28/01/2010

L’ange, la bête

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 28.01.10

 

De l’eau bénite au nid de vipères, il n’y a parfois que le chemin de ronces qui mène l’ange à la bête. Ainsi, le PDC genevois. Grand et noble parti, où soupirent les fées et crient les saintes, où les illusions sont plus bleues que les oranges, où tout le monde est beau, gentil, comme dans une noce champêtre, avec l’ail, la croix, les dragées.

Excellent député, François Gillet se voyait déjà, sans rival, sur l’autel de la présidence. C’était compter sans Delphine Perrella, dont la notoriété et l’expérience n’éblouissent pas à première vue, mais qui ne manque pas d’appuis, comme l’expliquait fort bien, hier, mon confrère Marc Moulin, dans sa rubrique marionnettes.

Affaire de clans ? Pas seulement. Il est des gens, très haut placés, dans le PDC suisse, qui commencent à en avoir assez du manque de fiabilité au bout du lac. Et puis, la candidature Chevrolet, pour l’exécutif de la Ville, est, à juste titre, clairement placée sous le signe des entreprises et de la vitalité économique : n’y aurait-il pas paradoxe, dans ces conditions, à confier les rênes du parti cantonal à un homme très imprégné par le christianisme social ?

Là sont les vraies questions. Et les vraies raisons d’une contre-candidature. Qu’on aurait tort de sous-estimer. A en juger, en tout cas, par tous ceux qui, en coulisses, lui donnent ses chances. Courageux comme l’ange. Et humains comme la bête.

 

Pascal Décaillet

 

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25/01/2010

Super Charly

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 25.01.10

 

Il n’est pas président du Conseil d’Etat, vient du parti qui a perdu les élections, et pourtant, en ce début d’année, c’est lui qui émerge. Charles Beer, ministre apaisé, entame une dernière législature qui pourrait bien réserver des surprises. Il a, comme d’autres, sa garde noire, mais il a eu, lui, l’habileté de la diluer sur plusieurs personnes, plusieurs ailes du palais. Qui, sans aucun doute, se guettent et se neutralisent mutuellement.

Dans l’affaire des enfants de mendiants, sortie dans les reportages de Jennifer Covo, sur Léman Bleu, Charles Beer a pris les choses en mains, communiqué juste, tenu un discours républicain.

Ce week-end, il s’est occupé du parti socialiste, ce qui relève du bouche-à-bouche, voire du massage cardiaque. Mais enfin, il l’a fait, avec initiative et anticipation. Par les temps qui courent, c’est directement au Conseil d’Etat qu’il faut aller chercher les vrais chefs de certains partis. Alors, Super Charly est arrivé, histoire de donner un coup de main.

Quand il parle, on le comprend. La phrase n’est pas trop longue, on n’a pas trop l’impression d’avoir un cours de morale et l’érection de l’index vers le ciel pour menacer du châtiment. Beau progrès donc, qu’il convient ici de saluer, hélas atténué par une zone d’ombre : l’homme continue de se dire socialiste. La preuve, au moins, que nul n’est parfait.

 

Pascal Décaillet

 

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22/01/2010

Isabel Rochat est-elle aphone ?

 

 

Sur le vif - Vendredi 22.01.10 - 11.20h

 

Suite à une excellente série de reportages de ma consœur Jennifer Covo, sur Léman Bleu, le gouvernement genevois s’est ému de la présence d’enfants, sur les genoux de leurs mamans en train de mendier dans les rues de Genève, parfois par un froid glacial. Ministre de tutelle du Service de la protection des mineurs, le conseiller d’Etat Charles Beer s’en est fort bien expliqué, avec un propos qui allie humanisme, respect des minorités, mais tout de même application de la loi.

La décision du Conseil d’Etat d’appliquer la clause « péril » qui permet de retirer (pour un temps) les enfants à leurs parents, date d’avant-hier. Coïncidence ? Il se trouve qu’hier déjà, quelques heures après l'annonce de la décision gouvernementale, la police intervenait au petit matin à l’Armée du Salut, pour enlever trois enfants à leur maman, comme le relatent, dans le Matin d’aujourd’hui, Dominique Botti et Mathieu Cupelin. Il s’agirait, selon la police, d’une « opération de routine » n’ayant rien à voir avec les nouvelles mesures du Conseil d’Etat. La maman aurait à accomplir une peine pour infraction à la loi sur le séjour des étrangers.

« Rien à voir » : Charles Beer en est-il si sûr ? N'a-ton pas voulu, avec un zèle excessif et franchement déplacé, faire très vite un exemple? A ces questions, le ministre tient à préciser qu’il n’est pas le responsable de la police. Et que donc, dans cette affaire, tout ne dépend pas de lui. Ce qui est exact.

De fait. Il existe, bel et bien, à Genève, une ministre de la police. Elle s’appelle Isabel Rochat. Et nul, mais vraiment nul, n’aurait une seule seconde l’idée de mettre en cause sa sagacité, ni sa légitimité, encore moins sa compétence. Et elle semble, elle aussi, avoir souffert des grands froids que nous avons vécus il y a une dizaine de jours à Genève. Au point d’en avoir perdu, par une aphonie qu’on espère évidemment provisoire, l’usage de la parole sur ce sujet. Il nous semblait tout de même qu’elle aurait pu avoir quelque autorité ou quelque pertinence à s’y exprimer.

Allons, Madame Rochat, quelques pastilles. Une bonne dose de miel. Des tisanes de thym. Et votre voix reviendra ! Nous nous en réjouissons, car elle a toujours été douce à nos misérables oreilles.

 

Pascal Décaillet

 

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21/01/2010

Viva la pampa !

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 21.01.10

 

Il est joufflu, joyeux, jovial, il aime la vie. Il est fils de pleine lune et de soleil brûlant, il aime la nuit. Mais ne nous laissons pas prendre : sous le masque étoilé d’une soirée argentine, il y a une précise connaissance de la politique genevoise. Oui, Michel Chevrolet, dans son rêve d’exécutif de la Ville, est crédible. Et peut-être même, si son parti le désigne, éligible.

Il a pour lui un avantage majeur : il en a envie. Et n’a pas peur de le dire. A l’époque des pisse-froid et des culs-serrés, des atrophiés du désir et des Tartuffes de l’aveu reporté, il est le candidat qui fonce, celui qui chante et qui danse. Si la politique était porcelaine, il serait volontiers son pachyderme, juste un peu ailé, comme le poids moqueur du destin.

Si le PDC le désigne, alors banco ! Va pour une campagne à l’américaine, avec pom-pom girls, pom-pom boys, poudre de perlimpinpin, steaks T-bone, gorges chaudes, Tinto, nuits câlines, tango. Et le doux cliquetis des casseroles, comme sur les voitures des mariés.

Si le PDC le désigne, les chroniques politiques pourraient bien se faire en chanson, la campagne deviendrait une grande comédie musicale, un peu de joie de vivre et de Rio del Plata dans le cours grisâtre de notre ordinaire. Un peu de couleur. Juste pour tuer l’ennui. Et, face à la gauche, le goût salé de la Reconquista. Viva la pampa !

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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20/01/2010

Les apparatchiks

 

 

On voudra bien me pardonner de reprendre ici une chronique que j'avais rédigée pour la Revue Choisir en janvier 2005. Toute ressemblance avec les mésaventures de Monsieur Claude Béglé étant évidemment aussi fortuite que le passage d'une souris grise sur l'orteil sourcilleux d'un géant jaune.

 

Ils sont là depuis l'aube des temps, l'Egypte ancienne, Byzance la complexe, la Russie tsariste, la Suisse de la culture: ils sont assis, sûrs d'eux, conscients de leur éternité, ils ont l'arrogante tranquillité des espèces qui auraient précédé l'humanité et seraient pénétrées par la génétique certitude, le jour venu, post-apocalyptique, de lui survivre. Pour les désigner, il faut rendre hommage à la langue russe, sonore et métalliquement charnelle, qui a su leur inventer un nom: les apparatchiks.

 

Ils existent évidemment partout, dans toutes les sociétés, toutes les entreprises, les grands corps de l'Etat, les médias, les réseaux associatifs, les syndicats d'enseignants, les suppôts professionnels du patronat, les Offices fédéraux, et tout autant dans le privé, ce qui est encore plus surréaliste, comme si tout groupement humain sécrétait  son quota, peut-être invariant d'ailleurs, d'Abyssinie à la Prusse orientale, d'apparatchiks.

 

Un apparatchik n'est pas nécessairement un inutile. Il doit bien avoir une fonction, puisqu'il existe, jusque dans les firmes les plus sélectives, et qui ne sont pas spécialement enclines, en ces périodes difficiles, à faire des cadeaux. L'apparatchik, généralement, ne s'intéresse que très peu, et de très loin, au produit fabriqué par l'entreprise. Il n'est pas un créatif, encore moins un imaginatif, son enthousiasme est gris comme un stratus d'automne, et pourtant il est là, comme un meuble. L'entreprise le garde.

 

Car la fonction première de l'apparatchik, et nul n'est besoin d'être spécialiste de Pouchkine pour le saisir, c'est la conservation, l'entretien jaloux, opiniâtre, de l'appareil. Chez Fiat, côtoyant sans les voir les meilleurs dessinateurs de prototypes, l'apparatchik s'occuperait sans doute du journal d'entreprise, ou du cahier de doléances des mécontents, ou du rayon végétarien de la cafétéria, ou de la collecte pour la baignade de bureau sur les bords du Pô, toutes choses éminemment respectables, mais d'un rapport assez lointain, vous en conviendrez, avec la fabrication de voitures. Laquelle me semble tout de même, pour Fiat, une activité assez importante.

 

Les apparatchiks sont souvent sociables, attachent de l'importance à la bonne ambiance de l'entreprise, n'oublient pas les anniversaires de leurs collègues, les pressent de rester au lit et de ne surtout pas venir travailler au-delà de 37,5 de température corporelle. Comme ils sont là pour l'éternité, ils prennent le temps. Les apparatchiks marchent lentement. Certains d'entre eux fument la pipe, qu'ils ont soin, d'ailleurs, de bourrer avec application et minutie, car, un être humain n'étant jamais totalement imparfait, un apparatchik peut s'avérer d'un rare et appréciable perfectionnisme. Les apparatchiks sont des horlogers, avec juste un point un peu gênant: ils ne produisent jamais la moindre montre. D'ailleurs qu'importe de savoir l'heure, quand on est soi-même éternel?

 

Les apparatchiks s'associent et s'assemblent. Ils aiment évoquer leurs problèmes, ensemble, devant une tisane, si possible pas trop chaude. Chez Fiat, à Turin, ils ne parleraient jamais du tout dernier modèle, le dernier cri, la voiture de rêve pour tous les Italiens et toute la planète, celle qui partirait à la conquête du monde et ferait exploser les parts de marché. Non. Ils auraient des soucis plus intérieurs: le prochain repas du comité d'entreprise, par exemple. Ou la demande d'un meilleur équilibre nutritif dans les menus de la cantine. Car un apparatchik est très soucieux, toujours, du rapport chiffré entre protéines et glucides, et, si les lipides s'y mettent aussi, il sort immédiatement sa calculette. Dans la poche extérieure gauche. A côté du tabac pour pipe. On est éternel, mais on se conserve, tout de même.

 

Un apparatchik, prenons toujours notre Turinois de chez Fiat, déteste généralement le cambouis des chaînes de montage. C'est vrai, ces ateliers salissants et bruyants, ces milliers de voitures en devenir, toujours désespérément les mêmes, le bleu de travail de ces prolétaires piémontais, tout cela, se demande l'apparatchik, est-il bien nécessaire à l'entreprise? Car notre apparatchik de chez Fiat a ceci de particulier qu'il n'aime guère les voitures. Il se déplace d'ailleurs toujours en tram, ce qui lui permet d'apprécier plus sereinement les richesses architecturales de Turin. Il éprouve, de plus, un souverain mépris pour la légendaire fascination exercée par la bagnole sur ses compatriotes italiens. Au fond de lui, il en veut à la Fiat de fabriquer des voitures, de caresser, dans le sens du poil, l'égoïsme automobile de la Péninsule.

 

Car l'apparatchik n'est pas une brute. Il aimerait bien, du haut de ses sandales, une humanité changée. Plus douce. Voluptueuse comme peut l'être la dernière volute de la dernière pipe d'une journée d'été. Le soir, sur les rives du Pô. Loin de ces brutes épaisses, pleines de cambouis, qui s'obstinent, allez savoir pourquoi, à construire des voitures.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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19/01/2010

Identité nationale : et pourquoi pas ?

 

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - 19.01.10

 

Identité nationale : en quoi ces deux mots devraient-ils être tabous ? Pourquoi certains, à gauche mais aussi dans une frange métalliquement cérébrale de la droite républicaine, semblent-ils les considérer comme un binôme explosif, à ne toucher en aucun cas ? De quoi ont-ils peur ? Au nom de quoi une nation n’aurait-elle pas le droit, sans la moindre haine pour les autres, sans arrogance, sans supériorité, d’affirmer ce qu’elle est, ce qui fédère ses citoyens, quelles sont ses valeurs ? Si elle ne le fait pas, son extrême-droite le fera pour elle, confisquera le thème, se l’appropriera, ce qui est un peu dommage, non ?

Prenons la Suisse, vous me direz que ça n’est pas exactement une nation, au sens de Valmy ou de Jemmapes, je vous l’accorde. Mais enfin c’est un pays, qui est le nôtre et que nous aimons. De gauche, de droite, hommes, femmes, jeunes ou vieux, latins ou germanophones, avec toute l’étendue de nos différences, nous nous reconnaissons, l’immense majorité d’entre nous, dans le charme discret de cette petite démocratie d’Europe centrale, son système politique, la nécessité de nous respecter mutuellement. N’est-ce pas là, déjà, un sacré début d’identité ?

Le danger, ça n’est pas l’identité nationale. Le danger, c’est définir cette dernière comme une valeur du sang, ou de la race, ou de la génétique. Alors qu’il s’agit, à l’évidence, et comme l’a remarquablement montré Anne-Marie Thiesse, d’une construction. Le dix-neuvième siècle récupère Jeanne d’Arc ou Guillaume Tell, brandit des mythes, façonne des générations d’élèves. Mais être le fruit d’une construction (intellectuelle ou sentimentale), ça n’est pas rien, c’est déjà un début d’identité. Etre les héritiers de ceux qui ont construit notre démocratie directe, notre fédéralisme, nos assurances sociales, c’est déjà l’amorce d’un trésor commun : notre pays, notre Histoire, nos forces, nos fragilités, nos engueulades aussi, c’est tout cela un pays.

Identité nationale : deux dérives possibles. L’une, c’est d’en faire le vecteur de la loi du sang, donc de l’exclusion. L’autre, c’est la gommer, comme si elle n’existait pas. Comme si la part du sentiment, surgi du sol, ne comptait pour rien dans le tellurisme de l’appartenance. Librement consentie. Pour un pays qu’on aime.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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18/01/2010

Appel au meurtre

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 18.01.10

 

Seul contre tous, il s’est lancé. Seul contre tous, il a gagné. La victoire du Neuchâtelois Raphaël Comte, 30 ans, dans la succession de Didier Burkhalter aux Etats, est une leçon pour tous ceux qui, en politique, attendent, atermoient, calculent. Elle sonne comme une réplique de Rodrigue à Dom Diègue, nous réveille, nous requinque.

Genève aussi a ses jeunes talents : Murat Julian Alder, l’un des plus éblouissants, nouveau vice-président du parti radical. Polyglotte, l’esprit clair, la synthèse facile, une ambition qui se déploiera sur le long terme, l’amènera loin. Chez les socialistes, Grégoire Carasso, belle culture politique, sens de l’Etat. On encore Aurélie Gavillet, déjà députée à 21 ans.

Chez les Jeunes socialistes, Romain de Sainte Marie, le sens de la couleur et du geste qui parle à tous, le sens du terrain, de l’action militante, à des années-lumière du caviar. Côté libéraux, Alexandre Chevalier, le verbe haut, sonore. Chez les Verts, Miguel Limpo, souriant, chaleureux, ouvert à la vie. Au PDC, Vincent Maitre, qui attend son heure, sait apprendre. Et que tous les autres me pardonnent, la place me manque.

A eux tous, je dis : « Foncez, ne blanchissez pas sous le harnais. Attaquez, revigorez, défrisez, battez-vous. Et puis surtout lisez, cultivez-vous. Et à la fin, culbutez ». Et puis tuez, quoi. Ah, tuer, quel bonheur.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

12:20 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

L’exceptionnel courage de Monsieur « Déblogueur »

 

Insulter tous azimuts, jeter l’opprobre, cracher le fiel, ce sont, depuis des mois, les passionnantes contributions du nommé « Déblogueur ». C’est évidemment son droit, si ça l’amuse.

« Déblogueur » ne propose jamais la moindre réflexion en amont, il n’agit qu’en réaction aux textes des autres. Il n’attaque jamais les idées, mais directement les personnes, qu’il couvre d’injures. C’est encore son droit, si ça peut lui faire du bien.

Monsieur « Déblogueur » a sûrement un nom et un prénom. Il est juste un peu dommage qu’il n’ait pas l’élémentaire courage de les dévoiler. J’ai déjà de sérieux doutes (sauf cas très rares) sur la justification de l’anonymat dans les blogs. Mais passer son temps à attaquer la terre entière sous la confortable et trop facile protection du masque, c’est le degré absolu de la lâcheté. Il fallait une bonne fois que cela fût dit. Et que le Déblogueur, par quelqu'un qui signe, fût déblogué.

 

Pascal Décaillet

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17/01/2010

Le matraquage de M. Aldeeb, ça suffit

 

Je ne connais pas Monsieur Sami Aldeeb et n’ai rien a priori contre lui. Mais simplement, ce dimanche après-midi, je dis que ça suffit.

Quand on commence tous ses textes, depuis des semaines, sur la présente plateforme de blogs, par « Crime de la circoncision », et que cette récurrence envahit l’espace avec la puissance dévastatrice d’un message subliminal, de type publicitaire, il y a un moment où intervient la responsabilité de l’éditeur.

Dans un titre, la première partie, avant les deux points (style « Chutes de neige : Genève manque de sel »), est réputée faire référence à quelque chose de factuel, reconnu par tous, incontesté. Je ne sache pas que l’aspect prétendument « criminel » de la circoncision tombe sous l’universalité de cette catégorie. Il y a donc, clairement, matraquage.

Je n’entends pas ici tomber dans le débat que Monsieur Aldeeb et quelques autres voudraient lancer en Suisse sur la circoncision, ce serait déjà faire leur jeu. Je dis que la répétition effrénée de ce début de titre, toujours le même, dans la colonne de droite de ce bel espace de blogs auquel je suis attaché pour le nourrir moi-même passablement, est de nature à blesser profondément, et inutilement, deux grandes catégories d’habitants de notre pays.

Donc, le matraquage de Monsieur Aldeeb, j’en ai assez. Et je demande à mon confrère et ami Jean-François Mabut d’intervenir.

 

Pascal Décaillet


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12/01/2010

La géant, l’Arche Sainte, le matou

 

Commentaire pour le Giornale del Popolo


Dans l’affaire qui secoue la Poste, il y a deux géants, sans doute un de trop : il y a le géant jaune, et il y a Claude Béglé (2 mètres de haut !). Deux géants qui se cherchent, s’entrechoquent, comme la raison et la passion, le poids du passé et les pulsions d’avenir, la vie au fond. Et puis, quelque part, hors du cercle, comme hors de l’histoire, à la lisière du clair de lune, il y a Moritz Leuenberger. L’homme qui réussit à sauver sa peau en dormant d’un œil. Et en sortant une griffe de temps en temps, comme un matou.

 

Depuis la séparation en deux des « PTT », d’un côté la Poste, de l’autre les télécommunications, personne, en Suisse, n’a réussi à définir clairement, entendez dans quel choix fondamental de société, la Poste devait accomplir son mandat. On lui demande de rester un service public, un service « universel », et en même temps il faudrait qu’elle soit une entreprise privée, avec toute la férocité de survie que cela implique. A l’époque d’internet et des messageries électroniques, presque plus personne ne s’envoie des lettres en papier, mais on continue d’imaginer la Poste dans sa tâche héroïque, mythique, fondatrice du ciment national, de celui qui court le plus vite possible (à cheval ?) pour acheminer un pli. Cette schizophrénie-là, entre l’image et le réel, n’a jamais été tranchée. Et surtout pas par Moritz Leuenberger. L’homme qui ne dort que d’un œil, mais d’un œil quand même !

 

Malgré tout, il a pris une bonne décision, Moritz : l’engagement de Claude Béglé. Un fonceur. Un dérangeur. Un manager. Avec, notamment, cette stratégie d’investissements sur les marchés étrangers qui n’est peut-être pas, au fond, une si mauvaise idée. Elle mérite, en tout cas, d’être étudiée plutôt que d’être jetée dogmatiquement aux orties par une gauche protectionniste et, au fond, conservatrice, pour qui la poste est une Arche Sainte, inviolable.

 

Car il y a la question de fond : en quoi l’envoi de messages, papier ou virtuels, l’envoi de colis, doivent-ils relever, dans la Suisse de 2010, d’une entreprise publique ? On a libéralisé les télécommunications, le pays n’en est pas mort pour autant. On a créé des chaînes privées de radio et de TV, la Suisse a survécu, et plutôt bien. On s’est attaqué à pas mal de cartels, dans ce pays, depuis un quart de siècle (il en reste encore, trop, ne serait-ce que dans l’agriculture), mais la Poste, non : on ne touche pas ! Un tabou. Un souvenir d’enfance, aussi : celui de ces trains électriques, en miniature, dans le paysage desquels il y a toujours une montagne, un lac, un soldat qui s’en va faire son cours de répétition, et….. un bureau de poste ! N’avoir jamais voulu dire clairement aux Suisses que cette représentation relevait plus de l’idylle que de la réalité concurrentielle qui nous attend, sera à mettre, parmi de nombreuses autres choses, au passif d’un ministre qui commence à ressembler à l’éternité, quand elle se fiance avec l’ennui.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Un conte qui s’achève en hiver

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Il était un cinéaste de la parole, un cinéaste du dialogue. Un homme qui (comme Musset, ou Marivaux) nous montrait la situation amoureuse.

Dans ses films, guère de mouvements. Une jeune femme, tellement bien filmée, et tellement belle, avec un ou plusieurs jeunes hommes. Et puis, une autre jeune femme, souvent amie, celle qui surgit, parfois celle pour qui on trahit. Eric Rohmer, c’était cela, presque rien que cela. Et c’était un cinéma magique. Pour l’amour de la parole, mais aussi pour celui de la lumière, sur les visages.

Chez Rohmer, on souffrait d’amour, on se confiait (comme Phèdre se confie à Oenone), on flirtait parfois avec les limites de la désespérance. Mais personne, au fond, ne mourait jamais. Il y avait toujours un moment où le film nous rappelait qu’il était un film.

Chez Rohmer, on ne mourait jamais. Lui non plus, ne mourra pas. Dans l’histoire du cinéma.

 

Pascal Décaillet

 

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11/01/2010

Genève : une intéressante idée des communistes

 

Sur le vif - Lundi 11.01.10 - 13.35h

 

Supposition (évidemment hors-sol, lunaire) : un conseiller d’Etat ne serait pas bon. Proposition, présentée aujourd’hui par le mouvement « Les communistes », à Genève : permettre à la future Constitution de pouvoir le renvoyer en cours de législature. Non par la colère de la foule, mais par un instrument démocratique appelé « référendum révocatoire ». Un mécanisme nouveau, que les communistes proposent à la Constituante, sous la forme d’une pétition munie de 5000 signatures.

On imagine le nombre de garde-fous dont il faudrait évidemment s’entourer pour éviter l’arbitraire, l’empire de l’opinion, les sursauts de l’humeur du peuple. Et on nous rétorquera, au fond à juste titre, que la seule vraie sanction tombe tous les quatre ans, et s’appelle l’élection. On nous dira aussi qu’un magistrat vraiment acculé finit par démissionner lui-même, abandonné par les siens.

L’idée des communistes est de pouvoir réunir un certain nombre de signatures (ils disent 15'000, c’est sans doute trop peu) pour provoquer un référendum sur le départ d’un ministre. Un certain dimanche, il appartiendrait donc de toute façon à l’ensemble du corps électoral de se prononcer. Cette démarche ne pourrait se produire qu’après 18 mois de fonction, donc dans les 30 derniers mois de législature. A la vérité, elle serait rarissime : on ne voit pas le peuple, sauf prétexte très grave, se déjuger de la décision qu’il aurait lui-même prise d’envoyer quelqu’un aux affaires.

Là où l’idée m’intéresse, surtout, c’est dans le signal qu’elle émet : finis, les oreillers de paresse, finis les acquis, finis les troisièmes mandats de trop, on rappellerait ainsi aux magistrats le haut degré d’éveil et d’engagement qui doit-être le leur, au service de la République. Idéalement, une telle épée de Damoclès pourrait aussi prémunir certains de la tentation de l’arrogance, ou du gouvernement au milieu d’une seule garde noire. Toutes choses évidemment hypothétiques, célestes disais-je, dont je ne saurais supputer une seule seconde qu’elles puissent être d’actualité aujourd’hui.

 

Pascal Décaillet

 

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10/01/2010

Un petit pari à propos de Benoît XVI

 

 

Sur le vif - Dimanche 10.01.10 - 18.40h

 

Dans mon denier billet, hier, j’ai évoqué avec inquiétude la montée de la xénophobie en Italie. Aujourd’hui à Rome, lors de la prière dominicale de l’Angélus, Benoît XVI a eu des mots très forts : « L’immigré est un être humain à respecter », suite à l’inacceptable chasse à l’homme, en Calabre, contre des travailleurs africains. « Un immigré est un être humain, différent par sa provenance, sa culture, ses traditions, mais c’est une personne à respecter ».

Ces mots, dans les circonstances que vit l’Italie, devaient être dits. En rappelant l’égalité des humains et en excluant la violence comme moyen de résoudre les difficultés, le Pape est dans son rôle. Il ne parle pas là de lointaines contrées, mais de l’Italie elle-même, mère de civilisation.

Sur cette intervention, un petit pari : je gage qu’elle n’occupera demain, dans les journaux, qu’une place modeste. Lorsqu’il s’agit d’accabler le chef de l’Eglise catholique, les gros titres. Lorsqu’il dit quelque chose d’universel (relevant d'ailleurs, bien au-delà de la foi des uns ou de l’athéisme des autres, du plus élémentaire humanisme ou simplement des droits de l’homme), alors, va, sans doute, pour le petit encadré en bas de page. Voire, rien du tout.

Mais je puis me tromper. Et si je l’avais écrit, le présent billet, pour le seul bonheur de me tromper ? Excellente soirée à tous.

 

Pascal Décaillet

 

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09/01/2010

Italie : le quota qui fait peur

 

Sur le vif - Samedi 09.01.10 - 17.40h

 

De tous les pays du monde, l’Italie est celui que je préfère. L’air y est doux, la cuisine divine, les vins incomparables, les huiles variées et savoureuses, la langue souple et sonore, l’Histoire omniprésente. Ne parlons pas des paysages, des rivages abrupts du Trentin, sur le lac de Garde, aux collines de Toscane ou d’Ombrie, en passant par la grande plaine d’Emilie, où coule le grand fleuve. Ne parlons pas de Manzoni, Verdi, Toscanini, Fellini, Visconti, Pasolini. L’Italie, où je me rends depuis un demi-siècle, est pour moi une parcelle du paradis : c’est bien sûr la vision de quelqu’un qui n’y habite pas toute l’année, n’a pas à en supporter tous les défauts, dont une bureaucratie étouffante, j’en suis conscient.

L’Histoire italienne, justement, très complexe, je l’ai beaucoup étudiée. Extraordinairement difficile de trouver, comme dans l’Histoire de France, un fil conducteur : le long chemin du pouvoir central (quarante rois, puis la République) pour s’affirmer face aux ferments de dispersion. Non, dans l’Histoire italienne, il y a le poids des régions, celui des dialectes, l’impossibilité, jusqu’à une période très récente, de constituer une nation. Pire : l’impression que rien n’est définitif, la construction de Garibaldi, Cavour, Victor-Emmanuel, et au fond aussi le Mussolini des premières années, puis celle de la Democrazia Cristiana de l’après-guerre, qui pourrait à tout moment se lézarder, Ligue du Nord par ci, disparité des richesses entre une Lombardie d’une incroyable vitalité économique et un Mezzogiorno encore très agricole. Non, la question italienne n’est pas réglée, comme aucune question nationale d’ailleurs. Mais enfin, j’aime ce pays, je suis attentif à son destin. Il m’emplit souvent de joie, et parfois, surtout ces temps, me fait un peu peur.

Peur, oui : limiter à 30% le quota d’enfants étrangers dans les classes des écoles me fait peur. Je ne nie pas une seconde que la démographie italienne se heurte à un important problème d’immigration. Je ne disconviens pas non plus qu’il soit plus facile de juger de Genève, où j’habite, que de la Calabre (où une véritable chasse à l’immigré vient de se produire) ou des Pouilles, sur les plages desquelles affluent régulièrement des embarcations clandestines. Tout cela, oui. Mais ce quota, dans une grande démocratie occidentale, qui n’est pas une République bananière, mais l’une des souches et des racines les plus puissantes de notre culture européenne, je ne puis en admettre le principe.

Car l’école, c’est le creuset. Bon an, mal an, avec sans doute plein de défauts et plein de choses à redire, il se trouve que la République et Canton de Genève, depuis un Monsieur qui s’appelait André Chavanne, assume des classes avec des proportions souvent bien au-delà de 30% d’étrangers, et je ne crois que cela ait perdu notre Ecole. Un peu freiné, un peu ralenti, sans doute, mais enfin au prix incomparable de l’intégration. Avant d’entrer en journalisme, il y a un quart de siècle, j’ai enseigné l’allemand dans un Cycle d’Orientation à forte proportion d’étrangers : je n’ai jamais senti cela comme un inconvénient, bien au contraire. D’ailleurs il se trouve que nombre de ces élèves-là, souvent, étaient les meilleurs.

Admettons que ce quota italien provienne d’une bonne intention, répartir les migrants pour éviter les éruptions de xénophobie, une sorte de seuil de tolérance. Ce serait là, au mieux, une vision sociologique. Mais pas une vision républicaine. La République, c’est l’école pour tous. Et chaque élève, égal à un autre. Non pas égal en dons, en talents. Mais égal en considération. Là, il n’y a plus de races, plus d’étrangers, plus de religions : il n’y a que des élèves, face aux exigences d’un programme. Dans cette vision-là, au fond française (mais aussi suisse romande), l’idée de quotas ne passe pas.

La jeune ministre italienne de l’Education, Mariastella Gelmini (36 ans), dit que l’Ecole de son pays doit maintenir ses propres traditions avec fierté et diffuser la culture du pays. Là, elle a parfaitement raison : toute communauté humaine a des valeurs à transmettre, et n’a nullement à en avoir honte. Mais précisément, l’intégration, c’est recevoir des étrangers, en leur indiquant qui sont les hôtes, ce qui les fédère, quelles sont leurs règles. En quoi ce travail, capital, se ferait-il moins bien avec 35% qu’avec 29% de migrants ?

Au-delà de cette affaire de quotas, le rapport des Italiens à l’immigration devient un thème majeur de la politique en Europe. A suivre, de très près, car nous ne sommes pas là dans les marches improbables d’un empire. Mais dans notre grand voisin du sud, ami, aimé, qui nous a tant donné. Et qui constitue pour nous, en tout cas pour celui qui signe ces lignes, une matrice incontournable, incomparable. Comme un réseau de racines, enchevêtrées, quelque part dans la chaleur de notre passé. Une mère, au fond.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

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08/01/2010

Protégeons la personnalité de BF

 

Secrétaire général adjoint du Département de FL, BF (le nom doit rester secret, car nous devons protéger sa personnalité) est un homme d’une grande intelligence et d’une exquise courtoisie. Surtout, c’est un homme qui ne fait pas de politique. La politique, il ne connaît pas.

D’ailleurs, il vaut mieux ne pas laisser entendre que BF montrerait – ne fût-ce qu’à son corps défendant, par un retour du refoulé dont il ne serait nullement responsable – la moindre inclination pour la manœuvre, la ficelle, toutes ces basses besognes qui font de la lecture de Saint-Simon des moments de gustation si salée. Non, Monsieur. Laisser entendre cela, c’est s’exposer à une lettre immédiate du secrétaire général du Département (dont j’ai oublié le nom), vous rappelant courtoisement qu’il convient de protéger la personnalité de BF. C’est pourquoi, justement, nous l’appelons BF. Car nous tenons à protéger sa personnalité.

BF, donc, ne fait pas de politique. Alors, pour passer le temps, il régit. Il régente. Il indique. Il muselle. Il oriente. Il contrôle. Il corrige. Il endigue. S’il était jardinier, il serait le roi du tuteur. S’il était éclusier, nul n’aurait son pareil pour régler les niveaux. S’il était gardien de phare, il connaîtrait l’âge de tous les capitaines. S’il était échassier, nul vermisseau n’échapperait à l’acuité de son regard. S’il était steward dans un jet privé, il renseignerait le pilote sur le navigateur, et chacun des passagers, discrètement, sur son voisin. Mais à part cela, à part ces qualités, éminentes, à part son intelligence et sa courtoisie, BF ne fait pas de politique. Dire le contraire, ce serait porter atteinte à sa personnalité.

Enfin, si BF était à la hune, au sommet du mât, pour scruter l’horizon, il n’aurait pas son égal pour y déceler des flibustiers. Décidément, BF est une perle : intelligent, courtois, décrypteur des océans. Et en plus, il ne fait pas de politique. Alors, allons nos vies en chantant ses louanges. Et surtout, protégeons sa personnalité.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Chômage à Genève : youpi, tout va mal !


Un communiqué de presse des autorités, c’est toujours un acte de pouvoir, et au fond un acte de propagande. De même, une conférence de presse, c’est toujours une mise en scène du pouvoir. Le choix des mots, celui des locuteurs surtout, avec leur jeu interne de prééminences, n’y est jamais gratuit. Il n’y a là rien de grave, il suffit juste de le savoir, ne pas être dupe, apprendre à décoder.

Dernier exemple en date, les chiffres du chômage à Genève pour décembre 2009, rendus publics ce matin. La réalité : une hausse de 0,9%. La manière dont on titre le communiqué : « Faible progression du chômage en décembre 2009 » ! Et, dès le début du texte, au lieu de prendre acte, tout de même, de ce quasi-pourcent de chômage supplémentaire d’un mois à l’autre (ce qui n’est pas rien), on bombe le torse en affirmant que « La Suisse est par contre touchée par une hausse du chômage nettement plus conséquente, 5,4% ».

Soit, la progression nationale est plus forte. Mais enfin, à comparer ainsi les seules variations, on arrive à faire passer en arrière-plan les valeurs absolues, qui sont tout de même l’essentiel : 4,4% en moyenne suisse, 6,6%, soit exactement un tiers de plus, à Genève. Je vous épargne ici un autre aspect du communiqué, visant à nous démontrer que le chômage genevois est bien à 6,6% (chiffre que je crédite pour ne pas chercher noise), et non à 7,2%, selon le mode de calcul fédéral.

Cette manière de présenter les choses, et au fond de vouloir contrôler à sa manière l’information, se trouve être récurrente dans le Département de tutelle de l’Office cantonal de l’emploi, à Genève. En très haut lieu, on y déploie une très grande énergie à vouloir orienter l’information, la régir, la régenter, la corriger. Bref, on y a un très sérieux problème de perfectionnisme de l’image qu’on voudrait donner de soi. C’est valable pour les chiffres du chômage. Et c’est aussi valable pour la gestion de la grève à l’aéroport.

 

Pascal Décaillet

 

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07/01/2010

Séguin, hussard en éruption – Hommage

 

 

Sur le vif - Jeudi 07.01.10 - 10.20h

 

Gaulliste historique, gaulliste social, pied-noir de Tunisie, républicain passionné, formidable tempérament, bouillonnant, colérique, explosif, culture inouïe, aimant la France et ses frontières naturelles, « celles de Richelieu », sceptique face au supranational, ennemi de Maastricht face à François Mitterrand en 1992, tel était Philippe Séguin, dont j’apprends à l’instant, avec pas mal de tristesse, la disparition, à l’âge de 66 ans. Je l’avais vu une fois seulement, c’était à Paris, début juillet 1986. Il était un grand commis, un très grand serviteur de l’Etat, d’ailleurs encore Premier président de la Cour des comptes au moment de son décès.

Philippe Séguin, c’était l’anti-pisse-froid. Là où d’aucuns ne se signalent que par la glace (fût-elle, au mieux, bleutée) des démonstrations cérébrales, il était, lui, un volcan. La braise, la lave, le feu : on dira, avec Nino Ferrer, le Sud. Naissance à Tunis en 1943, dans ce protectorat qui avait été, depuis 1882, celui de Jules Ferry. Décès du père un an plus tard, mort pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale : l’enfant Philippe, à six ans et demi, reçoit la médaille militaire pour cet homme qui sera le héros de sa vie. Etudes brillantes, principalement littéraires, grandes écoles, ENA (promotion Robespierre), député, maire d’Epinal, plusieurs fois ministre, toujours de manière marquante, président de l’Assemblée nationale : carrière d’exception.

Philippe Séguin avait un point commun avec Jean-Pierre Chevènement, mais avec infiniment plus de chaleur que l’ancien maire de Belfort : lorsqu’il parlait, on avait l’impression de voir convoquer par le verbe, disons depuis deux siècles, l’Histoire de France. On pouvait le suivre ou non, partager ou non ses convictions, il n’en faisait pas moins défiler dans nos consciences le long cortège, depuis Valmy, de la continuité républicaine. Héritier de ce gaullisme social qui avait été celui de Vallon et de Capitant, et au fond aussi de Chaban, Séguin ne plaçait en aucune manière l’argent au-dessus de tout. Lecteur de Péguy, de Barrès, mais aussi de la Revue Esprit, il avait un autre horizon d’attente que la simple ploutocratie orléaniste qui donne un peu l’impression, ces jours, de s’être installée à l’Elysée.

Et puis, lâchons le mot, Séguin était un peu fou. Briseur de porcelaines dans ses colères, en pétard permanent avec la moitié du monde, l’autre n’étant qu’en sursis, au fond très solitaire (il n’a jamais été, comme Mitterrand ou Chirac, le rassembleur d’un grand parti), il était une individualité brillante, en constante éruption. C’est cela que j’aimais, parce que c’est cela que j’aime chez les êtres, tout simplement.

Je garderai de cet homme un souvenir de bronze et de soleil, quelque chose comme l’airain des monuments aux morts, complexes, entrelacés, torturés de l’intérieur : quelque chose de fort, comme un cri républicain, qui ressemble à la France.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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06/01/2010

La presse est en révolution : tant mieux !


Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 06.01.10



Le monde de la presse, en Suisse romande, est en pleine révolution. Mutation passionnante, beaucoup plus fulgurante qu’on ne l’imagine. Sauf à s’accrocher à des prés carrés, comme à la marine à voile dans les premiers temps de la vapeur, il n’y a pas lieu de s’inquiéter : depuis quand une génération doit-elle baisser les bras face aux défis du renouveau ?

Et d’abord, « la presse », ce noble mot, que j’aime tant, auquel j’ai consacré ma vie : qu’évoque-t-elle encore de concret, cette métaphore née de Gutenberg ? Lorsque j’ai commencé, il y a si longtemps, au Journal de Genève, on imprimait à peu près comme au dix-neuvième siècle. C’était génial, j’adorais ça, on couvrait un spectacle, on rendait la copie à minuit et demi, on allait boire un dernier verre avec l’équipe technique, on se couchait à deux heures, on frémissait d’avoir son texte, à soi, dès l’aube, devant des dizaines de milliers de paires d’yeux. L’excitation d’un chroniqueur du Second Empire, surgi de Maupassant, ne devait guère, au fond, différer de celle-là.


Aujourd’hui, il se passe quoi ? Il se passe que ce temps d’attente entre la rotative et la lecture, c’est fini. Un journal a un bon scoop ? Il n’attend plus la version papier, il livre immédiatement la nouvelle sur son site Internet. Et du coup, le bon vieux titre de presse écrite, qu’on disait moribond, grille la politesse aux radios et aux télévisions. Lesquelles, dès qu’elles ont une nouvelle, s’empressent de la mettre, aussi, « en ligne » sur leurs sites. Radios, TV, journaux font donc de plus en plus la même chose : tel site de journal commence à glisser des interviews, avec  son et image, tel site radio accompagne ses « podcasts » de commentaires écrits. Les barrières, entre les genres, s’écroulent. Lorsque, bientôt, nous accéderons à l’ensemble de ces offres sur un même support, elles auront carrément disparu.

Le papier ne mourra pas, mais il continuera de perdre en importance. On abattra des millions d’arbres en moins, au grand dam des forestiers, et pour la plus grande joie des Verts. Avoir des responsabilités, dans la presse romande d’aujourd’hui, c’est se retrousser les manches, relever ces défis-là. Les jérémiades, laissons-les aux conservateurs. On ne sauvera pas des emplois en enfonçant sa tête dans le sable. A tous, excellente année 2010 !

 

Pascal Décaillet

13:47 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

François Longchamp rencontre demain une délégation de grévistes

 

Sur le vif - Mercredi 06.01.10 - 12.40h

L'homme à trois têtes sort de son invisibilité: demain, une délégation de sept personnes, avec notamment le syndicaliste Yves Mugny, sera reçue à 11.30h dans le bureau de François Longchamp. Les deux hommes ont eu une conversation téléphonique, ce matin. La délégation admise dans le bureau du magistrat sera très réduite, mais un cortège d'accompagnement est prévu.

 

PaD

12:40 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

François Longchamp, l’homme à trois têtes

 

 

Sur le vif - Mercredi 06.01.10 - 10.35h

 

Dans l’affaire de la grève à l’aéroport, le très remuant syndicaliste Yves Mugny se trouve, un peu comme devant la porte des Enfers, face à une créature à trois têtes. En plus d’être tricéphale, ce qui est déjà peu banal, elle est invisible. Trois têtes, dont aucune ne se montre, c’est le conseiller d’Etat François Longchamp. Mythologie ou conte fantastique, une histoire qu’on hésiterait (à l’instar de certains romans de Chessex) à raconter aux enfants, les cauchemars sont si vite là.

Trois têtes : président de l’Aéroport international de Genève, ministre des Affaires sociales, président du Conseil d’Etat. C’est beaucoup. Un seul de ces titres, déjà, justifierait, disons, un peu d’attention pour ce qui est en train de se passer entre partenaires sociaux. Pour un magistrat qui ne cesse de louer les mérites des négociations contractuelles, on se serait peut-être attendu à un minimum d’intérêt pour ce conflit. Grand admirateur de Jacques Chirac, le radical se souvient-il du rôle éminent que joua le jeune secrétaire d’Etat aux Affaires sociales, entre Georges Séguy et le patronat, à Grenelle ?

Seulement voilà, dans le cas d’espèce, c’est un peu ennuyeux : président du Conseil d’Etat et président de l’Aéroport, c’est être à la fois un arbitre putatif et, à coup sûr, quoi qu’il s’en défende, un patron de l’ombre. Donc, juge et partie. Alors, on répond aux cris (certes assez vociférants) par l’arrogance du silence. C’est une tactique. Jusqu’à quand durera-t-elle ? Hier soir, en plus du socialiste René Longet, c’était la libérale Nathalie Fontanet qui appelait le ministre à pointer un peu le bout de son nez.

L’aéroport, c’est le joyau de François Longchamp. En pâmoison devant le conseiller d’Etat Louis Casaï (qui fit construire la piste en pleine Seconde Guerre mondiale), l’actuel président du Conseil d’Etat, tout fier d’avoir, il y a quatre ans, arraché ce fleuron au Département de l’Economie (dont il relevait pourtant naturellement), a voulu faire de cette plate-forme aéroportuaire sa chose. On ne touche pas, on ne salit pas l’aéroport. Surtout, on ne vient pas y braire avec des banderoles.

L’homme à trois têtes, silencieux, invisible, face aux rugissements. L’homme à trois têtes, c’est le pouvoir. Trois fois le pouvoir. Trois fois trop.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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