08/02/2010

La cause de tous

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 08.02.10

 

A la question « Qu’est-ce qu’un bon prof ? », un apparatchik de la pensée pédagogiste, devant un amphithéâtre qui, dans sa majorité, bêlait d’acquiescement à chacune de ses syllabes, avait, il y a trois ans, refusé de répondre. La question, à ses yeux, était trop humaine, pas assez structurelle. Pas assez complexe, non plus, sans doute.

Elle est pourtant centrale, cette question. Et c’est elle qu’il faudra avoir à l’esprit lorsqu’en fin de matinée, aujourd’hui, le DIP dévoilera son avant-projet de règlement du C.O. Va-t-on enfin y réinstaller le prof – oui, le prof – au centre de tout ? Le prof, oui, le maître, cet homme ou cette femme qui a choisi ce sublime métier de transmettre à des jeunes.

Il est dur, ce métier, nous le savons. Mais il n’en est point de plus beau. Nous, la société civile, nous devons dire aux profs que nous sommes avec eux. Que nous les soutenons. Que leur cause est la nôtre. Parce qu’il n’y a pas d’un côté la cause des profs, d’un autre celle des parents, ailleurs encore celle des élèves. Il n’y a qu’une seule cause commune : la qualité de l’Ecole de la République.

Le reste, on s’en fout. Les apparatchiks, on les oublie. Le type qui considère comme anecdotique la question « Qu’est-ce qu’un bon prof ? », on le renvoie à ses chères études. A ses bouquins. A ses plaisirs solitaires. A l’onanisme blanchâtre de ses structures.

 

Pascal Décaillet

 

10:36 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Cher Monsieur Décaillet,

Je me souviens très bien de cette fameuse soirée...belle ambiance!
Malheureusement, je ne pense pas que les choses aient changés, elles sont, désormais,simplement plus habilement dissimulées!
Alors, désolé, en vous lisant, on peut "rêver"....mais vous verrez en fin de matinée que le rêve était de courte durée.
Bien à vous,
André Duval

Écrit par : duval | 08/02/2010

A tous mes profs du collège qui ont su transmettre leur passion et leurs connaissances.
Je suis à 100 5 d'accord avec vous.

Écrit par : Bertrand BUCHS | 08/02/2010

On retiendra à vous lire que les pédagogistes bêlent et que les autres dodelinent d'approbations.

"Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire" dit Boileau.

Écrit par : Jean Romain | 08/02/2010

Je profite de l'occasion pour offrir à Monsieur Décaillet cette jolie contrepéterie:

"Quel beau métier, professeur"

Écrit par : Pierre | 08/02/2010

"Un solitaire bien mis et un militaire bien sot", une contrepèterie pouvant aussi bien définir un apparatchik de la pensée pédagogiste tant il est vrai que le métier de professeur n'a plus rien à voir avec l'exercice d'un art libéral. Les dogmes ont pris le dessus et l'intelligence n'a plus sa place, ce pour le plus grand malheur des profs et des générations présentes ou futures à former.

Écrit par : Micheline | 08/02/2010

Euh, c'est bien beau de vous lamenter et de faire de jolies citations, mais je constate que personne ici ne répond à la question : "Qu’est-ce qu’un bon prof ?" Qui se lance?

Écrit par : Farid | 08/02/2010

@Farid
Celui qui dans sa classe, en toute honnêteté, est capable de transmettre les connaissances nécessaires auxquelles ses élèves aspirent et ont droit, ceci dans le respect mutuel et réciproque.

Écrit par : duval | 08/02/2010

Les querelles pédagogiques/pédagogistes sont fatigantes…
Soyons simples: Un bon prof est celui qui aime la ou les matières qu'il enseigne, qui rend l'élève actif au sens propre ou sur le plan de la pensée. Qui renouvelle sa passion quotidiennement et qui innove.
C'est celui qui sait prendre l'élève là où il est pour l'amener ailleurs. Pour lui permettre de donner sens aux bribes éparses de la connaissance acquise hors de l'école. Un bon prof aime chez l'élève ce qu'il contient de potentialité d'adulte.
Un bon prof a de l'humour, de l'empathie. Un bon prof pratique la pédagogie de l'exemple. Il se doit d'être juste, sous peine de perdre toute considération.
Un bon prof, en ce sens qu'il s'engage au service de la libération par la culture, est d'abord un ami de la démocratie…

Écrit par : Jacques Daniélou | 08/02/2010

Un bon prof ? Celui qui vous donne le virus pour une passion !J'ai eu la chance d'avoir mon professeur de latin à St. Gall qui a éveillé et puis m'a transmis l'amour pour la langue russe, le pays, la littérature.... c'était un homme extraordinaire, pour moi le super prof ! C'est certainement plus que rare, mais cela existe. Et je lui suis éternellement reconnaissante.
SInon, l'enseignement pour moi reste "Un art, et ceux qui ne le possède pas, veulent en faire une science"... et c'est là qu'il y a danger... par exemple: l'IUFE avec trop de théoriciens.

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 08/02/2010

@Jacques Daniélou

En vous lisant, j'ai eu une pensée tendre pour mon mari qui est un enseignant! Il correspond tout à fait à votre description, et ce n'est pas seulement mon avis mais c'est surtout celui de ses élèves et de ses collègues!

Écrit par : Inside | 08/02/2010

@Jacques Daniélou
Un bon prof doit pratiquer la pédagogie par l'exemple, mais pas jusqu'à l'épectase ...

Écrit par : Santo | 09/02/2010

(1) "Va-t-on enfin y réinstaller le prof – oui, le prof – au centre de tout ?"
(2) "Celui qui dans sa classe, en toute honnêteté, est capable de transmettre les connaissances nécessaires auxquelles ses élèves aspirent et ont droit, ceci dans le respect mutuel et réciproque"

Je rejoins les définitions données par les intervenants (mon amie est enseignante). Mais je ne vois pas le rapport entre ces définitions et la citation (1)ci-dessus extraite du billet de M. Duval. Un enseignant doit aimer transmettre sa matière? je suis bien d'accord. Mais j'imagine sans peine qu'il y a, et qu'il y a toujours eu, des bons et mauvais enseignants au regard de ce critère, et ce indépendamment de la place centrale ou non de l'élève ou du professeur.

De plus, il me semble que le refus de répondre critiqué s'explique assez facilement. Moins que "pas assez structurelle", la question et sa réponse ne pas du tout opérationnelles, une qualité (ou un défaut à vos yeux!) dans un contexte de politique d'éducation et d'organisation du système scolaire.

La citation (2) plus haut est "sympa" mais pose bcp plus de problèmes qu'elle n'en résout: "honnêteté", "capable", "nécessaires", "ont droit", "respect": tous ces termes sont évidemment interprétables au plus haut point. Leur définition est même au coeur du débat il me semble. Donc je comprends assez bien l'"apparatchik" à qui l'on demande des réponses précises à des questions et opinions aussi imprécises.

Notez que je suis, moi aussi, du genre à regretter l'enseignement d'antan (des années 1970 en ce qui me concerne), à déplorer la décadence de l'orthographe et tutti quanti. Mais enfin il faut voir que le système actuel, avec ses défauts, a aussi été mis en place pour répondre à des lacunes évidentes dans l'enseignement, et non pas uniquement pour faire plaisir à de soi-disant "apparatchiks". Un peu de mise en perspective ne ferait pas de mal.

Écrit par : Farid | 09/02/2010

@Farid
Il y a erreur....la citation 1 n'est pas de moi mais de M. Décaillet. Par contre la 2 oui et elle me paraît assez claire.
Sinon, peut-être en ferai-je un prochain billet sur mon blog.

Écrit par : duval | 09/02/2010

Amusant Santo !
L'épectase est lié au cardinal JEAN Daniélou, mort dans une situation embarrassante, on s'en souvient.

Écrit par : Jean Romain | 09/02/2010

@ Santé Santo !
Et que dire alors du frère de Jean Daniélou, Alain, musicographe et spécialiste, en autres qualités, de la sculpture érotique des temples hindouistes ?

Écrit par : Jacques Daniélou | 15/02/2010

Un peu de (cul)ture ne fait de mal à personne ! Pour en finir avec l'épectase (et remercier Wikipédia) !

L’épectase est, chez les chrétiens, une tension de l’homme vers Dieu.
Le terme ἐπέκτασις / epéktasis signifie en grec classique « extension, allongement », en particulier en philologie : il désigne alors l’allongement d’une voyelle brève. Son utilisation par les auteurs chrétiens vient d’un passage de l’épître aux Philippiens (III, 13–15) de Paul de Tarse :
« Oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort (ἐπεκτεινόμενος / epekteinómenos) vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l'appel céleste de Dieu dans le christ Jésus.[1] »
Chez Jean Climaque (VIIe siècle), le terme désigne l’effort de l’homme vers Dieu, effort exprimé par la métaphore de l’échelle. Il est également repris par d'autres Pères de l'Église grecs, pour lesquels le mot caractérise la béatitude des élus au Paradis, s’accroissant sans cesse et n’atteignant jamais la satiété. Dans ces sens, le mot reste employé de manière courante par les orthodoxes.

Le sens plus connu de « mort durant l’orgasme », indiqué entre autres par le dictionnaire Robert, est purement accidentel.
En 1974, le cardinal français Jean Daniélou trouve la mort dans des circonstances embarrassantes pour l’Église catholique romaine : on trouve son corps chez une prostituée. L’Église réagit en publiant un communiqué indiquant que c’est « dans l’épectase de l'Apôtre qu’il est allé à la rencontre du Dieu Vivant ».
Le Canard enchaîné, peu convaincu, plaisante sur le mot, lui donnant ainsi cette seconde signification qu’il n’avait en rien au départ, même si une analogie peut être trouvée après coup.

Un cas connu d'épectase — dans ce second sens — est le président français Félix Faure (1841-1899), mort dans les bras de Marguerite Steinheil. Selon l'anecdote, le médecin alerté demanda : « Le Président a-t-il toujours sa connaissance? » et que la réponse fut « Non, Monsieur, on l'a fait sortir par une porte dérobée ». Georges Clemenceau aurait commenté : « il voulut vivre comme César et il est mort Pompée. »

Écrit par : jacques Daniélou | 15/02/2010

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