30/09/2010

Rester, partir

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 30.09.10

 

Donc, Boris va rester. Ou plutôt Boris va partir. Enfin, disons que Boris partira tout en restant. Ou restera tout en partant. Elle n’est pas toujours simple, la vie, il y a ceux qui vont et viennent, il y a les vraies ruptures et les faux départs, les copains qu’on salue et ceux qu’on ignore, l’année des adieux et les aubes qui renaissent.

 

Boris, c’est M. Drahusak, un homme charmant. Tellement attachant que son chef, Patrice Mugny, ne peut se résoudre à s’en séparer. D’autant que Boris aimerait bien le poste de Patrice, il y a bien des copilotes qui tombent raides dingues du cockpit, des califes et des vizirs, des régents et des maires du palais. Elle n’est pas simple, la vie.

 

Normalement, pour faire campagne, Boris devrait quitter le cockpit, quelques mois. S’éloigner de Patrice. Sami l’a bien fait, lui. Mais Boris et Patrice, c’est plus compliqué. Plus noué. A ce niveau de copilotage, l’un sans l’autre, on serait déboussolé. Le Pôle magnétique. Alors, Patrice et Boris ont eu une idée : Boris ne sera plus directeur, mais « conseiller ». il partira, tout en restant.

 

« Conseiller », et non plus directeur ! Caramba, Manuel, vous n’y aviez pas pensé, pour Sami ? C’est pourtant élémentaire. Un jeu de présence et d’absence, d’être et de néant, de ficelle et de pigeon. Et les pigeons, dans l’histoire, c’est nous.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:30 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/09/2010

La guerre des tranchées a commencé

 

Edito - Giornale del Popolo - Mercredi 29.09.10



Un putsch interne, la gauche ramenée à sa juste place, un président de parti qui pique une crise d’hystérie devant le pays entier, Christophe Darbellay et Doris Leuthard qui se frottent les mains, Fulvio Pelli dont personne ne sait ce qu’il a ourdi exactement : ce lundi 27 septembre 2010 restera, dans l’Histoire fédérale, comme une Journée des dupes. Un magnifique exemple de jeu de masques, avec des gagnants et des perdants, ceux qui pleurent et ceux qui rient, où les marionnettes finissent par remplacer les hommes. Le théâtre politique, à l’état pur.

Le résultat : l’un des plus faramineux remaniements ministériels de l’après-guerre, avec une majorité de nouveaux-venus à la tête des Départements, de méchantes et durables rognes installées entre les chefs de partis, une plainte pénale, la méfiance omniprésente, bref un nouveau gouvernement qui commence très mal. Et tout cela, à un an des élections fédérales ! Les équipes vont-elles, comme dans la Grande Guerre, se mettre à creuser des tranchées sur la Place fédérale ? Le jour, on dormirait. La nuit, on attaquerait, baïonnette au canon. Tout cela, dans l’enivrant parfum du sang qui coule, serait relaté sur des bulletins de guerre, rédigés par la presse dominicale alémanique.

Le plus fou, c’est qu’on a viré Blocher, le 12 décembre 2007, sous le prétexte qu’il nuisait à la collégialité. Mais cette législature 2007-2011, celle de l’après-Blocher, aura été, justement en termes de collège, la plus catastrophique de l’Histoire du gouvernement suisse ! Et l’épisode de lundi, avec les hurlements de Christian Levrat sous la Coupole, ajoute à la combinazione une dose de tragi-comédie, avec du bruit, de la fureur, des larmes. Théâtre, encore et toujours.

Sur le fond, comment ne pas se réjouir de l’arrivée de Doris Leuthard au Département sinistré tenu depuis quinze ans par le plus ancien ministre d’Europe en fonction, Moritz Leuenberger ? Pour la présidente de la Confédération, cette rocade, survenue le lendemain d’une victoire devant le peuple (mais pas au Tessin, ni en Suisse romande), tombe à point nommé. Après l’ère des blocages, on peut espérer qu’arrive celle du mouvement. Un exemple, la SSR : l’Argovienne osera-t-elle s’attaquer au Mammouth ? Exiger davantage de performances. Résister au chantage à la « baisse de prestations ». Mettre les gens au travail, sur les standards des radios et TV privées, comme l’excellente TeleTicino, ou encore Léman Bleu, La Télé, Canal 9 ou TeleZüri. Supprimer Billag, ce résidu de l’ère soviétique, comme le suggère Christophe Darbellay. Remettre les syndicats à leur place. Valoriser l’inventivité, l’imagination. Virer les apparatchiks. Vaste, très vaste programme !

Un mot, enfin, sur Christian Levrat. La crise piquée lundi après-midi, devant tous les micros et toutes les caméras de la Berne fédérale, n’est pas digne d’un président de parti gouvernemental. En politique, on ne vient pas pleurer. Surtout quand on est soi-même un spécialiste de la combinazione. Cela, depuis le réalisateur français Georges Méliès (1861-1938), l’un des pionniers du cinéma muet, porte un nom très parlant : cela s’appelle l’Arroseur arrosé.

Pascal Décaillet





08:38 Publié dans Editos Giornale del Popolo | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

28/09/2010

Berne: MM Pelli et Levrat s'expliquent

duel.jpg

16:49 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les socialistes menacent de partir ? Oh, oui !

 

Sur le vif - Et la rose au poing - Mardi 28 09.10 - 11.04h

 

C’est devenu une ritournelle. Régulièrement, les socialistes nous font le coup : ils pourraient, avertissent-ils le regard grave et le menton pointé vers un avenir incertain, quitter le Conseil fédéral. Hier encore, en écho à la véritable crise d’hystérie de Christian Levrat, a resurgi cette vieille menace thermonucléaire des socialistes.

 

Le problème, depuis 1959 en tout cas, c’est que cette menace, hélas, n’est jamais mise à exécution. Chez les socialistes, le mode illocutoire est à la jérémiade : on gémit, on geint, on sanglote, on frémit de tristesse, on reproche au monde d’être ce qu’il est, on fait semblant de partir. Mais au final, on reste.

 

On reste, pourquoi ? Mais parce qu’il y a des postes à se partager, pardi ! En quinze ans d’inopérance quasi-totale à la tête du DETEC, Moritz Leuenberger s’est montré, au moins sur un point, redoutable d’efficacité : la distribution des prébendes à ses petits amis. La récente nomination du moraliste Roger de Weck à la tête de la SSR en est l’un des derniers exemples.

 

Alors, bien sûr, après quinze ans de parrainages en tous genres, devoir laisser la place à Doris Leuthard serre un peu le cœur. D’où le vacarme, fracassant et sans précédent, de Christian Levrat, hier, sous la Coupole. Vacarme confinant à la vulgarité : celle de décrire comme Ligue B le Département de Justice et Police, où l’on se réjouit, en passant, de voir les socialistes empoigner les dossiers de l’asile et des flux migratoires.

 

Alors, Mesdames et Messieurs les socialistes, pour une fois, allez, soyez gentils, soyez cools. Ne dites pas que vous allez quitter le Conseil fédéral. Pour une fois dans votre vie, faites-le.

 

Pascal Décaillet

 

11:04 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/09/2010

Christian Levrat, l’arroseur arrosé

 

Sur le vif - Et entre les gouttes - Lundi 27.09.10 - 16.30h

 

Unique dans l’Histoire suisse, depuis 1848 : le président d’un parti gouvernemental, juste après une redistribution des Départements, joue les pleureuses en parlant « d’action punitive » contre Simonetta Sommaruga !

 

La punition, ce serait, selon Levrat, de devenir ministre suisse de la Justice et de la Police. Il me semble qu’il existe, sur cette terre, des destins plus lourds à supporter, non ? Au reste, quelles que fussent, ce matin, les manœuvres au sein du collège, voilà des propos bien peu encourageants pour la Bernoise. Car Mme Sommaruga va bien devoir s’atteler à une tâche qui fut celle, sans qu’il eût à s'en plaindre, du plus grand conseiller fédéral de l’après-guerre, Kurt Furgler.

 

Un certain 12 décembre 2007, Christian Levrat faisait partie d’un certain trio ayant ourdi l’élimination d’un homme qui prenait un peu trop de place. Les trucs, ficelles, trocs et combines, il connaît par cœur. Il en est même expert. Alors là, ce matin, admettons, oui, qu’on ait un peu tramé, cette fois contre son camp. Depuis Méliès, tout le monde le sait : quand on excelle dans l’usage de l’arrosoir, il faut bien se résoudre à être, une fois ou l’autre, celui qui prend la flotte en pleine poire.

 

C’est humectant. Même pas humiliant. C’est juste le jeu. En politique, rien de pire que la jérémiade.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

16:30 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Chômage : la faute aux vainqueurs !

 

Sur le vif - Et les deux pieds dans la Sarine - Lundi 27.09.10 - 12.26h

 

Esquissé hier, dans le 1230h RSR, par Antonio Hodgers (cf notre précédente note), le thème de la rupture de solidarité par les méchants Alémaniques, dans la votation sur le chômage, est repris aujourd’hui par l’éditorialiste du Matin, mon confrère Fabian Muhieddine.

 

Cette manière de culpabiliser la majorité souveraine du peuple suisse est singulière. On part du principe que le rapport des Latins à l’Etat-Providence serait la norme, le bien, la rançon justifiée du colbertisme. Et que l’autre sensibilité, en effet germanique (nous sommes là dans une vraie ligne de fracture), serait nécessairement destructrice de tout ce qui a fait la Suisse.

 

C’est un peu court. Sans l’extraordinaire puissance économique de la Suisse alémanique, notamment l’apport de Zurich au dix-neuvième siècle, sans l’aventure et le sacrifice de milliers d’entrepreneurs, d’investisseurs, la Suisse d’aujourd’hui ne serait pas ce qu’elle est. Alors, c’est vrai, chez ces gens-là, on cultive un peu moins le sentiment de dépendance, l’idée que l’Etat nous devrait tout. Et on se nourrit un peu plus du concept de responsabilité individuelle.

 

Surtout, du côté de la Suisse latine, ne pas se remettre en question. Tellement plus simple de considérer le oui alémanique comme une égoïste rupture de solidarité. Nous aurions tout compris, eux rien. Alors, puisque nous sommes si intelligents en Suisse romande, notamment du côté de Genève, peut-être pourrions-nous mettre cette précieuse matière grise au service d’une grande ambition : par exemple, faire baisser le chômage.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

12:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Le tableau préféré de Rachida

ceci%20n%27est%20pas%20une%20pipe_t.jpg&t=1

10:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Sept rustres

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 27.09.10



Devant le cercueil de chêne de Mgr Genoud, samedi matin en la Cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg, la quasi-totalité du gouvernement fribourgeois, Philippe Leuba pour celui du canton de Vaud, et… strictement aucun conseiller d’Etat genevois ! Laïcité ou non, loi de 1907 ou non, cette absence n’est tout simplement pas acceptable.

La laïcité est une chose, nul ne la conteste, en tout cas pas l’auteur de ces lignes. Mais la rustrerie en est une autre, qui doit être désignée comme telle, sans ménagement. La laïcité, c’est le respect des croyances, en l’occurrence celle des catholiques romains. Il eût fallu, pour le moins, un acte de présence à Fribourg. La plus élémentaire des courtoisies.

Quelques heures auparavant, vendredi soir, veillée à Notre-Dame, à Genève, en mémoire de l’évêque disparu. Là aussi, boycott du Conseil d’Etat. Dans la classe politique, seul Manuel Tornare a eu la classe et le courage de s’y rendre. Pour les autres – les premiers à faire des ronds de jambe à d’autres religions, plus « tendance » - pénétrer dans une église catholique semble relever de la vulgarité.

A ce niveau-là, ce n’est plus de la laïcité, qui est une belle et grande chose. C’est de la connerie laïcarde. Bernard Genoud était aussi l’évêque de Genève. Par cette double absence, ce sont ses fidèles qu’on a insultés.

Pascal Décaillet


08:21 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

26/09/2010

Léger, Hodgers, léger…

 

Sur le vif - Et avec la gravité d'une plume dans le vent - Dimanche 26.09.10 - 13.23h

 

Antonio Hodgers connaît-il la Suisse ? A-t-il déjà, une fois dans sa vie, pointé son nez dans le canton d’Uri, où la vie quotidienne est à quelques milliers d’années-lumière de celle d’un bobo urbain branché de Genève ? A-t-il entendu parler de la paysannerie de montagne ?

 

Uri, et quelques autres cantons de Suisse centrale, coupables, aux yeux du Vert à soie d’en-deçà de la Versoix, d’égoïsme et de manque de solidarité vis-à-vis de cantons comme Genève, davantage touchés par le chômage.

 

Il vient de le dire, sur les ondes de la RSR. Et c’est une énormité. Cette manière – surtout quand on n’a pas fait campagne – de culpabiliser le vainqueur est non seulement hallucinante, mais elle traduit une profonde méconnaissance du pays, des disparités entre régions de montagne et grands centres urbains gavés d’infrastructures, de la réelle répartition des produits intérieurs au sein de la Confédération.

 

Et puis quoi, si Uri n’a qu’1% de chômage, c’est plutôt à l’honneur des Uranais. D’avoir une économie qui fonctionne. Et peut-être aussi, accessoirement, de ne pas se précipiter à la première occasion pour aller sucer les mamelles d’un Etat-Providence. Au royaume de l’insoutenable légèreté, un sceptre et une couronne pour Antonio le Magnifique.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

13:23 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/09/2010

Adieu, Madame Widmer-Schlumpf

 

Sur le vif - Et l'air de rien - Vendredi 24.09.10 - 18.25h

 

Elle est parvenue aux affaires par la trahison, elle en sortira, dans un peu plus d’un an, par une autre trahison. Celle de ceux-là mêmes qui l’avaient, dans un pronunciamiento de fortune ne visant qu’à se défaire d’un homme trop fort et trop encombrant, portée au pouvoir. Ce jour-là, le glaive se retournera contre Eveline Widmer-Schlumpf. Personne ne pleurera. Surtout pas le triumvir qui avait ourdi, dans quelque alcôve du Bellevue, la singulière irruption de cette Grisonne dans l’Histoire suisse.

 

Ce qui a sonné le glas d’EWS, c’est le remarquable succès de la candidature de combat de Jean-François Rime, le 22 septembre. Oui, l’UDC est de retour, elle n’était d’ailleurs jamais partie, oui l’idée de lui restituer son dû chemine sous la Coupole, oui la trahison isole, finit toujours par se payer. Oui, le Climatique peut brûler d’envie d’empoigner le Flandrin, il a bien fallu quelques Verts, en plus de quelques PDC de Suisse centrale, pour que Rime fasse un tel score. Oui, il arrive toujours un moment où Brutus, Cassius et Antoine finissent par s’étriper. C’est dans Plutarque. Dans Shakespeare. Dans l’immuable et sublime noirceur de l’être humain.

 

Donc, le Flandrin a tort. De quoi ? De voler aujourd’hui, dans Le Temps, au secours de l’Usurpatrice. Et le reste de la droite suisse a bien raison de préparer l’année des adieux. Vous les verrez, ce seront les mêmes. Ceux qui l’avaient portée aux nues, lui porteront le coup fatal. Ainsi va la politique. Ainsi tourne le carrousel des choses humaines. Et les mêmes, les tyrannicides d’hier, seront comme Edith Piaf, à qui elle ressemble tant : non, rien de rien, non, ils ne regretteront rien.

 

Pascal Décaillet

 

 

18:25 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

23/09/2010

Bernard Genoud, un homme parmi les hommes

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Jeudi 23.09.10

 

La mort d’un évêque n’est rien d’autre que la mort d’un homme. Homme, parmi les hommes. Mort, parmi les morts. Face au terme, face à ce mystère, il n’est plus ni crosse ni mitre, ni princes de l’Eglise, ni places d’honneur dans la Fête-Dieu, ni bruissements de courtisans. Il n’y a plus que l’équation de cette vie qui s’arrête. Pour aller où ?

 

La mort de Mgr Genoud est justement celle d’un homme au milieu des siens. Pas d’un évêque. Même pas d’un prêtre. Même pas d’un baptisé. Non, juste un être humain. La mort est la mort, elle est notre lieu commun, elle est le lot des choses humaines. L’accomplissement, enfin, de l’égalité. Il n’y a pas de mort d’évêque, ni de prince. Il n’y a que la mort des hommes. Et d’abord, il est grand temps que les évêques ne soient plus princes. Mais serviteurs.

 

Cette Eglise que j’aime et qu’a si bien servie Mgr Genoud, n’est jamais aussi catastrophique que dans les allées du pouvoir, jamais aussi sublime que dans la résistance. Adieu les princes, adieu lambris étoilés, l’heure qui sonne est celle de Dom Helder, des grands saints de la marge, des illuminés méprisés par la Raison, des bergers visionnaires. Et, sans doute aussi, de quelques hautes solitudes, du côté de Riddes. Qui serions-nous, nous les raisonnables, pour les condamner ?

 

Bernard Genoud n’était ni ermite, ni mondain. Juste un homme au milieu des autres. Il portait la parole, et je sais qu’à la fin, il a aussi porté sa croix. Avec Fathi Derder, nous sommes allés le voir début août à l’EMS La Providence, en Basse-Ville de Fribourg, pour un grand entretien télévisé diffusé le jour de l’Assomption. C’est un homme simple et serein que nous avons rencontré. Il nous a dit que la maladie le grandissait. Sa souffrance n’était pas celle d’un évêque, mais un fragment de notre passion à tous, hommes ou femmes, croyants ou non. La passion des humains sur la terre.

 

Quel plus beau message de la part du responsable d’un diocèse, cette unité fondamentale des premiers temps chrétiens, que l’acceptation et le partage de sa souffrance ? La sienne, la nôtre. Celle de notre espèce. Hier, c’est lui qui est mort. Demain, nous. Et le mystère est toujours là. Comme une dalle ouverte. Silencieuse. Et déjà invisible.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

12:04 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Le silence de l’Amer

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 23.09.10

 

Un Neuchâtelois muet, et un entrepreneur bernois parlant très mal le français. Avec le couple Burkhalter – Schneider-Ammann pour incarner, au plus haut niveau, le parti qui a fait la Suisse, il y a quelque chose de pourri au pays du cassoulet. De l’ordre d’une gouaille grognarde et populaire, un résidu d’Empire qui sentait bon la poudre et la gamelle.

 

Où sont-ils, nos bons vieux radicaux, certes à nuques raides et ceinturons à l’heure, le Chevallaz de Belles-Lettres, le Delamuraz pirate et capitaine, une Louise dans chaque port, et même notre bon vieux Couchepin, sale tronche, inventeur d’inédites syllabes, bouffeur de PDC mais pas de curés, dernière figure avant l’entracte.

 

L’entracte, ou la fin ? Le muet Burkhalter ne parle même pas le langage des signes. Et hier, en renvoyant à Saint-Gall, parce qu’elle brillait trop, Karin Keller-Sutter, le parlement a privé la Suisse d’une femme d’exception. Des comme elles, j’en veux bien cinq. Ou même sept. Je ferai Blanche-Neige, s’il le faut.

 

Oui, le radicalisme tendance charbon et mazout de Robert Ducret se meurt. Pire : entre le silence de l’Amer et les borborygmes du Bernois, c’est toute une certaine dimension rhétorique du radicalisme suisse, populacière, qui se retrouve en berne. Comme une bataille sans l’Empereur. Ou une poudre sans odeur.

 

Pascal Décaillet

 

10:37 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/09/2010

Velasco, le désir demeuré désir

 

Sur le vif - Et sans décodeur - Mercredi 22.09.10 - 14.26h

 

Dites 33 ! Les socialistes de la Ville de Genève ne manquent pas de gourmandise en présentant un nombre assez impressionnant de candidats sur leur liste pour le Municipal. Sympathique auberge espagnole, avec des hommes et des femmes, de jeunes pouliches et quelques chevaux de retour, des idéologues et des pragmatiques, un Papy Moustache et son épouse, on coupe, on mélange, on distribue.

 

Espagnole, l’auberge l’est d’autant plus qu’on y découvre l’une des créatures plus attachantes du socialisme genevois, le très ibérique et très codé Alberto Velasco, l’homme à la parole oraculaire et à la polysémie triomphante.

 

Il fut député. Il est constituant. Il a tout fait. Et il repart à zéro. A lui, René Char, dans les Feuillets d’Hypnos : « Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir ».

 

Aux autres, quelques bons pour une louche de caviar, chez Globus.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

14:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Un grand prélat nous quitte

Genoud.jpg

Mercredi 22.09.10 - 11.36h

 

Eclipsée par le vacarme du cirque fédéral, la nouvelle qu’on savait imminente depuis lundi : le décès du 80ème évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. Mgr Genoud souffrait d’un cancer du poumon. Il avait 68 ans. Lorsque nous étions allés le voir cet été pour le Grand Oral de l’Assomption (15 août) à la Providence, en Basse-Ville de Fribourg, avec Fathi Derder, il nous avait frappés par sa lucidité et sa sérénité. « La maladie, nous avait-il dit, nous aide à grandir ».

 

Qu’est-ce qu’un grand prélat ? Qu’est-ce qu’un évêque ? Je parle ici pour ceux qui se reconnaissent dans cette Maison commune-là. Et aussi pour ceux qui, au-delà de cette Maison commune, sont sensibles aux signaux d’humanité, là où ils sont. Un évêque n’est pas, n’est plus, ne doit plus être un prince, comme ce fut trop longtemps le cas dans une Eglise catholique beaucoup trop accrochée au pouvoir. Pas un prince, mais un homme au milieu d’autres hommes. Pour avoir très bien connu Mgr Genoud, j’affirme qu’il fut cet homme-là.

 

On se souviendra de sa culture et de sa simplicité. On se souviendra de l’évêque au bistrot, clope au bec, n’opérant nulle distinction entre les êtres qui l’approchaient. On se souviendra du philosophe et du musicien, enfant de ce pays fribourgeois où ces deux disciplines sont tant à l’honneur. On me permettra de retenir la clarté du regard, la plénitude du sourire. « La maladie nous aide à grandir ». Ceux qui, une fois dans leur vie, ont été malades, comprennent.

 

Mgr Genoud était un évêque au milieu des hommes. Hommage à lui, aujourd’hui ailleurs. Quelque part.

 

Pascal Décaillet

 

 

11:36 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/09/2010

Isabel Rochat « ne se défie pas » de la police

 

Sur le vif - Et sous les étoiles du képi - Mardi 21.09.10 - 12.26h

 

Ministre genevoise de la sécurité, Isabel Rochat vient de présenter son bilan de l’été, et d’annoncer une grande réorganisation de la police. Dans un communiqué, publié à l’instant, elle précise que « la police, dans sa grande majorité, attend cette réorgansation ». Et « qu’il ne s’agit pas d’un acte de défiance » envers le corps de police.

 

S’il ne s’agit pas d’un acte de défiance, Madame Rochat, pourquoi mentionner cette hypothèse dans le communiqué ?

 

La dimension dont la ministre doit sans doute le plus se méfier, c’est celle de son propre rapport avec les mots.

 

Pascal Décaillet

 

12:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les cleantechs, le général panzer et l’écran de fumée

 

Sur le vif - Et proprement - Mardi 21.09.10 - 10.33h

 

Chaque fois que je le rencontre, j’ai l’impression d’avoir un général de la Wehrmacht face à moi. Ceux de la légende, des Ardennes et de Sedan, de la Meuse et de la contre-offensive de décembre 1944. Oui, Claude Béglé impressionne. C’est un homme et c’est un panzer, il est à lui seul la vision, la volonté, le mouvement. Avec lui, ça passe ou ça casse.

 

A la Poste, ça a cassé. Les apparatchiks, dont le socialiste Oswald Sigg, ont eu sa peau. Des gens comme Sigg, pendant que les panzers percent la ligne de front, ils procèdent, méticuleux, à l’inventaire du matériel. Bref, Béglé a dû partir, il est apparemment très copain avec Pierre-François Unger, et le voilà super-ministre des cleantechs, un truc dont personne ne sait exactement à quoi ça sert, on sait juste que Béglé s’en occupe, et que ça va faire mal.

 

Vous me connaissez, je suis un garçon curieux, ouvert, j’ai donc tenté de comprendre, y compris en interviewant Béglé, ce qu’étaient les cleantechs, mais néant. Nada. La première impression, derrière le côté snobinard du choix anglais du mot, est celle d’un écran de fumée. PFU mandate Béglé, l’ouragan Béglé arrive, noircit 213 pages rugissantes de cleantechs, ça plaît à première vue parce que ça promet le Nirvana climatique (bonjour, Ueli, j’espère que tu vas bien), ça surfe sur la mode verte, ça donne l’impression que PFU et les siens vont révolutionner l’économie genevoise. Et moi, j’attends de voir.

 

Et puis, il y a des choses qui gênent. On devient souvent très étatiste quand on a besoin d’argent. Combien « d’incubateurs » (autre mot détestablement snob) nourris, non par la prise de risque d’entrepreneurs visionnaires, mais par des fonds de pension ? A Genève, ceux des enseignants, par exemple. Vous reconnaîtrez que la part pionnière et aventureuse y prend un coup dans l’aile. Bref, Claude Béglé aspire-t-il à être entrepreneur ou gestionnaire de fonds d’Etat, alloués grâce à sa très grande amitié avec le très sympathique, très irréprochable ministre genevois de l’Economie ?

 

Les questions sont posées. Laissons-les incuber. Non ?

 

Pascal Décaillet

 

10:33 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Dernière scène avant l’orage

 

Edito Giornale del Popolo - Mardi 21.09.10

 

Un été apathique, un scénario prévisible, une formule magique qui ne devrait pas sauter cette fois, des candidates et candidats compétents, voilà la leçon de l’élection de demain au Conseil fédéral. Une double élection, comme cela fut souvent le cas dans l’Histoire suisse, scénario intelligent, parce qu’il laisse le champ ouvert. Il aura fallu forcer un peu la main à Moritz Leuenberger, mais enfin c’est fait. Et, sauf colossale surprise, ce sont une personnalité radicale et une socialiste qui entreront demain dans le gouvernement suisse. La routine, quoi.

 

Ce qui console de cet aspect mécanisé, c’est la qualité des personnes. Au premier chef, la candidate radicale Karin Keller-Sutter, une star de la politique cantonale, excellente ministre à Saint-Gall, une pensée claire et limpide, au demeurant parfaite francophone. Ca n’est pas un détail : Didier Burkhalter ne parlant que très peu, et surtout sans le moindre panache, il est important, pour les Romands, de sentir la permanence d’une certaine « parole radicale » en langue française à Berne, celle des Chevallaz, Delamuraz ou Couchepin. Paradoxalement, c’est une Saint-Galloise qui serait la mieux placée dans ce rôle ! Une compatriote de feu l’éblouissant francophone Kurt Furgler.

 

Côté socialiste, nous retiendrons Simonetta Sommaruga. Là aussi, en plus de la compétence, une certaine élégance et une certaine classe dans la prise de parole. Du côté des outsiders, l’UDC fribourgeois Jean-François Rime, poids-lourd (100 kg !) du National, parfait dans son rôle de chef d’entreprise attaché à la souveraineté nationale, n’ayant aucune envie de s’en laisser conter par l’Union européenne en matière, par exemple, de fiscalité. A juste 60 ans, l’homme brûle d’en découdre. Il est bien possible qu’on n’ait pas fini d’entendre parler de lui.

 

Les autres candidats, le radical bernois Johann Schneider-Ammann, la socialiste Jacqueline Fehr et l’outsider Verte soleuroise Brigit Wyss ne manquent pas, non plus de qualités. Reste à savoir, avec cette double élection complémentaire en pleine législature, si nous n’assistons pas à l’une des dernières du genre. Etrange gouvernement, tout de même, élu pour quatre ans en décembre 2007, et dont les quatre septièmes démissionnent en cours de mandat ! Très mauvais attelage, à la vérité, incapable de piloter le pays en temps de crise, où les ministres n’ont cessé de régler leurs comptes par presse dominicale alémanique interposée, l’une des équipes les plus faibles depuis la Seconde Guerre mondiale. Virer Blocher, le 12 décembre 2007, pour arriver à un résultat aussi médiocre, y compris en termes de collégialité (c’était le grief suprême contre le tribun zurichois), c’est l’un des grands échecs de notre Histoire politique.

 

La qualité des personnes élues sauf surprise demain, Mme Sommaruga, Mme Fehr, Mme Keller-Sutter, ou M. Schneider-Ammann, compensera-t-elle l’incroyable lacune structurelle d’un système aux soins palliatifs ? Jusqu’à décembre 2011, sans doute. Au-delà, il faudra tout revoir. Sans doute dans la douleur.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

09:23 Publié dans Editos Giornale del Popolo | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/09/2010

Mettan-psychose

 

Sur le vif - Et dans les trous de la passoire - Lundi 20.09.10 - 10.39h

 

En accusant publiquement, ce matin sur Radio Cité, Eric Stauffer d’être « un spécialiste de la violation du secret de fonction », le président du Grand Conseil genevois, Guy Mettan, sort une nouvelle fois de son rôle. Il redevient le député Mettan. Abaisse donc sa fonction. C’est dommage pour lui.

 

Les commissions parlementaires, à Genève comme dans la Berne fédérale, et comme dans tous les législatifs du monde, sont des passoires. Tout le monde le sait. Comment voulez-vous, en 2010, réunir quinze à vingt personnes pendant deux heures, d’intérêts et d’horizons différents, provenant de partis qui se combattent, toutes équipées des portables de la dernière génération, en imaginant une seconde que les informations essentielles ne perleront pas ? C’est ainsi, c’est la vie, c’est humain, le besoin de faire savoir. Surtout quand on a remporté, face à ses pairs, une petite victoire.

 

Des fuites, au Grand Conseil genevois, il y en a beaucoup. Elles proviennent de tous les horizons politiques. Je ne sache pas qu’aucune d’entre elles ait eu pour conséquence de fissurer définitivement la République. Juste des soupapes. Et plus on tentera, d’en haut, d’augmenter la pression et la vapeur, plus il y en aura.

 

Cela dit, pour les quelques semaines qui lui restent au perchoir, profitons des qualités humaines, de la simplicité et de la modération de Guy Mettan. Des temps plus arrogants, après lui, nous attendent.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

10:39 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Billag: la ligne de trop

 

Sur le vif – Et sur la cuve d’hélium – Lundi 20.09.10 – 09.37h



Nous avons déjà évoqué, dans ces colonnes, le scandale Billag, cette Ferme générale d’Ancien Régime chargée de percevoir l’impôt déguisé qu’on appelle “redevance” radio-TV. Nous avons déjà dit à quel point ce conglomérat relevait de l’usine à gaz. Comme toute la population suisse, nous nous sommes émus d’apprendre un excédent de 67 millions ne pouvant, on se demande bien pourquoi, être remboursé aux usagers.

Mais le Matin dimanche d’hier ajoute quelques gouttes de gaz liquide dans la cuve déjà pleine à bonder: Jonny Kopp (sans doute le fils de l’une des plus grandes stars du rock français et de la première conseillère fédérale de l’Histoire suisse), porte-parole de l’usine à gaz, déclare: “La facture de Billag est conçue pour tenir sur une seule page, bulletin de versement compris. En imaginant que l’on rajoute une ligne pour le remboursement, cela fera basculer le tout sur deux pages et augmenterait donc sensiblement le coût des achats de papier”.

CQFD.

Fermer Billag, vite. Ne plus jamais entendre parler de Moritz. Et reprendre, tels Michel Jonasz, le cours de nos vie.


Pascal Décaillet



09:37 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Sales tronches

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 20.09.10

 

Chevallaz, Delamuraz, Couchepin : trois styles. C’était le temps du verbe haut lorsque de fortes têtes radicales romandes – des sales tronches, au fond – hantaient les couloirs de Berne. Avec Didier Burkhalter, le silence est tellement d’or qu’il en a même endormi la dimension argentée de la parole. Au reste, les rares fois où l’homme s’exprime, c’est dans un sabir germano-provençal très éloigné de la langue de Verlaine. Un verbe de fonctionnaire, au mieux.

 

Dès lors, si l’Assemblée fédérale devait élire, mercredi, l’entrepreneur bernois Johann Schneider-Ammann, très mauvais francophone, c’est toute la tradition d’une certaine élévation de la parole radicale en langue française qui s’évanouirait. Il n’y aurait plus ni « dimanches noirs », ni « ministres qui décident »,  il n’y aurait plus ni droite cassoulet, ni rêves de grognards, ni nostalgies d’Empire. Il n’y aurait plus que Burkhalter et Schneider-Ammann. Et le chanvre de Rappaz pour se pendre.

 

Paradoxe : au-delà des ethnies, c’est aux confins de la Suisse orientale qu’il faut aller chercher l’élégance et la précision de notre langue, sa finesse allusive aussi : chez Karin Keller-Sutter. Un français parfait. Qui vole et qui percute. Soluble, léger, comme le plus court chemin d’un point vers l’autre. Didier Burkhalter ne cesse de nous répéter qu’il cherche des solutions. La Saint-Galloise, pour sa part, les trouve.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09:31 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |