30/08/2010

Mâtin, quel destin !

 

 

Toujours à la pointe de l’actualité, le Matin nous apprend aujourd’hui, en page 3, que la Saint-Galloise Karin Keller-Sutter, candidate au Conseil fédéral, est … démocrate-chrétienne !

 

A coup sûr, une conversion récente. A côté de laquelle le Chemin de Damas apparaît comme une promenade de santé sur les contreforts du Toggenburg. En tout cas, Christophe Darbellay pourra triompher : le deuxième siège reconquis, par la seule grâce de l’Esprit.

 

Quant au Matin, il écrivait déjà, le 19 août, que KKS était « à la tête, depuis 10 ans, du Département fédéral de justice et police ». Mâtin, quelle promotion ! Candidate à une fonction qu’elle exerce déjà depuis une décennie. Il faudra bien tous les Matins du monde pour comprendre. Et le génie d’Alain Corneau*, désormais candidat à l’éternité.

 

Pascal Décaillet

 

* Alain Corneau, oui, qui était né le 7 août 1943 à ... Meung-sur-Loire! Sans doute l'enfant Corneau a-t-il croisé sur ses chemins de jeu un retraité nommé Jules Maigret...

 

 

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Là, Rappaz, ça suffit !

 

Sur le vif - Et avec treize étoiles de fureur - Lundi 30.08.10 - 11.06h

 

A peine de retour en prison, Bernard Rappaz recommence une grève de la faim. La grève de trop. Cette fois, ça suffit. Si Rappaz veut en finir avec la vie, eh bien qu’il en finisse. Il y a un Etat, qui s’appelle l’Etat du Valais, qui est un Etat de droit, avec des lois, démocratiquement votées pas ses élus ou même directement par ses citoyens. Bernard Rappaz n’est pas Antigone, Madame Waeber-Kalbermatten n’est pas Créon. La plaisanterie a assez duré : la démocratie valaisanne ne peut plus, ne doit plus céder face à la provocation.

 

Pascal Décaillet

 

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Les blancs, les noirs

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 30.08.10

Compliquée, l’UDC genevoise ? Racontars ! Il suffit d’y voir clair. Au début donc, avant même le Verbe, il y avait Soli Pardo. Prince noir. Solitaire, levantin, celui qui fronce et qui fronde. Le fou.

A deux cases de lui, et quelques années-lumière de haine, Yves Nidegger. Celui qui montre et démontre. Solitaire aussi, à mesure qu’il raisonne et se rapproche de l’éther. Démarche complexe. Le cavalier.

Prudent, laissant choir et déchoir, autour de lui, fortunes et destinées : Eric Leyvraz. Feignant de se retirer, mais demeurant. L’âme noueuse comme un cep. Au milieu de la mêlée, il survit. Le roi.

Toujours prêt pour avancer, chair à canon de la mitraille adverse, jamais plus sublime, dans l’art de la chute, que lorsqu’il la provoque lui-même, équation newtonienne à lui tout seul, André Reymond. Le pion.

Raide et roide comme une soutane battue par le vent glacé, il a inventé, avant Euclide, la ligne droite : Eric Bertinat. La tour.

Folle comme Pardo, cavalière (ô combien !) comme Nidegger, royale comme Leyvraz, pionnière comme Reymond, fille de Pise et de Galilée comme Bertinat, voici enfin celle que vous attendez tous. Céline Amaudruz. Elle se rit de l’archer, danse avec l’obstacle, rend les fous raisonnables, et fous les raisonnables. Celle qui reste debout. La reine.

Pascal Décaillet


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29/08/2010

À Changins, nos diplomates !

 

Sur le vif - Et avec une pointe d'acidité sur la langue - Dimanche 29.08.10 - 09.11h

 

Le Faustino V n’est de loin pas un mauvais vin, encore qu’il pâtisse souvent, comme nombre de Riojas d’exportation, d’un excès vanillé de séjour en barrique, que le consommateur certes adore, mais qui masque à la fois les vertus et les vices d’un nectar.

 

À l’ambassade suisse d’Helsinki, Christophe Darbellay s’est vu servir du Faustino V. Alors, il a vu rouge. Surtout que la petite plaisanterie finno-ibérique n’est que la goutte qui fait déborder la cuve : on sert souvent des vins étrangers dans nos missions officielles (qui sont les cartes de visite de la Suisse), et, nous apprend un papier de mon excellent confrère Titus Plattner dans le Matin dimanche d’aujourd’hui, le Pavillon suisse de Shanghai sert des crus italiens et espagnols ! Alors, le 13 septembre prochain, à la rentrée parlementaire, Darbellay déposera une motion obligeant tout ce petit monde en smoking – ainsi que les organisations subventionnées par la Confédération – à servir du vin suisse. À coup sûr, il devrait rallier facilement une majorité.

 

Le plus fou, c’est que nos snobinards de cocktails n’y ont pas songé eux-mêmes. Envoyés aux quatre coins du monde comme images de la Suisse, ils n’ont juste pas pensé à cette charnelle, cette mystique incarnation de la terre qui s’appelle le vin. Nous en avons certains d’exceptionnels. Mais eux, quelle image ont-ils du pays ? Un système ? Une construction intellectuelle ? Et la Suisse tellurique, celle de l’argile et du terroir, ils ignorent ? Une Petite Arvine de vendanges tardives pourrait pourtant, au point le plus tangent de certaines négociations, défendre mieux les intérêts supérieurs du pays que bien des discours.

 

Alors, après la motion Darbellay, on pourrait imaginer une motion 2 : inclure, dans le programme de formation des futurs diplomates, quinze jours sur les vins suisses. Visites, dégustations, rencontres avec les vignerons, identification des cépages. Et une semaine à la Station fédérale de Changins. Histoire d’apprendre qu’un pays, ça n’est pas seulement des lois et des traités, mais aussi la sensualité d’une terre. Le pays profond, oui, qui n’appartient pas seulement à celui qui le possède, mais à tous ceux qui l’aiment.

 

Pascal Décaillet

 

 

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28/08/2010

Le zéro absolu existe : le rafting

 

 

Sur le vif - Et dans une rage de cataracte - Samedi 28.08.10 - 18.29h

 

Un soir d’été, Dieu créa la bêtise, et le rafting naquit.

 

Faut-il vraiment ne rien comprendre à la montagne, encore moins à la nature, pour s’entasser sur un canot pneumatique, et défier le cours, évidemment tumultueux, d’un torrent ? Ils veulent se prouver quoi, ces humanoïdes de pacotille, face à la dévorante puissance des flots ? Qu’ils la maîtrisent ?

 

Mais non, justement, ils ne la maîtrisent pas ! Pas un été sans drames, sans morts, non pas la mort qui élève, celle de Kyo dans la Condition humaine, celle de Zénon dans l’œuvre au Noir, non, juste la mort bête, la mort dans toute sa connerie. Dénuée de sens, si ce n’est nous prouver ce que nos ancêtres savaient depuis la nuit des temps : on ne navigue pas sur ce genre de cours d’eau !

 

Tous les étés, je les côtoie, les torrents, et Dieu sait si je les aime. De leur grâce et parfois de leur fureur, ils ont baigné les horizons de toute mon ascendance, le Trient pour ma famille paternelle, les Dranses pour celle de ma mère. Ferret, Bagnes, Entremont. Combien de réunions, familiales justement, de regroupements de toutes les branches éparpillées par la vie, à quelques mètres de la rivière en furie. Qui semble, dans ces moments-là, n’avoir été inventée que pour la grâce infinie d’y abriter une bouteille de vin blanc. Moins de cinq minutes et la voilà à bonne température, baptisée, épurée de son étiquette, emportée vers les Camargues.

 

Côtoyer, oui. Immersion des pieds, si on veut. Mais surtout, observer. Miracle des oiseaux. Et puis la vie, la vie qui va, le charivari des alluvions, l’Eau noire (de Châtelard et d’ailleurs), l’eau qui bondit, surgit, danse et se rit de la verticalité. Tout cela, oui.

 

Scruter, mais c’est tout. Aujourd’hui encore, dans le Vorarlberg, ce sont dix de ces têtes brûlées qui ont mobilisé les secours. Etonnés que le cours d’eau ait eu l’impudence de les emporter. Sans compter l’ahurissante bêtise de ces responsables RH d’entreprises qui croient judicieux de flanquer dans ces nefs de mort, comme sur le Styx ou l'Achéron, des employés n’ayant aucun sens, ni de la navigation, ni de la montagne. Juste, les infâmes crétins, pour tester « le sens du groupe », la hiérarchie de l’audace. Et la Grande Faucheuse, quand ces cadres d’opérette lui chatouillent un peu trop le menton, alors oui, de temps à autre, elle fait son boulot, elle fauche, et c’est parti pour le deuil et pour les jérémiades, quand le pire était évitable.

 

Ô puissances souveraines, au milieu de mes colères, je suis prêt à des concessions : prêt à accepter, en ces mortelles contrées, les sirènes d’Apocalypse des Verts, les promesses de pluie d’Ueli le Climatique, la Cène et l’épicène, tout cela oui. Mais, grands dieux, qu’on nous délivre du rafting.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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24/08/2010

Pierre Maudet et le clientélisme des jeunes

 

Sur le vif - Et avec une vendéenne ardeur - Mardi 24.08.10 - 12.44h


Chez les jeunes bobos et urbains, y compris chez nombre d’entre eux qui proviennent de la gauche, Pierre Maudet apparaît comme une forme de héros. L’homme de droite présentable, éclairé, ouvert à leurs préoccupations, à l’Europe, bref le radical qu’on veut bien ajouter à une liste de Verts ou de socialistes. Chez ces mêmes jeunes, l’idée même que tout cela puisse provenir d’un calcul électoraliste de l’intéressé, est rejetée comme vestige d’un scepticisme dépassé.

 

Et pourtant. La position que vient de prendre, ce matin dans le Temps, l’éternel jeune prodige du radicalisme genevois (il dira non à la révision de la loi sur le chômage), mérite un minimum d’analyse et de mise en perspective. Président de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse, notre très rusé ratisseur de voix et rôtisseur de concurrents a saisi d’instinct, depuis des années, l’aubaine que pouvait constituer l’électorat des jeunes. Alors, il les caresse dans le sens du poil. Il les mitonne. Il les bichonne. Il leur susurre et leur murmure ce qu’ils ont envie d’entendre. Bref, il les drague.

 

Ce petit jeu, qui consiste à constamment se démarquer des « méchants radicaux du reste du pays », brutes campagnardes par ci, têtes de béton zurichoises par là, eurosceptiques dénoncés comme des retardés mentaux, va un jour se retourner contre l’enfant terrible du vieux parti. Parce que des gens de droite, en Suisse, oui la grande famille de droite, commencent à en avoir marre de ces leçons de civilité, de progrès et de Lumières (Dieu merci, Maudet nous épargne à peu près la laïcité) que ne cessent de nous asséner certains radicaux genevois. Et aimeraient un peu plus de fidélité à certains de leurs fondamentaux idéologiques. Mais Maudet, jeune prodige, ne roule pas pour eux. Maudet roule pour Maudet. C’est son charme. Et, peut-être, la première de ses limites.

 

Pascal Décaillet

 

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Le chant du caniveau

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Sur le vif - Et dans un venin de Saint-Barthélémy - Mardi 24.08.10 - 09.14h

 

À la une du Matin, aujourd’hui, « Il démissionne enfin ! », avec une grande photo de Frédéric Hainard.

 

En pages 2 et 3 du Matin d’aujourd’hui, « Le Shérif rend son insigne », titre de double page. À gauche de la page 2, l’édito : « Bon débarras ». En page 3, des réactions, évidemment glanées au hasard : « C’est bien fait pour lui ! ». Ou encore : « Qu’il s’excuse enfin ! ».

 

En pages 4 et 5 du Matin d’aujourd’hui : « Pas fait pour le pouvoir ». En tout, cinq pages, hargneuses et triomphantes, sur la démission de Frédéric Hainard.

 

On connaissait déjà le journalisme d’exécution. Ce que le Matin, depuis des mois, s’est appliqué à produire avec une rare minutie et un acharnement unilatéral dans ce feuilleton dont il est la fois le scénariste, le metteur en scène, le récipiendaire des droits. Le journal Le Matin est-il dirigé par des journalistes ou par les ennemis neuchâtelois de M. Hainard ? Le rédacteur en chef s’appelle-t-il Jean Studer ?

 

On franchit ce matin une étape inédite : le journalisme de piétinement des cadavres. On brandit la dépouille à la foule, on la traîne sur le sol, pour souligner son propre triomphe. Peut-être, pourrait-on, à Neuchâtel, suspendre par les pieds Frédéric Hainard et sa compagne, comme le furent, en avril 1945, Benito Mussolini et Clara Petacci. Ce serait  aventureux et salé, comme image, non ?

 

Pourquoi ces cinq pages, ce matin ? Pour informer? Ou pour justifier, rétrospectivement, la sauvagerie d’un acharnement systématique.

 

On connaissait déjà la peste noire. Voici la petite peste orangée. Obédiente et mondaine, garce, vipérine. Qui pratique, ce matin, le suprême courage de la 25ème heure : celui de cracher son venin sur un mort. Dans le vent crispé du matin. Cher à Verlaine. C’est leur Art poétique à eux : le chant du caniveau.

 

Pascal Décaillet

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23/08/2010

Hainard, les chiens, les chiennes

 

 

Sur le vif - Lundi 23.08.10 - 17.14h

 

Il y a des fois, dans la vie, où on se réconcilierait avec l’épicène. Confrères et consœurs, voyous et voyelles, chiens et chiennes.

 

Bien sûr, le journalisme est souvent dur. Bien sûr, nous mettons cruellement sur le gril nos interlocuteurs. Bien sûr, nous traquons la langue de bois. C’est la loi du métier. La loi du genre.

 

Mais nous ne sommes pas pour autant des inquisiteurs. Ni des vautours. Ni des chiens errants, affamés.

 

La manière dont Frédéric Hainard (qui a certes tout entrepris lui-même pour se perdre) a été traité par un quotidien orangé, sûr de soi et prédateur, donne à réfléchir. Non pas, bien sûr, dans la mission de transparence. Mais la récurrence. Mais la systématique. Mais l’acharnement.

 

Ce quotidien a-t-il défini seul sa ligne inquisitrice ? Lui a-t-elle été insufflée d’en haut ? Aujourd’hui, ils doivent se dire qu’ils ont gagné. Ils disent sûrement « champagne ». C’est leur droit.

 

Moi, simplement, je dis « nausée ».

 

Et tout le reste, je m’en fous.

 

Pascal Décaillet

 

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22/08/2010

Quand Doris nous mène en bateau

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Dmanche 22.08.10 - 09.36h

 

Hier à Cham, dans le canton de Zoug, devant l’Assemblée des délégués de son parti, le président du PDC suisse, Christophe Darbellay, a lancé à sa manière – celle du flandrin qui fonce d’abord et qui discute après – une OPA sur le DETEC (Département des transports, de l’énergie et de la communication), exigeant qu’il revienne à Doris Leuthard.

 

Il y a mille raisons (nous y reviendrons dans d’autres textes) que le DETEC, où Moritz Leuenberger blanchit sous le harnais, avec une rare inefficacité, depuis plus de quinze ans, passe en mains bourgeoises. À la base, oui, disons « bourgeoises », pas particulièrement PDC. Mais, si on y regarde de plus près, l’évidence Leuthard s’impose en effet : Ueli Maurer et Eveline Widmer-Schlumpf sont trop fragiles, au sein du collège, pour prendre en main des chantiers de longue haleine. Didier Burkhalter vient d’arriver, et de toute manière serait catastrophique sur la politique de communication, à laquelle il reconnaît lui-même ne rien entendre.

 

Bref, l’hypothèse Leuthard est à prendre au sérieux. Et Darbellay a eu mille fois raison de la brandir. Beaucoup moins plaisante, hier, la réaction de la principale intéressée, qui a du reste passé son temps, hier à Cham, à sourire (un art dans lequel elle excelle) et toucher les écrouelles. Avec la complicité d’une presse people qui passe davantage de temps à chanter les louanges de ses tenues qu’à s’intéresser à son action politique, la présidente de la Confédération commence à afficher un côté diva qui pourrait, un jour, se retourner contre elle. Interrogée sur l’hypothèse DETEC, elle a fait comme si elle l’avait découverte en écoutant le discours de son président de parti. Elle a joué les mijorées, les saintes-nitouches, nous a gratifiés d’une leçon burkhalterienne sur les vertus de la collégialité. Bref, pas loin de désavouer le verbe trop aventureux du Flandrin, elle nous a menés en bateau.

 

La répartition des rôles entre le chef de parti qui lance l’idée et la conseillère fédérale qui feint d’en prendre connaissance avait-elle été concoctée à l’avance ? Ou la madone des belles étoffes a-t-elle lâché le Valaisan ? Dans tous les cas, pour qui sait lire la politique au-delà des sourires et de la haute couture, il y a des inélégances, dans la vie, qui dépassent parfois de beaucoup le seul domaine vestimentaire.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20/08/2010

La peine de mort : non, non et non

 

Vendredi 20.08.10 - 17.34h


Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours été viscéralement opposé à la peine de mort. Enfant dans les années 60, adolescent dans les années 70, j’apprenais régulièrement, par les journaux, que la France, ce grand pays voisin et ami, venait de procéder, par la guillotine, à une nouvelle exécution. Je me souviens exactement où j’étais (à la Maison du Diable de Sion), le 28 juillet 1976, lorsque j’ai appris l’exécution de Christian Ranucci. J’étais à l’armée, un an plus tard, lorsqu’un transistor nous annonçait celle de  Hamida Djandoubi, le 10 septembre 1977.


C’est dire avec quel bonheur j’ai accueilli, le 10 mai 1981, l’élection de François Mitterrand, puis, quelques mois plus tard, la loi d’abolition de Robert Badinter. Il m’avait semblé, ce jour-là, que la France retrouvait le chemin qui avait été le sien en 1789, et même au moment des Soldats de l’An II, un chemin d’exemple. Je n’aurai pas ici l’indécence de citer 1793, l’année de la Terreur, preuve que la Lumière ne naît pas toujours de la Lumière, que le pire peut surgir du meilleur, qu’aucune loi de l’Histoire, hélas, ne nous prémunit d'un retour à la barbarie.


Bien sûr, la peine de mort est un thème qui divise. C’était même, au début des années 70, quand j’étais collégien, le sujet bateau de dissertation, où on attendait de l’élève qu’il soupesât sagement la thèse, l’antithèse, avant d’oser émettre un avis. La moitié de la classe était pour, l’autre contre, mais, pendant que nous pérorions, la France, elle, continuait d’envoyer des hommes sur l’échafaud : ça n’était pas la France de Pétain, mais celle de Pompidou et du « très libéral » Giscard !

 

Alors voilà, nous apprenons aujourd’hui qu’en Suisse, un comité d’initiative veut rétablir la peine de mort, abolie en 1942 dans notre pays. Auront-ils les signatures ? Je gage que oui. Faut-il invalider le texte ? Evidemment, non. Que voteront le peuple et les cantons, un certain dimanche, dans quelques années ? Rien que d’y penser me fait frémir. Je n’ai pas la réponse, évidemment. Mais juste l’ombre du frisson. Comme un voile noir. Comme si l’Histoire ne servait à rien. Comme si tout, chaque fois, était à recommencer.

 

Pascal Décaillet

 

PS (18.20h) - Très belle unanimité républicaine, à l'instant, de deux présidents de parti (le PDC Christophe Darbellay, le Vert Ueli Leuenberger) et du conseiller national UDC Oskar Freysinger sur la question, à la RSR.

 

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18/08/2010

Et un bain chaud pour le Climatique, un !

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Sur le vif - Et sur un toit brûlant - Mercredi 18.08.10 - 10.14h

 

Plus vert que vert, réchauffé comme une gamelle, crédible comme un biscuit militaire, revoici Ueli le Climatique ! Chaque année, à la même saison, des conseillers fédéraux recrus d’épreuves ayant jeté l’éponge, voilà que nos Verts, souriant à la mitraille adverse, entrent dans la fournaise.

 

Chaque année, le Climatique nous explique bravement qu’entre 9 et 10% du corps électoral, c’est « presque bon » pour occuper le septième du gouvernement. Chaque année, on lui répond gentiment que si la logique est mathématique, alors il faudrait quelque 14,28% des voix. Et qu’en cas de logique d’alliance, on se réjouit de voir les Verts et les socialistes devenir majoritaires aux prochaines élections fédérales.

 

Alors, il y a quelques jours, Ueli l’Apocalyptique a trouvé une pirouette qui ferait passer les acrobates chinois du Knie, en comparaison, pour des grabataires. Il estime que la Suisse a besoin d’un conseiller fédéral Vert, parce que le développement durable est une priorité. Autrement dit, il déconnecte, sans autre forme de procès, la prétention à siéger, d’une éventuelle légitimité électorale. Il faudrait placer des hommes au gouvernement sous le seul prétexte que les idées qu’ils défendent sont dans l’air. À la mode. C’est le triomphe de la doxa (l’opinion rampante) contre le dêmos (l’expression du corps électoral). C’est l’anti-démocratie, à l’état pur. C’est cela qu’on enseigne, chez Proudhon ? C’est cela, le chatouillis des institutions par le frémissement libertaire ?

 

Un Vert au Conseil fédéral ? Oui, allez, un Vert, et disons même deux ! Et un bain chaud pour le Climatique, bien moussant. Et quelques petits bateaux pour se rire de l’écume, sur l’eau de la baignoire. Brûlante, comme au dernier jour.

 

Pascal Décaillet

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17/08/2010

Le Renard et le Loup

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Pascal Couchepin et le prédateur des alpages – Décodage – Mardi 17.08.10 - 17.02h

 

Déclaration improvisée, ou dûment préparée ? C’était, hier soir, à la RSR, la chronique régulière de Pascal Couchepin. Je ne sais plus exactement de quoi il a parlé, mais, comme tout le monde, mon oreille s’est dressée lorsqu’il s’est exprimé sur le loup. Comme la plupart, je n’ai retenu que cela de son intervention d’hier. C’était le moment fort, imagé, le bestiaire sur le chapiteau.

 

L’Octodurien n’est pas exactement un novice en politique, ni en prise de parole publique. Soit il était antérieurement convenu qu’il évoquât l’animal, soit il pouvait tout au moins s’attendre à une relance sur le sujet, laquelle, bien naturellement, ne manqua pas. Dans tous les cas, on peut partir de l’idée qu’il n’est pas arrivé au micro sans avoir un peu ruminé ce qu’il allait nous sortir.

 

La suite, on la connaît : ce matin, le loup est partout, et le vieux renard, qui ne s’est officiellement exprimé qu’incidemment, apparaît comme son protecteur à long terme : « Je suis convaincu qu’avec le temps, le loup reviendra, qu’on ne peut continuer à tuer ces bêtes. Il faut trouver une solution avec les partenaires : les bergers, les cantons. D’année en année, il y a plus de loups qui reviennent… Pour l’instant, on abat le loup lorsqu’il fait trop de dégâts. Mais ça n’est pas une solution à long terme ».

 

Tout cela est pesé, raisonnable, adulte, à mille lieues de « l’infantilisme » dénoncé par Gallaz, et même, à l’instant, par Philippe Barraud. Tout cela est mis en scène pour tinter comme la voix de la raison contre celle des vieux mythes. La voix de la réforme contre la conservation. De la Jeune Suisse, argumentative, contre la Vieille, prisonnière de son humus et de ses superstitions. Bref, le vieux lutteur de Martigny a profité du prédateur des alpages pour nous asséner une petite piqûre de rappel, pour ceux qui n’étaient pas sur le Trient le 21 mai 1844, de la supériorité des radicaux sur les conservateurs. Il en a parfaitement le droit, c’est même très drôle, mais il fallait juste, en guise de décodage, que cela fût dit.

 

Hélas, justement, cela ne fut pas dit. La sagesse de la parole couchepinienne, qui caresse au demeurant une grande majorité de l’opinion publique dans le sens du poil, fut simplement relayée, y compris ce matin par un confrère orangé qu’on a connu, naguère, autrement plus critique, plus caustique, plus rebelle. Le prophète de Martigny est même salué comme « montrant la voie » par Philippe Barraud. Une véritable coalition de la raison contre les infantiles. La bataille de Leipzig, en quelque sorte, avec, comme toujours, les Saxons dans le rôle des traîtres.

 

À ce stade de minorité qui est le nôtre, nous renoncerons donc, pour l’heure, à en dire plus. Nous éviterons l’outrecuidance d’avancer que, pour l’oraculaire « montreur de voie », l’aubaine était trop belle de ne pas renvoyer à sa niche le prédécesseur de Jacques Melly, qui avait fait empailler l’animal et l’avait placé face à lui, dans son bureau. Pascal Couchepin ne tire pas les loups, mais n’oublie jamais sa sarbacane contre un certain clan qui, le scélérat, l’empêche parfois d’étendre son pouvoir. Dans un domaine (je le prends au hasard) qui pourrait, par exemple, être celui de la presse. Alors, poliment, sans les citer, on les « infantilise », on les déraisonne, on les ramène aux temps anciens. Ceux d’avant la bataille du Trient. Avant le 21 mai 1844. Autant dire la Préhistoire. Le Déluge.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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M. Merz n’a pas d’amis – Et vous ?

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Mardi 17.08.10 - 08.57h

 

À en croire son biographe Philippe Reichen, Hans-Rudolf Merz n’aurait pas le moindre ami. Ces quatre mots, « Merz, pas d’amis », me trottent dans la tête depuis hier, avec un mélange de tristesse et de réalisme sur la réalité des choses humaines. J’essaye de revivre les nombreux moments où j’ai approché, interviewé, cet homme au contact très agréable, souriant, cultivé, qui n’aurait pas d’amis.

 

Surtout, m’est revenue cette nuit la matinée de son élection, ce mercredi 10 décembre 2003 (le même jour que Blocher) : j’étais sur le balcon du Conseil national, je commentais l’Assemblée fédérale en direct. Et, en effet, cet homme, qui parvenait pourtant au faîte de sa vie politique, m’avait paru incroyablement seul.

 

Ce qui me plaît chez Merz, « l’homme sans amis », c’est qu’il s’érige ainsi en anti-Facebook. Face à la gluance des faux amis, face à la nauséabonde banalisation de ce superbe mot, voici donc la silhouette d’un homme seul. Un homme.

 

Car tous les hommes sont seuls. Et ceux qui se complaisent dans la gluance sont sans doute plus seuls encore que M. Merz. Parce qu’ils se bercent d’illusions. Et même Montaigne, et même La Boétie, et même Alceste, et même Philinte, et même Oreste, et même Pylade sont des hommes seuls. Leurs moments d’amitié, aussi étincelants fussent-ils, ne les libère pas de l’intrinsèque solitude de l’humain sur la terre.

 

Ainsi, Merz, l’homme sans amis, est peut-être l’homme tout court. L’homme vrai. Le dessin de sa solitude, épuré, le restitue mille fois mieux que la poisseuse fausseté des réseaux, des sourires de façade, des cocktails. Les quelques énergumènes, toujours les mêmes, qui se dodelinent dans ces mondanités sont sûrement plus seuls encore que la plus terrible solitude de M. Merz.

 

Restent les amis. Combien en avons-nous, chacun ? Trois ? Quatre ? Cinq ? Parfois deux. Parfois un seul. Et il y a des gens, oui, des frères humains, qui se trouvent n’en avoir aucun. Qui serions-nous pour les juger ? Ils sont seuls. Et nous aussi, avec pourtant la grâce de nos trois ou quatre amis, nous sommes seuls. Un ami ne conjure pas la solitude, il chemine un peu la sienne avec la nôtre.

 

Quant à la politique, n’en parlons pas. L’amitié, dans ce domaine, n’existe pas. Les courtisans, oui. Les flagorneurs. Les lécheurs, les cireurs. Les opportunistes. Les hallucinés de cocktails. Les authentiques serviteurs qui, dans l’ombre, attendent l’heure. Tout cela, oui. Mais les amis, jamais.

 

M. Merz serait donc un homme seul. Donc un homme. Une solitude parmi les autres. Quelque part sur la terre. C’est tout.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16/08/2010

Gallaz-Bender : le Manitoba ne répond plus

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Sur le vif - Lundi 16.08.10 - 19.20h

 

 

Il fallait vraiment s’être levé de bonne heure et du bon pied, ce matin, n’avoir bu que de l’eau depuis hier soir, pour comprendre un traître mot au « débat » entre le sociologue de Fully Gabriel Bender et l’éminent chroniqueur Christophe Gallaz, il y a quelques minutes, à la RSR. Thème : les propos tenus hier soir, sur la même antenne, par Gallaz, à propos des Valaisans dans leur comportement face au loup. Cf notre chronique précédente, sur ce blog.

 

Rhétoriquement, ces deux intellectuels de haut vol ont un point commun : si leurs écrits brillent de mille feux, à l’oral ils donnent plutôt l’impression d’une inexorable distillation de l'équation verbale jusqu’à la fermentation finale. Tellement surmaturée que, d’un coup sirupeux mais fatal, elle en endormirait nos sens. Ils parlent, nous n’entendons pas. Ils émettent, nous ne recevons pas. Le Manitoba est là, face à nous, mais il ne répond pas.

 

A part ça, plein ce belles choses ont été dites, où se mêlent Chappaz et les araignées rouges, la confirmation définitive de la non-existence des Vaudois, la coulpe gallazienne lorsque le scélérat reconnaît être allé un peu loin hier soir, mais encore la Nouvelle Héloïse, une foule d’animaux sur l’alpe, disons l’Arche de Noé, et surtout le fantasme extatique que le canton de Vaud pourrait exister sans Lausanne.

 

Pendant que les deux éminences du verbe rivalisaient dans l’art d’ajouter de belles inconnues à l’équation, le loup, quant à lui, courait. Et court encor.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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15/08/2010

Gallaz est grand – Le loup est son prophète

 

Sur le vif - Et sur un ton infantile et tribal - Dimanche 15.08.10 - 19.50h

 

Refuser le loup, c’est ne pas avoir assez confiance en soi pour accepter l’altérité. Un comportement qui s’apparenterait à la xénophobie. Tel serait le Valais d’août 2010, encore au stade « infantile », voire « tribal », dixit sans rire le très adulte Christophe Gallaz, il y a quelques minutes, sur la RSR.

 

À mesure que s’évaporaient dans l’éther les mots irrévocables de mon confrère, se dessinait une sacrée quintessence de paternalisme face à la réserve d’Indiens. Il y aurait, d’un côté, ceux qui ont compris le problème du loup, suffisamment évolués pour en accepter la réintroduction. De l’autre, toute la poisse préhistorique du carré de Mohicans. Ici, la communauté raisonnable des humains, là les pulsions d’archaïsme, irrationnelles, indicibles : « infans », celui qui ne parle pas ; « infantile », dixit Gallaz. À quand l’apparition de l’éminent chroniqueur sur l’alpage du Scex, il pourrait doucement caresser les cheveux des rustres vergers, leur susurrer qu’il les aime bien, mais qu’ils n’ont rien compris, juste une question de case dans le jeu de l’oie de l’évolution.

 

Gallaz est fou, c’est ce que j’ai toujours adoré en lui, fou comme un loup jaloux, fou comme un pou porteur de bijoux, surtout qu’il ne change pas. Mais les bergers, eux, ne sont pas fous. Ils n’ont aucune envie de transformer leurs pâturages, où l’air est si libre, en camps fortifiés, avec barbelés, miradors, fauves de compagnie, sous le seul prétexte « qu’ils n’ont qu’à mieux garder leurs troupeaux », la phrase culte de ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur l’alpage et, du confort de la ville, leur assènent la leçon avec morgue et mépris.

 

La présence des bergers et de leurs troupeaux, l’été, dans les montagnes n’est pas acquise pour l’éternité. Elle provient du magnifique refus de quelques hommes de s’exiler vers la ville, pour tenter de vivre une autre vie, oh bien peu lucrative, solitaire, âpre et difficile. Après 17 heures, lorsque les remonte-pentes sont fermés, lorsque les derniers promeneurs sont redescendus, ils restent seuls, là-haut, avec leurs bêtes. Ils les nourrissent, les soignent, leur assurent une qualité de vie et de pâture qui n’a rien à voir avec les grands élevages intensifs de plaine. La qualité du lait, du beurre, des fromages s’en ressentent, tout le monde s’en félicite.

 

Mais ce boulot-là, si leur vie devient un enfer et leurs nuits d’insoutenables veilles, ils ne le feront plus très longtemps. Ils en auront marre. Les troupeaux quitteront la montagne. L’homme aussi. L’âge d’or de la prédation darwinienne pourra renaître. Un avenir qui ressemble à s’y méprendre au passé. Avec la bénédiction des raisonnables, de ceux qui ont compris. Leur victoire sur le tribal, l’infantile. « Infans » : celui qui ne parle pas. Ce jour-là, oui, le grand silence règnera dans la montagne.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14/08/2010

Doris Leuthard, la diva des tarmacs

 

Sur le vif - Samedi 14.08.10 - 11.15h

 

Je commence à en avoir plus qu’assez de voir Doris Leuthard sourire partout. En Chine, elle sourit. Hors de Chine, elle sourit. Partout, quelle que soit la gravité des situations, elle arbore. C’est l’extase, ininterrompue, du zygomatique.

 

Oh, bien sûr, je préfère que mon pays soit présidé par une belle femme, souriante, classe, que par un vieux croulant mal fagoté, malodorant, qui passerait son temps à faire la gueule. Mais à force de trop mettre en avant cet atout marketing, et lui seul, le risque est énorme, dans les mois qui viennent, d’un renversement d’image, où la haute couture du paraître pourrait être placée, avec cruauté, face au prêt-à-porter des idées.

 

Doris Leuthard est une très bonne conseillère fédérale, l’une des meilleures. C’est elle, puis surtout son successeur Christophe Darbellay, qui ont remonté le PDC après le coup de Jarnac contre Ruth Metzler, en décembre 2003. Après huit mille années de passe-murailles à la tête de ce parti, le film muet, noir et blanc, des années Cotti et Koller, il fallait bien la grâce de la fée et l’appétit du flandrin des glaciers. Dont acte.

 

Mais là, la construction (par l’entourage ?) d’une image présidentielle sur la seule béatitude de l’apparition, une forme de pâmoison du tapis rouge, aboutit davantage à une divinité des tarmacs qu’à une cohérence d’Etat. Car enfin, de tous ces voyages, que retient-on ? Que Doris Leuthard sourit. Qu’elle est heureuse. Que la fréquentation des dirigeants chinois la ravit. Qu’elle trônera, en très belles robes (ça, oui, elles sont magnifiques), dès le lendemain dans les pages people des journaux suisses. Les people, oui. Et les pages politiques ? Que retiendront-elles de ce périple présidentiel ?

 

Le résultat de cette politique de communication, c’est que l’immense majorité des Suisses, qui ne lisent (hélas) pas le Temps ou la NZZ, retiendront, au final, que la Présidente a fait un tour du monde heureux et souriant. On en est très content pour elle, et certes mieux vaut cela que d’apprendre qu’elle broierait du noir en regardant, recluse chez elle, des films suisses et en noyant son chagrin dans des vins argoviens.

 

La question est : cette finalité au-delà du people, quasi-assomptionniste dans le jeu des apparitions, dépasse-t-elle les intentions de l’entourage ? Ou se contente-t-elle, simplement, d’en réaliser le plan marketing ? Si c’est la seconde solution, alors la mise en scène du tour du monde présidentiel apparaît davantage comme une vaste opération de propagande que comme de l’information.

 

Pascal Décaillet

11:15 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/08/2010

La Suisse ne doit pas lâcher le frein à l’endettement

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Sur le vif - Vendredi 13.08.10 - 19.40h

 

Que vous ayez à gérer un ménage, une petite entreprise de deux ou trois personnes, ou un pays tout entier, le principe est le même : si vous voulez rester crédible, indépendant, fiable, le total de vos dépenses ne doit pas, sur l’ensemble d’un exercice, excéder celui de vos recettes. Au niveau de la Confédération suisse, cette philosophie a été mise sur papier, dans un message, il y a dix ans par le Conseil fédéral (5 juillet 2000), puis plébiscitée par 85% du corps électoral. Ce mécanisme porte un nom : le frein à l’endettement.

 

Cette rigueur financière, commencée sous Kaspar Villiger puis appliquée avec minutie (parfois excessive) par Hans-Rudolf Merz est l’un des éléments clefs du succès de la Suisse, en comparaison internationale, dans la dernière décennie. C’est justement parce qu’ils n’ont pas eu notre rigueur que nos grands voisins, la France et l’Allemagne notamment, tentent de se refaire une santé financière en lançant contre notre pays une véritable guerre fiscale. Avec une hargne qui, sous des dehors de moralité, camoufle une très mauvaise gestion des deniers, chez eux, par les collectivités publiques, souvent régionales d’ailleurs.

 

Oui, le frein à l’endettement était nécessaire il y a dix ans, oui il le demeure plus que jamais aujourd’hui, au niveau fédéral comme dans les cantons. Oui, il faut se méfier comme de la peste de ces gigantesques plans de relance où, dans l’illusion de jouer et rejouer encore le miracle du New Deal, sous Roosevelt au début des années trente, on fait de l’Etat le principal émetteur des carnets de commande. Non, la société suisse de 2010 n’est pas la société américaine de novembre 1932.

 

En Suisse, les partis de droite – la droite au sens large – soutiennent la philosophie du frein à l’endettement. Tout au plus, ponctuellement, les féodalités régionales ou corporatistes donnent-elles de la voix lorsque leurs intérêts vitaux (ou électoraux) sont touchés. Il est vrai aussi que Berne n’a pas toujours eu l’intelligence politique requise face à de véritables symboles, voire mythes, comme les cars postaux en Valais ou le haras fédéral d’Avenches, cher à l’étoile montante de l’UDC genevoise, cavalière à faire rougir l’Eternel, Céline Amaudruz.

 

Toute la droite ? Non. Le vice-président du PDC suisse, Dominique de Buman, profite de la bonne santé financière actuelle de la Confédération pour demander un assouplissement du frein à l’endettement. On a pu entendre tout à l’heure, sur la RSR, que son président de parti, Christophe Darbellay, accueillait glacialement l’ « idée d’été » de ce numéro deux qu’il affectionne tant et avec lequel, tout le monde le sait, il passe le plus clair de ses vacances.

 

Darbellay a raison. En matière financière comme en matière fiscale, la Suisse est en état de guerre. Elle est entourée de grands pays qui multiplient les offensives à son endroit. Elle doit prouver plus que jamais qu’elle demeure le pays de la sagesse, de la rigueur et de l’équilibre. Bref, qu’elle sait gérer – bien mieux que d’autres – ses deniers publics. Pour ces raisons-là, qui ne tiennent pas seulement au ménage interne de la Confédération, mais aussi à sa stature et à son image internationale, la Suisse doit continuer de freiner son endettement. Il en va d’aujourd’hui comme de demain : les dettes que notre génération contractera, ce sera, hélas, à nos enfants de les payer.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

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12/08/2010

Petit cahier de vacances pour Hugues Hiltpold

 

Sur le vif - Jeudi 12.08.10 - 11.21h

 

Cher Hugues Hiltpold,

 

Vous avez adressé vos vœux aux musulmans de Suisse à l’occasion du ramadan, c’est très bien, je m’y associe, il n’y a aucun problème, en soi, avec cela.

 

Aucun problème « en soi », mais peut-être une ou deux remarques collatérales.

 

J’ai partagé votre combat contre l’interdiction des minarets, je l’ai dit maintes fois éditorialement, je regrette simplement que, chef de campagne, vous ayez été moins convaincant que le camp adverse. La raison tranquillement articulée, en politique (comme, d’ailleurs, dans la trop sage écriture de votre texte) ne fait pas toujours le poids face au choc des images. Face à l’émotionnel, il faut triompher par un autre émotionnel, pourquoi par celui de la République, qui est une grande et belle chose et mérite le soutien de la passion. Face à un Freysinger, c’est la puissance de la fièvre républicaine qu’il aurait fallu déployer. Le résultat n’aurait peut-être pas été différent, mais au moins il y aurait eu combat.

 

Vous êtes trop sage, Monsieur Hiltpold. Je partage la plupart de vos idées, mais vous êtes si timide dans l’art de les exprimer, qu’on ne vous voit et ne vous entend pas. C’est dommage, car vous êtes homme de convictions ancrées et de courage. Prenez votre texte : vous vous en extrayez tellement, en tant qu’auteur, que le résultat apparaît comme un très sage, très cérébral alignement de préceptes. On les dirait ordonnés par la glaciale exactitude du compas et de l’équerre. Sémantiquement, c’est sans doute très bien, mais vous ne triompherez pas comme cela, dans les affaires de burqa ou de minarets, d’un Freysinger. Il y faut une autre fougue dans l’art d’empoigner le verbe. Ne venez pas me rétorquer que vous vous refusez au populisme, c’est souvent l’argument trop facile des perdants.

 

Enfin, bravo encore pour vos vœux aux musulmans. Bien entendu, puisque vous voilà féliciteur officiel des différentes communautés à l’occasion de leurs rites, je me réjouis du petit mot d’amitié que vous ne manquerez pas, dans trois jours, d’adresser aux catholiques pour l’Assomption. Ni, le 8 septembre, à mes amis juifs pour Rosh Hashanah. Ni, le 9 mars 2011, à nouveau aux catholiques, pour le Carême. Ni aux différents patriarcats orthodoxes pour la splendeur de leurs Pâques. Vous avez du pain sur la planche, Monsieur Hiltpold.

 

Je vous souhaite une excellente fin d’été. Ah, au fait n’oubliez pas : le 8 septembre, c’est aussi, chez les catholiques, la Nativité de la Vierge. Fête, hélas, totalement ignorée des fidèles eux-mêmes. Je compte sur vous pour une petite piqûre de rappel.

 

Pascal Décaillet

 

 


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11/08/2010

Noces de sang sur l’Alpe

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Sur le vif - Et toutes canines dehors - Mercredi 11.08.10 - 07.29h

 

« Sous les pattes du loup, y a marqué Dunlop !» : on ne saurait être plus clair que Bernard Coudray, vigneron à Chamoson mais aussi chasseur et excellent connaisseur de la faune, pour dire tout haut, avec une rare sagacité pneumatique, ce que d’aucuns, en Valais, ruminent tacitement.

 

Parce que l’affaire, sur les hauteurs, commence à tourner à l’idylle. Ils ne seraient plus un mais deux. D’enfer, le couple : Bonny and Clyde, on remplace juste les banques par des génissons, et le scénario de légende de l’été est posé. À un, on étripe ; à deux, on écume. Et vogue la galère, brebis par ci, bovins par là, ah quand l’appétit va, et toute cette sorte de choses.

 

Ah mais c’est qu’il a la dent dure, notre couple d’amoureux. Quand un aime, on ne compte pas, en tout cas pas les moutons. La vie, on la mord à pleines dents. C’est le rapport incisif à l’existence, avec la bénédiction des Verts de la Ville, et de pas mal de « spécialistes » camouflant sous leur expertise un militantisme du retour. Ces gens-là, sous l’immaculée neutralité de leur blouse blanche, ne sont pas des experts, mais des parties prenantes, nourries d’une idéologie bien précise. Ils pourraient au moins avoir le courage de l’assumer.

 

Il faudra un jour qu’ils nous expliquent, ces gens-là, en évitant de nous refaire le coup du « passage de Finges », avec quelle miraculeuse mobilité douce le prédateur énamouré peut passer du Val des Dix à l’alpage du Scex, sur les hauteurs d’Aminona. Ou des Abruzzes aux Alpes : et le Pô, ce grand fleuve magique des romans de Giovannino Guareschi, il le passe comment ? Sur ferry-boat ? Et la grande plaine ? Il chemine la nuit et se cache le jour, comme Fernandel dans « La Vache et le Prisonnier » ? Et les péages d’autoroute : il les paye comment ?

 

Sur les alpages, il y a parfois des troupeaux. Pour les garder, qu’il pleuve ou qu’il vente, il y a ce qu’on appelle des bergers. Ce sont des gens du lieu, qui ont choisi un autre destin que l’exode rural. Un jour, ces types-là en auront marre. Et partiront aussi. Bonny and Clyde, les Verts de la ville, les faux experts, ce jour-là, auront gagné.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10/08/2010

Mgr Genoud : « La maladie nous grandit »

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J’ai eu le privilège de rencontrer Mgr Genoud, il y a quelques jours, en compagnie de Fathi Derder, à l’EMS La Providence, en basse ville de Fribourg, pour une édition spéciale du Grand Oral, qui sera diffusée ce dimanche 15 août, jour de l’Assomption.

 

Nous avons rencontré un malade, au reste parfaitement lucide sur son état. Mais nous avons avant tout rencontré un homme. Il y avait bien le col romain, désormais beaucoup trop large pour le cou amaigri. Il y avait bien la vigilante présence de Nicolas Betticher, l’homme de confiance dont on sait la puissance dans le diocèse, allez disons le Maire du Palais, l’œil aquilin du surintendant, à qui rien n’échappe.

 

Il y avait tout cela, oui. Mais tout cela s’efface devant le message d’humanité du malade. Jamais, pour moi, Bernard Genoud n’a été à ce point évêque que pendant ce moment de grâce, dans ce bel et paisible établissement, à deux pas de la Sarine.

 

Évêque, justement parce que dénué de la pompe sacerdotale. Évêque sans crosse, ni mitre, ni rituel de Confirmation, ni huiles, ni cendres, ni courtisans. Évêque, désormais à mille lieues marines du cérémonial princier de la Fête-Dieu. Évêque, orphelin des visites pastorales, volontairement en retrait. Une forme de cloître, « pour se protéger ». Mgr Genoud est un homme seul. Tous les hommes sont seuls.

 

Mgr Genoud a le cancer. C’est une maladie qui nous ramène à nous-mêmes. À l’essentiel. Quand la souffrance est là, le sentiment d’appartenance à une forme de communauté invisible des malades apparaît. Croyants ou non, athées, agnostiques, cela n’importe pas. La souffrance nous délivre un message. Elle nous « aide à grandir », dira Mgr Genoud, dans l’interview.

 

Je me suis toujours méfié des prêtres, en chaire, qui parlaient de la souffrance, physique ou morale, sans l’avoir nécessairement trop éprouvée eux-mêmes. Là, avec Bernard Genoud, nous sommes au cœur du sujet. Le verbe est cistercien davantage qu’il n’est baroque. Épuré, sans être sec. La solitude du prélat, à deux pas de la rivière tranquille, le projette au cœur du monde. Le vrai monde : celui de la passion, j’hésite pour la majuscule, je renonce.

 

Il a fait très beau, ces trois derniers jours, sur mes hauteurs valaisannes. Je m’y suis beaucoup promené, août étant légendairement le plus beau mois de la montagne. Celui de l’Assomption. Celui de la clarté, de la chaleur, de la précision et de la lumière. On dirait que le temps s’arrête. Dimanche dernier, dans la Combe d’Orny, j’ai pensé à Bernard Genoud. À ce qui rassemble les humains. Plutôt qu’à ce qui les sépare. La maladie, dit-il, nous grandit. L’avoir rencontré, ce jour-là, à Fribourg, aussi.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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