09/09/2010

Boris et Sami, les maires du palais

IL_CharlesMartel_WEB.gif

Sur le vif - Et dans la gloutonnerie du Jeûne - Jeudi 09.09.10 - 15.32h

 

Est-ce en raison du prestigieux passé mérovingien de Genève : les maires du palais se réveillent. A l’époque, ils s’appelaient Otton, Pépin ou Carloman. Je me souviens de mon vieux bouquin d’Histoire de France, couverture orangée, milieu des années soixante, je l’ai tant aimé, et je revois comme si c’était hier les images de ces dignitaires d’Austrasie ou de Bourgogne, dont l’institutrice, prénommée Jehanne, nous disait qu’ils étaient redoutables, car « ils se prenaient parfois pour le roi ». Treize siècles plus tard, la poussière du monde est passée, mais la magie des prénoms demeure : les maires du palais, aujourd’hui, s’appellent Boris ou Sami.

 

Il y avait aussi les grands-sénéchaux, les grands-maîtres de la maison du roi, c’étaient les permanents, ils veillaient au grain et contrôlaient l’appareil. Comme Boris et Sami. Il y avait des rois fainéants (comme chez Boris), ou de grandes figures de superbe et d’orgueil (comme chez Sami), solaires, poudroyantes. « Ils profitaient, poursuivait Jehanne, notre bonne maîtresse, des défauts du roi pour s’incruster et augmenter leur influence ». Comme Boris et Sami.

 

Et puis, parfois, le maire du palais devenait roi lui-même. Et certains devinrent même de grands rois, détail qui ne manque pas de faire rêver Boris ou Sami, lorsque le poids des dossiers pour celui-ci, la fatigue de la décapitation pour celui-là, les auraient par mégarde entraînés dans quelque sommeil coupable, passager.

 

Car le vrai maire du palais ne dort pas. Jamais. Il ne doit pas. Nul murmure de la Cour ne doit lui échapper. Toujours à l’affût, le magister palatii aiguise à la fois ses appétits et le couteau sacrificiel, celui qui fera jaillir le sang des rivaux, pendant que le roi sommeille (comme chez Boris), ou se mire (comme chez Sami). Les soirées d’hiver sont longues, dans les temps mérovingiens, alors on tue le temps. Et, dans la foulée, tout adversaire qui pourrait vous faire de l’ombre. On tue pour la jouissance ou pour l’extase, comme chez Boris. On tue la contre-figure trop populaire, comme chez Sami.

 

Oui, le maire du palais doit tuer. C’est le jeu. C’est le lot des choses humaines. Je vous laisse sur cette délicieuse odeur du sang. Et m’en vais relire ce chef-d’œuvre de Kipling. Un film de John Huston, aussi, interprété avec génie par Sean Connery : « L’Homme qui voulut être roi ».

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

15:32 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Je vais aller mnager une deuxième part de tarte aux pruneaux en méditant sur la prise de pouvoir de l'administration sur la Politique.
Et sur aussi sur la désilution terrible que les verts et les socilalistes vont ressentir au printemps prochain.
Je me rappelle que le prénomé Boris n'a pas fait un score terrible terrible aux dernières élections cantonales.

Écrit par : Bertrand BUCHS | 09/09/2010

Les commentaires sont fermés.