11/12/2009

François Longchamp nous annonce la Troisième République

 

« En tant que  radical, je refuse que l’on tombe dans un rapport de force entre la droite et la gauche… Toutes les réformes essentielles doivent faire l’objet d’un consensus politique qui dépasse ce clivage traditionnel ». Propos de François Longchamp, président du Conseil d’Etat genevois, interviewé par ma consœur Sandra Moro, dans « Le Temps » de ce matin.

A lire cette apologie de la transversalité politique (le bleu du ciel de ce matin d’arrière-automne, générateur de bonne humeur, me freine dans l’emploi d’un mot plus fort), on a l’impression que la droite genevoise ne serait majoritaire que d’un rien. Et que, par là, elle serait condamnée à passer des accords, disons pour le moins avec les Verts. En clair, le radical François Longchamp (11 députés au Grand conseil) parle comme si rien, aucune alliance possible, fût-elle de circonstance, n’existait à droite de l’Entente (43 sièges si on totalise libéraux, radicaux et PDC). D’un revers de main, l’admirateur extatique de Louis Casaï fait comme si les 9 élus de l’UDC, et surtout les 17 élus du MCG n’existaient pas. Hors de son camp, il ne regardera donc que sur sa gauche.

C’est évidemment son droit. Mais franchement, son camp l’a-t-il élu pour cela ? Et puis, laissons parler les chiffres : 43 de l’Entente + 9 de l’UDC, c’est déjà une majorité. 43 de l’Entente + 17 du MCG, ce sont trois députés sur cinq. Enfin, les trois réunis, et nous avons la vérité de l’expression populaire du 11 octobre : une gauche particulièrement minoritaire, pour quatre ans. Pourquoi François Longchamp ne compte-t-il pas davantage exploiter cette victoire ? Pourquoi annonce-t-il la continuation, à tout prix, de consensus transversaux, qui furent le fait quasi obligé, pour cause de cohabitation, de l’ancienne législature (CEVA, réforme du cycle d’orientation, baisse d’impôts) ? Là, pour quatre ans, il bénéficie d’une marge de manœuvre impressionnante à droite : ce matin, à bien lire l’interview du Temps, il nous laisse entendre qu’il ne compte guère l’utiliser.

C’est ainsi, dans un gouvernement, lorsque le président est issu d’un parti ne faisant que 11%. Et c’est là que le bât blesse, dans le système. Pierre Kunz, parmi d’autres, plaide pour des exécutifs issus d’une charpente idéologique, et non d’un patchwork. Avec un président pour l’ensemble d’une législature, dont on peut aisément imaginer qu’il viendrait du parti le plus fort – et non le plus faible – de la coalition. Au lieu de cela, nous voilà avec un parti radical qui passera quatre ans à compenser la modestie de sa représentation parlementaire par de grandes leçons de morale données aux gueux de la marge. Rappelant, sans cesse, qu’il est, lui, un parti de gouvernement. Comme si ce statut relevait de l’essence, et non d’un choix du peuple. Ce petit jeu, qui rappelle tellement les combinaisons de la Troisième République, nous est promis pour quatre ans. Au-delà, nous verrons bien.

 

Pascal Décaillet

 

11:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Cher Pascal, je n'ai toujours pas compris pourquoi vous souteniez François Bayrou, hormis le fait qu'il soit catholique de vieille souche. Car enfin, il était le représentant d'un parti minoritaire, susceptible d'emporter l'adhésion de la majorité, et rejetait les extrêmes, autant que l'opposition gauche-droite inféconde.
Ce qui est vrai dans une monarchie présidentielle comme la France, l'est encore davantage dans un canton de râleurs insatisfaits dotés du droit de référendum comme Genève ? Si vous voulez faire avancer les choses, et notamment construire des infrastructures, il faut dégager des consensus préalables, susceptibles de rallier des majorités, non pas tant au parlement que devant le peuple.
Ceci indépendamment de ce que l'on peut penser des vaguelettes populistes dont vous aimez tant relayer les embruns. Evidemment, le consensus fait de moins bonnes émissions que la castagne. Mais doit-on faire de la politique pour le bien de vos émissions ?
Par ailleurs, le courant représenté par ces idées "transversales" est tout de même extrêmement fort et vivant dans la population, preuve en est que les élus qui l'incarnent, David Hiler et François Longchamp en premier lieu (qui étaient d'ailleurs tous deux venus assister au meeting du Vice-Président du Modem et banquier de gauche Jean Peyrelevade à Genève) ont été les mieux élus de ce nouveau conseil.
Même le MCG d'ailleurs tente de se parer des plumes du paon en se prétendant lui aussi "ni de droite ni de gauche", sauf qu'il le fait par les extrêmes des deux bords, ce qui rappelle de très mauvais souvenirs (et génère des positions pour le moins versatiles) au lieu de le faire par le centre.

Écrit par : Philippe Souaille | 11/12/2009

Voilà qui est bien dit, M. Souaille.

Écrit par : Anne-Marie Brunner | 11/12/2009

QUEL BON SENS, ENFIN JE SUIS HEUREUX DE CONSTATER QU'UN DES RARES JOURNALISTES MUNIS DE "LA BONNE INTELLIGENCE" SOIT UN... VALAISAN DE BAGNES! mERCI POUR CETTE PERTINENTE ANALYSE. AUSSI, JE VOUS ENVOIE DERECHEF UN BULLETIN D'ADHESION AU MCG ;-)

Écrit par : Sir Henry | 11/12/2009

"Vaguelette populiste"... 26 députés formeraient une vaguelette et 11 une lame de fond ?

Écrit par : Henri Patry | 11/12/2009

Le rêve de PD : remplacer le modèle politique suisse par le modèle français, dont l'efficacité manque à la connaissance des chercheurs en sciences po. Sait-il seulement à quelle sauce les journalistes sont-ils mangé dans le modèle politique français? KP

Écrit par : Pollitt | 11/12/2009

Mon cher, vous oubliez le principe: "pas d'ennemis à gauche".

Écrit par : Edouard Herriot | 16/12/2009

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