30/11/2009

Les contribuables à la caisse - En quel honneur ?

 

Les manifs, c’est toujours la même chose. Au flash de 14h, on entend dire que c’est « bon enfant ». A celui de 15h, idem. A celui de 16h, on nous parle de casse et de vitres brisées. A 17h, on sait que ça a dégénéré.

Ce qui s’est produit à Genève, samedi, était parfaitement prévisible. Dans l’ordre de l’impéritie, et même dans celui du culot, la palme revient aux organisateurs. Interrogés à plusieurs reprises sur l’existence d’un service d’ordre interne (ce qui, sans remonter à la CGT de mai 68, se fait dans toute manif responsable), ils n’ont donné comme réponses que des haussements d’épaules, reportant leur responsabilité sur celle de la police, comme si cette dernière n’était qu’une conciergerie, à disposition.

Et cet après-midi, on apprend quoi ? Que l’Etat va indemniser les victimes. L’Etat, donc les contribuables. Et les fauteurs de troubles ? Ils ne paieront rien ? Et les organisateurs ? Ils ne seront pas mis face à leurs responsabilités ?

Vous les trouvez gênantes, ces questions ? – Moi pas.

 

Pascal Décaillet

 

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L’homme des missions spéciales

 

Sur son blog « Vu du Salève », dans un texte mis en ligne ce matin à 07.25h, mon confrère Jean-François Mabut nous apprend que Bernard Favre, secrétaire adjoint du Département de la Solidarité et de l’Emploi à Genève, serait, à ce titre « homme des missions spéciales de François Longchamp ».

Peu au parfum des arcanes de la politique genevoise, et en vertu d’une inexpérience que le lecteur voudra me pardonner, j’avoue ne pas connaître ce poste, ni cette fonction, « homme des missions spéciales », dans l’organigramme de l’Etat.

J’aimerais bien, moi aussi, avoir un homme pour mes missions spéciales. Il serait Iago, je serais Othello. Il serait Peyrolles, je serais Gonzague. Je lui glisserais, au creux de la main, des ordres de mission cachetés, et parfumés. Aussitôt après lecture, il n’aurait qu'une minute pour les avaler.

Il a beaucoup de chance, François Longchamp. Non ?

 

Pascal Décaillet

 

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29/11/2009

Vieux pays conservateur

 

Sur le vif - Dimanche 29.11.09 - 18.40h


 

Amère pour les uns, délicieuse pour d’autres, la grande leçon de ce 29 novembre n’est autre qu’un rappel : la Suisse est un pays conservateur.

 

Moderne, certes, dynamique, beaucoup plus ouvert qu’on ne l’imagine, mais ancré dans des racines qui sont celles de notre Histoire : poudrière confessionnelle, enchevêtrements de non-dits au sujet de la laïcité (officielle dans deux cantons seulement de Suisse romande), rapport complexe avec l’altérité. On peut le regretter, hausser les épaules, considérer tout cela avec la hauteur du bobo citadin face aux sourcils grincheux du nain de jardin. Mais c’est ainsi. C’est une donnée.

 

Dans le combat qui s’est achevé aujourd’hui, celui des minarets, les forces dites de la raison n’ont pas suffi contre la puissance d’image, mais aussi de fantasmes que sont allés chercher les partisans. Ce discours, il serait vain d’aller le reprocher aux vainqueurs : il aurait fallu avoir, dans le camp du non, au service de l’égalité devant la République, un verbe moins timoré, un discours moins exclusivement cérébral, quelque chose comme une exaltation, qui a cruellement fait défaut.

 

Et encore, tout cela aurait été, il n’est pas sûr, pour autant, que le résultat en eût été atténué. Pourquoi ? Parce que la Suisse est un pays conservateur. Elle ne l’est certes pas pour l’éternité, tout change, mais aujourd’hui c’est ainsi. La Suisse ne veut pas de l’Union européenne. Elle ne veut pas de minarets. Elle veut continuer à exporter des armes. Ce sont ses décisions. Irritantes parfois, ahurissantes peut-être. Mais c’est ainsi. La texture de ce pays, ses nervures souterraines, l’ancestralité de ses racines, nous ramènent pour l’heure à cette réalité réaffirmée ce dimanche : la Suisse est un pays conservateur.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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Tiens, revoici la frontière…

Sur le vif - Dimanche 29.11.09 - 10.10h

« Le Conseil fédéral a mal analysé la situation. Il a commis une erreur en renonçant à réintroduire des quotas dans la libre circulation des personnes avec l'Union européenne ». Livrés ce matin au SonntagsBlick et à la NZZ am Sonntag, ces propos vont faire couler de l’encre. De qui émanent-ils ? Blocher ? Mörgeli ? Stauffer ? Non. Il s’agit de la parole ministérielle de la responsable fédérale de l’économie, et aussi des questions d’emploi, la démocrate-chrétienne Doris Leuthard.

Et ces propos arrivent quand ? Quelques jours après ceux de Micheline Calmy-Rey. En sachant que siègent aussi Ueli Maurer et Eveline Widmer-Schlumpf dans le collège, on se demande si une majorité du Conseil fédéral croit encore en la très grande magie de la libre circulation, telle qu’on a voulu la présenter au peuple, pressé par l’urgence de scrutins à gagner.

On aura beau me faire toutes les démonstrations du monde, j’ai peine à entrevoir en quoi l’aspiration protectionniste de ces propos diffère (sur le fond) du discours d’Eric Stauffer, à Genève. Ou de celui de Christoph Blocher, au niveau fédéral. Le chômage montant (4% en moyenne suisse, 7% à Genève), voilà qu’on commence à redécouvrir ce que la notion de frontière, qu’on croyait gisant aux orties, peut avoir comme avantages pour une communauté humaine. Évidemment pas pour l’enfermer, mais juste pour un minimum de régulation et de protection du marché intérieur de l’emploi.

J’entends encore François Longchamp, dans un débat, comparer les mouvements transfrontaliers venant de l’Ain et de la Haute-Savoie avec ceux des pendulaires vaudois ! Est-ce manquer d’amitié pour la France, ce pays que nous aimons et qui a nourri notre culture, que rappeler, très poliment, que le canton de Vaud se trouve être un compatriote, un Confédéré, que deux siècles de communauté de destin lie Genève ? C’est si vulgaire, Monsieur Longchamp, de rappeler l’appartenance de Genève à la Suisse ?

Voilà donc deux conseillères fédérales, dont je ne sache pas qu’elles aient trempé leur destin dans la glaise populiste, une socialiste et une PDC, émettant des doutes face au dogme de l’irénisme transfrontalier sur le marché du travail. C’est intéressant. Et c’est, sans doute, l’amorce d’un débat qui pourrait pas mal nous occuper dans les mois qui viennent.

Pascal Décaillet

10:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

26/11/2009

Crac, boum, hue !

 

Tribune de Genève - Jeudi 26.11.09

 

Ils ont fait très fort, hier, à la SSR : ils ont commencé par nous balancer des organigrammes. Des schémas sagittaux, comme en maths modernes, avec « direction », « relations extérieures », « communication d’entreprise », « affaires générales », « finances et logistique », « marketing et promotion ».

Au fond, la SSR, c’est le CERN. Avec un super appareil. Qui, hélas, ne fait pas « crac, boum, hue ! », ce qui serait au moins drôle, générateur de rêve et de désirs, un peu de chair de poule, quoi, dans ce monde de brutes. Non, là, c’est juste un accélérateur à apparatchiks. Qui les projette, à la vitesse de la lumière, enfin disons celle des ténèbres, dans une grande course circulaire à la poursuite d’eux-mêmes.

L’Enfer ? Non. Juste une conception du désir en circuit fermé. J’aime l’appareil, tu aimes l’appareil, je n’ai pas mon pareil pour tourner en rond. Je m’aime, je me reproduis, je clone mes clones. Et la vie, grise comme l’atome d’hélium, continue.

Alors, mon ombre poursuit ton ombre. Elle lui court après, elle la persécute, c’est colin-maillard dans un meublé un peu crasseux où se multiplient les placards. Alors, le chef des placards, le sous-chef des rayons, le prince des crayons, l’imperator des gommes. Pour effacer quoi ? La fureur de vivre ? Ou la folle envie de se pendre ?

 

Pascal Décaillet

 

09:54 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/11/2009

Anja Wyden : un excellent choix pour Genève

 

A 30 ans, elle était déjà directrice adjointe de l’action sociale, à Genève. A 34, directrice du même service, sous François Longchamp. Et, on vient de l’apprendre, elle sera la vingtième chancelière de la République et Canton de Genève, la succession de Robert Hensler, le Jason de la politique genevoise, chevelu comme mille comètes.

A coup sûr, ce choix du nouveau Conseil d’Etat est le bon. Valaisanne, ayant grand à Brigue, attirée très tôt par le social, formée à Sion, à Tübingen et à l’Université de Genève, en sciences politiques, Anja Wyden, 36 ans seulement aujourd'hui,  est passée par le SECO (Secrétariat d’Etat à l’économie), mais aussi par le privé. Grande travailleuse, avec vision d’ensemble, elle incarne le service de l’Etat, dans le sens le plus fort de ce terme : non celui de grands airs qu’on prendrait, mais simplement celui de la compétence. L’atout majeur du service public ne devrait-il pas, dans l’idéal, au-delà des grands discours, être celui-là ?

Pour assumer un rôle transversal, organique mais aussi psychologique, entre les sept membres du collège, il fallait une personnalité à la fois pointue et ductile, excellente sur le fond. C’était le cas avec Robert Hensler. Cela le sera, aussi, avec Anja Wyden.

 

Pascal Décaillet

 

12:14 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

23/11/2009

Maison commune

 

Tribune de Genève - Lundi 23.11.09

 

Dans l’affaire des minarets, les Eglises de Suisse ont eu mille fois raison d’intervenir, et d’appeler au rejet d’une initiative qui sape la paix confessionnelle dans notre pays. Car la question n’est pas christianisme contre Islam, ni judaïsme contre Islam, ni christianisme contre judaïsme. La question, la seule qui vaille, est la qualité du vivre ensemble entre tous, sous un même toit.

Ce toit commun a un nom : il s’appelle la République. La chose de tous, celle qui intègre croyants et athées, hommes et femmes, nomades et sédentaires dans une même aventure collective. Catholique, je dis et répète depuis des années que la seule voie possible est celle de la laïcité. Le grand Léon XIII, en appelant les catholiques de France au Ralliement républicain, ne disait, au fond, pas autre chose, même si les lois Combes et Waldeck-Rousseau n’étaient pas encore votées.

Dans leurs déclarations, les Eglises de Suisse ont montré que la nécessité de dialogue transversal, entre elles, mais aussi avec les athées, primait sur la notion débile de « guerre des civilisations » lancée par George W. Bush. Bien sûr, l’Islam de Suisse doit s’astreindre à des règles. Comme les catholiques, juifs ou protestants. Comme n’importe qui. En République, il y a certes des sensibilités. Elles sont les bienvenues. Mais, devant la loi, il n’y a que des citoyens.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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22/11/2009

JFK : deux fois 46 ans

 

Nous sommes le 22 novembre 2009. Il y a 46 ans, John Fitzgerald Kennedy tombait, quelque part à Dallas, sous les balles d’un tueur. Il avait lui-même 46 ans. De sa naissance à sa mort, de sa mort à aujourd’hui, la distance est égale. Amoureux fou des chiffres, je me laisse troubler par cette équidistance.

La nouvelle de l’assassinat de Kennedy est mon plus vieux souvenir politique. J’ai cinq ans et demi. Je reviens de l’école, enfin de la maternelle. Cuisine. Vieille radio, très grande, dans un coin de la salle à manger. Et ma mère qui pleure. « Kennedy a été assassiné ». Je ne sais ni qui est cet homme, ni surtout ce qu’est un assassinat. Le cortège de Dallas, Jacky qui fuit sur le capot arrière, tout cela, nous ne l’avons vu que plus tard. Pour l’heure (c’était midi), il n’y avait que la résonance de ces dix syllabes : « Kennedy a été assassiné ». Nous étions en 1963. Un an avant, l’Algérie était encore française.

Ensuite, il y a eu Johnson, les années Vietnam (que Kennedy avait d’ailleurs initiées), la contestation. Et nos premiers jeux d’enfants, dans d’improbables chantiers, consistaient à nous répartir les rôles : « Toi tu fais Kennedy, moi je fais l’assassin ». Pour Jacky, il n’y avait personne : la notion de « fille » était pour nous aussi étrangère que celle de l’eau vive au plus profond du désert. Nous n’étions ni heureux, ni malheureux. Nous vivions nos vies. Mais une chose est sûre : pour beaucoup d’entre nous, ces dix syllabes auront sonné comme la fin de l’insouciance. Non pas celle de l’enfance (encore que…), mais à coup sûr celle de l’âge d’or.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

17:59 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

17/11/2009

Genève : de qui se moque l’Entente ?

 

L’insécurité. Dès la mi-août, ils n’avaient plus que ce mot à la bouche. Vous étiez en Valais, vous marchiez sur les crêtes et les moraines, vous écoutiez de temps en temps la radio : on avait l’impression que Genève n’était plus qu’un champ de ruines, livré aux gueux.

Cette campagne, cette surenchère (sur des phénomènes qu’il ne s’agit certes pas de nier), c’est eux qui l’ont voulue, orchestrée. Eux : deux partis de l’Entente, les libéraux et les radicaux. Le PDC a été plus mesuré. L’UDC et le MCG, quant à eux, pataugeaient déjà avec aisance dans ces eaux, dont le trouble leur est naturel. Ils étaient l’original, là où d’autres ont cru bon d’être la copie.

Ces deux partis, oui, ont donné de la voix. Ils ont construit leur campagne de cet automne sur ce thème. C’est leur droit. Mais alors, de grâce, aujourd’hui qu’ils ont triomphé, qu’ils assument ! Ces deux partis ont désormais trois magistrats, dont deux sortants. Qu’ils nous montrent le talent qui est le leur pour résoudre ce que, paraît-il, ni Gérard Ramseyer, ni Micheline Spoerri, ni Laurent Moutinot n’auront débloqué.

Trop facile de mener campagne sur un monothème rugissant, dont on sait à quel point il caresse l’opinion publique, et, une fois la victoire obtenue, se livrer à l’exercice de la patate chaude.

Ne pas assumer l’acte alors qu’on a galvanisé le verbe apparaîtrait, pour le moins, comme un retrait. Avec un e muet supplémentaire, on pourrait même parler de retraite. Et ce mot-là, en l’espèce, serait encore bien faible.

 

Pascal Décaillet

 

17:16 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/11/2009

Véronique Pürro: un chemin, un style


Tout le monde le sait : je ne partage pas exactement la vision du monde de Véronique Pürro. Mais voilà, il se trouve que sa campagne m’a touché. Maladroite certes parfois, peu tactique, presque perdue d’avance, mais riche de sourires, d’humanité, de rencontres. Une vraie chaleur. Au milieu des gens.

Fichue d’avance ? Oui et non. Parce que le destin est une fleur fragile, à l’immédiate merci de l’extase ou du piétinement, c’est selon. Alors oui, disons que ce chemin-là avait le goût salé des illusions perdues, quelques zestes d’Apocalypse sur fond de socialisme qui, un peu partout en Europe, s’effondre.

Mais ce chemin, elle l’a fait quand même. Contre l’Histoire. Contre le temps. Et ce satané manège, ces chaises musicales, huit danseurs, sept sièges. C’est ainsi, c’est la vie. C’était le jeu.

Dans la défaite, hier soir, Véronique Pürro a montré de la dignité. Du style. Alors, ce petit billet, je le dédie à la suite de sa carrière politique. Car il y aura une suite, c’est sûr.

 

Pascal Décaillet

 

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L’ordre règne à Genève

 

Ou: la Cléricature de la Barbichette - Lundi 16.11.09 - 10.25h


Cinq sortants réélus, avec ou sans bilan, juste deux nouvelles magistrates, juste la majorité qui change. Les cinq partis qui se partagent le pouvoir exécutif, donc les postes et les pré-carrés, continueront de régner ensemble. Bref, la pérennité du pouvoir en place. L’ordre règne à Genève.

« Juste la majorité qui change » ? Eh oui ! Aussi surréaliste que cela puisse, de l’extérieur, paraître, ce basculement n’est ni historique, ni capital. Le gouvernement sortant n’était à gauche que sur le papier, il penchait souvent au centre, voire (en matière fiscale) carrément à droite. Comme le note Pierre Weiss, la reconquête de la majorité par l’Entente relève davantage du déplacement de curseur que d’une véritable alternance. Là n’est pas l’événement, là n’est pas la leçon.

La leçon, la vraie, pourrait bien, dans la législature qui s’annonce, surgir et rugir davantage de la marge que du texte officiel, de l’hémorragie des extrêmes que de la sainte coagulation autour du Centre, et parfois sans doute aussi de la rue que des palais officiels. A voir. Tout dépend de la tonalité du futur gouvernement : continuera-t-on à jouer la pénible partition de l’entre-soi, avec cette sanctification des amitiés transversales, où la barbichette (celle par laquelle on s’agrippe) règne en souveraine ?

Surtout, ce petit monde reconduit, sans doute ce matin au septième ciel de sa divine surprise, continuera-t-il de contempler la marge en haussant les épaules ? Le PDC ou les radicaux, 11 députés chacun, continueront-ils, sous prétexte que le jeu des alliances leur a permis d’avoir un conseiller d’Etat, de parler du MCG (17 députés), ou de la galaxie MCG-UDC (26 députés), comme d’un marais poitevin, tout juste bon pour les gueux, les ignares ? Tous ces pauvres timorés de la frontière, que la grâce bilatérale, dans l’essence de son injustice, aurait omis d’illuminer ? Idem pour la gauche de la gauche, riche de tant de personnalités, hélas pour elle nœud de vipères, où la guerre, comme dans la tragédie, est intestine, familiale, incestueuse, avant même que d’être.

Bref, l’émergence d’un Tiers-Etat. Qui viendra se heurter, non à la noblesse, ni même à la bourgeoisie, mais bien à la cléricature de la barbichette : ceux qui, trop heureux d’avoir sauvé leur peau, demeureraient sourds à toute résonance du pavé. Je n’ai pas dit le caniveau. Non : juste le pavé.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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14/11/2009

La Bugatti et le Pélican

 

L'autre jour, en sa Bugatti, quelque part au Texas, roulait un joyeux Yankee. Belle pièce, rarissime, machine à deux millions de dollars. 16 cylindres, mille et un chevaux. On the road again.

 

Soudain, patatrac : la Bugatti Veyron dévie, chancelle, s’entortille, finit dans 60 centimètres d’eau boueuse, juste le long de la lagune. Et le gros Américain, de l’eau plus haut que les genoux, reste là, tout coi, à la contempler. Devisant sans doute, par dedans son for, sur l’insignifiance des choses.

 

Cette glissaaade, digne de Brel, pourquoi ? Le chauffeur s’en explique : « J’ai juste été distrait par le vol d’un pélican ».

 

A la bonne heure. J’étais sur le point de juger ce bas monde comme définitivement pourri. Ici, les copains. Là, les coquins. Partout, l’argent, l’insolence. Et pourtant, quelque part au-dessus d’une lagune texane, la grâce ailée. Pour l’homme aux mille chevaux, une petite seconde d’envol. Qui certes se paye cher. Mais l’aura délivré, juste un instant, de l’insoutenable boulet de la vie qui va trop droit.

 

Pascal Décaillet

 

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Demain à Genève: calme plat ou séisme?

Commentaire publié ce matin en une du Giornale del Popolo - Quotidien tessinois - Samedi 14.11.09

Demain, dimanche 15 novembre, Genève : le calme plat ou le séisme ? La bonne, vieille, ronronnante continuation avec les mêmes équipes, les mêmes pactes transversaux entre la droite et la gauche ? Ou l’amorce d’une rupture ? C’est tout l’enjeu de l’élection au gouvernement cantonal. Il est majeur.

La rupture, à Genève, porte un nom : Eric Stauffer, 45 ans, député, président du Mouvement Citoyens Genevois, le MCG, parti dont il est tout à la fois le fondateur, l’âme, l’inspirateur permanent, le gourou, le directeur opérationnel et stratégique. Bref, le MCG, c’est lui. Zéro député en 2001, neuf en 2005, dix-sept depuis le 11 octobre 2009. A coup sûr, l’une des ascensions politiques les plus impressionnantes de l’après-guerre, à Genève.

Selon Stauffer et les siens, le MCG ne serait « ni de droite, ni de gauche », mais juste au service des citoyens. De fait, il est arrivé à ce mouvement, dans la dernière législature, de voter avec la gauche sur des sujets sociaux. Mais tout de même, disons le clairement : ses positions en matière de sécurité, son verbe court et musclé, sa constante stigmatisation des frontaliers (les Français de Haute-Savoie et de l’Ain qui viennent, en effet nombreux, travailler à Genève) classent plutôt le MCG à la droite de l’échiquier. Et sans doute même à la droite de la droite.

Un homme, d’ailleurs, ne s’y est pas trompé : un certain Christoph Blocher ! Mercredi dernier, en direct sur Radio Cité, il décochait une véritable volée de bois vert à la section genevoise de l’UDC, en effet en très petite forme en cet automne 2009, elle qui était arrivée en tête, en suffrages, lors des élections fédérales d’octobre 2007. De véritables apprentis, à en croire Blocher, des bleus, des puceaux, qui se seraient faits complètement doubler par des professionnels. Pragmatique, l’ancien conseiller fédéral souhaite même un rapprochement entre l’UDC et le MCG. Numériquement, une fusion donnerait naissance au premier parti du canton, et de loin. Mais culturellement, elle n’est absolument pas à l’ordre du jour, tant les deux équipes se détestent.

D’ailleurs, la force du MCG, c’est que tout le monde le déteste. La gauche socialiste (qui a certes la détestation aussi facile que sa propension à distiller, tous azimuts, des leçons de morale), mais aussi les partis dits de « l’Entente », démocrates-chrétiens, radicaux et libéraux. Particulièrement faible dans cette campagne, le parti radical genevois, héritier de la grande figure de James Fazy (1794-1878, le père de la Genève républicaine, celui qui a abattu les fortifications et donné au canton ses institutions), passe son temps à regretter l’existence du MCG, la tonalité du MCG, le verbe du MCG, la visibilité du MCG. Il fait campagne sur des thèmes trop cérébraux, et ne peut plus guère compter que sur l’intelligence et le talent politique de son conseiller d’Etat sortant, François Longchamp, ainsi que sur le jeune et brillant Pierre Maudet (31 ans, membre du gouvernement de la Ville de Genève), pour survivre. Jusqu’à quand ?

Calme plat, ou séisme : voilà donc Genève cramponnée à une élection dont on sait déjà (par le vote par correspondance) que la participation sera très bonne. Genève retient son souffle. En attendant, une chose est sûre : si les cinq partis qui se partagent le gouvernement (socialistes, Verts, PDC, radicaux, libéraux) sauvent leur quintet d’arrangement, et s’imaginent qu’ils pourront continuer comme si rien ne s’était passé, Monsieur Stauffer leur donnera rendez-vous dans quatre ans. Et là, la République des copains et des conciliabules pourrait très sérieusement trembler.

Pascal Décaillet





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12/11/2009

En mémoire d’Adrien

 

Tribune de Genève - Jeudi 12.11.09

 

Mars 1999 : Adrien Pasquali, quarante ans, choisit de quitter ce monde. Celui des hommes, mais aussi celui des livres, où il sera passé comme une trace filante, dans la nuit. Né en 1958, en Valais, d’origine italienne, écrivain, chercheur, traducteur, auteur d’une thèse sur Ramuz, Pasquali, aujourd’hui encore, nous éclaire sur les auteurs de Suisse romande, de Gustave Roud à Nicolas Bouvier. Il est parmi nous. Il nous manque.

Demain, vendredi 13, dès 9h, salle B 112, Uni Bastions, sous l’impulsion de Sylviane Dupuis, qui lui a succédé dans sa charge de cours à l’Université de Genève, un colloque rendra hommage à Pasquali, l’une des personnalités littéraires les plus attachantes de la littérature romande. Par la qualité de son regard, son acuité critique, sa culture, mais aussi son œuvre propre. On pense évidemment, en priorité, au « Pain du silence », publié chez Zoé l’année de sa mort.

Qui était-il, cet homme étrange ? A coup sûr, un passeur. Mais aussi un défricheur d’univers. Celui qui décrypte le langage des autres. Mais encore, et peut-être surtout, celui qui nous invite sur le grand chemin de traverse : le sentier de la racine vers l’apesanteur, l’identité perdue, pour peu qu’elle fût jamais acquise. Ce vendredi, Adrien, nous penserons à vous. Comme à tous ceux qui, nous ayant ouverts aux livres, nous ont ouverts à la vie.

 

Pascal Décaillet

 

 

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09/11/2009

Maudet debout. Au milieu des Assis.

 

 

Comme le milan sur la palombe, Pierre Maudet pique en vrille sur Ueli Maurer. Il lacère, décortique, désosse, et cette féérique charcuterie, salée comme cochonnaille d’automne, excite les esprits et aiguise les sens. Enfin quelqu’un qui se bat. Ca fait plaisir à voir. Et même à humer, tiens.

Ce matin, sur l’idée ahurissante de laisser une police privée sillonner les Pâquis (ce ne sont pas ces braves agents, le problème, c’est le signal de démission de l’Etat dans la plus régalienne de ses tâches), revoilà qui ? Maudet, pardi ! Pour asséner quelques vérités qui ravissent l’oreille. Le verbe est simple, imagé, la phrase courte, percutante. Tout cela, non au service du populisme, mais de l’esprit républicain. Bref, tout ce que nombre de ses collègues de parti, englués dans l’abstrait, les excès lacrymaux et les leçons de morale, ne savent plus faire.

Curieux, non ? Maudet, qui ne brigue nulle fonction en cet automne 2009, se démène dans tous les sens, alors que certains candidats brillent par un excès de tranquillité qui, même en cas de réélection, pourrait bien leur jouer de sérieux tours. C’est cela qui ne va pas dans ce quintet des sortants: cette impression d’immuable, d’entre-soi. De club. La sérénité des notables. Des Assis.

Au point qu’ils ont la singulière arrogance, pour se démarquer des outsiders, de s’auto-qualifier de « partis gouvernementaux ». Comme si on était « gouvernemental », non par la volonté du peuple, mais par une sorte d’essence. Divine ? Transcendante ? Génétique ? « Moi, Monsieur, je n’ai fait que 11%. Mais, désolé, je suis gouvernemental : C’est mon être. Ma nature ».

Cette fois encore, sans doute, ils sauveront leur place. Mais mille questions demeurent, dans ce système électoral qui favorise à l’extrême les alliances, ne laisse aucune chance à la marge, coalise et coagule, dans un pacte de permanence, les éléments les plus disparates. Ces leçons-là, un homme comme Pierre Maudet est prêt à en discuter. Et les autres ? Ils attendent la prochaine échéance ? Dans quatre ans ? Ou, peut-être, la prochaine défaite ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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L’ennemi public

 

Tribune de Genève - Lundi 09.11.09

 

Vous avez remarqué comme ils lui tombent tous dessus ? Ici, c’est un docteur-ès-Kabbale, aux intentions aussi pures qu’une vierge cathare, qui lui démonte ses chiffres. Là c’est la Sainte Croisade des sortants qui le voue au bûcher. Il serait menteur, hérétique, destructeur d’équilibre, fossoyeur du bien commun. Rarement candidat au Conseil d’Etat n’aura, à ce point, focalisé les hargnes. Eric Stauffer a, décidément, beaucoup de chance.

Ils se ruent sur lui, tous. Libéraux jaloux du pré-carré rongé, radicaux convertis en vestales donneurs de leçons, n’ayant plus comme refrain que l’horaire continu et la laïcité, toutes choses aussi enthousiasmantes que le journal de bord d’un éclusier que sa femme vient de quitter. Ils regrettent les temps anciens, ils pleurent. Eternels offensés, il ne leur reste que le choix des larmes.

Ce qui peut lui arriver de mieux ? Non pas l’élection. Mais rater, tout en ayant progressé dans les résultats. Et la coalition des sortants, ce quintet d’artifice, qui ne tirerait aucune leçon de cet automne électoral, continuerait dans son arrogance à ignorer cette marge qui, depuis le 11 octobre, dévore déjà un tiers de la page. Et comme en quarante, de cocktails en cocktails, ce petit monde repartirait. Et vogueraient les copains, avec la sérénité de leurs voiles latines. Comme des nefs d’autrefois. Vers l’iceberg.

 

Pascal Décaillet

 

 

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08/11/2009

Le Valais de Despot est aussi le mien

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Notes de lecture - Dimanche 08.11.09

 

Du plus loin qu’il m’en souvienne, du plus profond de ces mille randonnées et de tant de cabanes, avec mon père, le Valais des chapelles et des sentiers, des torrents et des bisses, des lacs de montagne, ce Valais d’hier et celui de demain, habite mon âme.

Elle était très enviable, cette enfance, j’en conviens, qui en juillet nous menait sur les routes d’Italie, de Grèce ou du Proche-Orient ; en en août, sur les chemins escarpés de Bagnes et d’Entremont. L’été la marche, l’hiver le ski, à haute dose, ces hivers de gerçures, de jambes cassées, de vitesses déraisonnables: j’ai aimé ça, passionnément.

Vous comprendrez, dans ces conditions, la divine surprise que vient de constituer, pour moi, la lecture du « Valais mystique », de Slobodan Despot, publié dans sa propre maison d’édition, Xenia. Du « Mur d’Hannibal », à Liddes, au Christ-Roi de Lens, en passant par le Vallon de Van et la « sentinelle de béton » (l’admirable église d’Hérémence), Despot nous prend par la main, nous promène dans cette terre de chaleur et de lumière, celle de l’eau vive et des lumignons, au pied des madones.

Il faudrait sillonner les chemins de Despot avec, toujours, sur soi, un livre de Chappaz. Ou peut-être de Strabon, le géographe. Ou, à coup sûr, de Cingria, chroniqueur de l’itinérance. A travers les lieux, à travers le temps et les œuvres, dans les marges des manuscrits, les variantes des partitions musicales. Ou alors, sans rien. Juste dans la solitude de la vie qui va. Car ces chemins de croix sont chemins de traverse. Et si la naïveté de cette piété, en fait, n’était que l’éclair perdu de la lucidité ?

A lire, à dévorer des yeux. A parcourir, surtout. De préférence l’été. Merci, Slobodan.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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07/11/2009

Affaire libyenne : la Suisse humiliée par elle-même

 

Commentaire publié en une du Giornale del Popolo - Samedi 07.11.09

 

L’affaire des otages suisses en Libye : non seulement une question très délicate, dont dépendent deux destins humains, mais avant toute chose, l’une des plus grandes catastrophes de communication de cet étrange et disparate collège qu’on appelle le Conseil fédéral. Un président de la Confédération qui multiplie les maladresses et les ratés, chaque ministre qui donne son petit mot ou sa tentative de signal, une stratégie à laquelle personne, dans l’opinion publique, ne comprend rien. Résultat : la Suisse humiliée. Par la Libye, ou plutôt par elle-même ?

Car au fond, dans cette lamentable affaire, le principal ennemi de la Suisse est peut-être moins le colonel Kadhafi que le système ahurissant qui est le nôtre lorsqu’il s’agit d’affronter une crise. Le tout aggravé par une présidence faible, très faible, chose d’autant plus étonnante qu’elle concerne un homme de valeur, bon ministre des Finances, intelligent, ouvert sur le monde. Comme si Hans-Rudolf Merz, depuis un an, était un autre homme, arrivant moins à s’imposer. Voyage raté à Tripoli, non annoncé à ses collègues, retour sans les otages, rencontre étrange à New York, annonces, petites phrases, sous-entendus, semi-silences : une communication totalement ratée.

Du côté de la diplomatie suisse, dont les socialistes ne cessent de nous dire le plus grand bien, on peine à déceler, pour l’heure, le moindre résultat, non plus. Et puis, qui dirige le dossier ? Hans-Rudolf Merz ? Micheline Calmy-Rey ? Une cellule secrète ? Personne ? L’impression d’un vaisseau-fantôme, un gouvernement en douce dérive, un gouvernail laissé à lui-même, personne – ou trop de monde – sur le pont.

Cette triste affaire – dont il faut évidemment espérer qu’elle ne tourne pas au drame – s’avère un puissant révélateur de la faiblesse de nos institutions et du manque de moyens, et d’organisation, de l’exécutif lorsque se lève la tempête. Ca n’est d’ailleurs pas par hasard si des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour demander, en Suisse, une présidence sur l’ensemble d’une législature (quatre ans), doublée du Département fédéral des Affaires étrangères. Cette réforme, qui devrait sauter aux yeux depuis des années et que mille résistances internes freinent, pourrait bien s’accélérer suite à cette affaire. Une fois de plus, la Suisse ne se serait pas réformée à froid, mais en tirant la leçon d’une pression venue de l’extérieur. Peut-être, un jour, dans des circonstances analogues, hélas le pistolet sur la tempe, déciderons-nous d’aller dans l’Europe. Ce sera notre petit 1803 (les Tessinois en savent quelque chose), notre petit 1798, notre petit 1815.

Décryptée ainsi, la question des otages se révèle moins un conflit entre la Suisse et la Libye qu’un psychodrame, amplifié par mille miroirs grossissants, de la Suisse avec elle-même. Comme à l’époque des fonds en déshérence. Pour l’heure, après avoir rasé les murs, on bombe le torse. Après avoir trop parlé, on joue les grands, les adultes qui observent le plus mystérieux des silences. Autour de quel secret ? Secret d’Etat ? Ou secret de famille ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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06/11/2009

Et revoici Moritz!

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 06.11.09

 

Lorsque l’esprit lunaire se nourrit de l’esprit lunaire, lorsque mille comètes n’en peuvent plus de s’entrechoquer dans le bleu orangé de l’infini, cela porte un nom : cela s’appelle Moritz Leuenberger. Depuis des années, dans ce journal, il m’est loisible de souligner la singularité de casting de la présence de ce Pierrot poétique au milieu de cette bande de brutes qu’on appelle le Conseil fédéral. Ils sont de terre et de glaise. Il est, lui, de la mathématique la plus éthérée de l’apesanteur, celle où se diluent les inconnues, quelque part, là-haut.

Dernière en date des trouvailles de cet éternel ministre, le plus anciennement en poste en Europe (1995) : taxer les pendulaires qui, parce qu’ils ont le très mauvais goût de se déplacer pour aller travailler, empruntent un véhicule privé, ou même les transports ferroviaires, aux heures de pointe. Autrement dit, ami lecteur, tu te lèves à l’aube pour filer gagner ta croûte, tu te tapes une journée complète de boulot, tu reviens entre 18h et 19h ; résultat, tu passes à la caisse. A l’inverse, tu restes chez toi toute la journée, à siroter un drink, no problem, Moritz te fout la paix.

Quatorze ans au Conseil fédéral, quelque chose comme 650 séances, des centaines de galerie d’art contemporain visitées à Zurich, pour en arriver là. Continuer de planer dans la vision punitive, taxatrice, du monde du travail, de ceux qui se sortent un peu les pouces pour aller nourrir leur famille, n’ont pas peur d’avaler des kilomètres, bref se bougent. Et cette dîme sur le déplacement, cette gabelle sur le mérite, à quelles fins, je vous prie ? Réponse : pouvoir construire de nouvelles infrastructures. Donc, percevoir de nouvelles taxes. Avec des puces horaires, des poux taxateurs, des hiboux fiscaux. Chouette, non ?

L’homme, certes, est brillamment complexe. Mais voilà, quelque chose comme l’ingratitude du temps qui passe s’est chargé, au fil des ans, de gommer peu à peu le brillant et d’amplifier la complexité. Un peu, beaucoup, frénétiquement, enfin bref, Moritz la lunaire est devenu, à lui tout seul, une usine à gaz. Laquelle ne produirait même plus de gaz, mais juste une taxe sur l’idée de produire du gaz. Tiens, disons de l’éther par exemple. Cette substance volatile qui égaye et qui endort. Tout doucement. Comme le passage de la lune, derrière l’orangé d’un nuage.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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05/11/2009

Salut les Copains !

 

Tribune de Genève - Jeudi 05.11.09


Issu des unes de 2005, l’actuel Conseil d’Etat compte cinq partis politiques différents. C’est un gouvernement œcuménique, patchwork, tentant, tant bien que mal, de réunir des horizons d’attente aussi différents que ceux de Laurent Moutinot et Mark Müller. Bref, le supplice de l’écartèlement, juste tempéré par la douceur lactée du système suisse.

Cet automne, il se trouve que les cinq sortants qui briguent un nouveau mandat viennent chacun de l’un de ces cinq partis différents. Trois d’entre eux sont flanqués d’une colistière. Au fond d’eux-mêmes, ces chers messieurs ont-ils vraiment envie que leur fiancée de liste face partie du septuor gagnant ? Officiellement, oui. Et en réalité ? Hmmm ?

Pendant quatre ans, ces représentants de cinq partis n’ont cessé de nous répéter à quel point ils s’entendaient bien entre eux. Du Burkhalter pur sucre avant la lettre. Et même dans la campagne qui s’achève, vous avez remarqué comme ils ont pris soin, ces cinq-là, de s’épargner les uns les autres ?

Pacte ? Même pas. Juste l’instinct de survie. On se tient les coudes. On se lèche et se pourlèche les barbichettes. On rêve, pour quatre nouvelles années, d’un nouveau Palais de l’Equilibre. Surtout pas la marge. Surtout pas la fange. Surtout pas de bruit. Juste continuer. Entre gens du monde. Entre soi.

 

Pascal Décaillet

 

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