01/10/2008

Démagogie fumeuse


Edito du 7-8  -  Radio Cité  - Mercredi 01.10.08  -  07.05h

 

Hier matin, 10.38h, nous vous annoncions en primeur, sur cette antenne, la décision du Tribunal fédéral sur la fumée à Genève. Ce matin, la presse en est pleine. Hier soir déjà, les bistrots ne bruissaient que de fumeuses conversations sur le pouvoir des juges et le travail un peu trop rapide du Conseil d’Etat.

Hier, bien sûr, notre Cour suprême était totalement habilitée à statuer, puisqu’il s’agissait d’un règlement, donc d’un texte passible de recours. Et c’est bien là le problème. En politique, en toutes choses, il faut des lois. Avec une onction, une légitimité, soit du parlement, soit du peuple.

Dans l’affaire de la cigarette à Genève, il y a eu, le 24 février, une majorité sans appel du corps électoral genevois, le signal politique était parfaitement clair. Et il méritait, ce signal, d’être ancré proprement dans la législation. Quitte à aller un peu moins vite en besogne. De là à imaginer que cette excessive célérité fût animée par des motifs démagogiques, la pression de l’opinion, il y a un pas. Que nous franchissons sans état d’âme.

Tout cela est un beau gâchis: lorsqu’il s’agit de décisions souveraines du peuple, moins on sollicite les juges, mieux la démocratie se porte. Le Conseil d’Etat, à la fin de l’hiver, a voulu faire un tabac. Il n’aura réussi qu’un écran de fumée.

 

Pascal Décaillet

06:33 Publié dans Editos Radio cité | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Il conviendrait également de rappeler les motivations pour le moins fumeuses de deux des trois recourants... Tous deux fumeurs, voulant à l'évidence jouer la manoeuvre dilatoire, ils ont argué du droit pour retarder une échéance inévitable.

Ils étaient entourés d'une meute d'agités du bocal, certains d'entr'eux très présents sur les blogs de la Tribune de Genève, qui, hurlant à de prétendues atteintes aux libertés fondamentales, ont contribué à l'accroissement de l'opacité de l'écran de fumée.

Le résultat est là. Certains fumeurs responsables ont bien compris qu'il serait raisonnable de continuer à fumer dehors. Les autres recommenceront "à fumer dans les bistros "fumeurs" où j'ai mes petites habitudes"...

Tout cela aurait pu être évité, ou largement minimisé, si les bistrotiers avaient compris, en dépit de la stupidité de leurs représentants patronaux, qu'aménager des espaces non-fumeurs dans leurs établissements était une solution agréable pour tout le monde. Et si une certaine droite avait compris que la défense de la liberté du commerce et de l'entreprise ne pouvait décemment s'incarner dans la pratique de la tabagie dans les lieux publics...

Écrit par : N. Chauvet | 01/10/2008

Franchement, il n'y a qu'un politicien ou un journaliste gâté par le système qui puisse prêter une telle intention au conseil d'État. D'un point de vue populaire il semblait qu'attendre six mois après un tel plébiscite ressemblait presque à un déni de droit démocratique. Et je doute que la population du canton comprenne de les arguties juridiques du tribunal fédéral.

Écrit par : Yvan Agnesina | 01/10/2008

"Ils étaient entourés d'une meute d'agités du bocal..."

Question "agités du bocal", les antipétuns sont pas mal pourvus non plus. C'est au point qu'ayant arrêté de fumer, il y a huit ans, il m'arrive d'avoir envie de recommencer rien que pour ne pas risquer d'être assimilé à ces hurluberlus !

"...je doute que la population du canton comprenne de les arguties juridiques du tribunal fédéral."

C'est sûr qu'à l'époque du "J'ai envie, donc j'ai le droit" triomphant, l'existence de procédures légaux à respecter impérativement, est de plus en plus difficile à admettre...

Écrit par : Scipion | 01/10/2008

Une fois de plus Pascal Décaillet nous livre ses commentaires intelligents, qui ont une certaine largeur de vue trop rare en Suisse, petit pays aux grandes qualités mais dont le défaut inévitable est la médiocrité. Il retrouve contre la lui la grande conjuration des imbéciles, fort nombreuse comme chacun sait.

Quant les trois-quarts des électeurs, avec 70% de participation, font une demande démocratique, elle doit être RESPECTEE.

Que des juges fédéraux, cooptés dans les circuits universitaires (peu démocratiques et parfois peu compétents), ensuite cooptés par les experts juridiques des partis, dont le vote est seulement enregistré par le Conseil national et non pas prononcé, on arrive à une crise politique, à une crise de l'intelligence.

Il n'est pas bon qu'une coterie auto-proclamée outrepasse son pouvoir.

Le Conseil d'Etat a été excessif sans doute, comme les électeurs genevois, mais le flou juridique - entretenu par le TF - relève également d'un état d'esprit anti-démocratique.

La Constituante doit créer une Cour constitutionnelle genevoise (sur le modèle des Cours suprêmes des Etats américains) élue par le peuple, afin de dire CLAIREMENT et SIMPLEMENT le droit, n'en déplaise aux avocats en mal d'honoraires.

Écrit par : Populorum Lex | 01/10/2008

@populorum lex: dura lex sed lex!

Qu'un gouvernement de la République, majoritairement composé de juristes (c'est d'ailleurs son problème majeur) ne soit pas capable de savoir qu'il n'a pas de pouvoir législatif en pareille situation est tout simplement effrayant.

Mais il est vrai que le même gouvernement couvre des irrégularités lorsqu'il ne les commet pas lui-même.

La conclusion première est qu'à l'impossible nul n'est tenu, le saconde est que ce collège mérite plus de s'ébattre dans une cour de récréation qu'à la Tour Baudet.

Pour ce qui est de la Constituante, elle devra effectivement se pencher sur les Institutions au sens large, y compris sur la nécessité d'un Conseil Constitutionnel.

Au risque de me répéter, l'initiative destitutive offre au mandant (le Peuple) d'une part de s'assurer que son mandataire (le gouvernement) respecte le mandat qu'il lui a confié et que d'autre part, selon les règles du mandat, il peut y mettre un terme lorsqu'il constate l'inexécution du contrat (engagement de législature qui sert de base électorale, signé par tous les partis qui prétendent gouverner ensembles).

Ce système a d'autant plus de sens si la la durée des législatures est allongée, 5ans selon notre proposition, qui pourraient être portée à une fois 7 ans.

Sur le fond de la décision, nous sommes face à une argutie juridique dans le domaine des libertés individuelles, elle est donc forcément déplacée.


PATRICK DIMIER
LISTE 9 MCG
Mouvement Changer Genève

Écrit par : Patrick Dimier | 01/10/2008

La Suisse est connue pour sa lenteur...qui parfois nous coûte très chère. Dommage pour cet exercice raté de "vitesse", mais il est vrai aussi que la Berne fédérale avec son imbroglio juridique hypercompliqué ne fait que compliquer la tâche des cantons.

Écrit par : demain | 01/10/2008

Il est interdit d'édicter des règlements trop vite comme il est interdit de rouler à plus de 50 Km/h en ville...
A tout interdire, on finira tous perdant pour une raison ou pour une autre.
Abe

Écrit par : Abe | 01/10/2008

La cigarette est, comme on nous le répète sans cesse, le poison le plus nocif dans nos pays, qui tue le plus de gens et qui coûte le plus cher à la société. Alors, pourquoi aucun des beaux esprits qui dissertent à longueur de pages sur l'urgence de son interdiction dans les lieux publics n'a-t-il pas encore demandé l'interdiction de sa fabrication ?
Non, non, ce n'est pas pour une question de liberté individuelle, pas non plus une question d'emplois à maintenir. Cette cigarette amène tant d'argent dans les caisses publiques qu'on préfère prolonger l'hypocrisie générale :

CESSEZ D'EMPOISONNER LE PAYS AVEC VOTRE FUMEE, MAIS SVP N'ARRÊTEZ PAS DE FUMER ON A BESOIN DE VOS SOUS

Écrit par : gamine | 01/10/2008

Les commentaires sont fermés.