26/05/2008

L'Ecole, un enjeu national



Édito Lausanne FM – 26.05.08



Jeune conseiller national genevois, le radical Hugues Hiltpold n’a pas peur de se faire des ennemis. Lancée dans la presse ce week-end, sa proposition de quotas d’élèves allophones (non francophones, pour la Suisse romande) par classe va manifestement faire parler d’elle. Les uns applaudiront, d’autres crieront à la ségrégation. Mais l’idée fera son chemin : Hiltpold entend la porter au plan national. Et c’est cela, dans la question scolaire, qui devient de plus en plus intéressant.

On pourra invoquer tant qu’on voudra le fédéralisme, cette étrange juxtaposition de 26 systèmes dans un pays moins peuplé que la seule région parisienne, une réalité, doucement, s’impose : les grands enjeux, autour de l’Ecole, de plus en plus, vont se poser au niveau intercantonal, voire fédéral. Les partis politiques nationaux, qui ont, pendant des décennies, laissé en friche la question scolaire, commencent à s’y intéresser avec une vision suisse globale. L’Ecole sera par exemple, à coup sûr, l’un des premiers dossiers communs du regroupement de la droite non UDC : PDC, radicaux et libéraux.

Oh, certes, il faudra encore du temps, chaque canton ayant ses problèmes propres à régler : à Genève, la réforme du Cycle d’Orientation, avec une votation populaire (sans doute en décembre) entre deux initiatives antagonistes, et un contreprojet du Conseil d’Etat. Mais, progressivement, on va de plus en plus parler de l’Ecole obligatoire dans des débats nationaux.

L’Ecole obligatoire : la plus importante, la plus fondatrice, la plus universelle, puisqu’elle touche tout le monde. Il est bien temps que son destin soit sur la place publique. Que son avenir soit tranché par l’ensemble du corps électoral, c’est bien le moins en République. Car l’Ecole n’appartient ni aux seuls enseignants, ni aux parents, ni surtout aux experts. Elle est – elle devrait être – la chose de tous. Il ne s’agit évidemment pas de confier au suffrage universel le détail des programmes, il faut pour cela faire confiance aux enseignants, et les appuyer dans leur magnifique métier. Mais les grandes lignes, les grandes options stratégiques, oui, doivent se trancher par le corps électoral le plus large possible, à la suite de grands débats citoyens, où toutes les voix auront pu s’exprimer.





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Commentaires

Les grandes lignes, les grandes options stratégiques doivent se trancher par le corps électoral le plus large possible, à la suite de grands débats citoyens.

Mais force est de constater que le respect de la lettre et de l'esprit n'est pas forcément appliqué par ceux qui détiennent le pouvoir décisionnel suprême.

Voyez un peu comment l'initiative d'Arle pour la refonte du primaire largement plébiscitée a été malmenée par le dirigeant. De qui se moque-t-on? Nul n'est censé ignorer la loi pourtant; mais certains s'en coient au-dessus.

Écrit par : Micheline Pace | 26/05/2008

"c’est bien le moins en République" Quelle est cette république dont vous parlez, au juste ?

Écrit par : stéphane staszrwicz | 26/05/2008

Transposer, comme vous le dites, cette idée sur le plan national va poser un sacré problème à nos compatriotes Suisse-allemands. Leurs enfant devront-ils aussi apprendre le Hochdeutsch avant d'entrer à l'école enfantine, puisque les différents dialectes alémaniques ne sont pas considérés comme une langue nationale ?
Va-t-on aussi obliger les enfants des fonctionnaires internationaux à Genève à apprendre le français avant d'entrer à l'école ? Sûrement pas, puisque pour eux, il est question que le canton ouvre spécialement une école `dans laquelle ils pourront faire leurs études en anglais. Et puis, ils ont les moyens financiers de mettre leurs enfants dans les écoles privées les plus sélectes.

Écrit par : gamine | 26/05/2008

El galante sueño de la dama.

El fútil bosquejo
de la carroza
parece un sombrero
silente como el
sol de aquel mayo,
como el fresco
torrente que describe
el refugio, como
el canto infinito y
de nuevo resuelto......

Francesco Sinibaldi

Écrit par : Francesco Sinibaldi | 26/05/2008

Un des premiers dossier communs à un regroupement des forces de droite non UDC dites-vous? Il me semble pourtant que cette idée pourrait être une idée UDC plus que PDC.

Écrit par : salegueule | 26/05/2008

Cher Pascal,

Inutile sans doute de parler plus longuement du ballon mou de M. Hiltpold, sa proposition est discriminatoire et donc anticonstitutionnelle. Semblable position avait été articulée voici quelques années à Zürich, sauf erreur, avant de disparaître.

Tant que les politiques utiliseront le thème de l'école pour orchestrer leur propagande électorale plutôt que de s'attaquer aux problèmes plus humblement et sans tambours ni trompettes, rien ne sera réglé.

Cela est d'autant plus idiot que l'expérience de maint enseignant montre une chose : les élèves "allophones" figurent aussi bien parmi les meilleurs que parmi les tocards. Comme les Genevois, en somme, ou les enfants de propriétaires de chiens ou d'amateurs de bégonias...

En somme, la question n'est pas là. Elle serait plutôt dans la psychologie particulière aux immigrés de la deuxième génération, en général mieux adaptés que leurs parents, mais écartelés entre deux loyautés : d'une part envers leurs origines, leur famille etc. et d'autre part envers la société où ils ont grandi et dont ils parlent la langue avec un accent souvent plus pur que bien des autochtones enracinés depuis la préhistoire que certains d'entre nous seraient, paraît-il...

En ce qui concerne les enjeux intercantonaux, je dois vous signaler que le fameux concordat "Harmos", rendu possible par le vote aveugle et précipité de mai 2005, consiste surtout à priver les citoyens de tout pouvoir sur leurs écoles cantonales (plus d'initiatives cantonales comme celles de l'ARLE ou du REEL, doncques) en le remettant entre les mains d'une "commission interparlementaire romande (quelques députés par canton). Le but est surtout d'éteindre tout débat un peu vif sur l'école, comme ceux qui ont surgi à Genève, et de tout mettre sous contrôle des libéraux-libertaires qui souhaitent surtout privatiser ce qui rapporte (les bons élèves) et socialiser ce qui coûte (les moins bons), comme cela se fait en Angleterre et en Suède, par exemple.

Bref : la fin de l'école républicaine que je vous remercie, par ailleurs, de défendre avec toute votre fougue.

Écrit par : yves scheller | 26/05/2008

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