19/01/2010

Identité nationale : et pourquoi pas ?

 

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - 19.01.10

 

Identité nationale : en quoi ces deux mots devraient-ils être tabous ? Pourquoi certains, à gauche mais aussi dans une frange métalliquement cérébrale de la droite républicaine, semblent-ils les considérer comme un binôme explosif, à ne toucher en aucun cas ? De quoi ont-ils peur ? Au nom de quoi une nation n’aurait-elle pas le droit, sans la moindre haine pour les autres, sans arrogance, sans supériorité, d’affirmer ce qu’elle est, ce qui fédère ses citoyens, quelles sont ses valeurs ? Si elle ne le fait pas, son extrême-droite le fera pour elle, confisquera le thème, se l’appropriera, ce qui est un peu dommage, non ?

Prenons la Suisse, vous me direz que ça n’est pas exactement une nation, au sens de Valmy ou de Jemmapes, je vous l’accorde. Mais enfin c’est un pays, qui est le nôtre et que nous aimons. De gauche, de droite, hommes, femmes, jeunes ou vieux, latins ou germanophones, avec toute l’étendue de nos différences, nous nous reconnaissons, l’immense majorité d’entre nous, dans le charme discret de cette petite démocratie d’Europe centrale, son système politique, la nécessité de nous respecter mutuellement. N’est-ce pas là, déjà, un sacré début d’identité ?

Le danger, ça n’est pas l’identité nationale. Le danger, c’est définir cette dernière comme une valeur du sang, ou de la race, ou de la génétique. Alors qu’il s’agit, à l’évidence, et comme l’a remarquablement montré Anne-Marie Thiesse, d’une construction. Le dix-neuvième siècle récupère Jeanne d’Arc ou Guillaume Tell, brandit des mythes, façonne des générations d’élèves. Mais être le fruit d’une construction (intellectuelle ou sentimentale), ça n’est pas rien, c’est déjà un début d’identité. Etre les héritiers de ceux qui ont construit notre démocratie directe, notre fédéralisme, nos assurances sociales, c’est déjà l’amorce d’un trésor commun : notre pays, notre Histoire, nos forces, nos fragilités, nos engueulades aussi, c’est tout cela un pays.

Identité nationale : deux dérives possibles. L’une, c’est d’en faire le vecteur de la loi du sang, donc de l’exclusion. L’autre, c’est la gommer, comme si elle n’existait pas. Comme si la part du sentiment, surgi du sol, ne comptait pour rien dans le tellurisme de l’appartenance. Librement consentie. Pour un pays qu’on aime.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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Commentaires

Y a-t-il une identité nationale suisse, un esprit suisse ?

Sur le site Internet de la Confédération, nous pouvons lire ceci : « La Suisse est un l'un des plus anciens Etats du monde. Il y a plus de 700 ans, les habitants des vallées d'Uri, de Schwyz et d'Unterwald, se rebellèrent contre les Habsbourg et leurs velléités hégémoniques. Selon le mythe fondateur, les conjurés signèrent un pacte d'assistance mutuelle sur la prairie du Grütli, au bord du lac des Quatre-Cantons, le 1er août 1291. »

Personnellement, je situe en 1848, date de la constitution qui crée un gouvernement centralisé et lui livre des pouvoirs qui incombaient jusqu'alors aux cantons, la naissance d’une Suisse construite, d’un état moderne.

Mais, je ne pense pas qu’il existe une identité suisse fondée, les identités sont cantonales. Comme il n'y a pas à proprement parler d'histoire suisse avant 1848.

Certains présentent la langue comme étant le ciment de l’identité nationale. Si cet argument a une quelconque valeur, il ne peut être utilisé en Suisse, puisque le pays compte quatre langues nationales.

La religion non plus. Si le catholicisme rassemble 3 millions de fidèles, les protestants en comptent 2,4 millions. Quant à la communauté musulmane, elle ne représenterait qu’un peu plus de 300 000 personnes, en majorité des ressortissants turcs et de l’Ex-Yougoslavie.

Alors, qu’utiliser pour affirmer l’identité suisse…
Le drapeau, l’hymne national, le secret bancaire, la pureté des paysages, la neutralité, le chocolat au lait ?

Mais sur la base des résultats du vote du 29 novembre, nous pouvons entreprendre la construction d’une identité suisse unie et juste.
C’est une belle entreprise qui a besoin de toutes les forces vives. A l’ère d’une mondialisation globalisante et envahissante qui caractérise notre époque, nous devons confirmer des repères qui donnent à l’Homme l’espoir et lui garantissent la paix et la solidarité.
Nous avons besoin certes de partir des acquis de l’Histoire, mais surtout d’insister sur le présent tout en en se projetant dans l’avenir.

La Suisse est un pays où l’on est toujours l’étranger « d’à coté »

La Suisse a connue des vagues d’intense immigration. On est passés d’une population de 5% d’émigrés dans les années 40 à plus de 15% dans les années 70.

L’étranger du canton "d’à coté » est devenu l’étranger d’ailleurs. C’est à cette époque que son nés les premiers partis identitaires, comme l’Action nationale.

On instaure alors des examens d’assimilation, préludes à la procédure de naturalisation. Au niveau national, on demande des choses simples : que les futurs citoyens ne soient pas des criminels, qu’ils aient passé au moins douze ans en Suisse et qu’ils soient en bonne santé.

Le reste des critères est délégué aux communes.
On y trouve des choses très surprenantes sensées constituer l’identité suisse. On demande par exemple aux futurs suisses ce qu’ils préparent à manger, les journaux qu’ils lisent, des connaissances sur le chocolat

L’identité se résume alors à un assemblage procédural assez hétéroclite qui trahit justement son manque de fondement véritable.

Face à l’immigration rapide des années 50/70, qui fait aujourd’hui de la Suisse le pays qui comporte le plus grand taux d’étrangers, plus de 20% de la population et même 40% dans le canton de Genève, les partis identitaires, oubliant le paradoxe même de leur existence dans un pays à l’identité si éclatée, brandissent alors la menace potentielle de l’étranger, comme bouc émissaire multiples maux de la Suisse.

Une logique qui s’est adaptée aux vagues successives d’immigration, visant d’abord les italiens, puis les ressortissants des pays de l’est et aujourd’hui le frontalier ou le musulman. On est toujours l’étranger d’un autre.

Mais, c’est sa diversité qui fait la force de la Suisse.

Une diversité qui fait en tout cas la force de l’équipe suisse de football des moins de 17 ans qui vient de remporter la Coupe du monde de football, forte de ses joueurs d’origine variée. 13 joueurs sont bi-nationaux.

Et un véritable pied de nez aux thèses xénophobes et islamophobes.

Écrit par : charly schwarz | 19/01/2010

Si l'on peut affirmer, sans provoquer de scandale dans l'espace public, que l'Afrique est le continent noir, pourquoi alors ne pas agir à l'identique dans une stricte réciprocité pour l'Europe (donc le continent blanc) et par extension pour la Suisse et les autres pays européens, comme le faisait le général de Gaulle pour la France (il sera quand même difficile de disqualifier l'avis du général par le biais de la "nauséabonditude"):

"Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture greque et latine, et de religion chrétienne. Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont les Arabes, les Français sont les Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de Musulmans, qui demain seront peut-être vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisons l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! "

(Cité par B. Stora, Le transfert d'une mémoire, Ed. La découverte, 1999."

En effet, aucune nation ne peut exister si l'on nie le principe de distinction, principe qui n'implique intrinséquement ni haine de l'autre ni envie de l'envahir ou de le dominer, mais simplement le désir légitime d'être souverain chez soi (le droit des peuples à disposer d'eux-même, qui devrait évidemment être aussi valide pour les peuples européens).

Car il faut bien être conscient d'une chose : soit on a la nation ET la distinction, mais conserver la nation dans l'indistinction, ce sera toujours impossible. Une nation dont les valeurs de base seraient ainsi l'ouverture, l'accueil, la non-discrimination, se présenterait de la sorte, quasi ontologiquement, comme une aberration politique, destinée à une fin probable. L'étude de l'histoire et l'observation de l'actualité illustrent ce constat comme une évidence.

Écrit par : Paul Bär | 19/01/2010

« Alors qu’il s’agit, à l’évidence, et comme l’a remarquablement montré Anne-Marie Thiesse, d’une construction.

Mme Anne-Marie Thiesse s’est surtout remarquablement trompée, comme Benedict Anderson avant elle. Pour eux, les peuples sont une invention du XIXe siècle « bourgeois » et la précision permet d’envisager que l’arrière-pensée – pour ne pas dire le postulat – idéologique n’est pas loin.

Tous deux se sont trompés, parce que, dans bien des cas, les peuples ont existé bien avant que le territoire qu’ils occupent n’aient reçu un statut unificateur. Des siècles avant qu’elles ne forment une nation, l’Allemagne et l’Italie existaient en tant que territoire plus ou moins précisément définis et les habitants de ces territoires se connaissaient, et se reconnaissaient, en tant qu’Allemands et en tant qu’Italiens.

Cette perception communautaire, en dépit des divisions internes qui caractérisait l’ensemble, suscita inévitablement, chez les intéressés, un sentiment d’appartenance qui est sans aucun doute la base même de l’identité. Avec ces deux exemples, on pourrait penser que cette appartenance découle de l’utilisation d’une langue commune, mais la Suisse démontre qu’il n’en est rien. La Suisse, qui existe bien avant 1848, bien avant la récupération de Guillaume Tell, bien avant d’être le fruit d’une construction intellectuelle ou sentimentale.

Au XVe siècle, et beaucoup plus tôt de toute évidence, des textes nomment Suisse le territoire délimité par le Rhin, le Jura et les Alpes et les habitants de ce territoire sont désignés par les termes Suisses ou Helvétiens. La persistance des termes Helvétie et Helvétiens montre déjà la persistance d’une mémoire collective.

Plus près de nous, mais toujours bien avant 1848, Rousseau, qui est Genevois et qui réside dans le Val-de-Travers, parle de la Suisse comme d’un ensemble cohérent non seulement du point de vue géographique, mais également d’un point de vue « mentalitaire ».

Dans sa première lettre au Maréchal de Luxembourg (20 janvier 1763), il écrit : « Je sais, Monsieur le Maréchal, que pour vous parler d’un village, il ne faut pas commencer par vous décrire toute la Suisse… (…) Pour connaître Môtiers, il faut avoir quelque idée du Comté de Neuchâtel, et pour connaître le Comté de Neuchâtel il faut en avoir de la Suisse entière. »

« La Suisse entière est comme une grande ville divisée en treize quartiers, dont les uns sont sur les vallées, d’autres sur les coteaux, d’autres sur les montagnes. Genève, Saint-Gall et Neuchâtel sont comme les faubourgs… »

Mais l’unité ne se réduit pas au territoire, elle existe également sur le plan identitaire et - comme le propre des identités est de distinguer -, elle distingue le peuple suisse du peuple français :

« …il en rentre assez (des mercenaires) pour corrompre tout ce qui reste par l’imitation des usages des autres pays et surtout de la France, qui a plus de troupes suisses qu’aucune autre nation. Je dis corrompre sans entrer dans la question si les mœurs françaises sont bonnes ou mauvaises hors de France, parce que cette question est hors de doute quant à la Suisse et qu’il n’est pas possible que les mêmes usages conviennent à des peuples qui n’ayant pas les mêmes ressources et n’habitant ni le même climat, ni le même sol, seront toujours forcés de vivre différemment. »

C’est donc dans les siècles précédant la naissance de la Confédération qu’il faut aller chercher les origines de l’identité suisse. Et pas du tout dans les théories de Mme Thiesse et de M. Benedict

A l’opposé de l’exemple suisse, un autre cas particulier montre bien qu’une identité nationale ne s’invente ni se décrète. Ce cas, c’est celui de la Belgique. Cent quatre-vingts ans après l’invention de ce pays – parce qu’ici il y a invention, comme il y a eu invention de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie - le sentiment national belge n’existe que de façon superficielle – et le propre d’une véritable identité, c’est l’enracinement.

Ce qu’on nous présente comme les éléments constitutifs de l’identité sont, en fait, les ingrédients qui ont permis de relier à leur passé, à leurs ancêtres et à leur terroir, des peuples qui ne pouvaient accepter – et pour cause – l’idée d’être issu du néant. Les ancêtres fondateurs, les héros, l’histoire, les monuments, le folklore, n’ont pas donné naissance aux peuples dans la seconde moitié du XIXe siècle, ils ne sont que les pierres milliaires de la généalogie dont ils ressentaient le besoin.

Écrit par : Scipion | 19/01/2010

"Et un véritable pied de nez aux thèses xénophobes et islamophobes."

Je ne sais pas. Il y a, dans le football "suisse", tellement plus de défaites que de triomphes qu'il vaut mieux, pour un nationaliste, ne pas s'identifier aux sélections (inter)nationales...

Écrit par : Scipion | 19/01/2010

La diversité, une force ?

Comme dans les Balkans, dans le Caucase, au Proche-Orient, au Rwanda, au Congo, au Soudan, en Afrique du Sud, comme au Tibet, en Birmanie, au Timor, à Ceylan, comme au Brésil, en Bolivie ou en Norvège où tous les viols commis, l'année passée à Oslo, le furent par des "migrants non-occidentaux" (sic).

http://www.eutimes.net/2010/01/norway-pays-bitter-price-for-mass-third-world-immigration/

Non, à moins que d'être volontairement aveugle à la réalité, il apparaît évident que la diversité est une faiblesse létale pour tout ensemble social constitué ; comme l'a bien mis en évidence Robert Putnam, professeur de sociologie à Harvard, quand il a découvert (mauvaise surprise pour lui, mais suffisemment honnête pour ne pas masquer les résultats) que le civisme et la civilité diminuaient au strict prorata de l'augmentation de ladite diversité :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Putnam

L'article du Financial Times :

http://www.ft.com/cms/s/c4ac4a74-570f-11db-9110-0000779e2340,Authorised=false.html?_i_location=http%3A%2F%2Fwww.ft.com%2Fcms%2Fs%2F0%2Fc4ac4a74-570f-11db-9110-0000779e2340.html%3Fnclick_check%3D1&_i_referer=&nclick_check=1

Le texte de l'article pour ceux qui ne souhaitent pas s'enregistrer sur le site du journal :

http://shorttext.com/nu9i0ziyxg

"In the presence of diversity, we hunker down”, he said. “We act like turtles. The effect of diversity is worse than had been imagined. And it’s not just that we don’t trust people who are not like us. In diverse communities, we don’t trust people who do look like us."

(hé oui, Monsieur Décaillet, la "diversité", ce sera aussi la fin de la possibilité même de République, trop de république aura tué la République.)

En effet, que puis-je avoir vraiment en commun avec un jeune footballeur algérien, accessoirement détenteur d'un passeport suisse, et dont une des figures tutélaire est Tarik Ramadan ? Rien : pas les mêmes origines, pas le même espace intérieur, pas les mêmes rêves d'avenir, nous ne partageons qu'une spatialité commune dans le "grand magasin" post-moderne, dans le "conglomérat républicain" (dixit Eric Besson, ministre de la République, pour qui la France n'a pas de peuple, mais est seulement un "conglomérat de peuples migrants").

Écrit par : Paul Bär | 19/01/2010

Superbe message, Scipion, chapeau !

Écrit par : Paul Bär | 19/01/2010

Le problème de l'identité nationale, cher Pascal, de toutes les identités nationales, qu'elles soient helvète, gauloise, haïtienne ou borduro-syldave, n'est pas ce sur quoi elles sont fondées, mais tout simplement, en soi, d'être des identités nationales, qui séparent les gens et les peuples au lieu de les réunir.
Evidemment qu'il y a des différences, et qu'elles ont le droit d'exister. D'une région à l'autre, d'une langue à l'autre, d'un canton à l'autre, d'une religion à l'autre, d'un clocher à l'autre, à fortiori lorsque l'autre clocher est devenu un minaret, ou vice versa. Mais tant que l'on reste à l'échelle communale ou cantonale, les animosités que cela peut susciter restent anecdotiques.
Quelle importance que les valaisans détestent les vaudois, qui le leur rendent bien, ou que les tessinois vouent les zuricois aux gémonies ?
Idem des antinomies qui se développement horizontalement, hors des limites géographiques. Qu'un valaisan radical, donc anti-clérical, et qu'un valaisan PDC dans l'âme (damnée?) en viennent finalement toujours à se détester, même à Genève, par exemple... Cela n'a de conséquences que dans l'écume des blogs.
Le problème énorme, violent, meurtrier, c'est que lorsqu'on passe à l'échelle de l'Etat, on empile les sujets de séparation et de discorde avec les frontières administratives, militaires, culturelles, économique et qu'au final, si l'on y prend garde, on débouche sur la guerre. La sale guerre, car même si vous avez des fantasmes de tueur en charentaises, cher Pascal, la guerre n'est jamais jolie.
Qu'est-ce en fait qu'un Etat-Nation, si ce n'est un groupement d'intérêts, une association de membres plus moins entreprenants avec d'autres plus ou moins assistés, pour se défendre contre les autres groupes du même genre dans le voisinage ? Pour accaparer des marchés, racketter les plus groupes plus faibles ou moins bien organisés, assurer la victoire des armes du groupe... Une définition qui colle assez bien avec ce que que l'on appelle communément maffia. Qui comme l'Etat-Nation possède ses lois internes, mais refuse d'admettre qu'il puisse y a voir une loi supérieure, qui tienne compte des intérêts de tous et pas seulement des siens propres...

Écrit par : Philippe Souaille | 19/01/2010

Ph.Souaille@ La guerre que vous décrivez est la guerre du passé. L'actuelle est précisèment celle des mafias que la non-résistance des pays européens à leur immmigration permet. Chacun sait ici que les Africains tiennent le marché de la coke et que les Balkaniques dominent le marché de l'héroïne. C'est cela, le plus grand danger de guerre que nous vivons, la guerre contre l'invasion des criminels et même Ziegler l'a reconnu.

Écrit par : Géo | 19/01/2010

Le danger que vous décrivez Géo, bien que réel, n'est que d'ordre policier. je pense à celui, infiniment plus dangereux, qui nous menace tous quand un peu partout dans le monde, les discours contre l'autre, l'étranger, le voisin se radicalisent et suintent la haine au quotidien. Quand la crise et les rivalités sur les marchés d'approvisionnements, comme de débouchés, font monter la pression, quand le chomâge qui grimpe et le niveau de vie qui baisse font croire au bon peuple que peut-être bien que oui, après tout, la faute pourrait bien être celle de l'autre, du voisin de l'étranger... Qu'en tout cas, c'est l'explication la plus simple et la plus commode à avancer pour des politicards sans envergure, mais pas sans ambition qui, à court de solutions, trouvent malin de dévier les rancoeurs sur le gars d'en face, celui qui a les mauvaises plaques de bagnole ou croit au mauvais dieu parce que c'est ce qu'on lui a enseigné quand il était petit...
De cela, de cette conjonction de faits, sont nées effectivement les deux guerres mondiales précédentes... Et il n'y a aucune raison, aucune, pour que les mêmes causes ne déclenchent pas les mêmes effets. Alors les bouffées de chaleur de Pascal sont peut-être follement exaltantes, mais peut-être vaudrait-il mieux qu'il ait un peu plus de métal dans son réceptacle à matière grise, et moins d'adrénaline hautement inflammable.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/01/2010

Un excellent livre sur la question: "Mémoire et Identité", de Jean-Paul II. Bon message de Scipion. Sur le romantisme et le nationalisme, on pourrait souligner que la Suisse est le seul Etat qui a été construit sur une identité non nationale, et qu'elle est donc plus à même que les autres Etats de faire face à la chute du sentiment national. Alors que toute l'Europe s'embrasait, dès le milieu du XIXème siècle et jusqu'au milieu du XXème siècle, et sacrifiait dans de nombreuses guerres des millions de personnes à l'idole nationaliste, la Suisse créait un Etat non-national qui a résisté à l'appel du nationalisme. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard s'il a fallu un poète allemand (et non pas suisse), pour populariser l'histoire de Guillaume Tell. Ce n'est pas un hasard non plus si l'Autriche s'est laissée annexer par l'Allemagne et que la Suisse est le seul pays germanophone à ne pas avoir eu envie de rejoindre la grande nation allemande. Notre identité existe, mais elle n'est pas nationale, elle s'exprime par la résistance à la mode. Ce n'est pas un hasard si la carte d'Europe de 1941 ressemble à celle d'aujourd'hui. Nous restons un peu en retrait de ce qui attire les autres.

Écrit par : Lord Acton | 19/01/2010

L'identité nationale suisse, sur quoi repose-t-elle?

Sur la langue, non.
Sur la culture, non.
Sur la religion, non.
Sur l'ethnie, non.
Sur le travail, non.
Sur l'histoire, non, tout juste sur une mythologie.
Sur des valeurs, oui, surtout sur la valeur de l'argent.

Le jour où la Suisse entrera dans une crise économique comme elle n'a jamais connu, elle éclatera comme la Yougoslavie. Dommage pour le modèle démocratique.

Écrit par : Johann | 19/01/2010

Et être tout simplement un être humain, est-ce que ça ne vaut pas toutes les identités nationales possibles?

Vouloir se distinguer des "autres", c'est vouloir les rabaisser. C'est donner dans le piège du trop fameux "il n'y en a point comme nous!".

Écrit par : Johann | 19/01/2010

Allez, je vais oser un petit coup de pied dans la fourmillière:
Quand McDo et Starbucks (et Ikea et Body Shop etc...) gagnent du terrain jour après jour, ouvrant des points de vente en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient, on ne parle pas de diversité - et pourtant, il s'agit d'une culture "autre". Dans ce cas-là, on parle d'hégémonie culturelle, de culture locale qui est assassinée par ces envahisseurs occidentaux, etc... Est-ce bizarre? Ne devrait-on pas se réjouir de cette diversité?

D'autre part, je constate que la Suisse, qui ne connaît pas le droit du sol, semble bien mieux réussir l'intégration que p.ex. la France, où l'obtention de la nationalité est bien plus facile. N'est-ce pas bizarre? Sans doute parce que la Suisse, qui est un patchwork de langues et de religions, fait moins bloc vis-à-vis de l'étranger qu'un pays comme La France.

Écrit par : hérisson | 19/01/2010

Ce qu'il y a d'étrange dans le raisonnement de PS, c'est non seulement qu'il compare les Etats(-nations) à des maffias, mais surtout qu'il passe complètement sous silence ces autres maffias soutenues par des Etats puissants et qui mettent à sac la planète: les multinationales. Dont certaines sont bien plus puissantes et font bien plus de dégâts que beaucoup d'Etats. Qui n'ont aucune patrie si ce n'est celle du profit à tout prix. En abolissant toutes les protections locales elles ont champ libre pour conduire à la mort sociale des sociétés entières. Sans compter qu'une autre maffia s'est déjà mise en place : cette classe dirigeante corrompue et alliée aux grands commerçants, financiers et industriels et qui prétend régenter la planète contre les peuples et à laquelle PS voudrait bien servir de porte drapeau.

Écrit par : Johann | 19/01/2010

Toute la logique de Scipion se basse sur le fait - indéniable - que la Suisse, Tessin mis à part, est une cuvette et qu'un certain nombre d'auteurs en ont pris date, dès le Moyen-Age.
La belle affaire ! ça prouve quoi ? Il n'en reste pas moins que les gens qui peuplaient la partie occidentale de la-dite cuvette à l'époque celte étaient allobroges et non helvètes, ce qui impliquait d'importantes différences culturelles, et toponymiques, qu'une fois les Romains partis, cette même partie occidentale fut occupée par des Burgondes et non par des Alamans, ce qui impliquait d'autres différences culturelles et linguistiques et que plus tard, au Moyen-àge, ces différences culturelles culminèrent par l'affrontement violent qui vit la déroute des Vaudois, massacrés sans ménagement par les Suisses à Grandson et à Morat, où rappelons, le lac vira au rouge, tant il avait coulé de sang vaudois...
C'est, dit-on, depuis lors, que les Vaudois sont devenus des Bernois qui parlent français... Un peu contraints et forcés, non ? le genre de choses qui vous lie une identité, à la vie à la mort...

Écrit par : Séraphin Lampion | 20/01/2010

Ph.Souaille@ Il manquait dans mon commentaire la question de la guerre asymétrique que nous livre une autre culture (qui se cache derrière une religion, mais que les gauchistes d'ici ont très bien pu reconnaître comme leur allié, même si c'est du genre Hitler-Staline). A part des coups de chaleur locaux dans les Balkans (comme d'hab) les risques de conflit ouverts sont vraiment plus que limités en Europe.

Johann@ Tout l'essentiel du débat entre gens "de gauche" et gens "de droite" se joue sur le respect du collectif ou de l'individuel. Scipion l'a résumé par le droit des sociétés contre le droit de l'homme. Et curieusement, de plus en plus de personne de gauche défendent l'individualisme contre l'intérêt collectif, celui de la Suisse en tous cas...

Écrit par : Géo | 20/01/2010

Les Helvètes sont les ancêtres communs des Suisses, sauf pour quelques minorités

http://fr.wikipedia.org/wiki/Allobroges

Inutile de chercher à démontrer que les nombreux massacres pourraient changer quoi que ce soit au fait qu'à la base de la Suisse des bergers ont envoyé faire foutre leurs dignes seigneurs. Je sais ça dérange de la gauche à la droite "républicaine" et alors ?
On peut lire ceci à la p. 136 de l'Encyclopédie illustrée du Pays de Vaud, volume 2
L'helvétisme
Les Vaudois, aux yeux des étrangers, étaient devenus des Bernois de langue française. Ils se distinguaient par là des Genevois, fiers de leur République souveraine, et des Neuchâtelois, sujets fidèles de leur prince (Prussien). A l'égard de leurs voisins de Fribourg, bastion catholique et aristocratique, ils éprouvaient le sentiment de la supérorité protestante plutôt que l'amitié confédérale.
Mais sur la route de la Broye, entre Moudon et Payerne, l'auberge des Treize- cantons annonçait une réalité qu'ils ne devaient plus longtemps ignorer.
La conscience de faire partie d'un corps politique plus grand et plus différencié que la République de Berne se développa lentement et prit forme au 18è siècle. Les intellectuels vaudois, nous allons le voir au chap. XXI commencèrent alors à s'intéresser à l'histoire pittoresque de la Suisse primitive au point d'adapter en français le mythe du Grutli et de Guillaume- Tell. Derrière l'ours bernois se dessinait peu à peu la croix suisse, signe d'une solidarité qui dépassait les limites confessionnelles. C'est ainsi que les Vaudois se préparaient à constituer un Canton souverain qui, dès la première heure de son indépendance, sut assumer ses responsabilités et fut capable de s'imposer au sein de la Confédération dès XIX, puis des XXII Cantons.

Écrit par : Christian Favre | 20/01/2010

L’émigration, comme tout changement important de la position sociale, met inéluctablement en cause les sentiments sociaux d’appartenance, et partant de là le sentiment d’identité.

Chez les migrants, la fragilisation quasi mécanique de l’identité par les changements de l’inscription sociale objective est souvent aggravée par :
• la faiblesse des repères dans le pays d’accueil,
• les difficultés objectives d’insertion,
• les réactions de rejet.

Cette fragilisation est encore aggravée par une tendance à la globalisation de la mise en cause du sentiment identitaire. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce ne sont pas seulement les sentiments sociaux d’appartenance qui sont mis en cause par l’émigration. Les autres grandes composantes de l’identité personnelle subissent très souvent le contrecoup du changement de l’environnement social du sujet.

Écrit par : charly schwarz | 20/01/2010

Débat très intéressant. Merci aux participants!
Je peux pas m'empêcher de faire le lien avec le débat français. Dans les commentaires lu, on retrouve l'étranger comme étant un facteur destabilisant de l'identité. Mais dans un Etat anciennement colonisateur comme la France le problème vient plus des colonisés, qui ont été français ou qui le sont toujours. Là, le problème identitaire vient de l'intérieure. D'ailleurs beaucoup de français se disent bretons, savoyard ou alsacien ne comprenant plus quelle est véritablement l'identité française, idem pour ceux qui se disent européens. Un fuite en arrière ou en avant...

Écrit par : Riro | 20/01/2010

"Superbe message, Scipion, chapeau !"

Je suis d'autant plus sensible à votre compliment, M. Bär, que j'apprécie énormément tout ce que vous publiez.

Écrit par : Scipion | 20/01/2010

« La belle affaire ! ça prouve quoi ? »

Rien. Il y a juste à prendre acte de ce qui fut.

« …étaient allobroges et non helvètes, … par des Burgondes et non par des Alamans … par l'affrontement violent qui vit la déroute des Vaudois, massacrés sans ménagement par les Suisses à Grandson et à Morat... les Vaudois sont devenus des Bernois qui parlent français… »

Au final, tout cela qui s’étale sur des siècles avant de se résumer en huit lignes – environ une ligne et demi par siècle – fait que Rousseau, quatre-vingt-cinq ans avant la naissance de la Confédération, peut écrire :

« …les Suisses ont aussi tous à peu près les mêmes mœurs, mêlées de l'imitation des autres peuples et de leur antique simplicité. Ils ont des manières de vivre qui ne changent point, parce qu'elles tiennent pour ainsi dire au sol, au climat, aux besoins divers, et qu'en cela les habitants sont toujours forcés de se conformer à ce que la nature des lieux leur prescrit. » Jean-Jacques Rousseau « Première lettre à M. le Maréchal de Luxembourg », Môtiers le 20 janvier 1763. Il y a donc deux cent quarante-sept ans aujourd’hui.

Il en résulte des affinités d’abord, un sentiment de commune appartenance ensuite et une volonté enfin : « …la Suisse, si bien faite, puisqu'elle a été faite par l'assentiment de ses différentes parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l'homme quelque chose de supérieur à la langue : c'est la volonté. La volonté de la Suisse d'être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu'une similitude souvent obtenue par des vexations. » Ernest Renan « Qu'est-ce qu'une nation ? » Conférence faite en Sorbonne, le 11 mars 1882.

Si on additionne ces différents éléments et si on les complètes par le désir d’un avenir commun, tous les éléments sont réunis pour constituer une vraie nation assortie d’une identité précise et bien distincte de celles des peuples des pays voisins.

Écrit par : Scipion | 20/01/2010

"Inutile de chercher à démontrer que les nombreux massacres pourraient changer quoi que ce soit..." note Christian Favre en écho à Ernest Renan :

"...l'essence d'une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses."

Écrit par : Scipion | 20/01/2010

Pardonnez-moi, mais, dans la mollesse des réactions médiatiques face au MCG, je me dois - comme "citoyen", précisément, de réagir. C'est là un devoir.
Je l'ai souvent signalé à M. Descaillet.... sans aucune réaction de sa part ! Silence... radio (il est sans doute "au-dessus de ça" et je remarque pourtant que M. Stauffer fait régulièrement partie de ses interlocuteurs favoris ! ?

Quant à moi, je préfère demeurer en retrait de réactions virulentes potentielles auxquelles je n'aurai pas la force de faire face, étant atteint dans ma santé, par une sclérose en plaques et - bien que né à Genève où j'ai toujours travaillé, depuis l'âge de 16 ans (avec cinq ans d'UNI là au milieu)ayant dû diminuer mon temps de travail et vu ainsi mon revenu amputé largement... j'ai dû élire domicile de l'autre côté de la frontière ! Pour mon bonheur je dois dire, car j'y suis fort bien accueilli et bavarde avec le voisinage bien plus facilement que de côté-ci ! Je vous propose donc quelques points de réflexion, personnels et sans ambition d'aucune sort. Voici :
Origines de nos difficultés sociales d’aujourd’hui :

1. la démocratie directe : fiasco. On paie des « spécialistes » durant des années, avec une fonction politique, pour développer un projet. Puis on passe au vote populaire et le projet est balayé ! Et, avec lui, l’argent dépensé bien sûr !

2. On hurle autour de la crise, on sollicite de l’entraide, à l’interne et à l’externe et on laisse s’amasser les plus grosses fortunes qui se pavanent devant le public haletant et envieux, avec leurs indécentes collections de voitures de luxe ! Et non pas parce qu’ils auraient été plus intelligents que les autres, mais plus « malins », au sens de la malice !

3. On découvre – chez les petits – les besogneux toujours, les boucs émissaires de nos mauvais fonctionnements, qui deviennent les réceptacles de nos humeurs ! Mais on ne remarque pas ceux qui – appartenant à de grands trusts industriels internationaux, viennent – chez nous – racheter nos entreprises les unes après les autres, comme s’ils achetaient des morceaux de notre sol et nous avec !

4. On se targue d’être « citoyen ». Mais qu’est-ce qu’un citoyen ? Un habitant ? Ou quelqu’un qui possède encore quelques rudiments d’éducation et se montre capable de civilités, de responsabilités citoyennes précisément !

5. On se plaint de ne plus avoir de travail pour les jeunes en rejetant la faute sur d’autres jeunes, au lieu d’admettre que nous sommes entrés dans une ère où – certes – nous devenons plus vieux ; mais dans laquelle cette vieillesse s’achève souvent lors d’années et d’années passées en hôpitaux et EMS fort coûteux ! Dès lors, sans la précipiter, pourquoi ne pas davantage « laisser la nature faire les choses » ! ? Beaucoup de personnes âgées, dans ces mêmes établissements pleurent et avouent leur envie d’en avoir fini… voire d’en finir. Est-ce pour vieillir dans une telle misère psychique que la médecine est faite ?

6. On parle de « patriotisme » dans de microscopiques frontières. Mais quel point commun y a-t-il, économiquement, socialement ou politiquement parlant, entre des paysans de montagnes du cœur d’un pays, qui tremblent de voir leurs « habitudes » fondre comme la neige au soleil et qu’il faut porter à bouts de bras, parce que être paysan de montagne n’est vraiment plus adéquat aujourd’hui, mais que personne ne veut le dire … ou – à l’opposé – un bassin industriel, économique et social, tel le bassin lémanique, qui se moque des frontières, à l’heure où inévitablement l’Europe – pour résister à la Chine ou aux USA se bâtit ou se bâtira ! L’avenir donnera raison aux uns ou aux autres… attention cependant de ne pas nous tirer une balle dans le pied et – faute de pouvoir alors courir, de manquer de monter dans un train en marche !

7. Celui ou celle qui entraînera son pays, son peuple – local même – dans la banqueroute portera aux yeux de l’histoire une lourde responsabilité ! Et s’il se trouve que l’on vienne à se souvenir de son nom… ce ne sera pas forcément en bonne part ! Honte alors à ceux qui le porteront et devront avouer leur filiation !

8. Confondre des votes réactions, dans la mauvaise humeur manifestée et succès politique pourrait être lourd de conséquences fâcheuses pour tous. D’autre part, des politiques de rapprochements qui peuvent avoir des avantages en deux sens, pourraient s’avérer mises à mal et menacées par des appels à la colère non seulement injustifiés, mais très dangereux. Il n’est qu’à imaginer que les frontières du grand pays voisin, par retour de la même mauvaise humeur – de l’autre côté cette fois – se ferment ! Où donc iront s’établir les grandes entreprises manquant de terrain ou comparant les prix de celui-ci d’un côté ou de l’autre alors à votre avis ? Mais il sera alors peut-être trop tard pour faire – honteusement – machine arrière !

Écrit par : Jack Use | 20/01/2010

Traditionnellement, la dimension sociale de notre identité est assurée par un sentiment d’appartenance à des groupes sociaux plus ou moins larges, dans lesquels notre généalogie nous a objectivement inscrits.
Les groupes d’appartenance sont variables culturellement et historiquement. Le sentiment d’appartenance est généralement pluridimensionnel : groupe social, groupe religieux, groupe sexué, groupe ethnique, groupe professionnel...Et même la Famille
L’identité familiale peut être déstabilisée par :
1) la rupture totale ou partielle des liens familiaux
2) la rupture des liens de « localisation », avec « la maison » ou « la terre », si déterminants dans nombre d’inscriptions généalogiques ou claniques traditionnelles,
3) les remaniements des structures familiales, induits mécaniquement par l’isolement du noyau familial par rapport à ses larges inscriptions familiales traditionnelles,
4) le changement de significations du nombre d’enfants de la famille dans un nouvel environnement social.

Écrit par : charly schwarz | 20/01/2010

Alors, c'est réciproque, Scipion, salutations.

Écrit par : Paul Bär | 20/01/2010

Charly Schwarz@ Que vient faire ici l'identité familiale ? D'où vient ce texte si évidemment copié-collé ?

Écrit par : Géo | 20/01/2010

@ Geo; extrait de mes billets, du 5, 6 et 7 décembre 2009, relatifs à l'identité et l'émigration; que je reproduits intégralement ci dessous:

Identité et émigration
A quelques jours de la séance plénière de la Constituante relative aux droits politique des étrangers, il me semble important de publier quelques billets sur le sentiment d’identité des migrants.

L’émigration, comme tout changement important de la position sociale, met inéluctablement en cause les sentiments sociaux d’appartenance, et partant de là le sentiment d’identité.

Chez les migrants, la fragilisation quasi mécanique de l’identité par les changements de l’inscription sociale objective est souvent aggravée par :
• la faiblesse des repères dans le pays d’accueil,
• les difficultés objectives d’insertion,
• les réactions de rejet.

Cette fragilisation est encore aggravée par une tendance à la globalisation de la mise en cause du sentiment identitaire. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce ne sont pas seulement les sentiments sociaux d’appartenance qui sont mis en cause par l’émigration. Les autres grandes composantes de l’identité personnelle subissent très souvent le contrecoup du changement de l’environnement social du sujet.

Dimension sociale de l’identité
Traditionnellement, la dimension sociale de notre identité est assurée par un sentiment d’appartenance à des groupes sociaux plus ou moins larges, dans lesquels notre généalogie nous a objectivement inscrits.
Les groupes d’appartenance sont variables culturellement et historiquement. Le sentiment d’appartenance est généralement pluridimensionnel : groupe social, groupe religieux, groupe sexué, groupe ethnique, groupe professionnel...Et même la Famille.

L’identité familiale peut être déstabilisée par :
a) la rupture totale ou partielle des liens familiaux de l’émigré,
b) la rupture des liens de « localisation », avec « la maison » ou « la terre », si déterminants dans nombre d’inscriptions généalogiques ou claniques traditionnelles,
c) les remaniements des structures familiales, induits mécaniquement par l’isolement du noyau familial de l’immigré par rapport à ses larges inscriptions familiales traditionnelles,
d) la pression des modèles familiaux du pays d’accueil sur les différents membres de la famille de l’immigré,
e) le changement de significations du nombre d’enfants de la famille dans le nouvel environnement social,
f) le nouveau statut des enfants, en particulier lorsqu’ils sont nés dans le pays d’accueil.

L’identité sexuée elle-même est remise en cause par la migration, parfois en profondeur.
Le statut de la femme est généralement différent entre le pays d’origine et le pays d’accueil, à commencer par son statut légal.

Ce changement important et brutal du statut de la femme est souvent lourd de conséquences sur les relations conjugales des immigrés, et par contrecoup sur l’image que les hommes se font d’eux-mêmes, de leur « virilité ».

J’observe chez certains immigrés une réaction caractérisée par une volonté radicale d’assimilation au pays d’accueil.

Elle facilite l’insertion des parents comme des enfants, pour des raisons assez évidentes. Elle favorise en particulier l’appropriation de la langue du pays d’accueil, si déterminante pour l’insertion personnelle et professionnelle.

Sur le plan identitaire, cette réaction conduit à coller à l’identité des gens du pays d’accueil, tout du moins à ce qui en est perçu (vêtements, façons de vivre, prénoms des enfants), et à ce qui est perçu comme « bien ».

Les aléas des repérages des immigrés dans les codes sociaux du pays d’accueil créent parfois des comportements « conformistes » étrangement « décalés », au carrefour du ridicule et du tragique.

Sur le fond, cette réaction constitue une forme de déni, le déni de l’origine.
Par rapport aux difficultés des immigrés et de leurs enfants, les modes idéologiques récentes de l’inter-culturalisme, et plus encore du multiculturalisme, prônent avant tout le maintien ou le renforcement du lien à la culture du pays d’origine.

Si ce maintien du lien va jusqu’à figer l’identité, cela ne peut que creuser l’inadaptation, favoriser le déni de la rupture migratoire, entretenir les passions ravageuses de la nostalgie.

Ces idées me semblent démagogiques et foncièrement mensongères.

Le multiculturalisme, de plus, menace constamment de dériver vers des logiques de ghettos, d’apartheid, d’autant plus que cette idéologie d’importation anglo-saxonne est particulièrement inadaptée aux profondes traditions assimilatrices de la Suisse.

Ceci dit, il est bien entendu justifié de souhaiter éviter le déni de l’origine. Cela peut de fait passer par le maintien de l’adhésion à certains éléments de la culture du pays d’origine.
Cela nécessite toutefois le respect de certaines conditions, en particulier des conditions de compatibilité avec la culture du pays d’accueil.

Cette compatibilité indispensable est double :
Compatibilité externe : certains traits de la culture du pays d’origine sont inacceptables par le pays d’accueil, comme la polygamie et les mutilations sexuelles.
Compatibilité interne : le maintien indispensable de la cohésion intérieure de la personne, malgré la diversité de ses références culturelles, interdit la juxtaposition de n’importe quels traits culturels à n’importe quels autres.

Cette réponse à la question de la double appartenance culturelle n’est guère convaincante en elle-même, et elle est probablement peu viable à terme, surtout en termes transgénérationnels.

La solution la plus convaincante, la plus viable à long terme, en particulier transgénérationnel, me semble être le passage d’une logique d’appartenance collective à une logique de trajectoire privée.
Il s’agit de substituer l’histoire personnelle au lien culturel comme base de l’élaboration de l’identité sociale.
Dans cette nouvelle logique, l’inscription sociale du sujet n’est plus assurée par une appartenance sociale imposée, mais par une histoire transgénérationnelle assumée.

Cette conception transforme les modalités mêmes de la construction identitaire, tout du moins dans ses dimensions sociales.
Construction dynamique et non plus statique. On gagne en adaptabilité, en évolutivité. Cela permet le changement, la mobilité, tout en évitant les risques de dérives, de « dissolution identitaire », grâce à la solidité de l’inscription dans une histoire privée transgénérationnelle.

Dans des sociétés qui sont, de longue date, en mouvement, et dans lesquelles les positions sociales sont elles-mêmes relativement mouvantes, la persistance des constructions identitaires à base d’appartenances ressemble fort à une contradiction structurelle, qui ne peut que multiplier les inadaptations, les pertes de repères, les dérives de toutes sortes, voire en fin de compte les troubles psychiques.

Dimension plus volontaire et moins imposée. On gagne en liberté, mais également en responsabilité, avec tout le poids que cela implique.

Ce poids de la responsabilisation par rapport à notre propre trajectoire, ainsi qu’à la destinée que nos choix dessinent pour notre descendance, explique probablement les multiples formes d’évitement de ces conditions objectives de vie imposées par nos sociétés.

Cette conception est en lien avec ce que Louis Dumont a nommé « l’individualisme moderne ». Il s’agit là au fond d’un changement fondamental de « civilisation », au sens d’une transformation des modalités mêmes de l’inscription sociale des personnes, et de sa transmission. Cette évolution est en cours de longue date, comme Dumont l’a montré pour une part. La création des États, l’urbanisation, la diversification des métiers, la démocratisation de la vie politique, tout cela concourt depuis des siècles à désenclaver les individus des modalités les plus massives de l’inscription groupale.

Cette voie n’est ni facile, ni assurée. Les signes de résistance à une telle transformation, toujours en cours, sont multiples et puissants, y compris dans les pays démocratiques les plus développés.

Écrit par : charly schwarz | 21/01/2010

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