15/10/2009

Perles et pourceaux

9782246729310.jpg

 

Tribune de Genève - Jeudi 15.10.09


Le lycée Jean-Vilar de Meaux, en Seine et Marne. La banlieue. Classes difficiles. Elèves que d’aucuns jugent inaptes à la culture. Irrécupérables. C’est là que débarque un jour Augustin d’Humières, un patronyme qui ne s’invente pas, pour y enseigner le grec. Homère, Sophocle, Platon à des adolescents qu’on imaginerait davantage amateurs de pourceaux que de perles.

Et il s’y met, Augustin. Il ne renonce ni à la langue, ni à la grammaire, ni aux iotas souscrits, ni aux aoristes, ni au bonheur de lire en classe les prodigieuses engueulades d’Achille et d’Agamemnon, dans le premier Chant de l’Iliade. Et ma foi, ça a plutôt tendance à marcher. Bien mieux que ne le croient la plupart des collègues, les syndicats, les parents, et tout un contexte de pensée défaitiste qui semble avoir renoncé à l’idéal de culture.

Et ces élèves qui lisent les vers épiques, ce sont les plus défavorisés. Et ils les lisent quand même, parce que quelque chose leur parle. Une petite voix. Et ils se mettent, eux aussi, à crocher. « Homère et Shakespeare en banlieue », d’Augustin d’Humières, qui vient de sortir chez Grasset, est une merveille de petit bouquin qui vous donne envie de croire à la plus haute idée qu’on puisse avoir de l’école : celle de Péguy, celle des hussards noirs, celle des profs qui, malgré toutes les difficultés, ont choisi de continuer à se battre. Hommage à eux. Hommage à Augustin.

 

Pascal Décaillet

 

10:10 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Ca vaut ce que ça vaut. N'importe qui peut se prétendre n'importe quoi, mais enfin voici un témoignage(?), au français... pittoresque, qu'on trouve sous :

http://cavatine.blogsome.com/2007/02/21/espoir-1/#comments

"Je comprends que ce genre d’article puisse redonner espoir… Mais pas totalement…
"Eleve de Terminal S a jean vilar, survivante des cours de grec avec M’sieur d’humière, les élèves ne sont pas totalement interessé par le grec… Comme dit plus bas, c’est surtout pour les points, et ce moquer du prof, qui, bien que pleins de bonne volonté, ne peut s’empecher de faire le fou et a des réactions parfois tres étrange…
"Un prof pas comme les autres, le seul qui nous a fait faire le tour des collèges pour parler aux 3eme qui ont peur de ce lycée de banlieu…
C’est peut etre la solution, mais c’est risqué… Ils sont plus là pour s’amuser que pour le grec…"

Écrit par : Scipion | 15/10/2009

Admettons que cette tentative réussisse, hypothèse purement théorique étant donné que le chaos est programmé (1).
Quel intérêt aurions-nous, en tant qu'autochtones européens, à intégrer ainsi ces allogènes dans ce qui représente le coeur même de notre socle ethno-civilisationnel ?
A part fabriquer de nouveaux déracinés et fissurer encore plus nos fondations, je ne vois pas la fonctionnalité de la démarche.

Car une culture spécifique, ce n'est pas un élixir que l'on peut verser dans n'importe quel contenant. Aurait-on l'idée de verser du vin dans une théière ou du thé dans une carafe ? Il faut vraiment être un libéral-républicain moderne, obnubilé par les mirages de l'Universel, pour ne pas réaliser que le contenant et le contenu doivent rester en harmonie, étant donné qu'ils interagissent réciproquement et en permanence selon des modalités multiples, souvent mystérieuses, toujours essentielles.
J'aurais beau apprendre à parler le mohican, penser comme un Mohican, jamais je ne serais un Mohican. Car une culture, jamais n'existe sans le substrat humain particulier et défini qui induit son existence.

(1) http://www.avignews.com/article.jspz?article=16611

Écrit par : Paul Bär | 15/10/2009

Comme d'habitude, M. Décaillet pose d'excellentes questions. Lorsque les gens originaires d'Afrique seront majoritaires en Europe (comme naguère les barbares venus du Nord et de l'Est, lesquels imposèrent leur nombre sur les citoyens romains), adopteront-ils la culture européenne ? Adopteront-ils de surcroît les structures et la culture politiques européennes, ce qui déterminera au passage la pérennité des frontières politiques des états composant l'Europe ? Une partie des réponses à ses questions nous est suggérée par notre histoire récente (30 ans).
- les cités françaises refusent de se considérer comme "de France"
- certaines banlieues sont considérées comme des zones de non droit
- les communautés ont tendance à s'organiser entre elles, phénomène appelé "communautarisme"
- sous l'influence de la diversité, presque plus personne, même parmi les européens, ne s'intéresse aux langues mortes et aux civilisations antiques
- nos sociétés paient un prix énorme pour imposer et maintenir une diversité de façade
- pour cette même raison, des tensions grandissantes se font jour entre états voisins (cf racaille d'Annemasse)
Il existe un déséquilibre évident entre les grandes nations post-coloniales et les autres états européens qui n'accueillent que très peu d'Africains
Ceci provoque des tensions au sein de l'UE et risque même de provoquer son implosion.
- conférer à la puissante symbolique d'empire colonial véhiculée par l'équipe de France de football et le monde sportif français tout court (sauf les cyclistes et, pour l'instant, les skieurs)

Bref, serons-nous aptes à absorber tout ce monde sans disparaître ? Cette question, M. Décaillet, j'attend toujours que vous vous la posiez.

Écrit par : Marc Grandjean | 15/10/2009

"qu'importe le flacon pourvu qu'ont ait l'ivresse" Musset

Écrit par : alfred | 15/10/2009

@Paul Bär:
Précisément, il me semble que familiariser les "allogènes" à la rationalité grecque pourrait être un moyen efficace de les "former", de leur donner une forme apte à accueillir le contenu que nous souhaiterions leur transmettre.
L'exemple des Mohicans est tout à fait adapté à la situation. Si vous ne serez jamais mohican, ce n'est pas parce qu'il serait difficile de devenir mohican, mais parce qu'il n'y a plus de Mohican. Au contact de deux cultures, celle des Mohicans s'est éteinte - pas seulement par les armes - aussi et surtout parce qu'elle n'inspirait plus personne. Il en va de même de la culture occidentale: elle n'inspire plus personne, elle s'est retranchée de l'arbre des civilisations, et elle disparaîtra à très court terme. Si les "allogènes" ne deviennent pas occidentaux, ce n'est pas parce qu'ils en sont intrinsèquement incapables, mais parce que l'Occidental n'existe plus.

Écrit par : Lord Acton | 16/10/2009

On peut lire les classiques et avoir relativement peu d'estime pour les gens qui ne les ont pas lu. C'est le danger de toute culture élitiste. Mais je comprends bien votre idéal, Monsieur Décaillet. On pourrait, en parallèle, donner des cours de relativité à nos enfants. Pas de relativité scientifique mais de relativité culturelle. C'est cela le plus important à apprendre pour nos enfants, pour les enfants du monde entier. C'est avec la relativité culturelle (et non le relativisme qui est une pensée de la dictature molle) que nous saurons faire la paix, la justice, le monde global, le village planétaire. Et ça, c'est vraiment important à notre époque.

Écrit par : pachakmac | 16/10/2009

@Lord Acton : le républicain moderne croit (car il s'agit bien d'un acte de foi, contredisant l'expérience) que la culture, à la fois, devance et dépasse le terreau humain particulier et bien défini où elle s'exprime. Alors que c'est justement l'inverse, c'est le génie propre de chaque peuple, ethniquement délimité, qui induit une culture et des valeurs particulières. Le drame de l'Occident européen, c'est que nous avons développé l'Universel, formidable outil de progrès et de connaissances, mais en oubliant le primat absolu du fait ethnique. Plus d'Européens ethniques, plus de valeurs occidentales. Il faut vraiment être naïf de croire que les masses allogènes, s'installant en Europe, se laisseront formater à l'indifférenciation républicaine, étant donné que tous les peuples de la planète, Européens exceptés, continuent à penser "ethnique". Et quand bien même il serait possible "d'occidentaliser" ces masses extra-européennes, peu m'importe qu'une culture occidentale de synthèse subsiste, si les Européens disparaissent ou même seulement deviennent des communautés marginales sur nos terres légitimes.

Écrit par : Paul Bär | 16/10/2009

En ces temps tumultueux, il ne me semble pas de très bonne augure de faire de l'exemple de la civilisation grecque un acquis en matière de moeurs ou de culture ! A moins d'aimer les voyages en Thaïlande ! et faire des émissions de TV.
Mais de "Homère, Sophocle, Platon à des adolescents qu’on imaginerait davantage amateurs de pourceaux que de perles" de quelles perles parle t-on ?

Écrit par : corto | 19/10/2009

@Paul Bär:
Il y a bien longtemps que l'Occident a oublié sa quête de l'Universel et qu'il ne se concentre que sur ce qui est individuel, subjectif et relatif. C'est d'ailleurs précisément la raison pour laquelle nous avons abandonné l'enseignement du latin et du grec: il fallait absolument créer une société d'individus déracinés qui n'aient plus pour se comprendre aucun lieu commun - et ça y est, nous y sommes parvenus, dans tous les domaines. De l'Etat à la famille, de la religion à l'orthographe, toutes les structures ont sauté, toutes les règles ont été ridiculisées. Ce n'est pas la quête de l'universel qui a miné l'Occident, et qui le laisse exsangue au bord de la route, mais au contraire les dogmes du relativisme et du subjectivisme.
"Génie propre de chaque peuple"... "nos terres légitimes"... La terre n'est légitime qu'à celui qui sait la féconder. Votre Occident a peur des "allogènes" car il se voit impuissant. Il voudrait donc confiner chaque peuple dans son pré carré.

Écrit par : Lord Acton | 19/10/2009

Lord Acton, je dois vous féliciter pour ce message d'une grande et belle justesse. Bravo!

Écrit par : Patoucha | 20/10/2009

"Génie propre de chaque peuple"... "nos terres légitimes"... La terre n'est légitime qu'à celui qui sait la féconder. Votre Occident a peur des "allogènes" car il se voit impuissant. Il voudrait donc confiner chaque peuple dans son pré carré."
*********
Pourquoi introduire la notion de légitimité ? Ce mot est tout à fait incompatible avec l'objet de vos délibérations. La légitimité fait appel à la notion de règles entre humains. Or, dans le contexte des migrations actuelles, seul le rapport de force démographique compte. Ce rapport de force peut être contrecarré par la volonté du peuple auquel je crois savoir nous appartenons (gens partageant une histoire commune ainsi que des caractéristiques ethniques), volonté politique faisant largement défaut actuellement. Au nombre des causes de notre absence de réaction, l'intérêt économique d'une élite ("super-classe mondiale") combiné à l'idéal républicain égalitarien d'une certaine classe d'intellectuels propagé à la petite-bourgeoisie à qui on a trouvé un substitut à l'absence de foi.

Écrit par : Marc Grandjean | 20/10/2009

Les commentaires sont fermés.