26/05/2010

Le droit au logement n’existe pas

 

 

Sur le vif - Mercredi 27.05.10 - 10.29h

 

Hier, la Constituante genevoise a franchi un cap. De sympathique amicale de causeurs et de ratiocineurs, elle est devenue ce qu’elle doit être : le point de rencontre d’antagonismes dialectiques, le lieu où s’affrontent les rapports de forces. C’est un peu plus dur, un peu moins sympa, moins convivial. Mais cela existe : cela s’appelle la politique. Se tutoyer à la buvette, ça va un moment, mais ça n’est pas pour cela prioritairement que le peuple envoie les gens représenter ses idées.

 

Hier, la gauche a fait ce qu’il ne faut jamais faire : elle a quitté la salle. Elle a pleurniché. Elle a larmoyé. Ce matin, elle dénonce la méchante majorité droite-MCG qui a fait passer le très méchant amendement de l’ignoble Patrick-Etienne Dimier, supprimant d’un coup 14 propositions de commission. Ah, les mauvaises gens, qui ont eu l’outrecuidance de se mettre ensemble pour constituer une majorité !

 

Eh oui, la droite et le MCG, cela constitue une majorité. C’est valable à la Constituante comme dans d’autres assemblées, d’ailleurs. Autant le Grand Conseil genevois, version 2009-2013, que (dans une moindre mesure) la Constituante sont dominés par des majorités de droite, qui ne proviennent nullement du droit divin, mais du seul souverain qui vaille, le peuple. Qu’hier, cette majorité-là se soit regroupée pour éliminer un excessif fatras de « droits » allant dans tous les sens, est peut-être de nature à faire pleurer la gauche, mais ne constitue strictement rien de scélérat ni de putschiste.

 

Ce que la gauche de cette assemblée paie, c’est sa profusion à vouloir édicter des « droits » tous azimuts : droit au logement (lobby de l’Asloca), droit à une allocation, droit à un salaire, droit à un territoire aménagé, il y en a même qui parlent du droit à la santé ! Une vision du monde d’enfants gâtés, assistés, attendant tout de la maternelle bienveillance d’un Etat Providence, protecteur, un Etat cocon qui leur sourirait en leur rappelant leurs « droits ». Et des générations d’enfants grandiraient dans la suprême béatitude de cette communauté humaine où ils pourraient se prévaloir de tous les droits du monde. Et où l'on ne parlerait jamais des devoirs, de l’extrême difficulté de la vie, du combat pour s’imposer, toutes choses considérées comme archaïques, ancestrales, des reliquats de ces temps noirs où existait la violence.

 

Hier, la droite de la Constituante s’est souvenue qu’elle existait. Dans un coup bien préparé, mais parfaitement légal, elle a sifflé la fin d’une récréation consensuelle, où l’on s’écoute parler davantage qu’on ne construit des projets solides. C’est impopulaire, mais il faut le dire : il n’y a pas plus de « droit au logement », sur cette terre, que de droit à quoi que ce soit. Il y a les droits de l’homme, oui, qui sont une grande chose, mais dont tout le monde sait qu’ils ne sont jamais acquis. Pendant que vous lisez ces lignes, sur toute la terre, on les bafoue, on torture, on tue. Ces droits-là, oui, méritent toute la force de nos combats. Mais le « droit au logement », pur produit de l’idéologie Asloca qui entend maintenir (par la reconquête) son espèce de droit permanent à siéger au Conseil d’Etat, non. C’est un intérêt sectoriel parmi d’autres. Mais ça n’a rien à voir avec la Charte fondamentale d’une République.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires

Cela rejoint ce que dit Vladimir Boulovsky dans son livre "L'Union européenne, une nouvelle URSS ?" que je reviens de relire.

Le dissident soviétique y distingue en effet les "libertés de faire" des "droits d'avoir" ...

Écrit par : Francis Richard | 26/05/2010

Nous venons de recevoir notre congé, ma famille et moi-même. Ainsi que tout le reste de l'immeuble, car nous payons des loyers décents pour de grands appartements en centre-ville.
Certains locataires, dont des nonagénaires, sont là depuis 45 ans!
Les enfants gâtés ce sont les petits nantis qui ont reçu tout cela en héritage, ils n'ont donc jamais rien fait pour.
2/3 des cytoyens de ce pays sont locataires, non pas par choix mais par obligation. Ils engraissent des spéculateurs appelés propriétaires.
Vous, toujours si prompt à parler majorité devriez relire votre petit papier.
Et moi de dire merci à l'Asloca de nous soutenir, contrairement à la caste héritière et de ses sbires pigistes.

Écrit par : C'est cela! | 26/05/2010

Je crois que vous ne situez pas le problème au bon endroit. Si une majorité veut faire passer en force toutes ses idées, cela n'est aucunement un problème.

Au passage, l'argument de Dimier de vouloir une constitution courte est absurde. S'il voulait effectivement cela:
Pourquoi le MCG a-t-il déposé une pluie d'amendements ces dernières séances?
Pourquoi Dimier a-t-il sélectionné les thèses (finalement au nombre de 14)qu'il a supprimé des votes? Pour être cohérent, il aurait du supprimer tout le chapitre.

Il est incompréhensible qu'un amendement (qui devrait être fait sur un texte proposé), balaie 14 votes et quelques débats. Ce qui s'est passé, c'est qu'une majorité a préféré ne pas discuter publiquement de ses refus. Je ne vois pas où est la démocratie là dedans.

La gauche a une position sage: Si la droite veut faire comme cela, évitons de perdre du temps et des millions de francs. Que la droite pose sur la table sa constitution et faisons voter le peuple.

Écrit par : Olivier Perroux | 26/05/2010

Le droit au logement fait bien partie des droits de l'Homme. Cela ne fait pas l'ombre d'un doute. L'article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels que la Suisse a signé et ratifié dit la chose suivante:
"Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi qu'à une amélioration constante de ses conditions d'existence. Les Etats parties prendront des mesures appropriées pour assurer la réalisation de ce droit et ils reconnaissent à cet effet l'importance essentielle d'une coopération internationale librement consentie."
Ce pacte fait partie des documents clés qui constituent le cadre législatif international pour les droits de l'Homme.

Écrit par : Pierre Dubois | 26/05/2010

Merci pour votre leçon paternaliste et surtout unilatérale sur la notion de droit: donc, selon vous, l'intérêt sectoriel des propriétaires et de la droite est supérieur par volonté populaire (ou divine) à la protection des locataires.
La charte fondamentale est le fondement de l'état de droit et ne se base pas que sur la volonté du peuple souverain mais aussi sur les garanties de protections des droits vitaux fondamentaux pour les citoyens.
Entre le droit de tous à se loger correctement et les intérêts de la droite à s'en foutre plein les poches je choisis sans aucun état d'âme le premier.

Écrit par : gab | 26/05/2010

Bravo M. Décaillet pour vos commentaires toujours brillants qui savent aller à l'essentiel.
Quand on voit cette famille qui perd son logement, à cause des lois de "droit au logement" et les usines à gaz de l'Asloca, on comprend qu'il faut changer d'optique et de politique.
L'hypocrisie de la gauche genevoise est insondable. Au nom des pauvres, on crée une réelle misère et on empêche les Genevois de vivre décemment.
Quand un dictateur se revendique des droits de l'homme- et ils sont nombreux à l'Onu - on a honte. Quand un prétendu homme de gauche revendique des droits sociaux pour ses propres intérêts politiciens - et son amour-propre - on peut également avoir honte.
L'important n'est pas de se battre pour des droits abstraits, mais pour des personnes concrètes et pour qu'ils aient une vie décente.
Tel est le vrai combat.
Quant aux hypocrites de gauche, qui utilisent le copinage pour avoir un travail à l'Etat, un logement subventionné, une prébende pour une association, ils n'ont qu'à aller se rhabiller.

Écrit par : Lapin rose | 26/05/2010

Si je comprends bien la portée de l’amendement déposé par le MCG, il veut que le droit au logement ne soit pas simplement déclaratif mais qu’il ait un contenu. Il ressort des débats d’hier, podcastés ce matin, que contrairement à ce qui est dit, l’amendement déposé précise que chacun doit pouvoir trouver un logement à des conditions abordables. Voilà bien ce que j’attends de cette constituante, des droits qui ont des contenus. La déclaration faite par l’ex grand commandeur de l’Asolca, Christian Grobet, à propos du droit au logement en dit long. Il n’a été suivi d’aucun effet !!! Si je comprends ce que veut l’amendement MCG c’est que ce droit, sans effet depuis 20 ans, soit transformé en but de l’Etat et que ce dernier permette à chacun de trouver un logement dans des conditions financières supportables. A mes yeux c’est clairement une avancée et non une régression.

Écrit par : Alex Térieur | 26/05/2010

Quand la gauche de droit divin se réveille !

Écrit par : Jean Romain | 26/05/2010

...qui ne proviennent nullement du droit divin, mais du seul souverain qui vaille, le peuple....

Et quid du peuple souverain qui votait en 1992 en faveur du droit au logement ?

Écrit par : Bernard | 26/05/2010

Faut pas confondre assistance et solidarité. C'est pas la même chose ..

Écrit par : bOF | 26/05/2010

"Et quid du peuple souverain qui votait en 1992 en faveur du droit au logement ?"

Exactement. Cette "volonté populaire" ne correspond en réalité, dans l'esprit de ceux qui y font référence, qu'à leur propre opinion ou à celle supposée de leurs électeurs. D'où sans doute l'élasticité de la notion...

Écrit par : rigolaux | 26/05/2010

M. Dimier ne défend pas la veuve et l'orphelin. N'a-t-il pas déjà défendu un certain Stäubli, promoteur immobilier ayant eu recours à une bande de jeunes loubards pour vider les locataires récalcitrants (c'était peut être des squatters, je ne me souviens plus). Est-ce qu'on est à nouveau devant un phénomène de Congés-vente forcée, ayant engendré la montée fulgurante de Christian Grobet, auparavant avocat de l'ASLOCA. Vous voulez son retour?

Écrit par : millepertuis | 26/05/2010

Bonjour,
La gauche aurait-elle oublié que la constituante ne va que proposer un texte au peuple genevois? Rien ne l'empêchera le moment venu de le refuser.
Une nouvelle constitution se construit dans la durée et surtout hors des médias!
Il faut éviter tout rapport émotionnel, prendre le temps de peser, de mesurer chaque article de cette constitution. De plus une constitution ne doit pas être de gauche ou de droite, elle doit être le texte de référence du peuple souverain!

Écrit par : salegueule | 26/05/2010

"Il y a les droits de l’homme, oui, qui sont une grande chose, mais dont tout le monde sait qu’ils ne sont jamais acquis. Pendant que vous lisez ces lignes, sur toute la terre, on les bafoue, on torture, on tue." Le droit au logement figure dans cette déclaration, et est largement bafoué dans tous les pays d'Europe...
De cette déclaration, il doit en exister plusieurs versions, valables selon les lois du profit. Qui ira présenter le dossier devant la cour européenne des droits de l'homme...

Écrit par : Trio-Octet infernal | 26/05/2010

La gauche manque d'ambition. Elle devrait faire voter "le droit d'être heureux" et à partir de là donner à l'Etat tous les moyens de donner ces tombereaux de bonheur aux citoyens: interdire les maladies, les drames familiaux, les licenciements, les frigos vides et les émissions ennuyeuses à la télévision - bref, tout ce qui nuit au bonheur d'une population épanouie!

Écrit par : Stéphane Montabert | 27/05/2010

L'amendement Dimier propose effectivement que l'Etat poursuive le but que chacun trouve un logement correspondant à ses moyens, mais.... "dans la mesures des moyens disponibles".

En lisant l'amendement jusqu'au bout, ça devient nettement différent. Un droit au logement oblige l'Etat à se doter d'une politique du logement et une politique du logement social, cette dernière donnant des boutons aux promoteurs. La proposition Dimier n'oblige rien du tout. C'est finalement elle qui déclame dans le vide de bonnes résolutions.

Écrit par : Olivier Perroux | 27/05/2010

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