21/03/2009

Moritz, Sa Majesté des Mouches

J’ai toujours pensé qu’au-delà de l’au-delà, plus loin que l’Apocalypse, là où s’évapore l’ultime éther de l’univers, il y avait Moritz Leuenberger. D’ellipses en éclipses, ce Pierrot lunaire en errance semi-consciente sur le chemin terrestre se maintient en son règne, au demeurant interminable, par la seule grâce de bons mots qu’il décoche avec une célérité inversement proportionnelle à l’énergie qu’il investit en politique.

De cet esprit en perpétuelles fiançailles avec l’irréel, nous savions déjà qu’il aimait l’art contemporain, les galeries zurichoises, les aphorismes de Lichtenberg, les sushis pour bobos, la poésie concrète. Mais nous ignorions encore les mouches.

Oui, les mouches.

Interrogé par l’Hebdo de cette semaine sur l’avenir du papier, en concurrence avec la toile, le Prince de l’Esquive a cette belle phrase : « Tant qu’on pourra écraser une mouche avec son journal, la presse imprimée existera. Avec l’internet, on n’a encore jamais réussi à supprimer une mouche ».

Voilà qui nous rassure. A maints égards. D’abord, nous savons enfin à quoi le ministre occupe ses journées dans son bureau. Ensuite, nous découvrons avec bonheur que la presse peut avoir, à ses yeux, une forme d’utilité.

Sous la clarté lunaire, juste l’ombre d’un doute : en connaissant toute l’étendue des ultimes outrages que les humains peuvent imaginer d’infliger à une mouche, une question, raide comme une pénétrante, nous traverse : se contente-t-il, au moins, de les tuer ?

Si oui, plût aux dieux que ce fût le dernier de ses crimes.

 

Pascal Décaillet

 

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20/03/2009

Maurice-Ruben Hayoun : l’honneur de l’Université à Genève

 

Sur le vif - Et dans la noire chaleur de la colère - Vendredi 20.03.09 - 09.50h

 

Barrès, dans la « Colline inspirée », parle des lieux où souffle l’esprit. On pourrait en dire autant de certains hommes, certaines femmes : les approcher nous transforme, les fréquenter nous élève. Rend plus salé, plus piquant, dans l’improbable brouillon de nos entrailles, le sentiment déjà si pointu de vivre et d’exister. C’est exactement ce qui m’advient chaque fois que je rencontre Maurice-Ruben Hayoun. Par la clairvoyante cécité des ondes, dans la lumière d’un plateau TV, ou encore plus en dévorant ses ouvrages exceptionnels sur la philosophie juive.

Sans lui, sans cet homme-là, moi, pourtant germaniste, je n’aurais, par exemple, jamais entendu parler de Moïse Mendelssohn, ce génie des Lumières allemandes au XVIIIème siècle. Ni de Theodor Lessing. Ni de Léo Baeck. Ni de tant d’autres. Maurice-Ruben Hayoun m’envoie ses livres, je les lis. Il m’appelle, je l’appelle, nous échangeons, et chacune de ses interventions audiovisuelles jaillit comme un faisceau d’étincelles dans la pénombre de nos ignorances. Homme de liens, de ponts : l’étincelante toile de son univers, de Berlin à Cordoue, de la Kabbale au Talmud, c’est celle de l’araignée, infatigable dans le tissage des réseaux. Si fragile et si tendu, le fil, reflets du soleil où sublime solitude d’une goutte d’eau, sensualité des connaissances, c’est tout cela, Maurice-Ruben Hayoun.

Cet homme, aussi germaniste qu’il est hébraïsant, se trouve correspondre régulièrement, dans la langue de Hölderlin et de Paul Celan, avec un certain Ratzinger, brillant intellectuel aujourd’hui un peu égaré dans la papauté. Cet homme, Hayoun, connaît mieux, et au scalpel, les contours de l’identité catholique que bien des théologiens professionnels de cette religion. Moi catholique, le penseur juif Maurice-Ruben Hayoun m’aide à mieux me connaître, dans la crépusculaire complexité de mon chemin.

Cet homme-là, j’apprends par ma consœur du Temps Cynthia Gani, ce matin, et par un beau papier du professeur Gasteyger, qu’on envisage de lui retirer sa chaire. Pour l’heure, je contiens encore les mots qui pourraient être miens si une telle absurdité se confirmait. Autant être clair : nous serions là, asphyxiés par manque d’oxygène, sur l’ultime promontoire d’une sorte d’Everest de la bêtise. Dans un monde décidément perdu, au-delà de l’Eden, où rouleraient à terre toutes les têtes qui, peu ou prou, dépassent. Et dont le sang viendrait nourrir le terroir des tranquilles et des médiocres, des jaloux et des revanchards, des aveuglés sur ceux qui tentent, juste un peu, d’accéder à la lumière.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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19/03/2009

Le noir, la mémoire

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 19.03.09

 

Faut-il tirer la comparaison, comme l’a fait Alberto Velasco, jusqu’à la rafle du Vel d’Hiv, à Paris, les 16 et 17 juillet 1942 ? Non, bien sûr, c’est excessif. Mais tout de même : la dernière motion du MCG trempe sa plume dans l’encre la plus noire. Celle d’une Histoire qu’on espérait abolie.

De quoi s’agit-il ? Parquer les SDF étrangers en situation irrégulière, la nuit, à la Caserne des Vernets, sous la surveillance de l’armée. Les SDF suisses ? A eux, logements adaptés et services sociaux. Bref, d’un SDF l’autre, on crée un apartheid. Du bon ange à l’âme damnée, voici les cieux déchirés. A l’élu, la préférence nationale. A l’apatride, le mirador.

Soit. Voilà qui est au moins clair. Et qui donne une tonalité : celle de la campagne que s’apprête à mener Eric Stauffer pour les élections de cet automne. L’enjeu, c’est la victoire au sein de la droite de la droite. Avec un adversaire à abattre : l’UDC. Alors on mise, on surenchère. Et l’automne est encore loin.

L’eau vive de cette motion, c’est l’eau de Vichy. A quoi se mêle un doux parfum de Vigilance, élégant comme un épouvantail, quelque part dans la grande plaine. Celle où passent les trains dont on connaît la gare de départ, mais pas toujours celle d’arrivée. Et dont les passagers n’ont que très rarement l’occasion de faire valoir leur billet retour.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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16/03/2009

La nuit, mentons

 

Hommage - TG + Radio Cité

 

C’est quoi, c’est qui, un grand chanteur, un artiste, un poète ? Ca parle pour qui, ça nous dit quoi, ça vient effleurer quelles meurtrissures ? Et lui, là, derrière ses lunettes noires, il était qui ? Il voulait quoi ? Dans la nuit bleue du bitume, nous l’écoutions, vers ce micro de matinales qui nous attendait. C’était il y a longtemps. C’était demain.

La voix. Si virile et si douce, profonde, caressante, elle te parle à toi, juste toi. Il y a lui, il y a le cosmos, il y a toi, tu t’agrippes à ton volant dans l’encre de la nuit. Il parle à des femmes. Celles qu'il aime, ou qu’il n’aimera bientôt plus. Elles sont quelque part. Mais, dans sa voix, c’est toi qu’il traverse, toi le voyeur, le troisième homme. Tu voulais juste prêter l’oreille, il t’arrache quelques haillons de l’âme.

Alain Bashung était un grand. Dessous chics et pudeur des sentiments, extase de la syllabe qui se détache et s’évapore, gutturale sans rien qui grince, obscure, profonde, une voix de nuit marine, juste l’azur sans l’alizée. Juste le démon, sans l’enfer.

L’enfer, c’est ce départ. Cette saloperie, qui a fini par gagner. Et lui, jamais plus grand que dans ce combat-là. Elle était là, la dame en noir. Il avait feint de n’en rien voir. Juste un mensonge nocturne, encore. Et cette voix, d’en bas et du dedans, jusqu’au profond de nos blessures. Au-revoir, Monsieur. Et merci.

 

Pascal Décaillet

 

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14/03/2009

Dom Helder, revenez !

Commentaire publié dans le Nouvelliste - Samedi 14.03.09

Une petite fille de neuf ans enceinte de son beau-père, par viol. L’horreur absolue. Même pas la tragédie grecque. Non, au-delà. Quelque chose de plus archaïque, de plus primitif, de l’ordre de quelque théogonie dont les monstruosités divines se dévoreraient entre elles. Mais ça n’est ni la Grèce d’Hésiode, ni l’obscurité d’un conte ancestral, c’est le Brésil d’aujourd’hui. Dans la région de Recife.

La petite fille avorte. Il me serait très agréable que quelqu’un, ici, veuille bien venir, dans les yeux, m’expliquer ce qu’elle aurait pu faire d’autre. Elle a avorté, parce qu’elle n’avait strictement aucune autre solution. Parce qu’elle avait neuf ans, qu’elle avait été violée, que par surcroît cette ignominie s’était produite, comme souvent, au sein même du cercle familial. Alors oui, elle a avorté. Qui d’entre nous oserait remuer une seule lèvre pour juger ? Et encore moins pour condamner.

L’archevêque de Recife, lui, a osé. Dom José Cardoso Sobrinho a été saisi de la lumineuse idée d’excommunier la mère de la fillette, ainsi que l’équipe médicale ayant procédé à l’interruption de grossesse. Décision qu’il n’a, au demeurant, pas jugé bon d’étendre au beau-père violeur : « le viol, a déclaré le prélat, est moins grave que l’avortement ».

Voyez-vous, chers lecteurs, je suis catholique et vous le savez tous. J’aime mon Eglise, j’y suis attaché, j’aime cette communauté invisible à travers le monde. Je suis même le premier à rougir et m’échauffer lorsqu’un humoriste salarié, dimanche après dimanche, l’insulte, cette Eglise, en s’acharnant sur son chef spirituel.

Mais là, c’est trop. Je ne connais pas Dom José Cardoso Sobrinho, mais il se trouve qu’il est archevêque de Recife. Et que lorsqu’on évoquera à jamais cette fonction, devant l’Histoire, ça n’est pas son nom à lui qu’on retiendra, si ce n’est pour cette misérable prise de position. Mais le nom de son prédécesseur, qui aurait cent ans cette année, Dom Helder Camara (1909-1999), cette figure d’amour et de lumière, de tolérance et d’ouverture. Archevêque de Recife de 1964 à 1985, il aura illuminé le monde de son témoignage, dans une région pauvre parmi les pauvres.

Dom Helder, une fois de plus, comme au soir de votre mort, je pense à vous. Dom Helder, libérez-nous de la bêtise. Dom Helder, s’il vous plaît, revenez.

Pascal Décaillet

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12/03/2009

Le désir de l'ogre

 

Portraits de campagne - No 1 - TG - 12.03.09

 

Quand vous lui parlez de son âge, il vous défie de tous les feux de sa prunelle et vous invite à courir avec lui le semi-marathon.  Cet homme-là est fontaine de jouvence, Docteur Faust, désir demeuré désir, boulimie. D’ailleurs, dans son nom de famille, il y a « ogre » : Christian Grobet. Il faut croire aux lettres, aux syllabes, elles nous façonnent.

Il ne travaille pas, il dévore. Il n’ambitionne pas, il engloutit. Il ne rêve pas de retour sur la scène, non, il y travaille avec intelligence, tactique, acharnement. Peu importent les masques, Alliance de gauche, AVIVO, ils ne sont que des haillons d’éphémère.

Qu’importe la couleur, la bannière. Pourvu qu’il y ait combat. Le chevalier errant ne meurt pas : il tombe, se relève, repart en guerre. Contre des moulins ? Peut-être. Mais il se bat. Et se battant, il vit, se régénère. On le dit d’un autre temps, déjà il nous dépasse, nous survit, nous succède.

Conseiller d’Etat, Christian Grobet a marqué son époque. Opposant, imprécateur, laboureur de la Reconquista, il ne cesse de se pencher à terre pour ramasser tous les foulards. Relever tous les défis. Ce serait bien le diable s’il ne finissait par tenir un rôle signalé dans la campagne de cet automne. Le diable, oui. Méphisto. Ce compagnon du Docteur Faust. Pour la vie et pour la mort. Pour le meilleur et pour le pire.

 

Pascal Décaillet

 

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09/03/2009

Souliers de satin

Chronique parue dans la Tribune de Genève du 09.03.09

 

Plus s’écoulent les années, plus le courage exceptionnel de Laurent Flütsch attise mon esprit et aiguise mes sens. Blesser, dimanche après dimanche, les catholiques de Suisse. Donner de « Sa Sénilité » (hier, 11.08h) à leur chef spirituel, en se recroquevillant derrière l’immunité de la satire. Brandir l’ostensoir de la Raison triomphante face à l’obscure folie du religieux. Avoir avec soi les rieurs, la mode, le monde et les mondains, la modernité qui pétille et qui fait « pschitt ».

C’est cela, le petit monde de Monsieur Flütsch. Feu libre, au nom de la liberté d’expression, sur une communauté tout entière, ses valeurs, ses références. Et la doxa dominante qui se rit et qui se gausse, et toute cette obédience qui n’en peut plus d’applaudir. C’est l’humour au service du pouvoir et des majoritaires, qui se croit de catacombes mais danse et se dodeline sur les marches du trône.

Fou du roi ? Fou engraissé par le roi, qui sautille en souliers de satin sur le ventre repu du souverain. Contre-pouvoir en pantoufles, tellement officialisé qu’il en devient, par inversion, le pouvoir lui-même, riche de ses seules routines, illuminé de ses propres certitudes. Dimanche après dimanche. Ca n’est plus une émission. C’est l’Angélus. Et le pays profond qui s’agenouille. Pour rire de la bonne parole. Jetée aux quatre vents. Amen.

 

Pascal Décaillet

 

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01/03/2009

Treize étoiles, mais sans révolution

Sur le vif - Dimanche 01.03.09 - 19.25h

 

En Valais, la montagne est si belle, alors de grâce, expliquez-moi : pourquoi faut-il, tous les quatre ans, qu’elle accouche d’une souris ? C’est sans doute l’ambiance de Carnaval, le goût des Valaisans pour la fermentation verbale, cette Flandre en instance de verticalité : tous les quatre ans, on s’aiguise, on s’échauffe, on se surexcite en préliminaires. Et puis, le dimanche, on vote. Et le lundi, on se rhabille.

Donc, le PDC, qui tient le canton depuis 160 ans, ah cette époque bénie où radicaux et conservateurs se précipitaient mutuellement dans le Trient, a certes placé ses trois candidats en tête (Jean-Michel Cina 40.016 voix, Maurice Tornay 32.528, Jacques Melly 32.084), mais, dans le Valais romand, ce parti a réalisé son plus mauvais résultat historique. C’est la dure réalité, les faits têtus, que Raphy Coutaz, le président du PDC du Valais romand, avait quelque peine à encaisser, à 18h, sur les ondes de la Radio Suisse Romande.

La cause de cette contre-performance est évidemment à chercher dans la déception crée le 6 juin 2008, à Conthey, lors de la désignation de Maurice Tornay, d’Orsières, contre l’étoile nationale Christophe Darbellay. Et celle, le même jour, de Jacques Melly contre Marie-Françoise Perruchoud-Massy, ancienne cheffe de groupe au Grand Conseil, plus progressiste.

Pour le reste, on notera la quatrième place du ministre de l’Instruction publique sortant, le radical Claude Roch (29.265 voix), et le bon résultat de la socialiste de Brigue Esther Waeber-Kalbermatten (26.438), qui devrait devenir la première femme conseillère d’Etat de l’Histoire du Valais. L’événement de cette élection.

En Valais, il est d’usage, parfois, de renoncer au second tour au profit d’une élection tacite des cinq candidats arrivés en tête du premier. Cela, cette fois, ne devrait pas être le cas. D’abord, à cause d’Eric Felley, journaliste devenu candidat, et trublion singulièrement talentueux de cette compétition électorale, qui a bien envie de prolonger d’une quinzaine l’état de lévitation qui est sien. Ensuite et surtout, parce que le score très faible de Maurice Tornay et Jacques Melly pourrait amener certains PDC, d’ici mardi (dépôt des listes) à avoir envie de lancer des jokers dans le deuxième tour. En relançant dans la course les recalés du congrès de juin 2008 ? C’est possible, mais peu probable : une fois de plus, on va sans doute, de préférence, laisser ronronner la machine à Tinguely, et envoyer à Sion les candidats officiels.

En Valais, la Révolution, c’est comme celle des astres, quand on les observe au télescope : on vient d’en manquer une, alors on s’installe déjà pour la prochaine. Bien assis. Un peu dépité. Mais tellement heureux de cette nuit treize fois étoilée, bleue comme les mers du sud. Allez, la Révolution, ce sera pour la prochaine fois !

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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Philippe Bender éblouissant sur Canal 9

Sur le vif - Dimanche 01.03.09 - 16h

Frère de Léonard, donc l’un des fils d’Arthur, conseiller d’Etat radical des années 60-70, l’historien Philippe Bender est en train, en ce moment même, de donner une éblouissante démonstration de son érudition politique, sur les ondes de Canal 9.

http://www.canal9.ch/television-valaisanne/operations-spe...

Invité comme consultant, l’homme de Fully analyse et décortique à l’arraché les premiers résultats des élections cantonales valaisannes, renvoie au Sonderbund et à la bataille du Trient, décline de tête les noms de toutes les familles de toutes les communes, est capable de citer à l’unité près les résultats nominatifs de centaines de candidats aux dix-neuvième et vingtième siècles, dans le Haut, dans le Centre comme dans le Bas. Une démo. Un maelström. A déguster, très vite.

Philippe Bender : un bloc de granit. Une masse. Naguère commandant d’une compagnie de grenadiers de montagne. Aujourd’hui grand officiant de l’Arche sainte du radicalisme, canal historique. Ceux de Fully-Martigny. Les durs des durs. Aucun mandat électif, juste l’onction du grand prêtre. Une passion intransigeante, sans limites, pour l’histoire de son canton, les généalogies, l’organisation politique du Valais, de l’époque des dizains à celle des districts. La mémoire de mille éléphants lâchés dans la broussaille, le souvenir de toutes les bagarres, toutes les rognes et toutes les rancunes. Toutes les vendettas.

A quoi s’ajoute une culture politique générale, notamment sur les grandes idéologies autour de 1848, qui font de ce locuteur-là, conteur autant qu’il est démonstrateur, l’un des personnages les plus impressionnants à écouter lorsque le démon de la politique étreint et torréfie son discours.

Pascal Décaillet

 

 

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