10/08/2008

Les petits calculs d’Ueli Leuenberger



Dimanche 10.08.08 – 20.20h

Ou : de l’hapax du 12 décembre 2007…

Invité sur une onde publique, il y a quelques minutes, à débattre de l’avenir du Conseil fédéral, Ueli Leuenberger vient de nous délecter de son petit numéro, au moins trihebdomadaire, parfaitement rodé, dans lequel il plaide pour l’objectif qui, tout entier, l’habite : l’entrée d’un Vert au gouvernement suisse.

Au-delà de l’omniprésence estivale du président des Verts dans l’espace médiatique, et surtout de la pieuse béatitude avec laquelle sont accueillis ses propos par ceux qui les récoltent, il faut décrypter la stratégie d’Ueli Leuenberger en vue de l’exécutif fédéral. En précisant – j’y tiens – que se battre pour un siège gouvernemental n’a évidemment rien de choquant, en soi, quand on fait de la politique en Suisse.

Si le système suisse doit être proportionnaliste, alors, comme il y a sept conseillers fédéraux, il faudrait grosso modo passer la barre des 14% aux élections fédérales pour pouvoir prétendre à un siège à l’exécutif. Les Verts, avec leurs 9,6% obtenus le 21 octobre 2007, en sont loin.

Dès lors, Ueli Leuenberger préfère s’inscrire dans la logique de l’alliance. Logique que je partage totalement, sur le principe : le gouvernement de la Suisse, comme celui d’un canton, doit être le fruit d’une coalition, avec un programme d’action, une cohérence, une colonne vertébrale idéologique, je viens de le rappeler dans mon récent papier sur les élections valaisannes. Surtout, un gouvernement ne doit pas se contenter de n’être que le simple reflet proportionnel des forces du parlement. Sur ce point-là, je rejoins Ueli Leuenberger. Il ne m’a jamais choqué, par exemple, que le FDP allemand (les libéraux) aient des ministres dans des cabinets, même avec moins de 10%. Pour peu qu’ils fussent, clairement, dans la coalition des vainqueurs, aux élections.

Dès lors, quelle coalition, en Suisse, pour permettre aux Verts d’avoir un conseiller fédéral ? Avec les seuls socialistes, ils ne totaliseraient que 29% du corps électoral. D’où, bien sûr, la tactique consistant à tenter quelque chose avec le PDC. Le coup du 12 décembre ayant réussi avec cet axe-là (agrémenté de quelques trahisons sporadiques à droite), Ueli Leuenberger se dit qu’on pourrait le réitérer sur des dossiers thématiques. Voire élargir cette entente à quelque chose de plus.

Face à ce petit jeu, un homme occupe une fonction-charnière: Christophe Darbellay. Si le président du PDC suisse, le 12 décembre 2007, a fricoté avec Christian Levrat et Ueli Leuenberger, c’était sur un coup précis, ponctuel, personnel : avoir la peau de Christoph Blocher. Ce que j’en pense, on le sait, je n’y reviendrai pas. Mais toute personne honnête doit admettre que, depuis, le Valaisan, a donné suffisamment de garanties à la droite suisse pour qu’on puisse considérer le coup de décembre comme un « hapax », un événement qui ne se produit qu’une fois (ou un mot, dans un corpus littéraire, qui ne survient qu’une fois). Au point que cet événement ne serait en rien l’indice d’un renversement d’alliance.

Cela, il est important que Christophe Darbellay le signifie, pendant tout le reste de la législature, avec une totale clarté au président des Verts. Le PDC peut certes s’entendre avec ces derniers sur des questions climatiques, mais il doit se rappeler, clairement, que ses fondements idéologiques, philosophiques, économiques, son siècle de pratique politique en Suisse, le rattachent à la famille de la droite. Se souvenir, aussi, que, dans les grandes échéances électorales, les Verts votent TOUJOURS avec la gauche. Et même avec une belle discipline. Au jeu de l’illusion centriste, cette grande mode des « passerelles », il y a toujours un corbeau et un renard, un rusé et un dupé.

Dans le rôle du renard, Ueli Leuenberger, j’en conviens, se déploie avec un certain talent. Le problème, ça n’est pas son obsession fromagère. Ce serait plutôt la propension de certains oisillons de la politique suisse à lâcher leur proie, dès que surgit le Rayon vert. Tellement tendance. Et tellement mode.

Pascal Décaillet

20:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Une chose est sûre : si les Verts se mettent à s'allier avec la droite (particulièrement la plus girouette, la plus incohérente, la plus fourbe, celle à prétendu visage humain...) je ne voterai plus jamais pour aucun d'entre eux...

Écrit par : Sandro Minimo | 11/08/2008

Bonne analyse de la stratégie électorale des Verts.
Son programme :
-croissance zéro
-taxes, surtaxes et idées fixes

Le seul point qu'il pourrait développer est la question des énergies renouvelables, il faudra alors s'attaquer aux lobby des électriciens (nucléaire).

Les atouts de Ueli : il est aussi proche de l'anguille (sous roche) que du renard (rusé) et parle le suisse allemand, cela compte à Berne.

La droite a intérêt à ne pas trop fricoter avec lui car son ambition est énorme.

Écrit par : demain | 11/08/2008

M. Minimo,

Avez-vous oublié l'épisode où M. Hodgers s'est allié avec la droite?

Concernant la candidature de M. Leuenberger je ne vois pas par quel miracle son élection au conseil fédéral serait possible. Comme vous l'avez écrit son parti ne représente (heureusement) qu'une minorité d'électeurs suisses.

Ce dont notre pays a besoin ce sont d'hommes et de femmes politiques capables et avec des idées en direction du futur. On en a assez de ces opportunistes qui tournent leur vestes à chaque occasion et qui n'en comme idées que celles qui consistent à nous ramener au Moyen-Age.

Écrit par : Romeo | 11/08/2008

Les Verts n'ont pas intêret à se retrouver à Berne, comme l'UDC, avec un conseiller fédéral (dans l'hypothèse qu'ils arrivent à y casser un des leurs) pas du tout soutenu, comme Samuel Schmid et Eveline Widmer-Schlumpf, qui, rappellons-le, ne sont plus membres de l'UDC...

L'UDC, premier parti de Suisse, avec près de 30%, n'est pas du tout représenté dans sa vision politique, un programme qui tient pourtant en 3 malheureux petits points.

Darbellay a signé son arrêt de mort politique le 12-13 décembre 2007, c'est ce que l'on constate depuis...

Les 30% d'électeurs UDC, ne veulent pas soutenir les comploteurs et l'on verra le résultat dans le fief PDC...le Valais...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 11/08/2008

Les menteurs du paradis communiste sont devenus les menteurs du paradis vert.

J'ai plusieurs fois remarqué que les gens qui fument du cannabis ont des pensées fumeuses et tournent en rond. A l'image des Verts qui soutiennent le cannabis, ils ont le cerveau rabougris comme des vieillards centenaires en peine d’aligner quelques mots cohérents. Pour donner le change les Verts, de la même manière, se cristallisent sur des slogans, appris par cœur dans le Petit livre Rouge Vert, propres à nous faire croire à leur intelligence, mais dont le contenu finit par éveiller de graves soupçons.

Soutenir l’immigration de masse alors que chaque individu est potentiellement consommateur d’énergies en disparition et donc créateur de pollutions au CO2, est-ce cohérent ? Soutenir des péages urbains et fabriquer des chicanes anti-voitures qui polluent dix fois plus et pousser les citoyens à acheter des deux-roues qui polluent plus que des automobiles, est-ce cohérent ? S’attaquer au 4x4 alors que de nombreux véhicules de même volume polluent tout autant est-cohérent ? Imposer de force des transports publics à coup de milliards de taxes et de surtaxes, alors qu’on sait très bien qu’ils ne pourront remplir qu’une petite partie des besoins réels des habitants, est-ce cohérent ? Soutenir la propagande pour le diesel sous prétexte qu’il dégage moins de CO2 alors qu’on sait d’expérience que ce carburant est une plaie pour les maladies respiratoires et que l’enfer du tout diesel empoisonne l’Italie et ses cieux voilés de grisaille en quasi permanence, est-ce cohérent ?

Il faudrait quand même finir par comprendre que les Verts ne sont que des résidus de mai 68 qui ont passé du rouge au vert sans changer le produit d’un iota parce qu’après la chute du mur de Berlin ils étaient tout simplement cuits et discrédités. Tellement menteurs qu’ils veulent nous faire croire qu’ils sont verts alors que quand les fruits passent au rouge ils finissent non pas par être verts, mais blets à leur image, bon pour le compost !

Écrit par : roby | 11/08/2008

Votre analyse est très pertinente M. Roby,

D'ailleurs lorsque l'on gratte un peu la surface verte on découvre rapidement la couleur d'origine. Lors de toutes les discussions sur la soi-disant lutte contre les "méchants" 4X4 des arguments tels que "C'est la faute du libéralisme etc.." apparaissent rapidement. Il est vrai que si l'on veut réelement régler de nombreux problèmes de ce monde (et pas seulement le climat) il faudrait s'en prendre aux causes de ceux-ci et non pas aux conséquences.Et ce n'est pas avec leurs mesurettes pénibles et inutiles que l'on va régler ces problèmes.

Les verts manipulent leurs électeurs avec leur image infondée de champions de la lutte écologique.

Je ne vois pas ce que vient faire le soutien aux sans-papiers avec les verts par exemple. On peut être pour l'écologie mais ne pas forcément partager ce genre d'opinion.

Qu'ils s'occupent éxclusivement d'écologie et qu'ils laissent les autres problèmes aux partis concernés.

De la même manière je ne comprends pas que les socialistes mettent comme priorité l'environnement.

Écrit par : Romeo | 11/08/2008

Merveilleux comme un écran permet de lire le manque de courage des personne prêtent à crier depuis leur canapé. Pourquoi dans ce pays, lorsque l'on affiche sa volonté (peu importe laquelle) on passe pour un opportuniste, un carrièriste etc...Et finalement, peu importe avec qui votent les Verts,ce qui compte c'est le résultat pour la population. Je préfère une bonne alliance qu fait avancer la situation, que des bloquage systématiques uniquement parce qu'il est interdit de faire comme le clan opposé. Cessons ces idioties et que droite centre et gauche travaillent main dans la main et non les uns contre les autres.
M. Décaillet faites de la politique et sortez de vos petits studios confortable sans décision à prendre, peut-être que je penserai à faire du journalisme.
P.-H. Marguet, syndic

Écrit par : Marguet Paul-Henri | 11/08/2008

Un voeu pieux de la part d'un syndic, Marguet Paul-Henri...

"Cessons ces idioties et que droite centre et gauche travaillent main dans la main et non les uns contre les autres."

Cela fait très longtemps maintenant que le peuple se fait berner, mener en bateau par les politiciens, pourtant élus démocratiquement, par le peuple, parmi le peuple et pour le peuple...

Le 13 décembre n'a fait que mettre en lumière ces alliances de circonstance, entre partis et politiciens, pour évincer, soit-disant, l'élu de 30% de la population, premier parti du pays...excusez du peu...

Nos gouvernements de milice...on en rigole encore...et malheureusement, c'est pas demain que l'on cessera d'en rigoler...

Rien qu'en se rappelant la votation sur la LAMAL, on se demande qui à gagné quoi, en fin de compte...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 11/08/2008

"Et finalement, peu importe avec qui votent les Verts,ce qui compte c'est le résultat pour la population."

Exactement, M.Leuenberger ne voit que son propre intérêt à occuper un utopique siège au conseil fédéral. Quelles sont ses idées? Voguer au gré des sondages et des catastrophes climatiques?

Et votre "peu importe avec qui votent les Verts" venant de la part d'un politicien est la démonstration du problème actuel. Nous élisons des hommes et des femmes selon leur orientation politiques. Il est inacceptable que ceux-ci décident pour des raisons x ou y qu'il serait bien de s'allier avec "l'ennemi" pour ceci, de s'asseoir sur leurs principes en prévision d'une autre votation etc..

Au jour d'aujourd'hui si la Gauche et la Droite travaillent main dans la main ce ce n'est que dans leurs propres intérêts partisans respectifs et pas dans le but d'améliorer la situation du peuple souverain.

Ces chers politiciens oublient un peu trop vite qu'ils ont été élus pour nous servir et pas le contraire.

Écrit par : Romeo | 11/08/2008

Bien Messieurs,
Que proposez-vous puisque les politiques n'en font qu'à leur tête et semblent oublier que c'est le peuple qui les a élu? Je ne connaît pas vos situations personnelles, mais je trouve toujours très simple de faire la révolution sur son canapé ou derrière son ordinateur. Essayez-vous au contact législatif ou exécutif et vous comprendrez pourquoi parfois il n'est pas néfaste de faire des calculs. Pour ne blesser, désavanter, aider ou profiter de personne, la seule solution c'est la retraite sans contact. Je n'y suis personnelement pas prêt et vous?

Écrit par : Marguet Paul-Henri | 12/08/2008

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