10/08/2009

Incroyable surprise : Fulvio Pelli est candidat !

Lundi 10.08.09 - 16h

Nous sommes le 10 août. C’était le délai. Et Fulvio Pelli est au rendez-vous. Après le temps des chérubins, voici venu celui des ténors. C’est la deuxième partie de la campagne qui commence.

La section tessinoise du PLR propulse Fulvio Pelli. Et ce dernier, délicieusement vêtu de probité candide, se déclare prêt à partir au combat "si le groupe PLR des Chambres estime cette candidature capitale".

Vous imaginez, vous, le groupe ne pas tenir pour "capitale" la candidature du président national du parti!? Vous l'imaginez, le désaveu? Seule inconnue, à moins d'un séisme: l'Archange sera-t-il seul, ou porté par un Chérubin? Juste pour la route. La voie royale. Lactée, comme la robe de traîne du destin.

Le Machiavel transalpin est donc candidat, Comme dans n'importe quelle autre démocratie du monde, un chef de parti (a fortiori celui du poste laissé vacant) est candidat à gouverner le pays. C'est la chose la plus simple, la plus naturelle du monde. Il n'y a qu'en Suisse où on laisse entendre qu'existeraient, quelque part, des perles inconnues, des pépites d'or, dont personne n'aurait jamais entendu parler, qui n'auraient jamais signalé leur talent politique, et qu'on laisserait à des "commissions électorales" le soin d'aller dénicher. Après une intense prospection. Le mythe de l'outsider, aussi vain que celui de la "société civile", dans le premier gouvernement Rocard de 1988. La politique est affaire de professionnels. La connaissance du terrain, des hommes, le décryptage du jeu des ambitions, y tiennent une part essentielle.

Le mythe du bel inconnu. Alors que les chefs naturels sont là, disponibles. Piaffant. Crevant d'envie. Se coupant les joues d'impatience, en se rasant. Mais n'ayant le droit, en vertu d'un étrange cérémonial initiatique, de se dévoiler qu'en dernier. C'est cela, cette hypocrisie-là, qui doit changer. Dire son appétit de pouvoir, quand on est compétent et ambitieux, dès le début d'une campagne, n'est absolument pas une honte en politique. Cela clarifie le contrat avec l'opinion publique.

A cet égard, encore une fois, hommage à ceux qui, bien avant le Florentin, et dans son propre parti, ont osé se lancer. C'est courageux, parce qu'il y a plus de coups à prendre que de lauriers à récolter, dans ce genre d'aventure. Et il n'y aura, le 16 septembre, qu'un seul élu.

Et l'ultime duel pourrait bien être, comme ne cesse de le répéter Christophe Darbellay, « Pelli contre X ».

Hypothèse d’une équation : X = CD ?


Pascal Décaillet

15:56 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Qui fera une estimation des kilos d’encre et de papier utilisés pour rien ? Ou est le bon sens des Radicaux d’autrefois ? Le Tessin serait-il l’ultime receleur de cette vertu si nécessaire en politique ? Ce pourrait bien être le cas. Adieu, veaux, vaches, moutons, couvées, vaudoises ou romandes ! Pelli nous a pellé propre en ordre. C’est tant mieux pour la Suisse et son système consensuel et proportionnel. Merci Monsieur Pelli ! Vous avez rigolé le plus longtemps possible parce que vous le saviez, maintenant c’est fini.

Écrit par : Philippe Berney | 10/08/2009

Eh oui! vous avez raison. Normalement ce sont les chefs de parti qui forment les gouvernements après les victoires électorales: en Angleterre, en France.

Mais en Suisse c'est un peu différent. Le parti radical et le parti démocrate chrétien ne sont pas des gagnants. Ce sont deux partis qui ont perdu les élections. Ils ont seulement un droit résiduel à siéger au gouvernement. Pour le parti radical la prétention à deux sièges est existentielle. Si non ce serait toute la Jeune Suisse qui s'écroulerait. Pour les enfants de coeur qui ont bu le vin des burettes, comme disait de Gaulle, il s'agit d'une revanche à prendre sur l'humiliation, pourtant absolument méritée, subie par l'hôtesse de l'air Metzler (sic Sarkozy) sanctionnant la défaite de ce parti aux élections de 2003 et la victoire de l'UDC.

Pour les raisons que vous avez vous même énoncées: - il appartient au patron d'un parti, surtout victorieux, de conduire l'action gouvernementale -, l'éviction de Blocher était une faute politique majeure qui se payera cher.

Aujourd'hui le chef des radicaux reprend le leadership de ses troupes (a-t-il une vraie autorité sur elles?) et du côté démo-chrétien, pour le moment, seul le sous chef est en lice pour reconquérir ce siège résiduel aprement disputé.

Monsieur de Buman ne sera peut-être pas élu. Mais une chose est sure: si le grand dadais Darbellay vient le bousculer au portillon, on s'apercevra peut-être que c'était une erreur de mettre à la tête d'un parti un garçon qui est un, piètre, tacticien, et aucunement un stratège. De Buman a simplement plus d'étoffe que lui et c'est donc normal qu'il le défie. Il se pourrait que Darbellay fasse un bide. En plus, contre Darbellay il y aura une vendetta furieuse de la droite qui ne lui pardonnera jamais son rôle moteur dans le putsch du 12 décembre 2007.

En fin de compte les clés seront peut-être - et ce n'est pas nouveau en Suisse -détenues par les gardiens du temple "républicain". L'illuminé, ou initié si vous préférez, Andi Gross a déclaré qu'il serait préférable d'élire un radical pour ne pas pousser les radicaux dans les bras de l'UDC ces "non républicains", et qu'il valait mieux pour éviter cela renoncer à un progrès social et à la "petite concordance" avec le PDC.

Ceci concorde avec le discours très intéressant de ce rejeton du clan Bender, de Fully, que vous décryptez savamment dans un autre billet: cap sur le radical socialisme.

Tout cela parle en faveur de Pelli, comparé un jour par François Gross à un "prélat". Car il ne donnera pas de boutons à l'UDC et sera agréable à la Bahnhof strasse, ce qui ne serait peut-être pas le cas de l'ancien petit employé de la Banque Cantonale Vaudoise Pascal Broulis malgré son prénom prédestiné de Pascal (après Couchepin et Delamuraz).

A moins, à moins que certains défenseurs de l'état social ne voient pas l'intérêt de ces jeux philosophiques ésotériques d'inités, qui n'intéressent pas les classes laborieuses, et donnent sa chance à un PDC ayant la fibre sociale (donc pas Darbellay, l'homme des forces d'argent) aidant ainsi un PDC sans attaches philosophiques particulières à atteindre son but.

Scénario très improbable, certes, mais pas impossible, et qui démontrerait que les oracles du Bruder Andreas de Sainte Ursanne ne sont pas toujours suivis.

Écrit par : Léon Savary | 10/08/2009

Merci pour cet article. Vous dites "Mais n'ayant le droit, en vertu d'un étrange cérémonial initiatique, de se dévoiler qu'en dernier.". M. Décaillet pourriez-vous nous en dire d'avantage, car je reste un peu surpris: lors de la conférence de presse suivant l'annonce de départ en retraite de M. Couchepin, M. Pelli a clairement répété trois fois qu'il n'était pas candidat. Malgré cela, tous les journaux ont affirmé qu'il le serait très certainement. Je cherche à comprendre...

Écrit par : Nicolas J. | 10/08/2009

Bonjour,

D'après mes vagues souvenirs de mes années d'études, c'est précisément l'une des spécificités du système politique suisse : le Gouvernement Helvétique n'est pas composé de chefs de parti et ne peut pas l'être sur le long terme.

Un chef de parti est par nature partisan. "Profilé" comme ont le dit en Suisse. Idéalement il a quelque chose du polémiste. Son objectif c'est d'accroitre l'influence politique de son parti en améliorant ses résultats électoraux au détriment des autres partis. Il doit faire parler de lui et de son parti.

Un Conseiller Fédéral représente aussi les idées de son parti, mais il a une fonction opposée. Il doit lui au contraire travailler avec les conseillers fédéraux des autres partis pour trouver des solutions nouvelles. Il doit travailler dans la discrétion car par nature personne ne peut s'arroger le mérite du consensus.

Le chef de parti est un polémiste. Le Conseiller fédéral est un ouvrier discret du compromis.

De mes vieux souvenirs, le profil typique du Conseiller Fédéral était donc une personalité parfois de premier plan, mais très rarement médiatique ou partisane. Sur les 50 dernières années, quelle est la proportion de Conseillers Fédéraux chefs de parti ?

C'est l'UDC qui a violé le premier cette vieille tradition helvétique avec la candidature de Christophe Blocher. A partir du moment où un chef de parti entre au Conseil Fédéral, il en faut d'autres pour rééquilibrer l'influence partisane au sein de l'exécutif. Vient alors la candidature de Doris Leutard, puis sous une forme proche celle de Ueli Maurer et maintenant celle de Fluvio Pelli... qui appelle celle de Christophe Darbellay. En cas de succès, elles appeleront aussi les candidatures des autres chefs de parti. Le Conseil Fédéral sera alors un conseil des chefs de partis.. avec toutes les conséquences que cela entraine.

Une telle évolution rendrait le Conseil Fédéral plus médiatique et plus visible. Cela ferait de l'audience et du papier. Mais il deviendrait ingouvernable. Un Chef de Parti est par essence quelqu'un qui n'a pas l'expérience du compromis ni même du travail collaboratif avec d'autres partis.

La défaite de Christophe Blocher était une forme de refus par le parlement de cette évolution. La victoire, même courte d'Ueli Maurer, seul candidat proposé, était au contraire un pas en arrière vers l'acceptation de cette évolution.

Si le Parlement désigne des chefs de parti, tôt ou tard, le Conseil Fédéral deviendra une vrai cacophonie. L'expérience Blocher l'a montré. La formule magique aura fait son temps. Le Conseil Fédéral deviendra fondé sur une majorité arbitrée par le PDC.

Mais la coexistence de la démocratie directe et de la culture majoritaire conduit à des blocages constants. Historiquement, ce sont les initiatives et les référendums incessants qui avait obligé à en arriver à la formule magique. On reviendrait à la case départ.

Pour sortir de ce blocage, la Suisse devrait alors soit revenir à une autre formule magique soit imposer la règle majoritaire à ses institutions et renoncer à la démocratie directe.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 10/08/2009

Monsieur Décaillet me pardonnera peut-être (?) de squatter son blog, après l'avoir un peu égratigné, pour réagir au commentaire de "Léon Savary" ?...

@ Léon Savary :

Juste pour vous dire que votre pseudo vous convient à merveille et que si je ne partage pas votre analyse, ni vos déclarations un peu à l'emporte-pièce, j'apprécie en revanche beaucoup votre style un peu caustique mais néanmoins courtois, ainsi que votre humour.

Parmi votre inventaire très imagé - presqu'à la Prévert - qui me rappelle un peu celui des petites statuettes moulées par Honoré Daumier pour désigner les députés à l'Assemblée Nationale française au XIXème, je relève notamment :

* L'hôtesse de l'air Metzler (attribué à Sarkozy - un connaisseur ...)
* Le grand dadais Darbellay (bien trouvé !)
* L'illuminé ou l'initié Andi Gross, alias Bruder Andreas de Saint-Ursanne
* Fulvio Pelli le prélat (attribué à François Gross - fin connaisseur lui aussi ...)
* Philippe (?) Bender, rejeton du clan Bender de Fully

Les caricatures de Daumier :
http://www.ac-grenoble.fr/lycee/diois/Latin/Francais/Image/Iconographie/XIXe%20Honore%20Daumier%20Oeuvres%20Politiques%20et%20Sociales/Web/thumb.html

Bien à vous, avec mes compliments !
A vous lire bientôt !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 10/08/2009

Cher Monsieur d'Hôtaux,

Je suis très sensible à votre compliment sur ma prose signée Léon Savary. Ca montre qu'il y a encore des gens qui savent qui était Léon Savary: un écrivain fribourgo-balte de grand talent, condamné pour ses péchés à faire l'ingrat métier de chroniqueur parlementaire à Berne. Je crois que - contrairement à notre cher chevalier des Caillets, qui s'épanouit dans ce rôle de commentateur politique -, Léon Savary avait ça en horreur. Il se vengeait en étant féroce avec ces braves parlementaires fédéraux. Il faut lire son livre: "Voulez-vous devenir conseiller national?", plein d'observations méchantes, mais on s'aperçoit que le cirque du Palais Fédéral n'a pas changé depuis son époque.

Merci aussi de me comparer à Daumier: ça pour un compliment c'est un compliment.

Je laisse comme ça des petits commentaires de temps à autres sur divers "blogs" et je les signe de pseudonymes farfelus car je ne tiens pas du tout à me faire un nom dans la "blogosphère".

Bon, ça me fait plaisir que vous appréciiez mes petites notations sarcastiques sur les uns ou les autres.

Pour "l'hôtesse de l'air" Metzler, je n'ai rien inventé. C'est vraiment Sarkozy qui a eu l'idée, alors que cette nunuche affublée du titre de "ministre suisse de la justice", toute fiérote, le promenait en hélicoptère au dessus du lac Léman, lors d'un sommet du G je ne sais plus combien, à Evian en 2002. Il l'avait trouvée tellement tarte que, devant elle, il avait appelé un collègue ministre français sur son portable pour lui raconter la scène et lui avait dit, en imitant "l'accent suisse": "Tu connais pas la meilleure: l'an prochain les Suisses auront une hôtesse de l'air comme Présidente."

C'était compter sans le regretté Blocher, qui nous aura au moins évité ce ridicule d'être présidés par une hôtesse de l'air.

Darbellay est un grand dadais, je ne vois pas comment le décrire autrement. C'est le typique beau gosse du village, mais rien dans la tête. A mon avis il restera dans l'histoire, de même que Couchepin pour le parti radical, comme le fossoyeur de son parti. C'est à cause de sa politique que des gens comme moi, qui votaient PDC par tradition, déposent désormais dans l'urne des bulletins UDC compacts.

Pour l'illuminé du convent, pardon couvent, de Sainte Ursanne, qui se prend pour une pythie, vous aurez compris sans doute sur les perfides sous entendus philosophiques qui, j'espère, échapperont aux profanes.

En ce qui concerne le "clan" de Fully, là il n'y avait aucun fiel de ma part. Au contraire, j'ai beaucoup de symptahie pour ce genre de chefferies coutumières pleines de caractère et où on professe des opinions bien arrêtées, même si ce ne sont pas les miennes. Le Valais a un peu la palme de cette culture archaïque, et sympathique. C'est seulement dommage que le cacique choisi pour monter à Berne: Couchepinus le Mauvais, se soit conduit honteusement en prêtant la main à des coups tordus sordides pour dégommer son collègue Blocher qui le dépassait de la tête et des épaules. Ca ne se fait pas, des choses pareilles. Or, je constate que le clan Bender, représenté par Léonard le Jeune, vice-président du grand vieux parti, a pour sa part été d'une parfaite correction dans cette affaire, en appelant à réélire Blocher. Donc, le clan Bender a toute ma sympathie.

Voyant qu'il y a des gens comme vous qui apprécient mes petites figurines à la Daumier, je vais donc continuer à en modeler quelques unes à l'occasion. Mais je dois vous dire que je dois me retenir à toute force pour ne pas être beaucoup plus virulent. Je suis indigné de la conspiration pro-européenne et anti-suisse à laquelle nous assistons et si je me laissais aller à dire les choses exactement comme je les pense ça mettrait monsieur des Caillets dans l'embarras.

Écrit par : Fregoli | 11/08/2009

@ Léon Savary :

Merci de votre longue réponse et également pour vos précisions !

Bien que sachant qui était Léon Savary - le véritable, l'AOC - je n'ai jamais lu son livre : " Voulez-vous devenir conseiller national ? ". N'ayant aucune ambition politique, je ne n'ai pas l'intention de me présenter à une quelconque élection, mais je vais tout de même m'empresser de gommer cette lacune littéraire en empruntant l'ouvrage en question ces prochains jours à la bibliothèque municipale ...
C'est en observateur attentif de la politique suisse que je le lirai, même si l'ouvrage date de plusieurs décennies. Merci de me l'avoir recommandé !

Concernant Blocher et l'UDC, je ne partage pas vos sympathies ni pour l’homme, ni pour le parti !
Je pense quant à moi que l’éviction de Blocher du Conseil fédéral fut une bonne chose.

En effet, le fonctionnement collégial de notre gouvernement implique une approche consensuelle des objets à traiter et bien que les décisions soient prises à la majorité, c’est le Conseil fédéral en tant que tel qui décide, prend les décisions et les publie, pas les Conseillers fédéraux qui les auront approuvées.
Le collège gouvernemental se doit donc d’être cohérent, il doit afficher sa cohésion face à l’opinion publique, mais surtout à l’extérieur où toute faiblesse, toute dissension sera exploitée. On l’a vu avec tous les événements qui ont émaillés la politique extérieure de la Suisse au cours de ces dernières années : fonds en déshérence, tensions avec la Turquie à propos de la reconnaissance du génocide arménien, plus récemment l’affaire Kadhafi et les otages suisses retenus à Tripoli, la réunion du « G20 » qui a instrumentalisé l’OCDE en lui dictant la liste des « brebis galeuses » dignes de figurer dans une liste grise, et j’en oublie …

A l’évidence, aussi bien le personnage de Christoph Blocher que sa personnalité, n’étaient solubles dans le gouvernement fédéral, dans la forme collégiale que nous lui connaissons aujourd’hui, aux côtés de six autres personnes dont on ne partage pas forcément les idées, mais qui respectent ce que l’on appellera les « règles du jeu », le devoir de réserve concernant des décisions prises démocratiquement notamment. Je pense ici à la déclaration de Blocher faite à Ankara en octobre 2006 - commémoration du 80ème anniversaire de l’introduction du code civil turc - concernant la pénalisation pour négation du génocide arménien (référence à l’article 261 bis du code pénal suisse) : « Cela me fait mal au ventre … » avait-il déclaré …
On ne peut pas non plus siéger au sein du collège gouvernemental et conserver de facto son rôle d’opposant.

Je pense toutefois que si l’UDC a rencontré beaucoup de succès au cours de ces dernières années, c’est qu’il répondait à une attente des électeurs, attente qui n’a pu être satisfaite par les partis « traditionnels » : Radical, PDC, mais également Socialiste.

La Suisse se trouve actuellement dans une phase critique de son histoire. Autour de nous, le monde change beaucoup et très rapidement. La mondialisation des échanges commerciaux, les accords tarifaires, la circulation des personnes bouleversent les habitudes et l’on constate soudain que tout ce que l’on croyait définitivement acquis est remis en question. La protection sociale, l’âge de la retraite, le droit du travail, le protectionnisme national, etc. toutes ces avancées sociales que l’on tenait pour définitivement acquises, sont abordées, rediscutées. Tout ou presque est remis à plat.
Même la souveraineté de la Suisse et son ordre légal sont vilipendés par des groupements de grands pays, tels les « G x », x étant une variable susceptible de varier – comme toute variable d’ailleurs – , au gré des besoins et des objectifs à atteindre, même si ceux-ci ne sont pas toujours, voire jamais, avouables.

Pris dans ce grand « maelström », les Suisses doutent et certains d’entre eux confient leur sort entre les mains de ceux qui rassurent en promettant beaucoup. Dans les temps actuels, l’UDC joue ce rôle d’exutoire, mais les idées qu’il défend ne sont pas crédibles sur le long terme.

Cependant l'UDC fait partie du paysage politique suisse. Il faut donc composer avec elle et non pas la stigmatiser.

Devant les défis qui attendent la Suisse et les problèmes – ceux que j’ai mentionnés plus haut - que nous avons dus affronter sur le plan international, au cours de ces dernières années, il me semble urgent d’avoir un grand débat national sur nos institutions. Ce grand débat que j’appelle de mes vœux, c’est aux partis politiques qu’il incombe de l’initier, mais le feront-ils ? J’en doute beaucoup, tétanisés qu’ils sont à scruter les échéances électorales, à compter leurs nombres de sièges.

Pourtant le temps presse, car la Suisse doit cesser de réagir en prenant l’initiative, en devenant proactive !

Nos tête pensantes politiques helvétiques seraient bien inspirées de lire ou de relire Denis de Rougemont, lui qui a tout écrit ou presque sur le destin de la Suisse, celui de l’Europe, même si la construction européenne actuelle ne lui plairait probablement pas beaucoup, voire pas du tout …

Concernant Sarkozy et sa déclaration faite à propos de Ruth Metzler, cela démontre, si besoin était, le personnage : suffisant et arrogant. J’avais peu de sympathie pour Ruth Metzler, mais à travers elle, c’est la Suisse que le futur « empereur Nicolas 1er » vilipendait et ça je ne peux l’accepter en tant que Suisse …

Pour conclure – provisoirement – il faut bien aborder le thème du billet de Monsieur Pascal Décaillet qui nous fait l’honneur de nous accueillir sur son blog et parler un peu de la succession de Pascal Couchepin.

Je rêve d’un Conseil fédéral fort, soudé, proactif, anticipant les problèmes et sachant apporter des solutions. Je rêve d’un Conseil fédéral sachant naviguer par gros temps, capable d’affronter la tempête de sable soufflant de Tripoli, comme la tempête de menaces soufflant de Washington. Un Conseil fédéral capable de faire taire les roquets de l’Hexagone, et le chantage des chevaliers teutoniques, mais sachant aussi nous rassurer, nous les indigènes qui doutons parfois, souvent, c’est selon …

Le remplaçant de Couchepin devrait donc être consensuel, mais doté d’une forte personnalité, visionnaire tout en restant réaliste, bon communicateur et bon gestionnaire. Il devrait être latin, italophone ou francophone, de langue maternelle.

A défaut de trouver l’oiseau rare, pour autant qu’il existe, je suis persuadé que le siège restera en mains « Radicales » à la suite d’un match qui se jouera entre Fulvio Pelli et Pascal Broulis et qui sera arbitré par Didier Burkhalter.

Je pense que le PDC n’a aucune chance de récupérer son siège perdu par les temps et dans les conditions actuels. Par ailleurs Darbellay piètre stratège, a commis beaucoup d’erreurs tactiques et mais également des erreurs de casting, car Urs Schwaller n’a aucune chance !

Nous aurons probablement l’occasion et le plaisir de poursuivre cet échange d’idées ?..

Bien à vous et merci pour la qualité du débat !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 14/08/2009

Cher Monsieur,

Vous êtes très aimable et vous êtes un patriote. Mais j'ai toujours beaucoup de peine à supporter les critiques sans fondement qu'on adresse à M. Blocher.

Je pense qu'il y a beaucoup de jalousie derrière tout ça. Pas de votre part à vous, mais de beaucoup de gens.

C'est la première fois qu'au CF on a eu un homme qui a acquis une certaine puissance personnelle, par sa propre action: comme entrepreneur, comme leader politique, comme architecte de la plus profonde modification du paysage politique suisse depuis des générations. C’était donc un homme politique qui dépassait la dimension habituelle et en Suisse on n’aime pas les têtes qui dépassent.

On était habitué à ce que les conseillers fédéraux soient de simples porte paroles: d'un parti, du monde syndical, du monde paysan, du monde patronal, bref des hommes, et femmes, ayant certes un certain format, mais ne représentant une force que par délégation, jamais par eux-mêmes.

C'est cette nouveauté qui, dans la culture politique suisse de médiocratie n'a pas passé. Au moment où M. Blocher a été dégommé: le 12 décembre 2007 (je me souviendrai de cette date toute ma vie, comme on se souvient de Marignan 1515, tellement ça m'a choqué et je ne suis pas le seul), j'ai d'abord cru que c'était une question idéologique, qu'on avait voulu se débarrasser d'une vision conservatrice et eurosceptique. Il y a eu un peu de ça, certes, mais ce n'était pas le critère déterminant de l'ostracisme. En effet, un an plus tard on élisait M. Maurer, un homme idéologiquement encore plus dur que Blocher. Seulement, lui, c'était monsieur tout le monde, le Bünzli de base. Il n'y avait aucune distance sociale entre lui et les autres parlementaires. On restait entre soi, entre petites gens. C’est pourquoi Maurer ne dérangeait pas.

M. Maurer est un porte parole, le porte parole d'un électorat, populaire, simpliste, "xénophobe" comme lui. Sans son parti il n'est rien. Il n'est pas un magnat qui pèse son poids propre dans la société. Ce n'est pas une force avec laquelle il faut compter pour elle-même, comme c'est le cas de M. Christophe Blocher.

La Suisse est ainsi faite. Elle est dirigée par une petite oligarchie d'affaires, comme tous les autres pays du monde, d’ailleurs. Mais ce petit groupe domine par personnes interposées. Ainsi le conseil fédéral est composé de messieurs dames, très respectables, mais qui ne sont rien que des fondés de pouvoir. Par exemple M. Merz est et a été toute sa vie un homme de confiance du groupe Schmiedheiny. Tout le monde le sait, personne n’en parle, même parmi les politiciens de gauche. Car c’est un fait qui fait partie d’un consensus sur les rapports de pouvoir en Suisse, qui a été entériné par toutes les forces participant au système.

M. Blocher était le fondé de pouvoir de lui-même. C'est ça la seule chose qui dérangeait.

Mais c'est dommage qu'on se soit débarrassé de lui. Car il avait des qualités d'homme d'Etat exceptionnel, de très loin supérieures à celle par exemple de Couchepin, ce typique politicien professionnel carriériste pour qui le but c'est la carrière, pas la défense des intérêts du pays contre vents et marées.

L’hostilité du système à la personnalité de M. Blocher s’explique aussi pour une autre raison. Autant il est paradoxal de vivre dans un pays dans lequel même le PS donne son consentement à un système dominé par les intérêts que représente M. Merz, car le système a négocié avec lui pour lui donner (au PS) une petite participation au pouvoir, dont il se contente, autant il est vrai que ce système ronronnant, cet espèce de cartel, était arrivé à un point où il avait trouvé son point d’équilibre parfait dans un consensus mou qui fait la part belle à une tendance étatiste et socialisante que M. Schwaller, comme M. Schlumpf (père d’Eveline) sont deux incarnations parfaites. La conséquence : délégation de pouvoir énorme à une administration qui nous a empapaouté dans des usines à gaz qui ne fonctionnent absolument pas : exemple typique : l’assurance maladie. Ce consensus mou inclut également une volonté non dite de l’establishment de conduire la Suisse dans l’UE, par la tactique du salami, en contournant la volonté populaire.

L’UDC blochérienne combat ce consensus mou social libéral en politique intérieure, et la volonté sournoise de l’establishment de nous forcer à entrer dans l’UE.

C’est ce qui a fait son succès car il y a un fort soutien dans le pays pour un véritable « virage à droite » à la fois libéral conservateur et eurosceptique.

Personnellement je suis convaincu que ce virage serait une bonne chose. Je pense même qu’il est nécessaire pour préserver les acquis de la Suisse et sa prospérité. Si on continue sur la pente savonneuse pro européenne et sociale libérale la Suisse va se retrouver bientôt dans la même situation, peu enviable, que les pays qui nous entourent : fiscalité écrasante, perte de toute souplesse par rapport aux politiques communautaires aberrantes, appauvrissement général de la population.

Le problème est que la pression de l'UDC qui exige un virage politique gêne le confort des élites en place, installées dans le fromage : la haute administration, tous ces gens qui tirent un avantage matériel et des rentes de situation du consensus mou, même si c’est au détriment de la population qui souffre à cause de primes d’assurances impossibles à payer et qui voit battus en brèche des avantages essentiels de la Suisse (comme le secret bancaire par exemple, mais ce n’est pas le seul avantage qui va disparaître si on ne change pas de cap dans le sens UDC).

Alors bien entendu, tous ces intérêts particuliers se défendent, tentant désespérément de continuer comme si de rien n’était la bonne vieille politique ronronnante sociale libérale qui prévalait avant. Et pour tenter de se débarrasser di gêneur Blocher et de sa politique, on crie au « non respect des institutions », au « populisme » etc. Des mots, que des motes, qui cachent des intérêts.

Vous souhaiteriez qu'on aie des conseillers fédéraux capables de défendre la Suisse face aux pressions qu'elle subit.

Eh ! bien il fallait y penser avant.

Quant M. Blocher était là il était respecté et même craint. On savait qu'il incarnait la volonté de défense déterminée de la Suisse et de ses intérêts. On y réfléchissaait à deux fois avant de faire chanter la Suisse.

M. Blocher avait proposé à ses collègues de geler les versements fiscaux à l'UE prélevés au titre de l'impôt anticipé de 35% selon accord sur la fiscalité de l'épargne, et ce aussi longtemps que l'UE maintenait son chantage sur notre souveraineté fiscale. Il est très dommage que sa proposition ait été rejetée par le CF. Car c'était dissuasif et aurait contenu les pressions fiscales sur notre pays.

Blocher au CF c'était comme une pancarte "Attention chien méchant" sur la maison. Les maraudeurs Steinbrück, Montebourg et Cie restaient à bonne distance.

Il fallait aussi retirer formellement la demande d'adhésion à l'UE, comme le demandait Blocher. Car tant qu'à Bruxelles on sait que les dirigeants de la Suisse, en leur for intérieur, désirent adhérer, on sait que la Suisse est vulnérable à nimporte quel chantage, sans limite, tant ses dirigeants désirent complaire à l'UE.

Ce n'est pas Blocher qui se serait soucié de la menace d'être mis sur une liste noire, ou grise, ou de nimporte quelle couleur. Il aurait opposé son veto aux manoeuvres de l'OCDE, qui ne pouvaient aboutir sans l'unanimité de ses membres. Etr la Suisse est membre fondateur de l'OCDE.

On avait besoin de quelqu'un qui ne craint pas que la Suisse soit haïe pourvu qu'elle soit respectée. Cet homme c'était Blocher.

En l'excluant du gouvernement on donnait un signal clair à tous nos ennemis, à tous les ennemis de la Suisse. Ce signal signifiait: Allez-y, nous avons réussi à nous débarrasser du méchant qui nous empêchait de nous coucher devant vous. Maintenant vous pouvez formuler vos exigences. Nous y accéderons. Il suffit de demander. Bien sur nous ferons semblant de résister pendant quelques semaines ou quelques mois, puis nous lâcherons tout.

Voilà le signal donné au monde le 12 décembre 2007.

Et les conséquences n'ont pas tardé à se faire sentir: Une pluie d’attaques et de chantages sur la Suisse.

Et comme réaction de la Suisse officielle là contre : un seul exemple, révélateur : Différend fiscal: M. Couchepin est allé à Bruxelles avec sa collégue Widmer-Schlumpf et il a osé dire : « On ne capitule pas en rase campagne d’entrée de jeu ». J’ai encore dans l’oreille cette phrase honteuse.

Qu’est ce à dire ? Ca veut dire : « On capitulera, bien entendu, et sur toute la ligne. Mais une minute de répit monsieur le bourreau. Laissez nous juste faire semblant de résister un tout petit peu, pour la forme, avant de tout lâcher. » Voilà la manière dont les anti Blocher défendent nos intérêts menacés ! Pitoyable.

Avec Blocher au CF ça se serait passé autrement.

D’autre part, je note que contrairement à ce qu'on dit M. Blocher n'a jamais commis de rupture de collégialité. Il a toujours soutenu loyalement les projets du Conseil fédéral. Même quand c'était contre son avis personnel comme par exemple pour Schengen. C'est le contraire qui est vrai. Toutes les ruptures de collégialité ont été le fait de ses adversaires qui se sont permis de l'attaquer à tout bout de champ. Le spécialiste de ces ruptures de collégialité a été Couchepin. Le sommet a été atteint - et là la Suisse officielle s'est déshonorée - dans l'Affaire Roschacher-Holenweger.

Cette affaire a été une honte innommable. Six semaines avant les élections on a tenté, par des falsifications de documents, par des rapports de police tronqués, en violation du secret de l'instruction (avec probablement la collaboration des autorités allemandes qui détestent l'indépendantiste Blocher) de jeter l'opprobre sur un membre du gouvernement dans l'espoir qu'en six semaines il lui serait impossible de prouver son innocence et sa bonne foi.

Ce fut le point le plus bas de l'infamie qu’on ait connu en Suisse depuis des générations et des générations.

Dans ce contexte aucune homme de coeur ne pourra jamais oublier, ni pardonner, le rôle joué par Pascal Couchepin, proposant de nommer un "jurisconsulte", dont on pouvait s'attendre à ce qu'il ait mission d'enfoncer encore plus la victime du complot. Depuis ce jour là ce monsieur Couchepin on ne peut pas lui serrer la main. (Et je ne parle pas de ses propos sur le "Duce", ni sur "Mengele - Mörgele".) Je ne pensais pas que de telles choses puissent arriver en Suisse. En Syrie, en République Démocratique Allemande, dans la Roumanie de Ceaucescu, oui. Mais pas en Suisse.

Fort heureusement la manoeuvre perfide a échoué piteusement, grâce à la réaction décisive du conseiller fédéral Mörgeli qui a pu se procurer les vrais documents et prouver que tout cela n'était qu'un montage, grâce à la Weltwoche qui a pu prouver les collusions entre le ministère public et la commission de gestion présidée par Mme Meier-Schatz. Et puis l'opinion n'a pas été dupe. Elle a parfaitement saisi l'embrouille et s'est solidarisé avec la victime. L'UDC a eu l'instinct très juste de placarder des affiches "soutenez Blocher votez UDC" et le peuple a répondu en plébiscitant l'homme et le parti d'une façon dont on mesure mal à quelle point il s'agit d'un raz de marée. Rappelons qu'il s'agit d'un vote à la proportionnelle... Si on avait été en Angleterre, avec un scrutin majoritaire, cette élection aurait donné à l'UDC une majorité absolue des sièges au parlement!

Dans ce contexte l'éviction de Blocher, - même si les jalousies, la revanche des petits, diverses rancoeurs et sensibilités gnan gnan quant au "style" ont joué leur rôle - cette éviction a été une erreur politique magistrale car elle crée un clivage dans le pays. Désormais c'est l'UDC contre tous les autres. On entre dans une logique majoritaire comme en France quand Mitterrand incarnait l'espoir d'une "alternance", c'est à dire d'un grand chambardement, qui a d'ailleurs finalement eu lieu. Aujourd'hui l'UDc incarne l'espoir de changement de la population contre une classe politique PS-PRD-PDC déconsidérée, immobiliste et pas à la hauteur. Mais ça on l'a voulu on ne respectant pas le principe de collégialité qui exigeait le réélection de M. Christophe Blocher le 12 décembre 2007. La responsabilité en retombe sur les auteurs du putsch.

Le 12 décembre a rompu le sentiment de confiance des électeurs UDC envers les autorités. En tous cas le mien a été rompu. Le conseil fédéral me paraissait une autorité légitime avant le 12 décembre, car il était basé sur la représentation équitable des forces politiques. Depuis le 12 décembre 2007 ce n'est plus le cas.

Il est important que les forces politiques soient représentées au pouvoir par des personnalités qui ont leur confiance, et non celle de leurs adversaires.

Mme Schlumpf "Sprengkandidatin" n'avait pas de légitimité pour représenter l'UDC. J'ai été heureux que l'UDC ait eu le courage et la force, de pouvoir exclure cette femme en procédant à une opération délicate et douloureuse mais nécessiare, sinon l'UDC aurait perdu la confiance de son électorat et ne serait plus un espoir pour tous ceux qui comptent sur ce parti pour maintenir l'indépendance de la Suisse contre cette cinquième colonne que représente la classe politique.

Enfin, pour terminer, je note que vous êtes un admirateur de Denis de Rougemont. Vous avez raison. Denis de Rougemont est un grand penseur. Je suis fier de l'avoir très bien connu personnellement. Mais on a trop tendance à se prévaloir de sa pensée pour tenter de légitimer l'Europe illégitime d'aujourd'hui, qui est basée sur le refus de reconnaître les résultats de trois référendums démocratiques: celui de la France et de la Hollande en 2005 et celui de l'Irlande l'an passé.

Denis de Rougemont doit se retourner dans sa tombe en voyant ce qu'on fait de l'Europe à laquelle il croyait.

Écrit par : Léon Savary | 16/08/2009

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