07/04/2008

Les larmes amères de Pierre Aubert



Édito Lausanne FM – Lundi 07.04.08 – 07.50h



Il est assez pathétique de lire, dans le Temps de ce matin, les jérémiades et les lamentations de l’ancien conseiller fédéral Pierre Aubert sur le sort réservé par l’UDC à la pauvre Eveline Widmer-Schlumpf. Pathétique, aussi, d’entendre sonner des sirènes féministes dans une affaire qui n’a strictement rien à voir avec la cause des femmes ; la récupération en est même ridicule. Pathétique, de voir la quasi-unanimité des commentateurs de Suisse romande tirer à boulets rouges sur la méchante UDC. Et, par la même occasion, ne donner qu’en bref, ce matin, comme en passant, les victoires de ce parti dans les cantons d’Uri, Thurgovie et Glaris.

Ces victoires, au lendemain de celle de Saint-Gall, sont évidemment une réponse du peuple au tour de passe-passe parlementaire du 12 décembre dernier. Les 29% du 21 octobre 2007 étaient bien la victoire de l’UDC blocherienne, et non celle de Madame Widmer-Schlumpf, ni celle de Samuel Schmid. Le Parlement, certes, peut élire qui il veut, mais le peuple, dans les différents scrutins cantonaux de la législature, et surtout en octobre 2011, a toute latitude, comme dans le chœur d’une tragédie, pour lui répondre.

Non, les larmes de Pierre Aubert n’y pourront rien changer. La Suisse est bien le seul pays au monde, lorsqu’un chef politique arrive en tête des élections, à le renvoyer à la maison ! Et installer, à sa place, une personne certes de qualité (les mérites politiques de Madame Widmer-Schlumpf, dans son canton, ne sont pas en cause), mais totalement étrangère à l’incroyable dynamique de victoire du parti, depuis vingt ans.  C’est cela qui ne va pas, c’est cette manipulation du 12 décembre, a fortiori cette alliance totalement contre-nature entre la démocratie chrétienne (Christophe Darbellay), l’aile dure des Verts (Ueli Leuenberger), l’aile combattante des socialistes (Christian Levrat). Cette alliance, d’un soir, ou d’une nuit, quelle cohérence a-t-elle, que signifie-t-elle, en quoi est-elle porteuse de prémices sur la législature ?

Elle n’était que le concordat d’un moment, pointue comme l’extrémité d’une vague, aiguë comme l’opportunisme. D’ailleurs, les premiers signaux de Christophe Darbellay, dans la législature, ont plutôt été, à droite toute, d’occuper le terrain laissé vacant par Christoph Blocher, que de parachever le non-lieu d’une alliance avec les socialistes et les Verts. Tuer, pour mieux remplacer. Vieux comme la politique, comme Brutus, classique, limpide.

A tort ou à raison, l’UDC soupçonne Eveline Widmer-Schlumpf d’avoir eu intelligence avec l’ennemi, les socialistes, dans l’affaire du 12 décembre. Les leçons que ce parti entend en tirer n’appartiennent qu’à lui. Et ne doivent lui être dictées ni par les partis concurrents, ni, surtout, par le Conseil fédéral, que la vie interne des partis ne regarde tout simplement pas. Je parle ici d’une éventuelle exclusion de l’UDC. Pas du Conseil fédéral : élue par le Parlement, la Grisonne y est légitime. En tout cas jusqu’en décembre 2011. Là, ça pourrait bien être une tout autre affaire.

08:13 Publié dans Editos Lausanne FM | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

source: http://letemps.ch/template/suisse.asp?page=5&article=229313#229318

Pierre Aubert: """Vous savez, j'étais très lié à son père, Léon Schlumpf. Nous avons quitté le Conseil fédéral ensemble, le 31 décembre 1987. Nous avons toujours eu des contacts cordiaux et corrects malgré nos opinions différentes, si bien que je me demandais même des fois s'il était vraiment UDC! """

Voilà bien un socialiste qui s'exprime, si même le père n'était pas vraiment un UDC, que dire de la fille !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 07/04/2008

Lu et approuvé!
La gauche tout court, la gauche radicale, la gauche chlorophyllienne n'arrête pas d'en prendre plein la gueule et démocratiquement. Les femmes avec un grand F, les retraités, les malades en tout genres, la ligue pour la nature, la défense de faux culs grisons, les avec et sans papier. Notre Jeanne d'Arc prend l'eau de toute part, sa cuirasse rouille, ses jours lui sont comptés, nous lui souhaitons un bon retour dans sa famille et tout de bon. Viva Democrazia, Viva Grischa

Écrit par : E.T | 07/04/2008

La soif de pouvoir du père dans les années 1970 poursuivie par la soif de pouvoir de la fille ... devenue à son tour conseillère fédérale! Bof, tout ça est ridicule; son parti a raison d'en relever la trahison, l'égoïsme. Cette histoire débile n'a évidemment rien à voir avec la cause des femmes - là aussi, la récupération est fort déplacée - ou alors elle la desservirait.

Vulgaire fille - papa, elle n'aura servi que ses intérêts en se servant de son parti, motivée à satisfaire son narcissisme alors qu'elle n'est qu'une gestionnaire de plus, sans vision politique (dont on pourrait aisément se passer).

Tout ce battage autour de son exclusion ne sont que larmes de crocodile, faire-valoir pour les opinants, et risque, malheureusement, d'accroître son prestige. Espérons que l'opinion publique soit plus intelligente afin de ne pas tomber dans le piège de la martyrologie.

Écrit par : Micheline | 07/04/2008

Il faut le lire, ce cher Pascal au verbe si chatoyant, il faut l'entendre se lamenter. C'est toujours la démocratie qui a raison et qui a le dernier mot. Sauf dans ce cas, dit-il !
Soyons court et clair. Si Christoph Blocher avait toujours eu l'intérêt de la Suisse et des Suisses comme seul point de mire, jamais il n'aurait rencontré le moindre problème. Il se trouve que ce n'est pas le cas.
Il s'est fait renvoyer à ses chères études. Très bien . De plus ceux qui ont fait en sorte que la démocratie soit respectée doivent payer le prix de leur courage politique. C'est le cas de Darbellay qui rentre en Valais.
Où est donc le problème ? La démocratie chère à Pascal Décaillet triomphe.
Et laissons l'UDC s'entredéchirer !

Écrit par : lamousse | 07/04/2008

"Les femmes avec un grand F", "Vulgaire fille-papa", la récupération, puisque qu'on en parle, m'a l'air plus machiste que féministe en lisant ces commentaires... Vous avez trouvé là, M. Décaillet, un lectorat digne de votre populisme.

Écrit par : Loïc | 07/04/2008

"La Suisse est bien le seul pays au monde, lorsqu’un chef politique arrive en tête des élections, à le renvoyer à la maison !" :

Comment dire ou écrire une telle abhération?
Jamais les élections fédérales de l'automne dernier n'a laissé au peuple élir M. Blocher! Tout au plus, le citoyen, par une campagne hors normes, était invité par le conseiller fédéral à voter pour ses ouailles.
Mais certainement qu'une majorité des 71% de votants ont été entendus par les autres partis, ainsi le désir de voir punir le troublion fut satisfait.
Derrière cette campagne, il y a un effet mouton qui persiste, et c'est bien triste. M Décaillet, vous me décevez!

Écrit par : Stéphane | 07/04/2008

Un démagogue a joué avec le feu personnel, il a perdu. Point. Il excite et fait exciter la foule qui lynche. 28% de nostalgiques rancis ne font pas une majorité. La majorité, elle, ne voulait pas de Blocher. Elle gouverne. Point. Monsieur Décaillet joue un drôle de jeu, lui que l'on croyait assez intelligent pour ne pas se laisser glisser dans la vase.

Écrit par : Rolin Wavre | 08/04/2008

Mais quand, nom d'un chien, allez vous simplement laisser la politique suivre son cours ? C'est dans les résultats électoraux des 10 prochaines années qu'on verra ce qui se passe. Quand à faire un lien entre les évolutions des partis à court terme et le petit séisme du 12 décembre, laissez du temps au temps! Bien malin qui pourrait dire quelque chose d'intelligent et d'intelligible à ce sujet aujourd'hui déjà. Que ceux qui ont élu Widmer-Schlumpf (une majorité de l'assemblée fédérale) et ceux qui s'en plaignent (Décaillet, Bloch et les autres, peut-être même, pourquoi pas?, une majorité des uranais) se taisent un moment, attendent un peu et nous proposent autre chose que des analyses à chaud qui ne font (déjà!) plus que tourner en rond.

Écrit par : poupou | 08/04/2008

Mais de quoi on parle à la fin? Du “complot” qui a permis à 125 parlementaires, une majorité du Parlement, d’élire une conseillère d’Etat grisonne au gouvernement, devant les médias du pays tout entier ?

C’est cela, votre définition du “complot”? On nage en plein délire !

Écrit par : Bernadette | 10/04/2008

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