02/10/2010

Quand René Longet atomise la démocratie

 

Sur le vif - Samedi 02.10.10 - 09.38h

 

Président du parti socialiste genevois, René Longet accorde à mon confrère Marc Bretton, dans la Tribune de Genève de ce matin, une interview qui est un festival de pleurnicheries et une atomique démonstration de la gauche mauvaise perdante, geignarde, et surtout, une fois de plus, anti-démocratique dès que le résultat de la démocratie ne lui convient pas.

 

Que veut René Longet ? Dissoudre la Constituante. Pourquoi ? Parce que les décisions, démocratiquement votées à la majorité, de cette Assemblée ne lui plaisent pas. Les constituants, souverainement, votent une disposition donnant à nouveau à Genève la possibilité de s’ouvrir à l’énergie nucléaire. Réponse de Longet : dissoudre la Constituante. « Toutes les digues ont lâché, déclare le patron du PSG. Après les droits sociaux, l’égalité hommes-femmes, l’éligibilité des fonctionnaires, les communes, voici le nucléaire ».

 

Ce sont quoi, des digues qui lâchent ? Quoi d’autre, M. Longet, que la souveraine expression d’une majorité, légitimement élue par le peuple pour plancher sur la révision d’une Charte fondamentale. Oh, des digues qui lâchent, il y en aura encore beaucoup. Parce que la Genève d’aujourd’hui, au niveau cantonal, comme d’ailleurs la Suisse en général, se trouve être beaucoup plus conservatrice que les aurores aux doigts de rose dont rêve René Longet. Mais cela, le président du parti socialiste genevois ne veut pas le voir. Si une assemblée vote des dispositions de droite, alors c’est qu’elle doit être, nécessairement, une mauvaise assemblée, c’est qu’il doit y voir une anomalie quelque part. Donc, dissoudre.

 

René Longet, Christian Levrat, c’est la gauche des gémissements et des hurlements. La gauche qui n’a jamais su perdre. Qui brandit la morale comme paravent de son inaptitude à convaincre. Qui parle au nom du bien (dont elle est seule détentrice), et n’accepte les rapports de force que lorsqu’elle est du bon côté. Dans son interview irradiée de la Tribune de Genève, René Longet parle des « pyromanes qui parient sur l’échec parce qu’ils ont peur de voir naître une Constitution centriste et progressiste ». Mais, M. Longet, au nom de quoi une Constitution devrait-elle être, par définition, centriste et progressiste ? Pourquoi diable n’aurait-elle pas le droit d’être conservatrice, si la majorité le décide ? Cela s’appelle la démocratie, non ?

 

Au reste, M. Longet n’a pas grand souci à se faire. Si vraiment le texte final ne tient pas la route, le peuple, un certain dimanche, le refusera. Mais demander, en cours de route, parce que les inflexions du moment lui déplaisent, la dissolution de l’Assemblée, c’est bafouer la démocratie. Un exercice dans lequel la gauche suisse excelle de plus en plus. Il est vrai que l’exemple lui est donné au plus niveau, avec un président national de parti reconverti dans le rôle de pleureuse.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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Commentaires

"la souveraine expression d’une majorité, légitimement élue par le peuple pour plancher sur la révision d’une Charte fondamentale".

Sauf que :

Dans le cadre de cette élection, le peuple n'a pas choisi une majorité, mais des personnes ayant qualités pour siéger dans le but rechercher, la révision de la Charte fondamentale".

La véritable question que soulève a position extrême de M. Longet, est de savoir si ces élus/es du peuple ne se sont pas égarré politiquement de leur mission. Le terrain politique, que vous connaissez mieux que quiconque M. Décaillet, n'est-il pas venu noyer les véritable débats institutionnels sur la philosophie de vie que représente une Constitution.

J'ai aussi l'impression que la Constituante est en train de détourner des lois votées il y a peu, au moyen de texte qui ne servent ni le peuple, ni les institutions.

Les résultats des travaux de cette Constituante seront refusés devant le peuple, nous le savons tous.

Devons-nous laisser aller ainsi la démocratie dans le mur, car avant de la bafouer, l'on pourrait demander l'avis du peuple pour savoir si cette Constituante, avec ses coûts, ses idées, ses dysfonctionnements, mais surtout cette pollution politique des droits humains, si cette Constituante là demeure légitime ?

Minet.

Écrit par : Walter Schlechten | 02/10/2010

Comment faut-il vous l'expliquer ? On n'a pas élu une constitution, on a élu une constituante. Transposons au cas du procureur général élu. Sa couleur politique, quelle qu'elle soit, ne le justifiera pas à gaspiller les deniers publics pour monter des dossiers téméraires.

Écrit par : Boris Borcic | 02/10/2010

Tant qu'on y est, on pourrait y inscrire le rétablissement de la peine de mort.

A part ça, ceux soi-disant de gauche qui viennent se plaindre n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Ils l'ont aussi voulue cette con - stituante. Qu'ils aient fait preuve d'une stupidité politique sans égale pour l'avoir approuvée, c'est leur problème. Qu'ils assument maintenant leur connerie.

Écrit par : Justin | 02/10/2010

Cette constitution va à vau-l'eau, la droite n'a pas su prendre de la hauteur et faire des compromis sur ce texte capital, qui est censé exprimer la vision de vie, la vision de la société souhaitée par tout le peuple (pas juste les électeurs de droite).
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Ce n'est pas parce qu'un parti est majoritaire qu'il doit imposer tout son programme à la minorité. A quoi bon une constitution radicalement à droite, si le peuple la rejettera dans quelques années??? L'attitude de la droite serait acceptable en France ou en Italie, mais pas en Suisse. Ici, le peuple a son mot à dire et cela est (normalement) pris en compte lors des débats.
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Décaillet a beau jeu de se plaindre de l'intervention de Longet: je suis certain que son commentaire aurait été diamétralement opposé si c'était la gauche radicale, majoritaire, qui se mettait à imposer ses idées...
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La notion même du COMPROMIS, qui permet à des sensibilités différentes de vivre ensemble, a été perdue de vue par cette droite partisane.

Écrit par : strass | 02/10/2010

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