31/08/2009

Martine, Valence, la guillotine

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« Qu’on mette en place la procédure ! Qu’on les poursuive ! Qu’on les taxe ! Qu’on leur fasse payer des pénalités ! Et puis, qu’on saisisse les tribunaux ! ».

Elle en a du talent,  Martine Aubry, dans le registre injonctif, façon Fouquier-Tinville, non ? Elle est pas belle, la rhétorique, quand elle va puiser ses ferments dans la justice de classe, la haine revancharde du salaud de riche. Aux doigts crochus, pendant qu’on y est, ça en rajouterait dans la saveur de l’évocation.

Vous savez à quoi elle me fait penser, cette succession d’impératifs saccadée, anti-ploutocrates ? Au Congrès de Valence, 23 au 25 octobre 1981. Le régime Mitterrand-Mauroy au bout de son état de grâce, les capitaux qui s’évadent de toutes parts, et Quilès, le Robespierre aux yeux de feu, qui réclame « des têtes ». Des têtes, et encore des têtes. Je venais d’avoir 23 ans. Badinter, quinze jours plus tôt, venait de faire abolir la peine de mort, ce qui était pour moi une immense nouvelle. Et, là, tout à coup, « des têtes, encore des têtes ».

Oui, ce jour-là, nous étions quelques-uns, pourtant loin d’être hostiles à François Mitterrand (nous ne goûtions guère l'orléanisme de Giscard), à avoir un peu frémi.

C’était Valence, octobre 1981. Vous vous souvenez, Martine ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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Merci, M. Broulis !

 

Tribune de Genève - Lundi 31.08.09


Monsieur le Président du gouvernement vaudois, j’aimerais vous dire merci. Vous n’avez peut-être pas deux langues, mais vous avez une parole. Vous n’avez peut-être pas lu Goethe, mais vos Années d’apprentissage compteront double.

Vous incarnez, au pays de Druey et des pères fondateurs, une certaine idée du radicalisme, attachée à l’Etat, proche des gens, républicaine, ayant avec l’Argent un autre rapport que celui de la servilité. L’individu, la responsabilité, oui, mais pour mieux rejaillir sur l’intérêt de l’ensemble. Surtout, vous êtes un homme simple, sans arrogance. Et je crois que les Suisses, au plus haut niveau, auraient aimé cela.

Vous êtes Vaudois, et pourtant le Valaisan de Genève que je suis reconnaît en vous quelque chose à partager, dans l’ordre de l’aventure commune des êtres. Vaudois, vous avez, en compagnie de MM Hiler et Longchamp, jeté des ponts avec notre canton, projetant vos visions sur l’ensemble de l’arc lémanique. Constructeur, vous l’auriez aussi été à Berne.

A vous, mais aussi à Martine Brunschwig Graf qui sort de cette campagne grandie et sereine, je veux dire mon estime. Avec vos qualités humaines et politiques, l’un et l’autre, vous avez essayé. Il y avait plus de coups à prendre que de lauriers à glaner. Vous l’avez fait. Pour le reste, le destin a parlé. Mais était-ce là, vraiment, son ultime parole ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

10:42 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

30/08/2009

Hors du sérail, point de salut

 

Dimanche 30.08.09 - 16.25h

 

La démocratie suisse sent le renfermé. Un mode électoral du gouvernement fédéral qui n’a pas changé depuis l’époque des sentiers muletiers et des diligences. Un exécutif dépourvu de toute cohérence idéologique, où se côtoient la gauche bobo zurichoise (celle des galeries d’art contemporain et des sushis) et la droite nationaliste (celle de la proximité charnelle, à la culotte, dans l’étincelant périmètre de la sciure), sans que cette ahurissante contiguïté n’étonne grand monde. Des conseillers fédéraux qui décident eux-mêmes, en pleine législature, quand ils partent, n’y étant acculés ni par un scandale ni par la maladie. Non, juste la convenance. Des trous, des p’tits trous. Alors on écope, on colmate, on tâche de remplir, on pare au plus pressé, on n’étonne le monde que par la savoureuse complexité de la combinazione. Seule vraie reine : la coulisse.

Ainsi, cet étrange pouvoir donné aux « groupes » de l’Assemblée fédérale. Que cette dernière élise le Conseil fédéral, est une chose. A modifier, certes, nous plaidons depuis tant d’années en ce sens, mais enfin pour l’heure, c’est ainsi. Mais au nom de quoi les groupes, en amont du plénum, s’arrogent-ils la toute-puissance de décréter qui peut rester candidat et qui ne l’est plus ? Nous avons, en Suisse, des partis politiques, ils ne sont pas illégaux. Pourquoi les candidats doivent-ils être ceux du groupe, et non ceux du parti ? Pourquoi ce bétonnage préliminaire, qui ferme à ce point le jeu ?

Surtout, ces « auditions », à quoi riment-elles ? A l’époque des radios et TV, de l’internet, de l’information de masse, à quelle réelle nécessité cognitive ces examens oraux correspondent-ils ? Ces grands jurés, qui doivent vivre là leur heure de gloire, n’écoutent jamais la moindre émission, ne lisent jamais de journal, ne disposent pas de la toile, pour ne pas savoir exactement qui sont Mme Brunschwig Graf, MM Burkhalter, Lüscher et Broulis ?

Comédie ! Rituel de pouvoir d’un monde parlementaire fermé sur lui-même, privilégiant les siens, la parité (ah, les Pairs), la semblance, et donc excluant ce qui vient du dehors, la différence, quitte à se couper des forces vives de la nation.

Ainsi, on a presque pu croire que Pascal Broulis se présentait à un oral d’allemand. Prépositions à doubles cas, verbes irréguliers, particules modales, le tout sous le regard sourcilleux d’un cénacle qui doit se prendre, un moment, pour le grand juré du Goethe Institut.

Il s’en souviendra, le président du Conseil d’Etat vaudois, de ce petit jeu de fourches caudines. Où on fait sentir à l’Autre qu’il n’est pas de ce monde. Pas du club. Il n’en a d’ailleurs pas les codes, pas les clefs, pas le langage.

Il s’en souviendra, oui. Et le peuple suisse aussi, espérons-le, lorsque cet épisode, au milieu de beaucoup d’autres, sera évoqué pour démontrer à quel point il faut s’attaquer à un changement de fond de l’ensemble du système. Oh, pas tout de suite. Jamais tout de suite, en Suisse. Disons, tiens, dans dix mille ans.

Ca vous convient ?

 

Pascal Décaillet

 

16:24 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/08/2009

Suffrage universel

Samedi 29.08.09 - 09.30h

Depuis près de vingt ans, je plaide pour l’élection du Conseil fédéral par l’ensemble des citoyennes et citoyens de notre pays. Avec, bien sûr, des garanties pour représenter les régions minoritaires. Avec, aussi, une réforme complète de notre système : des gouvernements cohérents, élus par listes, issus d’une vraie bataille d’idées, de visions de société, pendant les élections, que leur camp aurait gagnées. Des gouvernements de gauche. Des gouvernements de droite. Mais pas des gouvernements patchwork, où n’importe qui peut démissionner, par pure convenance, en plein milieu de législature, et où on se contente, au fond depuis 1848, de remplir les trous. Le collège qu’on appelle aujourd’hui « Conseil fédéral » n’est pas un gouvernement : c’est la juxtaposition de sept fiefs, sous l’amicale supervision de cette impuissance impersonnelle qu’on appelle la présidence de la Confédération. Oui, depuis vingt ans, je soutiens cette option-là, conscient qu’elle est encore minoritaire dans notre pays.

Dans la présente série, "Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre?", j’ai passé une partie de l’été à réfléchir à l’étrangeté de notre système et suggérer des pistes de réformes. Correspondant à Berne, puis pendant de longues années de déplacements constants sous la Coupole, j’ai passé de longues heures à en discuter avec des hommes comme Gilles Petitpierre (GE), René Rhinow (BL), ou Fritz Schiesser (GL), des radicaux passionnés d’institutions, dans la pure veine de ceux de 1848. Des esprits libres, sans tabous, avec une veine réformatrice qui stimulait l’esprit.

Dans la sévérité du diagnostic sur le système actuel, il y a l’hypertrophie de pouvoir, en comparaison internationale, donné au parlement : non seulement c’est le corps des 246 qui élit les conseillers fédéraux, mais, pire, ce sont les groupes politiques qui, quelques jours avant, ferment complètement le jeu en imposant au plénum ceux pour qui il doit voter ! Unique au monde. Il y a eu, certes, de Tschudi à Chevallaz, des élus qui n’étaient pas sur le ticket final, mais cela devient rare, le cercle parlementaire étant de plus en plus clos et, paradoxalement à l’époque d’internet, de moins en moins à l'écoute de qui lui est externe, et qu’on pourrait appeler les forces vives de la nation. C’est l’une des clefs de l’éviction, hier soir, de Pascal Broulis.

La décision du groupe, hier soir, et notamment sa composante la plus surprenante, a dû être le fruit, cet été, d’un important travail interne de conviction. Le Genevois Hugues Hiltpold, hier matin sur Radio Cité, lui qui avait donné des signaux pour Broulis mais ne les donnait plus, rendait hommage au « sens de l’Etat des libéraux genevois sous la Coupole ». Ses sentiments pour Martine Brunschwig Graf étant ce qu’ils sont, il n’en restait plus qu’un, le signal était clair. Ce travail interne, quasiment au corps à corps, des grands électeurs, n’a rien de condamnable. Il demeurera l’une des règles du jeu pour gagner, tant que le système sera ce qu’il est.

Car c’est le système, justement, qu’il faut changer. Une fois élus, les conseillers fédéraux adorent aller à la rencontre du peuple. Prendre des bains de foule. Serrer des mains. Mais à la rencontre de quel peuple, s’il vous plaît ? Juste une « population », avec laquelle il n’ont passé nul contrat, devant laquelle ils n’ont pris nul engagement. Ça n’est pas le peuple citoyen (dèmos), non c’est juste la « Bevölkerung », la chaleur de la masse, la masse alibi, agréable, thermale, revigorante. Parce qu’ils ne sont pas les élus du peuple. Mais juste ceux du parlement. Dans la tragédie antique, ce peuple-là ne serait même pas le chœur, qui chante et qui s’exprime. Non, juste un décor.

Alors, pourquoi s’adressent-ils au peuple, pourquoi prennent-ils si doctement la parole pour Nouvel An, la Journée des Malades ? Ils n’ont, avec ce peuple, qu’un lien indirect, celui de l’élection parlementaire, dont les règles et la logique sont si différentes de celles de l’onction universelle. C’est cela, selon moi, qu’il faut changer. Avec douceur. En entamant une vaste réflexion nationale. En prenant le temps. Sans populisme plébiscitaire ni bonapartisme. En évitant (ce qui sera difficile, je le sais) de laisser instrumentaliser cette cause par un seul parti, qui en ferait sa chose. N’appartient-il pas au fond, aux autres de s’en emparer aussi ?

Vaste programme ! Ce sera pour la génération de mes enfants, pas la mienne. Mais la réflexion s’impose. Parce que le système actuel, de bric et de broc, de trucs et de ficelles, de trocs et de combines, n’est simplement plus satisfaisant.

Une suggestion, enfin, de thèse de doctorat en Histoire, en linguistique ou en sciences politiques : comparer les argumentaires, pour ou contre le suffrage universel, dans la campagne française de 1962 (presque toute la classe politique était contre, le peuple a pourtant massivement été derrière la réforme proposée par Charles de Gaulle) avec l’argumentaire d’aujourd’hui en Suisse. Les points communs. Les divergences, liées à nos Histoires respectives. Ce serait franchement passionnant.

Pascal Décaillet

09:29 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

28/08/2009

Laissons dormir Pol Pot, Monsieur Halpérin…

 

Vendredi 28.08.09 - 18.55h


Ancien bâtonnier, voix sombre et profonde, rhétorique exemplaire, homme de culture, Michel Halpérin impressionne. En donnant pas mal de son temps d’avocat de renom à la politique, l’homme a réussi – pour un temps – le bel exploit de remettre un peu de calme dans un parti dévasté par deux présidences à côté desquelles le Chaos originel fait figure d’ordre cosmique. Hommage lui en soit rendu.

La fin de la récréation sifflée, on pourrait même imaginer les libéraux genevois sur orbite, voire en voie lactée vers le zénith, puisqu’ils offrent à la Suisse, et jusqu’aux ultimes vallées rhétiques, le spectacle de deux candidats au Conseil fédéral. Ils auraient même, paraît-il, deux candidats au Conseil d’Etat, mais l’information reste à vérifier. Bref, le bonheur. A deux doigts du pré.

Dans un tel état d’Irénée, était-il vraiment nécessaire, Monsieur le Bâtonnier-Président-Humaniste-Rhétoricien, de nous sortir le coup de Pol Pot ? Pensez-vous vraiment que l’alliance des socialistes et des Verts, à Genève, avec le Parti du Travail de Jean-Luc Ardite et Solidarités de Pierre Vaneck, mérite référence à l’un deux ou trois pires régimes du vingtième siècle ? Ce que vous venez de faire dans un communiqué, où vous n’omettez pas, dans un souci d’exhaustivité qui vous honore, de mentionner la Chine de Mao et la Russie des Soviets.

Cette référence, Cher Maître, ne constitue-t-elle pas, en symétrie, une exagération aussi manifeste que l’évocation de chemises brunes ou noires, des ultimes soubresauts de la République de Weimar, de Thomas Mann, Visconti ou des Damnés, chaque fois qu’on parle de l’UDC ? Que les alliances du groupe adverse commencent à faire peur dès le moment qu’elles s’étendent, cela se peut concevoir. Mais faut-il à tout prix les diaboliser ?

Surtout, cela est révélateur d’une grande nervosité, dans vos rangs, en cette deuxième partie d’été. Evocation hypertrophiée du thème sécuritaire, quitte à faire passer Genève pour une sorte de Bronx-sur-Léman. Radicalisation d’un discours qu’on avait connu, dans votre auguste voix, plus riche de nuances. Que se passe-t-il ? Viendriez-vous, peut-être, sourdement, à couver quelque doute sur la magie triomphatrice de votre double ticket pour le Conseil d’Etat ? Auriez-vous un maillon faible ? Deux maillons ? L’ensemble du maillage donnerait-il des signes de délitement ? Rêvez-vous de ponts qui s’écroulent, de mondes qui se terminent ?

Une campagne politique est toujours un moment d’ivresse et de magie, avec des masques qui tombent, et la vérité des fureurs. C’est bien ainsi. Mais laissons juste dormir Pol Pot. La qualité habituelle de votre discours n’a pas besoin de lui pour s’imposer.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

18:54 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/08/2009

Broulis, la langue, la parole

 

Jeudi 27.08.09 - 12.45h

 

Au début était le verbe, qu’on pourrait aussi appeler la parole. Puis, plus tard, suite à quelque étourderie de verger, vinrent les langues. Il y eut Babel, il y eut deux mille Pentecôtes, il y eut ceux qui parlèrent et puis ceux qui se turent. Et puis, un beau matin, Pascal Couchepin s’en alla.

Et là, il y eut mille feux sur l’un des candidats, Pascal Broulis, surgis de tant d’innocentes cendres, pour dire à quel point ça n’était pas bien de ne pas parler la langue de Brecht et de Rilke.

Et de quantité d’ondes, souvent publiques, se mirent à jaillir mille procès en sorcellerie, Broulis l’unilingue, Broulis le monoglotte, Broulis le sous-doué, le sous-Berlitz. Sous la parure de l’innocence, on a thématisé la chose, multiplié les débats, brocardé son déplacement à Zurich, mardi soir.

Nous nous sommes déjà exprimés, ici, sur la vanité de cette querelle, et Dieu sait pourtant si la langue allemande nous est chère. Nous devons ajouter aujourd’hui que le côté systématique de ces attaques devient un peu pénible. Et mériterait qu’on s’interroge sur les véritables motivations de leurs auteurs.

Car enfin, de quoi s’agit-il ? De trouver à la Suisse un conseiller fédéral. Un successeur à Delamuraz, puis Couchepin. Une stature. Un sens de l’Etat. Un qui sache poser quelques grandes querelles, au-delà des vétilles, du tout-venant. Un qui sache affronter, mais aussi rassembler. Homme ou femme de parole, pour sûr. D’abord la parole, qui est sœur de l’action.

La langue, ça n’est certes pas rien. Mais ça vient après.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

12:44 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/08/2009

Au centre, le prof

 

Tribune de Genève - Lundi 24.08.09

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Un personnage, juste là, qui n’aurait jamais dû cesser d’être central : le prof. Par lui, une voix, un regard. Le don, patiemment distillé, de toutes les alluvions dont sa vie l’a enrichi. Savoir. Méthode. Doute, aussi. Chemins de connaissance. Prodigieux métier, qui relie l’humain à l’humain, le passé à l’avenir. Il transmet.

En ce jour de rentrée, pensons aux profs. Ce si beau mot de « maître », non celui qui domine, mais celui qui dispense le magistère. Lisons Péguy, « L’Argent », dans les Cahiers de la Quinzaine (Pléiade) : personne n’a mieux écrit sur le miracle de cette relation qui, pour la vie, demeure, nous étreint.

Et puis quoi, aujourd’hui ? Ils seraient moins hussards, moins noirs, et cet aplatissement serait irrévocable ? Il ne l’est pas. Il ne dépend que de nous, la société, de revaloriser leur statut. Par le respect que nous leur portons. Quelques marches, vers le haut, dans une échelle de valeurs où le fric et la facilité ont été placés beaucoup trop haut.

Aimer les profs, beaucoup attendre d’eux, c’est aimer la République. Espace commun, chose de tous. Dans sa dimension la plus verticale : celle qui élève. A tous, excellente rentrée. Aux profs. Aux élèves. Aux parents. A tous les autres, aussi : tous ceux pour qui le verbe, la connaissance, la culture ne sont pas juste un luxe. Mais des nécessités de vie.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

09:11 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/08/2009

Mais d’où sort donc ce « tribunal arbitral » ?

 

Vendredi 21.08.09 - 17.30h

 

La chaleur extrême du désert libyen produirait-elle des mirages ? Ainsi, cet étrange « tribunal arbitral », censé statuer, de la Terre ou de Sirius, sur les circonstances de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi à Genève.

Mais d’où sort donc cette hallucinante idée ? Surtout, comment le président de la Confédération suisse a-t-il pu accepter le principe d’une instance judiciaire extérieure à nos institutions, et qui leur serait de droit supérieur ? Il y aurait donc place pour des juges étrangers ?

Dans toute cette affaire, les autorités genevoises ont pris des décisions souveraines, dont elles n’ont pas à rougir. On aurait pu, à la rigueur, les contester par la voie de la Cour suprême suisse (le Tribunal fédéral), mais où va-t-on chercher l’embryon de légitimité d’un « tribunal arbitral » ? Pire : en quoi est-ce l’affaire de la Confédération de sanctionner le pouvoir d’un canton, là où ce dernier s’exerce en légitimité ?

Non, désolé, le recours à cette instance dont personne n’avait jamais entendu parler, et qui du reste n’existe pas, ne résiste ni à l’évidence, ni à l’examen.

A moins qu’on n’entende instaurer un Tribunal d’Inquisition pour entraver ce qui résiste à la raison d’Etat. C’est une option. Mais au moins, qu’on veuille bien l’annoncer clairement. Mieux vaut, en politique, un cynisme assumé que la tête de l’autruche au plus profond du sable. Celui du désert, of course.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

17:27 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/08/2009

La Suisse n’avait pas à présenter d’excuses

Jeudi 20.08.09 - 20.15h

Des excuses, des excuses, des excuses. Il n’y a plus que cela : des excuses.

Aujourd’hui, Monsieur, en Suisse, on ne fait plus de politique : on saigne ses genoux sur le chemin rugueux de Fatima, celui de la rédemption par la repentance, brûlante, sous la canicule.

Que la police genevoise ait interpellé de façon trop musclée, quant à la forme, le fils Kadhafi, c’est probable. Qu’il y ait eu disproportion, soit. Mais enfin, il y a surtout eu maltraitance de domestique, c’est cela qui est inadmissible, cela que la loi suisse – la seule qui vaille en nos frontières – condamne. En Suisse, il n’y a ni gueux, ni fils de prince : il y a l’égalité de tout humain, quel qu’il soit, devant la loi. À cet égard, les autorités genevoises n’ont pas eu tort, sur le fond, d’interpeller Hannibal Kadhafi, comme elles l’auraient fait pour n’importe quel autre justiciable.

Au final de cette lamentable affaire, voici donc le chef de l’Etat suisse en situation de Canossa devant ce très grand défenseur des droits de l’homme qui, depuis juste quarante ans, avec la sagacité qu’on sait, préside aux destinées de la Libye. La Suisse, vieille démocratie, d’au moins 161 ans, modèle à bien des égards, pieds nus et en chemise devant le maître de Tripoli. L’image, pour l’opinion publique de notre pays, pour le principe d’égalité devant la loi, est tout simplement insupportable.

Non, Monsieur Merz, la Suisse n’avait pas à présenter d’excuses.


Pascal Décaillet





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Le bel été de Christian Levrat

Jeudi 20.08.09 - 07.45h

Ah, le bel été de Christian Levrat ! Insouciant, sifflotant, comme un merle moqueur par un petit matin de canicule.

Présider un parti qui n’est pas directement concerné par le remplacement de Pascal Couchepin, donc se retrouver arbitre, c’est être courtisé par tous. Il y a, dans la vie, des situations plus désagréables. Alors, va pour les apéros, va pour les cacahuètes de Locarno avec Fulvio Pelli. Et puis, le coup suivant, va pour la découverte, sur les ondes publiques, des incroyables convergences du PS avec le PDC en matière d’assurance maladie. C’était hier soir, avec Christophe Darbellay.

À entendre les deux hommes, ce savoureux dialogue de Dom Juan et de Monsieur Dimanche, il n’y aurait qu’ordre et beauté entre les deux partis. Intersections. Visions communes. Confluences. Il y aurait tant à reconstruire, ensemble, sur les décombres de l’ère Couchepin. Tant de lendemains qui chantent. Tant de roses, avec tant de résédas.

C’est fou, la politique, comme ça peut vous déconcerter. Allez, tant qu’on y est, allons-y pour la fusion. Une petite prière sur la tombe de Jaurès. Et quelques roses sur celle de Léon XIII. Et après, pour fêter ça, on va prendre une caisse ensemble. Une bonne caisse. Mais unique, c’est juré.

Pascal Décaillet


07:46 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/08/2009

Monsieur X doit-il être le docteur Berlitz ?

Mercredi 19.08.09 - 09.10h

Celui qui signe cette chronique est germanophile, germanophone, a enseigné l’allemand avant de se lancer dans le journalisme, a été correspondant à Berne, lit tous les jours la presse alémanique, et bien souvent la presse allemande. On ne lui fera donc pas procès de méconnaissance de cette langue et de cette civilisation auxquelles on reproche à Pascal Broulis de rester à ce point étranger.

Mais il vous dit, le signataire de ces lignes, que ce procès à Broulis, si sonore et si longuement instruit hier soir sur les ondes publiques, est à côté de la question.

Bien sûr, un conseiller fédéral doit entendre la langue de l’autre. Et si, au départ, ça n’est pas le cas, il doit assurément aller à la rencontre de cette langue, ce que Jean-Pascal Delamuraz avait entrepris, avec cœur et détermination, dès les premiers mois de sa charge. Prendre des cours, éveiller son oreille, aller vers des idiomes et des sonorités qui lui seraient étrangers. Bref, s’atteler à cette aventure, l’une des plus belles, qui s’appelle le chemin vers une langue. Assurément, se contenter systématiquement d’une oreillette dans les commissions et les séances couperait l’élu, non du sens, mais de quelque chose de tellement fort dans le terroir verbal, l’imagerie, la représentation : une langue, ce sont aussi des syllabes, des sons, des couleurs, un rythme, des intonations.

Tout cela, oui. Mais tout cela, Broulis s’y est engagé. C’est un travail de plusieurs mois, et non de quelques jours. Dès lors, lui tomber dessus parce qu’il aurait raté une rencontre avec les Alémaniques relève davantage du procès en sorcellerie que de l’analyse politique. Micheline Calmy-Rey, Pascal Couchepin parlent finalement allemand, enfin leur allemand à eux, avec leur accent, mais cet effort, ils l’ont entrepris. C’est cela qu’on attend d’un conseiller fédéral, avoir parcouru un chemin. Point besoin d’être bilingue, mais avoir fait l’effort, sur la durée, d’aller vers l’autre.

Une chose encore : le culot de certains élus, notamment UDC, de Suisse alémanique, lorsqu’ils lancent ce grief à Pascal Broulis. Et le français, eux, ils l’ont, une seule fois dans leur vie, murmuré ?

Ce procès à Pascal Broulis, au final, est aussi injuste que celui, en défaut de latinité, intenté à Urs Schwaller. Chacun de ces deux hommes, et quelques autres aussi parmi les candidats, a la carrure pour devenir conseiller fédéral. Qu’on les juge pour ce qu’ils sont, leurs legs dans les exécutifs cantonaux où ils ont siégé, leurs projets pour la Suisse, mais pas sur des présupposés ethniques indignes de notre débat national.

Il y a ce vers d’Aragon, tellement beau, qui pourrait résumer l’aventure suisse, la lente création de cette rencontre avec l’autre. Celui qui parle une autre langue. Celui qui vient d’ailleurs. Celui vers lequel nous tentons un chemin : « J’arrive où je suis étranger ».

Pascal Décaillet

09:09 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/08/2009

Sur le chemin de Damas, Urs Schwaller trébuche

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Dimanche 16.08.09 - 13.30h

Pauvre Urs Schwaller ! Il avait pourtant tout fait pour remonter la pente. En secret, la nuit, il avait relu Quinte-Curce et Juvénal, revu ses ablatifs pluriels, appris par cœur la liste des empereurs romains, défriché quinze ouvrages savants sur les patois franco-provençaux. Il s’était initié à la cuisine à l’huile, aux différentes sortes d’ails, celui des ours et celui de la Sainte-Victoire. Il avait suivi des cours sur les absides en cul-de-four, les tuiles romaines, les voiles latines, Gonzague de Reynold et Charles-Albert Cingria, relu les Cahiers du Rhône, coupé sa moustache, jeté la vieille collection de casques à pointe qui, allez savoir pourquoi, encombrait son grenier.

Et puis, patratrac, la damassine.

Il avait pensé à tout, sauf à ça. Un confrère (ignoble, évidemment) lui demande ce qu’est la damassine. Et il parle d’une boisson…………… à base d’anis !

Et d’un coup, c’est le grand envol, définitif. Veaux, vaches, cochons, couvées, espérances, bureaux à lambris avec vue sur l’Aar. Plus rien. Nada. Terminado. Envolé. Comme cette étoile dont parle l’Apocalypse, et qui s’appelle « Absinthe ».

Oui, elle est dure, la vie de candidat. Quand on croit tout bien faire, tout juste, jusqu’à rêver dans les deux langues. Et puis, par l’infini détail d’une confusion, tant d’efforts, juste pour des prunes.

Pascal Décaillet



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15/08/2009

Levrat-Pelli : bientôt le PACS ?

Samedi 15.08.09 - 08.10h

Ah, il devait être aigre-doux jusqu’à l’extase, l’apéro Levrat-Pelli sur les bords du lac Majeur ! Deux hommes que tout oppose, et qui soudain se découvrent. Et d’un coup ça n’est plus Locarno, mais l’Afrique humide et touffue de Stanley et Livingstone. Ça n’est plus la Piazza Grande, mais Atlanta en feu, au moment du baiser. Révélation.

À lire encore « Le Temps » de ce matin, la flamme du président des socialistes suisses pour son homologue radical n’a rien perdu de sa puissance : « C’est le miracle des périodes préélectorales… Ce qui m’a surpris, c’est l’ouverture de Fulvio Pelli vis-à-vis d’une grande réforme des assurances sociales ».

Il parle de « miracle », Christian Levrat, l’article paraît le 15 août, l’esquisse d’une larme humecte nos paupières, il faut vite lui offrir un aller-simple pour Lourdes. Beaucoup de ses confrères, dirigeant des partis socialistes ou sociaux-démocrates en Europe, devraient d’ailleurs aussi tenter ce voyage, ça peut servir.

Mais ne nous trompons pas. Le vrai miracle qu’espère Christian Levrat, et auquel il travaille, ça n’est pas le 16 septembre 2009, mais l’automne 2011. Maintenir les deux sièges socialistes au Conseil fédéral, fruits de la formule de 1959. Pour cela, il a besoin d’alliances, et de garanties. Pour celles-ci, il se méfie viscéralement du parti du vent. Pour celles-là, il préfère négocier avec l’Archange qu’avec les Chérubins. Franchement, ça se défend.

C’est de la tactique pure. Mais ça tient la route. Au moment des apéros, il est plutôt d’usage de picorer dans les petits salés. Mais là, une fois n’est pas coutume, quelques douceurs sur la table. Sans aucun doute, des florentins.


Pascal Décaillet

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14/08/2009

Un gouvernement de centre-gauche : en quel honneur ?

Vendredi 14.08.09 - 12.45h

Lisse au point de s’être aboli la moustache, voici donc Urs Schwaller. Chouchou absolu, avec le radical Burkhalter, du sérail parlementaire. Toujours poli, toujours calme, parfaitement bilingue, homme de dossiers, collégial à souhaits. « Jeteur de ponts », se félicite-t-on même, comme si le poste à pourvoir était celui d’ingénieur en génie civil.

À Schwaller, le seul faux procès qu’on ait fait est celui, détestable, de la latinité. Une Inquisition par la génétique que nous avons déjà dénoncée, dans ces colonnes. Valaisan de Genève, je me sentirais parfaitement représenté par le Singinois Schwaller, comme par le semi-Grec Broulis, comme par le Tessinois Pelli, comme par la Fribourgo-genevoise Martine Brunschwig Graf, si l’un d’entre eux était élu au Conseil fédéral. La question ethnique, éternel ferment de division, n’est pas une bonne clef d’entrée dans cette élection-là.

Car la vraie question est politique. Certains de mes confrères, ce matin, s’émerveillent de l’hypothèse, avec Schwaller, d’un gouvernement de centre-gauche. Un lendemain qui chante. Orientation qui serait en effet prise, à lire les déclarations du sénateur fribourgeois sur le nombre d’ouvertures possibles avec les socialistes et les Verts. Promesses d’autant plus paradoxales, d’ailleurs, lorsqu’on entend la socialiste Maria Roth-Bernasconi avancer sa flamme soudaine pour l’univers radical, faire l’éloge (à juste titre) du Delamuraz des dernières années, celui de la loi sur le travail, bref nous laisser entendre que l’apéro Pelli-Levrat, à Locarno, n’était pas juste pour la jouissance salée des cacahuètes. Et elle nous rappelle, cette même MRB, à quel point les PDC de Suisse centrale, sur les questions de société, sont conservateurs. Ce qui n’est pas faux.

Outre celui de la cohérence, un gouvernement de centre-gauche se heurterait avant tout à la question de la légitimité. Le centre-gauche au pouvoir, dans le gouvernement fédéral suisse, en quel honneur, s’il vous plaît ? Aux dernières élections, celles d’octobre 2007, les forces cumulées de droite (UDC, radicaux, libéraux, PDC, divers droite) l’ont emporté de près de deux tiers sur les forces cumulées de gauche (socialistes, Verts, divers gauche). C‘est le vœu, le signal du peuple suisse. Et on vient nous parler, en milieu de législature, de faire basculer à gauche l’axe du gouvernement !

On peut le faire, bien sûr. On alléguera que la composition de l’exécutif n’est pas liée à une représentation proportionnelle des forces du parlement. On viendra découvrir les vertus d’une coalition politique face aux vices, soudain décriés, de la simple arithmétique. Bref, on inventera mille justifications pour les besoins de la cause.

Mais le peuple n’aime pas cela. Et il ne serait pas dupe. Aux prochaines élections fédérales (octobre 2011), il sanctionnerait ce tour de passe-passe. Bien sûr, j’entends déjà les voix, si chères, qui, au soir de ce scrutin, condamneront ce pauvre peuple qui, décidément, n’entend rien à rien, vote mal, vote faux. Et qui a tant besoin, l’innocent enfant, de « pédagogie » pour que les esprits éclairés le conduisent enfin sur le bon chemin.


Pascal Décaillet

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13/08/2009

Incroyable surprise : Urs Schwaller est candidat !

Jeudi 13.08.09 - 12.05h

Ils finissent tous, un jour ou l’autre, par se déclarer candidats.

Et nous savions, dès le début, qu’ils finiraient tous par le faire.

Et ils savaient que nous le savions.

Et ils nous ont quand même joué, tout l’été, la comédie-de-celui-qui-se-tâte. « C’est si important, vous comprenez, je dois consulter ma famille, mon parti, mes oncles, mes tantes, ma secrétaire, ma fanfare ».

Et au final, les voilà tous.

Deux membres d’un même parti cantonal, le parti libéral genevois.

Deux membres d’un même parti cantonal, le PDC fribourgeois.

Et quelques autres, dont un marionnettiste donnant de premiers signes de Parkinson, et que son parti ne semble pas considérer, au point qu’il l’aurait voulu lui, comme le Messie.

À part ça, la vie est belle, la montagne sublime, la Combe d’Orny demeure un paradis, et le 16 septembre, l’air de rien, est encore bien loin.

Pascal Décaillet



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11/08/2009

Non, il ne s’agit pas d’élire un ministre de la Santé !

Mardi 11.08.09 - 19h

Monsieur X, ou Madame Y, le 16 septembre, héritera-t-il du Département de Pascal Couchepin ? Sans doute, bien sûr, tant on imagine mal l’un des six autres se précipiter sur le casse-tête des assurances-maladie.

Sans doute, mais au fond nous n’en savons rien. Le débat du 16 septembre ne consiste en aucune manière à trouver un ministre de la Santé, mais à élire un conseiller fédéral. Titulaire du septième du pouvoir exécutif. Responsable collégial de l’ensemble des décisions du gouvernement. Un esprit ouvert, ample, ayant parfaitement le droit – et même le devoir – de s’occuper des Départements des autres, d’y fourrer un peu son nez, de demander à l’interne des explications. En cela, un conseiller fédéral est beaucoup plus qu’un ministre : il est le gouvernement, divisé par sept. Enfin, c’est du moins cela que devrait être notre exécutif, plutôt que la juxtaposition de sept fiefs, où règne l’accord tacite : « Je te fous la paix, tu me fous la paix ».

Il est donc, dans la logique de nos institutions, faux de faire porter le débat du 16 septembre uniquement sur l’avenir de la santé, de la culture et des assurances sociales en Suisse. L’enjeu est beaucoup plus large : trouver l’homme ou la femme qui, par sa stature, sa culture, l’ampleur de sa vision, la richesse de ses horizons, pourra le mieux contribuer, sur l’ensemble des dossiers, à faire avancer notre pays. Une fois le nouveau conseiller fédéral élu, le collège se réunira et se répartira les Départements. Rien n’empêche un remaniement, une redistribution des compétences, encore moins la reprise du DFI par l’un des six restants, fût-il amateur de défis ou candidat au suicide.

À cet égard, étranges sont les déclarations que vient de faire Urs Schwaller (dont on apprécie tout de même qu’il ait recouvré l’usage de la parole) à la RSR, en mettant l’accent sur « les 15% annuels de hausse des primes maladie à éviter ». Le sans-doute-futur-candidat-du-PDC, chouchou absolu (avec Didier Burkhalter) du sérail médiatique parlementaire, a donné une image bien sectorielle de ce que doit être une ambition gouvernementale. Et manqué une occasion de prendre un peu d’altitude. Peut-être un petit 4000, avec départ de la cabane à 2 heures du matin, en compagnie de son président de parti, aiderait-il le sénateur fribourgeois à découvrir, quelque part près des étoiles, le vertige de l’Alpe.

Pascal Décaillet

18:58 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Et si le groupe osait le putsch ?

Mardi 11.08.09 - 13h

Fulvio Pelli tient le parti libéral-radical suisse. D’une main experte et précise. Il en est à la fois le marionnettiste, la figure principale, visible et invisible, le mécanicien, le réparateur, il actionne tant de fils en même temps, sans s’emberlificoter, que sa dextérité émerveille. Il eût fait, à coup sûr, un neurochirurgien d’exception. Ou un félidé de race, quelque part sur une colline.

Il tient le parti. Mais tient-il le groupe ?

Le groupe, oui. L’ensemble des élus libéraux-radicaux des Chambres fédérales. Cette instance qui devra désigner, d’ici quelques jours, un ou deux candidats parmi les quatre officiels et le joker, qu’on appellera le Sauveur. Ce groupe, dont il n’est pas le chef, et où il ne sera, comme conseiller national, qu’un votant parmi les autres.

À ce groupe, il dit : « Surtout, faites comme vous voulez, ne vous préoccupez pas de moi, faites comme si je n’étais pas là, les enfants. Simplement, sachez que, si vous avez besoin de lui, Papa est là. Mais Papa préférerait ne pas intervenir. Il ne le fera qu’en cas d’extrême urgence, si vous deviez considérer comme capitale son entrée en scène ».

Hypothèse : et si le groupe, tout bien réfléchi, décidait de se passer de Papa ? Un ticket double, mais sans lui. Vous imaginez la tête de Papa, l’effondrement de son crédit, la ruine de sa stratégie ?

Alors, bien sûr, tout le calcul de Papa, qui voit (avec Machiavel) la politique comme un rapport de forces, c’est d’être, de facto, à ce point indispensable à la victoire que le groupe n’oserait jamais se passer de lui. Parce qu’il aurait, lui, les voix de l’UDC. Parce qu’il a préparé ses réseaux depuis des années. Et puis, enfin, parce qu’il est le père, et que le parricide, ça n’est pas bien.

Ça n’est pas bien, le parricide, mais c’est très courant en politique. Rien de plus dangereux qu’un enfant, rien de pire qu’un fidèle, rien de plus atroce qu’un proche : les premiers, ils chercheront à vous étouffer. C’est triste, mais c’est ainsi. Et la lutte pour le pouvoir s’avère un miroir d’une extraordinaire cruauté. Il faut juste le savoir. Et dire les choses telles qu’elles sont.

Cela dit, pas grand souci pour Papa. L’hypothèse est très peu probable. Tout devrait rentrer dans l’ordre. Et l’heure de Brutus et Cassius, sans doute, remise à une date ultérieure.

Pascal Décaillet

12:57 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/08/2009

Incroyable surprise : Fulvio Pelli est candidat !

Lundi 10.08.09 - 16h

Nous sommes le 10 août. C’était le délai. Et Fulvio Pelli est au rendez-vous. Après le temps des chérubins, voici venu celui des ténors. C’est la deuxième partie de la campagne qui commence.

La section tessinoise du PLR propulse Fulvio Pelli. Et ce dernier, délicieusement vêtu de probité candide, se déclare prêt à partir au combat "si le groupe PLR des Chambres estime cette candidature capitale".

Vous imaginez, vous, le groupe ne pas tenir pour "capitale" la candidature du président national du parti!? Vous l'imaginez, le désaveu? Seule inconnue, à moins d'un séisme: l'Archange sera-t-il seul, ou porté par un Chérubin? Juste pour la route. La voie royale. Lactée, comme la robe de traîne du destin.

Le Machiavel transalpin est donc candidat, Comme dans n'importe quelle autre démocratie du monde, un chef de parti (a fortiori celui du poste laissé vacant) est candidat à gouverner le pays. C'est la chose la plus simple, la plus naturelle du monde. Il n'y a qu'en Suisse où on laisse entendre qu'existeraient, quelque part, des perles inconnues, des pépites d'or, dont personne n'aurait jamais entendu parler, qui n'auraient jamais signalé leur talent politique, et qu'on laisserait à des "commissions électorales" le soin d'aller dénicher. Après une intense prospection. Le mythe de l'outsider, aussi vain que celui de la "société civile", dans le premier gouvernement Rocard de 1988. La politique est affaire de professionnels. La connaissance du terrain, des hommes, le décryptage du jeu des ambitions, y tiennent une part essentielle.

Le mythe du bel inconnu. Alors que les chefs naturels sont là, disponibles. Piaffant. Crevant d'envie. Se coupant les joues d'impatience, en se rasant. Mais n'ayant le droit, en vertu d'un étrange cérémonial initiatique, de se dévoiler qu'en dernier. C'est cela, cette hypocrisie-là, qui doit changer. Dire son appétit de pouvoir, quand on est compétent et ambitieux, dès le début d'une campagne, n'est absolument pas une honte en politique. Cela clarifie le contrat avec l'opinion publique.

A cet égard, encore une fois, hommage à ceux qui, bien avant le Florentin, et dans son propre parti, ont osé se lancer. C'est courageux, parce qu'il y a plus de coups à prendre que de lauriers à récolter, dans ce genre d'aventure. Et il n'y aura, le 16 septembre, qu'un seul élu.

Et l'ultime duel pourrait bien être, comme ne cesse de le répéter Christophe Darbellay, « Pelli contre X ».

Hypothèse d’une équation : X = CD ?


Pascal Décaillet

15:56 Publié dans Dis Papa, c'est encore loin, le 16 septembre? | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les ellipses de Philippe Bender

Lundi 10.08.09 - 15h

Retour sur l’intervention de l’historien radical valaisan Philippe Bender, hier soir à la RSR, invité pour étayer la thèse de la proximité d’idées entre radicaux et socialistes, dans l’Histoire de notre pays. Ils seraient frères, au fond, ces deux partis, dans l’ordre de la Jeune Suisse, les premiers seraient la matrice républicaine des seconds, tout ce bel ensemble ayant été, hélas, freiné par l’obscurantisme de la Vieille Suisse, catholique et conservatrice, cette bande de montagnards périphériques et obscurantistes, insensibles à la pensée articulée, à la grâce des Lumières.

Toute cette démonstration, pour quoi ? Pour justifier l’apéro siroté, quelques heures auparavant, par Fulvio Pelli et Christian Levrat, sur une terrasse mondaine (pardonnez le pléonasme) de Locarno. Le nouvel axe du monde, enfin de la Suisse, serait désormais radical-socialiste, ou ne serait pas. L’aube du 16 septembre, aux doigts de rose, elle aussi, serait rad-soc.

Le brio de Philippe Bender n’est pas en cause, l’immensité de son érudition historique non plus, comme nous l’avons souligné dans notre note d’hier, 18.55h. Mais deux éléments essentiels rendent cette intervention, hélas, incomplète, au point de nous induire en erreur.

1) Qui est-il, cet homme qui nous parle ?

Un historien ? Oui, bien sûr, l’un des meilleurs du Valais romand sur le dix-neuvième siècle. Mais diable, Philippe Bender est aussi, et avant tout, un militant radical de la première heure, fils d’Arthur, frère de Léonard, un passionné absolu de cette famille politique. Cela, pour le moins, aurait dû être mentionné.

2) Les ellipses

Philippe Bender, hier soir, nous a entretenus des événements de 1847 et 1848, le Sonderbund et le premier Etat fédéral. Il a rappelé, à juste titre, la dimension sociale, institutionnelle et laïque du radicalisme de cette époque. Il a laissé entendre, comme il le fait toujours, que le mouvement catholique conservateur (écarté du Conseil fédéral de 1848 à 1891, jusqu’à Joseph Zemp) n’avait été qu’un frein à la Suisse du progrès et des idées nouvelles. Un frein, « jusqu’à Vatican II », a-t-il osé avancer. Donc jusqu’au Concile initié au début des années 1960 par Jean XXIII, puis parachevé par son successeur Paul VI !

Le moins qu’on puisse dire, et mettons cela sur le manque de temps de l’intervention radiophonique d’hier soir, c’est que Philippe Bender pratique l’ellipse. En ne prononçant pas le nom du pape Léon XIII (1878-1903), l’homme de « Rerum novarum » (l’Encyclique de 1891 donnant naissance à la Doctrine sociale de l’Eglise), notre grand prêtre du radicalisme canal historique saute à pieds joints sur ce qui fut la grande réconciliation entre l’Eglise et la République. En France, mais aussi en Suisse romande.

Pire : on avait l’impression, hier soir, que le vingtième siècle n’avait pas existé. Que le courant catholique conservateur ne serait pas, au fil des décennies, devenu, un peu partout en Europe, la démocratie chrétienne. Que ni Marc Sangnier, ni le Sillon, n’auraient existé. Que la grande famille qu’on appelle (depuis 1971 seulement, au niveau fédéral) « PDC » n’aurait pas derrière elle près de 120 ans d’une collaboration extraordinairement fructueuse aux affaires fédérales. Avec de grands hommes qui ont fait la Suisse, à commencer par Kurt Furgler. Avec une présence continue dans l’élaboration de toutes les grandes lois sociales qui ont fait la charpente de notre pays.

Ce que, surtout, Bender omet de recenser, c’est le nombre de lois qui n’auraient jamais vu le jour sans l’axe radical-PDC, dans l’Histoire suisse. Bien sûr, les socialistes ont aussi contribué à faire ce pays, notamment à partir de 1943 (Ernest Nobs au CF), et aussi le PAB devenu UDC. Mais l’axe radical-PDC a très souvent été, au niveau fédéral, le levier central pour aboutir à des solutions. Aujourd’hui encore, ces deux grandes familles politiques partagent au moins 90% de leurs options. Entre la gauche (socialistes et Verts) et l’UDC, le grand espace libéral-radical-PDC constitue la troisième grande option. Elle devrait à terme, oublier ses divisions, oublier le Sonderbund, et construire un avenir commun.

« À terme », cela signifie une fois que sera réglée, dans un sens ou dans l’autre, l’affaire du 16 septembre. La dernière qui suinte encore, à ce point, le Sonderbund. Le Chant du Cygne, on l’espère, de ceux que l’atavisme empêche de dépasser cette omniprésente référence.

Pascal Décaillet

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Christian Grobet, le démon politique dans les viscères

Lundi 10.08.09 - 06.10h

C’est fait. La Tribune de Genève nous le confirme ce matin, sous la plume de mon confrère Jérôme Faas : Christian Grobet est candidat au Grand Conseil. Ce qui était patent, dès ce printemps, pour qui sait lire un peu la politique entre les lignes, est donc réalité. Grobet est candidat, et c’est une excellente nouvelle. Car cet homme incroyable, conseiller municipal dès 1967, député dès 1969, conseiller national, douze ans conseiller d’Etat, puis reparti de zéro après sa chute, est habité, jusqu’aux tréfonds de l’âme, par ce qui manque à tant de politiques : la fureur d’un démon intérieur. Se battre, encore se battre, jusqu’au bout, et peu importent les quolibets, et peu importent les coups : cette dimension, qu’on aime ou non Christian Grobet, qu’on partage ou non ses options, force l’admiration.

L’admiration, oui. Pourquoi ? Mais parbleu, tout simplement par le contraste qu’elle offre avec le petit jeu d’ambitions camouflées, de reports d’aveux, de semi-signaux et de semi confidences, des plus hauts politiques suisses en cet été de succession de Pascal Couchepin. « Je veux peut-être, pour l’heure je ne veux pas, je ne sais si je veux, j’aimerais vouloir, je voudrais aimer, je me tâte, tu te tâtes, nous nous tâtons, il faut voir avec la commission électorale, laissez-moi encore réfléchir », enfin toute cette somme de faux-fuyants, face à laquelle voici l’irruption d’un homme : Christian Grobet.

Un homme. Qui n’a jamais caché ni ses désirs ni ses ambitions. Il y a des élections ? Il s’y présente ! Cela serait interdit ? Il crée des listes, juste pour lui ? Et alors ? Les élections sont faites de listes, les électeurs jugent. Et qu’on ne vienne surtout pas nous avancer l’argument, haïssable, de l’âge : Christian Grobet est dans une forme olympienne.

Surtout, voilà une candidature qui sonne (eh oui, déjà) la fin de la pause d’été à Genève, et le réveil de la campagne. Si la gauche de la gauche ne se dilue pas dans ses éternelles divisions, elle peut représenter une donne importante de ces élections cantonales. En son sein, voilà en tout cas une locomotive. À cela s’ajoute, sur cette nouvelle liste, la présence de Salika Wenger, une politicienne aux idées claires et qui sait porter haut le verbe politique. Un véritable tempérament, aussi.

La politique n’est pas faite que d’idées, mais d’hommes et de femmes, qui les incarnent. Des parcours humains, avec leurs chutes, leurs accidents, leurs cicatrices. La richesse d’un vécu. Les vibrations d’une mémoire. L’éternité, comme dans les mythes, de certains retours. La réinvention de la vie, et peut-être aussi celle de la jeunesse. Par l’intensité du désir. C’est cela qu’incarne Christian Grobet, l’homme aux cent mille ennemis.

Mais quoi de plus beau, en politique, qu’un ennemi ?

Pascal Décaillet

06:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |