26/06/2008

Droite genevoise : la machine à perdre

Sur le vif - Jeudi 26.06.08 - 15.50h

 

Le PDC genevois respire : il va pouvoir rester pur. Nul miasme, nulle souillure. Non seulement il rejette tout contact électoral avec l’UDC, mais menace de sortir de l’Entente si radicaux ou libéraux acceptent, peu ou prou, ne serait-ce qu’un apéritif avec le Diable. Décision prise hier soir, à une majorité brejnévienne, en assemblée générale. Les sacristies peuvent souffler : l’honneur est sauf. Et la machine à perdre, une fois de plus, va pouvoir se mettre en marche.

 

Qu’un parti ait des valeurs, c’est tout à son honneur. Que celles du PDC genevois soient bien lointaines de l’UDC, nous en convenons aussi. Et peut-être, au fond, sont-elles inconciliables. Mais fallait-il, à ce point, fermer la porte avant même de discuter, là où les radicaux, beaucoup plus habiles, ont posé, avec fermeté et sans concessions, des conditions ?

 

Ces trois conditions, les voici : accepter le processus des bilatérales avec l’Union européenne, notamment la libre circulation ; accepter le principe du dialogue social ; renoncer à certaines affiches infâmes, et à un style politique de western. Ca n’est pas rien, ce triptyque de garanties ! Il n’y a que très peu de chances que l’UDC les accepte. Mais au moins, le « droite classique » laissait ouvert un espace de dialogue, au lieu de se vêtir de la toge immaculée des intouchables.

 

D’autant moins habile, cette décision du PDC, que tant de choses, en huit mois, se sont passées : les 29% de l’UDC aux élections fédérales ; le coup du 12 décembre ; les fissures au propre sein du parti vainqueur. Tout cela, justement, constitue, pour la droite suisse, d’opportunes occasions de recomposition. Il existe, certes, à l’UDC, des extrêmes nationalistes et isolationnistes. Mais la grande majorité de l’électorat de ce parti se rattache, en fait, et n’en déplaise aux exaltés qui veulent voir partout les ultimes journées de la République de Weimar, au bon vieux fond simplement conservateur qui constitue l’un des socles essentiels de la Suisse.

 

L’enjeu, à Genève, quel est-il ? La couleur de la majorité qui suivra les élections cantonales de l’automne 2009 ! Au Grand Conseil, mais surtout au Conseil d’Etat, où on pourrait imaginer une correction, par le peuple, de l’anomalie de cette législature. Avec cette décision du parti des Purs et des Justes, c’est très mal parti. Et la machine à perdre, comme chez Tinguely, n’a pas fini de tourner sur elle-même.

 

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Régions : le crépuscule des proconsuls



Edito Lausanne FM – Jeudi 26.06.08 – 07.50h

Aussi déplaisante soit-elle pour le poids des habitudes et des corporatismes, la décision de notre confrère « Le Matin » de supprimer ses bureaux régionaux peut être lue comme un acte novateur, qui pourrait bien, dans les années qui viennent, donner des idées à d’autres rédactions.

Les bureaux cantonaux : cela concerne les médias supra-cantonaux, d’envergure romande. Il n’y en a pas des dizaines : RSR, TSR, le Temps, le Matin, l’Hebdo. Quand on a prétention à couvrir  toute la Suisse romande, il faut évidemment avoir le meilleur réseau d’informations possible sur sept cantons tellement différents les uns des autres : Genève, Vaud, Valais, Fribourg, Neuchâtel, Jura, et la partie francophone bernoise.

Le « meilleur réseau », cela signifie avoir infiltré en profondeur la classe politique, les décideurs économiques et culturels. Connaître personnellement les gens, les enjeux, les amours et les haines, les inimitiés et les rognes, les affaires cachées. Voilà, certes, qui plaide pour un correspondant régional, avec tout ce que cela implique d’ancrage, d’apéros, de petites confidences. Les fuites, longtemps, c’était pour lui.

Mais cela, depuis quelques années, change. L’apparition du portable, l’émergence de grandes émissions politiques au niveau romand, l’arrivée de personnalités très fortes, comme Peter Rothenbuehler, dans les rédactions centrales, tout cela a doucement rendu un peu caduc le monopole proconsulaire des baronnies régionales.

L’idée du Matin de dégager des forces, et pourquoi pas puissantes, en fonction de l’événement est une vraie idée journalistique, elle est même la règle numéro un de ce métier : lorsque quelque chose se produit, on va voir. Par son dynamisme et sa souplesse, cette idée écrase celle de la logique par la répartition géographique. On dira qu’elle est dictée, cette idée, par des contraintes économiques. – Et alors ! C’est souvent dans ce genre de situation qu’une rédaction opère des choix décisifs et imaginatifs.

Les autres rédactions d’envergure romande, qui n’ont pas (encore) à ce point le couteau sous la gorge, prennent sans doute, ce matin, tout cela de très haut. Laissons venir les mois et les années. Laissons venir la concurrence. Laissons venir et éclore l’audiovisuel privé. Et nous verrons bien les choix du futur.


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25/06/2008

Mon premier livre d’été : Lacouture



Édito Lausanne FM – Mercredi 25.06.08 – 07.50h

La promesse de vacances est une promesse de lectures. Je sais déjà quel sera mon tout premier livre, quelque part au-delà des Alpes : « L’Algérie algérienne », de Jean Lacouture, aux Editions NRF Gallimard. Parce que l’Histoire de l’Algérie, depuis 1830 en tout cas, est l’une de mes passions. Et parce que Jean Lacouture, ce formidable jeune homme de 87 ans, est, de loin, l’auteur que j’ai le plus lu. À part Hergé, bien sûr.

Je vous le dis tout net : il faut lire tous les livres de Lacouture. Et certains, comme le « Mauriac », le « Mendès France », et surtout l’éblouissant triptyque sur de Gaulle, il faut les lire cent fois. Lacouture, c’est un journaliste, exceptionnel témoin de son temps, et c’est un écrivain. Son « Mauriac » nous décrit le Bordeaux du tournant des deux siècles, celui qui verra grandir à la fois l’auteur de Thérèse et, plus tard, Lacouture lui-même, comme personne avant lui n’avait réussi à le faire. Monde fermé, bourgeoisie possédante, venimeuse et pieuse, nœud de vipères.

Mais il y a aussi Nasser, Hô Chi Minh, Léon Blum, Champollion, Malraux, Montaigne, Mitterrand, Germaine Tillion (qui vient, centenaire, de nous quitter), sans oublier l’exceptionnelle série sur l’histoire des Jésuites, d’Ignace de Loyola  à Saint François Xavier. Lacouture est le plus grand biographe politique de langue française au vingtième siècle.

Ajoutez à cela un homme simple et effervescent, étourdissant dans l’interview, répondant exactement à votre question, mais par mille détours. On aurait envie de l’entendre, et l’entendre encore.

Oui, je lirai cette « Algérie algérienne », comme j’ai lu et relu tous les autres, sans doute dix fois le « Mauriac » et une bonne trentaine, le « de Gaulle ». C’est mon problème : je lis toujours les mêmes livres. Comme pour revivre, encore et toujours, ce moment de l’étreinte première avec certains textes. L’Algérie, Lacouture la connaît par cœur. Celle de la présence française, celle de la décolonisation, celle de l’émir Abd el-Kader, de Messali Hadj et de Fehrat Abbas.

L’idée de me plonger dans cette histoire incomparable, la lente découverte d’une identité nationale, quelque part, oui, au-delà des Alpes, tout cela, par avance, m’enchante et me ravit. Et moi, heureux homme, quelque part dans « les plaines les plus fertiles du monde » (Bonaparte), je penserai à la Mitidja, juste là-bas, sur cette même Mer qui est nôtre. Quelque part, à la fois ailleurs et ici, sous le soleil.

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24/06/2008

Moustache et délation



Édito Lausanne FM – Mardi 24.06.08 – 07.50h

Débonnaire et moustachu, le bon docteur Rielle est un socialiste sympathique, ce qui est, en ce bas monde, une grâce aussi rare qu’un trèfle à quatre feuilles. Il ne donne pas l’impression, dès le premier abord, de s’apprêter à vous poignarder le dos. Il ne cherche, en apparence, à régenter ni la langue, ni la presse. Il ne vous assomme pas, d’emblée, avec la morale ou l’idéologie. Bref, presque fréquentable.

Presque, sauf lorsqu’il part en croisade. Son mirage à lui, sa Jérusalem céleste, ses moulins à vent, c’est la fumée. La bagarre de sa vie. Qui l’a sans doute, maintes fois, transformé en héros, où Rielle deviendrait Rieux, et le tabac, la Peste. Il a, avec lui, la morale, et, bien mieux : une récente majorité du peuple de son canton. Que demander de plus ? Peut-être, un jour, comme les animaux de Brême, aura-t-il sa statue.

Le hic, c’est lorsque la moustache devient délation. Qu’un avocat parmi les plus brillants, Me Bonnant, ait déclaré, dans un impétueux élan d’insolence libertaire, ne pas se sentir lié par l’interdiction de fumer dans les lieux publics, qui entre en vigueur le 1er juillet à Genève, est une chose. Il existe des provocations un rien plus dangereuses pour l’ordre public. Mais enfin, admettons qu’il y ait là quelque fureur adolescente, demeurée comme braise.

Mais que Papy Moustache, devenu Papy délation, se croit obligé de saisir le bâtonnier de l’Ordre, se demandant si l’invétéré torrailleur est encore digne de siéger au Conseil supérieur de la magistrature, il y aurait presque là de quoi ternir une vie d’efforts pour paraître débonnaire. Quand on a affaire à un être aussi esthétiquement individuel que Me Bonnant, il faut l’attaquer lui, en face, d’homme à homme, et il y a quelque chose de vulgaire à s’en aller saisir quelque instance collective. Comme d’autres imposent des directives pour régenter la langue.

Cela, docteur Rielle, bien pire qu’une entorse à la morale, aux usages, à l’éthique, à l’habileté, cela porte un nom qui doit déplaire souverainement aux patriciennes préférences de notre homme de robe : cela s’appelle une faute de goût.





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23/06/2008

Vers l’armée de métier



Édito Lausanne FM – Lundi 23.06.08 – 07.50h


Le récent drame de la Kander amène de nombreux observateurs à cette question, que nous nous posons tous : « A quoi sert donc l’armée suisse » ? J’ai fait, dans ma vie, près de 500 jours d’armée, n’étant ni antimilitariste ni fana du treillis, disons que j’ai fait mon boulot, comme l’immense majorité de mes camarades. À l’époque déjà, la question de la finalité suprême se posait. Aujourd’hui, elle est franchement brûlante : nul ne peut plus l’esquiver.

Pendant toute ma jeunesse, en tout cas jusqu’au 9 novembre 1989, on nous parlait défense frontale du pays, guerre de chars en rase campagne, combats de position en milieu urbain. Bref, nous attendions Guderian. Puis, une fois le Mur tombé, on a commencé à parler menace terroriste. Le 11 septembre 2001 ayant évidemment donné aux tenants de cette hypothèse une sacrée aubaine. Entre ces deux dates, l’armée suisse avait déjà accompli d’immenses réformes, sous l’impulsion, notamment, d’une commission à laquelle j’avais eu l’honneur d’appartenir, en 1990, la commission Schoch. Sous l’impulsion, aussi, de deux excellents ministres de la Défense successifs : Kaspar Villiger et Adolf Ogi.

Sur les années Schmid, je serai plus réservé, la lenteur de réaction et le manque de vision prospective, le manque d’audace aussi, du principal intéressé n’y étant pas pour rien. Car enfin, il ne suffit pas d’être colonel soi-même, certes humaniste et profondément respectueux des hommes, pour affronter avec lucidité et imagination les défis du futur. Aujourd’hui, la question est : « Au nom de quoi la Suisse a-t-elle encore besoin d’une armée avec conscription obligatoire ? ». Qu’on ne vienne pas nous parler de creuset pour l’identité nationale : le rôle de l’armée est de défendre le pays, ou d’accomplir des tâches de sécurité vitales, non d’éduquer les gens au vivre ensemble. Pour cela, on pourrait imaginer qu’il y ait, par exemple, l’école. Ou la famille.

Bien sûr, toute collectivité humaine a besoin de pouvoir assumer sa sécurité. Mais franchement, à cet effet, un corps professionnel, parfaitement instruit, motivé, auquel on aura pris soin d’extraire les Rambos, peut rendre au pays d’immenses services. Il y a, pour cela, en Suisse, largement assez de volontaires. Cette question, dans les années qui viennent, sera à l’ordre du jour. Elle appartient évidemment aux citoyens de ce pays dans leur corps électoral le plus large : le suffrage universel. Le jour venu, j’en suis persuadé, les citoyens diront oui.

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20/06/2008

Pierre Weiss et les vipères



Édito Lausanne FM – Vendredi 20.06.08 – 07.50h



Il est, sur cette Terre, une étrange communauté humaine dont les membres, de toute éternité, passent plus de temps à s’éviscérer entre eux qu’à affronter leurs adversaires. Ce nœud de vipères porte un nom : le parti libéral genevois.

De brillantes individualités, du venin à revendre, le goût de la plume et du sarcasme, un Club du lundi, des conjurés du mercredi, des présidents de passage, la morsure comme passion, la griffure pour tuer le temps, des clans qui feraient passer la Sicile, en comparaison, pour une fraternelle communauté œcuménique, en sandales.

C’est dans ce contexte, à la Mauriac, où le Sagouin n’est jamais très loin, qu’il faut placer la philippique assassine de Charles Poncet, serial killer devant l’Eternel, contre son « cher ami » le président du parti libéral suisse, Pierre Weiss, dans l’Hebdo d’hier. Un texte qui surpasse en violence bien des autres, du même auteur : on n’est jamais aussi bien assassiné que par l’un des siens, ça doit faire plaisir à savoir, lorsque le poignard, brûlant comme la confraternité, vous travaille les entrailles.

Il est d’usage, chez quelques libéraux genevois, d’ordinaire ceux qui en font le moins pour le bien commun, de cracher quelque fiel patricien, bien sûr derrière son dos, sur Pierre Weiss. Ce que Poncet au eu (lui, au moins) le courage d’écrire en public, ils le murmurent, eux, dans leurs banquets, leurs loges de velours. Ne serait-il, au fond, pas exactement de leur monde ?

C’est possible. Il se trouve que Pierre Weiss est un homme cultivé, plein d’esprit, d’énergie, et d’imagination politique. Des qualités qui font de l’ombre, dans un monde où le dandysme décadent, fatigué du politique, revenu de tout, règne en maître. Weiss : un homme, aussi, qui voit plus loin que son parti, a compris depuis longtemps qu’au niveau national, entre radicaux et libéraux, il n’y avait pas l’épaisseur de l’une de ces feuilles de Havane que ses ennemis internes affectionnent tant. Et même par rapport au PDC.

Doublé dans la dernière ligne droite, cet automne, par un adversaire que sa campagne sur les mendiants n’a pas grandi, Pierre Weiss n’est malheureusement pas devenu conseiller national. Il n’en est pas moins l’un des députés les plus créatifs du Grand Conseil genevois. Cela aussi, à l’interne, crée des jaloux. Alors, on ourdit, on trame, on fourbit, on aiguise. Lui, pendant ce temps, s’active à faire de la politique, aux niveaux de compétence qui sont les siens. Dix hommes comme lui, et son parti serait sauvé. Disons cinq.

Le problème, c’est qu’il n’y en a qu’un. Et, tout autour de lui, ces dizaines de vipères qui se lovent et s’entortillent. Amicales et souriantes, comme la mort, un soir d’été.

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Pierre Weiss et les vipères



Édito Lausanne FM – Vendredi 20.06.08 – 07.50h



Il est, sur cette Terre, une étrange communauté humaine dont les membres, de toute éternité, passent plus de temps à s’éviscérer entre eux qu’à affronter leurs adversaires. Ce nœud de vipères porte un nom : le parti libéral genevois.

De brillantes individualités, du venin à revendre, le goût de la plume et du sarcasme, un Club du lundi, des conjurés du mercredi, des présidents de passage, la morsure comme passion, la griffure pour tuer le temps, des clans qui feraient passer la Sicile, en comparaison, pour une fraternelle communauté œcuménique, en sandales.

C’est dans ce contexte, à la Mauriac, où le Sagouin n’est jamais très loin, qu’il faut placer la philippique assassine de Charles Poncet, serial killer devant l’Eternel, contre son « cher ami » le président du parti libéral suisse, Pierre Weiss, dans l’Hebdo d’hier. Un texte qui surpasse en violence bien des autres, du même auteur : on n’est jamais aussi bien assassiné que par l’un des siens, ça doit faire plaisir à savoir, lorsque le poignard, brûlant comme la confraternité, vous travaille les entrailles.

Il est d’usage, chez quelques libéraux genevois, d’ordinaire ceux qui en font le moins pour le bien commun, de cracher quelque fiel patricien, bien sûr derrière son dos, sur Pierre Weiss. Ce que Poncet au eu (lui, au moins) le courage d’écrire en public, ils le murmurent, eux, dans leurs banquets, leurs loges de velours. Ne serait-il, au fond, pas exactement de leur monde ?

C’est possible. Il se trouve que Pierre Weiss est un homme cultivé, plein d’esprit, d’énergie, et d’imagination politique. Des qualités qui font de l’ombre, dans un monde où le dandysme décadent, fatigué du politique, revenu de tout, règne en maître. Weiss : un homme, aussi, qui voit plus loin que son parti, a compris depuis longtemps qu’au niveau national, entre radicaux et libéraux, il n’y avait pas l’épaisseur de l’une de ces feuilles de Havane que ses ennemis internes affectionnent tant. Et même par rapport au PDC.

Doublé dans la dernière ligne droite, cet automne, par un adversaire que sa campagne sur les mendiants n’a pas grandi, Pierre Weiss n’est malheureusement pas devenu conseiller national. Il n’en est pas moins l’un des députés les plus créatifs du Grand Conseil genevois. Cela aussi, à l’interne, crée des jaloux. Alors, on ourdit, on trame, on fourbit, on aiguise. Lui, pendant ce temps, s’active à faire de la politique, aux niveaux de compétence qui sont les siens. Dix hommes comme lui, et son parti serait sauvé. Disons cinq.

Le problème, c’est qu’il n’y en a qu’un. Et, tout autour de lui, ces dizaines de vipères qui se lovent et s’entortillent. Amicales et souriantes, comme la mort, un soir d’été.

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19/06/2008

Blocher sur l'Aventin



Édito Lausanne FM – Jeudi 19.06.08 – 07.50h


Le moins qu’on puisse dire, c’est que Christoph Blocher, hier, a déconcerté tout le monde. Non en refusant de se lancer dans un référendum contre la prolongation de la libre circulation des personnes, et son extension à la Roumanie et à la Bulgarie. Mais en invitant son parti à s’abstenir, le jour venu, sur cette question majeure, la mère de toutes les votations de la législature.

Sur le refus du référendum, la logique de Blocher, en soi, est claire : il est pour la libre circulation, contre son extension aux Roumains et aux Bulgares, considère comme scélérat le lien établi par le Parlement entre ces deux questions, mais ne veut pas pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain. Il nous l’a dit, clairement, hier soir.

Ce qui ne va pas, c’est cet appel à l’abstention. De la part d’un tel homme, qui a passé sa vie à prendre des décisions, dans l’économie, puis en politique, prôner l’Aventin donne des allures de retraite, plutôt que de simple retrait. Vieillirait-il ? On peut certes condamner la décision du Parlement d’avoir lié les deux objets, considérer qu’on force la main des Suisses, sur la question roumaine et bulgare. Mais de là, par bouderie, à inviter le plus grand parti de Suisse à ne rien décider sur un enjeu de destin du pays, il y a quelque chose qui ne va pas.

Car enfin, que pourrait-il bien se passer ? Les Suisses accepteraient, un beau dimanche, le paquet global, et l’UDC n’aurait même pas pris part à cette décision, ne fût-ce que pour s’y opposer ! Ne pas participer, en politique, c’est pire que perdre. Jean-Pascal Delamuraz, le 6 décembre 1992, a certes perdu, mais après quel combat !

Surtout, il y aurait mieux à faire que perdre : gagner. Refuser le référendum, et faire franchement campagne, avec les autres, pour la libre circulation. Le premier parti du pays y perdrait sans doute en identité oppositionnelle, mais gagnerait beaucoup en crédibilité gouvernementale. Tout ce que Blocher déteste, me direz-vous, et c’est sans doute là le fond du problème. Risquer, pour la sauvegarde d’une stature et d’une posture personnelles, la ruine de l’entreprise dont on est le père et l’auteur, cela s’est vu, parfois, ailleurs. Pour le tribun zurichois, au tournant de son destin politique, l’écueil est là, devant lui, sur le chemin.

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18/06/2008

PYM, paf, et but !



Ou : la ligne bleue de la victoire.

Édito Lausanne FM – Mercredi 18.06.08 – 07.50h

Hier soir, sur la TSR, juste après France-Italie, Pierre-Yves Maillard. Parmi quelques invités, autour de Massimo Lorenzi, il commente le match. Moment de bonheur. Je le dis, l’écris, depuis des années : lorsque Maillard parle, la rhétorique est reine. Sans ornements, surtout pas. Juste la puissance d’une sincérité, un sens inné de l’image, la phrase courte, le verbe actif, PYM dribble l’obscure complexité du monde, éclaircit nos esprits, et marque. Il paraît qu’il est socialiste : nul n’est parfait.

Ce qu’a dit Maillard de cet Euro, en quelques mots, était tellement juste, tellement cristallin, qu’il faisait passer les didascalies antérieures de tant de commentateurs, depuis deux semaines, pour un galimatias. De quoi a-t-il parlé ? De l’excès absolu de défensive, dans la plupart des équipes, du verrouillage à la Vauban de certains entraîneurs concevant le jeu comme une guerre de tranchées, leur équipe comme une forteresse à défendre. Ah, qui dirait les bienfaits de l’huile bouillante, si le règlement voulait bien le permettre !

Au lieu de cela, PYM, ancien footballeur, ancien buteur du pied gauche au parti socialiste suisse, rêve d’un jeu ouvert : dégarnir la défense, mettre la force et la puissance du désir sur l’attaque. On y prendrait quelques buts, mais diable, on en marquerait aussi ! C’est tout Maillard, et c’est toute la vie : privilégier les offensives, les idées, l’imagination, le désir de vivre, sur la peur d’encaisser. Alors on encaisse, bien sûr, mais on vit. On traîne ses cicatrices sur la pelouse, on promène sa balafre (ah, Ribéry, Ribéry, l’infortuné, hier, sur sa civière !) à la face du monde, on se blesse, on sanguinole, on dégouline, mais on finit par marquer.

Hier soir, PYM parlait, et paf, on ne voyait, on n’entendait que lui. De quoi rendre jaloux des milliers de ses camarades, qui voudraient croire à l’égalité dans l’ordre du talent. Tous, il les dépasse. Les lignes de défense, il les enfonce. Seule l’obsède la ligne bleue de la victoire. Bleue comme ses yeux. Bleue, comme des milliers d’oranges dans le ciel noir, lorsqu’on a le sentiment, un peu, parfois, de vivre sa vie.

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17/06/2008

La Suisse n’a pas besoin d’un nouveau parti



Édito Lausanne FM – Mardi 17.06.08 – 07.50h


« Bürgerliche Partei Schweiz » : c’est le nom, annoncé hier soir, du nouveau parti issu de l’UDC grisonne, bannie par le parti national. Des Glaronnais, des Bernois pourraient y adhérer, Eveline Widmer-Schlumpf aussi. Le parti ambitionne de devenir national, et d’obtenir un groupe aux Chambres fédérales.

Ce nouveau-né, sur la scène politique suisse, est-il viable ? À terme, rien n’est moins sûr. Oh, il a parfaitement le droit d’exister : la liberté d’association, legs de la Révolution française, est dûment reconnue dans notre pays. On peut bien le porter sur les fonts baptismaux. Mais est-il viable ?

En Suisse comme ailleurs, on ne crée quasiment jamais de nouveau parti. Trois de nos quatre partis gouvernementaux, au niveau fédéral (les radicaux, le PDC, les socialistes) ont chacun plus d’un siècle d’histoire. Tout au plus, çà et là, un changement d’étiquette, les catholiques-conservateurs devenant PDC. En France, le RPF devenant UNR, puis UDR, puis RPR, pour enfin se fondre dans l’UMP. Mais si on dit « les gaullistes », on comprend tout, la référence à un homme d’exception rendant dérisoires bien des abréviations. Quant à la CDU allemande, elle est fille, en droite ligne, du Zentrum bismarckien : on ne change pas si facilement les lames de fond.

Surtout, un nouveau parti en Suisse, pour occuper quelle place ? Si ces ex-UDC restent libéraux dans l’économie, mais en ont assez des excès xénophobes, alors l’univers libéral-radical les attend. Y compris s’ils ont des doutes sur l’entrée de la Suisse dans l’Union européenne, cette question divisant transversalement toutes nos grandes formations politiques. Ce dont ont besoin les grands courants de droite, en Suisse, ça n’est surtout pas de se multiplier, mais bel et bien de se fédérer sous une même bannière. Avec un peu d’imagination et de vision, on saisira sans trop de peine toute la communauté de culture politique qui, du PDC à l’aile non-xénophobe de l’UDC, pourrait constituer, un jour, une grande fédération. C’est cela, le grand projet, cela la grande ambition. L’idée, pour l’heure, chemine encore souterrainement. Mais un jour, elle s’imposera. Espérons simplement qu’il ne soit pas trop tard.


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16/06/2008

« Votre appareil ne nous intéresse pas ! »



Ou : l’illusion participative, suite.


Édito Lausanne FM – 16.06.08 – 07.50h


Insupportable, l’obsession participative de certaines antennes publiques commence à prendre des proportions de baroque et de préciosité qui ne manqueront pas d’intéresser nos cabarettistes. A l’exception, bien sûr, de ceux que les mêmes antennes stipendient : l’insolence a ses limites, que l’estomac dessine.

Il y a toujours eu des lecteurs pour écrire aux journaux, des auditeurs ou spectateurs pour intervenir en radio ou en télé. Il y a même des émissions, du soir, magnifiquement faites, où la parole de l’autre, à qui on laisse de la place et du temps, est devenue un fleuron : Bernard Pichon, Laurent Voisin, Etienne Fernagut en Suisse, Macha Béranger sur France Inter, en ont été d’admirables artisans.

Ces émissions, toujours, demeureront. Il est bien clair qu’une radio ne peut donner à entendre que la seule voix de ses professionnels, doit faire parvenir au public le bruissement ou la fureur du monde, des milliers de voix anonymes. La première chose, pour y parvenir, au lieu de déifier l’auditeur-alibi, serait déjà de renoncer à la quiétude assise des studios et d’aller humer, flairer ce qui se passe dehors, là où bat la vraie vie. Le concept même de studio, avec ses murs de béton et ses portes capitonnées, cette ahurissante forteresse où il faudrait s’isoler de tout murmure de vie, appartient déjà au passé. C’est la radio du vingtième siècle, pas celle du vingt-et-unième.

Avec une valise-satellite et un technicien, un micro HF sans fil, un casque sans fil, vous pouvez donner la parole, vous-même en mouvement, à des dizaines de personnes, sur un lieu fort lié à l’actualité du jour, en une heure d’émission. Des gens que vous avez dans les yeux, avec un nom et un prénom, une authentique raison d’être à cet endroit et à ce moment, bref le contraire de cet anonymat participatif où on sait très bien que ne fleurissent que quelques permanents, toujours les mêmes, s’abritant sous des pseudonymes, trafiquant leurs adresses e-mail. Ces gens-là, au reste, ont parfaitement le droit d’exister, de donner leur avis tant qu’ils veulent : je dis simplement qu’il est excessif de les déifier.

Ce qui est devenu, décidément, insupportable, ça n’est pas l’intervention des auditeurs, c’est la récurrence des meneurs d’émission dans la quête de la manne participative. Plus une seule émission sans des incantations du style : « Votre avis nous intéresse, écrivez-nous, téléphonez-nous », ou, mieux encore : « Aidez-nous à construire l’émission ». Face à cette folie, où le journalisme se castre lui-même de son devoir de choix des sujets et des angles, j’aurais envie, un peu par dérision, de prendre une craie, comme le capitaine Haddock, et d’écrire, bien gros, sur un mur : « Votre appareil ne nous intéresse pas ! ». Le chapeau de l’auditeur, comme celui de Tournesol, en léviterait d’étonnement. Comme en défi aux pesanteurs et aux conformismes.





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13/06/2008

Suisse-Europe : l’essentiel et l’accessoire



Édito Lausanne FM – Vendredi 13.06.08 – 07.50h



C’est donc en mai 2009, très certainement, que nous voterons sur la reconduction de la libre circulation, et sur son extension à la Bulgarie et à la Roumanie. Fallait-il à tout prix lier ou dissocier ces deux objets ? La question, qui a pas mal remué le Parlement (il a tranché hier pour la première solution) ne m’apparaît pas comme primordiale. Pire : l’insistance portée, depuis des semaines, sur ce point, est un indice de plus de la propension des Suisses, dans le débat européen, à mettre le doigt sur des questions mineures, laissant de côté l’essentiel.

Car enfin de quoi s’agit-il, dans ce vote de l’an prochain ? De l’avenir européen de notre pays ! Non en termes institutionnels (la question n’est pas mûre), mais en termes de vitalité économique avec nos voisins. C’est une étape capitale. C’est, à coup sûr, le moment le plus important de la législature 2007-2011. Après l’échec de l’Espace économique européen, le 6 décembre 1992, il a bien fallu, au milieu des décombres, reconstruire quelque chose. C’est toute l’aventure des relations bilatérales : pragmatique, pas drôle, pas romantique, mais tellement fondamentale.

Il faut avoir vécu ces négociations si prosaïques, où nos diplomates ont souvent été brillants d’ailleurs, pour saisir à quel point, en politique (pour ceux qui en auraient encore douté) tout n’est que rapport de forces. Or, à ce jeu-là, dans cette affaire, la petite Suisse a beaucoup obtenu de la grande Europe. Pourquoi s’en plaindre ? Mieux : cette voie bilatérale, tout ennuyeuse et besogneuse qu’elle soit, se trouve avoir l’heur de plaire au seul souverain de ce pays, le peuple. Les grands rêves multilatéraux n’ont pas la même chance.

Petit pays, la Suisse vit de ses échanges. De l’ouverture économique, elle n’a rien à craindre. Maintes fois, par le passé, elle a su affronter, à son avantage, des situations de concurrence. Et, pendant toute son Histoire, les flux migratoires n’ont fait que l’enrichir. Alors, au printemps 2009, sauvons déjà cela. La suite, nous en parlerons plus tard.

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12/06/2008

Euro – Quel Euro ?



Édito Lausanne FM – Jeudi 12.06.08 – 07.50h



Le Parc Saint-Jacques, connais pas.

C’est où, le Parc Saint-Jacques ? Connaissez, vous ? C’est comme Bâle. Personne ne sait où se trouve Bâle. Vous connaissez Bâle ? Moi pas.

C’est comme la Turquie : vous connaissez la Turquie ? Ah, l’Empire ottoman, oui, la Sublime Porte, Topkapi, la Mosquée bleue, Sainte Sophie. Mais la Turquie, non, je ne vois pas. La Turquie, c’est comme la Suisse à Séville, en 1992, c’est comme la solitude, selon Bécaud : la Turquie, ça n’existe pas.

C’est comme Alésia. Vous n’allez tout de même pas prétendre que ça existe, Alésia ! Vous y êtes déjà allé, vous à Alésia ? Vous avez déjà entendu parler du FC Alésia ? Et d’abord, c’est quoi, un FC ? C’est quoi, le football ? D’où sortez-vous tous ces mots, Monsieur ?

C’est comme cette compétition dont tout le monde parle, ces temps, en Suisse et chez les Habsbourg : vous en avez entendu parler, vous ? Moi, pas.

Il y a bien quelques grappes humaines qui fermentent d’ivresse dionysiaque, treize mille Tchèques, hier à Genève, le Printemps de Prague sur Rhône, sur Arve. Et puis des Portugais, par dizaines de milliers, tout le Portugal, c’est Vasco de Gama qui s’apprête à refaire le tour de l’Afrique. Jamais vu autant. Pourtant, le reste de l’année, ils sont là, aussi. Mais déguisés en non-Portugais. Alors, allez les reconnaître.

Et puis, il y a des Turcs, aussi, des milliers de Turcs, mais autant dire qu’il n’y a personne, puisque la Turquie n’existe pas.

Pas très simple, toute cette affaire. Il paraît même, selon certaines sources, qu’il y avait une équipe suisse. Mon excellent collègue Laurent Keller va aller interviewer un nonagénaire nommé Georges Haldas, ce matin, au Mont-sur-Lausanne, passionné de foot et de Résurrection. Pour éviter de trop froisser le cher vieil homme, je vais proposer à Keller d’axer plutôt le propos sur la Résurrection.

Ah oui, j’y suis : le Parc Saint-Jacques. C’est un grand tombeau vide, non, quelque part au milieu de rien ?

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11/06/2008

Le drapeau – Quel drapeau ?


Édito Lausanne FM – Mercredi 11.06.08 – 07.50h


Ils fleurissent, les drapeaux, sur les murs de nos villes. C’est le printemps des fanions et des couleurs : on croirait, sur certaines façades, quelque linge napolitain, à sécher. De l’endroit où j’écris ces lignes, ce matin, j’en aperçois des dizaines : portugais, mais aussi espagnols, turcs, et même tout simplement suisses.

Il fut un temps où le drapeau était chose sacrée. On retenait sa respiration, on hissait le pavillon, on s’emplissait l’âme de mille choses guerrières, il y avait comme une élévation sacrificielle, en défi au vent. En ce printemps 2008, on arbore le drapeau comme la couleur, au fond, d’une écurie. Quelque chose entre Ferrari et le Palio de Sienne. Ça n’est pas encore  exactement la privatisation de l’identité, mais on est déjà bien loin de l’appel mystique à la nation.

À voir ces drapeaux suisses et portugais, ou turcs et suisses, se jouxter sur le même balcon, on se dit qu’il y a là quelque chose de fort : l’affirmation que, pour le migrant, les identités, loin de s’annuler, s’ajoutent. Suisse d’origine turque, encore Turc et déjà Suisse : il n’y a là nulle trahison, juste le chemin naturel de celui qui quitte une terre pour aller s’installer dans une autre. Et cette conjugaison des identités est, justement, l’une des richesses majeures de notre pays.

Car la floraison la plus étonnante, depuis quelques années, ça n’est certainement pas celle des drapeaux pourtugais, ni turcs, ni français. Ce qui frappe le plus, c’est de voir éclore et s’épanouir, sans arrogance ni culpabilité, de façon décomplexée, un certain drapeau rouge à croix blanche qu’on avait longtemps cru réservé aux seuls fenêtres du 1er août. Cela a longtemps été méprisé. On nous avait même dit, en 1992, à Séville, que le pays en question n’existait pas. Cela s’appelle le drapeau suisse.

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10/06/2008

Nidegger, l’homme qui monte



Édito Lausanne FM – Mardi 10.06.08 – 07.50h


Ceux qui traitent et connaissent la politique genevoise flairent son émergence depuis pas mal de temps, mais là, d’un coup, c’est la Suisse romande entière qui le découvre : Yves Nidegger, 51 ans, avocat, père de cinq enfants, conseiller national depuis quelques mois, est l’homme qui monte au sein de l’UDC.

Un homme bien à droite sur le fond, de la ligne blocherienne et s’en réclamant, tenant un discours fort proche de celui des quelques mousquetaires de la garde noire du tribun zurichois. Mais avec une forme, un rapport au verbe, une célérité de neurones, une qualité de répartie réellement à des milliers de lieues marines de ces tonalités prétoriennes pour les uns, ou franchement crotteuses pour d’autres, auxquelles le premier parti de Suisse nous a habitués.

Yves Nidegger est un homme parfaitement courtois, s’exprimant dans un français d’une rare qualité, avec clarté et précision, ne s’énervant jamais lorsque ses adversaires de gauche le couvrent d’insultes, restant fixé sur l’argument, qu’il aiguise au plus près, laissant l’autre, le socialiste vert de rage, ou le Vert rouge de colère, fulminer tout seul. Déconcertant : n’a-t-il pas été, avant-hier, le premier à faire perdre son latin à tel gourou de grand-messe satirique dominicale ? C’était leur Waterloo : ils attendaient un Fattebert, ce fut Nidegger.

Yves Nidegger est un homme de culture et d’humour, deux qualités qui n’apparaissent pas en toute première lecture chez ses adversaires de gauche en robe de bure, ayant déserté le terrain de la politique pour investir celui de la morale. Un homme qui reconnaît les défaites sans langue de bois, il l’a fait le dimanche 1er juin. Un homme, enfin, qui connaît ses dossiers par cœur.

Alors, les gens disent : « Parce qu’il a toutes ses qualités, Nidegger est dangereux ». Mais d’un socialiste qui aurait – hypothèse osée, j’en conviens – toutes les qualités rhétoriques et intellectuelles de la persuasion, on ne dit pas : « Il est dangereux ». Il est tellement plus aisé de faire frémir sur le fascisme putatif de l’homme que de l’affronter, sur la tonalité du logos, argument par argument, sans le diaboliser à chaque minute, dans un débat. Il faudra pourtant bien s’y faire et s’y frotter: Yves Nidegger est là pour un moment. La civilité de sa forme, alliée à ses compétences, pourraient bien en faire, au moins au plan de la Suisse romande, une figure incontournable de son parti, dans les années qui viennent.

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09/06/2008

La Soupe à l'huile

Chronique publiée dans la Tribune de Genève de ce lundi 09.06.08

 

Il devait être la tête de Turc, il s’est révélé grand vainqueur : ce fut un réel plaisir, hier, d’entendre Yves Nidegger déjouer, les unes après les autres, les ficelles et chausse-trappes du gourou militant Flutsch et de ses acolytes. De quoi en perdre son latin : pour un archéologue, un cauchemar.

Dur, pour la puissance invitante, gorgée de missionnaires certitudes sur l’équation « UDC = peste brune », lorsque les réponses de l’invité surpassent nettement, en humour et en finesse, le degré zéro des questions et provocations. Dur, d’avoir face à soi un UDC convenable : il est tellement plus aisé de s’offrir Fattebert.

La civilité de la forme est, nous l’avons déjà souligné, le grand atout de Nidegger. Hier, l’étoile montante (et sans la moindre rivalité interne, d’ailleurs) de l’UDC genevoise n’eut qu’à tendre à la Soupe le miroir de ses préjugés. Le miroir fut tendu, la Soupe se renversa.

Quand je pense à Flutsch, je me dis souvent que le problème du missionnaire, c’est sa position. Dominante, en l’occurrence, horizontale comme le niveau de ses attaques. Tellement confortable, la chaire offerte, dimanche après dimanche, pour s’en aller prêcher. Héros de l’antifascisme, humoriste salarié, en pantoufles. Et nul, en Suisse romande, qui n’ose l’attaquer. On n’attaque pas un missionnaire. On prépare juste une Soupe d’huile bouillante. Et on l’y installe, délicieusement.

 

Pascal Décaillet

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PPDA, comme frigo, Mac ou Vespa



Édito Lausanne FM – Lundi 09.06.08 – 07.50h


Le départ de PPDA, après tant de décennies sur nos écrans, appelle une ou deux réflexions.

D’abord, s’il fut tant regardé, c’est simplement parce qu’il fut bon. Une présence, un regard, un style simple et clair, un homme qui va vers des millions d’autres. Avant le copinage, avant le réseau de protection, avant le potentat des salles de rédaction, il y eut, à la base, un talent.

Au point que PPDA était devenu comme une chose. Plante de salon, objet d’imitation, marionnette d’humoristes, le prototype du présentateur, presque un nom commun. Comme frigo, ou Mac, ou Vespa.

Le regarder lui, plutôt, alors que la chaîne concurrente propose exactement le même type de journal : un homme, ou une femme, qui vous regarde dans les yeux, et lance des sujets. Pourquoi lui, quelle chimie, quelle préférence ?

Les dernières années, sans doute, furent de trop. J’ai dénoncé, sur ces ondes, dans la « Madone des gradins », l’inutilité totale de son rôle lorsque Ségolène Royal, n’aspirant plus qu’à toucher les écrouelles, s’adressait directement aux Français, le journaliste PPDA n’étant plus là que pour passer les plats, donner la parole à Cédric, de Reims, ou Fatima, de Toulon. Dans le dernier grand entretien avec Sarkozy, aussi, on avait l’impression que PPDA dormait, n’était pas là, ne s’intéressait pas au plateau.

Reste un journaliste qui m’aura toujours impressionné par sa facilité. Reste, surtout, à s’interroger sur ce rôle de présentateur des grands journaux télévisés. Quelle part de vie, de surprise, d’autorité sur les sujets ? Combien de temps, encore, pourra durer cette notion de grand-messe, à une époque où chacun d’entre nous, de plus en plus, reçoit les infos, et même les images, en flux continu, toute la journée, sur son portable, et un jour sur sa montre ? Cet homme, ou cette femme-tronc, qui nous dispense à heure fixe le bréviaire de ce qu’il faudrait retenir, n’appartiennent-ils pas déjà au passé ?

Des journalistes, à coup sûr, il en faut, plus que jamais. Des médiateurs. Avec leur personnalité, leur parcours, leur culture. Mais le temps des récitants est peut-être révolu. Je ne suis pas sûr qu’il faille absolument s’en plaindre.

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06/06/2008

Tornay-Darbellay : un choix pour le Valais



Édito Lausanne FM – Vendredi 06.06.08 – 07.50h



Ce soir, à Châteauneuf-Conthey, l’avenir de Christophe Darbellay se joue. On attend 2500 membres du PDC du Valais romand pour désigner ses candidats au Conseil d’Etat, en mars 2009. Membres et non délégués, c’est une particularité de ce parti, avec tout ce que cela implique d’ouvert et d’incertain, de travail au corps, en amont, de la part des candidats, de centaines de téléphones, de promesses de postes, comme on jetterait des graines, à des oiseaux de passage.

Au centre de toutes les attentions : qui les membres vont-ils retenir comme candidat du Bas ? Christophe Darbellay, 37 ans, céleste aventurier des glaciers, ou Maurice Tornay, 54 ans, d’Orsières, ancien député de grande tenue, homme de chiffres, de rigueur et de fiscalité, à coup sûr plus conservateur que le premier nommé, mais ancré, proche des gens. Une pointure.

Franchement, le choix ne sera pas facile. D’un côté, une star nationale, brillante, totalement à l’aise en suisse allemand dans l’émission Arena, facilité, esprit de synthèse, force de travail phénomènale, nuits incroyablement courtes, toute sa vie, déjà, donnée à la politique. Une flèche, une ambition, la quête d’un destin.

De l’autre, un homme qui ressemble tellement au Valais, à ce district d’Entremont où il a tant fallu se battre, dans les années difficiles, avant le tourisme et la prospérité. Il fut un temps, oui, où le chemin était bien étroit, pour se frayer un avenir, entre les eaux de la Dranse et la verticalité glissante des pentes du Catogne. Tornay, on le compare à Guy Genoud :  est-ce un crime ? C’est, plutôt, placer la barre assez haut, au niveau de l’homme d’Etat, au-delà des idéologies et des préférences confessionnelles.

Entre Tornay et Darbellay, il y a l’homme du dedans et celui du dehors, celui de la vallée et celui des espaces, il y a la terre et le ciel, mais, à coup sûr, chez chacun, une même passion pour ce canton. Aux 2500 membres, ce soir, de choisir. Dans tous les cas – et il est assez rare de pouvoir affirmer cela – un homme de grande valeur sortira investi par l’Assemblée. N’est-ce pas, pour ce canton qui a tant de défis devant lui, l’essentiel ?

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05/06/2008

L’Eden, mon bon Monsieur...

Ou: l'excroissance fruitée de l'Enfer

Édito Lausanne FM – Jeudi 05.06.08 – 07.50h


Ils n’en peuvent plus de l’annoncer en jouissant d’extase : Christoph Blocher serait de nouveau mort ! C’est reparti, comme au lendemain du 12 décembre, pour la danse de pluie, le grand discours du désensorcèlement, on danse nu sous les trombes, on se trémousse, on s’électrise de bonheur : l’Eden, mon bon Monsieur, enfin retrouvé avec ses fruits d’antan, ses mangues de nostalgie.

C’est incroyable, ce besoin de tuer absolument le monstre. Et surtout, hurler sa mort. Pour se convaincre de quoi ? De la fin d’un cauchemar ? Tout cela, ces vingt ans, n’auraient été qu’une parenthèse ? Ce parti, passé de 12 à 30%, n’aurait dû sa croissance qu’à la démesure d’une ambition ? Une spéculation, irréelle ? Le fruit d’une usure ? Un subprime ?

Ce qui gêne, c’est ce côté : « Le monstre va devoir s’éclipser, donc tout va rentrer dans l’ordre ». L’ordre d’avant. Le statu quo ante. « Tout cela n’était qu’un cauchemar, c’est fini, réveillez-vous, circulez ». Et puis quoi ? On repartirait comme avant, avec cette Suisse des cartels, cette fonction publique fédérale démesurée et mal organisée, sans priorités, juste des habitudes et des petits copains. Cela, le monstre a voulu le toucher, et même son pire ennemi, Pascal Couchepin, lui a en a rendu hommage.

Oh, le monstre passera, tout passe. Nous tous, aussi, passerons. L’Histoire fera son tri, élaguera. À coup sûr, et à juste titre, elle ne le mettra pas au rang des grands de l’après-guerre : Tschudi, Delamuraz. Mais n’imaginez pas qu’elle le jette aux orties. Le rapport de l’individu à l’Etat, la volonté citoyenne de mieux contrôler les budgets, la redéfinition de ce qui doit rester public et ce qui peut retourner au privé, tout cela ne fait que commencer. Avec ou sans le monstre. Avec ou sans les danses de pluie, la fureur des tamtams, les exorcismes et les conformismes. Avec ou sans l’Eden, qui n’est que l’excroissance fruitée de l’Enfer.

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04/06/2008

UMP suisse : l’heure de vérité



Edito Lausanne FM – Mercredi 04.06.08 – 07.50h


Je le disais hier : ce qui arrive à l’UDC suisse est une chance historique, une opportunité comme il n’en existe pas si souvent, de recomposer, au niveau national, et sous une même bannière, les sensibilités de droite en Suisse. En politique comme dans la vie, c’est dans les moments de crise que tout peut se gagner ou se perdre. C’est là, aussi, que se jaugent les caractères : il y faut de la lucidité dans la bataille, de la vision d’ensemble, un mépris des conformismes et des habitudes, le sens de l’offensive.

Ces qualités-là, un Christophe Darbellay, dans d’autres circonstances sur lesquelles on connaît mon point de vue, a su les montrer. Ne serait-il pas temps d’en faire preuve à nouveau ? Franchement, sur quel objet majeur de politique nationale la démocratie chrétienne, l’univers radical-libéral ou l’aile non-xénophobe de l’UDC  diffèrent-ils fondamentalement ? Leur vision de l’individu dans la société est la même, leur rapport à l’économie, aux finances, à la fiscalité, aussi. Entre le socialisme et les ultras de l’isolement du pays, il y a là une grande voie à ouvrir, une grande voix à faire entendre. Mais il faut faire vite.

Vite, oui. Parce que, dans une bataille, la roue de la fortune peut tourner à tout moment. Chez les démocrates-chrétiens comme chez les radicaux, le poids des conformismes et des clans est encore tel, dans certains cantons, qu’il pourrait freiner, pour des décennies encore, toute vision nationale ambitieuse de recomposition. C’est justement pour cela qu’il faut un électrochoc. Je conçois qu’à l’avant-veille d’une décision majeure pour son avenir cantonal, Christophe Darbellay ait des raisons d’être encore un peu hésitant. Mais quoi, qu’est-ce, au fond, qu’un homme politique, et lui le premier ? Une intelligence ? – On espère qu’il ne soit pas sot. Une habileté ? – On espère qu’il ne soit pas pataud. Une vision ? – On aimerait bien qu’il ne soit pas aveugle.

Non, non, et non : un homme ou une femme politique qui veut compter et marquer son temps, c’est avant tout un caractère. Il se révèle dans le mouvement, dans la manœuvre, dans la solitude face à la masse. Cela s’appelle, tout simplement, l’heure de vérité.




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