31/03/2008

Mai 68, non merci ! (1/5)




Édito Lausanne FM – Lundi 31.03.08 – 07.50h



Tous les dix ans, dès les premiers jours du printemps, ça recommence. Ça doit être comme les hannetons, ou les hirondelles, ou de noirs migrateurs, aux ailes déployées. Tous les dix ans, les années en « 8 », on nous reparle de Mai 68.

Je les aimais pourtant, les années en « 8 » : 1848, l’idée républicaine qui triomphe en Europe ; 1958 : le retour aux affaires, en France, d’un homme d’exception. Mais 68, je l’ai souvent dit et écrit, j’ai toujours eu un problème. Déjà sur le moment : j’avais dix ans.

Dix ans, c’était trop jeune pour être dans le mouvement : tout mon rejet, dès lors, proviendrait-il de la jalousie de n’avoir pas vécu cet élan libertaire qui emporta mes aînés ? Admettons. Mais c’est un peu court.

Il y a déjà, c’est physique, le rejet des mouvements de foule. Jamais, de ma vie, je n’ai participé à une manifestation, même quand j’étais pleinement d’accord avec la cause défendue, comme le non à la guerre en Irak, en 2003. Je n’aime pas la rue, c’est ainsi. La démocratie, ça n’est pas la foule qui hurle, c’est un peuple qui vote, dans les règles, à l’issue d’une campagne où tout le monde a pu s’exprimer. Démos contre plèthos, j’avais déjà exposé cette nuance dans une chronique antérieure.

Et puis, cette jeunesse de 68, contre qui luttait-elle, politiquement, qui voulait-elle clairement déboulonner ? Un dictateur, un Hitler, un Ceausescu ? Non. Elle s’en est prise à un homme qui avait, un quart de siècle plus tôt, sauvé son pays, lui avait rendu l’honneur, donné le droit de vote aux femmes, puis, plus tard, d’extraordinaires institutions à son pays (après un demi-siècle, elles sont encore là). Un homme, aussi, qui avait donné l’indépendance à l’Algérie, et à d’innombrables pays d’Afrique noire. Un homme qui était, en cette fin des années soixante, mondialement admiré et reconnu. Partout dans le monde, sauf dans une frange libertaire de la jeunesse estudiantine française.

Avoir décrit, dans leurs huées de rues comme dans des discours plus élaborés, cet homme-là comme un dictateur, fait partie des choses que je ne pardonnerai jamais à mes aînés de 68. Mais il y en a beaucoup d’autres. Notamment en matière de rapport à la culture et à la transmission. J’y reviendrai dans mes chroniques de cette semaine.

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28/03/2008

Pardonnez-moi, Yvonne



Édito Lausanne FM – Vendredi 28.03.08 – 07.50h



Il patinait, mélancoliquement, tout en bas des sondages. Il aura suffi d’une visite au cœur de la perfide Albion pour qu’il remonte en flèche. Il aura juste joué l’homme d’Etat, incarné son rôle, tout ce qu’il peinait tant à faire depuis un an. Tout ce qu’exactement, on lui demande. Et le voilà reparti. Il faut dire que lui aussi avait sa reine, sa princesse, son trésor, sa duchesse. Et qu’elle est pour beaucoup dans le retour de son succès.

Une visite d’Etat en Grande-Bretagne, c’est du visuel pur. De l’image, encore et toujours. Savoir paraître, se tenir, rester immobile, penser constamment qu’on est là, sous les objectifs, non (quelle vulgarité !) pour délivrer un message politique, mais pour entrer dans un rituel. Immuable, toujours recommencé. Il faut figurer, incarner. Le moindre faux-pas, et c’est Azincourt, Waterloo, Mers el Kebir qui, toutes sirènes hurlantes, resurgissent.

Il y a eu cette mini révérence, juste comme il fallait, de Carla devant la reine. Les Anglais aiment cela, guettaient cela, n’attendaient que cela. Et elle a fait juste, tellement juste, tellement bien élevée que même les flammes du bûcher de Jeanne, même Nelson, Wellington, en cette infime fraction de génuflexion, dans les consciences se sont évanouies.
 
Un Président qui se tient bien, en compagnie de l’une des plus belles femmes du monde. Que voulez-vous de plus ? Le Président de la République française qui s’en va rencontrer son homologue, la Reine d’Angleterre. Cette même reine qui, déjà, avait reçu Charles de Gaulle, il y a si longtemps. Mais le président Sarkozy, pardonnez-moi Yvonne, tellement mieux accompagné !

Bien sûr, un jour, il rechutera. Bien sûr, tout cela, comme dans une aurore de demi-brume, n’aura peut-être été qu’un rêve. Mais les Français, un moment, auront revu leur président présidentiel. Et ça leur aura fait tellement de bien.

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26/03/2008

Le vrai creuset, c’est la connaissance



Édito Lausanne FM – Mercredi 26.03.08 – 07.50h



« Intégrer sans exclure » : c’est, mot pour mot, pour toute une famille de pensée (dont bien des membres, aujourd’hui, dans nos différents cantons, exercent sans grand partage le pouvoir), la finalité de l’Ecole. Ce slogan, aux apparences paisibles et sympathiques, on le retrouve, brandi comme un faisceau de lumière, dans la querelle autour d’HarmoS, le projet d’harmonisation scolaire en Suisse.

Intégrer sans exclure, ce furent, par exemple, à Genève, les années Chavanne. La vision, pendant un quart de siècle (1961-1985), d’un grand conseiller d’Etat, constructeur d’écoles, qui a su relever les défis du baby boom, l’arrivée massive de flux migratoires. L’intégration, tâche politique majeure de l’enseignement public (dans la France de Jules Ferry, on aurait dit « le creuset ») fut, sous cette ère, un objectif atteint, et cette percée sociale doit être saluée. Reste à savoir si cet accomplissement du « vivre ensemble » s’est accompagné d’une réussite de la culture et de la pensée. La réponse est non.

L’intégration, c’est bien, c’est même une condition républicaine majeure. Mais la qualité de l’enseignement? N’en est-elle pas une autre ? La qualité, par exemple, de la lecture et de l’écriture, au primaire ? La précision, la hauteur de regard sur la structure de la phrase, cet exercice de liberté qui s’appelle (s’appelle-t-elle encore ?) l’analyse grammaticale ou logique ? Et qui permet, une fois qu’on la maîtrise dans une langue, de passer si facilement à une autre. Et puis, l’accès à quelques grands textes, n’est-ce pas cela qui, vraiment, peut fédérer une classe ? Lit-on encore Rimbaud ? Lit-on encore Hölderlin ?

Il y a, aussi, tout ce qui touche à l’environnement politique et social. L’assurance qu’un élève de quinze ans, à la sortie de la scolarité obligatoire, aura les connaissances historiques, géographiques, civiques minimales pour se créer des repères dans la vie citoyenne. Cela, aujourd’hui, malheureusement, fait largement défaut. On peut sortir du cycle obligatoire, donc être lâché dans la nature, sans savoir, par exemple, ce qu’a été la Révolution française, fondement de nos libertés et de nos institutions. Ou la Réforme. Ou la naissance de l’Islam. C’est cette déficience, structurelle, comme inéluctable, qui devient de plus en plus inquiétante. C’est elle qui est génératrice de la pire, la plus criante des inégalités : celle des repères et du savoir. Il ne s’agit pas de briller dans des cocktails. Mais d’exister comme citoyen, comme citoyenne, ce qui est autrement plus fondamental.

Intégrer, oui. Qui, hormis quelques ultra-libéraux ou ultra-libertaires (jonction des extrêmes oblige), viendrait prôner l’Ecole de la désintégration ? Mais que signifie vraiment, hormis son côté Jésus et « peace and love », ce « sans exclure » ? Sans exclure de quoi ? La tâche majeure « d’inclusion » de l’Ecole, avant même que d’être sociale (elle doit certes l’être), n’est-elle pas épistémique ? Le meilleur ciment fédérateur, n’est-ce pas l’exigence ? Le meilleur respect qu’on puisse avoir pour un disciple, n’est-ce pas de « l’élever » ? Le rehausser. Le tirer quelque part.

Et si le vrai creuser, c’était de remettre, au centre absolu des objectifs, la connaissance ? Réinstiller dans les classes cette notion tellement fondamentale : l’idée d’acquérir, puis de partager une culture commune. Ou même la culture tout court. Oui, Messieurs les soixante-huitards : la Culture.

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16/03/2008

Lukrezia Meier-Schatz: la sanction




Premier grand test depuis les élections fédérales, les élections cantonales à Saint-Gall voient, ce soir, une impressionnante victoire de l’UDC, qui gagne neuf sièges au parlement et devient le premier parti du canton. Surtout, le candidat de l’UDC, Stefan Kölliker, jusqu’ici inconnu en politique, devance nettement la conseillère nationale PDC Lukrezia Meier-Schatz dans la course au Conseil d’Etat. Cet événement dépasse les frontières de Saint-Gall, et mérite réflexion au plan national. Christophe Darbellay, à l’instant (18.42h), reconnaît d’ailleurs l’échec du PDC.

On sait le rôle qu’avait joué Lukrezia Meier-Schatz pour déstabiliser Christoph Blocher en pleine campagne fédérale, l’automne dernier, avec de très étranges propos tenus, un soir, dans une non moins étrange conférence de presse, à propos de liens supposés entre le conseiller fédéral et un banquier zurichois. On sait à quel point ces propos ont été inopportuns, la chose a d’ailleurs été partiellement reconnue plus tard par la principale intéressée. Il n’en fallait pas moins pour qu’elle devînt la tête de Turc de l’UDC, la femme politique à abattre.

De fait, ces élections saint-galloises ont été un duel entre l’UDC et le PDC. Christoph Blocher et Christophe Darbellay s’y sont rendus pour soutenir leurs candidats. Il y avait, en Suisse orientale, comme un air de revanche à prendre pour les partisans du conseiller fédéral déchu. Ce soir, c’est en partie gagné, en attendant le deuxième tour.

À en juger par la tonalité des propos que vient de tenir Lukrezia Meier-Schatz, à 18.05h, sur les ondes de la RSR, cet éternel registre de victime, regrettant l’ « agressivité » de la campagne à son égard (elle aurait peut-être souhaité recevoir des roses de ses adversaires), on se dit que le personnage, décidément, n’entreprend rien pour conquérir les sympathies. C’est son droit. Celui du peuple saint-gallois, c’est de procéder, en toute souveraineté, à ses choix. Ce soir, c’est chose faite.


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15/03/2008

Pierre Mamie, Chiara Lubich, deux chemins spirituels



Pierre Mamie, Chiara Lubich. L’évêque et la rassembleuse. L’un et l’autre nés en 1920, l’un et l’autre décédés hier, vendredi 14 mars 2008. Deux parcours, deux chemins spirituels dans le siècle.

Ordonné prêtre en 1946, évêque dès 1968, Pierre Mamie était un homme au cœur de la Cité. Il s’est battu pour une Suisse ouverte, tolérante, accueillante aux flux d’immigration qui viennent l’enrichir. Il n’a cessé, toute sa vie, de réfléchir à l’identité du catholicisme, la place de cette religion en Suisse romande, le dialogue qu’elle devait entretenir avec les autres mouvements spirituels. Tous ceux qui l’ont approché ont connu sa douceur, le rayonnement qui l’habitait.

Ses dernières années, Pierre Mamie les a consacrées a diriger l’édition d’une œuvre majeure : la prodigieuse correspondance entre Charles Journet et Jacques Maritain. Journet, fondateur, en 1926, de la Revue « Nova et Vetera », l’un des seuls prélats, en Suisse, pendant la guerre, à avoir dénoncé haut et fort l’horreur de la déportation. Et puis Maritain, le grand philosophe converti au catholicisme, qui sera l’une des lumières de la pensée thomiste au vingtième siècle.

Cette correspondance, publiée il y a une dizaine d’années par les Editions Saint-Augustin, ce sont quelques centaines de lettres de feu entre deux hommes qui s’aiment, se respectent infiniment, confrontent leurs expériences au milieu de la tragédie du monde. A lire absolument, le volume III (1940-1949), contenant les années de guerre. Cette correspondance-là est l’une des plus belles que j’ai lues. Point n’est besoin d’être catholique, ni même chrétien, pour aller s’enrichir du frottement épistolaire de ces deux grands esprits. Du silex et de la flamme, d’une lettre l’autre.

Et puis, j’aimerais dire un mot de Chiara Lubich. Voilà une femme qui, dans l’Italie de 1943, en pleine guerre, lance la grande aventure des Focolari. Aujourd’hui, à travers le monde, ils sont des centaines de milliers. Un mouvement qui cherche l’universel, ce qui rassemble les humains plutôt que ce qui les sépare. Au fond, étymologiquement, un mouvement totalement « catholique ». Mais tellement libéré de la pesanteur de l’institution.

Pierre Mamie, Chiara Lubich, deux chemins à la recherche de l’esprit. Ou de l’Esprit. Il y a des jours, comme cela, où les majuscules ne sont pas primordiales.

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14/03/2008

Vous avez dit "rupestre"?



Édito Lausanne FM – Vendredi 14.03.08 – 07.50h



Donc, le pays de Vaud est rupestre.

Ça n’est pas moi qui le dis – je ne me permettrais pas – c’est un document très officiel de la Ville de Genève, signé du maire, Patrice Mugny. En toile de fond, la couverture, insuffisante aux yeux des édiles du bout du lac, de l’actualité genevoise par la RSR. Qui aurait « peu à peu fait du rupestre pays de Vaud son centre d’intérêt principal ».

Rupestre ! Ah, le beau vocable ! Tellement éloquent, évocateur, qu’on se fourvoie, la plupart du temps, sur son sens. Mugny, ou le nègre (ah, l’infâme, sur qui on va pouvoir, avec force courage politique, rejeter toute la responsabilité !) de Mugny, a sans doute voulu dire « champêtre ». Ou « agricole », « boisé », « verdoyant », ou encore « pays de terres grasses ». Mais il a dit « rupestre ». C’est plus court, plus dense, ça commence par vous gratter la glotte, ça grimpe en flèche vers le vert extatique du « u », ça finit vite par s’apaiser sur un suffixe où la pâture le dispute à la bovine sieste des champs.

Patrice Mugny, ou son nègre (ah, l’infâme, honte à lui !), auraient pu, dans une irrémissible et soudaine avidité de connaissance et de culture, se saisir d’un dictionnaire. Et se rendre compte, juste en passant, que « rupestre » était relatif au monde des grottes, des peintures murales. Il y a des plantes rupestres (dont certaines, magnifiques, au Jardin botanique de Genève), des dessins rupestres, etc.

Il y aussi des floraisons rupestres. Comme il y a, dans la langue de certains (pas les maires, les nègres), les floraisons lépreuses chères au poète. Cette peste, ce choléra du langage qui nous fait dire (pas nous, nos nègres) un mot pour un autre, et suinter le mépris dans le grisâtre ennui d’un document qu’on remet à l’Ofcom.

Le nègre, qu’on le pende ! Mugny, qu’il survive ! Pour le seul bonheur et la seule fonction de nous inventer de si beaux mots, riches de leur seule inanité, alpestres comme la mer. Ah, le beau maire ! Le maire, le maire, toujours recommencé !

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13/03/2008

Le peuple, pas la foule!



Édito Lausanne FM – Jeudi 13.03.08 – 07.50h



Attention, ce matin, je vais sortir mon grec. Que ceux qui n’aiment pas cela s’abstiennent de me lire. Mon grec, pour répondre à un lecteur de mon billet d’hier, qui a tenté de faire croire que, dans ma défense de la souveraineté du peuple, je prônais l’incandescence désordonnée de la foule contre la sagesse d’une assemblée.

Non, le peuple, ça n’est pas la foule. Non, une décision du peuple, ça n’est pas un lynchage. Non, l’espace où le peuple est souverain, ça n’est pas le Far West. Je n’ai jamais été ni pour la foule, ni pour le lynchage, ni pour le Far West. Je déteste même cela, par-dessus tout.

Le mot « peuple », en français, est bien maigre, sémantiquement. La langue grecque, fondatrice de tant de textes politiques, de Thucydide à Aristote, est, à ce sujet, beaucoup plus claire que la nôtre. Laissons « ethnos » qui, dès Pindare, fait référence à la tribu, la loi du sang. La dualité qui nous intéresse, là, c’est « dêmos , le peuple comme corps électoral, constitué, organisé, contre « plêthos », la foule en colère, les grandes masses en révolution, par exemple, dans la « Guerre du Péloponnèse », lorsque les Cités se soulèvent.

Le « peuple » que je décris comme la pierre angulaire de la démocratie suisse, c’est évidemment « dêmos ». Ça n’est pas l’entier d’une population (« Bevölkerung ») ; ça n’est même pas le corps électoral ; c’est la portion de ce corps qui veut bien, quand on le sollicite, s’exprimer sur un bulletin de vote. Dêmos, c’est le peuple comme organe de la démocratie. Son expression a ses règles, très précises. Il n’a jamais été question qu’il hurle son avis. Lorsqu’il tranche, en Suisse, à peu près quatre dimanches par an, c’est à l’issue d’un long procédé, où toutes les instances ont pu s’exprimer. C’est cela que j’appelle « le peuple ». Cela n’a rien à voir avec la rue.

Le peuple, comme organe de la démocratie. Organe, parmi d’autres : le Parlement, la justice, etc. Mais organe dont je souhaite - j’assume cette position - que tout procède. Les députés, il les élit. La Constitution, il peut la modifier. Les institutions, aussi. Je ne demande à personne de partager ma vision de la primauté du suffrage universel. Mais, de grâce, qu’on ne vienne pas la caricaturer en parlant de foule et de lynchage.


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12/03/2008

De grâce, pas les juges!



Édito Lausanne FM – Mercredi 12.03.08 – 07.50h



Comment cela ? La souveraineté du peuple serait une forme de dictature ? Vieil argument, que viennent brandir, juste à l’instant où cela sert leur cause, ceux qui craignent le passage d’un texte devant le suffrage universel. C’est ce traditionnel moment où les mauvais joueurs politiques, soudain parés de la toge juridique, commencent à nous donner des cours sur l’ « unité de matière » ou le « droit supérieur », finissent à en appeler aux juges. On se croirait en Fac de droit, alors qu’on est dans l’espace politique et républicain.

Le procédé, récurrent en Suisse, à tous les niveaux (Confédération, cantons, communes), est détestable. Il faut le dire clairement : lorsqu’une initiative (comme celle, à Genève, qui propose un trajet alternatif au CEVA) a recueilli un nombre suffisant de signatures, elle doit être portée devant le peuple. Lui seul, in fine, est souverain. Si le texte est mauvais, c’est à lui d’en juger. Les institutions, il peut les changer. La Constitution, il peut la modifier. Incroyable, la peine que semblent avoir certains à admettre cette primauté du suffrage universel, qui est pourtant l’essence de notre démocratie suisse. Ils veulent bien l’accepter lorsque cela les arrange, mais se transmuent en juristes grogneux et tatillons dès qu’affleure, à leurs narines, le frisson putatif d’une défaite devant le souverain.

Je le dis franchement : si j’étais sollicité, comme citoyen, sur le CEVA, je dirais non à l’initiative, et oui au projet du Conseil d’Etat. Nous sommes donc ici dans une question de principe. Surtout quand on vient nous brandir, comme ultime arbitrage possible (si le Grand Conseil en vient à invalider le texte), le Tribunal fédéral. De grâce, dans un débat démocratique, qu’on nous épargne les juges ! Quelle légitimité ont-ils, que le peuple n’aurait pas ? La compétence ? Mais alors, si seuls les compétents peuvent décider, ça n’est plus notre démocratie, c’est le retour à une forme de suffrage censitaire. Sous la Restauration, c’était l’argent ; là, ce serait le bagage juridique.

L’initiative a recueilli les signatures. Elle doit passer désormais dans les mains du peuple genevois, et non en celles de gens de robe, tout respectables soient-ils.
L’opinion publique, dans ce genre d’affaire, n’est jamais dupe. Elle sent très bien que certains, craignant l’arbitrage suprême, tentent la dérobade par porte coulissante. Et c’est ce genre de comportement politique, justement, qui alimente les partis populistes. Faut-il, à chaque fois, leur servir, sur un plateau d'argent, les arguments de leurs futures victoires ?




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11/03/2008

Robert Cramer et le non-lieu du Bien



Édito Lausanne FM – Mardi 11.03.08 – 07.50h



À force de pâlir, l’étoile de Robert Cramer, à Genève, du brillant vers le lacté, commence doucement à s’évanouir. La gestion – ou plutôt la non-gestion – de la crise des déchets napolitains n’est qu’un exemple parmi d’autres de gouvernance approximative, d’opacité dans la communication, de déficience du contrôle politique sur de grandes régies qui, telles des machines à Tinguely, semblent tourner toutes seules.

À vrai dire, le problème n’est pas Robert Cramer. Il a bien le droit d’exister et d’être ce qu’il est. Le problème, c’est l’image de Robert Cramer, telle qu’elle fut beaucoup trop longtemps véhiculée, à Genève, dans une bonne partie de la classe politique et médiatique. Le gentil. Le doux. Le sage. Comme si tout le tellurisme de l’attraction du pouvoir, qui aimante tant les autres, par miracle ou exception, avait échappé à cet homme. Comme si la mission sacrée d’être Vert, donc d’agir pour le Bien, l’avait exorcisé de toute immanence du Mal, ou exonéré des coutumières pesanteurs du monde politique.

Cramer à Genève, comme Brélaz à Lausanne, ont été beaucoup trop longtemps des icônes. Habiles à l’extrême, ils ont su, l’un et l’autre, jouer de leur apparente affabilité pour se tailler une popularité hors du temps, hors d’atteinte des flèches habituelles. Nul ne saurait leur en tenir grief. En politique, chacun joue sa carte, c’est le jeu, et il faut bien avouer que l’intelligence, à ces deux hommes, ne fait pas défaut, ni même la sincérité du goût du bien public, qui ne se discute pas.

Non, le problème, c’est, au nom du bien, quasiment théologique, que véhicule la cause Verte, la naïveté de réception de l’image de ces deux personnages dans une grande partie du public. Et surtout, chez tant de journalistes. Et jusqu’aux humoristes, compagnons de terroir de Robert Cramer, ne le brocardant, tout au plus, que sur son goût, plutôt sympathique, pour les fruits du pays. Là où il y aurait tant à dire sur son système de pouvoir, ses capacités de verrouillage, le réseau autour de lui tissé, pendant une décennie, cette politique des yeux mi-clos sur ce qui ne va pas.

Cramer, Brélaz, icônes du Bien et du grand bonheur vert. En politique, on a déjà assez de mal avec le Mal. Mais, par pitié, qu’on nous délivre de ce non-lieu qui s’appelle le Bien.

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10/03/2008

Juppé, l'anti-Sarkozy



Édito Lausanne FM – Lundi 10.03.08 – 07.50h



Y aurait-il, sur cette terre, tout de même une justice ? La magnifique réélection, dès le premier tour, hier soir, 55,8%, d’Alain Juppé à la mairie de Bordeaux pourrait le faire croire.

Voilà un homme qui revient des enfers. Des études brillantissimes, une formation littéraire d’une rare qualité, une carrière politique dans l’ombre de Jacques Chirac, et jusqu’à Matignon. Fidèle à l’homme de sa vie, tellement fidèle qu’il acceptera sans rechigner le rôle du fusible dans quelque obscure affaire parisienne. Ces années de noirceur et de solitude, ces moments où plus personne, dans la rue, ne vous salue, avec les changements de trottoir, il les traverse sans jamais la moindre plainte.

Juppé, c’est l’anti-Sarkozy. Discret, pudique, avare de ses sentiments, n’étalant jamais sa vie privée, le maire de Bordeaux rappelle ces politiques de l’ancien temps, où servir primait sur apparaître. Les quelques entretiens où il dévoile la richesse de ses goûts littéraires laissent transparaître une personnalité d’une rare finesse. Alain Juppé croit en l’intelligence, est c’est cela, chez lui, qui séduit.

C’est vrai, il n’aime guère les foules. Nicolas Sarkozy a sans doute mille qualités que lui, n’a pas. Mais rien, jamais, ne m’empêchera de regretter que cet homme d’élite ne joue pas un rôle plus important, en France, au niveau national. Ce regret, je l’ai écrit, formulé, tout au long de sa traversée du désert. À l’époque du pimpant et du clinquant, des flashes sous l’ombre des Pyramides, voilà un homme qui saura vous parler des dynasties, des signes sur les pierres et de l’honneur de vivre. Les Bordelais, qui sont gens secrets et discrets, et qui ont toujours su, de Montaigne à Jacques Chaban-Delmas, élire les meilleurs, ne s’y sont pas trompés.

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07/03/2008

La honte à New York



Édito Lausanne FM – Vendredi 07.03.08 – 07.50h



Hier soir, à Jérusalem, huit adolescents de 15 à 16 ans, dans un institut d’études talmudiques, ont été assassinés par un Palestinien. C’est le premier attentat d’envergure à Jérusalem depuis longtemps. C’est un acte abominable.

Bien sûr, mille autres actes, depuis des années, dans la région, le sont aussi, abominables. Bien sûr, les responsabilités sont partagées. Bien sûr, il y a Gaza, ce qui vient de s’y passer.

Mais enfin voilà, cet attentat-là, encore plus parce qu’il touche des adolescents, est un acte de pure barbarie, il n’y a rien d’autre à dire. Vous, moi, tout le monde peut tomber d’accord sur cela.

Tout le monde, sauf le Conseil de sécurité de l’ONU. Réuni hier soir, il n’a même pas réussi à s’entendre pour condamner cet attentat. A cause de qui ? À cause de la Libye ! Qui commençait à se refaire une santé sur le plan international, et qui, là, rechute.

Les palabres du Conseil de sécurité, certes, ne ressuscitent pas les morts. Ni ceux de Jérusalem, ni ceux de Gaza, ni ceux de Tel-Aviv, ni ceux de l’Intifada. On peut, à vrai dire, fort bien se passer, à chaque moment de barbarie, des commentaires de cette instance qui n’a jamais changé la face du monde.

Mais enfin, si elle décide – ce que personne ne lui demande – de mettre à son ordre du jour un attentat, et qu’elle n’est même pas capable de dire clairement que cet acte est une lâche boucherie, alors on saura définitivement, pour peu qu’il subsistât encore l’ombre d’un doute, qu’elle ne sert strictement à rien.

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06/03/2008

Le premier à Sion, ou le huitième à Berne?


Edito Lausanne FM – Jeudi 06.03.08 – 07.50h



Le Nouvelliste, en primeur, nous l’annonce ce matin : Christophe Darbellay est candidat au Conseil d’Etat valaisan. C’est une nouvelle importante pour le Valais, et bien sûr aussi pour la vie politique suisse. C’est surtout une décision courageuse, une décision de destin où le flandrin des glaciers, qui aura 36 ans demain, joue beaucoup. L’homme, décidément, a le goût du risque, il n’a pas froid aux yeux.

Le risque, parce qu’en terre valaisanne, l’aventure est loin d’être gagnée d’avance. Il ne faut pas croire que tous les électeurs démocrates-chrétiens de ce canton attendent comme un archange de la Providence cette grande star nationale. Le combat interne au parti pourrait être assez dur. S’y lancer est tout à l’honneur du postulant.

Le risque, surtout, parce que Christophe Darbellay, l’un des tacticiens les plus doués de la nouvelle génération, perdrait en Valais l’aura nationale qui est la sienne. Dans huit, dans douze ans, s’il veut revenir au premier plan fédéral, ne trouvera-t-il pas un terrain largement occupé par d’autres, la nature ayant horreur du vide ?

Lui, n’a pas peur du vide. Ce qui fascine, chez lui, ce ne sont pas les idées, qu’il a, disons, relativement souples en fonction des circonstances. Non, c’est son audace, son tempérament. L’image, toujours, me revient de cet homme qui, avant l’aube, après une courte nuit dans la cabane, remonte l’arête d’un grand sommet. À gauche, le vide. À droite, le vide. Et ça ne lui fait pas peur. Il avance.

Christophe Darbellay a raison de se lancer dans cette aventure. D’abord, parce qu’il pourrait donner, en Valais, un conseiller d’Etat hors normes. Aussi, parce que son avenir politique personnel, pour le Conseil fédéral par exemple, va se heurter, pour un certain temps, à la résistance et la mémoire de ceux, dans la famille de droite, qui n’ont pas digéré le coup du 12 décembre 2007. L’UDC, n’en parlons pas. Mais aussi les radicaux. Et même des démocrates-chrétiens. Cela fait pas mal de monde. Cela s’appelle même une majorité.

Mieux vaut-il être, pour ce tempérament de feu, le premier à Sion ou le huitième à Berne ? C’était la question. Christophe Darbellay a choisi d’y répondre. Là où il aurait pu patiner, il relance son destin. Le sens du jeu, le sens du risque, pouvoir au fond tout perdre ou tout gagner, c’est la marque de l’homme de caractère.

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05/03/2008

L'Amérique et le murmure du vent



Édito Lausanne FM – Mercredi 05.03.08 – 07.50h



Elle l’a fait. Déjà donnée morte, et jusque dans son propre camp, Hillary Clinton vient de remporter, cette nuit, les primaires de l’Ohio et du Texas. Cela ne signifie pas qu’elle obtiendra l’investiture démocrate de Denver, encore moins qu’elle sera présidente des Etats-Unis. Mais cela constitue un nouveau tournant dans l’une des campagnes les plus passionnantes, depuis longtemps, Outre-Atlantique.

Hillary Clinton ne respire pas la sympathie. Elle est froide, métallique, ne brille pas par son charisme. Mais là, en se cramponnant face à la tempête de l’Obamania, en allant jusqu’au bout, cette femme étonnante a fait exactement ce qu’on attend d’un futur président : elle a, tout simplement, tenu. Comme Jacques Chirac, seul contre tous fin 1994 face à la déferlante Balladur dans les sondages, avait tenu.

Je vous fais un pari : dès ce matin, et pour les jours qui viennent, nombre d’observateurs, en Suisse romande, hier encore les chantres du charisme d’Obama, vont se mettre à retrouver maintes qualités à l’ex-first lady américaine. Des femmes socialistes, par exemple. Féministes, évidemment : c’est aujourd’hui dans le contrat, pour exister comme femme socialiste. Et adeptes du vent, aussi, ce vent qui tourne et nous défrise. Pendant toute la tempête Obama, ne voulant pas être dans le camp des perdantes, elles venaient nous jurer que, pour une fois, le sexe était sans importance. Aujourd’hui, avec cette remontée (ponctuelle ?) de Madame Clinton, elles vont très vite revenir sur l’urgence d’avoir enfin une femme à la Maison blanche.

Au fond, le grand maître de cette campagne, c’est le vent. Les Etats-Unis, après huit ans de George W. Bush, semblent avoir envie d’ouvrir grand les fenêtres, quitte à casser les vitres, laisser passer un souffle de renouveau. Mais lequel ? Nul, ce matin, n’est capable de dire qui sera conduit, le 4 novembre, à la Maison-Blanche. Nul, même pas le murmure du vent.


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04/03/2008

Méditerranée



Édito Lausanne FM – Mardi 04.03.08 – 07.50h



C’est encore bien timide – juste une déclaration d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy – mais l’Europe semble enfin recommencer à s’intéresser à la Méditerranée. L’Europe, ou plutôt la France et l’Allemagne. C’est-à-dire l’Europe.

Formellement, la chancelière allemande et le président français vont plaider auprès des 27 pour créer une « Union pour la Méditerranée ». Le mot vous dit sans doute quelque chose : il figurait, noir sur blanc, sur le programme électoral du candidat Sarkozy, ce printemps. Au début, l’Allemagne avait freiné l’idée, estimant qu’elle risquait de diviser l’Europe. Là, elle entre en matière.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette idée est à saluer. Après avoir immensément, et peut-être démesurément, porté toute l’attention de sa croissance vers sa partie orientale, l’Europe (Suisse comprise, car là, l’appartenance institutionnelle n’est pas la question), doit réinventer son appétence pour le Sud. Longtemps coloniale, cette attraction était, comme par nature, la chasse gardée de la France. Que l’Allemagne, tellement plus continentale dans son Histoire et sa position stratégique, donne un signal favorable dans ce sens, est une excellente nouvelle, un signe de plus de l’ouverture et de la vision diplomatique de sa chancelière.

Faut-il rappeler que Marseille, à vol d’oiseau, est moins éloignée d’Alger que de Paris ? Faut-il rappeler que, dans les trois pays du Maghreb occidental, on parle encore le français ? Que des journaux, dans notre langue, s’y éditent. Que 132 ans de présence française en Algérie y ont laissé des traces inaltérables ? Faut-il rappeler que nous devons une partie de notre culture à l’Afrique du Nord ? Or, depuis des années, l’attention à ces pays a bien baissé en Europe, même en France. Et la Suisse n’échappe pas à la règle. Point n’est besoin de remonter au grand Braudel, à ses livres de lumière sur le lien méditerranéen, pour avoir envie de saluer, très fort, l’idée d’un nouveau rapprochement entre ces pays et l’Europe.

Si vous avez encore le moindre doute à ce sujet, je pourrais vous recommander tant de livres, de Germaine Tillion, cette éblouissante ethnologue de 101 ans, à Jules Roy, en passant bien sûr par Camus. L’Algérie, le Maghreb, ça n’est pas l’étranger. C’est nous, c’est une part inaltérable de ce que nous sommes. La part de chaleur. La part de lumière.

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03/03/2008

Le sang noir, au soleil



Édito Lausanne FM – Lundi 03.03.08 – 07.50h



Christian Levrat, 37 ans, nouveau patron du PS. Toni Brunner, 33 ans, nouveau président de l’UDC, libre de sa partition à condition qu’il suive scrupuleusement les indications de son souffleur. Christophe Darbellay, 37 ans, président du PDC. Partout, on nous annonce l’ère des jeunes loups, la nouvelle vague. On se croirait presque dans les Cahiers du Cinéma, il y a un demi-siècle.

Que ces trois hommes soient de valeur, nul n’en doute. Mais que la presse s’extasie ainsi, à chaque fois, face au mythe de la jeunesse, ce roman du renouveau, voilà qui en dit plus sur les observateurs que sur l’objet du discours. La grande illusion générationnelle des rénovateurs, on nous l’a tant et tant servie ! En 1979, au Congrès de Metz, on nous présentait Rocard, quatorze ans plus jeune que Mitterrand, comme l’homme qui allait le passer par pertes et profits. On a vu la suite. Et le sang bleu du dauphin présumé est devenu sang noir de victime. En 1990, on nous disait Chirac cerné par les « rénovateurs », les jeunes loups du RPR. On a vu la suite. On a vu sécher dans le désert le sang de Michel Noir.

La politique n’est pas une affaire d’âge. Bonaparte, à 30 ans, s’emparait du pouvoir. À 27, il avait déjà fait la prodigieuse campagne d’Italie. Mais Adenauer, à 85 ans, scellant avec de Gaulle la réconciliation franco-allemande, montrait qu’il était encore un grand chancelier. En politique, l’âge n’existe pas. Ou plutôt, nul discours solide, autour de l’âge, ne se peut formuler. La question générationnelle, en soi, n’existe pas. Mythe du renouveau, de la résurgence, illusion de recommencer la vie. Mais qui, si souvent, se perd et s’abolit dans la noirceur coagulée du sang, quand il sèche au soleil.

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