29/06/2010

Deux hommes, l’Elysée, la mort

Francois_de_Grossouvre.jpg

Notes de lecture - Mardi 29.06.10 - 16.52h

 

C’est un livre troublant que je viens de lire ce week-end, fort bien écrit par ma consœur du Monde Raphaël Bacqué, une histoire d’amour et de dépit, avec au bout du chemin le suicide. Mais, s’il est fréquent que des humains mettent fin à leurs jours, il est un peu plus insolite, vous en conviendrez, qu’on retourne contre soi-même un 357 Magnum Manurhin en étant à l’Elysée, à quelques mètres du Président de la République ! C’est pourtant ce qui se produit le 7 avril 1994. Le suicidé s’appelle François de Grossouvre. Le Président, François Mitterrand.

 

C’est un livre triste, en tout cas il finit tristement avec l’enterrement de Grossouvre, Mitterrand qui s’invite dans l’église alors que la famille du défunt n’en veut pas, elle le laissera seul sur le parvis à la sortie, sans lui serrer la main, lui le chef de l’Etat. De la forte amitié entre les deux François, ce jour-là, il ne reste rien. Si ce n’est un monceau de secrets, la plupart aujourd’hui connus, quelques-uns emportés dans les deux tombes, à jamais.

 

Aristocrate de province, maurrassien passé par la Résistance, industriel, François de Grossouvre rencontre Mitterrand au cours de l’hiver 1959. Il est de deux ans son cadet, a fait le même genre de guerre (disons avec la même « évolution »), et cette première rencontre s’opère sous l’un des parrainages les plus prestigieux qui se puissent concevoir : Pierre Mendès France, Françoise Giroud. Côté Grossouvre, c’est aussitôt le coup de foudre. Et ce livre-là, celui de Bacqué, c’est d’ailleurs la confirmation de l’exceptionnel ascendant que François Mitterrand a pu avoir sur certains hommes, celui qu’il eut sur les femmes étant largement connu.

 

Grossouvre a de l’argent. Il finance, ou en tout cas facilite grandement les campagnes présidentielles de 1965, 1974, et celle, victorieuse, de 1981. Il sait se rendre utile, fréquente de très près l’homme qui monte, au point de devenir ce qu’il croit être son ami, son égal. Sur ce second point, en tout cas, il se trompe. C’est le début d’un malentendu dont Raphaëlle Bacqué décrit magnifiquement l’évolution, et qui conduira, un jour, à la rupture. Et, quelques années plus tard, au suicide.

 

De mai 1981, l’arrivée de Mitterrand à l’Elysée, au 7 avril 1994 (le suicide), François de Grossouvre, d’abord conseiller personnel puis responsable des Chasses présidentielles (domaine régalien s’il en est), n’a jamais cessé d’occuper son bureau à l’Elysée. Personne, autour de lui, n’a jamais exactement su ce qu’il y faisait, un puissant mystère entourait la présence de cet aristocrate secret, ne manquant jamais une occasion de montrer sa proximité avec le Prince.

 

Le problème, c’est qu’il y a un moment où il n’y a plus de proximité du tout. Parce que les deux hommes ont rompu avec fracas. Mais le Président, ultime perversité, ne lui demande pas du tout de quitter l’Elysée ! Alors, Grossouvre se met à ruminer. Alerte la presse. Multiplie les propos accablants sur le chef de l’Etat, vipérins d’acrimonie, des mots d’amant éconduit, ou de Montespan délaissée. Autour de lui, tout s’écroule. Plus personne ne le prend au sérieux. Mais il a le droit, tout de même, de rester là. A quelques mètres du souverain. Quêtant un retour en grâce, qui ne se produira pas. Seule la mort, la sienne, le délivrera de cet enfer.

 

Un livre triste, oui. L’un des innombrables dégâts collatéraux de la puissance sentimentale que François Mitterrand, ce diable d’homme, était capable d’inspirer à d’autres hommes, prêts à le suivre comme des chiens, sans autre retour que, parfois, la grâce d’un regard, la possibilité d’un sourire. Etrange histoire, racontée avec talent. Se lit comme un roman. Le roman de deux hommes autour de la mort.

 

Pascal Décaillet

 

*** Le dernier mort de Mitterrand, par Raphaëlle Bacqué, Grasset Albin Michel, mai 2010, 238 pages.

 

 

 

 

 

16:52 Publié dans Notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

28/06/2010

Salam, Alec !

cocktail-party.jpg

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 28.06.10

 

La Genève internationale n’existe pas. Elle est juste une fiction. Juste l’hallucination collective d’une petite clique – toujours la même – qui adore se déhancher autour d’un drink, parler anglais, rêver d’un univers multilatéral qui n’existe que dans leurs têtes. Un doigt de scotch, trois larmes de soda, et le bleu de la planète qui vous caresse l’âme.

 

Il faut voir avec quelle arrogance ils parlent des nations, cet archaïsme qu’ils prétendent avoir dépassé. Il n’y aurait de solutions que mondiales à des problèmes mondiaux, les frontières seraient vulgaires, les problèmes locaux, ridicules.

 

Mais cette petite clique de snobinards de cocktails, lustrée dans le sens du poil par quelques-uns des nôtres qui voudraient s’arracher à leur provincialisme, fut-elle jamais au rendez-vous lorsque l’heure fut grave ? On a vu l’utilité de la SDN au cœur des années noires. On a vu l’éblouissante efficacité du Forum humanitaire mondial, de Kofi Annan.

 

Dès que les choses vont mal, ce petit monde vous lâche, s’évapore. Alors, il convient d’être assez fort pour s’en sortir par soi-même. La force d’un pays, c’est sa cohésion, sa fraternité interne, son envie d’exister. Lorsque les choses vont mal, ces valeurs-là valent mille fois plus que l’amitié des petits fours, des ronds-de-jambe et des salamalecs.

 

Pascal Décaillet

 

16:15 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/06/2010

Un livre d’été, éblouissant

9782070402472FS.gif

 

Notes de lecture - Dimanche 27.06.10 - 15.48h

 

C’est l’histoire d’une femme qui ne dit jamais « je », nous raconte pourtant sa vie, qui est à la fois la sienne et celle des autres, la nôtre. Sans une amie qui me l’a offert, je n’aurais sans doute jamais lu « Les années » d’Annie Ernaux. Sans le miracle d’une Pentecôte-éclair dans le Lubéron, il y a quelques semaines, je n’aurais pas eu l’intense bonheur de m’y plonger.

 

C’est l’histoire d’une femme née au début des années quarante, on l’appellera simplement « elle ». C’est le livre « d’elle », avec son apparence impersonnelle, et c’est notre livre à tous, pour peu que nous ayons frayé avec cette époque et que l’univers de références très français de la narratrice ne nous rebute pas.

 

Dans ce livre-là, nul chapitre, juste le fil du temps qui passe. Chronologique. Et, comme repères, un album de photos, sur lesquelles, de l’enfance à la retraite, apparaît « elle ». Juste pas l’Occupation, ou à peine, mais la France de l’immédiate après-guerre, miséreuse, celle d’avant les glorieuses. La Quatrième République, les guerres coloniales, Indochine puis Algérie, notre jeune fille qui grandit, brille aux études, s’arrache à sa famille paysanne de Normandie, monte à Paris. Et c’est la vie qui va, les souvenirs qui remontent, l’aventure collective d’une génération, jamais de « je », toujours « elle ».

 

Mais l’impersonnel n’est qu’apparent. Elle vit, elle aime, elle souffre, cette jeune femme, se marie puis divorcera, elle enfante et travaille, écrit. L’histoire qu’elle nous raconte ne se cantonne de loin pas à la politique. La consommation, les grands magasins, les pubs, la vie de femme, la pilule dans les années soixante, l’avortement avec Simone Veil, les rapports au sein de la famille. C’est un album de photos et c’est un film, c’est une fresque de mille détails, c’est le « Je me souviens » de Perec autrement raconté, c’est sa vie et c’est la nôtre, ses souvenirs à elle et les nôtres, qui s’entrechoquent.

 

C’est une écriture, surtout, d’une rare limpidité. Le fil du temps qui court sous la plume, le destin des foules allant se fondre dans celui d’une seule personne, « elle ».

 

« Le plus défendu, ce qu’on n’avait jamais cru possible, la pilule contraceptive, était autorisé par une loi. On n’osait pas la réclamer au médecin, qui ne la proposait pas, surtout quand on n’était pas mariée. C’était une démarche impudique. On sentait bien qu’avec la pilule la vie serait bouleversée, tellement libre de son corps que c’en était effrayant. Aussi libre qu’un homme ». (Page 95 de l’édition Gallimard folio, 2008)

 

Le héros, qui est-ce ? Est-ce « elle » ? Est-ce nous ? Et si c’étaient, simplement, les années ? Ce temps commun qui nous enveloppe, ensemble, et fait de nous, avec toutes nos différences, les enfants d’un même destin collectif. Ces années qui nous prennent comme individus et nous transforment, doucement mais irrévocablement, en contemporains.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

15:48 Publié dans Notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

26/06/2010

Pelli flingue le charabia Vert

 

Sur le vif - Samedi 26.06.10 - 17.44h

 

Enfin, quelqu’un a osé. Enfin, un chef national de parti suisse, au plus haut niveau, a eu le courage d’attaquer de front le nouveau catéchisme Vert des entreprises : « Forcer les gens à faire des affaires de façon écologique n’a aucun sens », a déclaré tout à l’heure le président du parti libéral radical, devant deux cents délégués à Lugano.

 

Ce que Pelli défie de front, c’est ce ramollissement du discours, tellement mode, d’ailleurs auto-reproduit par copiés-collés, qui voudrait faire des entrepreneurs les nouveaux champions de l’écologie, plans de relance par ci, nouvelles normes d’isolation thermique par là, snobisme de cocktail du mot « cleantech », le tout sous l’Infaillibilité dogmatique du mot magique, le mot final, « développement durable ».

 

Soyons clairs : il ne s’agit pas ici de prôner la pollution, ni le gaspillage, ni le manque de respect pour la nature. Mais on aime le faire avec bon sens, et pas sous la pression tyrannique d’une idéologie d’Apocalypse. En osant attaquer cette dernière, Fulvio Pelli a dit tout haut ce que les 91% de Suisses n’ayant pas voté Verts en octobre 2007 pensent tout bas.

 

Dans un siècle (oh oui, le monde sera encore là), il y aura toujours des aurores, toujours des crépuscules. Et il y aura toujours des linguistes, aussi, pour analyser la très ridicule préciosité d’un certain discours écologiste extrême au début du 21ème siècle. La mort des forêts, années 80, vous vous souvenez ?

 

Cette dérive des mots, le parti des Verts n’en est d’ailleurs pas le responsable principal, et c’est un paradoxe troublant. Riche d’individualités souvent brillantes, ce parti a su élargir ses horizons au-delà des petites graines et du Larzac. Mais certaines essences de son discours, étrangement, sont allées porter semence dans d’autres partis. Dans les programmes desquels on trouve désormais les mots « développement durable » toutes les trois lignes. C’est pitoyable de récupération, de manque de confiance en soi, oui, Messieurs les PDC, pitoyable. « La sécurité, annonçait sans rire une députée genevoise au pire moment des agressions aux Pâquis, est le quatrième pilier du développement durable » : au-delà du charabia, c’est vraiment le degré zéro de l’effet de mode et du parasitage du discours.

 

Vous voyez, j’ai fait des progrès : je parviens au 2300ème signe de mon texte sans avoir encore couché sur l’immaculé de mon papier le nom « Ueli le Climatique ». Mais diable, on ne se refait pas. Il fallait donc, hic et nunc, que je le couchasse. N’en faites pas autant. Profitez de la magnifique soirée d’été qui s’annonce. Laissez se développer durablement vos désirs de vivre et d’aimer. Echauffez-vous, réchauffez-vous. Jusqu’au dernier matin du monde.

Et quant à vos pollutions, puissent-elles, dans la plus éclatante blancheur de vos draps, se contenter d'être nocturnes.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

17:44 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Imprimer |  Facebook | |

La Présidence du Grand Conseil en séminaire, hors les murs

tTu36.jpg

Lire la suite

15:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

Quand Broulis et Longchamp sauvent l’honneur

 

Sur le vif - Samedi 26.06.10 - 09.15h

 

D’ici quelque temps, donc, un tribunal d’opérette, ne devant son existence qu’à la volonté de revanche d’un clan tyrannique, statuera, quelque part en Prusse, sur les conditions de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi.

 

Il est salé de constater avec quelle obédience devant le fait accompli une grande partie de la classe politique, non seulement accepte sans sourciller le jugement futur de ce corps étranger sur nos affaires internes, mais de surcroît le sacralise. Comme si l’instauration de cette « Cour » était due à autre chose qu’à un accord signé pistolet sur la tempe, avec un régime preneur d’otages. On a le pli et la génuflexion faciles, en Suisse. Sans parler de ce président du Grand Conseil genevois plus obsédé à recenser les « boulettes » de son canton qu’à ouvrir les yeux sur les horreurs d’un régime.

 

Dans ce climat d’inversion des responsabilités, il faut saluer la courageuse position, hier, de la Conférence des gouvernements cantonaux. Présidée par Pascal Broulis, cette instance renouvelle son soutien à Genève. Et regrette amèrement que la Confédération, par-dessus la souveraineté genevoise, soit allée signer des accords impliquant ce canton. La Suisse, rappelait hier soir Pascal Broulis, n’est pas une nation, mais une Confédération. En matière de police, jusqu’à nouvel ordre, les compétences y sont cantonales.

 

À saluer, aussi, le combat de François Longchamp, président du gouvernement genevois, pour défendre l’honneur et la dignité de son canton dans cette affaire. En matière de paiement de rançon (utilisons, une fois, les mots exacts), le radical n’a strictement aucune intention de se laisser impressionner par la veulerie de Berne, il a mille fois raison.

 

Quant aux conditions mêmes de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi, si décriées, de son promontoire douillet, par Guy Mettan, je défie tout lecteur de ce texte d’aller appréhender un homme soupçonné de graves violences sur ses gens de maison, entouré de gardes du corps armés, en sonnant sagement à sa porte, et en lui brandissant poliment un mandat d’amener.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

09:15 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/06/2010

C’est la radio qui nous fait

pilone-radio_545.jpg

Edito du dernier 7-8 de la saison 2009-2010  /  Vendredi 25.06.10

 

Depuis deux ans, dans le 7-8, nous vous proposons ce qu’on appelle une émission de radio. La radio est l’une des passions de ma vie. C’est un art extraordinaire, qui permet à des voix de rencontrer d’autres voix, à des fragments d’âme de s’envoler vers toutes les blessures ou toutes les solitudes du monde.

 

La radio, c’est la vie. Ca n’est rien d’autre que la vie. Avec ses surprises. Ses glissements. Ses actes manqués. Ses lapsus. A vrai dire, nous ne faisons pas de la radio. C’est la radio qui nous fait. La radio qui nous crée, nous façonne. Comme si elle préexistait à notre prétention à en être les artisans, les artistes, les bricoleurs. Car la radio a une âme. Et ce que nous retrouvons, parfois, ce sont quelques haillons perdus de cette âme globale, égarés par miracle.

 

Dans ma vie, j’ai fait toutes les radios. Celle du matin. Celle de midi. Celle du soir. La plus magique est celle du matin. Quand la nuit, doucement, se fond dans le jour. Quand les voix viennent vous réveiller, dans vos lits. La plus magique, c’est maintenant. Le plus magique, c’est notre envie d’en faire et d’en faire encore. Ou de nous laisser faire par elle.

 

Bienvenue à tous dans cette dernière édition de la saison. Ce sont les sons de notre propre radio que nous allons entendre. Des moments de vie. Des moments d’oubli. Des moments d’égarement. Alors, pendant une heure, oui, égarons-nous ensemble.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

10:54 Publié dans Editos Radio cité | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/06/2010

Nez rouge pour Martine

clown_rouge_ombre.png

 

Sur le vif - Jeudi 24.06.10 - 17.25h

 

Maire de Lille et première secrétaire du parti socialiste français, Martine Aubry, légendairement connue pour son humour dévastateur, défend Stéphane Guillon, viré de France Inter, comme elle le ferait pour la veuve et l’orphelin : « C’est la force et l’honneur d’une démocratie de laisser libre la parole des humoristes, leur droit à la moquerie, et même à l’outrance. Le parti socialiste exprime sa pleine solidarité aux deux chroniqueurs ainsi congédiés et, au-delà, à tous les journalistes qui font vivre le débat démocratique ».

 

Devant la noblesse de tels mots, on demeure confondu. Car il est bien connu, à la ronde, que les socialistes sont les rois de l’humour et de la dérision. Jamais, c’est notoire, ils ne s’en prennent à ceux qui les écornent. Au pays de la rose, nulle tentative de censure, jamais. Et bien sûr, dans les propos de l’histrionne du Nord, nulle tentative de récupération facile ou populiste.

 

Le populisme, c’est pour la droite. A gauche, tout est toujours sincère. Toujours intelligent. Toujours le bien.

 

Et toute bête devient ange. Et même le mal, comme chez Ferré, finit par nous faire du bien.

 

L’humour socialiste, c’est extra. Merci Martine.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

17:25 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Huis clos : des ordres d’en haut ?

 

 

Sur le vif - Jeudi 24.06.10 - 10.32h

 

« On avait l’impression qu’il y avait des ordres d’en haut, selon lesquels il ne fallait absolument pas aborder le fond de cette affaire. Il fallait enterrer cette motion le plus vite possible. On ne voulait pas que l’on puisse parler d’éventuelles responsabilités de certains ».

 

L’auteur de ces paroles, hier soir, n’est pas le surexcité Eric Stauffer, mais le député Mauro Poggia, dont tous conviendront qu’il est d’une nature et d’une tonalité légèrement plus modérées. Il revient sur les conditions – décidément étranges – ayant entouré le fameux « huis clos » du Grand Conseil genevois, vendredi soir, alors qu’il s’agissait d’examiner une motion du MCG. Huis clos dont beaucoup, en très haut lieu, aimeraient qu’on ne parle plus. Ce qui n’est pas exactement mon point de vue.

 

A recouper les témoignages, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la manière dont la présidence du Grand Conseil – je dis bien la présidence – a géré cette affaire. Fut-elle présidentielle, ou plutôt partisane ? Comment a-t-elle pu commettre l’erreur de descendre à ce point dans la mêlée en jetant l’opprobre, une nouvelle fois, sur un parti dont chacun pensera ce qu’il voudra, mais dont le peuple a choisi, le 11 octobre 2009, d’envoyer 17 députés au Parlement cantonal ?

 

Comment le président du Grand Conseil, Guy Mettan, a-t-il pu, trois jours avant ce fameux huis clos, soit le mardi 15 juin 2010, se laisser aller à établir une nuance entre les « partis responsables » du Parlement (les six autres) et le MCG ? En sachant qu’il s’exprimait là avec sa casquette présidentielle, et non comme député PDC. De quel droit le président d’un législatif peut-il qualifier l’un des groupes le composant, a demeurant le deuxième (ex-æquo) en quantité ?

 

Le climat qui a présidé, vendredi, à ce huis clos, et surtout à son ahurissant déroulement, est un climat d’exécution. Le vice-président lui-même demande le huis clos, il prend la parole, fustige le MCG. Mauro Poggia demande à lui répondre. Il n’obtiendra jamais la parole. Le huis clos est voté. Et là, hallucinant : le chef du groupe radical, Frédéric Hohl, demande que l’on traite le sujet sans débat. Très singulier comportement dans une enceinte qui s’appelle un Parlement, consistant précisément à laisser les uns et les autres s’exprimer.

 

Dans cette affaire, il y avait une motion, ce qui est un droit parlementaire. L’objet de cette motion (déclarer Hannibal Kadhafi persona non grata à Genève), chacun en pensera ce qu’il voudra, mais il méritait d’être au moins discuté. Ne serait-ce que pour le rejeter. En lieu et place de cela, la présidence du Grand Conseil a soigneusement orchestré le silence, là où devait jaillir la parole. Elle a même organisé la censure à l’intérieur du huis clos !

 

Restent pas mal de questions. Pourquoi Guy Mettan voulait-il à tout prix éviter un débat des élus légitimes du peuple sur Hannibal Kadhafi ? A-t-il des liens ? A-t-il contracté des accords ? Si oui, nous serions heureux de les connaître. Questions renforcées par la très étrange déclaration du président du Grand Conseil, à l’issue de cette séance de vendredi, qui reste en travers de la gorge d’un très grand nombre de députés, y compris au sein du PDC.

 

Voilà. Désolé si j’ai dérangé. Je ne doute pas que la clique tenancière du perchoir 2010-2011 me réponde avec des orgues de Staline. Je les attends dans mon abri antiatomique. Tiens, celui-là même dont j’ai déposé la photo, sur ce blog, avant-hier.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

10:32 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

23/06/2010

Garden : parti !

 

Sur le vif - mercredi 23.06.10 - 16.40h

 

La France, hélas, n’est plus ce qu’elle était. Naguère « mère des arts, des armes et des lois » (dixit le très regretté Du Bellay), la voici avec un président tellement piégé par son image orléaniste, faux cons maltais et petites pépées chez Maxim’s, qu’il en fait un peu trop dans la correction : il supprime la Garden Party du 14 juillet à l’Elysée !

 

La mesure sera-t-elle payante ? Pas nécessairement. Car les Français sont pervers. Les premiers, à l’instar de Péguy, Léon Bloy et même le Mitterrand d’Epinay (1971), ils condamnent les forces de l’Argent. Mais les mêmes se précipitent sur leurs écrans, après le pas cadencé des légionnaires sur les Champs, pour guetter goulûment robes évanescentes, dos nus, décolletés plongeants et starlettes de Croisette dans les très monarchiques jardins présidentiels.

 

Reste une suggestion : pour continuer sur cette louable trace d’économies dans le registre du somptuaire, le Président pourrait peut-être engager un nouveau conseiller pour les affaires apéritives. A première vue, Jean-Pierre Jobin semble avoir du temps libre, ces jours.

 

Pascal Décaillet

 

16:40 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Sauvons l’Histoire

 

 

Sur le vif - Mercredi 23.06.10 - 13.55h - Copié collé

 

C’est la branche majeure. Cardinale. Elle nous éveille au monde, à sa délicieuse complexité. Elle nous rappelle l’intangible noirceur de la nature humaine, le temps des guerres et celui du progrès, les grands mouvements de fond. Les grandes figures, aussi. Elle vient d’un mot grec qui veut dire « enquête ». Aller vers elle, une vie durant, nous façonne, précise nos repères, souvent aussi nous trouble, nous heurte, nous remue. Grâce à elle, nulle tranquillité, jamais. Elle s’appelle l’Histoire. Il paraît qu’à Genève, pour d’obscurs décrets d’apparatchiks, on voudrait en réduire l’enseignement d’un tiers à l’école obligatoire. C’est un scandale.

 

On pourrait en dire tout autant de la géographie, ce long et passionnant chemin vers les repères de notre terre, ses ressources, son climat. Cet ancrage de l’élève sur la planète qui est sienne, sa finitude. Histoire, géo, mêmes menaces de réduction drastique des heures. On va finir par faire quoi ? Par juste obéir aux ukases déterministes de l’économie, qui nous rappelait encore hier, dans une étude, que l’école devait former de bons soldats pour les entreprises. Oh, que le français soit central, je ne vous dirai jamais le contraire. Mais réduire le nombre d’heures d’Histoire ! Alors qu’il faudrait, au contraire, les augmenter.

 

L’Histoire ne forme peut-être pas des employés modèles. Mais des citoyens. Elle aiguise les consciences. Combat les préjugés. Tisse des liens. Met en rapport des choses. Au sens premier, cela s’appelle tout simplement l’intelligence.

 

Il ne faut pas réduire les heures d’Histoire. Il faut les augmenter.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

13:55 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Grand Conseil : tous copains !

 

 

Sur le vif - Mercredi 23.06.10 - 10.54h

 

Dans cette vie terrestre, il n’est pas facile de garder des secrets. En livrer un à deux personnes, c’est déjà le transmettre à la terre entière. Alors, imaginer qu’un « huis clos » tenu par une centaine de députés demeurerait à jamais dans le silence, c’est surestimer un peu la capacité de rétention de la nature humaine. Ainsi, peu à peu, le fil de ces étranges minutes de vendredi soir, à Genève, peut se reconstituer. Nous savons maintenant qu’on a cherché à faire taire. Rien ne le justifiait.

 

Nous savons que la « déclaration finale » du président du Grand Conseil n’engageait que lui, le député Mettan, et non son Parlement, même pas son Bureau. Nous savons aussi que, jusque dans les rangs de son propre groupe parlementaire, on lui en tient rigueur. Nous décodons encore, en lisant les écrits de certains membres du Bureau, cet éternel esprit de caste entre partis gouvernementaux qui se tiennent les coudes, la barbichette, et sans doute d’autres parties du corps que nous ne nommerons pas ici. Parmi eux, un docteur-ès-opacité considérant le Parlement comme une sorte d’amicale, ou de club anglais, détestant la presse et sa liberté éditoriale, rêvant au fond de débats bien fermés, entre soi, n’accédant en aucun cas à la place publique.

 

C’est bien cela que révèle l’affaire du huis clos. L’esprit de club. On débat entre soi, on s’écrit, on se félicite, on vit pour le cercle fermé, comme dans un palais des glaces. Les deux partis de la marge (les non-gouvernementaux) le condamnent, on les rabroue systématiquement. Au final, elle roule pour qui, cette amicale ? Pour le gouvernement ! Pour l’establishment qui se partage portefeuilles, nominations et prébendes. Et là, elle est où, l’indispensable mission de contrepouvoir d’un Parlement ? Elle est dissoute ! Dans le marécage du « tous copains ». Derrière des murs bien fermés.

 

Pascal Décaillet

 

10:54 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/06/2010

La nouvelle salle de réunion du Grand Conseil

Bunker_plan_caval.jpg

12:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/06/2010

Tu m’exfiltres ? – Moi non plus

 

Sur le vif - Lundi 21.06.10 - 16.24h

 

Il y a ceux qui tentent d’exfiltrer, ceux qui filtrent les informations, ceux qui flirtent avec la ligne jaune, et puis il y a l’extase recommencée des fuites : la politique fédérale c’est « Je t’aime, moi non plus », par une nuit glacée de novembre, dans la sucrerie d’Aarberg. Des tuyaux partout, des lumières comme des comètes, les machines qui travaillent en continu. Il y a la verticalité des betteraves qui s’évaporent vers l’Apocalypse. Et toi, dans cette dernière nuit du monde, tu vas et tu viens. Et moi, je me retiens.

 

Je me retiens de quoi ? De te décrire par le menu l’intervention hallucinante que vient de faire Doris Leuthard sur le projet d’exfiltrer les otages libyens. Entre ceux qui savaient et ceux qui ignoraient, ceux qui étaient au parfum et ceux qui se bouchaient le nez, ceux qui commandaient des sous-rapports intermédiaires sur la légitimité d’une action pute-hâtive, et ceux qui omettaient de les lire, c’est toute l’impuissance impersonnelle d’un septuor de rêve qui éclate au grand jour. Pendant ce temps, l’éternité devait sembler un peu longue, sous la nuit étoilée du désert libyen.

 

Mais elle est longue, l’éternité. Surtout quand elle nous laisse sur notre fin.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

16:24 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Exclusif: le dernier PV du Grand Conseil

accueil4-7.jpg

13:38 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les coqs, l’infini

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 21.06.10

 

Samedi, sur la Dranse, en Haute-Savoie, une femme de 27 ans est morte noyée dans un accident de rafting, lors d’une sortie d’entreprise. Nous ne nous prononcerons pas sur ce cas précis, laissons faire l’enquête. Et nous pensons, bien sûr, à la famille de cette jeune femme.

 

Mais il faut dire ici, une bonne fois, l’insondable débilité de ce principe des sorties d’entreprise. Sous l’imbécile prétexte de dynamique de groupe, ou d’esprit de corps, on amène sur des canots de rafting, dans des grottes spéléo, sur des parapentes, des gens qui n’y ont jamais mis les pieds, ne font peut-être jamais de sport le reste de l’année. Les accidents n’y sont pas rares.

 

Encore une fois, nous ne jugeons pas ici le drame de ce week-end. Mais ils se prennent pour qui, les cadres qui organisent ces joyeusetés grégaires ? Pour des sergents de Marines ? Et tout ça, pour quoi ? Les employés ont signé pour travailler dans l’entreprise, le mieux possible, pas pour se faire tuer au nom d’une idéologie de Chantiers de jeunesse.

 

Sans compter ceux qui n’osent pas dire non, de peur de passer pour des trouillards. La puissance d’un torrent, comme la verticalité d’un sentier de montagne, ça s’apprivoise, doucement. Ca ne se conquiert pas, comme des cons, le temps d’un week-end dont sortiraient vainqueurs les plus matamores. Comme des coqs lustrés par le seul infini de leur bêtise.

 

Pascal Décaillet

 

09:15 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/06/2010

Pour qui roule Guy Mettan ?

Sur le vif - Dimanche 20.06.10 - 23.19h


Dans l’interminable affaire Kadhafi, il n’est pas très aisé de saisir le jeu du président du Grand Conseil genevois, Guy Mettan.

 

Pourquoi ce dernier, certes suivi pas une nette majorité, a-t-il voulu le huis clos, vendredi soir, lorsqu’il s’agissait d’examiner une motion du MCG, dont on peut après tout discuter, déclarant « persona non grata » Hannibal Kadhafi. Le ton aurait pu monter ? Et alors ! Le ton monte, bien souvent, dans les débats parlementaires. On aurait pu vexer les Libyens ? Et alors ! Vexer des preneurs d’otages, qui nous ont pourri la vie pendant deux ans, c’est si grave ?

 

À voir l’empressement du président du Parlement genevois à ménager les Libyens, et la même opiniâtreté à charger Genève (les « quatre boulettes » égrenées la semaine dernière sur Radio Cité), on se demande si Guy Mettan a bien compris qui était l’agresseur, et qui l’agressé, qui méprisait le droit, et qui le respectait, qui étaient les preneurs d’otages, et qui les victimes.

 

Très présent dans les milieux internationaux de Genève, où il jouit d’ailleurs d’un carnet d’adresses remarquable, Guy Mettan, au nom du refus de l’ethnocentrisme, a-t-il bien intégré que malgré les « boulettes », nous étions, nous les Suisses, un vieille démocratie et un remarquable Etat de droit n’ayant absolument pas à rougir en comparaison internationale. Et que nos chers partenaires libyens, qu’il tient tant à ménager, sont, eux, sous la coupe d’une caste et d’une clique faisant strictement ce qu’elle veut, au mépris du droit ?

 

Pourrait-t-on attendre du premier citoyen du canton qu’il se soucie un peu plus de ses administrés, un peu moins de son carnet d’adresses ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

23:19 | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Imprimer |  Facebook | |

19/06/2010

Va falloir hausser un peu le ton avec le Cannibale

 

Sur le vif - Oulah oui, très vif - Samedi 19.06.10 - 17.48h

 

 

Bon alors, il lui faut quoi encore, au Cannibale ? Un bain chaud, bien moussant, tiré par la présidence du Grand Conseil genevois ? L’édition princeps de « Huis Clos », in-quarto, dédicacée par Sartre à son Castor ? La tête de Laurent Moutinot enfant, format Jivaros ? La traversée des Alpes, en chemise et sans éléphant, pieds nus, par Hans-Rudolf Merz, jusques aux premiers faubourgs de Canossa ?

 

Ah, mais c’est qu’ils seraient susceptibles, nos frères humains de Cyrénaïque et de Tripolitaine ! Paraît qu’il faut pas les vexer. Pas en rajouter. Pas d’huile sur le feu. Ils nous ont pourri la vie pendant deux ans avec des otages, ils ont conchié les règles les plus élémentaires du droit, ils ont traîné la Suisse, notre pays, dans la boue et dans la honte, mais il ne faudrait surtout pas les irriter. C’est tellement sensible, un Bédouin, dans la grâce naissante du sirocco.

 

Alors, ils l’ont clos, l’huis. Terrorisés à l’idée que le ton pourrait monter. « Persona non grata », le Cannibale ? Vous n’y pensez pas ! Grata, grata, gratissima, willkommen, bienvenue, welcome ! Et cette fois, promis, tes gens de maison, tu pourras les rudoyer, les vilipender, les triturer tant que tu voudras. Vas-y, Hanni, cogne, rosse, nous, cette fois, on ferme les yeux, les oreilles, on cautérise ce qui nous reste de conscience.

 

Huis clos, donc. L’Enfer, c’est les autres. Mais là, l’Enfer, c’est qui ? Je veux dire, qui d’autre que ces enfoirés qui ont retenu deux des nôtres pendant deux ans. Et il faudrait les ménager ! Et il faudrait qu’ils soient personae gratae dans notre République, qui est un Etat de droit dont nul n’a à rougir, où un être humain en vaut en autre, où maîtres en valets n’existent plus que dans les pièces de Molière et de Beaumarchais.

 

Moi, je dis que le Cannibale à Dafi, y a plus un Genevois un minimum sensé qui veut le revoir dans les parages. Non seulement pour le foin qu’il a fait à cause de son arrestation, mais encore et surtout pour tous ces mois interminables où son régime, son clan, sa caste ont joué avec le sort de deux de nos compatriotes. Enlèvement. Recel. Prise d’otages. Mépris total du droit. Et il faudrait qu’il soit grata, le persona !

 

François Longchamp a eu parfaitement raison de réagir fermement à cet hallucinant « dépôt en garantie » de deux millions sur un compte germanique, par la Confédération. Pas un centime ! Ni de Genève, ni d’ailleurs. Il faudra peut-être renoncer à quelques contrats, si nous tenons à récupérer quelques infimes parcelles d’honneur. Il nous faut leur dire, à ce régime, cette caste, bien haut ce que nous pensons d’eux. L’huis, on l’ouvre. En on gueule à s’époumoner. On leur dit, de toutes nos forces, qu’on les emmerde.

 

Pascal Décaillet

17:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Imprimer |  Facebook | |

Dangereux communautaristes sur la voie publique

Ass%20%20Muret%202.JPG

14:16 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Exclusif: le document dont s'est inspiré JR

soutane.jpg

Lire la suite

13:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |