28/01/2009

Un calendrier électoral n’est pas un bilboquet

Décision unique dans l’histoire de la Suisse moderne, le Conseil fédéral vient de reporter au 27 septembre la votation sur la hausse de la TVA pour financer l’AI, qui devait se dérouler le 17 mai.

 

Les raisons données pour expliquer ce report (laisser au Parlement la possibilité de modifier le projet) ne tiennent tout simplement pas la route. Il y a d’autres motifs, de nature beaucoup plus politicienne, et qui pourraient être liés au destin personnel du conseiller fédéral chargé du dossier.

 

Surtout, du côté de Genève, le corps électoral peut légitimement commencer à trouver qu’on joue avec ses nerfs. Report, sur décision judiciaire, cet automne, d’un vote important sur l’avenir du Cycle d’Orientation. Tentative (échouée, cette fois) de report du scrutin sur le vote électronique. Et là, au niveau fédéral, report, pour pures raisons de convenance, d’une votation capitale sur l’avenir de nos assurances sociales.

 

Un calendrier électoral, ça n’est pas un bilboquet avec qui tout le monde peut jouer. C’est un pacte républicain, un grand rendez-vous fixé largement à l’avance, pour permettre le temps du débat, celui de la cristallisation des idées, de la maturation d’une décision par tout un peuple. Un tel calendrier, on ne peut le modifier qu’en cas de raison majeure. Tout autre cas de figure constitue une légèreté avec le souverain, donc un déni de démocratie.

 

Pascal Décaillet

 

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27/01/2009

Les mignonnes incisives du député Deneys

 

Député socialiste, Roger Deneys nourrirait-il pour ma personne une passion cachée ? L’une de ces inversions du désir qui amènent certains êtres, tout à leur pékinoise exaltation, à mordiller les mollets de certains passants, toujours les mêmes, avec une récurrente frénésie. Bien disposé ce matin, et généralement d’excellente humeur d’ailleurs, je veux y voir comme un sautillement de vie, auquel je rends hommage.

Sauf que là, j’ai vraiment de la peine à suivre celui qui me fait si souvent l’honneur de ses mignonnes incisives. Que me reproche-t-il ? De trop insister pour faire venir sur mon plateau des… socialistes ! D’avoir tout entrepris, vendredi, pour arracher une émission spéciale intégralement consacrée à… son propre parti ! Ce qui fut d’ailleurs obtenu, à la satisfaction générale de tous les participants, très heureux finalement de mon insistance. 25 minutes d’émission avec seulement des socialistes : mon aimable mordilleur devrait s’en féliciter, non ?

Que l’émission suivante, celle d’hier, fût intégralement consacrée à une conseillère fédérale… socialiste, puis vingt minutes de celle de ce matin à recevoir les trois candidates… socialistes au Conseil d’Etat, rien de cela ne semble calmer notre candidat au tressautement permanent. Sans doute ce dernier souhaiterait-il un univers médiatique intégralement consacré aux socialistes. Pourquoi pas ? Moi aussi, ces temps, pour mille raison, j’ai envie de voir la vie en rose.

Pascal Décaillet

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24/01/2009

Manuel Tornare, ou la pyrotechnie du désir

Donc, la tornade.

Les socialistes genevois s’imaginaient déjà une campagne bien peinarde, la parité apaisée entre un sortant et la nécessité d’une femme. Une campagne de petits vieux, au fond, sans tension ni désir. Promenade de santé. Juste pour digérer.

Mais c’est quoi une campagne, connaissez-vous seulement le poids des mots ? Acte de guerre. On s’y étripe, on s’y surprend, on s’y piège. Et fratricide, en plus : le pire des ennemis, en politique, c’est le plus proche, ton autre toi-même, celui qui te ressemble. Peut-être dort-il dans ton lit, se faufile-t-il dans tes rêves.

Bref, hier, Manuel Tornare a surgi. Comme un delta de dilatation dans les équations trop sages des puissants penseurs du PS. A la mathématique d’ombre de leurs prévisions, le nouvel arrivant va substituer une physique de lumière. La campagne, il daignera l’inonder de ses rayons, submergeant de pénombre la géométrique tristesse de ses rivales. Trianons, jardins, jets d’eau, fééries, pyrotechnie du désir : il suffira au Prince d’apparaître. Le soleil aura rendez-vous avec la lune, juste pour l’indicible plaisir de l’éclipser.

Il suffisait de le voir, hier soir : ce sourire, cette illumination de la prunelle dévoilant l’extase d’avoir joué un sacré coup à la grisâtre égalité des camarades. L’homme avait rajeuni de dix ans, piétinait d’en découdre, pulvérisant la parité comme poudre d’archaïsme. Ah, le beau candidat !

Social-démocrate, cultivé, bon magistrat pouvant se prévaloir d’un bilan, apprécié d’une bonne partie de la droite, le maire de Genève constitue, et bien au-delà de son parti, le candidat idéal pour accéder au Conseil d’Etat. Mendésiste, il ne méprise pas l’économie. Humaniste, il ne méprise pas l’individu. Lettré, il ne confond pas la culture, ni l’éducation, avec l’assistance sociale. Dans son combat, qui cherche-t-il à abattre ? Une femme, vraiment ? Vous croyez ?

Oui, les socialistes se préparaient à confondre une campagne avec une promenade dans le vieux parc solitaire et glacé, cher à Verlaine. Et puis, soudain, le Soleil est arrivé. Ils vont tout entreprendre, mille parasols, pour l’empêcher de nous irradier. Mais lui, déjà, a remporté la première manche. De l’astre au désastre, l’équilibre tient parfois à un fil. Celui du destin, peut-être ?

Pascal Décaillet

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19/01/2009

Haute Route

Si douce était sa voix, et minérale son écriture, de Dranse et de limon mêlés, là voilà donc, cette œuvre, elle ne fait que commencer. J’aurais voulu être au Châble ce lundi matin, l’église de mon baptême, j’y serai en pensée. Là-bas, tout le Valais, tradition et révolution, Dieu et Diable, terroir et ciel, pays et diaspora. Quel pays ?

Auteur régional ? Vous voulez rire. L’infinité de ce cadastre-là, on en redemande. Valais, Judée, mêmes Bibles, mêmes Psaumes, poussières de désert, fragments de solitude. De la bassesse à l’Elévation, quel chemin ? La Haute Route de l’Ecriture ?

Oui, l’œuvre de Chappaz ne fait que commencer. Samedi, dans une grande librairie de Genève, nul rayon spécial, rien. Comme un hommage du vide et du silence à cette œuvre qui foisonne.

Mais la vraie vie est-elle celle des bornes de nos existences ? Sainte Ecriture ou vaine pestilence, eau de source ou boue d’alluvions, la voilà cette œuvre, à nous offerte, et pour longtemps.

Merci Kuffer, merci Jean Romain pour vos hommages. Merci Pierre-Marie, de Chamoson et de Poitiers, de m’avoir, un jour de 1976, indiqué que cet auteur-là existait. Merci à tous les profs qui le liront avec leurs élèves. Merci à lui, surtout, d’avoir porté si haut l’art d’écrire. Sur les cimes. Si universelles qu’elles en perdent leur accent.

Pascal Décaillet

 

Tribune de Genève - Lundi 19.01.09

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15/01/2009

Chez nous, chez eux

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 15.01.09

 

Ils représentent la Synagogue ou la Mosquée, se côtoient dans Genève depuis tant d’années, s’interpellent par leurs prénoms, se tutoient. Cela s’appelle le dialogue interreligieux, notre ville cosmopolite s’y prête à merveille. Cela, en temps de paix, donne presque l’impression d’un monde réconcilié.

 

Lorsque, là-bas, les armes se font entendre, même ces hommes de paix, d’ici, redeviennent les représentants de leurs clans respectifs. Comme si l’appartenance, avec ses petites griffes lacérantes, était plus forte que le verbe de lumière de leurs discours.

 

Oh, certes, nulle douceur ne les déserte, mais en ces temps d’horreur (et les événements de Gaza en sont un), certains, et des plus brillants, et des plus translucides dans la métaphysique, deviennent aveugles aux victimes de l’autre camp. Ou les sous-estiment. Tellurisme de l’appartenance, auquel, sans doute, nul d’entre nous n’échappe.

 

Et nous, d’ailleurs, qui serions-nous pour les juger ? Avons-nous des familles à Gaza, écrasée par l’attaque ? Ou dans des villages israéliens à portée des roquettes du Hamas ? Dire aux uns et aux autres que nous demeurons leurs amis. Aider les efforts humanitaires. Tout faire pour la coexistence, un jour, de deux Etats, là-bas. Leur dire, aussi, aux uns et aux autres, qu’ils sont ici chez nous. Chez eux, tout simplement.

 

Pascal Décaillet

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13/01/2009

Christian Brunier nous aime. Nous non plus.

 

Rester, partir ?

 

Pour Christian Brunier, le mandat politique, c’est « Je t’aime, moi non plus » : ça va, ça vient. Un aller, un retour, un départ, et déjà la promesse d’un renouveau. Le désir qui commence à poindre, et déjà la fatigue. Je te quitte parce que je t’aime, je te quitte parce que je m’ennuie, je t’aime de m’ennuyer, je m’ennuie de t’aimer. Sans doute une histoire d’élection précoce, ou de désir monté trop vite : un mandat trop long, c’est comme une débandade, alors on meurt ou bien on part. En l’espèce, on part. Non sans de longs roulements de tambours et trompettes, des adieux qui n’en finissent plus, et, en primeur, la promesse de retrouvailles. Pourquoi pas à l’exécutif ? Dans cinq ans, lorsque le temps aura passé et que l’ardeur, à l’image du phénix, aura trouvé sa renaissance.

 

A un détail près, qui pourrait d’ailleurs abréger l’insoutenable stage dans le désert du stylite Brunier : pourquoi diable cinq ans ? La succession évoquée est celle de Charles Beer. N’y a-t-il pas, déjà, des élections cet automne ?

 

 

Pascal Décaillet

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12/01/2009

Etoiles brûlées

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 12.01.09

 

Des drapeaux israéliens brûlés, des étoiles de David assimilées à des croix gammées, cela se passe en Suisse, cela donne la nausée. Si vraiment le président de la commission de politique extérieure du National, le Vert argovien Geri Müller, a participé à de telles manifestations, il doit s’en expliquer.

 

Dès le jour de l’attaque sur Gaza, j’ai parlé de disproportion, rappelé les droits du peuple palestinien, énoncé que l’amitié du peuple suisse était la même pour les deux parties en conflit, dans cette région du monde où j’ai eu souvent l’occasion de me rendre.

 

Des manifs anti-Israël, cela fait partie de notre libre expression démocratique. Mais lorsque la symbolique utilise le feu et associe l’Etat hébreu au pire régime du vingtième siècle, il faut dire halte. Pas seulement pour le Proche-Orient, mais aussi, et surtout, parce qu’il y a des Juifs en Suisse, qu’ils y sont, Dieu merci, totalement chez eux, qu’ils ont largement contribué à faire ce pays. Brûler l’étoile, même si certains d’entre eux ne sont pas sionistes et désavouent l’action militaire présente, c’est porter atteinte à tout ce qu’ils sont. Et c’est inadmissible.

 

A Genève, donnons l’exemple. Quelles que soient nos positions dans ce conflit, souvenons-nous que les antagonistes vivent aussi chez nous. Et qu’ils y sont chez eux. En les déshonorant, c’est aussi la démocratie suisse, si précieuse, qu’on bafoue.

 

Pascal Décaillet

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