10/06/2010

Neuf membres : un faux problème

 

Commentaire publié dans le Giornale del Popolo - Jeudi 10.06.10

 

Un Conseil fédéral à neuf membres : le Conseil des Etats, aujourd’hui, va se pencher sur la question, via une motion du Vert vaudois Luc Recordon. Si le thème n’a rien de tabou (il est bel et bien urgent de réformer le gouvernement), la proposition, hélas, apparaît comme un peu courte : c’est d’une refonte beaucoup plus drastique que l’exécutif suisse a besoin.

 

Sur un point, les Verts ont raison : certains Départements actuels, celui de Moritz Leuenberger (ministre en exercice depuis le Neandertal) et celui de Didier Burkhalter sont de taille disportionnée. Alors que celui d’Ueli Maurer doit sans doute laisser pas mal de temps libre à son titulaire pour des lectures (bandes dessinées ?), des parties de golf, ou simplement siroter un drink (bio, of course).

 

Le nombre de sept, si biblique soit-il, n’a rien, non plus, de tabou. On peut l’élever à neuf, l’abaisser à cinq, cela n’a, en soi, aucune importance. Ce qui compte, c’est dans quel contexte de réforme beaucoup plus globale ce changement de nombre interviendrait. Si la Suisse se dotait d’un vrai gouvernement, en dégageant du temps pour les ministres, en laissant des secrétaires d’Etat assister aux commissions parlementaires, le nombre de cinq ferait parfaitement l’affaire.

 

Et puis, ne soyons pas naïfs ! De qui émane ce projet de réforme ? D’un Vert ! Cosigné par un autre conseiller aux Etats Vert, le Genevois Robert Cramer. Donc, d’un parti qui aurait, immédiatement, tout à gagner à un collège plus large : il pourrait, sans tarder, y placer l’un des siens. Par exemple qui ? Par exemple, Luc Recordon ou Robert Cramer ! Ah, les braves gens, ah que le monde est bien fait lorsqu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même !

 

Passer à neuf membres, why not ? Mais il n’y aurait là qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Les vraies questions sont ailleurs : rompre avec ce système de passants, où on ne fait que boucher les trous, parce que certains, en pleine législature, alors qu’ils ne sont ni malades ni touchés par un scandale, décident de déposer les plaques. En finir, aussi, avec ces candidats à l’éternité, ces Moritz Leuenberger qui n’en peuvent plus de s’accrocher. Elire des gens en fonction d’un programme, pourquoi pas des listes. Ensuite seulement, il serait temps de voir s’il faut trois, cinq, sept, neuf ou onze ministres.

 

Le projet Recordon est donc de pure convenance pour le bien des Verts. Il ne repose sur aucune réflexion globale, ne propose aucune anticipation imaginative de réforme, ne tire pas les leçons terribles du dernier rapport des commissions de gestion sur la gouvernance en temps de crise (affaire UBS). Il ressemble à une refonte administrative de l’équipage du Titanic, alors que personne ne songerait à pointer son nez dans le hublot. Histoire d’entrevoir cette sublime masse bleutée, qui s’appelle l’iceberg.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

"Les vraies questions sont ailleurs : rompre avec ce système de passants, où on ne fait que boucher les trous, parce que certains, en pleine législature, alors qu’ils ne sont ni malades ni touchés par un scandale, décident de déposer les plaques. En finir, aussi, avec ces candidats à l’éternité, ces Moritz Leuenberger qui n’en peuvent plus de s’accrocher. Elire des gens en fonction d’un programme, pourquoi pas des listes."
Le système actuel va très bien. Ce qui ne va pas, c'est que nous traversons une époque trouble. Aucun système ne nous sauvera. Des listes, des programmes... comme si ces systèmes-là fonctionnaient dans les pays qui les connaissent. A quoi bon commettre les mêmes erreurs que les autres? Surtout en Suisse, pays qui n'a jamais fonctionné comme les autres?
En période trouble, il faut surtout arrêter de tout vouloir réformer. Ce n'est pas le moment. On ne change pas la toiture en plein hiver. Il faut appliquer avec RIGUEUR les principes du système que nous avons. C'est à dire, notamment, éviter d'appeler nos conseillers fédéraux des ministres (ce qu'ils ne sont pas), arrêter de les interpeler et de les interroger sur quantité de sujets qui ne les regardent pas, arrêter de croire qu'il faudrait une présidence plus forte (lequel de ces "sages" voudrions-nous voir s'élever au-dessus de ses collègues? aucun!).

Écrit par : Michael Kohlhaas | 10/06/2010

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