30/08/2009

Hors du sérail, point de salut

 

Dimanche 30.08.09 - 16.25h

 

La démocratie suisse sent le renfermé. Un mode électoral du gouvernement fédéral qui n’a pas changé depuis l’époque des sentiers muletiers et des diligences. Un exécutif dépourvu de toute cohérence idéologique, où se côtoient la gauche bobo zurichoise (celle des galeries d’art contemporain et des sushis) et la droite nationaliste (celle de la proximité charnelle, à la culotte, dans l’étincelant périmètre de la sciure), sans que cette ahurissante contiguïté n’étonne grand monde. Des conseillers fédéraux qui décident eux-mêmes, en pleine législature, quand ils partent, n’y étant acculés ni par un scandale ni par la maladie. Non, juste la convenance. Des trous, des p’tits trous. Alors on écope, on colmate, on tâche de remplir, on pare au plus pressé, on n’étonne le monde que par la savoureuse complexité de la combinazione. Seule vraie reine : la coulisse.

Ainsi, cet étrange pouvoir donné aux « groupes » de l’Assemblée fédérale. Que cette dernière élise le Conseil fédéral, est une chose. A modifier, certes, nous plaidons depuis tant d’années en ce sens, mais enfin pour l’heure, c’est ainsi. Mais au nom de quoi les groupes, en amont du plénum, s’arrogent-ils la toute-puissance de décréter qui peut rester candidat et qui ne l’est plus ? Nous avons, en Suisse, des partis politiques, ils ne sont pas illégaux. Pourquoi les candidats doivent-ils être ceux du groupe, et non ceux du parti ? Pourquoi ce bétonnage préliminaire, qui ferme à ce point le jeu ?

Surtout, ces « auditions », à quoi riment-elles ? A l’époque des radios et TV, de l’internet, de l’information de masse, à quelle réelle nécessité cognitive ces examens oraux correspondent-ils ? Ces grands jurés, qui doivent vivre là leur heure de gloire, n’écoutent jamais la moindre émission, ne lisent jamais de journal, ne disposent pas de la toile, pour ne pas savoir exactement qui sont Mme Brunschwig Graf, MM Burkhalter, Lüscher et Broulis ?

Comédie ! Rituel de pouvoir d’un monde parlementaire fermé sur lui-même, privilégiant les siens, la parité (ah, les Pairs), la semblance, et donc excluant ce qui vient du dehors, la différence, quitte à se couper des forces vives de la nation.

Ainsi, on a presque pu croire que Pascal Broulis se présentait à un oral d’allemand. Prépositions à doubles cas, verbes irréguliers, particules modales, le tout sous le regard sourcilleux d’un cénacle qui doit se prendre, un moment, pour le grand juré du Goethe Institut.

Il s’en souviendra, le président du Conseil d’Etat vaudois, de ce petit jeu de fourches caudines. Où on fait sentir à l’Autre qu’il n’est pas de ce monde. Pas du club. Il n’en a d’ailleurs pas les codes, pas les clefs, pas le langage.

Il s’en souviendra, oui. Et le peuple suisse aussi, espérons-le, lorsque cet épisode, au milieu de beaucoup d’autres, sera évoqué pour démontrer à quel point il faut s’attaquer à un changement de fond de l’ensemble du système. Oh, pas tout de suite. Jamais tout de suite, en Suisse. Disons, tiens, dans dix mille ans.

Ca vous convient ?

 

Pascal Décaillet

 

16:24 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Vous avez raison : le système d'élection au CF est parfaitement obsolète. Mais tellement suisse… On veut un radical, mais pas trop quand même, un socialiste cachemire-caviar, mais un peu rose aussi, deux méchants UDC, une ou deux femmes, pour faire bonne mesure (et ne surtout pas mettre en question le système…). Dans dix mille ans peut-être, si la Suisse existe encore…

Écrit par : jmo | 30/08/2009

Non, dans dix mille ans cela ne me convient pas du tout à moi non plus !

Je regrette aussi l'éviction de M. Pascal - tiens, encore un Pascal - Broulis par le groupe PLR, manoeuvre qui tient plus de la tactique électorale que de l'intérêt du pays, l'idée étant de conserver le second siège Radical.

D'ailleurs d'accord avec vous depuis deux jours, mais que se passe-t-il donc ?
C'est que l'affaire est suffisamment grave et importante pour qu'une majorité de citoyens s'en trouve choquée.

Bien d'accord aussi pour relever l'anachronisme de ces auditions en conclaves, avec fumée blanche à la clef ...

D'accord aussi pour réaffirmer qu'il faut procéder à un inventaire suivi d'un nettoyage de nos institutions. Il nous faut un grand débat national impliquant TOUS les partis politiques ...
En attendant que les partis daignent s'en préoccuper - c'est pourtant leur tâche - il faudrait replâtrer, mais chacun sait ce que coûtent les ravalements de façades ...

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 30/08/2009

Il s’en souviendra, le président du Conseil d’Etat vaudois, de ce petit jeu de fourches caudines. Où on fait sentir à l’Autre qu’il n’est pas de ce monde. Pas du club. Il n’en a d’ailleurs pas les codes, pas les clefs, pas le langage.
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En ce qui me concerne, M. Broulis, avec son rictus figé, de circonstance, son insoutenable légèreté de l'être, me paraissait avoir singulièrement peu d'arguments pour être élu au CF.
Non M. Décaillet, il est essentiel de comprendre la langue de l'autre partie majoritaire du pays et il ne s'agit nullement de code mais bien de langue véhiculaire !

Écrit par : Marc Grandjean | 30/08/2009

Que choisir? Un système où toutes les forces politiques peuvent s'exprimer, même quelquefois au prix d'un certain désordre ? Ou alors préférer un système majoritaire qui finit toujours par aboutir à un grand "UMPS", à un centre indistinct où deux partis jouent la même pièce simili-démocratique, hormis des masques différents, au profit des seuls intérêts globalistes (et cela sans même se départir du désordre) ?
Dommage aussi de constater que la droite turbo-républicaine, rétive aux rituels qui fondent, obsédée par des abstractions qu'elle croit fonctionnelles, sourde à la matière non-conceptuelle des nations, n'agisse en vérité que comme une force d'appoint du " marxisme culturel" ! Vous savez, cette droite qui croit vraiment que Sarkozy est de droite ;-)

Écrit par : Paul Bär | 30/08/2009

Personnellement j'ai fini, moi aussi, par me faire à l'idée d'une élection des conseillers fédéraux par le peuple.

Mais ce système actuellement encore en usage, il a du bon en celà qu'il rappelle la bonne vieille cooptation oligarchique de l'ancien régime. La désignation des gouvernements n'a que peu d'une élection mais tout d'un grabeau, comme dans l'ancien régime où même le tirage au sort, à l'aveugle, permettait de corriger le minimum de subjectivité inévitable que ne parvenait pas à éliminer le dépôt de boules noires, ou or déposées par les conseillers secrètement dans une boîte et qui aurait pu influer sur la désignation des avoyers.

La cooptation, maître mot de la Suisse "républicaine" moderne, cela convenait bien aux radicaux, aux associations philosophiques, aux grands intérêts économiques et à leur volonté de garder le pouvoir impersonnel, et sous leur coupe. C'était ça le républicanisme suisse, à la fois différent et si semblable à ce qu'il avait été avant la césure révolutionnaire de 1848.

Le suffrage universel ce sera la personnalisation du pouvoir, le grand spectacle, les émotions, et la démocratie. Je me demande si ça pourra marcher en Suisse. Mais j'ai bien l'impression qu'on va y avoir droit et je m'en réjouis plutôt. Décidément tout change.

Écrit par : Léon Savary | 01/09/2009

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