28/02/2010

La vie qui recommence

 

Chronique publiée dans le Matin dimanche - 28.02.10

 

Il est un peu fou, mais il est génial. Il dit toujours la même chose, et chaque fois on l’écoute. Collés. Scotchés. Son verbe à lui est la bonne aventure, « éparse au vent crispé du matin » (Verlaine), il est chaleur et lumière, je ne partage pas le dixième de ses convictions, mais chaque entretien avec lui est une fenêtre sur la vie qui recommence. Oui, Jean Ziegler a du charisme. Il fait partie des gens que je préfère : ceux qu’on déteste.

 

Un humain n’est pas sur terre pour être aimé, mais pour se battre. Quand nous avons vu débarquer Ziegler, pour l’interview, il revenait d’un meeting à Olten, la ville des gens qui se pendent et des cheminots qui vomissent sur les rails : il avait harangué des militants, la veille, puis avait dormi dans le très riant quartier de la gare. Un « meeting » ! A 75 ans. A l’heure de Facebook, il continue, lui, de faire des meetings. Et devant nous, il ouvre sa valise, et l’after-shave s’est ouvert, et il y en a partout. Un peu Che Guevara, un peu Mister Bean, c’est Jean Ziegler.

 

Et pendant qu’il prononce les mots irrévocables, étrillant Merz, napalmisant l’UBS, saluant (eh oui !) Stauffer, je me dis que la folie de cet homme-là, qui nous parle des consciences cumulées allant vers la résurrection, vaut mille fois les syllogismes des pisse-froid. Il nous parle, et nous comprenons : en quoi est-ce un crime ? L’image est juste, le verbe brûlant, le rythme saccadé, l’hyperbole nous ensorcelle. Il est fou, et alors ?

 

Au royaume des raisonneurs et des raisonnables, des conseillers fédéraux qui couchent avec l’algèbre pour enfanter des « solutions », voilà le verbe de l’opprobre et de l’amour, l’appel à la fraternité, voilà l’Imprécateur. Avec Ziegler, l’heure de Léon Bloy  a sonné. Vous avez bien lu : pas celle de Blum. Celle de Bloy.

 

Pascal Décaillet

 

 

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27/02/2010

« A Single Man », ou l’irruption du sanglot

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Samedi 27.02.10 - 16.20h

 

 

C’est l’histoire d’un homme qui a aimé un autre homme, passionnément. Et puis, un beau jour d’hiver, dans l’absurdité d’une route gelée, cet autre homme est mort. Et le destin qui s’arrête. Et le film qui commence là, par la mort, comme il s’arrêtera par une autre mort. C’est un film sur le deuil, un film sur l’immensité de l’amour au-delà des limites de la vie, un film triste et beau, poignant.

« A Single Man » se déroule en 1962, sous Kennedy, dont on entend la voix, par bribes, par anfractuosités, dans le transistor de la Mercedes au toit arrondi, celle du héros, George Falconer. La quarantaine, prof de littérature anglaise à l’Uni, en Californie, au bord du Pacifique. Villa design, costumes parfaits, des étudiants qui l’aiment. Mais lui, déjà, n’est plus de ce monde. Avec la mort de l’être aimé, s’est évanoui le monde sensible, il ne le perçoit plus que par l’irruption du sanglot. Le souvenir est là, omniprésent, qui affleure et paralyse. Il est comme la vague. Il submerge.

La vague, celle du Pacifique, il la retrouvera avec un jeune étudiant, Kenny, au visage éblouissant. Ce sera la dernière vague, prélude à l’ultime voyage. Là où le réalisateur, Tom Ford, aurait pu user et abuser des flashbacks (pour évoquer les seize ans de vie avec Jim, l’amant accidenté), voici au contraire un récit d’une exceptionnelle pudeur et d’un classicisme rentré qui est la marque des grands.

Cela s’appelle « A Single Man ». C’est grâce aux aiguilleurs du ciel français que mes filles et moi avons pu le découvrir hier soir. Nous devions revoir Lisbonne. Ce fut un autre littoral, une autre vague, une autre histoire. « A Single Man » est un film bouleversant. J’encourage tous les lecteurs de ce texte à courir le voir.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Le passager de la pluie

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Samedi 27.02.10

 

La Suisse va mal, c’est vrai. Notre gouvernement fédéral n’est pas bon, il est sans épine dorsale, sans cohérence, sans stratégie, sans anticipation. Jamais il ne donne l’impression que les choses procèdent de lui : il ne fait que tenter de suivre. Tout le monde, ou presque, reconnaît que ce système-là, vieux de 162 ans, a vécu. Mais personne n’entreprend rien pour le changer. La Suisse, pourtant truffée de talents individuels, apparaît ces temps comme une entreprise collective impossible. Une Belle au bois dormant. Jusqu’à quel prince ?

Alors bien sûr, il y a l’extérieur, les méchants Français, les méchants Allemands, il y a la crise. Oui, les temps sont difficiles, et il n’y a même plus le génie de Ferré pour nous le dire, en chanson. Mais la vraie léthargie est d’abord au fond de nous-mêmes. Quel grand projet avons-nous pour notre vie commune, nous les sept millions d’habitants de ce coin de terre, au demeurant l’un des très beaux du monde ? Ce ne seront pas de nouvelles structures qui nous réveilleront, mais le regard d’amour d’un passant, qui s’éprendrait de nous.

Quel passant ? Cet Autre, ce passager de la nuit, ou de la pluie, peut-être cet exilé, avons-nous seulement envie de le séduire ? Je veux dire, autrement que par des forfaits fiscaux. Quelle part de charme de nous-mêmes, de mystère, d’accueil à l’imprévu, l’inconnu, au mage venu d’Orient, offrons-nous ? C’est pourtant, au fil des siècles, l’altérité qui a sauvé notre pays, oui le métissage. Refuge huguenot, charivari de 1848, appels migratoires de l’après-guerre. Tous, finalement, se sont intégrés, ont construit notre pays. Chaque Suisse, au fond, est un autre, ça n’est pas grave : ce qui compte, c’est ce qui nous rassemble.

Au fond, il manque une inflexion spirituelle. Je n’ai pas dit religieuse. Je n’ai pas parlé du feu du 1er août. Il manque l’émergence d’une parole forte pour le pays, du fond du ventre, un cri. Pas un cri de guerre, plutôt celui d’une reconnaissance. Un éveil. Une déclaration d’amour au pays. A ce qu’il est par la nature. Mais surtout par ce qu’en font les sept millions d’humains qui le composent. Contemporains dans la même aventure. Qui mérite beaucoup plus que le silence. Beaucoup plus que le sommeil.

 

Pascal Décaillet

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25/02/2010

Mais qui est donc Philippe Souaille?

 

 

Première question, je la pose sincèrement et me réjouis d’avoir une réponse : mais qui est donc Philippe Souaille ? Un homme politique ? Je m’en réjouirais : j’adore les politiques, de la gauche à la droite, cela m’importe peu, j’aime ceux d’entre eux qui ont du talent. Ou alors, peut-être, Philippe Souaille serait un confrère journaliste. Je m’en féliciterais encore plus : j’aime passionnément ce métier, et ceux qui l’exercent avec fougue et discernement.

 

Hélas, j’ai beau scruter les organigrammes des partis, je n’y trouve nulle trace de Philippe Souaille. Y compris, du reste, dans celui dont il se réclame. Serait-il en lien avec la Garde Noire, dont il se fait le preux, le prétorien, l’impétueux défenseur à chaque fois que, dans l’intérêt de la transparence républicaine, on ose évoquer l’existence de cette dernière ? A cette question, je n’ai pas de réponse. Bref, pas de trace de Philippe Souaille dans le monde politique.

 

Ah, mais suis-je bête, notre homme serait journaliste ! Alors, je regarde, j’épluche. Presse écrite : nulle trace de Philippe Souaille. Radio : nada. Télévision : néant. Voilà donc un politicien sans portefeuille, doublé d’un journaliste sans médias. Une sorte de Jean sans Terre. J’admire. L’homme le plus grand, c’est l’homme le plus seul, fait dire Ibsen à l’un de ses plus bouleversants héros, le Docteur Stockmann, dans « Un Ennemi du peuple ». Philippe Souaille est immense.

 

Vous noterez que, depuis le début de ce papier, je précède son nom, à chaque fois, de son prénom, élémentaire courtoisie dont il ne croit pas bon de me faire bénéficier, lorsqu’il parle de moi. Procédé populiste, aussi, de mise à l’index, oui, ce populisme qu’il condamne à longueur de journée dans ses interminables diatribes contre tout parti qui serait d’autre extraction que celle de l’extrême centre. Car il est central, Philippe Souaille. Ombilical. Equatorial.

 

Et puis, il connaît très bien l’Amérique latine, Philippe Souaille. C’est sans doute là-bas qu’il a dû commencer à consommer ce genre de produits hallucinogènes qui altère l’esprit et dissipe les sens. Ainsi, lorsque j’interroge le meilleur et le plus doué des jeunes espoirs radicaux, Murat Julian Alder, que je le reprends sur une affaire de centre et d’extrêmes, que ce dernier n’y voit nul inconvénient et me quitte en excellents termes, alors survient, tel Superman, Philippe Souaille. Chercheur de noises. Querelleur. Grand Prêtre dans l’ordre de la morale, de l’index, de l’ostracisme. Distributeur des étiquettes « d’extrême droite » à tous ceux que le système électoral genevois a exclus du gouvernement. Redresseur de torts que personne ne lui demande de redresser. Insultant, et laissant allègrement insulter sous son texte. Procédé précisément populiste, celui qu’il est réputé réprouver.

 

Voilà quelques éléments d’appréciation. Et je m’empresse d’ajouter que j’aime Philippe Souaille. Et qu’il doit vivre, et vivre encore. Car j’ai toujours été, dès l’aurore de mon âge, viscéralement opposé à la peine de mort.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Ligne bleue

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 25.02.10

 

A côté de la Blitzkrieg d’Antoine Vielliard, politicien à Saint-Julien, contre l’indolence genevoise en matière de construction de logements, celle du regretté von Manstein, sur la Meuse et dans les Ardennes, en mai 1940, apparaît comme une marche pour la paix, en sandales, avec gong et invocations de Krishna.

C’est qu’il est doué, Vielliard, il sait faire de la politique : monter des coups, parler avec image et références, brandir du concret, passer à l’attaque. Pour un centriste (il est Modem, le parti de Bayrou), la chose est assez insolite pour être relevée.

Et puis, il ne manque pas de culot : Français, il vient faire la leçon aux Suisses. Et ma foi, sur le fond, il n’a pas tort : si vraiment certaines de nos communes ont dormi, ces dernières années, pourquoi ne pas le reconnaître ?

Bien sûr, Antoine Vielliard est en campagne. Pour les Régionales. Bien sûr, il a trouvé là un os à ronger, une aubaine. Bien sûr, il en rajoute. Mais sa manière de fouler la ligne bleue de la frontière, de voir grand, préfigure peut-être, dans la douleur et une certaine vexation pour nous, nos intérêts communs de demain. Que nous soyons Suisses ou Français. Et cela, ce formidable coup de gueule, vaut sans doute mille fois mieux que toutes les leçons sur « l’Agglo », cette machine à laquelle le gros des gens, pour l’heure, ne comprend strictement rien. Merci, Antoine.

 

Pascal Décaillet

 

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23/02/2010

La Commission de la Constituante veut un président pour toute la législature

 

Sur le vif - Mardi 23.02.10 - 16.20h

 

Présidée par le libéral Lionel Halpérin, la Commission 3 de la Constituante, chargée de redessiner les institutions genevoises, a pris d’importantes décisions dans ses séances des 14 janvier, 20 janvier, 28 janvier et 3 février 2010. On retiendra en priorité, votée par 11 voix, la volonté de faire élire le Conseil d’Etat au système majoritaire « vaudois » : 50% des votants. A coup sûr, un changement de taille, qui rendrait moins possible qu’aujourd’hui les alliances patchwork et la neutralisation de l’adversaire en lui tenant la barbichette.

 

Egalement acceptée, par 14 voix, la tenue du premier tour de l’élection du Conseil d’Etat en même temps que l’élection au Grand Conseil, et non un mois plus tard, comme aujourd’hui.

 

Deux mandats maximum

Par 10 voix, la Commission donne également son feu vert à deux mandats maximum, mais sur une base de cinq ans. Dix ans comme conseiller d’Etat, ça suffit ! Les 24 ans d’André Chavanne, certes homme d’Etat hors pair (1961-1985), appartiennent bel et bien au passé.

 

Un "gouverneur" pour Genève

Changement majeur : par 10 voix contre 2, les commissaires veulent un président du Conseil d’Etat sur toute la durée de la législature, et non plus seulement par rotation, tous les ans. Cette réflexion, qui se tient aussi au plan fédéral, revient très souvent chez ceux qui veulent donner aux institutions de notre pays une gouvernance plus lisible, plus rapide, plus adaptée aux périodes de tempête.

 

Pas d'élection du président par le peuple

En revanche, par une nette majorité de 13 voix, la Commission se refuse à une élection du président du Conseil d’Etat par le peuple. Le « premier ministre » doit demeurer élu par ses pairs. Là aussi, le modèle vaudois, décidément bien inspiré en l’espèce, s’impose comme naturellement.

 

Répartition des Départements: un contrôle du Parlement

Enfin, pour ne pas faire trop long, retenons l’acceptation, par 9 voix, du droit pour le Grand Conseil de refuser, par voie de résolution, la répartition des Départements soumise par le Conseil d’Etat en début de législature. Pour éviter les abus ? Les dicastères mammouths ? Les prébendes sur certaines grandes régies ? A ce stade, un parfum de réflexion s’impose…

 

Pascal Décaillet

 

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21/02/2010

Eveline et les séraphins

 

Sur le vif - Dimanche 21.02.10 - 18.50h

 

Conseillère fédérale d’un parti dont j’ai oublié le nom, la Grisonne Eveline Widmer-Schlumpf a-t-elle l’intention, dans les jours qui viennent, de prôner la révolution prolétarienne, le contrôle des moyens de production, ou alors peut-être, pour la route, un petit plan quinquennal ?

Elue, un certain jour de décembre 2007, par une gauche dont elle n’était absolument pas issue, et qu’elle pratiquait encore moins comme conseillère d’Etat, aurait-elle des gages à lui donner pour 2011 ? S’appuyer sur ses adversaires pour parvenir aux affaires, tenter de rejouer ce jeu de dupes quatre ans plus tard, cela porte un nom : nous dirons, par courtoisie, ductilité. Mais nous pensons à un autre. Le lecteur, selon son bon vouloir, choisira.

Et le chœur des esprits purs, toutes trompettes dehors, entonnera la louange des séraphins. De la fraude à l’évasion, il n’y aurait plus qu’un pas. De la ductilité à la capitulation pour convenance personnelle, il n’y en a qu’un autre. Plus fin qu’une feuille de cigarette. Plus émacié que l’honneur perdu, un soir d’hiver.

 

Pascal Décaillet

 

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18/02/2010

Socialistes genevois : la journée des dupes

 

Sur le vif – Jeudi 18.02.10 – 10.00h

 

C’est dans deux heures – à midi – qu’arrivent à échéance les dépôts de candidatures à la "très convoitée" présidence du parti socialiste genevois : un candidat, officiellement, le sortant René Longet, pour se succéder à lui-même (voir notre blog d'hier) !

En recoupant les déclarations de quatre socialistes, ce matin sur Radio Cité (René Longet, Véronique Pürro, Carlo Sommaruga, Alberto Velasco), quelques éléments vérifiables apparaissent clairement :

1) Si une contre-candidature (Sommaruga ?) n’est pas déclarée d’ici midi, René Longet devra en tout cas composer avec un comité directeur soigneusement soupesé. La représentation des différents clans n’y est pas un détail. Le génie de René Longet (faute de remporter des victoires électorales) pourrait bien être l’intime connaissance qui est sienne, depuis quatre décennies, des arcanes et des antagonismes internes du PS, pour mieux les annuler, et devoir à cette opération sa survie. L’homme est beaucoup plus rusé qu’il n’y paraît.

2) Des noms : l’actuelle cheffe du groupe, Anne Emery-Torracinta, pourrait devenir vice-présidente. L’ancienne députée Véronique Pürro est intéressée par l’importante vice-présidence chargée des sections. René Longet a approché l’ancien président du parti, Christian Brunier, pour travailler avec lui. Egalement, le président de la section de Vernier, Denis Chiaradonna, et Olivier Dufour. Carlo Sommaruga négocie-t-il une influence accrue ?

Pour la succession d'Anne-Emery Torracinta à la tête du groupe parlementaire, les noms de Lydia Schneider Hausser et de Roger Deneys, l'un et l'autre députés confirmés, circulent.


Voilà ce que nous savons, à deux heures de l’échéance.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Le bleu de l’âme

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 18.02.10

 

Ce qui est assez singulier, dans la loi sur l’énergie, c’est que personne n’y comprend rien. « On » nous dit qu’il faut absolument voter pour. Qu’il n’y a pas de plan B. Qu’il en va de la survie de la planète, du bleu de l’âme, que notre salut doit à tout prix passer par des investissements dingues dans l’isolation des maisons. Pour mériter l’Eden vert.

Je veux bien. Mais la fureur de ce consensus, qui rappelle d’ailleurs celle du CEVA ou celle du contre-projet sur le cycle d’orientation, m’apparaît, une fois de plus, comme un paquet bien ficelé par les partis au pouvoir (à l’exception du PS), contre les marges.

Sauf que là, l’une des marges s’appelle l’Asloca. Electoralement, une machine de guerre. Les Napolitains, les Siciliens, en comparaison, sont des communiants aux joues roses. Et puis, l’Avivo : la marge de l’âge. Au-delà duquel, paraît-il, le ticket ne serait plus valable. Et puis, plein de socialistes ronchons, et voilà que je me mets, pardonne-moi, ami lecteur, à faire des pléonasmes.

Marge sur marge, cela pourrait presque ressembler à une majorité. Ceux qui refusent de voir en Robert Cramer un dieu vivant. Ceux qui en ont marre des leçons de fin du monde. Ceux qui, sans pour autant rouler en 4/4 dans la Vieille Ville, en ont plus que marre de l’Apocalypse climatique et des obligations de penser.

 

Pascal Décaillet

 

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17/02/2010

René Longet, Simon de Cyrène, la solitude

 

Sur le vif – Mercredi 17.02.10 – 10.35h

 

Les socialistes genevois ont jusqu’à demain midi pour présenter un candidat, face à René Longet, à la présidence de leur parti cantonal. Ancien conseiller national, maire d’Onex, homme de dialogue et d’engagement, René Longet est assurément une personne de valeur. Mais c’est un homme dont la période de présidence incarne la défaite.

Naguère grand parti, les socialistes genevois n’ont plus, aujourd’hui, que quinze députés (derrière le MCG, qui en aligne dix-sept), et surtout ils ont perdu, le 15 novembre dernier, leur historique deuxième siège au Conseil d’Etat. René Longet est certes loin d’être le seul responsable de cette tendance lourde vers le bas, mais enfin c’est sous sa présidence que le mal a été fait. Erreur de casting dans la course au Conseil d’Etat, prise en compte trop tardive du thème de la sécurité, campagne perdante contre les baisses d’impôts. A quoi s’ajoutent, antérieurement, des signaux de flottement dans la loi sur le chômage, entre autres. Bref, les socialistes genevois, qui ont naguère donné de grands hommes (André Chavanne), sont au plus bas.

Dans ces conditions, n’avoir comme unique candidat, pour se succéder à lui-même (entendez : continuer seul son long chemin vers le casse-pipe) que le brave René Longet, constituerait pour le parti un signal de plus de faiblesse. N’y a-t-il donc nulle part, chez les camarades, un Simon de Cyrène pour l’aider à porter sa croix ? N’y a-t-il nulle part, au sein du parti, une âme pour tenter de relever le défi ? Un jeune ? Ou peut-être un ancien, un vétéran qui aurait gardé la flamme militante ?

Avis aux amateurs : il leur reste un peu plus de 24 heures pour sortir du bois.

 

Pascal Décaillet

 

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15/02/2010

Raison, passion

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 15.02.10

 

François Longchamp a réagi avec beaucoup d’intelligence, vendredi matin sur Radio Cité, puis dans la Tribune de Genève de samedi, à sa défaite au Grand Conseil face à une résolution socialiste-Verts-MCG demandant les 120 jours d’indemnités supplémentaires pour les chômeurs. En entrant en matière pour certaines catégories (par exemple les plus de 50 ans), le ministre des Affaires sociales montre qu’il sait tirer leçons d’un mauvais passage. C’est aussi cela, la politique.

 

Il le montre, et il était temps. Malgré l’extrême qualité intellectuelle du conseiller d’Etat, de nombreux signaux de non-écoute, voire carrément d’arrogance, commençaient à poindre. Nous avons déjà parlé ici de la garde noire. A cela s’ajoute la passion maladive d’avoir toujours raison : c’est sans doute la marque des meilleurs, mais ça casse tout dialogue, ça glace l’ambiance, ça humilie le partenaire de discussion. Au final, ça n’est pas efficace.

 

Ce qui l’est encore moins, pour ceux qui soutiennent sa politique, c’est de proposer le classement vertical d’une résolution démocratiquement votée. Un député, pourtant doué, s’est aventuré sur ce terrain vendredi matin. Encore deux ou trois sorties comme celle-là, et la marge, que le quintet des partis au pouvoir s’efforce de contenir, pourrait bien submerger la page. Au risque de la rendre illisible. Ce scénario, dans les années qui viennent, n’est pas exclu.

 

Pascal Décaillet

 

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12/02/2010

En attendant l’iceberg

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - 12.02.10

 

La Suisse, en ce mois de février 2010, n’a pas de gouvernement fédéral. Tout au plus, un collège de sept personnes s’appliquant chacune, dans son coin, à diriger son Département. Lorsqu’elle le dirige. Sept personnes, sept visions, sept voix. Un collège sans cohérence (il n’en a jamais eu), où les nouveaux ministres n’arrivent, en cours de législature, que parce que d’autres, fatigués, ont décidé de partir. Alors, on bouche les trous. On colmate. On va en chercher un, quelque part dans le pays, parfois même contre son gré. Si possible, pas trop brillant. Les fulgurances, chez ces gens-là, restent au vestiaire.

Et encore ! Si au moins on allait quérir, comme on l’a fait pour Pascal Couchepin en 1998, celui qui, frénétiquement, brûlait, depuis des années, du désir de décrocher le poste. Mais non : au royaume des souris grises, c’est à qui trottinera le plus silencieusement au pied des vieux murs. Transparent. Diaphane ! Et il y a toujours d’autres souris, encore plus grises, ayant blanchi leur pelage sous la mollasse du cénacle fédéral, pour nous dire à quel point il est certes un peu austère, le monsieur, mais tellement compétent. C’est le syndrome de l’expert, vieux mythe suisse. Et ça marche !

Enfin, disons que ça marche par beau temps. Lorsque commence à se lever la tempête, les failles du système éclatent au grand jour : une présidente de la Confédération qui n’hésite pas, au plus fort de la crise, à se rendre quatre jours à Vancouver. Un ministre des Finances qui ne semble plus contrôler le poids contextuel de sa parole, et qui d’ailleurs en change, d’une fois à l’autre. Une cheffe des Affaires étrangères qui dérape. Nul cabinet de guerre, nulle délégation d’urgence, nulle cellule de crise : juste sept destins qui se côtoient dans les couloirs du navire, en attendant l’iceberg.

Le même gouvernement depuis 1848 ! Le temps des diligences, des lampes à huile, des bœufs qui remontaient les canaux, avec des charretiers, pour tirer les chalands. Et les souris grises, immuables, hors du temps, qui vont et se multiplient. Et le vent de l’Histoire qui souffle. Mais ailleurs. Autres cieux, autres altitudes. Là où le destin du monde, peut-être, se jouerait. Quelque part. Hors de nous.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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11/02/2010

Longue vue

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - 11.02.10

 

En plaidant, dans le GHI de cette semaine, pour une fusion des trois partis de l’Entente (PDC, radicaux, libéraux), François Longchamp voit grand et large, il dépasse les clivages historiques, propose à sa famille politique un nouvel horizon, une nouvelle frontière. Accueillir sa proposition par un haussement d’épaules serait tout bonnement suicidaire.

A Genève comme en Suisse, l’univers de ces trois partis est le même : sens de l’effort, libre entreprise, responsabilité individuelle, prise de risque, production de richesses pour mieux les répartir. Aucun de ces trois partis ne nie l’Etat, ils n’en font simplement pas un dogme. Aucun de ces trois partis ne rejette la République. Il y a, bien sûr, d’importantes nuances, mais le modèle de société est le même.

Et puis surtout, ce pavé dans la mare, qui va valoir à François Longchamp mille résistances, rappels du passé, leçons de Sonderbund, biographies de Fazy, Ador et Léon XIII, ne manque justement pas d’audace, ni de courage. De quoi rompre avec l’image d’un conseiller d’Etat « expert », gestionnaire.

Oui, un magistrat, c’est fait pour cela, et pas seulement pour Excel et Powerpoint. C’est fait pour prendre la longue-vue, chercher des terres nouvelles, risquer gros, y compris pour soi. Le goût salé de l’aventure. Fabuleux métal, Cipango, les gerfauts. En espérant les alizées. Cela porte un beau nom : cela s’appelle vivre.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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09/02/2010

Le lièvre, la tortue, les deux vipères


Sur le vif - Mardi 09.02.10 - 12.40h

 

Ce matin, 07.30h, les forces de police sont intervenues, dans le quartier des Pâquis, pour évacuer l’immeuble du 19, rue de Monthoux, jugé dangereux et insalubre suite à un incendie survenu en 2005. Dans la matinée, un communiqué suivait, portant le sceau des Départements de Mark Müller (constructions) et Isabel Rochat (police), l’un et l’autre libéraux. Jusque là, rien de très spectaculaire, juste la vie genevoise, toujours recommencée.

Mais la routine, comme la mer de Paul Valéry, et contrairement aux chaussées enneigées de Pierre Maudet, se signale parfois par une étonnante teneur en sel. Ainsi, on apprend qu’Isabel Rochat, ministre de la Police, donc le Fouché du bout du lac, et cheffe du Département cosignataire, n’a pas été consultée sur le communiqué.

On savait Monsieur Müller brillant dans l’exercice du sprint. Mais au point de laisser dans les starting-blocks sa camarade de course, c’était au-delà des supputations les plus perfides. Une histoire de lièvre et de tortue, au fond. Ou de vipères, amoureusement entrelacées. Dans le fond du panier.

 

Pascal Décaillet

 

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08/02/2010

La cause de tous

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 08.02.10

 

A la question « Qu’est-ce qu’un bon prof ? », un apparatchik de la pensée pédagogiste, devant un amphithéâtre qui, dans sa majorité, bêlait d’acquiescement à chacune de ses syllabes, avait, il y a trois ans, refusé de répondre. La question, à ses yeux, était trop humaine, pas assez structurelle. Pas assez complexe, non plus, sans doute.

Elle est pourtant centrale, cette question. Et c’est elle qu’il faudra avoir à l’esprit lorsqu’en fin de matinée, aujourd’hui, le DIP dévoilera son avant-projet de règlement du C.O. Va-t-on enfin y réinstaller le prof – oui, le prof – au centre de tout ? Le prof, oui, le maître, cet homme ou cette femme qui a choisi ce sublime métier de transmettre à des jeunes.

Il est dur, ce métier, nous le savons. Mais il n’en est point de plus beau. Nous, la société civile, nous devons dire aux profs que nous sommes avec eux. Que nous les soutenons. Que leur cause est la nôtre. Parce qu’il n’y a pas d’un côté la cause des profs, d’un autre celle des parents, ailleurs encore celle des élèves. Il n’y a qu’une seule cause commune : la qualité de l’Ecole de la République.

Le reste, on s’en fout. Les apparatchiks, on les oublie. Le type qui considère comme anecdotique la question « Qu’est-ce qu’un bon prof ? », on le renvoie à ses chères études. A ses bouquins. A ses plaisirs solitaires. A l’onanisme blanchâtre de ses structures.

 

Pascal Décaillet

 

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07/02/2010

M. Merz, l’homme qui capitule seul

 

Sur le vif - Dimanche 07.02.10 - 18.30h


Les conseillers fédéraux sont-ils conseillés ? J’évoquais, il y a deux heures, le surréaliste voyage de quatre jours, en pleine tempête bancaire, de Doris Leuthard aux Jeux olympiques de Vancouver. Et voici que, dans la « NZZ am Sonntag », Hans-Rudolf Merz répète, en confirmant ses mots de mercredi, que l’échange automatique d’informations, autrement dit la mort définitive du secret bancaire, fait partie des scénarios à étudier.

Il allègue, M. Merz, qu’une telle concession de la Suisse serait une porte d’entrée aux marchés financiers européens. En soi, c’est possible. Mais, dans le contexte actuel, qui est celui d’un bras-de-fer de type guerrier, évoquer l’idée même d’une capitulation a quelque chose de proprement hallucinant.

M. Merz est-il conseillé ? Existe-t-il quelqu’un, dans son entourage, pour lui expliquer ce qu’est un métadiscours, ou simplement une rhétorique de la réception du message en temps de crise ? Ou encore la valeur contextuelle des mots ? Et puis, ce scénario capitulation, en a-t-il parlé à ses six collègues avant de le lancer dans l’opinion publique ? Fait-il cavalier seul ? Dans les temps très difficiles que nous vivons, en a-t-il le droit ?

Toutes ces questions, au fond, se ramènent à une seule :  M. Merz est-il encore l’homme de la situation ? Chaque heure qui passe, hélas, confirme que la réponse pourrait bien être non.

 

Pascal Décaillet

 

18:30 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Doris, Vancouver et le son du silence

 

Sur le vif - Dimanche 07.02.10 - 16.20h

 

Présidente de la Confédération suisse, la conseillère fédérale Doris Leuthard passera quatre jours aux Jeux olympiques de Vancouver, cette ville magique dont Véronique Samson, dans l’une de ses plus belles chansons, nous dit qu’on n’y voit jamais le matin.

On en est très heureux pour la Présidente. On ne doute pas une seconde du précieux réconfort de sa présence pour nos athlètes sur place. On n’a rien contre le principe. Mais là, comme dirait Didier Cuche, on a envie de crier : « Pouce ! ». Nous vous aimons bien, Madame Leuthard, mais nous ne sommes pas sûrs qu’au plus fort de la guerre économique que nous mènent nos chers voisins et amis, quatre jours de Colombie britannique constituent, en termes de communication, le meilleur des signaux.

Oh certes, cette absence ne changera pas la face du monde, ni ne dégarnira le front de manière fatale. Mais le signal ! Notre Suisse, attaquée de toutes parts, n’a pas de gouvernement, tout le monde en convient : juste sept chefs sectoriels juxtaposés. Cette faiblesse de structure, précisément, prévue pour le calme plat, montre ses limites lorsque souffle la tempête. Pas de gouvernement, pas de cohérence, pas de force de frappe, pas de cabinet de guerre, pas d’unité de parole, sept langues, sept discours, et parmi eux combien de dérapages. Une imprudence de Micheline Calmy-Rey. Les gaffes répétées de M. Merz. Des conditions de crédibilité très difficiles pour le Conseil fédéral.

Des conditions, désolé de casser la fête, qui ne rendent pas très opportun un déplacement présidentiel de quatre jours dans les embruns du Pacifique canadien. « Le son du silence, il faut l’avoir connu », chante Véronique Sanson dans « Vancouver ». On ne saurait résumer mieux la situation.

 

Pascal Décaillet

 

16:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

06/02/2010

M. Merz ne pourra plus se maintenir longtemps

 

Sur le vif - Samedi 06.02.10 - 18.50h

 

Jusqu’il y a un an – jusqu’à son année présidentielle – Hans-Rudolf Merz était le conseiller fédéral que j’admirais le plus. Excellent ministre des Finances, lucide et déterminé dans sa lutte contre l’endettement, homme de culture, parfait polyglotte, l’Appenzellois m’apparaissait comme une synthèse des qualités des Suisses : travailleur, pragmatique, allant son chemin contre vents et marées, sans trop se soucier de ce qu’on disait de lui.

 

Hélas, il y eut 2009. Pour mille raisons, l’homme se révéla beaucoup moins bon comme fédérateur d’un collège que comme ministre sectoriel. Il est vrai, aussi, qu’il ne fut pas épargné par la Providence. Il n’est pas question de faire ici le procès de cet homme de valeur qui, face aux circonstances, a manqué de chance. D’autres, dans les années calmes, bien moins compétents que lui, sont passés entre les gouttes. Parce que la Suisse de ces temps-là était une Suisse sans enjeux. Parce que l’argent coulait à flots. Parce que Paris, Berlin (ou plutôt Bonn), Rome, Bruxelles et Washington, tout heureux de profiter de nos avantages, nous foutaient la paix. C’était le temps où on ne connaissait même pas, dans la rue, les noms des conseillers fédéraux. Ce temps-là, je ne le regrette pas une seconde : je préfère mille fois la douleur d’aujourd’hui, dans sa vérité et sa mise à plat des enjeux de pouvoir, à l’anesthésie béate de cette période.

 

Homme de valeur, oui. Manque de chance, oui. Mais aussi, à entendre des langues qui se délient, en coulisses, jusqu’à l’intérieur de sa famille politique, un profil qui n’est pas celui d’un chef. Et, dans la parole publique en temps de guerre économique (oh oui, c’en est une), des glissements aussi ahurissants que coupables : à cet égard, le patron d’economiesuisse, son camarade de parti Gerold Bührer (ancien président du parti radical suisse) a raison de condamner aujourd’hui, sur la radio DRS, l’allusion de M. Merz, mercredi dernier, à l’échange automatique d’informations. Imagine-t-on un général faisant savoir à l’ennemi qu’il est prêt à abandonner telle part de terrain ? C’est tout bonnement suicidaire.

 

Quand on ajoute cette gaffe à toutes les autres, en particulier dans l’affaire libyenne, on se dit que ça commence à faire beaucoup. Et franchement trop. Et ce murmure, grandissant, provient, de plus en plus, de son propre camp. Ce sont là les premiers signes d’un procédé de lâchage. Il est donc fort probable, au soir de ce samedi 6 février 2010, que Monsieur Merz ne puisse sans doute pas accomplir son mandat jusqu’au terme de législature, soit l’automne 2011. En clair, son départ devient, pour le pays, une option plus souhaitable que celle de son maintien.

 

Pascal Décaillet

 

18:50 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/02/2010

Mektoub, tralala

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 04.02.10


Deux partis pour un même fonds de commerce, c’est un de trop. Qu’on s’appelle Eric Stauffer ou Eric Leyvraz, point n’est besoin d’avoir fait Polytechnique pour le comprendre. L’un de ces deux partis, le MCG, s’apprête donc à dévorer l’autre tout cru, c’est écrit, mon ami, c’est le destin, et Mektoub et tralala, Stauffer c’est le milan, l’UDC genevoise, c’est la palombe.

Et puis quoi, une OPA sur un parti concurrent, quand on a connu les fièvres prétoriennes des renversements de régime dans l’Océan Indien, c’est juste une promenade de santé, disons la descente de la Treille en chasse-neige.

Donc, mon frère, moi, si j’étais Blocher (tu me pardonneras la déraison de cette hypothèse), je descendrais à Genève, histoire de secouer un peu les troupes. Tournées de popotes, bretelles à remonter, inspection du matériel, lustrage des gamaches, la routine.

Je leur dirais : « Mais battez-vous, que diable ! Arrêtez de vous laisser marcher dessus par un type à qui on n’achèterait même pas un tracteur d’occasion. Bougez-vous. Existez. Ou alors, mourez. Mais au moins avec classe. Avec délicatesse. Avec panache. Soyez le loup de Vigny, face à la meute. Soyez comme ces sublimes animaux, dont je suis l’avocat. Soyez le dernier carré. Mourez, mais avec au moins le mot de Cambronne. Soyez Genevois, quoi. »

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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02/02/2010

Des méthodes d’Etats voyous

 

Paris et Berlin se seraient-ils donné le mot pour faire exploser l’UDC, en octobre 2011, bien au-delà de la barre des 30% ? Ces deux capitales seraient payées directement par Christoph Blocher, elles ne s’y prendraient pas autrement. L’insupportable arrogance avec laquelle nos deux grands voisins (et, jusqu’à nouvel ordre, amis, mais ça ne se voit pas beaucoup, ces temps) traitent notre petit pays, dans l’affaire dite des données volées, a pour résultat immédiat, dans la majeure partie de la population, de développer le vieux réflexe de cohésion nationale face aux grands ensembles qui entourent la Suisse. Même ceux qui ne sont pas d’ardents défenseurs du secret bancaire en viennent, par lassitude, à en avoir assez des pressions et des tonalités suzeraines de la France et de l’Allemagne.

 

Les Suisses, dans leur grande majorité, ne sont pas des idiots. Ni des naïfs. Ni des idéalistes. Enfants d’un petit pays, sans grandes ressources naturelles, ne devant sa prospérité qu’à la seconde moitié du vingtième siècle, ils savent d’instinct ce que sont les rapports de force, les vrais raisons derrière les paravents de la morale : ils ne sont pas dupes. Ils savent, les Suisses, à quel point les fiscalités de la France et de l’Allemagne sont confiscatoires, à quel point les collectivités publiques de ces deux pays sont gourmandes, les Etats dépensiers, sous prétexte ici de jacobinisme, là d’héritage bismarckien, en effet fondateur des assurances sociales en Europe, à la fin du dix-neuvième siècle. Ils savent, les Suisses, que la France et l’Allemagne sont aujourd’hui des géants endettés, aux abois, donc prêts à aller chasser l’argent là où il est, à n’importe quel prix. Là sont les vraies raisons, elles n’ont rien à voir avec la morale.

 

Payer officiellement des informateurs, c’est une méthode d’Etat voyou, il n’y a pas d’autre mot. Dans ces conditions, le président du PDC suisse, Christophe Darbellay, a raison d’exiger le gel des discussions sur l’accord de double imposition avec l’Allemagne, tant que la question n’est pas réglée. La Suisse n’a aucune raison de se laisser impressionner par ces deux chers voisins, dix fois plus grands qu’elle, dix fois plus puissants, mais dont les systèmes fiscaux, la gestion de la dette publique, sont tout simplement moins bons. Nous sommes dans un état de concurrence aiguë, il faut savoir serrer les coudes, dissocier l’intimidation de la morale. Bref, garder son sang-froid. Comme notre pays, finalement et malgré les sarcasmes, a toujours très bien su le faire lorsque sont survenues, par le passé, des crises majeures.

 

Pascal Décaillet

 

 

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