27/04/2009

Macha, la voix des voix

Une voix.

Juste une voix. Quelque part dans la nuit. Entre minuit et deux heures du matin. Rauque, fumeuse, corsée de vécu, patinée de la douleur des temps, c’était une voix-cicatrice.

Dans l’encre de la nuit, elle vous parlait. A l’autre bout du fil, des types cassés, des nanas disjonctées, toutes les saloperies de la vie qui vous remontaient. Et toi, au volant ou dans ton lit, tu écoutais. Elle parlait à l’autre évidemment, l’arraché du bout des ondes, mais, au fond, elle te parlait à toi, aussi. C’était là sa puissance. Là, le miracle.

Macha Béranger, qui nous a quittés hier à l’âge de 67 ans, des suites d’une longue maladie, était une très grande dame de la radio. Justement parce qu’elle n’était pas une dame. Mais juste une voix, furtive et profonde comme l’âme de la nuit. Pendant trente ans, sur France Inter, qui n’a pas été foutue de la garder, il y a trois ans, elle a été l’honneur de ce métier, l’honneur de la chaîne.

En hommage, ce mot de Léo Ferré, dans un poème qui s’appelle « Richard » : « Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles, à certaines heures pâles de la nuit, près d’une machine à sous. Avec leurs problèmes d’hommes. Simplement des problèmes de mélancolie ».

 

Pascal Décaillet

 

08:36 Publié dans Editos Radio cité | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Bel et et juste hommage! C'est ton blog qui m'apprend la nouvelle de cette voix qui s'éteint. Bouleversante voix et furtive disparition.

Écrit par : JF Mabut | 27/04/2009

Bonjour Monsieur DECAILLET,

C'est lors de la cérémonie des Molières, hier soir, à l'évocation de ces "chers disparus" comédiens-metteurs en scène, artistes que j'ai appris le décès de Macha BERANGER.
Une voix dans la nuit, comme vous le dites très bien, elle a très certainement inspiré l'émission "la ligne de coeur" qui offre un temps d'écoute aux personnes en détresse, ayant pour seul recours parfois les ondes radiophoniques.

Bien à vous cordialement,

Béatrice FUCHS

Écrit par : beatrice fuchs | 27/04/2009

Merci Pascal pour cet hommage à celle qui réconforta de sa voix rauque au timbre unique marqué par la cigarette les âmes brisées de plusieurs générations de « sans sommeil ».

Elle aurait certainement aimé souffler les trente bougies de son émission sur France Inter en compagnie des auditeurs si, une décision brutale de la direction de la chaine ne l’avait privée d’antenne en 2006 au désespoir des insomniaques.

Macha Berranger avait fait sa devise de ces mots d’Aragon : « Il est plus difficile de mourir que d’aimer, c’est pourquoi je me donne le mal de vivre »

Adieu à Vous Macha

Écrit par : Gérard H. Perraud | 27/04/2009

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