L’ange de la mort

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Tribune de Genève - Jeudi 29.10.09

 

Un type en cavale, tueur en série, assassin de son père et bientôt de sa propre mère : Roberto Zucco. Rencontre avec une « gamine », qui tombe amoureuse de lui. Le sang, le cache-cache avec la mort, et au final, le grand plongeon, du toit de la prison. Dit comme ça, sordide, au carré. Transfiguré par la plume de Koltès, sublime.

Mort du sida il y a juste vingt ans, si jeune, Bernard-Marie Koltès laisse une œuvre de feu, « une écriture qui vous prend dans le sang », un rythme incroyablement haletant, un sens inégalé de la virgule, celle qui marque et qui saccade, celle qui scande et donne le pouls du texte. Monologues, dialogues, l’écriture tragique à nu, à vif. Un style. Incomparable.

« Roberto Zucco », depuis hier soir, c’est une pièce, mise en scène par Christophe Perton, à la Comédie. On brûle de s’y engouffrer, de découvrir Olivier Werner, dans le rôle-titre, Christiane Cohendy dans celui de la mère. Et tous les autres.

La mère, le fils, le père. Une ancestralité moirée de comptes à régler. Le nœud tragique, celui qui vous étouffe et vous amène au meurtre. Au milieu de tout cela, de toute cette saloperie, l’incantation, comme chez Eschyle, d’une langue. Où chaque syllabe, chaque ponctuation s’immole de l’urgence d’avoir sa place. Le rôle du comédien, c’est de la lui donner. Quelque part, entre la vie et la mort. A la Comédie, Zucco nous attend.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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