04/06/2010

Les droits, les droits, toujours les droits

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 04.06.10

 

Droit au logement. Droit à respirer un air pur. Droit à ceci, droit à cela, ils n’en peuvent plus, la frange de gauche de la Constituante genevoise, de décréter les « droits » les plus multiples. Chargés, comme naguère le Jura, Fribourg, Vaud, de réinventer une Charte fondamentale pour leur canton, certains élus de cette étrange assemblée se sont transmués en hallucinés de la position déclamatoire, n’ayant pour toute sécrétion salivaire que la requête tétanisée de « droits ». Des droits, des droits, toujours des droits. Jamais de devoirs. Toujours prendre. Jamais donner de soi. Et Kennedy ? Et sa fameuse phrase, si belle, ils en ont entendu parler ?

 

Etrange conception du monde, tout de même. Singulière idée de la mission de l’humain sur cette terre. Nous serions ici bas, non pour façonner notre destin, mais attendre du Ciel qu’il veuille bien nous concéder des « droits » n’ayant été inventés que dans l’onanisme collectif de quelques surexcités rêvant d’une société meilleure. Les droits, les droits, toujours les droits ! Il faudrait coucher sur le papier tous les rêves de douceur du monde, mobilité douce, développement durable, paix sur la terre, toutes choses assurément fort honorables mais n’engageant que la part de désir et de projection de ceux qui les fantasment. Autrement dit, pas grand-chose.

 

Et puis, surtout, cette idéologie. Recevoir, toujours recevoir. Il y aurait un Etat protecteur, un cocon, et l’assurance que les « droits » décrétés seraient respectés. Alors que tout, dans la vie, de la naissance à la mort, est affaire de combat. Bien sûr qu’il faut les droits de l’homme, là oui, bien sûr que cette conquête des Lumières et de la Révolution française demeure un but constant à atteindre. Mais jamais acquis. Toujours à réinventer. Pendant que j’écris ces lignes, hélas, partout dans le monde, on les bafoue, ces droits, on torture, on tue. Pour les défendre, ces droits, il faut se battre, et non les décréter du haut de ses sandales, tout installé dans sa tranquillité.

 

La vérité, c’est que la vie est dure. Nul progrès n’est acquis. La barbarie, à tout moment, peut revenir. Oui, il faut lutter pour la civilisation. Mais par des actes. Et non par des postures déclamatoires. Aussi ridicules que totalement vaines.

 

Pascal Décaillet

 

06:30 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Le pire est que ces porteurs de sandales en chaussettes s'imaginent faire oeuvre de pionniers en édictant les règles que le monde entier, demain, reprendra. Alors qu'ils ne font que protéger le confort acquis de la petite minorité d'occidentaux gavés que nous sommes, dont la prospérité, reposant sur l'exploitation du reste du monde, ne peut en aucun cas être étendue à ce reste du monde, sauf bond technologique majeur, genre source d'énergie gratuite et non polluante...
Tôt ou tard, il faudra partager et je ne donne pas cher, alors, de droits au coût exorbitant...

Écrit par : Lucy "Sky" Diamond | 04/06/2010

100 % d'accord.La gauche n'a aucune créativité. Elle exige et ne donne rien en retour.

Écrit par : Bertrand BUCHS | 04/06/2010

Bonjour Monsieur. Vous avez raison d'écrire que les droits ne sont pas des oreillers de paresse que l'on nous place sous la tête, une sorte de félicité naturelle, de don du ciel qui devrait nous tomber dessus sans aucun effort. Par contre, je vous suis moins sur l'inaction des fantasmes en tous genres. Pour réaliser sa vie ou participer à la construction de la société, il faut d'abord imaginer un autre chemin que celui qui nous déplaît ou qui nous paraît insuffisant. L'artiste existe pour amener ce rêve, ce new dream. Aux politiques ensuite d'envisager les moyens de changer le monde. Un artiste qui s'engage en politique est comme un journaliste qui en fait de même. Il gagne sur la mise en pratique de réformes. Mais il perd sur sa façon de penser le monde hors de toute influence des lobbies, hors des moyens de pression exercés à droite, au centre, à gauche, hors des élections qui reviennent chaque fois et qui obligent le politicien ou la politicienne à flatter ses électeurs dans le sens du poil... A chacun de choisir sa place qu'il pense être la plus utile à la société. Ne demandez pas à l'Etat ce qu'il peut faire pour vous. Demandez-vous ce que vous, vous pouvez faire pour l'Etat. JFK. Je pense qu'il fallait encore l'écrire car la plupart d'entre nous oublie trop souvent cette petite phrase si importante d'un grand Président assassiné. Très bonne journée à vous.

Écrit par : pachakmac | 04/06/2010

Tous égaux !
Et que tout soit payé par les riches !!

Écrit par : Eugen Billard | 04/06/2010

à propos de droits, très cher Pascal Decaillet,

ref. la constituante GE
ref. la situation économique de GE
ref. son marché de l'emploi

Dans cette gabgie de requêtes aux droits tous azimuts, qui on le comprend en vous lisant, vous amène aux abords de la nausée de cette condition humaine, si contraignante

Dans votre diatribe face à cette actuelle actualité,
n'omettez-vous là un basic:
le droit fondamental du citoyen suisse à pouvoir vivre dans son pays
droit de vie et de vivre qui n'est en aucun cas protégé depuis les bilatérales

Nous parlons de suisses d'origine,

pas de cette majorité de résidents genevois ayant acquis leur droit de se revendiquer citoyen helvète,
sur simple preuve de résidence suisse prolongée euh, de 8 ans?

Écrit par : na...ya | 04/06/2010

... Bon! Moi j'veux bien!
Mais il faut aussi admettre que pour les devoirs, les politiciens sont tous d'accord, le résumé des devoirs du citoyen est assez simple:

"Qu'il vote, puis, ensuite qu'il s'la coince! Nous (les politiciens) ont s'occupe du reste!"

... Pour les droits... c'est plus compliqué!... Et il est interdit de rire!

Écrit par : Père Siffleur | 04/06/2010

Je me permets tout de même de faire remarquer que le thème du logement est quelque chose de très actuel par les temps qui courent, spécialement à Genève. Au dernières nouvelles, le taux de vacances était autour des 0,1%. A moins qu'il ait remonté un chouilla..

Écrit par : Fufus | 04/06/2010

"Dans les période de crise et de chaos, l'exercice de la liberté est le seul qui civilise."

Jacques Laurent, "Histoire égoïste"
(de mémoire)

Écrit par : Malentraide | 09/06/2010

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