28/07/2010

Genève se paye notre poire

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Sur le vif - Mercredi 28.07.10 - 20.11h

 

Il y a des nouvelles, comme ça, qui vous tombent sur le caillou avec l’outrecuidance dévastatrice d’un alambic. À en croire une radio qui distille, goutte-à-goutte, les plus fermentées des nouvelles d’Etat, la williamine, marque Morand devant l’Eternel (qui n’en est sans doute pas le dernier consommateur) serait d’origine… genevoise !

 

Si.

 

Le père Alphonse Saxoud, à Saconnex d’Arve, en aurait concédé les droits à la famille Morand, au milieu du vingtième siècle et d’un champ de ces magnifiques poiriers, que l’on dit « Bons-Chrétiens » et qui remonteraient au moins à Saint François de Paule, Calabrais de légende qui fonda (je ne vous apprends rien) l’ordre des Minimes.

 

La williamine, genevoise ! Et le cardon de Plainpalais ? D’Orsières ? Diable. Voilà qui tisse et qui métisse, qui trouble et qui sulfate, qui brasse les origines, exhausse les destins, distille la grande Histoire, aiguise nos esprits, vivifie nos sens.

 

Mais si elle est vraie, cette nouvelle, c’est qu’il est super, Saxoud. Et qu’au royaume du diable, qui n’est locataire passager que d’un tout petit bout du Rhône, tout espoir de rédemption, peut-être, n’est pas perdu.

 

D’ici une heure ou deux, là où je suis, je serai allé vérifier. Faites comme moi. Humez. Pensez au père Saxoud. Et reconnaissez que cet esprit-là est beaucoup plus proche de la sainteté que des querelles de frontière.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

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27/07/2010

La faim du mois

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Sur le vif - Et même à pleins crocs - Mardi 27.07.10 - 14.40h

 

Bon d’accord, il avait faim. Il est parfaitement légitime, dans la vie, d’avoir faim. Qui d’entre nous n’a jamais eu faim ? Il a été saisi d’une petite fringale, alors il s’est précipité sur deux génissons de l’alpage du Scex, sur les hauteurs d’Aminona. Et il les a dévorés. L’un des deux a trépassé. L’autre, déchiqueté, il eût été préférable qu’il mourût.

 

D’accord aussi, il n’a pas le salaire qui tombe à la fin du mois, ni chômage, ni sécurité de l’emploi, ni gîte, ni couvert. Être loup, c’est un état de noblesse, des essences de solitude à nulle autre pareilles, ça vous vaut l’amitié du fabuliste, l’admiration des lecteurs, le frisson du randonneur nocturne, l’éveil halluciné du chaperon au monde du désir. En sus (si j’ose), ça vous fait bêler de pâmoison les Verts des villes, et rien que cette intonation-là, ça vous délie les babines.

 

Il n’a rien à lui, le loup, et surtout ni niche ni collier, jamais nul ne l’a dit mieux que deux vers de La Fontaine. Bien sûr, loup c’est mieux que chien. Tout le monde en convient. Même les Verts de la ville. Même les chiens eux-mêmes, à cause du poids de ce collier, pesant détail de servitude.

 

Et puis loup, c’est littéraire. Chien, ça va limite pour la chansonnette. Mais, face à ces premiers princes du sang qui s’en viennent hanter les altitudes de nos alpages, attendre le câlin en bouffant du whiskas, en termes sartriens d’essence et d’existence, c’est un peu juste, vous ne trouvez pas ?

 

Donc, le loup d’Aminona a fait son œuvre. Déjà, celui du Val Ferret, là où opèrent comme bergers des cousins à moi, n’avait pas spécialement fait dans la dentelle à l’heure du goûter. Ah, mais c’est qu’ils ont la dent longue, ces aristos de la prédation, et c’est justement ce retour darwinien des bonnes vieilles lois de la nature qui extasient tant les Verts de nos villes. Les bergers n’auraient qu’à mieux protéger leurs troupeaux, ah les rustres, incapables de clore et leur terrain et le dossier !

 

Alors, va pour le loup, va pour le prince du sang. Adieu moutons, génisses, couvées, adieu le rêve de quelques hommes de s’accrocher, pour un salaire dérisoire, à cette montagne qu’ils aiment tant. Et bienvenue au loup. Willkommen, bienvenue, welcome ! À toi, mon loup d’amour, les herbes grasses de nos alpages. Avec la bénédiction des Verts de la Ville. Bienvenue. Et surtout, bon appétit.

 

Pascal Décaillet

 

 

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25/07/2010

Blocher, les ricaneurs, les moralistes

 

Sur le vif - Dimanche 25.07.10 - 14.15h

 

Il aura 70 ans le 11 octobre, n’a jamais été aussi jeune. Là où d’autres s’assoupissent, il veille. Au cœur de l’été, dans les colonnes du Matin dimanche d’aujourd’hui, il lance une offensive. Une initiative anti-adhésion. Oui, Christoph Blocher tient une forme d’enfer, comme il sied au diable, d’ailleurs il est le diable, le sait, en joue, et des entrailles du néant, brille de mille feux. Bref, Blocher fait du Blocher : c’est dans ce rôle qu’il excelle.

 

Dans son combat contre l’Union européenne, le vieux lion est parfaitement clair, cohérent, il a défini une stratégie à très long terme, s’y tient contre vents et marées, se contrefout de ce qu’on dit de lui. Il est debout. Il se bat. Les aigris, les ratiocineurs ricanent. Ou font la morale. Ils ne savent faire, à peu près, que cela. Pendant ce temps, lui, dans un terrain qu’il étudie depuis quarante ans et dont il connaît chaque anfractuosité, conquiert patiemment des positions, les tient, progresse. Il n’est pas Masséna, ni Joffre, ni Nivelle : contrairement aux apparences, il est loin d’être l’homme des grandes offensives. Il serait plutôt celui de la guerre de position, tranchée après tranchée. Il n’a pas peur du temps qui passe.

 

Je les entends encore, ceux qui l’annonçaient comme mort au soir du 12 décembre 2007, suite au pronunciamiento parlementaire qui avait combiné sa perte. Il aurait fallu ne plus jamais parler de lui, dissoudre jusqu’à la mémoire de ce qu’il avait été. Eh bien non, le fauve est toujours là. Le vrai chef de l’UDC c’est lui. Le diapason des prochaines élections fédérales, c’est lui qui le tient. Et alors que Pascal Couchepin, qui avait cru judicieux de le traiter de Duce, somnole dans d’improbables conseils de fondation, il se trouve, lui, au cœur du dispositif de bataille pour octobre 2011. La politique est un démon. Son démon à lui, simplement, doit être plus puissant que d’autres.

 

Et puis, ils ont été quelques-uns, depuis sa mort, à tout entreprendre pour sa résurrection, un véritable comité de soutien. M. Steinbrück, en Allemagne. M. Woerth, en France, ah Monsieur Woerth, sublime allié, l’homme dont chaque péripétie fait grimper encore un peu plus les intentions de vote UDC à l’automne de l’an prochain ! L’autre allié, en Suisse, étant évidemment Christian Levrat, jamais meilleur ami de Blocher que lorsqu’il embrasse, avec ardeur et dévotion, ce que beaucoup, dans le peuple suisse, perçoivent comme le parti de l’étranger. Se sont-ils donné le mot, MM Steinbrück, Woerth et Levrat pour que le parti de Blocher s’en aille allègrement flirter, d’ici moins de quinze mois, avec la barre des 30% ?

 

Dès ce soir, sur les ondes, je vous le donne en mille, vous entendrez parler de lui, comme le chantait si divinement Barbara. On le raillera. On le vilipendera. On trouvera trente-six mille arguments pour pulvériser son initiative anti-adhésion. Mais son nom, maintes fois, sera prononcé. Et sa figure, avec une récurrence d’éternité, resurgira. À ses ennemis, il faudrait peut-être la croix, ou quelques gousses d’ail, le tressautement d’un Vade Retro, ou alors le napalm, on brandit les armes qu’on peut. Quand ils les auront toutes utilisées, en vain, il leur restera les ultimes bottes de Nevers où ils sont passés maîtres : le ricanement et la morale.

 

Alors ricanez, Messieurs. Moralisez. Et rendez-vous en octobre 2011.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18/07/2010

Ecône : non merci

 

(Je republie ici une chronique parue le 8 février 2009 dans le Matin dimanche. Je la dédie à l'abbé Yannick-Marie Escher, passé brutalement de Saint-Maurice à Ecône (un autre Matin dimanche, celui d'aujourd'hui, nous l'apprend). Je regrette infiniment sa décision, car le chanoine Escher, que j'ai l'honneur de connaître et avec qui il m'arrive de correspondre, est un homme d'une valeur spirituelle et intellectuelle, mais aussi d'une richesse de contact, au-dessus de la mêlée. Ce sont précisément le monde des vivants, celui des élèves, de l'éducation qui ont besoin de gens comme lui. Plutôt que quelque forteresse figée dans la nostalgie.)

 

Ecône: non merci

 

Le Matin dimanche, 8 février 2009.

 

Je suis catholique, j’ai aimé Jean-Paul II, le chemin de déraison de cet homme contre l’implacable mathématique du néant. Catholique, mais aussi républicain, ce qui est parfaitement compatible, seuls quelques théocrates prétendent le contraire. D’où mon problème, depuis toujours, avec certains milieux – je ne parle pas des fidèles de base – liés à la mouvance d’Ecône.

 

Le problème des intégristes n’est en aucun cas le latin. Psalmodiée, cette langue est magnifique. De sa braise, elle illumine les âmes. Et, pour ma part, que l’officiant regarde l’assemblée ou lui tourne le dos, il me semble qu’il est, sur cette terre, d’autres urgences à trancher. Donc, liturgiquement, j’ai toujours été pour qu’on laisse en paix les gens d’Ecône.

 

Non, le vrai problème n’est pas là. Il est à défricher dans l’humus et le terroir où s’enracinent les références politiques de ce mouvement. Et là, je veux bien que le père de Mgr Lefèbvre ait été résistant, ce que me signale mon ami Vincent Pellegrini, je dois tout de même citer ici la « messe de Lille », du 29 août 1976, où l’éminent prélat affirme « qu’on ne peut dialoguer ni avec les francs-maçons, ni avec les communistes, car on ne dialogue pas avec le diable ». Bon. Voilà. C’est clair. On sait à quelle France on a affaire.

 

Il ne s’agit pas ici de la fleur de lys. Ni même de la contestation du legs révolutionnaire : d’éminents penseurs s’en firent les chantres. Non. Il s’agit juste de rappeler aux jeunes générations à quoi cette idéologie-là, lorsque la pire défaite de l’Histoire de France, pour quatre ans, la porta au pouvoir, conduisit. Et là, je persiste et signe : in fine de cette mouvance-là, il y eut Drancy, et la déportation. Dire cela, je le sais, choque les fidèles d’Ecône d’aujourd’hui. Eh bien tant pis, choquons-les. S’ils pouvaient parfois, entre deux missels, ouvrir un livre d’Histoire, nous pourrions un jour, peut-être, recommencer à discuter.

 

Pascal Décaillet

 

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02/07/2010

Les voyous de la voyelle

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Sur le vif - Vendredi 02.07.10 - 17.08h

 

On savait Jean-Pierre Jobin, président de Genève Tourisme, gaga des logos. La dernière nouvelle, fracassante, tombée (mâtin, quelle chute !) sur les téléscripteurs, confirme. Tenez-vous bien, ça déménage, fasten your belt, no smoking, âmes sensibles s’abstenir : « Genève Tourisme & Bureau des Congrès » s’appellera désormais, après dévastateur remue-méninges, « Genève Tourisme & Congrès » !!!

 

Ca vous en bouche un coin, hein ? Eh oui, Sire, une Révolution. Une nouvelle ère, de ce jour et de ce lieu. Une de ces nouvelles qui s’en viennent miroiter dans vos prunelles incrédules comme mille moulins de Valmy. Manhattan et le poudreux oubli de ses plus hautes tours. Hiroshima. Oui, mon amour : Hiroshima.

 

J’ai toujours pensé que Jean-Pierre Jobin était un être atomique. Entendez inséparable. De lui-même. Inimitable dans l’art de mettre des points sur les i, comme dans celui de coter en bourse chaque chips d’un apéro de départ. Tenez, le communiqué de Genève Tourisme (y Congressos, señores) précise que désormais, le nouveau logo « met en exergue le « i » de Tourisme ».

 

Tu vois, ami lecteur, c’est là qu’on voit qu’on est des rigolos, toi et moi. Ce génie rimbaldien de la voyelle, ponctuée jusqu’au plus extrême Finistère de la jouissance littorale. Là où l’Amère, sur le sable, viendrait doucement mourir. Des génies comme ça, ça vaut des millions.

 

Bon, je vous laisse. J’ai un petit apéro de départ. Je suis responsable de peindre en rouge la lettre « Y ». Coincée entre le bleu immaculé de deux « O ». Non, je n’ai pas dit « comme dans VOYOU »… Non, non, je n’ai rien dit du tout. D’ailleurs, je m’en vais.

 

Pascal Décaillet

 

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01/07/2010

Les Neuf Cavaliers de l’Apocalypse

 

 

Sur le vif - Jeudi 01.07.10 - 14.22h

 

Les Verts de la Ville de Genève sont des gens particulièrement aimables et attachants. Moins doctrinaires que leurs cousins socialistes, adeptes du vélo et de la plus grande douceur dans la mobilité, admiratifs du legs (en effet hors normes…) de leur magistrat Patrice Mugny, ils sont dans une phase de développement tellement durable qu’ils viennent d’annoncer neuf candidats à l’exécutif de la Ville !

 

Vous m’avez bien entendu : neuf. Trois fois la Trinité. En sachant que le gouvernement de la Ville de Genève compte, en tout et pour tout, cinq personnes. Dont Manuel Tornare. Donc, au final, en effet neuf, suis-je bête.

 

Bon, ce ne sont là que des candidats à la candidature, on se réjouit de l’écrémage interne, on se dit juste que ce dernier aurait pu déjà commencer en amont d’aujourd’hui, parce que neuf, ça donne tout de même un peu l’impression qu’on n’a pas trop osé faire le boulot préliminaire.

 

Alors, va pour neuf ! Pour la liste, je vous renvoie à la Feuille d’Avis officielle, que vous pouvez vous procurer gratuitement avec un verre d’eau. Disons qu’elle va des charmes de la Guinée Conakry à la présidence de la Constituante, en passant par le Jardin botanique, la réparation de vélocipèdes, le cabinet noir du ministre hors normes, la présidence du Municipal, sans oublier la grâce – toujours féline – de l’anonymat.

 

On se dit simplement que les Verts auraient pu aller plus loin. Pourquoi pas dix-huit ? Ou alors trente-six. Ou mieux : tous candidats. Tous sur les listes électorales. On aurait juste sacrifié quelques tilleuls ou platanes (de Carl-Vogt, par exemple) pour fabriquer du papier. Mais au moins, on aurait proposé à l’univers le grand œcuménisme du non-choix. Celui qui vient juste après le Grand Soir.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Merci, les profs

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 01.07.10


Ils ont choisi le plus beau métier du monde, l’un des plus difficiles aussi. Ils sont des passeurs. Ils sont comme la Dranse, grise et noirâtre, moirée des alluvions d’amont. Ce qu’ils transmettent, c’est la connaissance, donc la vie. Il y a ceux qu’on aime, il y a les autres, peu importe. Ce qui compte, c’est la centralité de leur présence. C’est toi, le prof, le héros de l’histoire, toi qu’on doit admirer, ou haïr. Toi, le magistère. Les manuels de pédagogie, les études Pisa, ne viennent que bien après.

 

Les profs qui m’ont impressionné m’accompagnent toujours, dans la tête. René Ledrappier, pour l’universalité de ses cours de maths. Le Père Collomb, un prêtre catholique qui nous initia avec un infini respect aux autres religions. Gérard Duc, pour sa première dictée sur Proust. Le rugueux Wyder, autre prêtre, une encyclopédie de la biologie, avec un cours incroyablement complet sur l’évolution, à mille lieues des niaiseries créationnistes. Le jour, il enseignait la théorie des mutations, le soir lisait la Genèse ou jouait du violon.

 

Voyez, je cite des noms, pas des concepts. Il y avait aussi la chorale de Philippe Corboz. Et tous les autres. Je cite des noms, pas des systèmes d’éducation. L’école, c’est avant tout un choc phénoménal d’humains avec d’autres humains. Aux profs, aux élèves, excellentes vacances. Et que vive l’école, pour toujours.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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