28/04/2010

Uli et les chers camarades

 

 

On aime ou non Uli Windisch, on apprécie ou non ses idées, ça n’est pas ici la question.

 

La question, c’est la chasse aux sorcières dont fut victime cet homme, l’an dernier, de la part de certaines personnalités socialistes bien précises, au premier plan desquelles Christian Levrat, pour avoir publié dans le Nouvelliste, le 14 mai 2009, une chronique intitulée : « Notre ennemi : le socialisme de la démagogie et des bas instincts ». Chronique certes assassine, j’ai déjà écrit que je n’aurais pas utilisé ces mots-là, mais enfin chronique, expression libre d’une idée, dans le champ éditorial de Suisse romande, avec l’indépendance que donne le statut de chroniqueur externe dans les colonnes d’un journal.

 

J’ai lu dimanche après-midi, d’une traite, le livre*** que vient de consacrer, juste un an après les faits, le principal intéressé à sa propre affaire. Le constat, textes et documents à l’appui, est encore plus dévastateur que le sentiment qui était mien au moment des faits, où j’avais plusieurs fois pris la plume pour défendre Uli Windisch : au plus haut niveau du parti socialiste suisse, on a voulu sa peau. On a ourdi, tramé, écrit des lettres derrière son dos, mis la pression, demandé sa tête.

 

Et on a bien failli l’obtenir ! Sans la mobilisation de quelques-uns, parmi lesquels Philippe Barraud et Vincent Pellegrini, tout était prêt pour que fût offerte aux caciques du PSS, sur plateau d’argent, la tête de l’odieux importun. Ici, c’est un journaliste de la RSR (livre de Windisch, page 12) qui, aussitôt après parution du texte dans le Nouvelliste, « téléphone à l’Université pour lui demander ce qu’elle pense de la chronique, et, le cas échéant, quelles sanctions elle compte prendre à l’encontre d’Uli Windisch ». Là, c’est Christian Levrat, président du parti socialiste suisse, qui prend la plume pour demander la tête de Windisch. Ailleurs encore, c’est un député socialiste genevois qui saisit le Grand Conseil. Sans compter Stéphane Rossini, no 2 du PSS.

 

Climat typique de chasse aux sorcières, oui. Que recrée parfaitement le livre, en produisant simplement, dans l’ordre chronologique, tous ces différents documents. Il en ressort un goût amer de délation, de petitesse, d’acharnement. Contre qui ? Contre un homme, simplement, qui avait émis une opinion. Nul, chez les chers camarades, ne sort grandi de ce climat d’épuration. A commencer par Christian Levrat, dont on découvre, ma foi, une facette bien peu libérale, bien peu tolérante, plus proche de Fouquier-Tinville que de Jaurès.

 

Et encore, quand vous aurez lu certains articles de Jaurès dans la Dépêche du Midi, au moment de la montée de l’antisémitisme à Alger, dans les années 1880-1890, nous reprendrons amicalement le sujet.

 

Pascal Décaillet

 

*** "L'affaire UW", par Uli Windisch, Editions L'Âge d'Homme, avril 2010.

 

 

 

12:13 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

A sociologue, sociologue et demi ... Uli Windisch n'est jamais qu'un Jean Ziegler en creux.

Écrit par : Santo | 28/04/2010

Si quelqu’un, sur les ondes d’une radio ou d’une télévision, prononçait cette phrase : « Chez nous la xénophobie est un danger constant », tout le monde, y compris son interlocuteur dodelinerait d’approbation, et il ne serait ni interrompu, ni mis en demeure de s’expliquer, ni même poussé à étayer ce propos qui va de soi. Il vient d’énoncer un de ces jugements types qui ont acquis le statut de vérités moralement bonnes. En revanche s’il disait que « Chez nous la xénophobie est un problème largement exagéré », voilà que le sourcil du journaliste se lèverait de soupçon : pour qui roulez-vous ? N’êtes-vous pas de mèche avec les xénophobes ? Quelle mauvaise intention se cache sous vos paroles ? Expliquez-vous plus clairement !

Notre modernité tardive fonctionne sur des préjugés comme jamais l’histoire n’en a connu parce que jamais l’histoire n’a pareillement corseté les opinions dans le fer des mass médias. Notre époque est prisonnière d’un réseau serré de jugements prêts à penser qui empêchent tout simplement de réfléchir et d’argumenter. Et, qui plus est, cette époque s’est immunisée contre toute critique du seul fait que l’allégeance aux préjugés communs prend l’allure d’une libération. La modernité tardive a développé une haine du passé parce qu’elle a décrété que le passé reposait sur des vérités transmises culturellement et jamais suffisamment passées au crible de la critique individuelle. Donc la modernité se définissant par son opposition aux préjugés passés, il ne saurait exister de préjugés présents dans son propre cas ! C’est cette cécité qui l’a rendue détestable.

Pourquoi ? Hé bien, il ne s’agit plus de discuter tel ou tel jugement, de lui opposer des arguments, de faire débat comme c'est le cas à léa suite du papier de Windisch, mais plutôt d’évaluer si celui qui les prononce est animé d’intentions bonnes ou mauvaises. C’est aux intentions supposées qu’on juge les paroles et les actes. Mais notre époque a divisé les intentions en deux clans : d’un côté les bonnes, entendez celles qui épousent les a priori de la modernité, on peut penser ce qu’on veut mais à condition d’être « moderne » c’est-à-dire comme il faut ; de l’autre les mauvaises, celles qui se réfèrent à autre chose qu’à l’immédiateté du monde comme il va. Un auteur passé est dépassé du seul fait qu’il est ancien à moins qu’on reconnaisse à son œuvre son « étonnante modernité » ! Je vous laisse juge de la valeur du compliment…

Et ce sont, bien sûr, les gardiens de la parole convenable qui accordent aux anciennes le statut d’œuvres modernes ou bien définitivement éloignées de nous, c’est-à-dire sans qualité. L’époque n’est plus tenue de réfuter les opinions qui heurtent les siennes, elle les disqualifie, et pour ce faire elle possède une palette d’adjectifs tout à fait performants : réac, vieux-jeu, facho, conservateur, rétrograde, dépassé, nostalgique, pas « citoyen », etc. Le sens de l’histoire est fixé ; s’y soustraire ou simplement prendre ses distances c’est s’exposer aux pires soupçons.

On a évidemment raison de s’élever contre les préjugés, mais il convient de remarquer que les préjugés qui dominent aujourd’hui sont ceux même de la modernité tardive plus ou moins socialisante. On a évidemment raison de prôner l’égalité des hommes, mais pas l’égalitarisme, cette conception qui nie toutes différences entre les hommes, au lieu d’admettre que la réelle égalité entre eux se trouve par-delà les différences qui existent bel et bien. On a évidemment raison d’œuvrer dans le sens de la liberté ; mais qu’au nom de cette autonomie, on conditionne chacun à penser comme il faut, selon les nouvelles valeurs émotionnelles, n’a plus rien à voir avec la liberté.

Ce qui manque aux hommes d’aujourd’hui est un antidote contre l’esprit du temps : une réflexion critique en esprit de vérité pour résister à ces constructions artificielles. Au fond, la vérité est la grande idée à redécouvrir. En attendant, je crois que c’est la culture classique qui est au premier chef porteuse de ces graines de vérité. C’est pourquoi le rôle de la transmission de cette culture est au centre d’une réflexion sur la modernité. Aussi bien les tenants de la nouvelle école que les gardes rouges du discours dominant ont raison de se méfier de la culture : elle pourrait bien les faire vaciller.

Écrit par : Jean Romain | 28/04/2010

Ecrire un livre consacré à sa propre affaire et régler ses comptes, woaw, cela démontre, si nécessaire, ce qui motive et fait avancer "notre" (unique ??) sociologue de droite....

Écrit par : Vincent | 28/04/2010

Il me semble que votre billet est un copié-collé d'un billet intitulé Uli et les Censeurs écrit en juin 2006 sauf erreur.
Dois-je attendre Uli au pays des soviets pour me convaincre que dans un pays dont la grande majorité de la population vote à droite depuis des décennies , tenir des propos de droite est considéré comme *politiquement incorrect" et fait de vous un véritable dissident?

Écrit par : briand | 28/04/2010

Quand on donne de vilains coups, il faut être prêts à en prendre en retour !
Alors quoi, M. Windisch serait le "Calimero" - c'est trop injuste - autorisé à s'en prendre très méchamment à la gauche - sans distinction - en des termes qui ne font pas honneur à sa plume inopportunément trempée dans l'acide.

(...)"A commencer par Christian Levrat, dont on découvre, ma foi, une facette bien peu libérale, bien peu tolérante, plus proche de Fouquier-Tinville que de Jaurès." écrit M. Décaillet.
Pas besoin d'en dire autant de M. Windisch ; on sait depuis longtemps qu'il hait la gauche. Quant à sa tolérance...

Écrit par : Michel Sommer | 28/04/2010

Il est affligeant de constater qu'on n'arrivera jamais à lire tout ce que l'on voudrait.
.......et les œuvres complètes de l'indispensable et délicieux Charles-Albert c'en est où ?
p.l.

Écrit par : pierre losio | 29/04/2010

Uli Windisch est le seul professeur de sociologie qui me conduise à penser que la sociologie n'est pas nécessairement juste une pseudo-science de plus. C'est un signe révélateur que le rectorat de l'Université ne l'ait pas soutenu - en l'année 2009, année Calvin, il fallait se souvenir de Michel Servet.

Écrit par : Michael Kohlhaas | 29/04/2010

Il faut quand même rappeler la source de l'histoire: un prof d'Uni qui compare, dans un article, les socialistes suisses aux nazis. Après, qu'il ait peur pour sa place et mobilise ses amis journalistes, rien que de très naturel et compréhensible.

Écrit par : lib | 29/04/2010

Tout à fait d'accord avec lib en rajoutant qu'il mentionne son titre de professeur dans la signature de l'article.

Écrit par : broutard | 29/04/2010

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