31/12/2008

Six voeux politiques pour la Suisse de 2009

 

 

Mercredi 31.12.08 - 16.50h


Il y a juste un an, dans ce même espace de blogs qui nous accueille, j’adressais à mes chers lecteurs et lectrices six vœux politiques pour la Suisse de 2008. À la relecture, je crois pouvoir les « recycler » (qu’on me pardonne ce mot peu élégant) pour 2009, ce que je fais ci-dessous. Avec une pensée toute particulière pour les habitants de notre pays que les retombées de la crise financière ne laisseront pas indemnes. Et qu’il n’est évidemment pas question, quels que soient nos bords politiques, de laisser sur le chemin.

De mes hauteurs valaisannes enneigées, excellente année à tous !


1) Une Suisse républicaine et fraternelle
 
    Ce qui nous réunit, dans ce petit pays à la complexité fragile, ça n’est ni la couleur d’une peau, ni une langue, ni une religion. C’est une culture politique, un art du vivre ensemble. Cette culture ne nous est vraiment devenue commune qu’à partir de 1848, avec quelques éclairs prémonitoires en 1798. Elle ne s’est en rien constituée toute seule, mais en résonance à l’exceptionnel moment politique qu’a été la Révolution française, ou, un demi-siècle plus tard, le grand mouvement républicain, en Europe, de 1848. Cette culture politique commune, j’avoue avoir beaucoup de peine à aller la quérir jusqu’en 1291. Mais je respecte les mythes, et ceux qui veulent les croire.

Non, ça n’est pas une langue qui nous réunit: nous parlons français, ou allemand (ou plutôt suisse allemand !), ou italien, ou romanche, sans compter l’albanais, le serbo-croate, l’anglais, l’espagnol, le portugais. Pourtant, quelles que soient nos origines, nous pouvons nous reconnaître comme un code commun : le respect de certaines règles, établies, au cours des décennies, par la souveraineté du peuple, la reconnaissance de ces lois comme une richesse collective, voilà, beaucoup plus que l’identité, ce qui fonde notre appartenance. La pluralité, la mixité nous ont façonnés. Elles sont constitutives de notre essence, tout comme certaines fragrances alternées construisent la personnalité d’un parfum. Pour la Suisse, c’est ce charme secret dont parlait Denis de Rougemont.


2) Une Suisse qui sache écouter son peuple

Quand j’étais correspondant parlementaire à Berne, pour la Radio Suisse Romande, au début des années 1990, je n’aimais pas ces dimanches où le peuple défaisait le travail des Chambres fédérales ! J’étais tellement dans la logique parlementaire, cette horlogerie de précision qui façonne nos lois, avec le travail des commissions, les navettes d’une Chambre à l’autre, cette arachnéenne patience, que je trouvais injuste la pratique du référendum. Bien entendu, j’avais tort.

Seize ans après, seize ans de politique fédérale suivie jour après jour avec une passion sans cesse régénérée, je mesure à quel point l’appel au suffrage universel ancre et légitime les lois, avec une onction infiniment plus puissante que la seule décision parlementaire. Cette démocratie directe, d’initiative ou de référendum, il faut un peu voyager pour voir à quel point nos voisins nous l’envient.

Ces verdicts du peuple, il faut aussi savoir les écouter. Correspondant à Berne, j’avais couvert avec passion la campagne pour l’Espace économique européen. Au soir du 6 décembre 1992, j’avais immensément admiré les quelques mots de Jean-Pascal Delamuraz, « dimanche noir », etc. Aujourd’hui, et sans rien retrancher au sentiment profond que m’a inspiré cet homme, je vois les choses différemment. Le peuple et les cantons, ce jour-là, avaient simplement donné, diapason en main, le ton de ce qu’allait être la politique européenne de la Suisse pour les années à venir, privilégiant les accords économiques sur l’intégration identitaire. Fallait-il, au soir même du verdict souverain, lui faire la leçon ? Et puis, très franchement, seize ans après, le peuple s’était-il, ce jour-là, vraiment trompé ?

Ce message du peuple, quel qu’il soit, il faudra savoir l’écouter au soir du 8 février 2009. Sans exclure ni diaboliser personne. Dire que cette votation-là est gagnée d’avance, dans un sens ou dans l’autre, me paraît, au soir de ce 31 décembre 2008, bien téméraire.


3) Une Suisse qui libère les énergies créatrices

    Il est encore beaucoup trop complexe, en Suisse, de lancer son entreprise. Mille contraintes ou chicaneries vous en dissuadent. Tenir une PME, c’est passer trop de temps sur l’intendance, pas assez sur l’invention et la production. Alors, tant de gens baissent les bras, préfèrent reprendre un statut d’employé, avec la sécurité, le filet social, une armada de chefs ou de sous-chefs pour les encadrer. Ils ont tort. Être indépendant, autour d’un projet, d’un savoir-faire, se sentir totalement responsable d’une entreprise, fût-elle minime, assumer le risque économique, c’est un état d’esprit qui correspond très bien à l’identité et l’Histoire économique de la Suisse. Pays d’artisans, à la base, qualifiés, opiniâtres, immensément travailleurs, tisserands de Suisse orientale, horlogers de l’Arc jurassien, paysans de montagne des vallées latérales du Valais. L’écrasante majorité du tissu économique de la Suisse de 2009, ce sont les PME. On ne fait pas assez pour les encourager à tenter leur chance. Ensuite, elles réussissent ou non : le marché décide. Dans une Suisse que les retombées de la crise financière ne manqueront pas d’atteindre, ce message à nos petites entreprises (95% de notre tissu économique) me semble capital.


4) Une fiscalité transparente

    Les Suisses de 2009 ont parfaitement le droit de savoir, au centime près, ce que deviennent leurs impôts. Ils ont, plus encore, celui de corriger, sans tabou, les affectations qui leur sembleraient abusives ou mal placées. Il n’est plus question de considérer l’Etat comme un gestionnaire de droit divin des deniers dûment gagnés par ceux qui travaillent. S’il faut vraiment trimer près de trois mois par an pour l’Etat, on a au moins le droit, comme citoyen, de décider où va cet argent. À cet égard, les efforts entrepris depuis quelques années, au niveau fédéral, notamment sous l’impulsion de Monsieur Merz, pour passer au crible les budgets, doivent être impérativement poursuivis. Le contrôle de ces budgets, in fine, ne doit pas appartenir au seul Parlement, mais au peuple. Révolution de mentalité, j’en conviens.


5) Le maître-mot : la formation

    Quand on parle formation, au niveau national, on pense tout de suite Universités, hautes écoles. Et jamais école obligatoire, fédéralisme oblige. On a tort. Le plus important, ce sont les premières années, les années communes à tous, celles qui façonnent le sentiment collectif d’appartenance à une communauté. Jules Ferry, et avant lui déjà Guizot, l’avaient admirablement compris. Et, à Genève, André Chavanne, même si la réussite de ce dernier est davantage sociale (l’intégration) qu’épistémique.

La Suisse a un besoin urgent qu’on revalorise la formation de base. École primaire, Cycle d’Orientation, pour prendre des terminologies romandes. L’Ecole obligatoire, jusqu’à quinze ou seize ans. C’est là que tout se joue. Là qu’il faut mettre les meilleurs profs, ceux qui savent enthousiasmer, transmettre leurs passions. Là que le champ citoyen doit s’investir avec le plus d’ardeur. L’Ecole n’appartient pas qu’aux seuls enseignants. Si elle veut être, authentiquement, celle de la République (pourquoi diable la Suisse a-t-elle si peur de ce magnifique mot ?), elle doit accepter que le politique, et jusqu’au suffrage populaire parfois, lui désigne, non ses programmes, mais ses grandes lignes directrices.

Ce champ doit-il être laissé à la seule régence d’une Conférence intercantonale, dont la légitimité démocratique ne m’apparaît pas dans toute sa splendeur ? Est-il vraiment si tabou d’imaginer un Secrétariat d’Etat à l’Education, voire un grand Département de la Formation, s’occupant de ce que doit être, en Suisse, l’Ecole obligatoire ?

Prochain rendez-vous important, à Genève : le 17 mai 2009.


6) Oser les grands travaux

    Une ahurissante théorie de la croissance zéro (dont, Dieu merci, même les Verts sont revenus) a pu faire croire, à un moment, qu’il était scélérat de creuser des tunnels, construire des routes ou des voies ferroviaires. J’ai vu, de mes yeux, au Congrès d’Interlaken, en 1991, les « fundi » écologistes alémaniques, dire non à l’immense aventure des transversales alpines. Les mêmes qui, il y a vingt-cinq ans, condamnaient la construction d’une autoroute en Valais, sont les premiers, aujourd’hui, à foncer sur Sierre, et bientôt Brigue, en moins de deux heures, depuis Genève. Les premiers à arpenter les champs de ski de Vercorin, ou Crans, ou Arolla, ou Verbier, où il a bien fallu, un jour, que quelque promoteur, évidemment jugé véreux, prenne le risque d’installer des remonte-pentes. Et les mêmes fundi zurichois de 1991 seront les premiers, allègrement, à franchir le Gothard et le Lötschberg, en train, direction l’Italie. Où ils pourront contempler, du haut de leurs sandales, les œuvres de Giotto et Piero della Francesca.

Mon père était ingénieur. J’ai passé d’innombrables samedis de mon enfance à l’accompagner sur les chantiers, un peu partout en Suisse romande. Ce monde, comme celui de l’industrie, me fascine. Un monde où on travaille, je veux dire vraiment, un monde de la fatigue, du mérite et du résultat concret. À ces travailleurs de la construction, tous métiers confondus, toutes origines ethniques aussi bien sûr, ces gens du savoir-faire et du travail tellement utile à tous, j’adresse, en plus de mes vœux, comme un sapin d’amitié. Ce sapin qui couronne leurs œuvres, même hors de Noël. Même dans la lumière, retrouvée, de l’été.

Pascal Décaillet

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Commentaires

Cher Pascal Décaillet,

Comment ne pas approuver les voeux que vous formulez pour 2009 ?

Pour ce qui est de votre sixième voeu, je voudrais juste apporter une précision : les grands travaux d'infrastructure sont absolument nécessaires pour le développement d'un pays, mais, justement, il faut qu'ils soient nécessaires. Ils ne doivent pas être entrepris pour occuper des gens et pour relancer prétendument l'économie : ils peuvent alors s'avérer plus néfastes que de ne rien faire.

Bonne et heureuse année 2009 !

Écrit par : Francis Richard | 31/12/2008

Cette culture politique commune, j’avoue avoir beaucoup de peine à aller la quérir jusqu’en 1291. Mais je respecte les mythes, et ceux qui veulent les croire.
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Serait-ce que vous n'auriez pas étudié l'Histoire suisse mais uniquement l'Histoire française ? Certes les Bas valaisans ont été comme les Vaudois, liberés de leur tutelle, on pourrait dire colonisateur, par Les Français. On a tendance aussi a oublier que l'occupation française de la Suisse a été douloureuse et que ce sont les Alliés Russes-Autrichiens et Prusses qui ont délivré la Suisse de l'occupation française, Genève le commémore. Les Vaudois et les Argoviens doivent au Tsar Alexandre 1er le fait que les Bernois ne sont pas revenus après le départ des Français et derrière le Tsar il y avait Frédéric César la Harpe qui a été son precepteur. Cette entente extraordinaire, cettre amitié entre La Harpe et Alexandre a fait que les troupes russes n'ont commis aucun pillage ou exaction lorsqu'elles sont entrées dans Paris. Il y a un livre à ce sujet : Frédéric César La Harpe par A. Boehtling. D'accord que Napoléon a compris le fédéralisme helvétique et que l'esprit démocratique y a gagné (cependant Genève, le Valais et le Jura devinrent purement français). De là a réduire l'Histoire de la Suisse originelle à un mythe, excusez-moi, c'est faire preuve d'ignorance ou de mauvaise foi. Relisez cette Histoire, Jean-François Bergier, excellent médiéviste, totalement nul en histoire contemporaine suisse (on ne peut pas être excellent partout), a écrit " Guillaume Tell", je vous le recommande.

Écrit par : Christian Favre | 31/12/2008

"Il n’est plus question de considérer l’Etat comme un gestionnaire de droit divin des deniers dûment gagnés par ceux qui travaillent. S’il faut vraiment trimer près de trois mois par an pour l’Etat, on a au moins le droit, comme citoyen, de décider où va cet argent."



Cher Monsieur Décaillet, vous avez raison, cecit dit, puisque nous devrions avoir la possibiliter de décider où cet argent va, je pense qu'une excellente idée consisterait d'ailleurs à limiter aussi les salaires absolument abusifs de certains cadres supérieurs de l'état. Nul doute qu'en votation populaire, cela passerait comme une lettre à la poste (façon de parler). Il est en effet temps de procéder à une véritable révolution de mentalité, et de mettre fin à cette politique ultra-libérale en cours depuis trente ans et dont l'idéologie dominante et bien-pensante tentait de nous faire croire qu'elle était la seule valable et efficace. Ces derniers mois ont montré combien le politiquement correct dans ce domaine, nous a fait perdre de l'argent!!!

Une autre révolution consisterait à supprimer les cadeaux fiscaux que nos chers élus de droite, qui dirigent ce pays, ont accordé à leurs petits copains. S'il faut vraiment trimer trois mois par an pour l'état, alors que tout le monde trime et pas seulement le petit peuple alors que les grasses élites se gaussent en fumant le cigare des rabais fiscaux qu'elles s'auto-accordent.... "Où va cet argent" devrait aussi être "d'où vient cet argent"!!! Le peuple suisse devrait aussi être en droit de savoir à hauteur de combien nos riches invités étrangers contribuent à leur bien être sur nos belles terres. Las, les forfaits fiscaux sont tellement honteux en Suisse qu'on n'ose même pas les révéler. une belle révolution de mentalité s'impose dans ce domaine. Car en Suisse, au niveau de l'impôt, pour parodier George Orwell, tous les cochons sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres...
Nos autorités ont abaissé les prélèvements fiscaux aux plus riches en affirmant que cela allait favoriser l'investissement. Sauf qu'au lieu d'investir dans l'économie réelle, ces messieurs-dames ont investi maissivement en bourse. Des milliards et des milliards de francs qui auraient pu être pris par l'impôt et mis dans les infrastructures de notre pays ont été laissés dans la poche de nos requins nationaux, qui l'ont investi dans du vent....
Qu'a-t-on fait au cours de ces dernières années? Au nom de l'idéologie néo-libérale, dont vous êtes un ardent défenseur M. Décaillet, les riches qui nous dirigent se sont accordés cadeaux sur cadeaux. Ils ont profité de l'embellie économique pour s'enrichir et démanteler tous nos filets de protection sociale. Aucune réserve n'a été constituée pour les périodes de vaches maigres.

Et je ne vous parle pas de la somme astronomique venant du peuple que nos chers élus UDC, radicaux et PDC ont offerts à leurs amis de l'UBS pour qu'ils savuent leur banque après la gestion absolument calamiteuse que ces chers dirigeants de l'UBS en ont faite. Et là encore une fois, les petits copains qui nous dirigent ont fait en sorte (voir le vote au parlement de l'UDC, PDC et radicaux sur le sujet) que M. Ospel ne doivent pas rendre les incroybles bonus qu'il s'octroyait alors qu'il gérait sa banque de façon calamiteuse...
Volez une pomme dans un magasin en Suisse, et vous vous retrouverez au poste. Volez des centaines de millions en bonus indus et vos petits copains vous offriront généreusement 65 milliards de francs sans songer une seule seconde à demander l'avis du peuple à qui appartient cet argent!!! Merci nos dirigeants! Vosu appeliez à une véritable révolution des esprits? Elle est là la véritable révolution: que cesse la Suisse des petits copains qui s'en mettent plein les poches.

Écrit par : Rackham Le Rouge | 01/01/2009

Il serait de bon ton de connaître à qui profitent nos impôts tant sur le plan cantonal que sur le plan communal.

Question: connaissez-vous le salaire d'un secrétaire communal d'un village de 800 âmes?
Connaissez-vous le salaire d'un secrétaire communal d'une ville de 8000 âmes?

Ce serait déjà un bon commencement.....

Écrit par : Oceane | 01/01/2009

Cher Pascal Decaillet,

Permettez-moi, le cap de l’an 9 passé de revenir sur vos six vœux politiques qui sont autant légitimes que peu écoutés par les élites, aussi élitistes qu’élitaires, de ce pays dont les conditions de la survie semblent leur échapper autant en raison de leur élitisme que de leur isolement élitaire.

1) Une Suisse républicaine et fraternelle

Afin de pouvoir être républicaine et fraternelle, la Suisse doit impérativement rester un Etat fédéral et non pas ce que tendent à nous construire ces fameuses élites, un Etat de plus en plus centralisateur.
C’est à cette condition que nous pourrons, pour de nombreuses décennies encore, nous reconnaître au travers de nos différences et nous respecter les uns les autres en dépit de nos profondes divergences de vues sur le quotidien.
J’admets bien volontiers que c’est nettement moins prometteur pour les chasseurs d’honneurs nationaux, d’ailleurs chimériques, la Suisse n’étant pas une nation mais un assemblage des Etats souverains.

Pour que la politique soit effectivement mise à la disposition de l’art de vivre ensemble, il faut peut-être commencer par vouloir faire de la politique et non pas constamment rechercher comment abattre celui qui n’envisage pas la chose publique, res publica, comme soi.

Bien plus politiquement inspirée par sa grande sœur d’Outre Atlantique, la Suisse moderne ne doit pas son affranchissement aux turbulences révolutionnaires et sanguinaires qui agitaient notre voisin d’Outre Jura, mais curieusement à un despote qui a su comprendre que cet Etat, géographiquement central, était une providence pour l’Europe des temps modernes. C’est toute la subtilité de l’Acte de Médiation.

Il est donc logique que vous peiniez à quérir nos racines politiques en 1291 puisqu’elles puisent principalement leur source dans l’Etat fédéral dont l’acte de naissance remonte à 1783 et qui n’entrera en vigueur qu’en 1789.
Il est vrai qu’à la différence de notre aînée, ce n’est effectivement pas la langue qui nous unit mais le sentiment profond qu’au-delà de ce véhicule culturel, la volonté du Peuple de toujours être maître de sa destinée est un ciment d’une toute autre force.

Ce code commun auquel vous faites référence, avec pertinence, c’est bien qui fait du Peuple le vrai Patron. N’en déplaise à certain zurichois au patronyme de chocolatier égaré à Genève pour tenter d’y professer une doctrine post marxiste dépassée.
C’est d’ailleurs cette prédominance qui contrarie tant les élitistes qui, eux, veulent lentement mais sûrement, grignoter ses pouvoir immenses.

A Genève, comme à chaque occasion lorsqu’il est consulté, le Peuple a sèchement rejeté la tentative lancée par les tenants du capital et les princes de l’opacité contre la gouvernance populaire des régies publiques. Cette sanction montre bien qu’ici encore plus qu’ailleurs, le Souverain ne siège pas à Baudet mais s’exprime dans les urnes.

C’est le même attachement à sa Souveraineté que le Peuple dit, en permanence, comment et selon quelle codification, il entend rester ouvert à l’accueil de l’autre, qu’il soit étranger de l’extérieur ou de l’intérieur.

En conclusion sur ce point, le risque majeur qui guette cette Suisse fraternelle que nous aimons tous les deux réside principalement dans sa centralisation effrénée dont le but n’est pas la cohérence politique mais la défense d’intérêts personnels de tel ou tel parlementaire ou groupe parlementaires à briller sous les paysages hodleriens et nous bernent en permanence.

2) Une Suisse qui sache écouter son peuple

Le développement qui précède est la démonstration de ce point.

La votation du 8 février de cette année est un bien triste exemple de cette volonté élitaire (qui ne parle ou ne s’adresse qu’à l’élite pour contraindre la masse à suivre une élite même occasionnelle). Il n’est d’ailleurs pas certain que le Peuple ait totalement saisi l’enjeu intérieur de cette manipulation parlementaire.

Il n’est notamment pas certain qu’il ait compris que ce vote a peut-être plus de signification intérieure qu’extérieure.

En effet, si le coup de poker menteur lancé par une majorité « patchwork » des Chambres fédérales réussi, il en sera fait du respect de la primauté de la volonté du Peuple dans ce pays.

Il est vrai que la décision du tribunal fédéral contre la volonté du Souverain Obwaldien constitue une très fâcheux précédent.

Il n’en demeure pas moins qu’en joignant deux objets qui ne devaient pas l’être, cette majorité d’opportunismes vise bel et bien à priver, dans un futur relativement proche, le Peuple de sa puissante prééminence avec pour but final, de rendre la Suisse totalement euro-compatible du point de vue systémique.

3) Une Suisse qui libère les énergies créatrices

Pour pouvoir libérer ses énergies, il faut nécessairement être fier de ses propres réussites. Traditionnellement, depuis la ruée vers l’or de Sutter, la Suisse et avec elle ses ressortissants, pensent à tort qu le bonheur consiste à rester cachés. En réalité c’est tout le contraire, nous devons parce que nous pouvons être fiers de nos réussites, notamment industrielles. Qui ne nous envie pas la puissante industrie chimique bâloise, siège des plus grandes recherches biomédicales. Qui ne connaît pas l’EPFL dont l’excellence a permis, grâceà l’alliance du mécénat de la passion et la beauté de la lutte sportive, ramener en Europe le plus ancien trophée sportif, la Coupe de l’America !
Qui ne sait pas que Genève est le lieu qui permet au monde de protéger la propriété intellectuelle, c'est-à-dire le génie inventif de l’Homme ?
La Suisse a tous les moyens, en cerveaux comme en finance pour briller de mille feux qui seront autant de fierté que de réussites économique et sociales. Il y a à cela plusieurs conditions. La première est que les pouvoirs politiques cessent de croire qu’ils sont maîtres des fonds qu’ils collectent et qu’au contraire, ils doivent les redistribuer pour qu’ils contribuent à la prospérité du pays. Il faut ensuite que les mêmes pouvoirs politiques cessent d’entraver l’innovation par toutes sortes de chicaneries administratives toutes plus inutiles les unes que les autres. Il faut enfin que les pouvoirs publics sachent avoir confiance dans les forces les plus vives du pays , notre jeunesse et ne pas toujours et en permanence exiger d’elle des garanties de succès avant même que le projet ne se mette en place. Le Swiss-métro est à ce titre une exemple flagrant de l’errance de ces visées politiques qui ne cherchent à à aller de l’avant mais à bloquer l’idée de l’autre.

4) Une fiscalité transparente

Il n’y a qu’un seul moyen pour que cette transparence voit le jour, rendre publiques toutes les dépenses et à faire bénéficier les administrations qui auront su réaliser des économies budgétaires en en bénéficier dans l’exercice suivant. C’est la pratique actuelle qui favorise à la fois le gaspillage et l’opacité des nombreuses dépenses publiques.

5) Le maître-mot : la formation

J’ai toujours cru que la « voie suisse » de la formation est la meilleure qui soit. Peu importe en effet que tel ait une préférence pour l’Académie et tel autre pour l’acquisition des connaissances par la pratique, ce qui compte c’est que chacun y trouve son compte et que le système permette à tous de trouver le chemin qui lui convient le mieux.
Il y a, là aussi, une condition préalable que la pseudo élite qui dirige l’instruction publique genevoise a oubliée, la rigueur de la formation de base.

Selon cette élite de pacotille, c’est en abaissant le niveau que l’on permettra à un plus grand nombre de nos jeunes de réussir. Non seulement c’est une leurre qui ne peut être payé qu’en monnaie de singe, mais encore et bien qu’athée, cette pseudo élite fait croire nos jeunes au miracle !

Nous ne sommes plus dans un monde parcellaire mais dans une réalité globale. Or dans ce contexte, il faut avoir une formation de domaine qui soit en mesure d’aller affronter le monde extérieur, sans oublier que désormais, l’Inde est notre voisine directe malgré l’Himalaya.

A force de vouloir faire accroire qu’en nivelant la formation nous faisons notre devoir de parents, nous jetons nos propres enfants, totalement démunis, dans la gueule de l’économie. Il n’y a que les dogmatiques passéistes qui peuvent croire qu’il suffit de changer l’appellation de « concierge » en « techniciens de surface » pour que l’ascenseur social ait fonctionné.

Une fois encore, les tenants de cette vision du monde ont non seulement totalement ort mais ils exposent tous ceux qui les croient aux pires avanies. Le monde est fait de réalités et ceux qui pensent pouvoir y échapper en les contournant au lieux de les affronter ne font que reculer l’échéance de leur chute inexorable.

Cessons de poser des entraves administrative aux petits patrons qui veulent former nos jeunes, cessons de transformer rendre l’Université en école professionnelle, invitons nos jeunes à prendre des risques en les assurant de notre soutien collectif, et ce pays a le plus radieux des avenirs devant lui. Soyons aussi aventureux que les marchands saint-gallois qui ouvrirent la voient au commerce avec l’Inde ou que nos compatriotes qui ont si largement contribué à la naissance de la nation américaine par leur sens civique et la Suisse aussi petite qu’elle puisse être, restera un grand Etat !

6) Oser les grands travaux

Il y a au moins deux grands travaux à entreprendre dans l’arc lémanique. L’un ferroviaire l’autre routier, soit deux secteurs qui ont des incidences économiques immédiates sur le tissu économique qui les bordent.
Malheureusement, pour la raison qui est développée sous 1 ci-dessus, les élus fédéraux ont totalement perdu le sens de l’intérêt des grands enjeux intérieurs pour se concentrer sur de futiles et destructrices querelles régionalistes de clocher en attendant les minarets.
Pour y résister, il nous faudrait que les Etats concernés, ceux de l’arc lémanique, aient le courage politique de s’opposer de la façon la plus forte à cette arrogance, notamment en distrayant de leur participation fédérale les moyens nécessaires à la réalisation de ces équipements.

Les majoritaires auraient alors le choix entre prendre le risque d’une wallonnisation du pays ou de raffermir le pacte de 1848 par ces grands travaux.

Une fois encore, pour cela il faut avoir le courage de savoir se faire respecter des majoritaires ce qui ne passe jamais par une posture de complaisance mais par la démonstration de sa propre capacité à se débrouiller seuls.

En termes simples, il ne reste guère, je le crois en observant les politiciens qui sont actuellement au pouvoir, qu’à prendre notre mal en patience. Les romands n’ont pas encore assez faim pour se rebeller ce qui les conduit à picorer les reliefs des financements fédéraux que les majoritaires veulent bien leur laisser.

En conclusion il devient de plus en plus urgent que le monde politique réalise qu'à force de tirer tous les profits à eux, ils risquent fort, au final, de se retrouver à la rue le jour où leur Souverain aura enfin réalisé qu'il ne cesse de se faire berner par leurs vaines (vénales) promesses.

Bonne année!

Écrit par : Patrick Dimier | 01/01/2009

Ce qui nous réunit, dans ce petit pays à la complexité fragile, ça n’est ni la couleur d’une peau, ni une langue, ni une religion. C’est une culture politique, etc.

M. Decaillet,rappelez-vous l'adage: "il faut voir les choses comme elles sont, et non comme elles devraient être." En effet, il me semble que dans votre constat idyllique vous faites abstraction d'une donnée fondamentale du multiculturalisme helvétique: stricte application du principe de territorialité. Sans les cantons, pas de Suisse. Ce n'est qu'à cette condition qu'une forme de Willensnation a vu le jour. Et c'est justement Napoléon avec ses jolis principes républicains qui a vu sa République Helvétique échouer seulement 2-3 ans après son instauration.

Revenons un instant à l'époque contemporaine: est-ce que le nouvel assemblage humain qui prend forme avec la mondialisation sur le territoire helvétique (toutes les races, de tous les continents, et de toutes les croyances) réussira-t-il à co-exister avec ce sentiment de "Willensnation" ? On peut évidemment en douter. Et si c'est le cas, à quel prix ?

Cette question peut se poser pour d'autres ensembles politiques et même à l'échelle planétaire. Ce n'est sans doute pas avant longtemps que la communauté internationale se sera de gré constituée en "Willensnation".

Écrit par : Honolulu | 01/01/2009

" Une Suisse républicaine et fraternelle ..."

Oui exactement !

Merci d'avoir cité Denis de Rougemont qu'on a un peu tendance à oublier, lui dont l'oeuvre reste pourtant tellement actuelle ...

Meilleurs voeux à tous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 01/01/2009

"...ça n’est ni la couleur d’une peau, ni une langue, ni une religion."

Quand on oublie les "fondamentaux" qui forgent les sociétés qui durent, on obtient ceci (les commentaires sont édifiants):

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/01/02/01016-20090102ARTFIG00231-la-france-a-gagne-millions-d-habitants-en-sept-ans-.php

Monsieur Décaillet, on vous sait féru d'humanités, relisez La Cité d'Aristote, ce que tout homme politique responsable devrait aussi faire. Avant que ce qui fonde notre "philia" ait définitivement disparu!

Écrit par : Paul Bär | 02/01/2009

Cher Pascal,

La fraternité est ce qui manque de plus à "notre pays". Vos voeux tombent à pic, certes. Par l'absence d'une conscience du "nous", nous sommes condamnés au juridisme le plus étriqué. La volonté politique faisant totalement défaut, c'est le pouvoir des technocrates qui gouvernent la société. Le divorce entre caste politique et citoyens étant consommé, il ne reste plus qu'à faire une vraie révolution de moeurs, civilement parlant, pour accéder à un nouveau monde... Au niveau de l'éducation, les pires exactions ont été commises, reconnues publiquement, dénoncées, un peu sanctionnées mais pas encore punies.

L'avènement du surhomme n'est pas pour demain, apparemment ... Mais certains mettent tout en oeuvre, pourtant!

Bien cordialement en ce début de l'An Neuf!

Écrit par : Micheline Pace | 02/01/2009

Oui, c'est bien sur l'école obligatoire (jusqu'à 15-16 ans) que doit porter l'effort des collectivités publiques cantonales.
je reste encore ahuri par le vote d'une majorité du Grand Conseil genevois (lors du dernier débat budgétaire) d'un supplément de 4,5 mo en faveur de l'Université.
Quand on sait que Genève est le seul canton universitaire où l'école primaire coûte moins cher que l'Université alors qu'on compte environ 35.000 élèves contre 14-15.000 étudiants il y a de quoi s'interroger sur les vraies priorités de certaines forces politiques !
p.l.

Écrit par : pierre losio | 03/01/2009

Ce qui nous réunit, dans ce petit pays à la complexité fragile, ça n’est ni la couleur d’une peau, ni une langue, ni une religion

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Voilà qui ressemble fort à ceci:

La conception suisse de l'Etat n'est pas née de la race, n'est pas née de la chaire, elle est née de l'esprit Philippe Etter Conseiller fédéral
André Lasserre "Les années sombres" p 17

Il s'agit du principe de la "Défense spirituelle" destiné à lutter contre les extrêmismes

Écrit par : Christian Favre | 04/01/2009

@ Christian FAVRE:
Je partage l'avis que la Suisse s'est construite sur un "état d'esprit" et que celui comporte deux éléments clés.

1. Respect des minorités par la majorité. Ce point est en déliquescence depuis le début des années 70 avec l'arrivée de conseillers fédéraux manifestement issus des lobbies défendus par les majoritaires. Il est vrai que cette intrusion des lobbies c'est faite avec l'appui de représentants des.... minoritaires!

Le cas le plus typiques est celui des milieux de la pharma qui tiennent entre leurs mains les votes qui leur assurent des décisions, qui leur sont systématiquement favorables, au détriment du Peuple que ces personnes sont supposées défendre.

2.Par sa nature et sa structure, la Suisse est condamnée au concensus et non pas de compromis. Il me semble nécessaire, au vu de la situation politique intérieure de ce pays, de rappeler ici que le concensus se contruit sur un axe politique sans que ses participants lâchent l'essentiel de leur politique de fond. Le but est clair construire par delà les divergences sur les points de convergence. A l'inverse,dans le compromis on fait des concessions sur le fonds (on trahi son électorat) qui seront compensées, ultériêurement, dans d'autres dossiers.

En terme plus simple, le concensus se bâti sur les divergences au profit de l'objectif visé alors que le compromis fait fi, temporairement, des divergences pour parvenir à l'accord, quitte à y perdre son âme. Le bénéficiaire de la concession aura la charge d'en faire une à son tour dans un dossier qu'il considérera comme politiquement mineur pour lui.

Le compromis contient manifestement la compromission et c'est bien sur ce point principalement que la "défense spirituelle" n'est plus agissante puisque les partis gouvernmentaux sont en constante compensation politique et qu'il ne leur est dès lors possible d'agir sereinement.

Cette situation est particulièrement dangereuse à la fois pour les minoriataires comme les "petits et pour la cohésion nationale car cette gouvernance est contaire à la sauvegarde des intérêts collectifs qui ne sont, par nature, pas nécessaireement et systématiquement ceux de la majorité.

L'exemple de la mise à niveau des voies de communication de l'arc lémanique est caractéristique de ces dérives et on voit, comme à l'époque lors des sur-investissementsconsentis à "unic airport", que l'abus majoritaire confirme l'état de compromission dénoncé plus haut.

Le meilleur moyen de ramener les majoritaires à la raison est de les affronter, notamment par les moyens que j'ai évoqué dans mon commentaire précédent.

En conclusion, OUI la Suisse a des cartes majeures à jouer, OUI elle a les moyens de se faire entendre et respecter, OUI elle peut mener une politique solitaire, mais à l'expresse condition de veiller en son propre sein au respect des équilibres subtils qui l'ont fondée.

Merci à Monsieur Favre d'avoir évoqué, en si peu de mots, ce point central de notre raison d'être ensembles.

Écrit par : Patrick Dimier | 05/01/2009

On en a rien à foutre des NANAS !


Messieurs les socialistes,

Que les choses soient très claires : le Parti
socialiste doit oublier la connerie de la pa-
rité. Ce n'est pas le sexe et le cul qui doi-
vent déterminer le ticket socialiste au gou-
vernement mais bien les compétences et
l'éligibilité. Au reste, Madame Salerno don-
ne actuellement une très mauvaise image
du Parti socialiste : elle est pleine de fric,
elle ne fout rien et elle vire tout le monde,
avec des conséquences sociales et des
coûts importants pour l'assurance chôma-
ge. 200'000.- an pour dire je fais des bébés
et je travaille à la maison, c'est dégueulasse.
En plus son mec est particulièrement arro-
gant. Je suis du sexe mâle et j'en ai rien à
foutres des nanas.

Je le dis sans aucune hésitation : c'est un
ticket BEER TORNARE qu'il faut envoyer au
gouvernement. BEER parce qu'il est en pla-
ce. TORNARE parce qu'il est extrêmement
compétent et qu'il a une très grande expé-
rience en politique et qu'il est apprécié de
tous les partis politiques.

Merci !

:-)

Écrit par : canard | 23/01/2009

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