10/08/2010

Mgr Genoud : « La maladie nous grandit »

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J’ai eu le privilège de rencontrer Mgr Genoud, il y a quelques jours, en compagnie de Fathi Derder, à l’EMS La Providence, en basse ville de Fribourg, pour une édition spéciale du Grand Oral, qui sera diffusée ce dimanche 15 août, jour de l’Assomption.

 

Nous avons rencontré un malade, au reste parfaitement lucide sur son état. Mais nous avons avant tout rencontré un homme. Il y avait bien le col romain, désormais beaucoup trop large pour le cou amaigri. Il y avait bien la vigilante présence de Nicolas Betticher, l’homme de confiance dont on sait la puissance dans le diocèse, allez disons le Maire du Palais, l’œil aquilin du surintendant, à qui rien n’échappe.

 

Il y avait tout cela, oui. Mais tout cela s’efface devant le message d’humanité du malade. Jamais, pour moi, Bernard Genoud n’a été à ce point évêque que pendant ce moment de grâce, dans ce bel et paisible établissement, à deux pas de la Sarine.

 

Évêque, justement parce que dénué de la pompe sacerdotale. Évêque sans crosse, ni mitre, ni rituel de Confirmation, ni huiles, ni cendres, ni courtisans. Évêque, désormais à mille lieues marines du cérémonial princier de la Fête-Dieu. Évêque, orphelin des visites pastorales, volontairement en retrait. Une forme de cloître, « pour se protéger ». Mgr Genoud est un homme seul. Tous les hommes sont seuls.

 

Mgr Genoud a le cancer. C’est une maladie qui nous ramène à nous-mêmes. À l’essentiel. Quand la souffrance est là, le sentiment d’appartenance à une forme de communauté invisible des malades apparaît. Croyants ou non, athées, agnostiques, cela n’importe pas. La souffrance nous délivre un message. Elle nous « aide à grandir », dira Mgr Genoud, dans l’interview.

 

Je me suis toujours méfié des prêtres, en chaire, qui parlaient de la souffrance, physique ou morale, sans l’avoir nécessairement trop éprouvée eux-mêmes. Là, avec Bernard Genoud, nous sommes au cœur du sujet. Le verbe est cistercien davantage qu’il n’est baroque. Épuré, sans être sec. La solitude du prélat, à deux pas de la rivière tranquille, le projette au cœur du monde. Le vrai monde : celui de la passion, j’hésite pour la majuscule, je renonce.

 

Il a fait très beau, ces trois derniers jours, sur mes hauteurs valaisannes. Je m’y suis beaucoup promené, août étant légendairement le plus beau mois de la montagne. Celui de l’Assomption. Celui de la clarté, de la chaleur, de la précision et de la lumière. On dirait que le temps s’arrête. Dimanche dernier, dans la Combe d’Orny, j’ai pensé à Bernard Genoud. À ce qui rassemble les humains. Plutôt qu’à ce qui les sépare. La maladie, dit-il, nous grandit. L’avoir rencontré, ce jour-là, à Fribourg, aussi.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

12:06 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

A lire sur le sujet du cancer le blog d'un inconnu (une des meilleure audience de http://blog.tdg.ch) et notamment ce billet qui tombe je crois en bonne résonance avec le tien: http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2010/08/07/cancer-le-manque-d-emerveillement.html.
Connais-tu aussi cette histoire qui n'a pas grand chose à voir, mais est une belle histoire: à lire ici http://planetephotos.blog.tdg.ch/archive/2010/06/21/le-mariage-de-blondesen.html et là http://www.google.ch/search?q=planetephotos+blondesen&ie=utf-8&oe=utf-8&aq=t&client=firefox-a&rlz=1R1GGGL_fr___CH356

Écrit par : JF Mabut | 10/08/2010

Une petite lumière qui ne s'éteindra pas de si tôt, je n'opterai pas pour cette vision quelque peu helléniste du fleuve dévoreur Styx, mais plutôt pour celle d'un pont qui nous fait passer d'une rive à l'autre, pont sur lequel Mgr. Genoux n'a pas battit sa maison, il est resté pur et libre de touts égarements comme peu d'élus, vers cette destination lumineuse.
Je ne peu que dire que Mgr. EST UN

Écrit par : Corto | 11/08/2010

La nature, comme ma petite personne, déteste le vide !
Particulièrement dans cette expérience, pas seulement pour Mgr Genoud mais surtout pour la communauté helvétique dans sa totalité et le vide sur votre blog, peut être cette peur absurde fasse à certains sujets encore tabous, un homme comme Mgr. Genoud mérite les pensées de chacun, car par la pensée, Mgr. Genoud permettra à chacun de transcender et de vivre une expérience lumineuse !
Dans cette société devenue résolument matérielle, un peu de cette lumière ne peut qu'élever le destin de chacun, l'accompagner par la pensée, sans aucun sentiment d'appartenance à quelques appartenances que ce soit, est un double don, le don d'un homme d'une droiture exceptionnelle dans un cheminement ouvrant la voie à beaucoup.
Des hommes de cette grandeur d'esprit deviennent de plus en plus rares par les temps qui courent, une belle communion avec ce modèle de droiture et de bonté permettrait à beaucoup de vivre une expérience unique dans cette transformation de l'âme.
Le corps n'est qu'un habit et le mot jugement ne revêt pas le même sens lorsque que l'on est en face d'une véritable droiture venant de l'insondable, cet homme a toujours été inspiré par de bons et justes choix, qu'est ce dont qu'une vie sans ces choix incessants, à chaque minute ils viennent nous harceler et il suffit d'une seule fois pour s'égarer à jamais, surtout que Mgr Genoud côtoyait "les hautes sphères" proches du pouvoir, néanmoins, il a toujours fait confiance à son coeur, tel un enfant et tout au long de carrière, comme un enfant entouré de bons anges face, face parfois à des bêtes féroces, sans jamais craindre autre chose que le manque de droiture n'a jamais pêché par orgueil !
Voilà, je voulais juste remplir un petit peu ce vide détestable, parfois !

Écrit par : Corto | 11/08/2010

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