26/03/2010

Les années-lumière

 

Un président de la Confédération pour deux ans : c’est tout ce dont a réussi à accoucher, hier, l’actuel Conseil fédéral pour la réforme de sa propre institution ! C’est une demi-mesure, même pas, c’est tenter de sauver le vieux système, vieilli et vermoulu, par un ultime lifting, la désespérance d’une cosmétique. Décidément, ce collège-là est à bout de souffle, et avec lui l’institution. C’est un autre système qu’il faut à la Suisse : un vrai gouvernement, cohérent, avec une épine dorsale idéologique, légitimé par une élection populaire. Nous en sommes loin, très loin, à des années-lumière.

 

Bien sûr qu’il faut un président sur une période plus longue. Deux ans c’est un minimum, il faudrait quatre. Mais là n’est pas l’essentiel. Le rallongement de la période présidentielle n’a de sens que s’il s’accompagne d’une révolution institutionnelle remplaçant les gouvernements de hasard d’aujourd’hui par des collèges cohérents, cimentés, charpentés. Et surtout, orientés sur une stratégie de législature : gouverner, c’est vouloir aller quelque part, ensemble, et non multiplier par sept les directions du bateau, voire ses dérives.

 

Gouvernements de hasard ? Bien sûr ! Dans ce pays-là, monsieur, on n’élit pas, on colmate les trous. Un ministre, au demeurant ni malade ni acculé par un scandale, décide de partir en pleine législature. Alors oui, on écope, on cimente la brèche : on élit un passant : parfois, cela donne tout de même, Dieu merci, des hommes d’Etat, parfois le passant reste passant. Et il passe. Et il n’en peut plus de passer. Il passe les murs, il passe les années, il passe et puis un jour il trépasse. En temps de paix, peinard, style Trente Glorieuses, ça peut à la limite jouer. En temps de crise, style secret bancaire, affaire libyenne, voire pire si entente, cela confine à la honte du politique. Est-ce cela que nous, citoyens de cette démocratie exemplaire qui n’a pas à rougir de ce qu’elle est, voulons ?

 

Ce système, bien sûr qu’un jour nous en changerons. Et, comme toujours, comme en 1798, comme en 1848, comme après la grève générale de 1918, nous agirons sous la pression d’une crise. Tout cela, à cause de l’impéritie, de la frilosité, du manque de vision des gouvernants actuels. Gouverner, c’est prévoir. Ce Conseil fédéral-là ne voit rien. Il est le plus mauvais depuis très longtemps.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

06:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Est-ce la structure qui est soudainement devenue mauvaise ou est-ce plutôt ce qui est contenu dans cette structure qui s'est peu à peu altéré, notamment par l'élimination plus ou moins planifiée des derniers éléments encore vivaces ?

Balancer une structure, si finement imbriquée dans l'articulation de notre pays, sans se poser cette question me paraît singulièrement imprudent.
A moins que cela ne soit délibéré : une occasion pour les "forces de progrès" d'imposer un système majoritaire neutralisant de fait l'expression populaire, en confiant la souveraineté réelle à une représentation soi-disant démocratique mais fonctionnellement oligarchique, à la française on dirait un "établissement UMPS".

En clair, remplacer ce qui fait l'essence même de la structure politique de notre pays par un autre système de représentation, tout spécialement calibré pour qu'un tiers de l'électorat ne puisse plus jamais obtenir de représentation politique réelle (1).



(1) un exemple en France de cette stratégie, généralement mise en oeuvre quand les rentes de situation des diverses oligarchies sont mises en péril par des outsiders :

http://www.lefigaro.fr/politique/2010/03/26/01002-20100326ARTFIG00023-des-deputes-ump-veulent-en-finir-avec-les-triangulaires-.php

Les politiciens suisses MSM en rêvent d'un tel système, où les choses seraient décidées exclusivement entre "gens de bonne compagnie", sans fâcheux....... sans le peuple.

Écrit par : Paul Bär | 26/03/2010

"Ce Conseil fédéral ne voit rien. Il est le plus mauvais depuis très longtemps." Cher Pascal Décaillet, comme vous avez malheureusement raison. Lorsque des citoyens critiquent nos "pseudos autorités" fédérales, cantonales et communales eux aussi ils ont raison. Le Pays est gouverné par des INCAPABLES. Regardez le canton de Genève, c'est la ruine au niveau politique. Dans d'autres régions de Suisse les remarques sont les mêmes. Quelle solution trouver afin de remédier à cet état de chose ? Si vous avez des solutions, n'hésitez pas à publier un nouvel article, nous sommes preneurs.
Bon week-end

Écrit par : ChrisPike | 26/03/2010

Et si nos élites politiques étaient tout simplement à l’image de la population et des médias ?

En effet, même si les 7 conseillers fédéraux n’ont pas été choisis directement par le peuple, cela n’empêche qu’ils ont été élus par la population et celle-ci ne peut, du coup, que s’en prendre à elle-même si elle a fait les mauvais choix.
Mais c’est tellement plus facile de jouer les gérants d’estrade et de distribuer des bons points lorsqu’on n’est pas directement au front et tiraillés entre des positions aussi valables qu’inconciliables….

Quant aux médias, c’est bien eux qui du jour au lendemain (ou presque) ont décidé que des élus «peopolisés» étaient meilleures vendeurs que les quasi inconnus qui nous gouvernaient alors. Résultat ce n’est plus un conseil fédéral solidaire qui nous gouverne mais 7 dirigeants condamnés à être jugé sur leur image plutôt que sur leurs actes… Avec les inévitables dérives que cela suppose….

Écrit par : Vincent | 26/03/2010

Je me permets simplement de vous rappeler que votre compatriote P. Couchepin a également été un membre éminent de ce mauvais gouvernement.

En outre je suis vraiment béat d'admiration devant tous ces personnages qui savent mieux de tout le monde ce qu'il faut faire, ce qu'il aurait fallu faire, ce qu'il faudra faire, bref tous les "ifocon" et les "yaka".

Écrit par : Michel Sommer | 26/03/2010

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