10/06/2010

Âmes soeurs

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 10.06.10

 

Je me suis retrouvé hier matin, sur le coup de 07.30h, face à un fou transgénique qui m’a lancé : « Je suis une maîtresse enfantine ». Je me suis d’abord dit qu’il se gaussait, me cherchait, j’ai guetté un pré où l’affaire aurait pu se régler. Je l’ai contemplé : c’était bien un homme, pourtant, nous n’étions ni chez Michou ni à Hambourg, quartier du port. J’ai pris peur.

 

Et l’homme a confirmé : « Je suis maîtresse enfantine ». J’ai rougi, j’ai pâli, j’ai frémi à ses yeux, genres, grammaires, kabbales se sont mélangés dans mon esprit embué, d’étranges pensées salerniennes m’ont envahi, maires, mairesses, j’ai cherché le masculin de l’amertume, j’ai pensé aux points cardinaux, aux boussoles du côté du Pôle Nord.

 

Il faut dire que j’avais là, face à moi, le meilleur des hommes. Il y avait, à côté de lui, toute l’animalité taurine d’Olivier Baud, comme une mise à terre, pour me rassurer. Je me suis dit que, si cet homme-là était une maîtresse, que serais-je, moi-même ? Une ombre ? Une lueur ? Une inconnue dans l’équation ? Une disparition ?

 

J’ai pensé aux genres et à leurs mélanges, aux confluences, aux eaux du Rhône et celles de l’Arve, aux semi-créatures de Platon, dans le Banquet. J’ai pensé, aussi, à la géométrie. La définition de la droite. Le plus court chemin d’un point vers l’autre ? Et si c’était, simplement, la course d’une âme, quelque part, vers sa sœur ?

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

C’est le principe de sur-détermination ! C’est simple : on plaide pour une égalité hommes-femmes et on en arrive à épouser les principes féminins pour anticiper les plus infimes réticences. Ce principe de surenchère fait qu’on est passé au-delà du maximum.

Du même coup, on est passé au-delà de la bêtise épicène, on féminise, non seulement les mots mais encore ce qui ne peut pas l’être parce qu’on est pris par une sorte de phobie des genres séparés : les différences sont devenues des mini-impérialismes. On est devenu masculinophobe. Au fond, c’est la cage aux phobes !

Écrit par : Jean Romain | 10/06/2010

Je n'avais jamais imaginé que vous vous posiez ce genre de question sur vous-même (3ème paragraphe). :-)

Il y quelques lustres que je ne me les pose plus parce "qu'elle était si belle que j'ai changé de psychanalyste" comme dirait W.Allen.

ce billet est vraiment écrit......la classe....vraiment !
jonne bournée
p.l.

Écrit par : pierre losio | 10/06/2010

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