07/10/2010

Pleurer, gémir…

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 07.10.10

 

Avec René Longet et Cyril Mizrahi dans ses plus hautes instances, le parti socialiste genevois n’est plus un organe de combat, mais un chœur de pleureuses. L’arène politique, un cimetière antique, avec de sublimes femmes en noir sous le soleil, et des cris de détresse dans le désert.

 

Les décisions de la Constituante déplaisent ? Qu’on la dissolve, dixit Longet. Les membres de l’Assemblée, légitimement élus ? Qu’ils mourussent ! René Longet vient d’inventer une nouvelle méthode politique : la résistance par la gomme. L’évacuation du problème par la cuvette des toilettes. La larme atomique, à la première contrariété.

 

Non seulement cette position, en logique républicaine, est indéfendable, mais elle s’accompagne, chez nos duettistes de la folle complainte, d’infinies variations sur le monde du gémissement : il y a celui qui geint et celui qui sanglote, il y a les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

 

Longet, la fée. Mizrahi, la sainte. Ils sont venus nous dire qu’ils s’en allaient, et leurs propres larmes n’y pourraient rien changer. Alors, dans le désert, ils pleurent. Et la vie, elle, continue. Parce que, comme le disait si bien Mouloudji, « Faut vivre ! ».

 

Pascal Décaillet

 

12:52 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Cher Monsieur Décaillet,
chères et chers lectrices et lecteurs,

Plutôt que de poursuivre une polémique inutile après vos quatre billets à charge, la sainte Mizrahi vous invite à prendre connaissance des amendements déposés aujourd'hui à la Constituante:
http://cyrilmizrahi.blog.tdg.ch/archive/2010/10/07/constituante-les-amendements-socialistes-en-matiere-d-econom.html

C'est avec plaisir que je me tiens à votre disposition pour en discuter et défendre un projet de société différent du vôtre mais que les citoyens et citoyennes sont peut-être intéressés à connaître et juger sur pièces!

Bien à vous,
Cyril Mizrahi, chef du groupe socialiste pluraliste

Écrit par : Cyril Mizrahi | 07/10/2010

Les propositions d'amendements des socialistes sont assez intéressantes. Elles reprennent assez certainement ce que la population genevoise ne veut plus. A voir ces propositions, je comprends mieux le souci de MM. Longet et compagnie. Ils craignent non pas que le projet de constitution soit refusé, mais qu'il soit accepté. Car, effectivement, en lisant les propositions collectivistes (donc historiquement rétrogrades) de la gauche, je me dis que le projet de constitution conservateur a bien des chances de passer.

A la gauche: souvenez-vous que seuls 50% de la population de ce canton paie des impôts! Ce sont ces gens-là (qui n'ont que des obligations et aucun droit, mais sur qui reposent finalement toutes vos promesses de générosité) qui vont renverser votre bastille. Car ils en ont marre de payer pour tout le monde, d'être moins bien logés que ceux qui bénéficient - à leurs frais - de l'assistance de l'Etat, etc...

La plupart des propositions qui concernent l'économie sont contraires au droit fédéral - j'aime particulièrement l'idée que les collectivités publiques reçoivent la mission d'encourager la participation des travailleurs/-euses au sein des entreprises (les rapports de travail relèvent du droit fédéral, et je crois qu'il y a déjà une loi fédérale sur la participation des travailleurs; et qui sont les collectivités publiques qui vont venir encourager les gens, et comment? Ah oui, je sais: Rémi Pagani avec son mégaphone et ses drapeaux, aura dans la constitution genevoise une mission d'intervenir dans les entreprises privées...).
Le logement: c'est joli tout plein. Mais on en a marre que l'Etat (50% de la population genevoise, puisque les autres ne paient pas ou presque pas d'impôts) doive payer au premier venu (en situation irrégulière ou pas) ce qu'un citoyen normal peine à s'assurer pour lui-même. Car c'est quoi, l'intimité personnelle et familiale, dans une ville aux immeubles qui ne peuvent jamais être rénovés?

Écrit par : Till Eulenspiegel | 08/10/2010

Bonjour,

@Till Eulenspiegel Je serais curieux de savoir en quoi ces propositions sur le travail sont collectivistes ou contraires au droit fédéral. Vous ne l'expliquez pas. Du reste, vous ajoutez, de manière un peu contradictoire, qu'il existe une loi fédérale sur la participation. Vous avez raison sur ce point.

En vérité, ces propositions ne font que mettre en oeuvre le droit fédéral. En quoi est-il collectiviste ou contraire au droit fédéral que l'Etat étende le champ d'application des conventions collectives, adopte des contrats-type, renonce à accorder des subventions ou des contrats à des entreprises qui ne respectent pas le droit du travail, encouragent financièrement celles qui s'engagent pour l'égalité des chances ou le dialogue social en prévoyant l'élection de représentants du personnel? Est-ce que le droit fédéral, le droit allemand, le droit américain (à côté duquel nos propositions sont d'une tiédeur patente) sont d'inspiration collectiviste?

Ce que vous - et d'autres - colportez sur de prétendus appartements et allocations distribués au premier venu est simplement calomnieux pour les services de l'Etat, ne correspond ni à la législation ni à la pratique. Je rencontre tous les jours dans mon activité d'avocat des personnes qui n'ont même pas les moyens de défendre leurs droits et à qui l'assistance juridique est de surcroît souvent refusée. Ne préférez-vous pas faire partie de la catégorie de ceux qui paient des impôts et à qui il reste suffisamment pour assurer au moins les dépenses de base?

Que proposez-vous, que propose la droite pour assurer des salaires décents, l'égalité des chances et de salaires, lutter contre la pénurie de logements? Pensez-vous que c'est de leur faute si des personnes sont privées de logement, ne gagnent pas assez pour vivre ou sont moins bien payés pour un travail de valeur égale?

Bien à vous,
Cyril Mizrahi

Écrit par : Cyril Mizrahi | 08/10/2010

Till oublie un peu vite que le montant d'impôt qu'il paie, ne lui donne pas plus de droit qu'un autre citoyen, c'est juste un des fondement de notre Etat de droit. J'ajouterais même, que si il était un riche citoyen (ce dont je doute fort), il devrait comprendre que la part d'impôt qu'il paye (impôt sur le revenu progressif, impot sur les successions) doit être perçue comme une assurance vie pour que lui ou ses descendant ne finissent pas la tête sur une pique ... c'est ça le contrat social !

De plus, je trouve sa façon du manier du "on" dans son intervention significative de la propension de ce genre de personne à se croire plus nombreux qu'elle ne l'est.

J'ajouterais de plus, que contrairement à son affirmation, tout le monde paye des impôts, par le truchement de la TVA.

Je m'étonne à ce propos, que Pascal Décaillet ne corrige pas toutes ces erreurs qui relève du ba-ba de la connaissance du fonctionnement de notre société.

Mais bon, il est de bon ton de laisser s'exprimer sans limites les égoïstes de notre société qui mettent à mal sa cohésion en voulant supprimer tout ses éléments solidaires, et de me censurer les autres ...

Écrit par : Djinius | 08/10/2010

@Djinius:

De nombreux Etats ont connu le vote censitaire et ces Etats étaient eux aussi des Etats de droit. Qu'y aurait-il d'injuste à donner à ceux qui contribuent davantage un plus grand pouvoir de décision? Qu'y a-t-il de juste à ce que ceux qui reçoivent beaucoup et contribuent peu puissent, de votation en votation, réclamer toujours davantage? Qu'y a-t-il de beau, de généreux, et de durable aussi, dans cette attitude des assistés qui, en mettant en avant les bons sentiments, ne réclament en fait que pour eux-mêmes?

Par ailleurs, la TVA sert pour l'essentiel à couvrir les tâches générales de la Confédération, donc pas du tout à financer le "vivre ensemble" à Genève, étant rappelé que les cantons sont indépendants et souverains en matière fiscale. Nous parlons de la constitution genevoise. Du travers genevois qui consiste à mieux loger une famille pauvre qui ne paie pas d'impôts qu'une famille modeste qui paie des impôts. La TVA n'a rien à faire dans ce débat.

Quand à votre passage sur les têtes au bout de piques, il révèle tout à fait la mentalité de la gauche: l'imposition du riche est le racket du bandit qui vous dit "la bourse ou la vie". Moi, je ne vois pas les choses de cette manière, et je suis persuadé que la paix sociale ne se fait pas en nourrissant les pauvres pour qu'ils se taisent (ah, l'éternel mépris de l'intellectuel de gauche pour les pauvres!), mais en donnant à chacun la perspective d'atteindre les buts pour lesquels il est prêt à faire des efforts. C'est le credo de la droite. Et je sais qu'aujourd'hui ceux qui font des efforts sont moins bien traités que ceux qui n'en font pas, que les privilégiés d'aujourd'hui ne sont pas ceux qu'on croit, que la société à deux vitesses existe déjà. Elle sépare ceux qui n'ont que des droits de ceux qui n'ont que des obligations.

Écrit par : Till Eulenspiegel | 08/10/2010

@Djinius:

TdG du 13.08.2010: "Dans notre canton [de Genève], il s’avère que 5% des personnes les plus riches versent 50% des contributions publiques, soit la moitié des 3,7 milliards de francs collectés l’an dernier. A contrario et dès 2011, une personne sur deux à Genève ne paie pas (ou quasiment pas) d’impôts, en raison de la très forte progression de l’imposition dès 60 000 francs de revenus annuels."

L'idée que chacun ait des droits égaux, indépendamment de savoir s'il contribue ou pas, ne peut pas perdurer indéfiniment s'il y a trop de personnes qui ne contribuent pas. L'égalité des droits est basée sur une présomption de l'égalité des obligations. Cela va tant que suffisamment de monde a l'impression d'être traité équitablement, et tant que ceux qui ne contribuent pas ont un poids politique marginal. Aujourd'hui, ceux qui ne contribuent pas ont un poids politique trop important - c'est d'ailleurs pour cela que les droits s'étendent tous azimuts. A mon avis, ceux qui ne contribuent pas devraient avoir la rectitude de se récuser lorsqu'on vote sur leurs privilèges. Par l'honnêteté, la vertu insigne et l'innocence qui caractérisent le faible. Non?

Écrit par : Till Eulenspiegel | 08/10/2010

@C. Mizrahi:
- La plupart des propositions socialistes sont contraires au droit fédéral car elles empiètent sur les attributions de la Confédération. La loi sur la participation, pour ne citer que cet exemple, a réglé toute la matière et il n'y pas de place pour une législation cantonale qui autoriserait dans ce domaine les collectivités publiques à intervenir dans les entreprises privées. Donc il n'y a aucune contradiction dans ce que je dis: c'est précisément parce qu'il y a déjà une loi fédérale sur la participation que les cantons ne peuvent plus intervenir dans ce domaine (qui, en plus, relève par nature du droit privé et échappe donc aux cantons).
- "Ce que vous - et d'autres - colportez sur de prétendus appartements et allocations distribués au premier venu est simplement calomnieux pour les services de l'Etat, ne correspond ni à la législation ni à la pratique." Je n'ai jamais parlé de ce que font les services de l'Etat. Donc je vous conseille d'être prudent avec votre accusation de calomnie.
Ce que je déplore, c'est la situation des très nombreuses familles qui ne remplissent juste pas les critères des aides au logement et qui, de ce fait, se retrouvent moins bien logées que si elles étaient plus pauvres.
Tout système de solidarité repose, par définition, sur l'idée que certains paient pour d'autres. Imaginons la répartition des revenus et richesses comme un losange: il y a peu de très riches en haut, beaucoup de moyennement riches au milieu, et peu de très pauvres en bas. Il y a une ligne, quelque part dans ce losange, qui marque la limite entre ceux qui contribuent et ceux qui bénéficient. Tous les systèmes de péréquation ont un problème: c'est que ceux qui sont juste au-dessus de la ligne (et qui sont donc les plus pauvres contributeurs) se font passer devant, à cause de leur contribution, par ceux qui sont juste en-dessous de la ligne (et qui sont les bénéficiaires les moins pauvres)... Idéalement, il faudrait que cette ligne soit aussi basse que possible (afin que la ligne de friction concerne peu de monde - car cette friction est source de frustrations). Mais aujourd'hui, la ligne passe au milieu du losange, au milieu de la population, et c'est la classe moyenne dans son ensemble qui est concernée par ce problème de friction. Les familles dont je vous parle, et qui sentent sur leur nuque le souffle de la précarité, ne sont pas des familles défavorisées; ce sont des gens qui ont fait des études et qui travaillent. Ce sont des gens qui ont cru que leurs efforts allaient être utiles.
Le système perd sa stabilité lorsqu'il y a trop de personnes contributives qui sont moins bien loties que celles qui bénéficient du système, car pour une part importante de la population, il vaudrait alors mieux être un peu plus pauvre qu'un peu plus riche.
C'est pour cela qu'il faut réfléchir avant de vouloir encore garantir quantité de choses à tout un chacun. C'est une chose de vouloir venir en aide aux défavorisés, mais il faut se demander qui va payer. Car nous savons - et les plus naïfs l'ont appris cet été - que les ressources des Etats ne sont pas illimitées. Il y a quelqu'un qui doit payer.
La gauche veut se profiler dans le développement durable, contre le capitalisme débridé, etc. Et bien je pense qu'elle devrait réfléchir sur le caractère durable des aides tous azimuts qu'elle propose. Toute notre société a profité des dérives récentes du capitalisme, des atteintes colossales que l'environnement a subies ces dernières décennies, car tout le monde a tablé sur le fait qu'il était normal de connaître une telle croissance. Et c'est cette croissance anormale, criminelle, qui a permis l'essor de l'Etat-Providence. L'argent facile s'est retrouvé à tous les étages de la société, tout le monde en a profité, du plus riche (on le dit souvent) au plus pauvre (ça, on l'oublie volontiers). Aussi, on ne peut pas, simultanément, critiquer le capitalisme sauvage et réclamer davantage d'Etat-Providence. Car l'Etat-Providence est l'enfant naturel du capitalisme sauvage. D'ailleurs, il lui ressemble de plus en plus.

Écrit par : Till Eulenspiegel | 11/10/2010

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