30/09/2008

Roger Deneys, l'impasse du destin


 

Sur le vif – Mardi 30.09.08 – 09.25h

 

Député au Grand Conseil, élu pour s’occuper du bien commun, le socialiste Roger Deneys passe le plus clair de son temps à expectorer, dans un style où l’approximatif le dispute au nauséabond, le plus noir de son fiel contre tout journaliste de ce pays donnant la parole à d’autres voix que celles de son seul camp. C’est son occupation principale. Son moteur.

Cet élu, dont on attend vainement, au passage, l’amorce d’une idée pour faire avancer la vie de la Cité, s’en va vitupérant, toutes stridences sifflées, toute haine de l’autre joyeusement crachée, sur les chemins d’impasse de son destin. C’est son droit. Chacun occupe son existence comme il peut. Mais Roger Deneys, au fond, existe-t-il ?

Ce qui est un peu plus inquiétant, c’est la confirmation, chez certains socialistes genevois (Dieu merci, pas majoritaires) de l’incapacité à perdre une élection sans immédiatement en rendre responsable la presse, comme on tue le messager de la mauvaise nouvelle. Oui, il y a, dans ce parti cantonal, une petite clique de censeurs, détestant au fond la presse, la libre circulation des idées, rugissant dès qu’on donne la parole à leurs adversaires, ou qu’on exprime un point de vue contrariant leur dogme. Juste une clique, mais qui fait du bruit : naguère un conseiller national, aujourd’hui une magistrate de la Ville, ainsi qu’un maire, lorsqu’on omet de faire la révérence devant la Lumière de sa Préciosité. Autant dire, pas grand monde.

D’autant plus dommage que le président de ce parti, René Longet, se trouve être, lui, un véritable homme de dialogue, de tolérance, et de confrontation d’idées. Lui, et tant d’autres, nettement majoritaires dans le parti. Pourrait-on espérer que cette majorité rappelle au petit clan des aigris et des mauvais perdants qu’une démocratie passe par le choc des idées, l’acceptation de la différence éditoriale ? Bref, la liberté. Les socialistes connaissent-ils encore ce mot ?

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le PDC genevois et la Trinité

 

Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Mardi 30.09.08  -  07.05h

 

Hier matin, dans cette émission, les conseillers nationaux Hugues Hiltpold et Christian Lüscher venaient nous annoncer une batterie de mesures, concrètes et précises, pour mieux lutter contre l’insécurité. Un catalogue d’actions sur le plan fédéral et cantonal : mettre fin au système des jours-amende, qui fait sourire les malfrats, instaurer des zones d’exclusion, créer une brigade spéciale, etc.


On partage ou non ces mesures, mais enfin elles sont là, sur la table, on va pouvoir en parler. Et, à la fin, le souverain décidera.

Dans la même journée d’hier, quelques heures plus tard, le PDC genevois se fendait d’un communiqué pour informer qu’il avait, lui aussi, une puissante réflexion sur la sécurité, une commission interne pour y réfléchir, et qu’il dévoilerait son plan de bataille en décembre !

Donc, braves gens, des Pâquis ou d’ailleurs, dormez tranquilles. N’ayez aucune crainte. L’insécurité, c’est bien connu, n’est qu’un sentiment subjectif. Une invention de quelques paranos timorés. Elle n’existe que dans les consciences fragiles. N’ayez crainte, le PDC, d’ici décembre, poursuit sa réflexion. Et ma foi ,si sa puissante commission n’aboutit pas avant Noël, il restera toujours Pâques. Ou, peut-être, la Trinité.

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29/09/2008

Les yeux révolver


 

Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Lundi 29.09.08  - 07.05h

 

Il avait les yeux révolver, le regard qui tue, sans doute l’un des plus beaux de l’histoire du cinéma. Quand la caméra fixait ses yeux, c’était le ciel et la mer, la promesse de milliers d’aubes. Paul Newman, qui vient de nous quitter à l’âge de 83 ans, ne crevait pas l’écran : il le pulvérisait.

Mais qu’est-ce qu’un bel homme, au cinéma, s’il n’est transcendé par le miracle du jeu d’acteur ? Avant d’être un visage de rêve, Paul Newman était un très grand comédien. L’Actor’s Studio, Brando, auquel on le compare parfois, et le mythe des Amériques par lui sans cesse réinventé.

Jouer la désinvolture, séduire sans se forcer, devenir le plus grand tricheur de cartes de l’histoire du cinéma, réinventer l’histoire du Kid, écrire et réécrire toujours le rêve américain, ou parfois son cauchemar, avec le génie de ses écrivains rebelles.

Au Paradis, c’est connu, on s’emmerde un peu. Alors, Paul, peut-être pourriez-vous y introduire le jeu de cartes, le whisky, l’amour des femmes, la folie de séduire, et de séduire encore. Vivre, quoi. Oui, vivre. Même quand on est mort.

 

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28/09/2008

TSR : Vernier, connais pas !



Sur le vif – Dimanche 28.09.08 – 20.35h


Avec ses 17.812 habitants, la ville de Nyon méritait à coup sûr que le TJ Soir de la TSR lui consacrât un reportage sur l’entrée de Daniel Rossellat en son exécutif. C’est bien.

Ce qui l’est un peu moins, c’est de n’avoir pas consacré une seule seconde, ne fût-ce qu’en bref, dans la même édition, au séisme que vient de vivre le canton de Genève : l’élection du MCG Thierry Cerutti à l’exécutif de la ville de Vernier, qui compte presque deux fois plus d’habitants que Nyon.

Avec ses plus de 32.000 âmes, Vernier est la deuxième ville du canton de Genève, la sixième de Suisse romande, la dix-septième de Suisse.

Bien entendu, le fait que Rossellat soit de sensibilité rose-verte et Cerutti un simple « populiste » ne compte pour rien dans cette honorable appréciation éditoriale.

Bien entendu.

Non ?


 

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25/09/2008

La queue et les oreilles

 

 
Chronique publiée dans le Nouvelliste du 25.09.08

 

Le rejet du programme d’armement, hier, par le Conseil national, n’est ni une affaire de chars, ni une affaire d’avions. C’est un rituel, une corrida, un jeu de sang et de pleine lumière qui devait avoir lieu un jour : l’exécution de Samuel Schmid.

Depuis des mois, par harcèlement, par banderilles, la mise à mort se préparait. Une pique dans la presse dominicale alémanique, une indiscrétion, des menaces à peine voilées. Du mobbing, au grand jour. Il était clair qu’il fallait une victime expiatoire, un agneau sacrificiel. Ou un taureau du dimanche. Au choix. Pourvu qu’il y ait une queue, pourvu qu’il y ait des oreilles à brandir au public.

En réponse à quoi ? – Mais au 12 décembre 2007, pardi ! Vous n’alliez tout de même pas imaginer que le parti arrivé en tête des dernières élections fédérales se laisse allègrement faucher son porte-drapeau, l’orfèvre de sa victoire, par un pronunciamiento de passage, avec la bénédiction des naïfs et des bien-pensants, sans concocter une petite vengeance.

La vengeance, ce fut hier. Pour avoir la peau du traître, l’UDC n’a pas hésité à s’allier avec la gauche, dont les valeurs militaires sont à l’opposé diamétral des siennes. Le centre-droit s’épanche, s’époumone, hurle à l’alliance malsaine : le parti de Blocher a beau jeu de lui tendre le miroir d’une autre alliance de bric et de broc, le trio du 12 décembre.

Match nul, donc. Restent les vraies questions. A ce niveau de tension, auquel s’ajoute le malheureux accident de santé de Monsieur Merz (conseiller fédéral de grande valeur, dans la droite ligne de Kaspar Villiger), parler de crise politique, ce mot qui fait peur jusqu’au plus haut niveau du Conseil fédéral, relève de l’euphémisme. La Suisse est au bout d’un système de concordance qui n’a plus aucun sens : de l’UDC ou des socialistes, l’un de ces deux partis est de trop dans la coalition. Et ne venez pas me parler de l’UDC Canada Dry de Samuel Schmid et Evelyne Widmer-Schlumpf. Il n’y a qu’une seule UDC : celle de Blocher.

Il est temps de revenir à des valeurs politiques simples. Que la droite gagne les élections, et elle gouvernera. Idem pour la gauche. Voici venu le temps des programmes clairs et des choix de société courageux. Le PS et l’UDC n’ont strictement rien à faire ensemble. Si ce n’est se combattre.

 

Pascal Décaillet

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24/09/2008

12 décembre : vendanges tardives


Sur le vif  -  Mercredi 24.09.08  -  11.45h

 

C’est fait : le Conseil national, par 104 voix contre 83 et 6 abstentions, vient de rejeter le programme d’armement 2008 de la Confédération. Ce refus, né d’une alliance de circonstance entre la gauche et l’UDC, n’est que la vendange tardive du coup du 12 décembre 2007. Il marque les limites d’un système, décidément à bout de souffle.

Née d’un coup de force dont les auteurs, sur le moment, n’ont pas cru bon de mesurer les conséquences, cette législature n’est-elle destinée qu’à être celle des majorités de hasard, du désordre idéologique, de l’absence totale de programme, de plate-forme, de cohérence ? Un pays où la droite dure et la gauche s’associent contre un centre-droit désormais incapable de rassembler une majorité autour de lui, n’est plus un système viable. C’est le pays du hasard, de tous les coups permis, des lynchages, des vengeances sur des personnes (comme l’UDC sur Samuel Schmid). Il n’y a plus ni cohérence ni clarté : cette concordance-là n’a plus aucun sens.

A la vérité, entre les socialistes et l’UDC, il y a un parti de trop dans la coalition gouvernementale. Il n’est plus possible, plus raisonnable, et même tout simplement plus décent de laisser cohabiter deux idéologies politiques aussi antagonistes dans un même gouvernement.
Aucune autre grande coalition, dans le monde, y compris dans des pays habitués à cette formule, comme l’Allemagne ou Israël, ne supporte la présence conjointe d’adversaires aussi diamétraux.

C’est cela, la leçon politique de ce refus du programme d’armement. Les chars, les avions, nous en parlerons plus tard.

 

Pascal Décaillet

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22/09/2008

La Suisse avec Hans-Rudolf Merz

 

Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Lundi 22.09.08  - 07.05h

 

Ce matin, toute la Suisse est en pensée avec Hans-Rudolf Merz. Atteint gravement dans sa santé, et, dans le meilleur des cas, absent du gouvernement pour plusieurs semaines, le ministre des Finances est un homme unanimement reconnu pour sa compétence et pour la qualité de son style politique.

Les Suisses partagent ou non ses options, mais respectent l’homme. Dans un collège où l’on s’invective par presse dominicale interposée, ou bien où l’on téléguide les attaques par des spadassins, voilà un homme qui s’est toujours interdit ce genre de comportement.

Cultivé, polyglotte, aimant son pays, Hans-Rudolf Merz serait le Président de la Confédération idéal pour 2009. Dans la pure lignée de son prédécesseur, Kaspar Villiger, l’Appenzellois allie la compétence à la discrétion. Les Suisses aiment cela.

Va-t-il pouvoir assumer, l’an prochain, cette charge suprême ? Va-t-il simplement pouvoir garder ses fonctions de conseiller fédéral ? Ce matin, au lendemain d’une opération difficile, c’est l’incertitude. Oui, ce matin, nous sommes tous en pensée avec Monsieur Merz.

 

Pascal Décaillet

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19/09/2008

Nancy, la molasse, le flandrin


Sur le vif  -  Vendredi 19.09.08  -  16.30h

 
Elle est venue, elle a vu la Coupole, elle a fait frissonner la molasse. Candidate genevoise à Miss Suisse, la très belle Nancy Kabika a eu droit, hier, au président du PDC suisse, Christophe Darbellay, pour la guider dans les arcanes du Palais fédéral. Elle était Béatrice, il était Dante, les Enfers en ont rougi, les photographes orangés étaient là, l’amertume des jours s’est radoucie. Il lui a fait le coup des pères fondateurs, l’index érigé vers le Graal . Idylles, vertes prairies, Eden montagnard, parties de chasse. La vie, quoi.

S’emparant de cet événement gravissime, une voix de passage, ce matin, a cru bon, ne connaissant sans doute de la chair que celle d’où l’on prêche, avec un « e », muet comme le péché, de décréter la mort politique du flandrin des glaciers. Ce serait trop. Avoir fait le cicérone pour Nancy serait l’ultime et fatale cerise sur un gâteau de stupre, le Valaisan ne serait, décidément, plus « crédible ».

Soit. On se réjouit de revoir les Schwaller, les Burkhalter, toutes ces ivresses de désir, ces promesses de folie, sous la grande voûte fédérale. Nul chamois, eux, n’entrave leur destin, nulle lettre ouverte, nulle escapade. Nulle marche de Saint-Hubert, nulle veillée d’armes, nulle arête tranchante pour conjurer le vide. Juste quelques bâillements. Entre notaires. Sous le vol indifférent des corneilles.

 

Pascal Décaillet

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De quoi se mêle Julien Dray ?


Edito du 7-8  -  Radio Cité - Vendredi 19.09.08  -  07.05h

 

Député de l’Essonne, porte-parole du parti socialiste français, Julien Dray nous avait habitués à davantage de rigueur intellectuelle. Au dernier jour du voyage du pape en France, il a qualifié d’intégristes les propos de Benoît XVI à Lourdes, tout en regrettant, en bon laïcard ultra (de ceux que seule la France est capable, depuis 1905, de sécréter), que le Président de la République ait accueilli avec tant d’amitié un dignitaire religieux.

Monsieur Dray doit choisir. S’il se tient à sa ligne de séparation absolue, idéale, géométrique, fait foin de tout le passé chrétien de la France, son apport culturel autant que cultuel, alors OK, il peut grogner sur Sarkozy face au pape. Grognements rituels, au fond très conformistes, mais enfin c’est son droit.

Mais alors, les affaires internes à une Eglise, les choix entre les courants conservateurs ou progressistes de cette dernière, ne le concernent absolument pas. Sans compter – mais mettons cela sur l’éducation sans doute ultra-laïque du député – que qualifier Benoît XVI d’intégriste, donc le mettre au même niveau que Mgr Lefèbvre et les gens d’Ecône, c’est ignorer complètement la grande faille théologique qui réside encore entre Rome et quelques irrédentistes.

Bref, Monsieur Dray, quand on se veut le grand champion de la laïcité, on rouspète quand le pape arrive, c’est le jeu. Mais on laisse les catholiques régler entre eux le destin de leur Eglise.

 

Pascal Décaillet

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17/09/2008

La grande armée des muets


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Mercredi 17.09.08  -  07.05h

 

On aime ou non Eric Stauffer, on peut certes passer son temps à le taxer de populiste, il se trouve que cet homme-là détient, de temps en temps, ce qu’on appelle une information. Laquelle, à coup sûr, mérite d’être vingt fois vérifiée, décortiquée, raffinée de son état brut. Mais laquelle, souvent, c’est ainsi, fonctionne comme révélatrice de dysfonctionnements dans la République et Canton de Genève. Ce genre d’informations, le président du MCG les sort au grand public. Là où la grande fraternité des muets les retient, voire les cache.

Dans la saga des Services industriels de Genève, le trublion se comporte, depuis de longs mois, comme un redoutable dénicheur d’affaires. Son réseau d’indicateurs est remarquablement tissé : dans ce pays des mille sources, où jaillit l’eau vive autant que le miasme, l’observateur politique doit évidemment faire son choix. Avec la plus grande rigueur. Tout reprendre serait une faute. Hausser les épaules, et ne rien faire, sous prétexte que Monsieur Stauffer est populiste, en serait une autre. N’est-ce pas finalement par son action que le salaire du président des SIG a fini par être drastiquement réduit ?

D’une affaire l’autre, perpétuellement sur la défensive, toujours en retard d’une réaction là où Stauffer les devance de sept lieues, l’actuel conseil d’administration des SIG est-il encore en mesure d’accomplir sa tâche ? Sa crédibilité est-elle encore suffisante ? Le silence dont se drape le ministre de tutelle est-il vertu ou rétention ? Ces questions, les gens se les posent. Ils sont utilisateurs (on aurait surtout envie de dire : clients captifs) de cette grande entreprise de service public. Mais ils sont aussi citoyens. Ils ont le droit de savoir ce qui s’y passe. Quels que soient les réseaux de silence et de protection d’une classe politique unanimement représentée dans la plus haute instance de l’entreprise. Et où tout le monde se tient par la barbichette.

Pascal Décaillet 

 

 

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15/09/2008

Le diamant intransigeant


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Lundi 15.09.08  -  07.05h

 

Parmi tous ceux qui ont fait l’Histoire de la Suisse depuis la guerre, il est celui que je regrette le plus de n’avoir jamais rencontré, ni interviewé. Il était un homme d’un bloc, d’une matière, d’un combat, toute sa vie entièrement tournée vers un objectif. Roland Béguelin, qui nous quittait il y a quinze ans, et dont nous nous réjouissons, sur cette antenne, de recevoir le biographe, Vincent Philippe, était un croisé de sa cause. La cause du Jura.

Je me souviens de lui sur les ondes, son verbe étincelant, la perfection de son français, ses fougues, ses colères, son art d’habiter la parole. « Diamant intransigeant », disait l’autre jour son biographe, à la Radio Suisse Romande : on ne peut mieux résumer cet homme, précieux comme un Croisé, volcanique. Il était la plume, il était l’épée, il a été, très longtemps, à l’ère des grands combats, la voix du Jura.


Les lectures de jeunesse de Béguelin sont bien éloignées de celles d’un homme de gauche, bien qu’il fût socialiste, par la suite. Il y avait chez lui un combat ethnique, un appel à la Louve romaine, parfois, oui, contre la culture germanique, ce qui, aujourd’hui, choque. Mais il fallait ce canton, il fallait percer, convaincre. Il fallait une avant-garde, lumineuse et courageuse. Ce fut le rôle de Béguelin. Quinze ans après sa mort, hommage à lui.

 

Pascal Décaillet

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13/09/2008

Le souffle des Invalides



Sur le vif  -  Samedi 13.09.08  -  19h


« Jean-Paul, on venait pour le voir. Benoît, on vient pour l’écouter » : en quelques mots, Guy Gilbert, le curé des loubards, tutoyeur et fraternel, ayant troqué son cuir noir pour une aube blanche, a tout dit. Au pied de l’autel, il était, ce matin, parmi les 260.000 des Invalides, cette masse humaine venue partager avec le successeur de Pierre ce moment de présence et de communion que les chrétiens appellent, depuis vingt siècles, une messe. Nul n’est besoin d’être 260.000 : treize personnes peuvent suffire. Ou trois. Ou même une seule.

Les Invalides. L’Histoire de France en un mot résumée, le long cortège de ses morts, le sang noirci de la souffrance, l’hommage au sacrifice. Lieu de mémoire républicain, mais avant tout national, appel aux profondeurs. Tombeau de Napoléon. Demeure des morts, ceux qui se sont battus, sont tombés. Parler de la vie, de l’Esprit, de la joie du verbe, dans la cité des défunts, le pari n’était pas gagné d’avance.

Après l’ère du charisme pastoral, voici décidément, avec le Pape Ratzinger, le temps de l’exégèse et de la précision. Pour s’en convaincre, il suffisait de suivre l’évêque de Rome, ce matin, dans son éblouissant commentaire du texte évangélique, la fameuse première épître de Paul aux Corinthiens, où il est question du culte des idoles. Ce ne fut pas un discours sur la lisière du paganisme antique et du monothéisme chrétien, Benoît XVI laisse ce chapitre (au demeurant passionnant, cf Henri-Irénée Marrou) aux historiens et aux spécialistes de la patristique.

Non, ce fut un discours sur aujourd’hui. L’idole comme leurre. « L’argent, la soif de l’avoir, du pouvoir et même du savoir, n’ont-ils pas détourné l’homme de sa fin véritable ? ». Et, un peu plus loin, dans la pure lignée du discours de Ratisbonne, ce Pape du logos nous reparle de la raison, l’un des thèmes centraux de sa pensée théologique : « Jamais Dieu ne demande à l’homme de faire le sacrifice de sa raison ! Jamais la raison n’entre en contradiction réelle avec la foi ! ». Une phrase, au pays des Lumières, de Renan, du combat de 1905, qui pourrait bien faire couler pas mal d’encre, dans les jours qui viennent. Et le même homme, dès ce soir, sera à Lourdes, haut lieu de spiritualité mariale, qui n’apparaît pas nécessairement, à première vue, comme un Temple de la Raison triomphante. Disons que statuettes et bibelots y sont plus fréquents qu’équerres et compas.

Une chose est sûre : davantage que son prédécesseur, Ratzinger est habité par un souci aiguisé (déjà éclatant à Ratisbonne) de démonstration et de précision. À quoi s’ajoute une extrême clarté : ce sermon des Invalides a été un discours pour tous, une très haute exigence intellectuelle servie par des mots simples, de tous les jours. À l’école de Chrysostome, la « Bouche d’or », père de l’Eglise grecque et archevêque de Constantinople au IVe siècle, dont c’est aujourd’hui la fête, et dont tout helléniste a pu savourer les textes, Benoît n’avance rien qui ne soit immédiatement étayé par le ciselage du logos. Pape intellectuel, c’est sûr. Mais dont les fidèles, aux Invalides, ont aussi noté l’incroyable douceur.

Elle commence à sourire, se dérider, et même s’émouvoir un peu, la Fille aînée de l’Eglise, devant ce professeur de Tübingen qui a longtemps semblé plus à l’aise dans les textes sacrés qu’au contact des foules. Ce matin, aux Invalides, ce ne fut peut-être pas la folie des JMJ à l’époque de Jean-Paul II. Mais quelque chose est passé. Une force. Une chaleur. Une lumière. Une intelligence. Quelque chose, oui, qui donne envie de continuer ce qui fut entrepris, il y a maintenant une vingtaine de siècles.

Pascal Décaillet

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12/09/2008

Suffrage universel

Chronique parue dans le Nouvelliste du jeudi 11.09.08

 

Je suis partisan, depuis de nombreuses années, de l’élection du Conseil fédéral au suffrage universel. L’exécutif doit être la clef de voûte de nos institutions. Je le dis et l’assume, dans un pays qui a exagérément cru bon d’octroyer cette fonction au Parlement. Ainsi, ce très étrange titre de « premier citoyen du pays » pour le président du Conseil national. Il y a là quelque chose d’incongru : le premier de tous, dans une démocratie, doit être le chef de l’exécutif, pas l’homme du perchoir.

Encore faut-il que l’exécutif ait un vrai chef. Non seulement pour un an, ni même pour deux, mais pour l’ensemble d’une législature. Cela se fait dans tous les pays du monde, il n’y a là rien de grave, rien de scélérat. D’autres pays ont plusieurs langues, plusieurs religions, et n’ont pas pour autant instauré l’impuissance impersonnelle, ni la division par sept du pouvoir, pour faire leurs preuves.

Suffrage universel : l’exécutif, qui offre actuellement un spectacle bien difficile, tout le monde attaquant tout le monde (un peu comme dans le merveilleux poème « Les Ouménés de Bonada » de Michaux) a besoin de restaurer sa légitimité. La dernière élection du Conseil fédéral, le 12 décembre 2007, riche d’une « combinazione » sur laquelle je ne reviendrai pas, a prouvé avec éclat les limites du suffrage indirect. S’il fallait ne pas réélire Christoph Blocher, que ce fût au moins par le désaveu du peuple, et non pas celui d’un cartel de passage, au demeurant aussi vite dissous qu’il s’était formé.

L’exécutif doit tirer sa sève, sa légitimité, des profondeurs du peuple souverain. Bien sûr, avec quelques garanties, simples et tenant sur cinq ou six lignes de la Constitution fédérale pour garantir la représentativité des régions.

Avec ce système, émergeront de grandes figures nationales : Pierre Maudet, Pierre-Yves Maillard, Christophe Darbellay en ont la carrure. Des hommes forts, avec une intelligence, une vision, un rayonnement dépassant de loin des frontières de leur canton, et même de leur région. Franchement, qui s’en plaindra ? Faut-il, en politique comme dans la vie, craindre la puissance et le talent ? Faut-il craindre les caractères, les tempéraments ? Et recommencer à élire des passe-murailles en complets croisés ? A chacun de se forger sa religion. Pour moi, depuis longtemps, c’est chose faite.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Mille morts par jour, pendant quatre ans


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Vendredi 12.09.08  -  07.05h

 

La France, en Afghanistan, a perdu des hommes, dans une embuscade. Elle les pleure. Les familles demandent des explications. Elles se rendent même sur place, pour tenter de comprendre ce qui s’est passé.

Sur la douleur des familles, rien à redire. Mais sur un certain climat d’émotion autour de cet événement, entretenu par les médias, dont le 20h de TF1, il convient peut-être de rappeler un ou deux points.

Le principe d’une guerre, c’est de tuer l’ennemi, ou de se faire tuer par lui. La France a choisi de faire la guerre en Afghanistan, et sans doute ce choix est-il à saluer. Elle envoie donc ses soldats sur l’un des terrains de guerre les plus difficiles de la planète, où celui qui maîtrise le terrain (les Russes en savent quelque chose) est gagnant d’avance.

Dans ces opérations d’une difficulté extrême, la France tend des embuscades aux talibans. Et, ma foi, les talibans tendent des embuscades aux Français. C’est très dur, c’est un jeu de vie et de mort : c’est précisément ce qu’on appelle la guerre.

Entre le 2 août 1914 et le 11 novembre 1918, la France a perdu, en moyenne, mille morts par jour. Nulle famille du pays ne fut épargnée par le deuil. La saignée démographique fut terrible, et fut l’une des causes majeures de la défaite de 1940.

Aujourd’hui, pour dix morts d’une armée devenue professionnelle, sur un terrain extérieur, on réclame des commissions d’enquête. N’a-t-on pas oublié, tout simplement, que l’Histoire était tragique, que le mal faisait partie de la vie. Et que la notion de progrès, face à ces fondamentaux, était bien relative.

 

Pascal Décaillet

 

 

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11/09/2008

Jours fériés : et si on ouvrait un peu le jeu ?


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Jeudi 11.09.08  -  07.05h

 

C’est aujourd’hui le Jeûne genevois. Genève a congé. Comme un dimanche, ou presque. Genève a congé, mais nul, hormis quelques érudits, ne sait exactement pourquoi. Ce jeûne, cette action de grâce, d’où viennent-ils, quel sens ont-ils ? Pourquoi le rite demeure-t-il, dans nos calendriers ?

C’est le problème avec beaucoup de nos jours fériés. Le 15 août, les Valaisans ont congé. Combien d’entre eux sont-ils capables de nous tenir un discours sur l’Assomption de la Vierge Marie ? Bien des gens la confondent avec l’Ascension, celle du Christ. Fêtée quarante jours après Pâques. Il est vrai que l’homonymie ne facilite pas les choses. Ne parlons pas de la Fête-Dieu, congé dans les cantons catholiques, Corpus Christi en latin : magnifique, certes, avec ses cortèges, son rituel, mais qui en décèle encore le sens ?

La plupart de nos jours fériés viennent du christianisme. Dès lors, serait-ce perdre notre âme que d’ouvrir, par exemple, deux fêtes par an à d’autres importantes communautés religieuses de Suisse ? Par exemple, le début du Ramadan pour les Musulmans, Rosh Hashana ou Yom Kippour pour les Juifs ? La Suisse n’en serait pas pour autant, dès le lendemain, couverte de minarets ni de synagogues, l’empreinte chrétienne, par son histoire, resterait très présente, et la Suisse aurait donné un signe d’ouverture.

A cet égard, une très belle image : celle de Pascal Couchepin partageant, avec des Musulmans, il y a quelques jours, un moment du Ramadan. Un signal fort, à mille lieues de certaines initiatives qui sont à l’errance ce que les plus hautes tours – ou les plus hauts minarets – sont au Ciel.

 

Pascal Décaillet

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10/09/2008

L'éternel Gaillot


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Mercredi 10.09.08  -  07.05h

 

Il y a, en France, des millions et des millions de catholiques. Parmi eux, beaucoup de croyants, et pas mal de pratiquants, le mythe des « églises vides » étant, la plupart du temps, colporté par ceux qui n’y mettent jamais les pieds.

Vendredi, le pape viendra en France. A 12.45h, à l’Elysée, il rencontrera Nicolas Sarkozy. Nous aurons le privilège de nous entretenir, sur cette antenne, avec un homme qui participera à cette rencontre, le magnifique philosophe et spécialiste de la pensée juive, Maurice-Ruben Hayoun. Un homme, aussi, qui entretient une correspondance, en allemand, avec le pape Ratzinger.

A l’avant-veille de ce voyage, sur les têtes de pages de certains de nos quotidiens, à qui avons-nous droit ? – A Mgr Gaillot, pardi ! L’éternel évêque contestataire, naguère en charge du diocèse d’Evreux. Avec, en gros, ce titre : « Mgr Gaillot : Je n’attends rien de la venue du pape ».

Cette fois, c’est Gaillot. D’habitude, chaque fois qu’on parle du pape – celui-ci ou son prédécesseur – c’est l’éternel contestataire de Tübingen que l’on convoque, Hans Küng.

Que Gaillot, Küng s’expriment, c’est bien leur droit le plus total. Et, à coup sûr, ils ont des choses à dire. Eux, ne sont pas en cause. On les appelle, ils répondent.

Le problème, c’est l’automatisme, le conformisme de carnet d’adresses de certains journalistes. Dès qu’on parle de l’évêque de Rome, il convient naturellement, par essence, d’en dire du mal. Alors, on appelle Gaillot, on appelle Küng. On respire bien fort. Persuadé d’être un grand résistant à cette très méchante Eglise qui, c’est bien connu, pratique encore l’Inquisition.

Pour ma part, je souhaiterais simplement la bienvenue à Benoît XVI en France. Je n’ai pas dit, « Fille aînée de l’Eglise ». Je peux dire tout autant « patrie des droits de l’homme », pays de liberté qui nous a tant donné.

 

Excellente journée à tous. Et, si c’est la fin du monde, à bientôt, ailleurs.

 

Pascal Décaillet

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09/09/2008

Le King


Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Mardi 09.09.08  -  07.05h

 
Il a gagné. Il est assis par terre, les avant-bras tendus vers le ciel, il hurle, il expurge tous ces mois de tension, il exorcise l’adversité. Il a gagné, il est redevenu le roi. Le King.

A New York, Roger Federer nous a donné une leçon. Il nous dit : « Dans la vie, il faut se battre, se battre, et se battre encore ». Ne jamais baisser les bras. Que viennent les revers, les défaites, que s’en aillent les faux amis, qu’exulte la criticature, qu’importe. Un champion de cette espèce n’a pas d’état d’âme. Il ne se plaint pas. Il se bat. Et c’est tout.

Roger Federer est un champion de toute grande race. Lâché, ce printemps et cet été, par une bonne partie des observateurs, il a continué son chemin. A terre, il s’est relevé, il est reparti au combat. Ce qui ne tue pas renforce. Sa victoire de New York, cette nuit, est l’une des plus belles de sa carrière. Elle n’est pas seulement une victoire contre Andy Murray. Elle est une victoire sur lui-même. Contre la fatalité. Contre la facilité. Une étape de son destin. Et elle est, pour nous tous, que nous nous intéressions ou non au tennis, une magnifique leçon.

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06/09/2008

Les camarades et l’AFP



Sur le vif  -  Samedi 06.09.08  - 21.40h

Les socialistes, c’est connu, n’ont jamais beaucoup aimé la presse. La liberté des idées, le choc des antagonismes, le plaisir de la disputatio, la jouissance d’affronter un contradicteur, ne sont guère leur fort. Qu’on les caresse dans le sens du poil, tout ira bien ; qu’on les critique, et les épines, sous la rose, viendront lacérer votre insolence.

Dernier exemple en date, Micheline Calmy-Rey. Je ne fais pas partie de ceux qui tirent à boulets rouges sur la conseillère fédérale, je me réjouis même que la Suisse ait une politique étrangère claire, souvent courageuse, active, imaginative. Toutes choses qui ne m’étaient pas apparues avec éblouissement sous les très riches heures de Joseph Deiss. Mais, dans l’affaire de l’AFP, Micheline Calmy-Rey a montré un très vilain visage : celui de la presse qu’on veut contrôler, et dont on cherche à se venger.

Le 25 août, suite au discours de la cheffe du DFAE devant la Conférence des Ambassadeurs, où elle avait bel et bien eu une phrase, très claire (et, selon l’Hebdo de cette semaine, dûment relue, donc préméditée) sur Ben Laden, l’AFP avait titré « La fin d’un tabou ? La Suisse prête à dialoguer avec Ben Laden ». Colère de MCR, dévastatrice. Embarras au DFAE. Chasse aux sorcières contre l’impudent agencier, qui avait osé un titre interprétatif. L’AFP, à très juste titre, a rappelé à la ministre que les rédacteurs des dépêches étaient des journalistes, avec un devoir de décodage et de mise en perspective, et non des greffiers au service du Prince.

L’affaire ne s’est pas terminée là. Il a fallu que le maire de Genève, Manuel Tornare, homme pourtant pétri de culture et de bonne philosophie, se croie obligé, devant l’Association de la presse étrangère en Suisse, d’en rajouter, en grande obédience à sa suzeraine, dans le registre de la morale à la presse. Et se permette de parler « d’erreurs grossières » de certaines agences.

Il y a des moments, Monsieur Tornare, où la clarté de la Lumière philosophique s’aveugle dans la nuit de la discipline de parti, et du conformisme devant les puissants de son propre camp. L’agencier de l’AFP n’a fait que son travail : au lieu de n’être que l’écho moutonnier du pouvoir, il a élargi le champ en pointant le titre vers l’essentiel. Ce qui gênait. Il a juste fait, en cela, son travail de journaliste.

Pascal Décaillet



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05/09/2008

Les Rijabons de Carabule

Sur le vif  -  Vendredi 05.09.08  -  15.45h

 

Vous avez sans doute en tête la dernière page d’Astérix et les Goths, ce pataquès généralisé où les chefs germaniques se neutralisent en se combattant les uns et les autres. Il y a aussi les Ouménés de Bonada, merveilleux poème d’Henri Michaux, où s’entremêlent Nippos de Pommédé, Bitules de Rotrarque, Rijabons de Carabule. A faire lire, à haute voix, par tous les élèves de toutes les classes, tant les sonorités de ces noms de tribus imaginaires flattent l’oreille, excitent le désir anthropologique, donnent envie de croquer, à dents de requins, l’aigre-douce dérision du pouvoir.

Tout cela, en ce vendredi d’arrière-été, me fait penser à l’actuel Conseil fédéral. Ce collège de l’après-10-décembre, expurgé de la bête immonde, dont on nous promettait la plus parfaite des sérénités. En lieu et place de ce rêve, naïf comme un oiseau blanc dans le ciel d’automne, voilà que la réalité nous rattrape : plusieurs ministres attaqués, simultanément, comme jamais, par plusieurs partis gouvernementaux, pour des raisons différentes, dans la plus glacée Bérézina du sens et de la raison.

Entre partis gouvernementaux, on ne se parle plus : on s’écrit des lettres ouvertes. Le ministre de la Défense est en état de siège, prêt à bouffer du rat plutôt que de se rendre. Celle des Affaires étrangères est invitée à ne plus mettre un pied à l’extérieur du pays. Dernier missile en date : celui des radicaux, qui, dans leur service de presse d’hier, qualifient Moritz Leuenberger « d’ancien conseiller fédéral » ! A moi, Michaux, à moi les Ouménés, les Odobommédés, à moi Rijobettes de Billliguette, à moi Prochus d’Osteboule, à moi Goscinny, Uderzo, à moi Mazarin qui divisa les Allemagnes. A moi, je vous en supplie, pour m’aider un peu à comprendre.

 

Pascal Décaillet

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Le général de l’armée morte

Commentaire publié par le Giornale del Popolo du vendredi 05.09.08

 

Depuis cet été, la situation de Samuel Schmid était déjà de plus en plus difficile. Là, elle devient franchement intenable. Accumulant les erreurs, ou les « oublis », attaqué de toutes parts, le conseiller fédéral a perdu le crédit nécessaire pour pouvoir, décemment, poursuivre son mandat. Dans n’importe quel autre pays du monde, un ministre acculé à une telle situation en aurait déjà tiré les conséquences. Mais la Suisse, décidément, n’est pas un pays comme un autre.

Dernier rebondissement : le ministre de la Défense a admis, hier, qu’il était au courant, en novembre 2006 déjà, de la plainte déposée contre Roland Nef. Mais il aurait, ensuite, « oublié » cette affaire ! « Moi aussi, je suis un être humain ».

Cet argument de « l’oubli » ne passera pas. L’affaire Nef est jugée, par les Suisses, comme grave, car les errances dans la vie privée du chef de l’armée suisse se doublent d’une crise majeure de notre politique se sécurité : les objectifs en sont pas clairs, les achats de chars rappellent la guerre froide. A bien des égards, par rapport à l’excellent travail de réforme engagé par Kaspar Villiger et Adolf Ogi, l’ère Schmid aura marqué une régression.

Maintenant, Samuel Schmid est un homme seul. Comme Elisabeth Kopp fut, à un certain moment, une femme seule. Qu’il y ait une certaine grandeur à se maintenir malgré tout, est tout à son honneur. Mais la politique, avant d’être une affaire morale, est un rapport de forces. Vilipendé par son ancien parti, l’UDC, attaqué par les Verts qui veulent profiter d’une vacance pour placer l’un des leurs au Conseil fédéral, le général de l’armée morte est maintenant lâché par les socialistes.

Déjà, on parle de ne pas l’élire, cet automne, à la vice-présidence du Conseil fédéral. Mais ce terme même est bien lointain. A coup sûr, en coulisses, c’est la succession du Bernois qui capte les attentions. Combien de temps tiendra-t-il encore ? Avec quelle marge de manœuvre politique ? Quelle autonomie de décision ? Quelle crédibilité ? Quelle vision d’avenir pour notre politique de sécurité ? Ce sont là les vraies questions, bien au-delà des péripéties de la vie privée de Monsieur Nef.

 

Pascal Décaillet

09:49 Publié dans Editos Giornale del Popolo | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |