient fait l’amitié, tout de même, de venir sous les projecteurs, en parler.

Émotion, bien sûr. Mais contenue. Pendant que les hommages des officiels grêlaient sur les téléscripteurs, il y avait là six artistes, six professionnels, pour tenter une évocation. Rien d’exhaustif, juste quelques touches, sur le vif. Il y avait François, Yukari, Giuseppe, Cécile, Jean-François et Loris.

François Passard, d’abord, qui a connu Béjart en 1972, et qui travaille aujourd’hui au Grand Théâtre de Genève : « Il a donné un sens à ma vie ». Cécile Robin Prévallée, danseuse : elle avait été choisie, un jour, pour un spectacle. Elle évoque le feu de la première rencontre. Loris Bonani, danseur, ancien élève de l’école Rudra Béjart Lausanne : il nous explique comment un homme approchant les 80 ans peut encore, par la seule force de ses ondes, et sans plus pouvoir donner l’exact exemple physique, faire vibrer une chorégraphie. Le mystère de la transmission. L’initiation.

Jean-François Kessler, ancien danseur à l’Opéra de Paris, maître de ballet au Grand Théâtre de Genève, évoque la qualité mystique de ce lien. Comment Béjart, sans jamais rien asséner, révèle à l’élève sa personnalité propre. Me revient soudain cette phrase de Jean-Louis Barrault, cette archive radio de 1967, que l’émission Forums venait de rediffuser : « Un sixième sens lui a été poussé ». Barrault, oui, le Baptiste des « Enfants du Paradis », qui venait de monter, avec Béjart, 40 ans à l’époque, une version de la « Tentation de Saint-Antoine », de Flaubert.

L’homme au sixième sens était sans doute, lui aussi, un Enfant du Paradis. Cet homme, qui laisse en deuil la ville de Lausanne, mais aussi l’univers de la danse, avait eu des mots superbes sur le sentiment religieux. Converti à l’Islam, passionné de bouddhisme et de spiritualités orientales, il disait que toute les grands mouvements spirituels, en quelque point de rencontre cosmique, convergeaient.

De superbes mots, enfin, par ces jeunes orphelins de l’Oiseau de feu, sur la revalorisation du danseur masculin par Béjart : « L’homme qui a révélé l’homme à la danse ». Des mots comme une reconnaissance, dans toute la puissance éclairante de ce terme. Je te connais, je te reconnais, j’entrevois la flamme que tu m’as transmise.

Ce lien, magique, du disciple avec le maître. Ce lien d’un humain resté sur Terre avec un Enfant du Paradis.

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22/11/2007

L'hermine et l'usurpation

 

 

Chronique éditoriale parue dans le Nouvelliste du jeudi 22.11.07

 

La mise en examen, hier, de Jacques Chirac, dans l’affaire des emplois fictifs à la Mairie de Paris, va faire saliver d’une jouissance aussi blanchâtre que salée toute une moutonnière cohorte de confrères, qui n’en pouvaient plus d’attendre ce messianique moment, en ovine prostration, depuis tant d’années.

 

Je les entends déjà bêler d’extase. Je lis déjà leurs commentaires, l’apologie de la pureté des juges contre la prétendue putréfaction du politique. Enfin, leur salive, si longtemps contenue, ils vont pouvoir l’expectorer contre cet homme qu’ils ont toujours détesté, n’ont jamais cherché à comprendre. Au point d’avoir pris, en 1995, à 90%, le parti de Lionel Jospin contre lui, ce qui ne fut pas exactement le choix souverain du peuple français. Au point d’avoir récidivé, dans de semblables proportions, en 2002, où Jospin ne fut même pas capable de se qualifier pour le deuxième tour.

 

Je suis la carrière politique de Jacques Chirac depuis 33 ans. Dans mes positions éditoriales, je l’ai souvent soutenu, me sentant parfois, je l’avoue, un peu seul. Une présidence loin d’être parfaite, certes, et même passive sur les dernières années. Mais quelques très bons points : la politique étrangère, la position sur la guerre en Irak, la lutte contre les extrêmes, le discours du Vel d’Hiv. Consulter le suffrage universel sur le Traité européen ? C’était tout à l’honneur de la tradition référendaire de la Cinquième République. Voilà donc un Président qui, sans avoir l’éclat de Charles de Gaulle ni l’extrême habileté de François Mitterrand, n’en a pas moins servi son pays, du mieux qu’il a pu, pendant douze ans. Il n’est pas encore prouvé que son successeur, l’actuel atlantiste commis-voyageur de l’Elysée, sur la longueur, fasse aussi bien.

 

Un bilan politique honnête, j’en conviens, n’exonère pas de rendre des comptes à la justice. Mais quelle justice ? Et quels juges ? Et pour quelles affaires exactes, dûment et patiemment tramées, alimentées, pendant des années, par l’opposition ? Peut-on totalement exclure que certains juges, dans cette affaire, soient saisis du syndrome du shérif? Ou alors, éblouis par l’incroyable notoriété que donnerait à l’éclat de leur hermine la saisie d’une telle proie ? La sacro-sainte neutralité du corps judiciaire, sommes-nous certains d’en avoir la garantie, dans cette affaire qui suinte tellement la revanche des uns, la pulsion de Watergate chez les autres. Tout cela, au risque de froisser la laineuse unanimité des moutons, il fallait peut-être le dire une fois.

 

Pascal Décaillet

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Chez ces gens-là, Monsieur...

 


Édito Lausanne FM – Jeudi 22.11.07 – 07.50h



Un chef de l’armée qui se fourvoie dans une étrange affaire de livre promotionnel, un chef des Forces terrestres relevé abruptement de ses fonctions, une armée dont plus grand monde ne sait exactement à quoi elle sert, un ministre de la Défense régulièrement vilipendé, en public, et avec force goguenardise, par les membres de son propre parti, il y a malaise au sein de la Grande Muette. A trois semaines de la réélection du Conseil fédéral, tout cela procède-t-il du hasard ?

Tout cela, en tout cas, projette sur la scène un homme qui aurait plutôt rêvé de passer les trois prochaines semaines, jusqu’au 12 décembre, sur la pointe des pieds, dans l’obscurité des coulisses, derrière le rideau. Histoire de se faire réélire entre les gouttes, en comptant sur le jeu des automatismes, de la tradition, de ce qu’il reste de respect entre partis gouvernementaux, entre deux exécutions.

Samuel Schmid est un homme de valeur. Un homme droit, compétent, un UDC de la vieille tradition agrarienne, celle du Seeland bernois en l’occurrence, n’ayant rien à voir avec la tendance de Christoph Blocher. Un UDC style Minger, le mythique fondateur du parti, il y aura bientôt 90 ans, ou encore style Ogi. Le problème, c’est qu’il est devenu un Mohican. Le dernier de tous. La victoire de Blocher, au sein du parti, est à ce point totale, que la bonne vieille tradition bernoise, ou vaudoise PAI, n’y représente plus rien.

Dans ces conditions, si l’élection du 12 décembre obéissait à une logique, il ne faudrait pas réélire Samuel Schmid. Il faudrait, en conformité avec le vote du peuple, deux UDC tendance Blocher. Ou alors, il faudrait que Samuel Schmid quitte son parti, et accepte l’exil politique des radicaux ou du PDC. Mais il ne le fera jamais. Il l’aime trop, ce parti de Minger, authentiquement centriste aux origines, là où ce mot, maintenant, jusque dans l’étiquette, apparaît aussi déplacé que ridicule.

La question du maintien de Samuel Schmid au Conseil fédéral se pose donc, bel et bien. Les 246 grands électeurs du 12 décembre oseront-ils bousculer les choses ? Rien n’est moins sûr. Pour avoir commenté en direct, sur place, dans les Pas perdus, tant d’élections du Conseil fédéral, ce mode de scrutin indirect plus proche des usages du Saint-Empire que d’une démocratie moderne, je puis témoigner d’une chose : c’est un exercice d’équilibrisme où tu dois ménager l’un pour que l’autre te ménage, où l’ordre de passage est capital, où le sérail assure ses prébendes pour quatre ans.

Ce mode désuet, plutôt révélateur des petites bassesses du Parlement, et ses combinazione, pourrait bien, une fois de plus, assurer la réélection de Samuel Schmid. C’est que, chez ces gens-là, Monsieur, comme dans l’armée suisse, ce qu’on affectionne par-dessus tout, ce sont les petits enjeux, et les petites querelles, de la petite guerre.


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21/11/2007

Arturo Benedetto Giovanni Giuseppe Pietro Archangelo Alfredo Cartoffoli dé Milano



Edito Lausanne FM – Mercredi 21.11.07 – 07.50h



On peut être un fou du volant et, en même temps, un excellent conseiller aux Etats. C’est ce qu’a décidé, dimanche, le peuple tessinois, en reconduisant, pour quatre ans, à la Chambre des cantons, le Fangio de la politique suisse, le démocrate-chrétien Filippo Lombardi. Lequel devance largement son rival socialiste, l’oncologue Franco Cavalli.

Ce vote tessinois est une leçon politique, et mérite qu’on s’y arrête. Il nous rappelle qu’en démocratie, le seul souverain, c’est le peuple. Non pas l’opinion (doxa), non pas le peuple en ébullition qui manifeste (plêthos), mais bel et bien démos, le corps électoral qui, un beau dimanche, se rend aux urnes.

Filippo Lombardi, excellent conseiller aux Etats, se trouve avoir eu quelques problèmes au volant. Aux yeux du Code de la Route, c’est même un récidiviste notoire, boulimique de vitesse, assez proche de cet Alfredo, de Milano, au nom interminable, avec ses gants de cuir, qui prend Tintin dans sa voiture, dans l’Affaire Tournesol. Pour ces infractions, Lombardi a payé (il a rendu son permis) et va peut-être payer encore, avec effet retard.

La faille, évidemment, était trop belle, l’odeur du sang trop attirante pour que les requins, tout alentour, ennemis politiques ou presse people, se gênent. Au point qu’on n’a plus parlé de Lombardi, dans certains journaux, que comme prince des chauffards et roi du macadam. Et de preux moralistes, parmi mes confrères, ont saisi leur blanche plume, candide comme l’innocence d’une colombe sur la chaussée, pour demander la tête de l’ignoble avaleur de kilomètres.

Seulement voilà. Lombardi a tenu bon. Il a reconnu ses fautes sur la route, il a continué de représenter son canton sous la Coupole, dont il est un élément de grande qualité. Et il est allé, lentement, professionnellement, vers le seul juge qui vaille, le suffrage universel. Et dimanche, le peuple tessinois, parfaitement au courant de l’affaire, a décidé souverainement qu’il voulait Lombardi, pour quatre année supplémentaires, à la Chambre haute du Parlement.

Le peuple, oui, pas les juges. Le peuple, pas les ragots, ni cette hyène errante qu’on appelle l’opinion, ou la rumeur. Le peuple souverain, pas les corps intermédiaires. C’est lui, en toute chose, qui tranche. Non qu’il exonère Lombardi de ses péchés routiers. Mais il considère que la politique et la morale, la politique et le volant, la politique et la vitesse, ce sont des choses différentes. Le grand Machiavel, qui ne connaissait au mieux que le galop du cheval, n’aurait pas dit mieux.

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20/11/2007

Notre peuple, nos valeurs



Édito Lausanne FM – Mardi 20.11.07 – 07.50h


Faire diminuer de 25% la bureaucratie dans la machine communautaire européenne : c’est la mission d’un groupe de travail, annoncé hier, qui sera présidé par un homme fort de la politique : l’ancien Ministre président du Land de Bavière, Edmund Stoiber, qui avait été candidat à la chancellerie contre Schroeder. Un homme brillant.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la commission Stoiber aura du boulot. Trop d’appareil, trop de directives, trop de masse alourdissante donnent l’impression d’une machine à Tinguely, ciblée sur son propre fonctionnement plutôt que sur son efficacité en faveur de la population. Cette inflation bureaucratique, ajoutée au déficit démocratique, est l’une des raisons de la désaffection des peuples pour l’idée européenne. Le motif, aussi, des rejets populaires, il y a deux ans et demi, pour le Traité constitutionnel. Là, tout au moins, où on avait daigné donner la parole au suffrage universel.

À la vérité, l’aventure européenne va mal. Et la récente tentative, à Lisbonne, de rafistolage, par derrière, du Traité, ne satisfera personne. Pire : elle augmentera le scepticisme des peuples, là où les décisions s’ourdissent et se prennent derrière leur dos. Aujourd’hui encore, plus que jamais, l’Europe n’apparaît que comme une fourmilière de fonctionnaires, produisant de la paperasse, compliquant la vie des entreprises, là où elle devrait, tout au contraire, encourager leur vitalité.

Cette Europe-là, moins que jamais, n’inspire les Suisses. Je n’ose imaginer le résultat que ferait, aujourd’hui, une votation populaire sur l’adhésion : sans doute moins de 25% de oui. Non que les Suisses ne se sentent pas Européens, loin de là. Mais dans notre pays, le peuple est souverain, et il tient à le rester. En Suisse, la démocratie directe permet, en maintes circonstances, de faire trancher les querelles qui nous animent par le seul suffrage qui vaille, le suffrage universel. En Suisse, le fédéralisme permet de rapprocher les décisions, le plus possible, des gens concernés. En Suisse, les individus ne sont pas, a priori, considérés comme des administrés, mais des citoyens.

Tout cela vous fait sourire ? Libre à vous. Mais tout cela, ce petit trésor, durement acquis à travers l’Histoire, le peuple suisse n’est absolument pas prêt à y renoncer. Quelques élites, oui, peut-être, quelque Nomenclature prétendument éclairée qui voudrait faire le bonheur des humains sans jamais les consulter. Mais le peuple suisse, certainement pas. Ce que ces élites, avec morgue et arrogance, appellent « repli », c’est simplement la conscience très forte d’une valeur ajoutée, par rapport à nos voisins et amis, sur le plan démocratique. Un petit trésor de proximité dans la décision politique, que tant, à l’extérieur, nous envient. Pourquoi diable devrions-nous y renoncer ?

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19/11/2007

Choisir son camp

 

 

Chronique parue dans la Tribune de Genève du lundi 19.11.07

 

La non-élection de Guy Mettan, jeudi soir, à la première vice-présidence du Grand Conseil, ne se résume pas à une somme d’aigreurs contre un seul homme. Il y a peut-être un problème Mettan face à ses pairs. Mais il y a surtout, à Genève, un problème avec le PDC. L’extrême centre, comme donnée de départ, c’est la négation du choix et du courage, la négation de la politique.

 

Autant, ce printemps, face aux affiches sur les pacsés, les réactions de MM Bonny et Barazzone étaient compréhensibles, autant il serait suicidaire, pour l’Entente, de continuer de faire comme si l’UDC, premier parti du canton depuis le 21 octobre, n’existait pas. Il ne s’agit pas de s’aimer, mais d’établir, rationnellement, une base de dialogue.

 

Pour y parvenir, deux conditions. D’abord, l’UDC genevoise doit s’engager à mettre au pas, dans ses propres rangs, les quelques énergumènes qui nous sortent régulièrement des affiches plus proches de Vichy que de l’esprit républicain. En contrepartie, il est urgent que le PDC, parti de l’Entente depuis sept décennies, se souvienne qu’il appartient, avec toutes les nuances sociales qu’on voudra, à la grande famille de la droite. Et à nulle autre. Cette appartenance, le PDC doit la rappeler, fermement, à son aile chrétienne-sociale.

 

A cet égard, l’appel de Jacques Neirynck, le week-end dernier, à soutenir la gauche vaudoise, ajoute quelques couches supplémentaires de brouillard dans un slalom où seuls les piquets, dressés verts le Ciel, semblent avoir encore quelque prétention à la droiture.

 

Pascal Décaillet

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Régenter la féerie



Édito Lausanne FM – Lundi 19.11.07 – 07.50h



Pas de décorations de Noël avant le 19 décembre. C’est ce que demande, dans le canton du Jura, une motion, signée par une députée écologiste, nous annonçait à l’instant le journal de 7h de la Radio Suisse Romande. Les guirlandes et les lumières, c’est bien, mais ça coûte de l’énergie.

Que les décorations de Noël arrivent bien trop tôt dans nos rues, on peut certes en discuter. Le temps normal, ou convenable, pourrait être, simplement, celui de l’Avent, les quatre semaines qui précèdent Noël, soit début décembre. Que la magie inégalable de ce temps d’attente soit bouffée par le commercial et les marchands du Temple, on peut aussi en convenir. Mais de là à vouloir à ce point régenter la féerie, il y a, oui, dans ce petit épisode, de révélatrices leçons à tirer sur l’idéologie Verte, lorsqu’elle est mécaniquement poussée dans ses retranchements fondamentalistes.

Car enfin, cette affaire des décorations ne relève pas du simple détail. Bien antérieure au christianisme, qui ne l’a pas inventée et l’a juste reprise, l’idée d’illuminer la nuit au point sombre du solstice d’hiver, est vieille comme le monde. Et elle est magnifique. L’Avent, pour un Chrétien, c’est une manière du sublimer l’Attente, et c’est un temps très fort du calendrier liturgique. Pour tous les humains, croyants ou non, ce jeu de lumières dans l’encre de la nuit, de vie et de mort mêlées, de feu et de glace, va chercher quelque chose de très fort. Des parcelles d’enfance, des haillons d’émerveillement, arrachés à la banalité de vivre.

Tout cela, oui, coûte un peu quelque chose. Les lumières, il faut bien les allumer, il y a donc quelques Watts en jeu. Mais enfin, faut-il mettre sur stand by nos désirs d’émerveillement ? L’idée même d’aller rogner la magie, au nom d’une table rase de la tradition et du grand bonheur Vert imposé à tous, révèle une volonté normative qui tranche singulièrement avec la grande illusion de douceur et de compatibilité que les Verts ont réussi à instiller depuis un certain temps.

À cet égard, on notera avec un certain sourire que ce genre de propositions, comme celles, tout récemment, du président des Verts genevois, Antonio Hodgers, sur la circulation automobile en ville, se trouvent arriver APRES les élections. Les Verts sont courageux. Mais ils ne sont pas encore téméraires.




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16/11/2007

Leipzig, les Saxons, le PDC

Leipzig, 16 au 19 octobre 1813… La plus grande de toutes les batailles… La « bataille des nations »… « Völkerschlacht »… Là est née l’idée de nation allemande, déjà bien chauffée, pendant l’occupation française de la Prusse, par les extraordinaires conférences de Fichte, à Berlin… « Reden an die deutsche Nation »…

 

Leipzig, amer souvenir pour l’Empereur… Leipzig, où les Saxons ont trahi… Cassée, l’allégeance à la France… La trahison des Saxons, tout un thème, un programme…

 

Je ne sais pas pourquoi, sans doute l’engourdissement dû au froid glacial de cette précoce attaque de l’hiver, mais tout cela me fait penser - un peu - à la démocratie chrétienne…

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Les grilles, la liberté, les ondes

 

Edito Lausanne FM - Vendredi 16.11.07 - 07.50h

 

Dans l’univers audiovisuel, il y a deux mots que j’ai toujours détestés : le mot « chaîne » et le mot « grille ». J’aimerais savoir quel sinistre et grisâtre garde-chiourme, un beau matin, s’est mis en tête de lancer ces horribles vocables carcéraux dans un domaine où, plus que partout ailleurs, devraient régner la liberté, l’excitant parfum du volatile, l’imagination, la créativité, l’invention.

Dans l’audiovisuel public, qui vit (je vous donne rendez-vous dans dix ou quinze ans) ses dernières années comme monopole financé par l’impôt déguisé, mais aussi, de façon plus surprenante, dans certaines offres privées, on parle encore beaucoup trop de grilles, de structures, de mécanismes lourds et incroyablement onéreux. Et on ne parle pas assez d’émissions. Le centre, pourtant, de toutes choses, l’unité amirale, ce sont les émissions.

La radio, la télévision, sont en pleine révolution, et tout cela ne fait que commencer. Longtemps, on arrivait fatigué du boulot, le soir, on prenait une cannette, on se lâchait sur le canapé, et on se disait : « Je vais regarder la télé ». Et on restait comme ça, assis, une heure, deux heures, en zappant, à regarder défiler les images. Les nouveaux supports, internet aujourd’hui, le numérique demain, vont rendre incroyablement plus sélectif le consommateur de radio et de télé. Plus question de fidélité (on se demande bien au nom de quel contrat, d’ailleurs !) à une grille. À une grille, on n’est pas fidèle : on est attaché. Mais fidélité oui, à coup sûr, par désir et par appétence, à une émission.

Les nouveaux vecteurs, déjà, nous délivrent de l’obligation de simultanéité : je n’ai pas vu, pas entendu en direct ; peu importe : je podcaste. Et ces mêmes vecteurs, assez vite, dans les années qui viennent, vont rendre complètement caducs les concepts même de grille horaire, journalière, d’enchaînement lourdingue de programmes : 24 heures d’émission par jour, etc. Pourrait-on rêver que cette heureuse évolution nous soulage un peu des apparatchiks en faveur des créatifs : ceux qui font, ceux qui façonnent, ceux qui pétrissent la glaise, ceux qui inventent, ceux qui s’exposent, ceux qui se battent.

À la vérité, les mots « chaîne » et « grille » doivent rejoindre les placards du passé. Au centre de tout, il y a des émissions. Et au centre d’une émission, il y a toujours, il doit y avoir, un homme ou une femme pour l’incarner. Et cet homme, ou cette femme, doit être totalement responsable de son émission. Assumer quand ça va bien, assumer quand ça va mal. Il doit s’exposer, prendre des risques, incarner son émission, vivre avec elle, 24 heures sur 24 dans la tête, la porter, l’enfanter. Ce pari, beaucoup plus individuel que collectif, c’est celui de la responsabilité. Et c’est celui de la liberté.


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15/11/2007

Madame Bugnon, ne partez pas!

Madame Bugnon, ne partez pas. De grâce, ne faites pas ce cadeau aux quelques cafards de soupirail qui profitent de l’anonymat des blogs (que j’ai vertement dénoncé dans un commentaire du Matin dimanche, le 26 novembre 2006) pour suinter l’injure et l’invective.

 

Sans être ni Vert, ni exagérément féministe, je respecte infiniment ce que vous êtes. Votre voix, votre sensibilité, votre intelligence doivent demeurer sur la toile des blogs.

 

Pour ma part, j’ai posé trois conditions à la publication des commentaires sur mon blog :

 

1) Aucune insulte. Je refuse même la familiarité, le tutoiement, sauf de la part de ceux qui je tutoie dans la vie.

 

2) On peut tout dire, mais en le signant. Il y a deux ou trois mandrins d’arrière-bosquet qui fleurent à plein nez la pestilence d’un pseudonyme, ou d’une anagramme que, passionné de lettres, je décèle assez vite.

 

3) Le commentaire doit porter sur le sujet traité dans mon billet.

 

A partir de là, ces trois conditions respectées, liberté totale. Que volent, fusent et s’entrechoquent les idées !

 

Madame Bugnon, je vous demande de rester. Si les gens de qualité laissent ce bel espace de libre expression aux professionnels de l’opprobre et de l’insulte, c’est l’univers éditorial dans son entier qui s’en trouvera appauvri.

 


 

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Le capitaine embusqué

 



Édito Lausanne FM – Jeudi 15.11.07 – 07.50h



Hier soir, à la Radio Suisse Romande, la conseillère nationale vaudoise Isabelle Moret s’est déclarée candidate à la vice-présidence du parti radical suisse. C’est le poste du « numéro deux romand », occupé jusqu’ici par le Valaisan Léonard Bender, radical canal historique, présenté d’ailleurs par Isabelle Moret, hier soir, comme un demi-dieu vivant de la politique suisse.

Le parti radical suisse va très mal, il a évidemment besoin d’un renouvellement complet, et pas seulement à sa vice-présidence. Fulvio Pelli, le patron, a perdu les élections, il a perdu la guerre de la communication, il a passé trop de temps à regretter les temps anciens, il devrait céder la place. En attendant ce jour, comme le chante Brel dans « Zangra », toute énergie nouvelle est à saluer. Et la Suisse romande a beaucoup à apporter à ce parti trop longtemps prisonnier d’une aile zurichoise, héritée d’un « Freisinn » froid, n’ayant pas grand-chose à voir avec la tradition républicaine, plus populaire et à bien des égards plus sociale des radicaux romands. Cette lignée incarnée – et avec quelle panache – par Jean-Pascal Delamuraz, le dernier des grands.

Seulement voilà, dans la démarche d’Isabelle Moret, il y a quelque chose d’étrange : pourquoi cette jeune et brillante élue ne porte-t-elle pas son regard, ses ambitions, plus haut et plus loin ? Pourquoi ne tenterait-elle pas d’arracher la présidence ? C’est cet échelon-là, devant l’opinion publique suisse et suite à l’échec du 21 octobre, qui est en cause. S’imaginer – comme le faisait hier soir Olivier Feller sur le plateau de Léman Bleu – que les ailes de la victoire viendraient en se contentant d’ « encadrer Fulvio Pelli pour la communication » apparaît un peu court.

Voici donc le moment où vont surgir des têtes, des appétits, des ambitions. Le parti radical suisse a besoin de beaucoup plus que de simples aménagements de casting. Il a besoin d’un électrochoc. À cet égard, je signale au passage qu’il existe un homme de 29 ans, dévoré d’énergie intérieure et d’idées réformatrices pour la recomposition du centre-droit en Suisse. Il est membre de l’exécutif de la Ville de Genève, et me semble un peu jeune pour consacrer l’intégralité de son temps à la gestion des agents municipaux et des pompiers. Il s’appelle Pierre Maudet. Je ne vois pas très bien pourquoi, alors que le parti est en danger de douce et valoisienne satellisation, il n’appellerait pas, comme recours, cet homme qui, de toute façon, un jour ou l’autre, tiendra un rôle signalé dans l’univers de la politique nationale.

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14/11/2007

La grève de trop



Édito Lausanne FM – Mercredi 14.11.07 – 07.50h


Ils dont des centaines de milliers, peut-être même des millions, nos voisins français, qui vont devoir, dès ce matin, se casser la tête, par un froid glacial, pour aller travailler, ou faire leurs courses, ou aller voir des proches à l’hôpital, ou emmener leurs enfants à l’école.

La grève. Ce grand mot, frémissant, cette ultime menace surgie du dix-neuvième siècle, de cette Révolution industrielle où des gosses, dans des usines, bossaient jusqu’à douze heures par jour, ce mot-là, aujourd’hui, par l’abus de ceux qui le brandissent, court le risque d’être, pour longtemps, dévoyé.

La réforme du régime de retraite, qui prévoit de prolonger de 37,5 à 40 ans les années de cotisation pour toucher une retraite complète, concerne un demi-million de personnes. Il y en a dix-huit millions dans le secteur privé. Voilà donc, par des moyens d’un autre âge, et qui pourraient bien se retourner contre les premiers intéressés, la prise en otage de trente-six personnes par une seule. La prise en otage de la France entière par le gigantisme de centrales syndicales mesurant leur pouvoir en confisquant au peuple de France le droit, élémentaire, d’aller et venir, se déplacer. Il y a là quelque chose qui ne va pas.

Dans les rapports sociaux, on a l’impression que la France, si éclairée dans tant d’autres domaines, en est encore au temps de Germinal et de Zola. Avec une mythologie de la grève et du conflit, comme la récurrence d’un passé qu’on voudrait, à chaque fois, re-convoquer : les mineurs à la fin du dix-neuvième, les grandes grèves de 36, sous le gouvernement de Léon Blum, les avancées sociales – bien réelles – du gouvernement de Gaulle à la Libération.

Sans compter l’extrême complexité d’un code du travail auquel personne ne comprend rien. À cela s’oppose, par exemple, notre tissu, depuis sept décennies exactement, de conventions collectives en Suisse. Des contrats sur le terrain, par secteurs, et non parachutés d’une centrale omnipotente. Le règlement des conflits, au maximum, par la négociation. Ainsi, dans la construction, le bel exemple de Genève, où le ministre des Affaires sociales, François Longchamp, discrètement et sans tapage, a réussi à trouver une solution locale, certes provisoire mais bien négociée, dont le pays pourrait s’inspirer.

Non, cette grève française, en 2007, et quels qu’en soient les motifs, est d’un autre âge. Ceux qui l’organisent devront en assumer toutes les responsabilités. Dans un pays dont le premier défi est de travailler plus, oui plus, cette immense démonstration de force par la paralysie apparaît comme totalement dépassée. Germinal, c’était hier.

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