30/05/2008

Le 30 mai, enfin !



Édito Lausanne FM – Vendredi 30.05.68 – 07.50h



Tous les dix ans, les années en « 8 », je  ronge mon frein pendant tout le mois de mai, et me libère d’une frémissante électricité le 30, on se ménage les petits plaisirs qu’on peut. Car voyez-vous, je vous livre un scoop : j’aurais manifesté en mai 68. Je l’aurais fait, oui, pour la seule fois de ma vie. Oh, pas le 13, ni le 28, ni le 29. Non : j’aurais manifesté, si j’avais eu un peu plus que mes dix ans, et si j’avais été sur place, avec le million de Français qui, depuis des semaines, attendaient de donner de la voix. J’aurais manifesté le 30 mai 1968, sur les Champs-Élysées. Il y a quarante ans, jour pour jour.

C’est l’un des retournements les plus incroyables de l’Histoire française : la veille encore, 29 mai, de Gaulle disparaît, une journée entière, à Baden-Baden. C’est, dans sa vie (il l’a reconnu plus tard), une véritable, une authentique défaillance. Le chef de l’Etat, en pleine crise, qui quitte le territoire national ! La dernière fois qu’il avait commis une telle plaisanterie, en juin 1940, il avait été condamné à mort, par contumace, par un tribunal militaire. J’ai évidemment tout lu, toutes les versions de ces quelques heures décisives du 29 mai 1968, sa rencontre avec Massu, je m’en suis entretenu avec des proches du Général, dont Alain Peyrefitte, autour d’un repas mémorable, dans un hôtel genevois. Une chose est sûre : le soir même, de Gaulle rentre à Paris. Requinqué. Rajeuni. La TV, ce jour-là, est en grève générale. Tous ses derniers discours ont été des flops. Il prend la parole, tout de même. À la radio : « Désolé, il n’y a que la radio », lui dit-on.  Et là, miracle. Cette cécité, loin de le desservir, rappelle aux Français les plus émouvants de leurs souvenirs. Tout à coup, cette voix, seule face à eux. Ça n’est plus le vieux potentat dépassé par les événements, c’est l’homme de Londres. Son allocution est un succès total. Le premier, depuis des semaines.

Le lendemain, ses partisans, qui constituent la grande majorité du peuple français (comme les élections, bleu horizon, de juin le montreront avec éclat) organisent, enfin à leur tour, une manifestation sur les Champs. Elle sera un triomphe. L’un des plus grands rassemblements de l’Histoire de France. Autant de monde que 24 ans plus tôt, le 26 août 1944, déjà autour du même homme, qui dépassait dans la foule, lorsque Paris se libérait. Aucune autre manifestation de Mai 68 n’a réuni le dixième de cette masse humaine. L’immense majorité silencieuse française, cette fois, se sent relayée. Le rapport de forces des masses est indiqué. Mai 68 est terminé. Le lendemain, la France reprend le travail. Ça n’a rien de Versaillais, rien de réactionnaire : c’est la vie qui va, tout simplement.

Oh certes, Mai 68 ne se résume pas à ces quatre semaines printanières françaises, c’est un mouvement de fond, plus global, qui laissera des traces sur de nombreuses années. Mais le Mai 68 historique, celui de France, s’arrête net, à ce moment-là.

La victoire des manifestants du 30 est-elle celle du Général ? C’est loin d’être sûr. Certes, il dissout l’Assemblée et triomphe en juin. Mais pour lui, pour la petite année qu’il passera encore aux affaires, jusqu’à son suicide politique (le référendum d’avril 1969), plus rien ne sera comme avant. Tous les témoins le disent : quelque chose est cassé. Le vieil homme a bien compris que certaines données fondamentales de l’évolution sociale lui avaient échappé. Né en 1890, nourri de la lecture de Barrès et Bergson, et bien sûr aussi de celle de Maurras, combattant des deux guerres, il sent bien que ce monde nouveau n’est plus le sien. Rien de grave : juste la trace du temps. Quand on entre dans l’Histoire de façon aussi fracassante, le plus dur est de réussir à peu près sa sortie. C’est l’une de ses équations, en ce temps-là.

Le million de manifestants du 30 mai 1968 ne disaient certainement pas non aux réformes de société, à la chute de la cravate, à la fin du mandarinat dans les Facultés, à la modification des rapports au sein de la famille, à l’affranchissement de la femme, toutes évolutions qui étaient dans l’air, et, de toute manière, se seraient produites. Mais ils ont voulu, ce jour-là, juste dire oui à un homme. Comme un dernier salut, un au revoir, de l’ordre d’une reconnaissance. Pour cela, oui, j’aurais aimé être parmi eux.



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29/05/2008

Les Roms, l'unique objet...



Édito Lausanne FM – Jeudi 29.05.08 – 07.50h



Reconduire la libre circulation, étendre les accords à la Roumanie et à la Bulgarie : ensemble ou séparément (la question du lien est sous la loupe des Chambres fédérales), ces deux questions vont immensément nous occuper jusqu’au printemps 2009, date d’une très probable votation populaire sur le sujet. La plus importante de la législature. Peut-être la plus cruciale, en matière européenne, depuis le 6 décembre 1992.

En cas de refus, l’ensemble de l’édifice bilatéral pourrait s’écrouler. C’est-à-dire deux décennies d’efforts, après le « dimanche noir » de Jean-Pascal Delamuraz, pour maintenir, à son meilleur niveau, le lien entre la Suisse et l’Union européenne.

Tout cela, posé ainsi, apparaît bien cérébral, bien rationnel, quasiment gagné d’avance pour les partisans. Détrompez-vous : une question, tellement populiste, tellement facile à exploiter, occupe déjà la place publique, celle des Roms. Ce peuple migrant, surgi du fond de l’Histoire, ayant partagé et vécu dans sa chair les tragédies du millénaire, le voilà objet de toutes les discussions de bistrot de notre pays. La plupart du temps, on en dit n’importe quoi, par inculture, par crasse méconnaissance, alors, un ou deux mots, ce matin.

D’abord, c’est ne rien connaître à la complexité de l’Histoire roumaine que d’associer Roms à Roumains, l’un étant tout au plus un sous-ensemble de l’autre, et encore même pas. Ensuite et surtout, quand j’entends le mépris avec lequel on parle de ces gens, sous le prétexte que certains d’entre eux (admettons le, ne soyons pas angélistes) viennent mendier sous les murs de nos banques, j’ai juste envie d’appeler à un minimum de retenue du langage. Quand on sait ce que ce peuple a vécu sous la Seconde Guerre mondiale, les camps, l’extermination, au même titre que les Juifs, l’horreur absolue d’une éradication, on pèse tout au moins ses mots avant de jeter ce nom, en pâture, à l’ignorance de l’opinion publique.

Il est certain conseiller national, de revendication libérale, qui a dû sa victoire, l’automne dernier, à une campagne sur les mendiants, à Genève. Des mendiants, on passe aux Roms. Des Roms, aux Roumains. Et des Roumains, on passera à qui ? Je préfère ne pas y penser. Je voterai pour la poursuite de nos accords avec l’Europe, même si l’Union européenne, dans sa structure actuelle, ne me fait pas particulièrement rêver. Mais du non rêve au cauchemar, il y un grand pas. Que je préfère ne pas franchir.



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28/05/2008

La mort, sans domicile fixe


Édito Lausanne FM – Mercredi 28.05.08 – 07.50h

Un petit livre, aux pages épaisses et denses, il tiendrait dans une vareuse. J’ai d’abord pensé à un psautier, comme ceux de ma famille, où on glisse, au fil des ans, les images des morts. Et ça tombe bien, puisque c’est un petit livre sur la mort. Ou plutôt autour de la mort. Pas la mort métaphysique, non, juste le trépas, celui qui vient de survenir, et le métier des quelques humains qui, les tout premiers, viennent à sa rencontre.

Ils sont policiers, membres d’une brigade spéciale, médecins légistes, préparateurs, maîtres de cérémonie, croque-mort. Thierry Mertenat, journaliste, et Steeve Iuncker, photographe, ont choisi, pendant des mois, d’accompagner ces professionnels sur le lieu de leur travail. Suicides, accidents, décès solitaires dans des appartements, il faut bien, toujours, que certains, sur les lieux de ces drames, arrivent. Constats, repérages, gants, masques, « la couleur et l’odeur de la mort » (Iuncker), tout un ensemble de gestes pratiques que n’importe quel lecteur de Simenon connaît. Croit connaître. Le docteur Paul, vieux complice de Maigret. Ou encore le grand Moers, de l’Identité judiciaire.

Saisissantes, les photos de Iuncker. Ici, un Christ sucré et sulpicien, dans la lumière blafarde d’une chambre mortuaire. Là, ce sont des mouches, à une fenêtre. Le texte de Mertenat, sobre et précis, en forme de tableaux. Des deux, lequel est le peintre, lequel le chroniqueur ? La photo n’illustre pas le texte, pas plus que l’écrit ne légenderait l’image. Deux actes de liberté journalistique, deux regards au sens fort, c’est la force de cet ouvrage.

Restent les portraits de ces femmes et ces hommes qui, à longueur d’année, descendent sur « le terrain », premiers vivants à rencontrer le mort. Les premiers à devoir annoncer la chose à la famille. « Il faut donner l’information très vite, au début », nous confiait hier Christian Luthy, inspecteur, chef de la Brigade du commissariat, 53 ans.

Un petit livre, rude et sans concessions, avec beaucoup d’humanité. Un livre sur la mort ? Un livre sur les premiers survivants, les premières approches. Un livre, juste à la marge. Celle de la vie. Celle de nos habitudes. Un livre à découvrir, c’est sûr.


*** « Levées de corps », de Steeve Iuncker et Thierry Mertenat, Editions Labor et Fides, mai 2008.

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27/05/2008

Claude Mauriac, l’humanité d’une œuvre



Édito Lausanne FM – Mardi 27.05.08 – 07.50h



Depuis plus de trente ans, Claude Mauriac m’accompagne. L’un des hommes les plus attachants, parmi ceux qui ont écrit des livres. Un nom qui a su se faire un prénom, la troublante pesanteur d’une filiation, et surtout un immense journal intime, « Le Temps immobile », un jeu de miroirs qui semble se rire de la chronologie, dans le fourmillement du siècle.

Naître en 1914, c’est naître avec le siècle. Lorsque Claude vient au monde, François, son père, 29 ans, est déjà un auteur reconnu, une star des salons parisiens. Toute sa vie, il la vivra dans l’ombre de ce nom, et pourtant nulle ligne, jamais, dans toute son œuvre, où il la définirait explicitement comme encombrante. Claude Mauriac apparaît comme un être angoissé, mais aussi d’une grande douceur, affectueux : besoin de famille, d’amitiés fidèles, besoin de grands hommes à admirer. Sur ce dernier point, il sera servi.

Je pensais avoir tout lu de Claude Mauriac, d’où ma divine surprise (on me pardonnera cette fugace référence maurrassienne…) à découvrir « Quand le temps était mobile, Chroniques 1935-1991 », qui vient de paraître, aux Editions Bartillat. C’est le Claude Mauriac des chroniques de journaux, un terrain de plus où il n’aura pas eu peur de s’aventurer sur les traces de son père. Rien à voir, d’ailleurs, ni dans le ton, ni dans le style : à des milliers de lieues de la sainte férocité du Bloc-Notes paternel ! Claude nous dit, simplement, les choses telles qu’il les vit. On y retrouve évidemment le de Gaulle de 1944-1945 (dont il est, à ce moment-clef, le secrétaire).  Mais aussi Brasillach (que Claude et François tentent désespérément de faire échapper au peloton d’exécution). Mais encore, pêle-mêle, Gide, Maurice Chevalier, Jean-Paul II, Georges Duhamel, André Maurois, Jean Guitton. Bref, le siècle qui défile, comme en cinémascope.

Il aime la famille et semble en avoir besoin. Mais nulle référence, et c’est tout de même troublant, à tout ce que ce mot a pu recouvrir de monstrueux dans l’œuvre de son père. Que pensait-il de Thérèse, Claude ? Du Sagouin ? Du Nœud de vipères ? Que pensait-il de Phèdre et d’Hippolyte ? Voilà l’auteur d’un monumental journal qui se livre, et ne se livre pas. On jurerait presque que, sur l’essentiel, il aurait comme choisi de se taire, et c’est cela, je crois, qui me touche. Reste l’humanité de cette œuvre, son regard sur ses contemporains, la chaleur de sa personne. On croit aller vers un grand nom. On rencontre, à la fin, la solitude d’un enfant perdu, la simplicité d’un prénom.


*** Claude Mauriac, « Quand le temps était mobile, Chroniques 1935-1991 », Editions Bartillat, 2008.

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26/05/2008

L'Ecole, un enjeu national



Édito Lausanne FM – 26.05.08



Jeune conseiller national genevois, le radical Hugues Hiltpold n’a pas peur de se faire des ennemis. Lancée dans la presse ce week-end, sa proposition de quotas d’élèves allophones (non francophones, pour la Suisse romande) par classe va manifestement faire parler d’elle. Les uns applaudiront, d’autres crieront à la ségrégation. Mais l’idée fera son chemin : Hiltpold entend la porter au plan national. Et c’est cela, dans la question scolaire, qui devient de plus en plus intéressant.

On pourra invoquer tant qu’on voudra le fédéralisme, cette étrange juxtaposition de 26 systèmes dans un pays moins peuplé que la seule région parisienne, une réalité, doucement, s’impose : les grands enjeux, autour de l’Ecole, de plus en plus, vont se poser au niveau intercantonal, voire fédéral. Les partis politiques nationaux, qui ont, pendant des décennies, laissé en friche la question scolaire, commencent à s’y intéresser avec une vision suisse globale. L’Ecole sera par exemple, à coup sûr, l’un des premiers dossiers communs du regroupement de la droite non UDC : PDC, radicaux et libéraux.

Oh, certes, il faudra encore du temps, chaque canton ayant ses problèmes propres à régler : à Genève, la réforme du Cycle d’Orientation, avec une votation populaire (sans doute en décembre) entre deux initiatives antagonistes, et un contreprojet du Conseil d’Etat. Mais, progressivement, on va de plus en plus parler de l’Ecole obligatoire dans des débats nationaux.

L’Ecole obligatoire : la plus importante, la plus fondatrice, la plus universelle, puisqu’elle touche tout le monde. Il est bien temps que son destin soit sur la place publique. Que son avenir soit tranché par l’ensemble du corps électoral, c’est bien le moins en République. Car l’Ecole n’appartient ni aux seuls enseignants, ni aux parents, ni surtout aux experts. Elle est – elle devrait être – la chose de tous. Il ne s’agit évidemment pas de confier au suffrage universel le détail des programmes, il faut pour cela faire confiance aux enseignants, et les appuyer dans leur magnifique métier. Mais les grandes lignes, les grandes options stratégiques, oui, doivent se trancher par le corps électoral le plus large possible, à la suite de grands débats citoyens, où toutes les voix auront pu s’exprimer.





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25/05/2008

Radio: l'illusion participative

Sur le vif - Dimanche 25.05.08 - 16h

 

« Gestionnaire de plate-forme » : ça n’est pas une annonce pour un poste de concierge dans la prospection pétrolière en mer du Nord, c’est la nouvelle définition du journalisme. Elle a été libellée, comme telle, ce lundi 19 mai 2008, aux alentours de 09.57h, dans l’émission Médialogues, au demeurant excellente, sur la Première.

 

Je suis entré dans ce métier voilà bientôt un quart de siècle, je lui ai donné toutes mes forces, beaucoup de passion, des années d’écrit, vingt ans d’audiovisuel, des amis, des ennemis tenaces, la santé qui essaye de suivre, mais je ne savais pas que j’étais un gestionnaire de plate-forme. C’est fou, tout de même, ce qu’on peut s’ignorer soi-même. A s’étrangler de ciguë, non ?

 

Je pensais, un peu naïvement, à mes débuts, au « Journal de Genève », au milieu des années 80, qu’il y avait dans ce métier une mission d’information, une fonction républicaine : faire vivre la Cité, dans toutes ses tensions dialectiques. Et puis, aussi, parallèlement, proposer une vision éditoriale : les uns vous encensent, d’autres vous conspuent, mais enfin c’est vous, vous êtes responsable : j’ai toujours considéré l’exercice du commentaire comme un acte de liberté, ou tout au moins de patient affranchissement, où l’individu, comme en ombre chinoise, doit exister très fort. Là aussi, on me rejoint ou non, mais c’est ma vision. Celle aussi, je le sais, celle de pas mal de confrères et consœurs qui osent plus ou moins le dire tout haut.  Elle aurait pu être, bien avant nous tous, la vision d’un Docteur Stockmann, le héros de « L’Ennemi du Peuple », de Ibsen : je vois encore Jean-Louis Hourdin, de façon si bouleversante, l’incarner. Ibsen, Norvège, pétrole, plates-formes : tout se tient.

 

Alors quoi, assumer sa solitude ou s’en aller gérer des plates-formes ? Une affaire de collier, de chien et de loup, qui rebondit à la lueur de la nouvelle mode radiophonique : le tout au participatif. Désormais, le public est à ce point encensé, ses réactions à ce point sollicitées, que la fonction du journaliste, toute castration bue et consommée, ne serait plus, désormais, que de canaliser, mettre en page, en ondes, le flux ontologiquement génial des « contributions » citoyennes. « Une forme de gestion de plate-forme » : Médialogues, lundi 19 mai 2008, 09.57h, en réponse à une excellente question d’Alain Maillard.

 

Canaliser, mettre en page, cela porte un nom : cela s’appelle un secrétaire de rédaction. Fonction certes majeure, mais à laquelle nul de sensé (si ce n’est l’éminent confrère qui veut faire gérer des plates-formes) ne saurait réduire le journalisme. Il est où le journaliste, dans toute cette conciergerie ? Il est où, son passé ? Elle est où, sa mémoire ? Ses frottements, son vécu, ses combats, sa vision ? Au vestiaire ? Dans le sas de décompression de la plate-forme ? On le stérilise, on le neutralise ? Pour en faire quoi ? Un ventilateur de plate-forme ? C’est peut-être une vision du métier, pourquoi pas. Mais vous aurez sans doute compris que ça n’est pas exactement la mienne.

 

Reste une question, la seule qui vaille : en admettant que les énergies fossiles aient encore quelque avenir, la jouissance existentielle, elle viendra d’où ? De celui qui gère la plate-forme, sa cafétéria, son magasin du matériel ? Ou de celui qui, de temps en temps, peut-être, trouve du pétrole ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23/05/2008

La poésie, à haute voix



Édito Lausanne FM – Vendredi 23.05.08 – 07.50h



Hier soir, j’ai invité Richard Vachoux à venir lire en public « Le rêve de Bismarck », cet inédit de Rimbaud publié le 25 novembre 1870 dans le « Progrès des Ardennes », sous le pseudonyme de Jean Baudry. Certains y voient un faux. Mais Jean-Jacques Lefrère, grand spécialiste de Rimbaud, nous affirmait hier sa certitude d’un texte authentique, dont on connaissait d’ailleurs l’existence, mais qui s’était perdu.

Très rimbaldiens à coup sûr, le style, le rythme, la couleur, le piquant : ce Rimbaud de seize ans, l’année de la guerre franco-prussienne, son génie poétique déjà en marche. Et ce texte, Richard Vachoux est venu le lire, le découvrant d’ailleurs en se l’entendant dire. On aime ou non le style d’interprétation de ce bel acteur qui a tant fait, depuis des décennies, pour la notoriété des poèmes, mais ce fut un moment privilégié.

« Dire la poésie », insiste Vachoux. À haute voix, face à un public. Il rappelle volontiers l’oralité perdue des grands chants épiques, celle de l’Iliade et de l’Odyssée, colportées par des aèdes qui les connaissaient par cœur, et qui ne furent mises sur papyrus que plusieurs générations plus tard. Dire le poème, le mettre en voix, avec du volume, des intonations, un rythme, des couleurs. Et, bien sûr, le risque de déplaire. De trahir la petite chanson qui trottinait, sur tel texte, en chacune de nos têtes. À coup sûr, l’exercice est périlleux.

Dire un poème, dès l’école. Amener les enfants à ce moment, jouissif pour les uns, tétanisant pour d’autres, où ils doivent, un peu, beaucoup, se dévoiler devant leurs camarades. Trop monocordes, on rira de leur réserve. Trop expansifs, on en rira encore plus. De l’un à l’autre, pourtant, quelques critères objectifs : parler clair, jusqu’au fond de la classe, dégager les syllabes, mettre en valeur le texte, respecter le rythme, et, pour les plus doués, la prosodie. Pour les uns, oui sans doute une petite torture. Mais pour d’autres, peut-être, le bonheur d’une découverte, un chemin de traverse, un imprévu, la promesse d’en lire d’autres, et d’autres encore. Rien que pour cela, l’exercice vaut la chandelle.


*** Richard Vachoux anime les «Dimanches poétiques» du Poche, Genève, les 25 mai et 1er juin à 11 h 30.




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22/05/2008

Pharmaciens socialistes, votre avis nous intéresse !

 

 Édito Lausanne FM – Jeudi 22.05.08 – 07.50h



J’ai déjà dit et souligné les mille bonnes raisons qu’il y avait à combattre l’initiative de l’UDC sur les naturalisations. Non sur le texte lui-même, qui se contente de replacer la commune au centre de gravité de la décision, mais sur ce qui pourrait, in fine, se produire, en cas de oui : des citoyens octroyant à la tête du client, voire à la consonance du nom, la nationalité suisse. Le débat est dans l’arène, le peuple tranchera dans dix jours.

Et elle semble – soyons prudents – avoir basculé, l’opinion publique, à en croire le dernier sondage GFS-SSR, publié hier soir. Il y aurait une majorité de non. Déterminantes seront, le 1er juin, la majorité des cantons, et surtout la carte électorale des Ja et des Nein, la Suisse alémanique étant appelée à être un théâtre décisif de la votation.

Un mot sur la propagande : vous avez remarqué ? Pas un jour sans qu’un Grand Conseil de Suisse romande, ou un Conseil d’Etat, ou le gouvernement d’une Ville (Genève détenant la palme d’or de l’exercice) ne vienne, en grand défenseur des droits fondamentaux, appuyer le camp du non. Dernière en date de ces interventions, celle des « Conseillers d’Etat radicaux et libéraux de Suisse romande » ! Annonce payante (par le contribuable ?), en page 8 du Temps de ce matin.

Diable ! Voilà bien une instance capitale, fondamentale, vous y auriez pensé, vous ? Il y avait déjà les professeurs de droit, à peu près toujours la même liste de signatures, à prétention urbaine, éclairée et moralisante, de scrutin en scrutin, voilà maintenant la modeste relique (Dieu, ce qui frappe, c’est qu’ils sont si peu, désormais !) de grands vieux partis gouvernementaux.

Demain, peut-être, les pharmaciens socialistes ? Les notaires genevois d’origine jurassienne ? Les partisans de Tornay passés dans le camp de Darbellay ? Les bisexuels protestants ?

Oh, certes, chacun, ici-bas, a bien le droit de s’exprimer, nous sommes libres de nous associer, de nous assembler, de nous réunir dans des cabines téléphoniques, de nous y embrasser jusqu’aux pâles heures de la nuit. Libres, aussi, d’assumer ce zeste de dérisoire qui rend la vie, décidément, si surprenante et si belle.

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21/05/2008

Moritz et la pâleur de l’éternité



Edito Lausanne FM – Mercredi 21.05.08 – 07.50h



Revoilà donc, en direct de la voie lactée, notre Pierrot lunaire. L’homme qui ne gouverne pas, ne décide pas, mais, tel la Pythie de Delphes, se contente de donner des signes. Il s’appelle Moritz Leuenberger, il est là depuis treize ans : de loin le plus ancien de nos conseillers fédéraux. Déjà, l’éternité le guette.

L’homme des signes. Que, d’ordinaire, nul mortel ne saisit. Ni ses adversaires, ni surtout ce qu’il est convenu d’appeler ses amis politiques, mais ces deux mots sont un oxymore. Ses « amis », les socialistes, à chacune de ses déclarations, s’arrachent ce qu’il leur reste de cheveux, littéralement horripilés, au bord de la crise de nerfs, Almodovar.

Lui, au-delà des nuées, plane. Le week-end dernier, il « lance l’idée » de privatiser partiellement les CFF. Tabou, tollé, ramdam, patatras. No problem : cette idée, aussitôt, il la retire. C’est vrai quoi, on ne va tout de même pas se battre pour des idées, c’est d’un autre temps, un temps d’avant l’art contemporain et les cuillers de caviar dans les galeries zurichoises, calmez-vous camarades, c’était juste un ballon d’essai.

Plus céleste, encore : lundi, il lance l’idée de détruire les voitures des chauffards. C’est un peu méchant pour les voitures, qu’il avait si poliment saluées lors d’un Salon de l’Auto, mais enfin pourquoi pas. Il la lance, mais aussitôt ajoute : « Peut-être, c’est juste une idée, je ne sais pas ».

C’est cela, peut-être, son problème : juste des idées. Qu’il sème, à tous les vents, c’est Larousse et c’est le discobole. C’est Moritz Leuenberger. Que guette l’éternité. Pâle et lunaire, comme un bon mot. Dans une galerie, à Zurich.

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20/05/2008

Zappelli, l'Ange exterminateur

Un Procureur général, dans la nef d’une Cathédrale, « instruisant » ouvertement ses ordres à une cheffe de la police vêtue d’une écharpe de maire, de beaucoup de probité candide, d’un éphèbe duvet d’écarlate sur les joues. Voilà, hier soir, qui ne relevait pas de la République de Genève, mais de l’un des plus grands films de Bunuel, l’Ange exterminateur.

Rarement, dans le même site, tant de confusion des pouvoirs. Daniel Zappelli, ivre de son triomphe face à l’aérien Paychère, s’adressant avec une jupitérienne immédiateté à une haut fonctionnaire ne dépendant absolument pas de lui, mais du conseiller d’Etat Moutinot, au demeurant présent, mais Belle au Bois dormant, innocence, pesanteur des paupières, torpeur, tristesse de la chair, face à la tonitruance de l’homme en chaire.

C’était tout cela, c’était Saint-Pierre, clefs du Paradis, de la toute puissance. Débordement des compétences, obédience de l’assistance, conformisme de pouvoir, noce chez les petits-bourgeois, orthonormés comme des pingouins, nord-sud, dans les travées.

C’était une cérémonie ordinaire, retransmise, hertzienne, mariage d’Elisabeth, couronnement de Napoléon. Ne manquait que Madame Mère. Et son énigmatique sourire. Au pays de Calvin, de François Paychère, de Michel Simon, et de la longeole. Sont-ils au moins, la cérémonie finie, sortis de la Cathédrale ? Cela, seul l’Ange exterminateur le sait. Et, peut-être, quelques gisants. Souriants et rassasiés.



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Balmer, magnifique Guitry



Édito Lausanne FM – Mardi 20.05.08 – 07.50h



« La Libération, j’en aurai été le premier prévenu ! ». Un bon mot, de Guitry lui-même, pour résumer avec élégance les soixante jours de prison, sans la moindre inculpation, qu’il aura dû traverser au moment où Paris, « par soi-même libéré », cherchait partout des coupables, y compris dans les directeurs de théâtre ayant continué de monter des pièces sous l’Occupation. « Reprocherait-on à un boulanger de continuer à faire du pain ? », demande Guitry à son juge d’instruction.


Ce Guitry de presque soixante ans, cueilli dans sa maison, en robe de chambre et pantoufles, par de petites frappes qui se font appeler « FFI », c’est Jean-François Balmer qui l’incarne. C’était hier soir, sur TV5 Monde. Et c’est un bonheur que ce jeu d’acteur : comédien incarnant un autre comédien, tantôt grave et tantôt cabot, ici fataliste, là révolté, confessant ses faiblesses et ses accointances, mais rappelant qu’il n’a commis nul crime, c’est Balmer au sommet de son art. C’est Balmer et c’est Guitry, tant l’un se fond dans l’autre, l’incarne : quelques haillons, sous le peignoir rouge, de saisissante humanité.

C’est le 23 août, soit 48 heures avant la libération officielle de Paris, que l’immense homme de théâtre est arrêté. Au milieu des combats, des sacs de sable entassés qui forment barricades contre les ultimes troupes du général von Choltitz, on l’emmène au Dépôt, cher à Simenon. Puis au Vel d’Hiv, puis à Drancy, deux lieux tout sonores, encore, de l’infamie qui s’y était perpétrée, deux ans avant. Puis à Fresnes. La prison, mais nul chef d’inculpation, jamais. Juste « la rumeur », ose confesser le juge d’instruction.

Ce Guitry-là subit, davantage qu’il ne se révolte. Il fait souvent référence à son père, le grand Lucien Guitry, dont il tente d’extraire au greffe le portrait, qu’il veut garder sur lui. Pendant ces soixante jours, il fréquente tous les premiers clients d’une Epuration qui ne fait que commencer : ministres du Maréchal, prisonniers pour délits d’opinion, innocents ramassés à la hâte, mais aussi authentiques crapules, ayant livré des Juifs. On sait, aujourd’hui, à quel point cette « justice »-là fut expéditive, et souvent, tout simplement, n’en fut pas une.

Reste Balmer, dans Guitry. Un travail d’acteur magnifique. À voir, et revoir. Pour Guitry, pour Balmer, et avant tout pour la seule chose que rien ne peut épurer : le bonheur, fugace mais si délicieux, de l’incarnation d’un humain par un autre.

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19/05/2008

Ségolène et les éléphanteaux



Édito Lausanne FM – Lundi 19.05.08 – 07.50h


On aime ou non Ségolène Royal, mais il faut bien avouer que l’ancienne candidate à la présidentielle française ne manque pas d’une certaine suite dans les idées. N’avait-on pas maintes fois, comme pour Pascal Sevran, annoncé sa mort : la voilà, toujours, qui resurgit. Et qui vient d’afficher ses ambitions : devenir première secrétaire du PS.

Sur le poste convoité, elle a raison : le seul moyen d’accéder au plus haut niveau, en France, c’est de diriger l’un des grands appareils politiques, à gauche comme à droite. François Mitterrand ravissant à la vieille SFIO, celle des Mollet et des Savary, au congrès d’Epinay, en 1971, le parti socialiste. Jacques Chirac prenant à la hussarde l’UDR aux barons décatis du gaullisme, en 1976, avant d’en faire sa chose, sous le nom de RPR. Nicolas Sarkozy prenant le contrôle de l’UMP, comme tremplin présidentiel.

L’objectif est juste, et Ségolène Royal a d’autant plus raison de le viser qu’elle est, à l’interne, détestée de tous. En politique, c’est un avantage précieux : être haï de ses pairs, avoir face à soi ces éléphanteaux qui ne demandent qu’à vous piétiner, voilà qui permet de les attaquer de front sans états d’âme. En politique, l’ennemi est toujours dans le camp, dans la famille, c’est un peu l’univers de Mauriac, avec ces haines intestines, rentrées, dans la bourgeoisie bordelaise d’avant-guerre.

Nœud de vipères, d’autant que l’un des éléphanteaux n’est autre que son ancien compagnon, père de ses quatre enfants. Visage d’apothicaire, le Monsieur Homais du paysage politique français, mais esprit très vif lorsqu’il s’agit de trouver les armes pour conserver sa boutique. Diable, de Mauriac nous serions passés à Flaubert, mais toujours la puissance de cette Province, ici girondine, là normande, ou encore poitevine pour Ségolène, et là aussi c’est un avantage : cette candidate de 2007, moins bonne que Sarkozy sur le fond, avait sur lui l’avantage de ressembler à la France. Cette fois-là, ça n’avait pas suffi. Mais demain, après-demain ?

Il ne faut pas sous-estimer Ségolène Royal. Contre le cuir et la masse des éléphanteaux qui se ressemblent et peut-être s’annulent, en voilà une qui s’affiche et qui existe. Oh, je ne prétends pas qu’elle ait l’envergure, ni le génie politique, de refaire le coup d’Epinay (en 1971, François Mitterrand était un solitaire, face à l’appareil), mais elle a raison de se lancer dans ce combat. Contre le maire de Paris, je ne suis pas sûr du tout qu’elle parte nécessairement perdante.

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16/05/2008

A Saxon, la roue a tourné



Édito Lausanne FM – Vendredi 16.05.08 – 07.50h

Il faut le dire haut et fort : la victoire de Christophe Darbellay contre Nicolas Voide, il y a un peu plus de 24 heures, la nuit de mercredi à jeudi, à Saxon, pour les primaires PDC du district de Martigny, est éclatante. 605 voix contre 325, bref deux tiers, là où tous les pronostiqueurs, œil en coin et lèvre malicieuse, annonçaient un résultat extraordinairement serré, « peut-être à l’unité près ». Cette Assemblée de Saxon, à coup sûr, restera dans l’Histoire politique du Valais, et peut-être bien au-delà.

On n’avait jamais vu ça : près d’un millier de personnes qui se déplacent pour siéger jusque tard dans la nuit. Les derniers ont quitté la salle à trois heures du matin, pour se lever à six et partir travailler. Pourquoi, tant d’affluence ? Parce qu’on leur donnait, à chacun, un fragment de pouvoir pour influer sur le destin de l’une des stars du canton, et du pays. Qu’ils le renvoient à la maison, et c’est un coup d’arrêt à sa carrière. Qu’ils le désignent de justesse, c’est un signal de menace pour l’étape suivante, capitale, contre Maurice Tornay, le 6 juin. Qu’ils le plébiscitent, comme ils viennent de le faire, et c’est toute une conception clanique et conservatrice de la politique valaisanne à qui l’on donne un avertissement.

Oh, certes, le jeu des clans va dans tous les sens. Christophe Darbellay lui-même, hier soir, nous déclarait publiquement avoir fait le forcing jusqu’à la dernière minute : 150 coups de téléphone dans les dernières heures avant la séance ! De l’autre côté, « on » nous a avoué s’y être « pris trop tard » pour convaincre, en les quadrillant à l’unité près, certains caciques de la région de Martigny, disons en terre vinicole.

Ainsi se fait la politique en Valais. Ainsi se fait-elle partout. Dans le Vieux Pays, on est au moins franc : personne ne se cache de ce genre de pratiques qui doivent plus au corps à corps qu’au romantisme idéalisé des idées. L’assemblée de Saxon, la manière dont elle a été préparée, pendant des semaines, par les deux camps, le rôle capital de la dernière journée, celui du Nouvelliste, celui du deus ex machina Simon Epiney, les pressions que les uns et les autres auront exercées sur certains clans-clefs, les promesses à tous vents distribuées, tout cela, ma foi, ferait bien l’objet d’un mémoire ou d’une thèse de science politique.

Ou d’un polar. Ou de quelques épigrammes à la mode de Voltaire. Ou d’un roman de gare. Ou d’une grande épopée tragi-comique, avec beaucoup d’ivresse, un mélange de bassesse de caniveau et d’altière solitude. Quelque part, là-haut, à deux pas des nuages, dans le bleu irisé des glaciers.

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14/05/2008

L'autre mois de mai



Ou : le printemps de Dom Juan et de Monsieur Dimanche

Édito Lausanne FM – Mercredi 14.05.08 – 07.50h

Un pouvoir politique en perdition, une République qui se meurt, des paras en treillis qui lancent des ultimatums aux élus légitimes, un homme, à Colombey, qui se mure dans le silence en attendant son heure. C’était il y a juste cinquante ans. C’était Alger, c’était Paris, c’était la France. Quelques jours d’une rare intensité dramatique. C’était mai 1958. Tout un enchaînement d’actions et d’événements qui allait aboutir au retour aux affaires, après douze ans et quatre mois de traversée du désert, du général de Gaulle.

La Quatrième République, pourtant, n’avait pas manqué d’hommes de valeur, à commencer par le premier de tous, Pierre Mendès France, dont les quelques mois au pouvoir, en 1954-1955, avaient été lumineux. Non, ça n’était pas une question d’hommes, mais de structures : un pouvoir parlementaire beaucoup trop fort par rapport à l’exécutif, à la merci des combinazione et des petits arrangements de partis. À la tête de l’Etat, le désert. L’impuissance impersonnelle, alors que des enjeux aussi vitaux que les guerres coloniales étaient à régler.

Sachant tout cela, l’ayant génialement diagnostiqué dans son discours de Bayeux, le 16 juin 1946, alors qu’il venait de quitter le pouvoir, de Gaulle avait toujours dit qu’il ne reviendrait que pour donner à la France de nouvelles institutions. Avec, comme clef de voûte, le chef de l’Etat. Il aura fallu ces incroyables événements d’Alger, la grande peur de la guerre civile, pour qu’il parvienne à ses fins.

A-t-il volontairement laisser pourrir la situation ? Réponse : oui, tous les historiens en tombent d’accord. Etait-il au courant de l’opération « Résurrection » qui prévoyait son retour aux affaires par des moyens plus prétoriens que démocratiques ? Réponse : oui. Mais l’homme a eu le génie de ne donner aucun gage, ni écrit ni définitif, jamais, aux quelques ultras qui s’imaginaient qu’il allait conserver, pour quelques siècles, l’Algérie française. Il faut lire Lacouture, sur ces moments incroyables, notamment lorsqu’il compare la prestation (la seule de sa vie) de De Gaulle devant l’Assemblée nationale, au dialogue de Dom Juan avec Monsieur Dimanche.

Oui, en termes de légalité, ce fut limite. Mais pour quel résultat ! Douze ans d’une stabilité et d’une prospérité exceptionnelles, un homme d’exception visible du monde entier, de nouvelles institutions qui, aujourd’hui, sont encore là, le règlement dans l’honneur de la question algérienne, la réconciliation franco-allemande. Je ne prétends certes pas que cette décennie-là ait été parfaite, rien dans l’Histoire ne l’est. Mais je serais très heureux qu’on vienne m’en citer une seule, dans l’Histoire de France, de Philippe le Bel à l’actuel orléaniste de l’Elysée, qui puisse prétendre avoir été meilleure.



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13/05/2008

L'affaire sous l'affaire



Ou : la politique, cornes contre cornes

Édito LFM – Mardi 13.05.08 – 07.50h

Il faut vraiment débarquer de la Lune, ou de Patagonie, pour ne pas déceler, en filigrane de l’affaire Bagnoud, une seconde affaire, politique celle-là, dont les échéances sont extraordinairement proches : la première d’entre elles intervient demain déjà. Avec, en éclatante apparition du palimpseste, une fois décollée la fine couche de l’affaire Bagnoud, un personnage principal : Christophe Darbellay. À la vérité, il n’y a pas d’affaire Bagnoud, tout juste bonne pour le vaudeville et le juge d’instruction. Mais il y a, à l’évidence, une affaire Darbellay.

Président du PDC suisse, candidat au Conseil d’Etat de son canton (mars 2009), Christophe Darbellay doit affronter demain Nicolas Voide, pour la désignation du candidat du district de Martigny au poste de conseiller d’Etat. Autre étape, le 6 juin : le vainqueur du match Darbellay-Voide sera opposé à un poids lourd : Maurice Tornay, d’Orsières.

Or, le Nouvelliste, dans son édition de samedi, a rendu, à son corps bien défendant, un fier service à Darbellay. À quatre jours de la décision du PDC de Martigny, le quotidien valaisan a décoché les orgues de Staline contre lui, en donnant, sur une page complète, la parole à son très vieil ennemi, le féodal anniviard Simon Epiney. Présenté, en tête de page, comme une « figure tutélaire » du PDC valaisan. Quand on sait que le Nouvelliste roule pour Maurice Tornay, la ficelle apparaît plus épaisse, encore, qu’un câble de téléphérique. Téléveysonnaz, par exemple ?

Trop énorme, la ficelle, pour échapper à la sagacité du public, même si on sait que le gros des troupes conservatrices, y compris certains UDC reconvertis au PDC, investira Saxon, demain, pour voter contre Darbellay. Mais il y a mieux : on apprend ce matin que Nicolas Voide, rival de Darbellay demain soir, homme politique de valeur, qui n’était autre que l’avocat de Xavier Bagnoud (si !) dans cette affaire de douche et de poudre, renonce à l’être ! Nicolas Voide aura donc commis, en quelques jours, une double erreur : être l’avocat de Bagnoud ; ne plus l’être. Du coup, l’homme apparaît comme instable, et Darbellay regagne du terrain. Vous me suivez, ou vous êtes à nouveau sous la douche ?

Vous avouerez que jamais désignation d’un candidat par un simple district n’aura, à ce point, dépassé les frontières du Valais. Dans toute cette affaire, la maîtrise de la communication par Christophe Darbellay a été d’une rare orfèvrerie : il reste au-dessus de la mêlée, suppute avec une assassine douceur, samedi soir, que « Simon s’ennuie dans sa retraite », apparaît le lendemain avec sa fiancée à la finale des Reines d’Aproz, rend hommage à Voide, se comporte comme un homme que les missiles n’atteignent pas.

Bref, plus on l’attaque, plus il adore. C’est la politique cornes contre cornes. Avec tout le poids du corps. Des sabots qui remuent des tonnes de poussière. Et que le meilleur gagne !


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10/05/2008

L'Evangile selon Saint Simon


Ou : le match Valais-Judas

Sur le vif, samedi 10.05.08, 14.40h

Si vous êtes trop jeune pour avoir assisté à l’exécution de Louis XVI, sur l’actuelle place de la Concorde, le 21 janvier 1793, et si par hasard vous goûtez le genre (assumons nos fantasmes, que diable !), il vous reste le loisir d’ouvrir, en page 8, le Nouvelliste de ce matin. Point n’est besoin d’être grand clerc en politique valaisanne pour découvrir, en palimpseste de chaque mot prononcé par le grand invité du jour, l’ancien conseiller aux Etats anniviard Simon Epiney, une calcination au napalm de son « cher ami » Christophe Darbellay. Dont le nom, au reste, n’est jamais prononcé. Chez ces gens-là, Monsieur, on poignarde, on retourne en jouissant sa lame dans les entrailles de l’être aimé, mais en silence.

Il y a beaucoup à dire sur cette interview, réalisée par mon excellent confrère Vincent Pellegrini : ce qu’elle dit, ce qu’elle cache, le moment où elle paraît, la haine qu’elle révèle entre deux hommes de valeur, dont chacun sait qu’ils n’ont jamais pu se supporter.

En gros le dalaï-lama de Vissoie reproche au flandrin des glaciers sa versatilité dans l’affaire du 12 décembre 2007, son alliance avec la gauche, son goût excessif pour le sens du vent au mépris des polarités magnétiques : « Le PDC, nous dit le titre de la page, doit utiliser la boussole plutôt que la girouette ». Bref, Epiney exécute. Il le fait, c’est bien sûr un hasard, à quatre jours de la décision que doivent prendre les démocrates-chrétiens du district de Martigny, entre Nicolas Voide et Christophe Darbellay, dans la course au Conseil d’Etat (mars 2009). Et à moins d’un mois du Congrès du PDC du Valais romand, le 6 juin prochain, à Châteauneuf-Conthey, où le vainqueur du match Voide-Darbellay devrait affronter un poids lourd : Maurice Tornay, d’Orsières. Accessoirement (mais c’est un hasard total) administrateur du Nouvelliste. Besoin d’une aspirine ? Vous me suivez toujours ?

Si j’étais correspondant de guerre, je résumerais le front en paraphrasant le plus grand écrivain valaisan encore vivant : je parlerais d’un match Valais-Judas. Avec un quotidien orangé qui roule, par poudres et douches interposées, pour Darbellay, le quotidien valaisan qui roule pour Tornay, le public qui commence à n’y plus rien comprendre, ce qui m’a amené, dans la douceur de ce samedi après-midi précédant Pentecôte, à prendre modestement ma plume exégétique.

Tu me diras, ami lecteur, que je ne fais que décrypter, sans donner mon commentaire. Tu as raison. Pour une fois, je m’en tiens là. Je ne dirai donc pas à Simon Epiney qu’il a raison sur le « grand parti de centre droit auquel on peut associer une partie de l’UDC ». Tellement raison qu’il me semble même l’avoir dit, exactement en ces termes, dimanche soir à Infrarouge. Je ne lui dirai pas, non plus, que tout cela, tout ce qu’il sort aujourd’hui, il aurait eu des années pour le faire, plutôt que quatre jours avant une échéance capitale pour son vieil ennemi. Mais enfin, nul, même sur les bords de la Navisence, n’est à l’abri d’une petite faiblesse, non ?

Ficelles, trocs et combines, câbles de téléphérique, hommes de paille et hommes de main, la politique valaisanne, décidément, n’a pas fini de nous passionner. Parfum de trahison, tentative de rédemption, promesses de postes, il y aurait là tous les ingrédients d’un roman. Le prochain de Monsieur Janus, peut-être ?



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09/05/2008

La douche, la poudre, la toile


Édito LFM – Vendredi 09.05.08 – 07.50h


Xavier Bagnoud, grand amateur de douches et de poudre, doit-il démissionner du Grand Conseil valaisan ? Héros d’une story orangée dont il se serait bien passé, à côté de laquelle les pages people de Gala font figure de Monde diplomatique, doit-il, sous la pression de l’opinion populaire, se démettre de ses mandats, quitter la scène ?

À cette question, je réponds non. Monsieur Bagnoud fait évidemment ce qu’il veut, mais à sa place, je tiendrais et je me battrais. Et, croyez-moi, si j’adore prendre des douches, la poudre n’est pas mon fort. Mais la vie privée est la vie privée. Que quelques crapules, dans l'entourage valaisan de Monsieur Bagnoud (on aimerait savoir qui, derrière), jouissent d’instrumentaliser une scène où le cocasse le dispute au pathétique, est une chose. Qu’un homme public doive, d’un coup, tout lâcher parce qu’on a (au sens propre) mis à nu sa vie privée, je ne suis pas d’accord.

Je connais un peu le monde politique. De la poudre, des maîtresses, voilà qui ferait un certain monde, s’il fallait à tout prix chercher noise. Je n’en dirai pas plus, n’ayant jamais voulu pratiquer ce journalisme-là. Simplement, tous ne sont pas assez candides pour se faire filmer dans des postures qui, en quelques minutes, d’un portable sur l’ordinateur, peuvent égayer la Toile et distraire la planète coassante des internautes.

Monsieur Bagnoud n’est pas un saint. Et alors ? Vous êtes des saints, vous ? Sur quoi faut-il juger ce député aux mœurs poudrées? Sur ses prestations de député au Grand Conseil valaisan ! Ce verdict-là n’appartient ni la moralité publique, encore moins à ceux qui l’instrumentalisent (on aimerait vraiment savoir qui, derrière), ni aux redresseurs de torts, ni aux Savonarole de l’hygiénisme éthique. Ce verdict-là appartient au peuple valaisan. Dans une année, en mars 2009. D’ici là, à la place de Monsieur Bagnoud, je tiendrais bon. Mais je vous quitte. Il se fait tard. Ma douche m’attend.

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08/05/2008

Bon Anniversaire, Israël!


Édito LFM – Jeudi 08.05.08 – 07.50h

La vie commence à soixante ans, celle d’Israël sera encore longue. J’étais à Jérusalem il y a dix ans, pour le demi-siècle de cet Etat. C’était mon premier contact, plusieurs fois renouvelé depuis, avec cette ville unique au monde où la paix des âmes, d’un monastère l’autre, ou synagogue, ou mosquée, semble défier l’imminence des armes.

J’ai déjà écrit, dimanche, ce que je pensais de quelques erreurs de communication de la politique étrangère suisse, ces derniers temps, face à Israël. Un communiqué présidentiel de Pascal Couchepin, digne et apaisant, publié hier, a rappelé l’amitié de la Suisse pour ce pays.

Bien sûr, il y a les territoires. Bien sûr, il y a le drame du peuple palestinien, et la nécessité absolue pour lui d’obtenir un Etat. Bien sûr, la même armée qui fut, en 1948, celle de l’Indépendance, est trop souvent devenue force d’occupation, d’exactions, d’oppression. Bien sûr, il y a eu les événements de 1982, dans la partie méridionale d’un pays qui s’appelle le Liban, où le pire, et pas seulement par les phalanges, a été commis.

Mais qui sommes-nous, dans ce petit pays qui ne s’est plus battu depuis tant de siècles, qui a échappé aux deux guerres mondiales, ne vivant en paix que grâce à la réconciliation de ses grands voisins qui s’étaient tellement déchirés ? Qui sommes-nous, pour vraiment comprendre l’état d’esprit, perpétuellement menacé, dans lequel vivent les femmes, les enfants et les hommes d’Israël ?

La résurgence de la guerre, à tout moment possible. Le président d’une grande puissance régionale, toute proche, l’Iran, déclarant tranquillement qu’il verrait bien Israël rayé de la carte du monde. Le Hezbollah, et tant d’autres mouvements, tentant, en effet de s’y employer. Et tant de beaux esprits, chez nous, dans notre tranquille Suisse, encourageant sans s’en rendre compte le terrorisme.

Ce matin, il faut dire bon anniversaire à Israël. Sa légitimité est acquise. Son appartenance au concert des nations, garantie. Et il faut, aussi, souhaiter sans tarder un Etat palestinien. Pourquoi nous, Suisses, pourquoi, si ce n’est par vaine posture, devrions-nous choisir entre ces deux peuples ? Pourquoi ne pas leur dire, à l’un et à l’autre, qu’ils sont nos amis ? Et que nous souhaitons la paix, la vraie, au Proche-Orient.


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07/05/2008

La fin des agrariens



Édito LFM – Mercredi 07.05.08 – 07.50h


L’UDC vaudoise, la bonne vieille héritière de la tradition agrarienne, réputée si lointaine de Zurich, vient donc, hier soir, à Poliez-le-Grand, de décider l’exclusion de la section grisonne du parti national. Le résultat, 78 voix contre 70, est certes serré, mais il est là. Quand on sait ce qu’a longtemps représenté le parti vaudois dans la galaxie UDC, sa modération paysanne, pragmatique, on ne peut s’empêcher de voir dans cette décision la confirmation d’un tournant.

Depuis quelques années déjà, une observation attentive des résultats électoraux vaudois montrait le déclin de la vieille tendance PAI (Paysans, Artisans, Indépendants), bref la tradition de Marcel Blanc, héritée du mythique Bernois Minger, au profit de la ligne de pensée de Christoph Blocher. Ce glissement ne doit rien au hasard : il est le résultat d’une stratégie, voulue par Blocher dès 2003 : devenir un parti national, avec des thèmes communs, une lisibilité claire, sur l’ensemble du pays. À quoi s’ajoutait la conquête de solides têtes de pont en Suisse romande, objectif atteint le 21 octobre 2007.

On pense ce qu’on veut de l’UDC, ainsi que de cette baroque démarche consistant à exclure une section cantonale entière (s’il s’était agi d’exclure Madame Widmer-Schlumpf, le résultat aurait été de 114 oui, 28 non et 3 abstentions, mais c’est statutairement impossible), mais voilà un parti avec des idées claires, une stratégie pour les mettre en œuvre, un parti qui avance. Pendant ce temps, les radicaux se demandent toujours qui ils sont et pourquoi ils sont au monde, le PDC guette le vent, avec la fureur mystique d’un anémomètre en panne.

Dans l’équilibre interne de l’UDC, où certains observateurs, déjà, se délectent à l’idée d’une scission, la décision vaudoise d’hier soir donne des gages à l’unité du parti. Comme le confirment tous les résultats cantonaux, de Suisse centrale ou orientale, depuis le 12 décembre, la ligne Blocher continue de marquer des points. Les débats internes des sections cantonales, à la notable exception de Berne, confirment cette tendance. Voilà ce que les faits, têtus, nous disent. Rendez-vous à tous en octobre 2011.

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06/05/2008

Adieu, Jeunesse !



Édito LFM – Mardi 06.05.08 – 07.50h


Jeunesse est mort, il avait 89 ans, et ce paradoxe, déjà, le résume. Il a été la voix la plus connue de la radio française, trois mots, trois mots seulement, un sourire, comme un soleil de midi : « Chers amis, bonjour ! ».

C’est tout. Et c’est immense. Tenir trente ans une émission comme le « Jeu des mille francs », juste avant le journal de 13h de France Inter, avaler des millions de kilomètres en sillonnant le corps le plus profond de la Province française, faire jouir une salle sur le seul mot de « Bingo ! », voilà qui paraît simple, à portée de tous, mais qui était un métier, une obstination, une passion.

Il venait de l’opérette, cette homme-là, chanteur de charme. « C’est si bon », c’est lui. Sa voix était la plus douce, la plus délicieusement aimable des ondes françaises. Plus de dix mille émissions, quelque quatre-vingt mille questions. Une sorte de quizz de culture générale, de tout et de rien, que les auditeurs adoraient. Et avec ce rien, ce bric et ce broc, l’émission, au sommet de l’audience, a tenu, avec lui, trente ans.

Parce que c’était lui, c’était Jeunesse, c’était cette vieille Province de France, ces petits Lirés, ces Saint Amand Monrond, ces bords de Loire ou de Garonne. Au fond, la voix solaire de ce saltimbanque de charme nous emmenait, en plein zénith de la journée, dans la France du grand Meaulnes. La modernité de cette émission, c’était son archaïsme. Et les gens, devant le transistor, adoraient ça.

La richesse d’une radio est celle des voix qui la composent. Celle de Jeunesse, dans nos mémoires, restera. Alors à bientôt, Lucien. Si vous le voulez bien.


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