29/08/2008

Pléonasme de rentrée


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Vendredi 29.08.08  -  07.05h

 

Si vous êtes prof de français, et que vos élèves vous demandent la définition du pléonasme, je vous propose de leur donner deux exemples. Imparable.

Premier exemple : « Les paysans sont mécontents ». C’est un pléonasme. Parce que les milieux qui défendent les intérêts agricoles, par définition, sont toujours mécontents. Par essence.

Deuxième exemple : « Les syndicats d’enseignants sont mécontents ». Pléonasme. Toujours quelque chose à redire. Nous l’allons voir, tout à l’heure, sur le coup de 07.25h, avec Olivier Baud, qui, déjà, me regarde d’un œil torve.

Très mécontents, les syndicats, parce que Charles Beer a osé prétendre, sur une radio, qu’ils en faisaient un peu trop dans le registre de l’insatisfaction systématique, qu’ils faisaient au fond du cinéma.

Diable. Un ministre socialiste, lui-même ancien syndicaliste (et qui n’était d’ailleurs pas très doux dans cette fonction, mais, que voulez-vous, les temps changent), ait l’incroyable arrogance d’émettre l’hypothèse que, peut-être, la prise de parole syndicale relèverait d’une posture, voilà qui déclenche déjà les hurlements.

Certes, il y a des problèmes d’effectifs. Notamment dans le post-obligatoire. Ces problèmes justifient-ils la piqûre de rappel de l’éternel mécontentement auquel nous avons droit à toute rentrée ? Comme une sorte de rite. Peut-être pour montrer qu’on existe. Mais ça n’est qu’une hypothèse. On a bien le droit, à sept heures du matin, de s’essayer un peu, aussi, à faire du cinéma, non ?

 

Pascal Décaillet

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28/08/2008

Des idées concrètes pour rêver Genève


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Jeudi 28.08.08  -   07.05h

 
Pourquoi ce coup de gueule, hier, de ma part, au sujet des candidats à la Constituante ? Pour une raison simple : la politique est ma grande passion, la politique au sens très large, la manière dont la Cité s’organise. Et les politiciens, toutes celles, tous ceux qui s’engagent, qui prennent de leur temps, sur leurs soirées, leurs week-ends, je les admire et les respecte.

Et, depuis bien des années, dans l’espace médiatique, toutes idées confondues, je leur donne la parole. Cette case de 07.50h, tous les matins jusqu’au 19 octobre, sur la Constituante, c’est moi qui l’ai voulue. C’est un pari, croyez-moi, difficile pour l’audience. On sait que le seul mot « Constituante » fait peur, on a l’impression d’une montagne législative, élitaire, intellectuelle, lointaine.

Mon pari de 07.50h, c’est tout le contraire. Ne pas trop prononcer les mots-barrages, les mots de juristes, et c’est pour cela que j’ai intitulé la séquence « Rêvons Genève ». Et j’ai demandé aux différentes listes de nous déléguer elles-mêmes deux personnes chacune. Et c’est à ces deux personnes quotidiennes que je demande d’avoir des idées, que ces idées soient claires pour le public qui nous écoute, qu’elles soient exprimées de façon audible. Une idée, un angle, un minimum de rhétorique. Je ne crois pas que ça soit trop demander. Je ne demande que cela. Mais cela, je le demande.

 

Pascal Décaillet

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27/08/2008

Candidats Constituants : on se réveille, SVP !


 

 

Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Mercredi 27.08.08  -  07.05h

 

 

La Constituante. Ce mot si magique, qui rappelle à la fois la Révolution française et la création du Jura, ce mot mérite mieux que bien des candidats qui vont solliciter vos suffrages pour être élus, le 19 octobre prochain, parmi les 80 qui doteront Genève d’une nouvelle Loi fondamentale.

 

Parce que nous voulons être une émission citoyenne dans une radio citoyenne, nous avons décidé, tous les matins à 07.50h, dans le 7-8, d’ouvrir une case à la Constituante. Donner la parole à toutes les listes. Chacune nous délègue deux de ses membres. Et chacune pourra, d’ici le jour du scrutin, passer deux fois sur notre antenne.

 

Or, pour l’heure, que se passe-t-il ? Des candidats qui viennent dans notre studio, et qui n’ont, apparemment, pas grand-chose à dire – voire rien – sur le fond de l’enjeu : quel grand texte donner à Genève pour son avenir ?

 

On vient parce qu’on est femme. Et qu’il faut bien des listes femmes. On vient parce qu’on est jeune. Et qu’il faut bien des jeunes. Et d’autres, beaucoup d’autres, je le vois venir, ne se présenteront que pour se faire un nom, un jour, en politique.

 

Alors, ce matin, je lance un appel à toutes les voitures, toutes les formations qui s’engagent dans cette bataille électorale. Pendant la semaine qui vient, ou bien vous nous déléguez des gens qui aient quelque chose à dire, une grande idée au moins pour Genève, avec un sujet, un angle, et un minimum de rhétorique pour le défendre. Ou bien, j’arrête l’exercice.

 

Bref, prière d’élever le niveau de quelques crans. Avoir quelque chose à dire, cela me semble le moins qu’on puisse attendre de toute personne se présentant le matin, à une heure de grande écoute, devant un micro.

 

 

Pascal Décaillet

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18/08/2008

Où est passé Ueli le climatique ?

 

Lundi 18.08.08 – 08.05h

 

C’est lundi, je suis à mon bureau, il fait un temps magnifique, la vie est vraiment belle. Envie de la mordre, à pleines dents.

 

Sauf que j’ai un petit souci : voilà bien 72 heures que je n’ai pas entendu mon ami Ueli le climatique, réclamer, sur une onde publique, le départ de Samuel Schmid et « l’amorce d’une réflexion totale sur la refonte de notre système de sécurité ».

 

Serait-il malade ? Refroidissement, suite à une course de patrouille pour s’exercer à ses futures fonctions de ministre de la Défense climatique ? Extinction de voix ? Passé trop de temps à appeler le Centre pour tenter des alliances ?

 

Si quelqu’un a des nouvelles, merci de m’en donner. Je suis inquiet.

 

 

Pascal Décaillet

 

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17/08/2008

Vers l’armée de métier – Avec des gens motivés !


Quand les femmes socialistes font avancer le débat

 

Dimanche 17.08.08 - 09.35h

Avec près de 500 jours d’armée accomplis dans ma jeunesse, principalement dans les années 70 et 80, je ne crois pas faire figure, dans le pays, d’antimilitariste notoire. Pourtant, je salue l’idée des femmes socialistes, annoncée aujourd’hui dans le Matin dimanche, de laisser chaque citoyen suisse, homme ou femme, s’engager ou non dans un service militaire ou civil.

Charge, bien sûr, à la Confédération (si les femmes socialistes n’ont pas prévu ce point, je l’ajoute), d’assurer, pour les tâches strictement militaires, les métiers d’armes et de combat, un corps professionnel souple, hyper-performant, mobile, en fonction des dangers modernes, évidemment pas la guerre de chars frontale, mais par exemple l’action terroriste. Tout en laissant, bien sûr, Ueli le climatique aller guetter les tornades, dans son grand ciré vert, au sommet  des montagnes.

Pendant toute l’année 1990, j’ai participé à un groupe de réflexion nationale, voulu par Kaspar Villiger, destiné à redéfinir les tâches du système suisse de sécurité, suite à la votation sur l’abolition de l’armée, le 26 novembre 1989. C’était la commission Schoch, du nom de cet excellent conseiller aux Etats radical des Rhodes-Extérieures d’Appenzell, l’un des meilleurs parlementaires que j’aie connus à Berne. Nous étions juste après la chute du Mur, nos esprits étaient libres, sans tabous, nous nous sommes réunis près de 25 fois, dans toute la Suisse, nous avons planché sur bien des scénarios.Ce fut l’une des sources d’inspiration d’Armée 95. On ne dira jamais assez à quel point Kaspar Viliger, puis Adolf Ogi, ont fait évoluer une institution qui en avait incroyablement besoin. L’homme qui traîne et qui peine, c’est Samuel Schmid.

Connaissant l’armée de l’intérieur, j’avais posé, au sein de ce groupe de travail (auquel participaient aussi, parmi d’autres, les professeurs Uli Windisch et Martin Killias), la question du service volontaire, persuadé que le mythe usé de la milice n’en avait plus pour très longtemps. Mais l’idée, il y a deux décennies, n’était pas mûre. Le mythe de la milice, en Suisse, est ancré comme une huître dans son fragment de rocher. Incrusté dans les consciences. La réalité de 2008 est bien différente : 60% d’appelés, aujourd’hui, se font réformer. L’armée, dans ces conditions, est-elle encore le creuset du peuple ?

Et puis, quoi ? Un voisin comme la France, qui a une autre tradition militaire, une autre Histoire que la nôtre, ce pays, qui, au cours des siècles, ne s’est fait que par l’épée, sur tous les champs de bataille d’Europe, a renoncé, sous l’impulsion de Jacques Chirac, au milieu des années 1990, à la conscription obligatoire. Le pays des Soldats de l’An II et de la Grande Guerre ! Son armée, aujourd’hui, extraordinairement professionnelle, est-elle moins performante qu’avant ?

La question de l’armée de métier, en Suisse, est à l’ordre du jour. La conscription obligatoire, là où seulement 40% des citoyens mâles finissent par servir, est devenue un mythe vidé de sa substance. La Suisse, comme tout pays du monde, aura toujours besoin d’une armée pour assurer sa sécurité et défendre ses intérêts. Vouloir y intégrer la masse des citoyens n’a plus  de sens. En cela, les femmes socialistes ont raison de réveiller le débat. Tout au plus pourrait-on attendre de la droite suisse, celle qui n’est ni abolitionniste, ni nationaliste isolationniste, qu’elle existe dans la discussion avec un peu plus d’ardeur, d’audace et d’imagination.

Pascal Décaillet






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16/08/2008

Les radicaux genevois auraient-ils peur ?

Ou: le chant du merle et le silence de l'été

 

Samedi 16.08.08 – 11.00h

Très étrange communiqué de presse des radicaux genevois, publié à l’instant. Où il est question des accords bilatéraux (l’échéance historique de l’an prochain), de l’UDC, de l’ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre). Tout cela par un beau samedi matin d’été, où rossignols et merles moqueurs se disputent encore les délices de nos ouïes.

Sous le titre : « Bilatérales : l’UDC et l’ASIN trahissent leurs bases », les héritiers de James Fazy soulignent les atermoiements au sein du premier parti de Suisse au sujet du référendum, rappellent que certaines sections cantonales s’opposeront à la reconduction des accords, regrettent que l’ASIN ne consulte pas sa base. Toutes choses fort intéressantes, n’en doutons pas. Mais sur lesquelles l’appréciation de la section cantonale d’un parti concurrent n’apparaît que d’une pertinence bien relative. Les radicaux genevois n’ont-ils pas eux-mêmes, maintes fois, pris des positions différentes de leur parti national ? À croire que le véritable enjeu du communiqué ne serait pas exactement là.

Mais alors, il serait où ?

Réponse : juste un peu plus bas. Où les radicaux genevois se croient obligés, en temps de paix, en plein mois d’août, alors que nul feu ne menace la demeure, et que nul ne leur en formule la demande, de re-préciser leur éternel triptyque de conditions en vue d’une éventuelle alliance avec l’UDC, pour l’élection du Conseil d’Etat, en 2009 :

-  Accepter les bilatérales.
-  Accepter  le partenariat social.
- Se détourner des campagnes nauséabondes.

Excellent triptyque, je l’ai déjà souligné. Mais pourquoi cette piqûre de rappel, juste maintenant ? Pourquoi mettre la pression sur l’UDC genevoise pour qu’elle clarifie sa position avant l’échéance du délai référendaire ?

Les radicaux genevois seraient-ils nerveux ? L’émergence possible d’une candidature Nidegger à l’automne 2009 commencerait-elle à les chatouiller ? La position, claire et franche, du député libéral Ivan Slatkine, cet été, en faveur d’un élargissement de l’Entente à l’UDC, les a-t-elle fait réfléchir ? La percée de l’UDC cantonale aux élections fédérales du 21 octobre 2007 les amène-t-elle à refaire leurs calculs ? La crainte de candidatures « peu crédibles » chez leurs alliés de l’Entente (PDC et libéraux) leur donne-t-elle des frissons ?

Ce ne sont là que les questions d’été d’un profane, auquel vous voudrez bien pardonner son inexpérience de la chose politique. Un samedi matin d’août. Au milieu des rossignols et des merles moqueurs.

Pascal Décaillet

11:00 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/08/2008

La décevante résignation de Géraldine Savary


Théâtre, marécage, désir : une trilogie de l’impossible

Vendredi 15.08.08 – 20.20h

Souriante et sympathique, la conseillère aux Etats vaudoise Géraldine Savary serait-elle déjà engluée, jusqu’à la paralysie, dans les sables mouvants de la Berne fédérale ?

C’est l’impression qu’elle a donnée tout à l’heure, dans un débat RSR revenant sur l’idée d’Anne Bisang (cf ma chronique précédente) d’instituer une sorte de Nicolas Bideau pour le théâtre. Débat auquel participaient aussi le directeur du Forum Meyrin, Mathieu Menghini, et Anne Bisang elle-même. Et où aucun représentant de la vision libérale de la société, et des modes de financements culturels, n’avait apparemment été convié.

Qu’il faille un Monsieur (ou une Madame) Théâtre au niveau national, on peut en discuter. Mais l’immobilisme de Géraldine Savary, au nom de la complexité de nos structures fédérales, laissant entendre que rien ne changera jamais, ne donne guère envie de faire confiance aux élus politiques pour dynamiser le monde de la création artistique. À entendre la résignation de la Vaudoise, à certains moments, on avait juste envie de se pendre. Ce qui serait dommage, parce que la vie est plutôt belle, non ?

Cet immobilisme du politique n’est d’ailleurs pas grave, ni nouveau. La première erreur, tout attendre de l’Etat, ne vient-elle pas des gens de culture eux-mêmes ? Bref, s’ils veulent leur coordinateur au plan national, ou leur générateur d’idées et de passerelles, ils feraient bien de s’y prendre autrement que d’attendre la création d’un nouveau poste dans la fonction publique fédérale. Ils doivent compter sur eux-mêmes. Parrainage, appel aux fonds privés, diversification des financements : les modèles alternatifs à l’Etat ne manquent pas. Aller quérir soi-même cet argent, convaincre, se battre, est d’ailleurs autrement stimulant que d’attendre une manne, et se plaindre lorsqu’elle ne tombe pas.

Quant à l’évaluation des spectacles en fonction de leur taux de fréquentation, immédiatement condamnée comme hérétique par Mathieu Menghini, elle appelle une remarque : si réunir du monde autour d’un succès, ce qui n’est facile ni dans le théâtre ni ailleurs, est au départ un défaut, alors il y a des bases de discussion, avec certains représentants du monde culturel, qui risquent d’être un peu difficiles.

Pascal Décaillet


20:19 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Un Nicolas Bideau pour le théâtre suisse !



Un superbosseur, SVP. Superglandus s’abstenir.



Vendredi 15.08.08 – 08.40h

Excellente idée lancée il y a quelques minutes par Anne Bisang, dans un billet sur la Radio Suisse Romande : doter le théâtre suisse d’un Nicolas Bideau. Un coordinateur. Un homme ou une femme d’idées, de projets et de passerelles, bien au-delà des barrières cantonales et communales.

Oui, le théâtre suisse, ou plutôt le théâtre en Suisse, a besoin d’un personnage de ce genre. Il ne s’agit ni d’un ministre de la Culture, ni surtout d’un super programmateur, mais simplement d’un générateur d’enthousiasmes, de rencontres, au niveau national. Un bosseur, évidemment, avec résultats concrets au rendez-vous, pas un superglandu de coktails. Surtout pas !

Le théâtre suisse fourmille de talents. Rien qu’entre Genève et Lausanne, l’offre est impressionnante. On travaille avec la France, on s’échange des spectacles, on fait tourner des productions. À l’intérieur de la Suisse romande, mais aussi avec la Suisse alémanique (Zurich est une ville majeure du théâtre), on pourrait le faire davantage. Un « facilitateur », en l’espèce, évidemment porté sur les deux cultures, sans oublier notre partie italophone, ne serait pas de trop. Tourné vers l’étranger, aussi, à commencer par cette Europe qui nous entoure, et à laquelle, culturellement, nous appartenons entièrement.

Mais davantage qu’un ciment, c’est d’un propulseur que le théâtre de Suisse a besoin. Un accoucheur d’idées nouvelles, portant son regard au-delà des fiefs, des prés carrés, des bastions, et même parfois des clans familiaux dont ce domaine cultive jalousement le secret. Juste un homme, ou une femme. Juste un poste. Pourquoi, d’ailleurs, devrait-il émaner à tout prix d’une fonction publique fédérale dont le dynamisme révolutionnaire n’est pas exactement la griffe ? D’autres modalités de financement, largement, sont possibles.

Un apparatchik de plus ? Surtout pas ! Il n’y en a que trop. Non, juste une femme ou un homme animé par la double passion du théâtre et de la Suisse. Faire vivre ce pays, non seulement par son modèle politique, qui nous est envié loin à la ronde, non seulement par un travail acharné pour surnager dans l’économie mondialisée, mais aussi par le génie de ses artistes. Défini comme cela, ce poste n’est pas seulement souhaitable. Il devient presque urgent.

Pascal Décaillet






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14/08/2008

Quand Hugues Hiltpold se trompe de cible



Jeudi 14.08.08 – 08.30h

Dans un pamphlet publié aujourd’hui par l’Hebdo, et intitulé « La girouette ignore l’odeur du vent », le président du parti radical genevois, Hugues Hiltpold, attaque son confrère du Conseil national, le démocrate-chrétien vaudois Jacques Neirynck, avec des pointes de violence si peu usuelles, chez lui, que cela mérite réflexion.

Peu usuelles, oui : Hugues Hiltpold, homme posé, compétent, se trouve être l’un des personnages les plus courtois de notre univers politique. Là, il attaque Neirynck sur l’initiative anti-minarets. Non sur le fond : ils sont d’accord, l’un et l’autre (et, avec eux, toute personne raisonnable en Suisse), pour la rejeter sans appel. Mais parce que le même Neirynck avait accepté, pour les élections fédérales de l’an dernier, l’apparentement du PDC vaudois avec l’UDC (Union démocratique fédérale), l’un des partis à soutenir l’initiative. L’occasion de démasquer cette ambivalence de sacristie, évidemment, et de tenir un beau discours sur la direction du vent, était trop belle.

Soit. Mais de là à jeter à un homme comme Jacques Neirynck les mots « girouette », « hypocrite », « Tartuffe », et lui asséner la bonne vieille leçon laïcarde, fazyste à souhait, combiste, waldeck-rousseauiste, des radicaux genevois, dès qu’affleure un sujet à connotation religieuse, on pouvait attendre mieux de la tenue et de la classe auxquelles, jusqu’ici, Hugues Hiltpold nous avait habitués. Car enfin, cette initiative, Neirynck la rejette. Ce qui est l’essentiel. Les vrais adversaires, ce sont ceux qui la soutiennent, non ?

Et puis, quoi ! Nous ne sommes plus dans la France de 1905, ni dans la Genève de 1907, il n’est plus nécessaire de sermonner à tous crins, à longueur de journée, sur la laïcité, principe admis par une écrasante majorité de nos concitoyens. On dirait que certains n’en peuvent plus de bonheur d’avoir lu quelques ouvrages sur le début du vingtième siècle, l’affaire des inventaires, le général André, la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il faut voir les proportions que peut atteindre, chez certains radicaux valaisans, encore aujourd’hui, du côté de Fully ou de Martigny, l’anticléricalisme le plus caricatural. Comme si l’Eglise catholique représentait aujourd’hui, en Suisse, le moindre danger pour la solidité de l’Etat. Quand on sait que certains de ces Valaisans inspirent au plus haut niveau l’idéologie du parti radical genevois, on commence à comprendre.

Il serait beaucoup plus intéressant de se demander pourquoi le radical Hiltpold en veut au PDC de certaines alliances avec des partis d’origine confessionnelle, parfois protestante, d’ailleurs. Il y a une explication : en choisissant, au début de la législature, de former un groupe commun avec les Verts libéraux et le Parti évangélique, le PDC s’est payé la petite insolence de dépasser le groupe radical-libéral, aux Chambres fédérales. Prise de position tactique, évidemment, en attendant la reconquête du deuxième siège au Conseil fédéral. Ce que les radicaux, on l’imagine, n’ont que très modérément goûté.

Surtout, il y a beaucoup mieux et beaucoup plus urgent à faire, quand on est radical, en Suisse, en août 2008, que d’attaquer un démocrate-chrétien. Et vice-versa. Le Sonderbund, depuis longtemps, est oublié. Les valeurs que défendent ces deux partis, y compris sur les sensibles questions confessionnelles, sont les mêmes. Dans quelques années, il n’y aura plus ni parti radical, ni parti démocrate-chrétien, mais quelque chose de plus grand, de fédéré, occupant tout l’espace entre la gauche et la droite nationaliste. Cette évolution-là est inéluctable. Le monde que défendent Hugues Hiltpold et Jacques Neirynck est le même. Dans un contexte où Fulvio Pelli ne craint pas d’attaquer gratuitement Christophe Darbellay, le signal de discorde de l’Hebdo d’aujourd’hui n’était pas nécessaire.

Enfin, sur le fond : lorsque Hugues Hiltpold affirme que tout mouvement religieux doit accepter explicitement l’ordre juridique suisse, il a évidemment raison. Le catholique qui signe ces lignes n’en a jamais disconvenu une seule seconde. Et cela, pour l’immense majorité de nos compatriotes, va de soi.

Pascal Décaillet










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12/08/2008

Le curé, les grenouilles, les Bedjuis



Mardi 12.08.08 – 08.10h

Isérables : l’un des plus beaux balcons du Valais romand. Un village de légende, perché sur la vallée du Rhône. Des mayens magnifiques et préservés, avec, à l’alpage de Balavaud, les plus vieux mélèzes du monde.

À tous ceux qui veulent bien la visiter, Isérables propose cette année un parcours sonore, en quatorze points. Cela commence dans le téléphérique, qu’on prend à Riddes, et se poursuit dans le village. On y entend les sons du monde, tout ce qui respire la vie du lieu, à commencer par un coassement de grenouilles. L’idée est riche, originale, et plaît à tous.

Sauf que le curé du village, nous révèle mon confrère Joël Cerutti dans le Matin d’aujourd’hui, de retour de vacances, n’a pas du tout apprécié la septième station, un travail de l’un des grands de la musique contemporaine, Pierre Mariétan, dans son église. Et il l’a censuré. Le président de commune, le sage et habile Narcisse Crettenand, semble avoir finalement arrangé les choses, mais le signal de l’index, tout de même, a été donné.

Le curé, Marie-Joseph Huguenin, a évidemment le droit de ne pas aimer la musique contemporaine, et de lui préférer le grégorien. Que quelques Bedjuis (les habitants d’Isérables) se soient plaints d’avoir cette musique, et ses accents tibétains, en continu, cela peut aussi se comprendre. Mais tout de même : ce niet d’emblée, malgré le revirement qui a suivi, fleure la pire des fermetures.

On ajoutera, pour être complet, que l’ego des artistes n’arrange pas toujours les choses : le curé avait un moment proposé de rétablir l’œuvre, pour peu qu’elle fût actionnée volontairement par les visiteurs, plutôt que d’être diffusée en continu. Mariétan a aussitôt rétorqué que cela amputait l’œuvre dans son essence. Il y a des moments, tout de même, où il ne faut pas pousser. Et des fondamentalismes, parfois, qui ne sont pas toujours religieux.

Au fait, un parcours en quatorze stations, ça ne vous rappelle rien ? Peut-être le musicien et l’abbé pourraient-ils un jour le faire ensemble, en portant alternativement la croix de la solitude et de l’incompréhension.

Pascal Décaillet

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10/08/2008

Les petits calculs d’Ueli Leuenberger



Dimanche 10.08.08 – 20.20h

Ou : de l’hapax du 12 décembre 2007…

Invité sur une onde publique, il y a quelques minutes, à débattre de l’avenir du Conseil fédéral, Ueli Leuenberger vient de nous délecter de son petit numéro, au moins trihebdomadaire, parfaitement rodé, dans lequel il plaide pour l’objectif qui, tout entier, l’habite : l’entrée d’un Vert au gouvernement suisse.

Au-delà de l’omniprésence estivale du président des Verts dans l’espace médiatique, et surtout de la pieuse béatitude avec laquelle sont accueillis ses propos par ceux qui les récoltent, il faut décrypter la stratégie d’Ueli Leuenberger en vue de l’exécutif fédéral. En précisant – j’y tiens – que se battre pour un siège gouvernemental n’a évidemment rien de choquant, en soi, quand on fait de la politique en Suisse.

Si le système suisse doit être proportionnaliste, alors, comme il y a sept conseillers fédéraux, il faudrait grosso modo passer la barre des 14% aux élections fédérales pour pouvoir prétendre à un siège à l’exécutif. Les Verts, avec leurs 9,6% obtenus le 21 octobre 2007, en sont loin.

Dès lors, Ueli Leuenberger préfère s’inscrire dans la logique de l’alliance. Logique que je partage totalement, sur le principe : le gouvernement de la Suisse, comme celui d’un canton, doit être le fruit d’une coalition, avec un programme d’action, une cohérence, une colonne vertébrale idéologique, je viens de le rappeler dans mon récent papier sur les élections valaisannes. Surtout, un gouvernement ne doit pas se contenter de n’être que le simple reflet proportionnel des forces du parlement. Sur ce point-là, je rejoins Ueli Leuenberger. Il ne m’a jamais choqué, par exemple, que le FDP allemand (les libéraux) aient des ministres dans des cabinets, même avec moins de 10%. Pour peu qu’ils fussent, clairement, dans la coalition des vainqueurs, aux élections.

Dès lors, quelle coalition, en Suisse, pour permettre aux Verts d’avoir un conseiller fédéral ? Avec les seuls socialistes, ils ne totaliseraient que 29% du corps électoral. D’où, bien sûr, la tactique consistant à tenter quelque chose avec le PDC. Le coup du 12 décembre ayant réussi avec cet axe-là (agrémenté de quelques trahisons sporadiques à droite), Ueli Leuenberger se dit qu’on pourrait le réitérer sur des dossiers thématiques. Voire élargir cette entente à quelque chose de plus.

Face à ce petit jeu, un homme occupe une fonction-charnière: Christophe Darbellay. Si le président du PDC suisse, le 12 décembre 2007, a fricoté avec Christian Levrat et Ueli Leuenberger, c’était sur un coup précis, ponctuel, personnel : avoir la peau de Christoph Blocher. Ce que j’en pense, on le sait, je n’y reviendrai pas. Mais toute personne honnête doit admettre que, depuis, le Valaisan, a donné suffisamment de garanties à la droite suisse pour qu’on puisse considérer le coup de décembre comme un « hapax », un événement qui ne se produit qu’une fois (ou un mot, dans un corpus littéraire, qui ne survient qu’une fois). Au point que cet événement ne serait en rien l’indice d’un renversement d’alliance.

Cela, il est important que Christophe Darbellay le signifie, pendant tout le reste de la législature, avec une totale clarté au président des Verts. Le PDC peut certes s’entendre avec ces derniers sur des questions climatiques, mais il doit se rappeler, clairement, que ses fondements idéologiques, philosophiques, économiques, son siècle de pratique politique en Suisse, le rattachent à la famille de la droite. Se souvenir, aussi, que, dans les grandes échéances électorales, les Verts votent TOUJOURS avec la gauche. Et même avec une belle discipline. Au jeu de l’illusion centriste, cette grande mode des « passerelles », il y a toujours un corbeau et un renard, un rusé et un dupé.

Dans le rôle du renard, Ueli Leuenberger, j’en conviens, se déploie avec un certain talent. Le problème, ça n’est pas son obsession fromagère. Ce serait plutôt la propension de certains oisillons de la politique suisse à lâcher leur proie, dès que surgit le Rayon vert. Tellement tendance. Et tellement mode.

Pascal Décaillet

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08/08/2008

Cohn-Bendit et la Grande Muraille de l’énormité



Vendredi 08.08.08. – 19.30h

De Mai 68, on connaissait déjà l’extrême finesse ciselée, toute en nuances, du slogan « CRS-SS ! », qui assimilait les Compagnies républicaines de sécurité de la fin des années soixante, en France, aux pires phalanges du pire régime du vingtième siècle. Pour la grâce d’une homophonie, certes sonore et efficace à l’oreille, et les périlleuses délices d’une hyperbole, on plaquait sur les murs, sans sourciller, l’un des amalgames les plus ahurissants de l’après-guerre. Le chef des étudiants, en mai 68, s’appelait Daniel Cohn-Bendit.

Quarante ans plus tard, le même homme, aujourd’hui député européen des Verts, compare la Chine de 2008 à l’Allemagne hitlérienne de 1936. « Etait-il juste, en Allemagne en 1936, d’aller serrer la pince à Hitler ? ». Cela pour condamner le voyage de Nicolas Sarkozy à Pékin.

Oh, certes, ne comptez pas sur moi pour défendre l’actuel régime chinois. Nous savons ce que, là-bas, il advient des droits de l’homme. Nous connaissons, aussi, la question tibétaine. Mais se référer au nazisme, là nous ne sommes plus dans le simple registre de l’oxymore, mais dans celui de la ligne jaune franchie à pieds joints, avec toute l’allégresse de l’ignorance de l’Histoire. Registre dans lequel notre cher locuteur, depuis quatre belles décennies, se plaît à exceller avec une métronomique régularité.

On nous dira que le Reich de 1936 n’est pas encore celui des années 1942-1945, celles de la Conférence de Wannsee et de la solution finale. Certes. Mais l’horreur absolue de la déportation et du génocide, cette Allemagne de l’année olympique les porte déjà en germes. « Mein Kampf », écrit une décennie plus tôt par Adolf Hitler, est, en cette année 1936, un best-seller : l’idée d’éliminer une communauté humaine, en tant que telle, y est très clairement libellée et soutenue. Et puis, les lois de Nuremberg datent du 15 septembre 1935. Je suis désolé, mais la Chine de 2008, toute condamnable soit-elle, ça n’est pas encore exactement cela.

Quant à Cohn-Bendit, n’ayez aucune crainte pour lui. Il survivra parfaitement à ce dérapage. L’océan de béatitude médiatique dans lequel il baigne depuis ses jeunes années, l’immunité dont il jouit (sans entraves, of course), tout cela lui assure encore, pour de longues années, toute latitude pour franchir quand il le veut, la Grande Muraille de l’ineptie et de l’énormité.

Pascal Décaillet










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06/08/2008

Politique valaisanne : la fermentation avant la vendange

 

Mercredi 06.08.08 – 19.50h

Qu’un vin fermente, et jusqu’aux enchanteresses délices de la surmaturation, n’est-ce pas l’un des plus beaux dons de notre misérable monde ? À un minuscule détail près : il n’est peut-être pas totalement inutile, pour laisser fermenter en cave un raisin, d’avoir commencé par… le vendanger ! Détail qui semble avoir échappé au président du parti socialiste du Valais romand, Jean-Henri Dumont.

Qu’a-t-il inventé, le cher homme ? L’idée d’une alliance d’intérêts, en vue des élections de mars 2009, entre les socialistes et… l’UDC ! Contre le parti qui, depuis un siècle et demi, tient le Valais : la démocratie chrétienne. Qu’on appelait naguère les « conservateurs ». Le parti de loin, aujourd’hui encore, le plus important du canton, cela par la volonté des électeurs. Pour maintenir le siège socialiste au Conseil d’Etat (il existe depuis une décennie : Bodenmann, puis Burgener), Jean-Henri Dumont invoque l’argument proportionnaliste, et se dit prêt à voir arriver, « en symétrie », un UDC au gouvernement valaisan.

L’idée tient du surréalisme. Elle postule qu’un gouvernement ne devrait être, sans aucune idée de cohérence idéologique, que l’exact reflet des forces du parlement. Une sorte de parlement bis, en plus réduit. Jusqu’à faire cohabiter, pour prendre des décisions exécutives, les visions de société les plus antagonistes. Avec des extrêmes tout heureux de serrer en tenailles les forces politiques correspondant à la nette majorité voulue, et constamment rappelée, par le peuple. Ces forces, je les cite, et je tiens à les citer ensemble, aussi rivales eussent-elles été depuis le Sonderbund : la démocratie chrétienne, bien sûr, mais aussi le parti radical. Qu’on appelle maintenant « Parti Libéral-Radical Valaisan ».

Oui, je les cite ensemble, ce que je ne cesse de faire depuis quatre ans (Orsières, 1er août 2004), parce que leur destin, cela crève les yeux, au niveau fédéral comme dans les cantons, est de faire route l’un avec l’autre. Non pour des raisons tactiques. Mais parce qu’ils représentent, au-delà des clans et des familles, au-delà de la bataille du Trient, les mêmes valeurs, la même vision de la société. Le socialisme en est une autre. L’UDC, encore une autre.

Fermentation avant la vendange, parce que, jusqu’à nouvel ordre, les élections valaisannes n’ont pas encore eu lieu. Elles seront, en mars 2009, très ouvertes : le champ du possible est impressionnant. Ce que décidera l’électorat valaisan, nous le verrons bien. Mais une chose est sûre : le Valais n’a aucun intérêt à un gouvernement formé de représentants de commis-voyageurs des différents partis, porteurs de valises de leurs idéologies respectives.

Un gouvernement, cela doit être doit être une vision commune, un plan d’action, un programme de législature, une cohérence. La représentation des minorités n’est pas un but en soi : elle ne peut être envisagée que sur la base d’accords, où chacun sait jusqu’où l’autre peut aller. Pour le dire plus crûment : la démocratie, c’est plutôt le pouvoir à la majorité, me semble-t-il, qu’à l’addition disparate et opportuniste des minorités. Non ?

Reste, bien sûr, à définir cette cohérence. Chacun jugera. Pour ma part, il m’apparaît que l’attelage combiné, depuis des décennies en Valais, entre le PDC et les radicaux, n’est de loin pas le moins qualifié pour conduire la politique du canton. Que le cinquième magistrat soit un socialiste, ou un UDC, à voir. Et encore, je ne suis pas sûr que ce soit absolument nécessaire. Mais qu’une combinazione de minoritaires prétende, en tirant dans tous les sens, siéger ensemble, juste pour siéger, et au nom d’un proportionnalisme castrant et paralysant, il y a là une démesure, une fermentation des lois les plus élémentaires de la mécanique politique, qui ne serviraient en rien les intérêts supérieurs du canton.

Pascal Décaillet






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05/08/2008

Guizot, le PDC, l’école obligatoire



Mardi 05.08.08 – 09.35h

Hasard d’été, heureux, inattendu : au moment où je dévore une magnifique biographie de Guizot (Laurent Theis, Fayard, avril 2008, j’y reviendrai dans quelques jours), je découvre les pistes de réflexion lancées hier par le PDC sur l’école. Où il est question de libre choix, du public et du privé, ou même simplement d’instiller un embryon de concurrence entre les établissements publics. Des scénarios, pour l’heure. Sur lesquels les délégués devront trancher, le 30 août, à Bâle.

Tout cela se pose et se discute, les arguments antagonistes ne manqueront pas de fuser. Mais ce chantier de réflexion, à coup sûr, a toute sa légitimité sur la place publique : l’école est l’affaire de tous. Il n’est plus question que les citoyens-contribuables se contentent de la financer, à l’aveugle, sans se prononcer sur les grandes orientations qui doivent la régir. L’école publique n’appartient ni aux enseignants, ni surtout aux experts, mais à l’ensemble des citoyens. La votation de septembre 2006, à Genève, s’était chargée de le rappeler à ceux qui avaient voulu, trop longtemps, la confisquer. Et qui auront, sans doute, besoin de quelques piqûres de rappel dans les mois ou les années qui viennent, par exemple le 30 novembre prochain.

Surtout, les partis politiques nationaux, en Suisse, commencent enfin à s’intéresser à l’école obligatoire, avec un horizon du discours qui transcende les frontières cantonales, donc les fiefs et les baronnies, particulièrement incrustés dans ce domaine. Il était temps : sous prétexte de souveraineté cantonale et de la benoîte existence juxtaposée de vingt-six systèmes, la classe politique suisse a beaucoup trop longtemps limité son discours aux Ecoles polytechniques, aux Universités et aux HES. Laissant de côté le plus concernant, le plus crucial, le plus universel des enjeux : l’école par laquelle chacun de nos enfants doit passer, jusqu’à l’âge de quinze ou seize ans. C’est là que tout se joue, là que se forme une conscience collective, un ensemble de repères communs. Cet enjeu-là n’est-il pas, au sens le plus noble, politique ?

Tout cela, justement, me ramène à François Guizot, le premier, bien avant Jules Ferry, à avoir pensé, au nom de l’Etat (le rôle des congrégations religieuses ayant été si puissant, en matière d’enseignement, au moins jusqu’à la Révolution, et à vrai dire au-delà), l’école obligatoire. C’est lui, par exemple, qui lance, avant même la République, les premières Ecoles normales. Cet homme, réputé conservateur, libéral dans un pays qui ne l’a jamais été (l’est-il, aujourd’hui ?), était un révolutionnaire. Sur l’école, il avait une réflexion, une puissance de vision, un demi-siècle d’avance sur ses contemporains. Il nous faudrait un ou deux Guizot, en Suisse.

En empoignant la question scolaire, en appelant à une école forte, en amorçant une réflexion sur la concurrence et le libre choix, le PDC suisse voit juste. Entre des socialistes qui sortent leurs griffes dès qu’on aborde ces thèmes (il faut voir avec quelle violence la Zurichoise Chantal Galladé, qui avait osé les soulever ce printemps, avait été rabrouée par les siens), et l’UDC qui n’a strictement aucune réflexion sur l’école, le centre droit, en Suisse, a une carte majeure à jouer.

Puisse-t-il la jouer avec un minimum de cohérence et un esprit commun : le PDC, les radicaux, les libéraux, défendent, en Suisse, des valeurs beaucoup plus communes qu’ils ne veulent bien l’avouer : la liberté, la responsabilité, par exemple. Et si la réflexion sur l’école constituait l’un des axes majeurs de la nécessaire recomposition de cet univers politique ? Au-delà des fiefs, des ergots, des personnes. Pour le bien de nos enfants. Et pour celui du pays.

Pascal Décaillet










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01/08/2008

Pascal Couchepin et les trois "conjurés"



Sur le vif – Vendredi 01.08.08 – 17.25h

Dans son discours du Premier Août, le Président de la Confédération a décrit les Trois Suisses, tout à l’heure, comme trois « conjurés ». Oeuvrant pour une grande ambition : la liberté.

« Conjurés » : il y a bien sûr l’étymologie, implacable, qui ramène ce mot à un serment commun. À cela, rien à dire. Et le verbe présidentiel, inattaquable.

Mais en politique, un coup de dés ne suffit pas toujours à abolir le hasard. Un jeu de mots, non plus. Trois « conjurés » pour une bonne cause. Voilà qui peut certes nous renvoyer au miroir du Grütli. Mais voilà, aussi, qui me rappelle quelque chose d’un peu plus récent.

Pas vous ?

Utiliser ces deux mots-là, « trois conjurés », et nul autre, dans un sens aussi positif, salvateur même, à quelques mois du 12 décembre 2007…

L’allusion était-elle volontaire ? Ou n’est-elle que le fruit de ce glissement freudien dont notre homme, justement à son corps défendant, semble raffoler tout en feignant de l’ignorer: le lapsus ?

À tous, je souhaite une excellente Fête nationale !


Pascal Décaillet

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