12/02/2010

En attendant l’iceberg

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - 12.02.10

 

La Suisse, en ce mois de février 2010, n’a pas de gouvernement fédéral. Tout au plus, un collège de sept personnes s’appliquant chacune, dans son coin, à diriger son Département. Lorsqu’elle le dirige. Sept personnes, sept visions, sept voix. Un collège sans cohérence (il n’en a jamais eu), où les nouveaux ministres n’arrivent, en cours de législature, que parce que d’autres, fatigués, ont décidé de partir. Alors, on bouche les trous. On colmate. On va en chercher un, quelque part dans le pays, parfois même contre son gré. Si possible, pas trop brillant. Les fulgurances, chez ces gens-là, restent au vestiaire.

Et encore ! Si au moins on allait quérir, comme on l’a fait pour Pascal Couchepin en 1998, celui qui, frénétiquement, brûlait, depuis des années, du désir de décrocher le poste. Mais non : au royaume des souris grises, c’est à qui trottinera le plus silencieusement au pied des vieux murs. Transparent. Diaphane ! Et il y a toujours d’autres souris, encore plus grises, ayant blanchi leur pelage sous la mollasse du cénacle fédéral, pour nous dire à quel point il est certes un peu austère, le monsieur, mais tellement compétent. C’est le syndrome de l’expert, vieux mythe suisse. Et ça marche !

Enfin, disons que ça marche par beau temps. Lorsque commence à se lever la tempête, les failles du système éclatent au grand jour : une présidente de la Confédération qui n’hésite pas, au plus fort de la crise, à se rendre quatre jours à Vancouver. Un ministre des Finances qui ne semble plus contrôler le poids contextuel de sa parole, et qui d’ailleurs en change, d’une fois à l’autre. Une cheffe des Affaires étrangères qui dérape. Nul cabinet de guerre, nulle délégation d’urgence, nulle cellule de crise : juste sept destins qui se côtoient dans les couloirs du navire, en attendant l’iceberg.

Le même gouvernement depuis 1848 ! Le temps des diligences, des lampes à huile, des bœufs qui remontaient les canaux, avec des charretiers, pour tirer les chalands. Et les souris grises, immuables, hors du temps, qui vont et se multiplient. Et le vent de l’Histoire qui souffle. Mais ailleurs. Autres cieux, autres altitudes. Là où le destin du monde, peut-être, se jouerait. Quelque part. Hors de nous.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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