30/05/2010

L’Amère de Lille, bleue comme un orange

 

Sur le vif - Dimanche 30.05.10 - 18.14h

 

En comparant ce week-end Nicolas Sarkozy à Madoff, Martine Aubry dérape et se disqualifie. Première secrétaire du parti socialiste français (le poste qui fut, de 1971 à 1981, celui de François Mitterrand), l’Amère de Lille se révèle plus heureuse dans le registre de l’austérité que sur les pistes de l’audace métaphorique.

 

Quand on a incarné soi-même, ministre des Affaires sociales sous le gouvernement Jospin, l’erreur et l’errance des 35 heures (sur lesquelles même DSK veut revenir), il n’est pas sûr qu’on soit la première habilitée à venir donner des leçons. Non que Nicolas Sarkozy n’en ait besoin, certes, mais disons juste une question de décence.

 

Et puis, ce mot, Madoff. Non pas synonyme de mauvaise gestion, mais bel bien de la plus calculée, la plus construite des escroqueries. Faut-il rappeler à Madame Aubry cette période d’affaires et d’argent que fut, hélas, le second septennat de François Mitterrand ? En ces temps-là, et jusque dans l’intimité du pouvoir, les chevaliers étaient plutôt d’industrie que d’honneur. Quand on a ce genre d’héritage à assumer, on laisse Madoff tranquille.

 

Il y a un populisme de droite, tout le monde le sait. Et puis, il y a un populisme de gauche. Celui qui veut faire passer tout Président de droite pour un complice des ignobles banquiers et de l’argent sale. Ce populisme-là, depuis le scandale de Panama (1892), mais aussi depuis certains éditos de Jaurès (eh oui, le grand Jaurès) dans la Dépêche du Midi, existe.

 

On peut, au fond, dire bien des choses. Que la terre est bleue comme une orange. Tant qu’on n’insulte ni la terre, ni les oranges. Tout le reste n’est qu’amertume.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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29/05/2010

Affaire Hainard : mes révélations

 

Sur le vif - Samedi 29.05.10 - 12.27h

 

Quand j’étais petit, il y avait un roman, à la bibliothèque paroissiale (où j’adorais passer mes jeudis après-midi), qui s’appelait « La Curée ». C’était au rayon Zola, entre « L’Assommoir » et « Thérèse Raquin ». Et moi, qui n’avais pas encore découvert ce grand auteur, je croyais que c’était l’histoire de la femme du curé ! C’était il y a bien longtemps. C’était mille ans avant l’affaire Hainard.

 

Infusé jusques aux tréfonds de la moelle par la vie politique genevoise, gardant un œil sur la fédérale (qui m’occupa si longtemps) et un autre sur la valaisanne (ah, celle-là doit toujours demeurer à portée de prunelle), j’avoue avoir un peu décroché des affaires intérieures neuchâteloises. Je ne connais donc pas Monsieur Hainard, ni le fond de son « affaire », si ce n’est par quelques ondes publiques ou nouvelles orangées.


Je suis tout de même, ami lecteur, en mesure de vous révéler que cet ignoble individu :

 

·     a cassé le vase de Soisson ;

·     a commandité le feu de Lee Harley Oswald, le 22 novembre 1963, à Dallas ;

·     est le véritable auteur du Petit Bleu dans l’Affaire Dreyfus ;

·     se trouve être le véritable inventeur du langage épicène ;

·     fut complice de François Mitterrand dans la nuit d’encre de l’Observatoire ;

·     a œuvré comme conseiller vestimentaire de Ruth Dreifuss ;

·     se tenait caché derrière le rideau du Bureau Ovale lors des très riches heures Clinton-Monica Lewinsky;

·     appuya, dans le cockpit de l’Enola Gay, sur le bouton de largage de bombe, un 6 août, dans le ciel bleuté d’Hiroshima ;

·     a conseillé à l’artiste peintre Adolf Hitler de se lancer en politique ;

·     a suggéré à Philippe le Bel de griller les Templiers ;

·     a eu l’idée de la Constituante genevoise ;

·     a lancé un Club Med au Locle ;

·     a scindé son propre canton entre le Haut et le Bas, après avoir lu une histoire de mer Rouge dans un vieux bouquin de sa bibliothèque paroissiale à lui ;

·     a fait en sorte que le volcan islandais se réveille ;

·     œuvre actuellement au retour de la variole et du choléra ;

·     trompe sa maîtresse avec sa femme ;

·     boit du vin neuchâtelois ;

·     croit à la fusion libérale-radicale ;

·     négocie en secret le retour des Prussiens à Neuchâtel;

·     boit de l’eau en cachette ;

·     tire le pigeon la nuit ;

·     noie des chats dans l’Areuse ;

·     n’utilise jamais le point-virgule ;

·     a voté McCain ;

·     s’est opposé à la suppression du corset par Poiret ;

·     prêche que la Curée est bel et bien la femme du Curé, et qu’il la connaît d’ailleurs de très près.

 

Ce ne sont là, bien sûr, que quelques crimes, parmi les plus bénins. Pour les autres, on se référera aux ondes publiques ou aux nouvelles orangées.

 

Que ce dernier week-end de mai vous soit doux comme le passage de l’Absinthe dans la dernière nuit du monde.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

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27/05/2010

Madame l’Amère

 

Epigrammes à trois grammes - Jeudi 27.05.10 - 15.38h

 

A mon excellent confrère Simon Matthey-Doret lui demandant ce matin comment il faudrait l’appeler à partir du 1er juin, Sandrine Salerno, folle d’épicène comme il y a des fous d’épicéas, avait le choix entre « Madame le Maire » et « Madame la Maire ». Avec la fulgurance de l’aiglonne avisant un souriceau, elle a immédiatement opté pour la seconde solution.

C’est bien.

Mais a-t-elle pensé, une seule seconde, à l’euphonie ? A la perverse duplicité des sens ? A Verlaine ? A la musique, avant toute chose ? A la primauté de l’impair ? A la jouissance de l’amertume, lorsque les maux, sous les mots, viennent doucement se glisser ? Comme sous un édredon. En rêvant.

Hmmm ?

 

Pascal Décaillet

 

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La mort, l’oignon

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 27.05.10

 

A part pour ceux qui perdent un proche ou qui pèlent un oignon, je n’ai jamais supporté les pleureurs. A part dans le soleil noir d’un cimetière sicilien, ou peut-être dans quelque vers d’Eschyle, je n’ai jamais supporté les pleureuses. C’est ainsi. C’est mon côté intolérant. Monstrueux.

 

Mais, s’il est un domaine dans lequel j’abhorre l’exhibition des larmes – même celles de Mendès France dans les bras de Mitterrand – c’est bien la politique. Dans ce domaine, que j’observe un peu, on se bat, on gagne, on perd, on meurt, on se relève. C’est le jeu. Le rituel. On prend des coups. On en donne. Mais on ne pleure pas.

 

A la Constituante, mardi soir, que s’est-il passé ? La droite et le MCG, dans une manœuvre habile mais qui n’a rien d’illégal, ont constitué ce qu’on appelle en politique une majorité. Et ils ont gagné. C’est dur, sans doute, pour les partisans du droit au logement et de quinze mille droits disparates. Mais c’est la règle.

 

Je conçois que les perdants en soient fâchés. Aigris. Ulcérés. Napalmisés de colère. Ivres de vengeance. Tout ce que vous voulez. Mais pleurnicher contre les méchants vainqueurs, non. Et puis, il leur restera toujours une ressource : proposer un amendement sur le droit aux larmes. Loin de la mort. Loin des oignons. Là-bas, dans un autre monde. Plus doux.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

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Patrick Ferla: un choix porteur d'espoir

 

La nomination de Patrick Ferla, hier, à la présidence du Salon du Livre, est une bonne nouvelle pour tous ceux qui aiment cet objet tellement précieux qui accompagne nos vies. Je connais Patrick Ferla depuis longtemps : c’est un homme qui aime profondément le livre, et encore plus les auteurs. Il sait les écouter, les mettre en valeur, il a fait le choix, toute sa vie, de l’exigence au service du plus grand nombre. Non pas le discours circulaire, en huis clos, de type « chaîne culturelle destinée aux seuls initiés », mais la culture, sans l’avilir ni la travestir, à destination du plus grand nombre. Sur le seul type de chaînes, en radio, qui vaillent : les chaînes généralistes.

 

Fondateur et infatigable défenseur du Salon, Pierre-Marcel Favre a beaucoup fait pour le livre. Avec son métier à lui, celui d’éditeur, sa connaissance des choses commerciales, son esprit d’entreprise. Avec Ferla, tout en maintenant le réseau, c’est l’espoir d’un affinage qualitatif qui émerge. Au fond, il ne faut pas que mon confrère ne devienne autre chose que ce qu’il est : un passeur. Davantage que son prédécesseur, il pourrait, par quelques signaux d’évolution, accentuer le respect et la mise en valeur des auteurs. J’ai toujours trouvé un peu déprimant, depuis vingt ans, de voir des gens de l’envergure de Chessex, devant une pile de leurs derniers romans, s’ennuyant à attendre le quidam qui voudrait bien venir discuter avec eux. Au Salon, les stands sont trop empilés de façon indifférenciée, comme alignés au cordeau : l’écriture mérite mieux.

 

Autour des auteurs (ne sont-ils pas, eux, les véritables « héros des temps modernes », pour paraphraser Péguy), n’y aurait-il pas une scénographie plus subtile à organiser ? N’y a-t-il pas une meilleure visibilité à leur donner ? Enfin, je crois relayer un sentiment général en appelant à un peu moins de stands n’ayant strictement rien à voir avec le monde des livres, ni même avec celui de la culture. Propagande religieuse, voire sectaire, gnangnans alternatifs en sandales, tiers-mondistes picoreurs de petites graines, marchands du temple, trucs et ficelles, trocs et combines. Bref, le bordel.

 

Après un homme d’affaires avisé (il en fallait un, pour lancer la machine), il est heureux que survienne un transmetteur de sensibilités. Ne devenir que ce qu’il est, c’est le défi de Patrick Ferla.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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26/05/2010

Le droit au logement n’existe pas

 

 

Sur le vif - Mercredi 27.05.10 - 10.29h

 

Hier, la Constituante genevoise a franchi un cap. De sympathique amicale de causeurs et de ratiocineurs, elle est devenue ce qu’elle doit être : le point de rencontre d’antagonismes dialectiques, le lieu où s’affrontent les rapports de forces. C’est un peu plus dur, un peu moins sympa, moins convivial. Mais cela existe : cela s’appelle la politique. Se tutoyer à la buvette, ça va un moment, mais ça n’est pas pour cela prioritairement que le peuple envoie les gens représenter ses idées.

 

Hier, la gauche a fait ce qu’il ne faut jamais faire : elle a quitté la salle. Elle a pleurniché. Elle a larmoyé. Ce matin, elle dénonce la méchante majorité droite-MCG qui a fait passer le très méchant amendement de l’ignoble Patrick-Etienne Dimier, supprimant d’un coup 14 propositions de commission. Ah, les mauvaises gens, qui ont eu l’outrecuidance de se mettre ensemble pour constituer une majorité !

 

Eh oui, la droite et le MCG, cela constitue une majorité. C’est valable à la Constituante comme dans d’autres assemblées, d’ailleurs. Autant le Grand Conseil genevois, version 2009-2013, que (dans une moindre mesure) la Constituante sont dominés par des majorités de droite, qui ne proviennent nullement du droit divin, mais du seul souverain qui vaille, le peuple. Qu’hier, cette majorité-là se soit regroupée pour éliminer un excessif fatras de « droits » allant dans tous les sens, est peut-être de nature à faire pleurer la gauche, mais ne constitue strictement rien de scélérat ni de putschiste.

 

Ce que la gauche de cette assemblée paie, c’est sa profusion à vouloir édicter des « droits » tous azimuts : droit au logement (lobby de l’Asloca), droit à une allocation, droit à un salaire, droit à un territoire aménagé, il y en a même qui parlent du droit à la santé ! Une vision du monde d’enfants gâtés, assistés, attendant tout de la maternelle bienveillance d’un Etat Providence, protecteur, un Etat cocon qui leur sourirait en leur rappelant leurs « droits ». Et des générations d’enfants grandiraient dans la suprême béatitude de cette communauté humaine où ils pourraient se prévaloir de tous les droits du monde. Et où l'on ne parlerait jamais des devoirs, de l’extrême difficulté de la vie, du combat pour s’imposer, toutes choses considérées comme archaïques, ancestrales, des reliquats de ces temps noirs où existait la violence.

 

Hier, la droite de la Constituante s’est souvenue qu’elle existait. Dans un coup bien préparé, mais parfaitement légal, elle a sifflé la fin d’une récréation consensuelle, où l’on s’écoute parler davantage qu’on ne construit des projets solides. C’est impopulaire, mais il faut le dire : il n’y a pas plus de « droit au logement », sur cette terre, que de droit à quoi que ce soit. Il y a les droits de l’homme, oui, qui sont une grande chose, mais dont tout le monde sait qu’ils ne sont jamais acquis. Pendant que vous lisez ces lignes, sur toute la terre, on les bafoue, on torture, on tue. Ces droits-là, oui, méritent toute la force de nos combats. Mais le « droit au logement », pur produit de l’idéologie Asloca qui entend maintenir (par la reconquête) son espèce de droit permanent à siéger au Conseil d’Etat, non. C’est un intérêt sectoriel parmi d’autres. Mais ça n’a rien à voir avec la Charte fondamentale d’une République.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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25/05/2010

Isabel Rochat : communication zéro

 

 

Sur le vif - Mardi 25.05.10 - 17.33h

 

Très étrange, la gestion de la communication, à Genève, dans le Département d’Isabel Rochat.

 

Ce matin, 08.56h, un communiqué de ce Département, cosigné par Madame Rochat, annonce un projet de loi visant à construire cent place de détention supplémentaires à la prison de Champ-Dollon, réputée pour sa surpopulation. Le climat politique, autour de cette affaire, est très tendu. La parole ministérielle, sur ce projet de loi, l’était aussi.

 

Las, Madame Rochat n’est disponible ni ce soir, ni demain matin pour commenter ce projet de loi. Ce soir, ni Georges Lapraz, qui dirige l’Office pénitentiaire, ni Constantin Franziskakis, le directeur de la prison, ne le sont non plus. Ni Mark Müller, conseiller d’Etat chargé des constructions et cosignataire du communiqué !

 

Plus surréaliste encore : le jour même où est annoncé ce projet de loi, on apprend dans un autre communiqué, à 16.59h, que des incidents se produisent depuis hier dans l’enceinte de la prison. 64 détenus ont refusé de réintégrer leurs cellules, la prison comptant le nombre record de 611 personnes incarcérées.

 

Pour commenter cette nouvelle, qui n’est pas moindre, ni Monsieur Lapraz, ni Monsieur Franziskakis ne sont disponibles ce soir !

 

Tout ce beau monde doit assister, en ce moment même, de 17h à 19h, à la séance de la commission parlementaire chargée d’étudier, précisément, l’extension de la prison. Sollicités, chacun de ces Messieurs renvoie la balle à l’autre.

 

Bref, un beau cafouillage. Loin de nous l’idée de sous-estimer l’importance d’une commission parlementaire. Mais l’opinion publique, son droit à l’information, alors même que l'État multiplie lui-même les communiqués (en donnant précisément les références téléphoniques de toutes les personnes pré-citées), ça existe aussi.

 

Conclusion : Madame Isabel Rochat n’a strictement aucune idée en matière d’organisation de la communication.

 

C’est dommage.

 

Pascal Décaillet

 

PS - A moins (mais cette hypothèse serait de nature diabolique) que la nouvelle no 1 (communiqué 08.56h sur extension prison) ne soit destinée à faire écran de fumée sur la nouvelle no 2 (incidents depuis hier à Champ-Dollon). Auquel cas Madame Rochat serait, au contraire de tout ce que j'avance misérablement plus haut, un génie de la communication digne des noces de Machiavel et de Madonna.

 

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20/05/2010

Sale type

 

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 20.05.10

 

Roger de Weck, futur directeur de la SSR, est-il Dieu ? Comme lui, fume-t-il le havane ? C’est l’impression qui se dégage de la lecture de la presse, romande surtout, toute en pâmoison devant  l’homme parfait. Et Européen en plus, le bougre. Dégagé de cette suintante notion de frontière, cet archaïsme qui nous serre dans ses griffes comme une petite mère.

 

Imagine, ami lecteur, que la SSR ait porté à sa tête l’ignoble Filippo Leutenegger. Radical de droite. Proche de l’UDC. Autant dire Satan. Un sale type, celui-là, regard noir, idées d’ébène, menton sûr de soi et dominateur. Un dresseur de fauves. L’homme au fouet. Le Mal.

 

Alors que de Weck, c’est le bien. Parce que de Weck, c’est le centre-gauche. La social-démocratie du Nord, dans toute la blancheur de sa Raison. De Weck, c’est la Lumière. Au-delà de la vulgarité des nations, ces putains de nations qui sentent l’ail et se font la guerre depuis la nuit des temps.

 

Alors que l’autre, le Filippo ! Il a créé la plus fabuleuse émission politique de l’histoire de DRS ? – Fadaises ! Politique-spectacle ! Populisme ! Valet de Blocher ! Iago ! Sale type ! L’heureux élu, en audiovisuel, n’a rien créé du tout. Mais on s’en fout : il incarne le bien. Le parfum de Vestales du service public. Quand on y entre pieds nus, tête nue, en silence. Surtout ne rien déranger. Juste passer.

 

Pascal Décaillet

 

 

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19/05/2010

Quand David cire les pompes de Goliath

 

"Il est parfaitement normal que des Français tuent des Allemands".

Charles de Gaulle, Discours de Guerre, 1942

 

Hallucinants, les propos que j’ai entendus ce matin, au journal de six heures de la RSR, dans la bouche de Nathalie Rochat, présidente des Radios Régionales Romandes (les privés, les petits, ceux qui se battent) en réaction à la nomination de Roger de Weck.

 

Que nous dit Madame Rochat ? Qu’elle se réjouit de collaborer avec la SSR, que cela lui semble essentiel, qu’elle se félicite des « ponts » entre le privé et le public, qu’elle définit respectivement (là, à juste titre) comme David et Goliath.

 

Des « ponts » ? Quels « ponts » ? Au nom de quoi, des « ponts », je vous prie ?

 

Madame Rochat est sûrement quelqu’un de très bien, mais où va-t-elle chercher que, dans un système de concurrence féroce, il faille se faire autre chose que la guerre ? Où va-t-elle inventer des paix séparées qui, en l’espèce, seraient toujours au profit de Goliath contre David ?

 

A décharge de Madame Rochat, il faut noter que cet étrange conglomérat, les « Radios Régionales Romandes », multiplie, depuis des années, les signes de « collaboration », d’obédience, de complexe d’infériorité face au Mammouth public, là où les entités qui composent précisément cette RRR, ne survivant que grâce à leur mérite, leur travail acharné, ne devraient avoir comme seul objectif que d’attaquer. Elles sont déjà en infériorité numérique, financière, elles sont totalement désavantagées par cette matrice à apparatchiks qui s’appelle l’OFCOM. Et il faudrait qu’elles construisent des « ponts » avec la SSR !!!

 

C’est valable pour les radios comme pour les télévisions privées. A qui j’ai d’ailleurs vivement déconseillé d’accepter la moindre miette de redevance, ces perles de condescendance que Circé concède à ses pourceaux. Aujourd’hui, les faits sont là : les gens de Berne, objectivement complices du Mammouth, le favorisent sur tous les plans, multiplient les chicaneries dès que deux télévisions privées ambitionnent un programme commun, d'essence citoyenne, avec vision supra-cantonale. Et il faudrait des « ponts » !!!

 

Moi, je dis non. Quand on fait la guerre, on ne jette pas de ponts. Ou alors, pour traverser la rivière et investir le territoire ennemi. Dans une guerre, on ne pactise pas. Surtout quand on est tout petit.

 

Dans une guerre, on se bat. On tombe. Parfois on se relève. Parfois pas. Mais on s’en fout : dans une guerre, on se bat. C’est tout.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18/05/2010

Roger de Weck : suffira-t-il d’être brillant ?

 

Sur le vif - Mardi 18.05.10 - 17.41h

 

Roger de Weck, l’homme qui succédera à Armin Walpen, le 1er janvier 2011, à la tête de la SSR, est assurément un homme d’une grande valeur. Il a, notamment, dirigé le Tages-Anzeiger et l’extraordinaire journal allemand « Die Zeit », le fleuron de la presse de Hambourg. Roger de Weck est un journaliste de premier plan, l’un des meilleurs de ce pays. Mais cela suffira-t-il ?

 

Cet intellectuel de haut vol saura-t-il être un chef ? Saura-t-il redimensionner son entreprise, dont les déficits abyssaux ont été révélés récemment? Saura-t-il faire les choix qui s’imposent, et qui passeront nécessairement pas des suppressions de programmes entiers ? Saura-t-il s’imposer face aux baronnies, aux féodalités, à la suintante lourdeur de l’Appareil ?

 

Saura-t-il moderniser la machine, embrasser les combat des nouveaux supports, anticiper les technologies du futur ? Saura-t-il insuffler à ce vieux paquebot, dûment stipendié par cet impôt déguisé qu’on appelle « redevance », un esprit de compétition et d’entreprise? Aura-t-il, surtout, la décence de ne pas venir pleurer à l’augmentation de redevance, avant d’avoir, tout au moins, accompli à l’interne les drastiques réformes qui s’imposent ?

 

A ce stade, un très mauvais signal : le choix du nouveau directeur a été salué par le SSM, le syndicat qui ne veut surtout rien changer à rien. Jamais.

 

L’homme aurait-il été choisi pour ne rien déranger ? La question mérite d’être posée.

 

Pascal Décaillet

 

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17/05/2010

Marre d’Elmar

 

Sur le vif - Lundi 17.05.10 - 10.16h

 

On peut avoir été un excellent maire de Zurich et s’avérer un piètre chroniqueur. Ainsi, Elmar Ledergerber, qui se produit tous les lundis matin sur la RSR. Ne parlons pas ici de la forme radiophonique, ce français qui laisse à désirer et que quelqu’un pourrait tout de même, dans l’intérêt de l’auteur, corriger. Non, parlons du fond, et notamment de l’exécrable prestation de ce matin.

 

Pendant une minute et vingt-six secondes, notre bon soldat socialiste, aux bonnes pensées bien pures, exécute Israël avec une systématique dans la mauvaise foi qui pulvérise l’entendement. Réquisitoire à charge, unilatéral, une minute vingt-six secondes de vomissure sur cet Etat « colonialiste », « coupable de terrorisme ». La caricature de la caricature des positions de toujours de nos bons socialistes suisses sur le conflit du Proche-Orient. Tout cela pour démontrer que l’OCDE a eu tort d’accueillir Israël comme membre, et que nous, bons et gentils Suisses, devons nous hâter de boycotter tout produit en provenance de ce pays infâme.

 

Alors d’accord, Monsieur l’ex-maire, adieu oranges de Jaffa, si cela peut vous faire du bien, les agrumes ça pique et ça grattouille. Mais au fait, Monsieur le militant à la blanche conscience, puisqu’il vous sied de vouer aux gémonies certaines adhésions, nous serions très heureux de recueillir votre avis sur la très brillante élection de la Libye au Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

 

Peut-être un sujet pour votre prochain billet, lundi prochain ?

 

Pascal Décaillet

 

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15/05/2010

La dépêche d'Ems du DIP

 

Sur le vif - Samedi 15.05.10 - 09.32h

 

Elle s’appelle Madame Guerrier, je n’invente pas. Elle appartient à la direction de l’enseignement primaire, à Genève, et s’est signalée récemment par l’envoi d’une circulaire qui m’a amené, cette nuit, à me replonger dans mes bouquins sur les causes directes de la guerre franco-prussienne de 1870 (passionnant !), et sur la fameuse dépêche d’Ems de Bismarck, celle qui mit le feu aux poudres, précipita deux peuples dans une guerre sanglante, au final provoqua la perte de l’Alsace-Lorraine.

 

La dépêche d’Ems de Madame Guerrier, c’est cette circulaire dont parle André Duval, depuis quelques jours, sur son blog, et qui amenait hier matin le député radical Jean Romain à exposer, sur Radio Cité, le contenu d’une interpellation urgente au Grand Conseil. Dans cette missive, adressée à ses subalternes avec force exécutoire, Madame Guerrier décrit comme automatique le passage de 1E à 2P. Le problème (et Jean Romain n’a pas eu à se fatiguer exagérément pour aller le dénicher), c’est que le chapitre 27, alinéa 2 de loi sur l’instruction publique stipule exactement le contraire : « Le passage d’une année à l’autre n’est pas automatique » ! C’est réglé, tranché. Métallique. Net. Madame Guerrier a commis une bêtise.

 

Bêtise ? C’est la thèse du DIP. Qui, à lire la Tribune de Genève de ce matin (Jérôme Faas), s’empresse de dédramatiser et surtout d’exonérer le ministre de toute implication possible, avec cette remarque assez ahurissante en République : « Ca n’est pas une directive, mais une note de service. Elle est donc sous la responsabilité de la direction générale, pas sous celle de Charles Beer. Il n’était pas au courant ». Dixit Bernard Riedweg, directeur du Réseau d’enseignement primaire.

 

Que Charles Beer fût au courant ou non, nous l’ignorons. D’une manière générale, il est souhaitable qu’un ministre sache ce qui se passe dans son Département. Ou alors, si « on » le grille, il doit en tirer les conséquences. À noter, d’ailleurs, le souci de Jean Romain de ne pas attaquer le chef du DIP : mieux on s’entendra, dans cette législature qui doit être celle de l’apaisement, mieux on se portera. Ce que veut cibler le député radical et gourou fondateur de l’Arle, ce sont les « pédagos » du primaire, qui auraient essayé, via la circulaire Guerrier, de revenir par la cheminée.

 

De fait, on conviendra que la thèse de la « distraction » est un peu énorme. La loi sur l’instruction publique, réformée par le peuple lors de la fameuse votation « sur les notes » de septembre 2006, tient en quelques lignes décisives (celles-là, précisément), dont on peut imaginer qu’une directrice de l’enseignement primaire les maîtrise dans sa tête. Donc les pistes de la provocation ou du passage en force ne sont pas à écarter d’office. Donc, l’affaire est intéressante, révélatrice d’un climat de résistances internes à la décision souveraine du peuple (76%) en septembre 2006, et ne saurait être écartée d’une chiquenaude au nom d’une erreur passagère.

 

Dans sa dépêche d’Ems, envoyée à ses subalternes avec force exécutoire par Bismarck, le chancelier de fer déclare qu’il s’agit, par des provocations, d' « exciter le taureau gaulois ». Là, Madame Guerrier a trouvé, bien vite et à son corps défendant, son taureau gaulois. Il s’appelle Jean Romain. Il s’appelle l’Arle. Elle leur a offert, sur plateau d’or, l’occasion de se signaler avec quelque fracas.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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14/05/2010

Ni la gauche, ni l’UDC

 

 

Sur le vif - Vendredi 14.05.10 - 16h

 

Ni la gauche, ni l’UDC. Ni la République des camarades, ceux qui ont exécuté Béglé, continuent de croire à un Etat tentaculaire, de nier le mérite de l’individu. Ni la Suisse du repli, fondée sur la mythologie d’un trop lointain treizième siècle, là où notre grande aventure républicaine a vraiment commencé en 1798, ou 1848, en tout cas dans les grands combats de la seconde partie du dix-neuvième siècle. Combats dont je ne comprends absolument pas qu’ils ne soient pas davantage enseignés dans les écoles.

 

Ni la gauche, ni l’UDC. Entre ces deux grandes familles, il y en a tout de même une troisième, globalement composée de l’univers libéral-radical, né de 1848, et de la démocratie chrétienne, issue du double héritage du courant catholique-conservateur au moment du Kulturkampf et de la Doctrine sociale de l’Eglise (1891) de Léon XIII. Aujourd’hui, tout cela est bien lointain. Entre le PDC et le PLR, en termes de modèle de société, la feuille de cigarette est d’une minceur insoupçonnée. En 2010, entre la gauche et l’UDC, il y a vraiment l’espace pour une seule grande famille politique, avec certes ses nuances internes, mais un rassemblement. Une fédération. Dont le nom reste à inventer.

 

Cela, je le dis depuis des années. A Orsières en 2004, à Martigny en 2005, à Saint-Maurice en 2006. Cela, sans doute, aurait dû entre entrepris depuis longtemps. Oui, cela fut freiné par les appétits des uns, les querelles d’égo des grands chefs, les calculs d’apothicaire sur le nombre de sièges au Conseil fédéral. Peu importe. C’est ainsi. On ne refait pas l’Histoire.

 

Mais on peut, parfois, lui donner un coup de pouce. C’est ce que vient de faire Fulvio Pelli, aujourd’hui, dans une résurrection des morts dont seule la politique a le secret, en prônant le grand rapprochement des droites suisses non-UDC dans les colonnes de la NZZ. Darbellay, il y a quelques jours, l’avait précédé. Quelque chose est en train de bouger. Oh, bien fragile, à coup sûr fondé sur des considérations tactiques plus que par le vent de l’Histoire, mais tant pis, le signal est donné, il faut le saluer.

 

Il n’est pas dénué de sel que les deux hommes qui embrassent ce combat-là soient ceux qui ont tant fait, ces dernières années, pour le freiner, les deux cantons (Valais et Tessin) ayant forgé leurs univers mentaux constituant assurément une circonstance atténuante. Cette puissance tellurique des clans, des familles, des couleurs, des fanfares, il n’est pas sûr qu’un Genevois, un Neuchâtelois, même un Lausannois puissent les saisir dans tout l’irrationnel de leur appartenance.

 

On notera enfin qu’en ce domaine comme dans d’autres (oui, l’élévation de l’âge de la retraite), un certain Pascal Couchepin aura, avec avance, vu juste. Ni la gauche, ni l’UDC. Mais un travail commun, vers des objectifs communs, des deux grandes forces qui ont fait la politique suisse au vingtième siècle. Et qui, aujourd’hui, tout affaiblies qu’elles soient, n’en sont pas pour autant mortes. D’ailleurs, en politique, on ne meurt pas. On gît peut-être. Mais on se relève. Et on repart au combat.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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13/05/2010

L'alibi du néant

 

Sur le vif - Jeudi 13.05.10 - 19.36h

 

La Libye, il y a un peu plus d’une heure, a été élue au Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

C’est une honte.

Et c’est, aussi, la démonstration définitive, pour ceux qui, par aventure, nourrissaient encore quelque doute à ce sujet, de l’inutilité totale de cette instance.

En ce jour d’Ascension, les Nations Unies ont plongé, la tête joyeuse et l'âme polyglotte, dans l'innocente apesanteur du néant.

 

Pascal Décaillet

 

19:36 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/05/2010

Sauver Musa

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 10.05.10

 

Jeudi dernier, 13 heures, Brasseries des Tours, Carouge. Autour d’Alain Morisod, plusieurs personnalités s’activent pour faire connaître aux passants le cas de Musa Selimi, de son épouse Nazife et de leurs deux enfants. Musa, 40 ans, employé modèle dans l’une des plus célèbres pizzerias des Eaux-Vives, en Suisse depuis 20 ans, parfaitement francophone, enfants intégrés à l’école, doit quitter notre pays le 5 juillet. Expulsion.

 

Il y a sûrement mille raisons valables pour appliquer la loi dans toute sa rigueur. Musa est sans papiers, il y a des normes, il faut les respecter, tout cela est vrai. Seulement voilà, Musa ne doit pas partir. Parce que le départ de cet homme-là, qui a passé la moitié de sa vie dans notre pays, au point qu’il est aujourd’hui d’ici plus que de là-bas (Kosovo), qu’il y travaille à satisfaction de tous, constituerait un signal dévastateur. Des gens à renvoyer, qui sont venus chez nous pour voler ou trafiquer de la drogue, il y en a hélas, tout le monde le sait. Mais, désolé, pas Musa.

 

Il ne s’agit pas ici de réclamer une régularisation générale. Mais de plaider pour la finesse et l’intelligence du « cas par cas ». Musa Selimi a chez nous un emploi, une dignité et une reconnaissance professionnelles, une famille, des enfants à l’école. Le renvoyer serait une honte. Je n’ai pas dit une erreur. Mais bel et bien une honte.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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09/05/2010

Christophe Darbellay en Monsieur Dimanche

 

Sur le vif - Dimanche 09.05.10 - 19.00h

 

Pris en tenaille, depuis le début de la législature, entre une gauche et une UDC qui multiplient les alliances de circonstance (en matière de défense, c’est criant), le centre-droit de ce pays commence à montrer, timidement, quelques velléités de rapprochement. La Sonntagszeitung de ce matin s’en fait l’écho. Et Christophe Darbellay, il y a quelques minutes sur la RSR, soufflait le chaud et le froid, semi-vérité par ci, non-dit par là, un peu Dom Juan, un peu Monsieur Dimanche, répétant trop souvent qu’il n’y avait « pas de plan sur la comète » pour que cette astronomique considération puisse être considérée comme totalement fiable.

 

Qu’y aurait-il donc, sous cape ? Un projet d’apparentement, pour les élections fédérales d’octobre 2011, entre le PDC, le PLR et le PBD (les UDC qui se sont rendu compte à la 25e heure de l’extrême méchanceté de M. Blocher). Bref, si on laisse de côté cette anecdotique troisième composante qui n’a de charme que sa filiation directe avec la trahison, flotterait tout de même l’idée de jeter sur des listes communes les descendants des vieux ennemis du Sonderbund. Ceux qui croient au ciel, ceux qui n’y croient pas, ceux qui portent cagoule, ceux qui s’en passent, ceux qui ne font Carême que quarante jours par an, ceux qui le font toute l’année.

 

La paix des braves ? Les Montaigu qui n’auraient d’yeux, abruptement, que pour les Capulet ? Oui. Enfin, disons non. La conversion est tellement tardive, elle aura tellement été freinée, depuis au moins cinq ans, par ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, la redécouvrent, qu’il est permis de douter de sa force de frappe. Définie comme elle l’était, à la RSR, elle relève trop des pesées d’apothicaire, là où l’élan des âmes aurait dû la propulser. « Voir l’ennemi de toujours et fermer sa mémoire », chante Brel. Trop de petits calculs, pas assez d’ampleur dans le dessein. Les calculs, oui. Ceux qui brûlent et qui font hurler. Ceux qui empêchent, tout simplement, d’avancer.

 

Pascal Décaillet

18:59 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/05/2010

Trois hommes, le pouvoir, la vie

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Notes de lecture - Samedi 08.05.10 - 19.05h


Voilà un bouquin qui dormait depuis deux ans dans l’une des nombreuses piles qui jouxtent ma table de chevet, j’avais négligé de l’ouvrir, c’est désormais chose faite.

 

C’est l’histoire de trois hommes, le premier est Président de la République, le deuxième Premier ministre, l’autre ministre de l’Intérieur. Les deux derniers se détestent. Le premier dissimule ses sentiments. On s’épie, on se cherche, on se renifle, on se vouvoie, on s’observe en embuscade, à l’affût de la moindre erreur. L’action se déroule entre 2005 et 2007. Les trois hommes s’appellent Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy.

 

L’auteur, aujourd’hui ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche dans le cabinet Fillon, s’appelle Bruno Le Maire. Au moment des faits, il est conseiller puis directeur de cabinet du Premier ministre, Dominique de Villepin. Autant dire les premières loges. À l’épreuve de la lecture, voilà en tout cas un homme politique français sachant écrire. Très jeune, avant l’ENA, il rédigeait déjà un mémoire de littérature française sur la Statuaire dans la Recherche de Proust ! Aujourd’hui, il n’a que quarante ans.

 

Les faits sont connus : ces fameuses deux dernières années du règne de Chirac où Sarkozy monte, n’en peut plus de monter, dans la folle aimantation de sa course vers l’Elysée, et où le locataire de Matignon n’en peut plus d’observer, dans l’impuissance d’un fusible de luxe, l’irrésistible. Au reste, tout le monde le sait, le dit, nul ne s’en cache : on est face à l’inéluctable, c’est ainsi, il suffit juste de purger ces deux ans. Putain, deux ans !

 

Chirac, Villepin, Sarkozy. Et, quelque part dans le triangle, l’affaire Clearstream. Le Premier ministre affaibli. Le soupçon, La rumeur. La haine, entre Beauvau et Matignon, qui va et se promène. Et notre Bruno Le Maire, si bien placé pour compter les coups, mais aussi les fausses douceurs, les promesses de pacotilles. Et il raconte bien, notre futur successeur de Sully à l’Agriculture, tenant son journal, prêtant l’oreille, se faisant discret pour mieux rapporter. Et le résultat, tout simplement, se délecte. La lecture, sur un balcon de mai où les normes saisonnières de température ne sont hélas pas au rendez-vous, ça réchauffe et ça égaie.

 

À tous, de ce livre-là ou d’un autre, excellente lecture !

 

Pascal Décaillet

 

 

19:05 Publié dans Notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Ueli réélu : le climat se réchauffe !

 

Sur le vif - Samedi 08.05.10 - 16.30h

 

À l’unanimité, tout à l’heure à Fribourg, les Verts suisses ont réélu à leur présidence, pour deux ans, le très affable et très climatique Ueli Leuenberger. Ils lui ont certes adressé quelques remontrances, laissant entendre qu’il pourrait se montrer un peu plus ouvert dans son style de commandement, mais enfin ils l’ont réélu. Avec un résultat qui eût napalmisé de jalousie le regretté camarade Brejnev. Et suite à une absence de compétition qui étonne un peu de la part d’un parti qui ne cesse de revendiquer ses souches libertaires, proudhoniennes, sa mise en valeur (au fond très libérale) des individus. Toutes choses qui, en l’espèce, semblent s’être évaporées dès qu’est venue poindre l’immuable noirceur du pouvoir.

 

J’ai toujours dit et répété à quel point Ueli Leuenberger était, à titre personnel, un homme chaleureux et sympathique, aimant les gens, prenant le temps de discuter avec tous, chose au fond assez rare pour être relevée. C’est aussi un homme parfaitement bilingue, aussi à l’aise en suisse allemand sur le plateau d’Arena que devant un auditoire de Denges ou de Denezy, de Fleurier ou de Satigny. Tout au plus, par amitié, lui décommanderais-je certaines vallées latérales du Valais, avec leurs soleils noirs, qui se trouvent m’être particulièrement chères et où reposent la (quasi) totalité de mes ancêtres.

 

À Fribourg, le président-qui-se-succède-sans-la-moindre-opposition-à-lui-même vient donc de déclarer qu’il était temps pour les Verts de vérifier et d’approfondir leurs hypothèses. Hosannah ! Je suis en vérité trop extérieur à ce cercle-là (disons quelques milliards d’années-lumière) pour oser leur prodiguer le moindre conseil, mais enfin, puisque la consigne est désormais à la « vérification » et à l’approfondissement », on pourrait imaginer que cela s’applique à la question du réchauffement. Qui nous est un peu trop servie comme un dogme, quelque chose comme une Infaillibilité, l’Immaculé Argument, celui qui vient du ciel, contre lequel nul ne peut rien, ni la dialectique humaine, ni la force du verbe, ni le jeu de thèses et d’antithèses qui, au moins depuis Aristote, constitue l’essence et l’honneur de la politique.

 

Il sera mis en cause, le dogme ? On osera reconnaître qu’on en a tout de même fait un peu trop, question imminence de l’Apocalypse ? On aura le courage de cette remise en cause-là ? Ou bien, on serrera les coudes sur la rigidité du slogan ? On continuera de traiter de l’ignoble mot de « négationniste » (le même qui, à juste titre, s’adresse à ceux qui nient l’Holocauste) les esprits émettant quelques doutes sur la fin climatique du monde ?

 

Tout cela, nous nous réjouissons de le voir. En attendant, nous souhaitons sincèrement bonne chance à cet homme de courage et d’expérience, d’une pâte humaine fort rare, l’un des vrais sourires, l’une des vraies chaleurs de la classe politique suisse.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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07/05/2010

Et si on changeait les Français ?

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 07.05.10

 

De Gaulle, Mitterrand, Chirac, Pompidou, Giscard, Sarkozy. Tel est l’ordre qualitatif des six présidents de la Cinquième République. Classement assumé par votre serviteur, tenant compte non seulement du bilan, mais de la stature, l’équation à la fonction présidentielle. Sur ce seul deuxième critère, Mitterrand serait d’ailleurs premier ex-æquo. Ce qui est sûr, c’est la sixième place de l’actuel Président : en clair, Sarkozy, aux trois cinquièmes de son mandat, c’est l’échec. Cela en fait-il pour autant un homme fini ? Bien sûr que non ! En politique, tout est réversible, la gloire comme les revers.

 

Aujourd’hui, selon un sondage BVA établi pour Canal+, sept Français sur dix jugent mauvaise l’action du Président. Maladresses initiales (yacht maltais, Fouquet’s), acharnement sur Villepin, manque de majesté dans la fonction, comme si le costume n’était pas taillé pour lui. L’homme, pourtant, ne manque ni d’intelligence, ni d’ardeur à la tâche, mais il y a quelque chose qui ne passe pas. Cela pourrait tenir à ce sentiment profond, obscur, liant les Français à leur pouvoir suprême : de Gaulle était le moine-soldat, incorruptible ; Mitterrand le génial Rastignac de Province, Pompidou le père tranquille. Sarkozy, qui est-il ? Le sait-il, lui-même ?

 

Oh, certes, la conjoncture ne le favorise pas. Mais enfin, fut-elle plus clémente face au de Gaulle de l’insurrection algérienne, au Pompidou ou au Giscard du choc pétrolier, au Mitterrand des manifestations pour l’école libre ? Non, c’est ailleurs qu’il faut chercher : sans doute cette impossibilité historique de la France à s’assumer comme un pays libéral, à de très rares périodes près, dont le Second Empire. Le problème numéro un de ce sixième président, ça n’est peut-être pas Sarkozy, mais les Français eux-mêmes.

 

Les Français, oui. Cette grève de la SNCF en pleine affaire du volcan islandais, quand aucun avion ne peut voler. Cette hypertrophie des syndicats. Cette retraite à soixante ans. Cette insatisfaction permanente. Cette manière de vouloir tout attendre de l’Etat. Oui, ce sont peut-être les Français qu’il faudrait changer. Le problème, c’est qu’ils sont soixante millions. Et que Nicolas Sarkozy est un. Il lui reste deux ans pour renverser la vapeur. Ca n’est ni gagné, ni perdu.

 

Pascal Décaillet

 

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06/05/2010

Raus, Béglé !

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 06.05.10

 

Il suffit de passer huit secondes face à Claude Béglé pour comprendre que l’homme est un maelström. Une tornade. Une bombe atomique. Dès la première fois qu’ils ont dû le voir, les apparatchiks de la Poste ont dû se jurer d’avoir sa peau. A tout prix. Et par tous les moyens.

C’est qu’il aime la vie, le bougre. Il aime le pouvoir. Il aime dominer. Et il le montre. Et il le dit. Et, plus il parlait, plus les autres, jaunes d’effroi, devaient s’étrangler de jalousie. Douleurs ventrales. Malaise. Eructations. Ca les gratouillait, ça les chatouillait, ça les brûlait. Raus, Béglé ! Vengeance.

Et ils ont fini par avoir sa peau : c’était tellement plus simple de virer l’emmerdeur. Plus peinard. Plus syndical. Surtout, pas de remous. Au lit ! Bon, maintenant, il est à Genève, cet homme-là, il va s’occuper des « cleantechs », personne ne sait exactement ce que c’est, mais peu importe : il est là.

Il est là, et Genève tient une aubaine. Parce que, question énergie, c’est Verbois multiplié par le salaire de Mouchet. Tiens, je vais vous dire, mais c’est perso, les cleantechs, c’est un peu sous-modulé : c’est l’Etat qu’on aurait dû lui donner, allez disons les sept Départements, et puis en prime la SSR. Pour la privatiser rapidos. Et puis les SIG, les TPG, la FAD, et même en prime le Palais Mascotte. Histoire de vivre. Oui, simplement vivre.

 

Pascal Décaillet

 

 

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