20/12/2010

Pas de juges étrangers

 

Sur le vif - Dimanche 19.12.10 - 18.40h

 

Maire de Strasbourg et sénateur français du Bas-Rhin, Roland Ries, 65 ans, qu’on vient d’entendre sur les ondes de la RSR, semble ignorer l’un des principes fondateurs de notre petit pays : pas de juges étrangers. Des accords, des traités, tout cela oui, mais signés par nous, à égalité de dignité avec le partenaire, et non sous la coupe d’une instance supérieure. Nos plus grands diplomates, qu’ils fussent radicaux (Max Petitpierre) ou socialistes, ont toujours appliqué ce principe, constamment rappelé dans la lecture (passionnante) des « Documents diplomatiques suisses ».

 

Que propose M. Ries ? Constatant que l’exercice des bilatérales est en bout de course (ce qui est loin d’être démontré, et ressemble plutôt à une rengaine en forme de pression sur la tempe de la part de nos chers partenaires de l’UE), l’Alsacien envisage une « instance supérieure et indépendante » chargée de mettre d’accord les deux partenaires (CH et UE) pour aboutir à une nouvelle forme de relations. Ce qu’on peine à saisir, c’est en quoi cette réflexion sur l’évolution des rapports aurait besoin d’une instance arbitrale, alors qu’elle repose, depuis toujours, sur l’une des forces de notre diplomatie : la négociation.

 

Pire : le maire de Strasbourg reconnaît lui-même l’exercice comme périlleux, l’Union européenne ayant tendance à nommer des commissions qui, sous couvert d’être neutres, sont sous sa coupe. Surtout, l’opinion publique suisse ne comprendrait absolument pas, aujourd’hui et suite aux années de pressions que nos chers voisins et partenaires viennent d’exercer sur nous en matière de fiscalité, que le principe de rapports de force et de confrontations d’intelligences (la négociation) cède la place à une douteuse mise sous tutelle.

 

La Suisse est un tout petit pays de sept millions d’habitants, l’Union européenne est un géant. Le seul moyen de discuter avec un géant, c’est de rester très sûr de ce qu’on veut, avec une conscience de nos valeurs, de ce que nous voulons maintenir (démocratie directe, fédéralisme). Et en se souvenant que la petite Suisse, tout en se voulant en paix et dans les meilleures relations avec le reste du monde, a survécu, dans sa souveraineté, grâce à la stricte observance d’un principe cardinal : pas de juges étrangers.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

Le deuxième principe écorné par Monsieur le maire de strasbourg est un autre fondement de notre démocratie : le peuple a le dernier mot.

L'instance proposée confisquerait des droits populaires au profit d'une entité aux contours flous. Et cela, les Suisses ne l'accepteront pas.

L'UE, ultra-jacobine, ne parvient pas à comprendre l'attachement de notre pays à ses institutions de démocratie directe ou semi-directe.

Écrit par : Soli Pardo | 20/12/2010

Seule solution : devenir le 51e état des USA. Quoique, le remède risque d'être pire que la maladie...
Pourquoi ne pas refonder alors une véritable AELE forte et concurrente de l'UE, avec comme membres les divers membres de l'Helvétistan (cf. FMI) et les états rejetés par l'UE (Serbie, Croatie, Turquie, etc.). AELE basée sur le seul critère économique, et ne se mêlant pas de diplomatie et autres affaires politiques.

Écrit par : Roger BOUVIER | 20/12/2010

Faut-il rappeler, sur la base du Pacte fédéral, que les Suisses ne veulent pas de juges étrangers?

"Que chacun sache donc que, considérant la malice des temps et pour être mieux à même de défendre et maintenir dans leur intégrité leurs vies et leurs biens, (...)"

"De même, après commune délibération et d'un accord unanime, nous avons juré, statué et décidé que nous n'accepterions et ne reconnaîtrions en aucun cas dans lesdites vallées un juge qui aurait payé sa charge de quelque manière, soit en argent soit à quelque autre prix, ou qui ne serait pas de chez nous et membre de nos communautés."

Si les bilatérales s'essoufflent, c'est avant tout parce qu'il s'agit d'unilatérales. Un Suisse qui postule à l'étranger n'a aucune chance alors que l'inverse ... Il n'y a pas de contre-partie et beaucoup viennent même cracher dans la soupe alors qu'ils n'apportent aucune valeur ajoutée!

Écrit par : Micheline | 20/12/2010

Tous les Européens avec lesquels j'ai parlé voudraient disposer des droits que nous avons. Qui pourrait comprendre qu'on les échange contre des avantages financiers...pour quelques-uns au moins?

Écrit par : Hakim | 20/12/2010

Que de belle parole, moi c'est Mickey et toi ?

Micheline, qu'el Suisse veut d'un boulot à 1'200 euros par mois ? faudrait pas tout mélanger ! ! !

Écrit par : Corto | 20/12/2010

une question alors... sans arrière pensée... comment dès lors concilier ce principe avec la signature de traités internationaux induisant l'appartenance à des juridictions internationales telle la Cour Européenne des Droits de l'Homme? en signant ces traités, la suisse accepte de se soumettre à une juridiction composée de juges étrangers...?

Matthieu

Écrit par : matthieu | 21/12/2010

Combien parmi les lois européennes sont-elles contraires à nos principes constitutionnels ? Combien de fois avons-nous eu l'impression que nous votions pour rien ou pas grande chose ? Combien de fois avons-nous voté sans que l'intention du peuple n'aboutisse vraiment ou qu'il faille revenir sur le sujet plus tard ? Qui a encore envie de voter ? Démocratie ou hypocrisie ? L'Europe ne souhaite nullement nous priver de la démocratie directe, d'ailleurs elle est compatible avec le droit européen, mais elle ne peut pas accepter 26 régimes fiscaux indépendants, notamment. De plus, elle assure, directement ou indirectement la sécurité des nos frontières, tandis que nous ne pouvons pas affirmer la même chose. Il est évident que la Suisse doit s'impliquer davantage, justement pour préserver notre indépendance.

Écrit par : Dixit | 21/12/2010

Ne jamais oublier que la balance commerciale Suisse - UE est en dévaveur de la Suisse a hauteur d'environ 20 millard d'Euro et que la Suisse, malgré sa taille de liliputienne est le deuxième client de l'UE.
En cas de rupture de négociation et de suppression des bilatérales, l'UE a plus à perdre que la Suisse qui reste bien plus ouverte sur le reste du monde que ne l'est l'UE!
Ne pas oublier que la Suisse permet à plus de cent-mille européens de travailler (soit environ près de 500'000 personnes à vivre) dont 70'000 français rien qu'à Genève trop souvant au détriment des travailleurs genevois et Suisse. Il jn'y a qu'a regarder les statistiques du chômage genevois depuis que les bilatérales sont effectives.
Un retour un arrière ne permettant qu'au résident de la zone frontalière (Savoie Gex) depuis au moins 6 mois d'obtenir un permis frontalier enquiquinerait bien plus l'UE que la Suisse.
La Suisse tient le couteau par le manche dans ces négociaitions, il ne faudrait pas qu'elle ne flanche pour du politiquement correct et sous la pression de l'UE!
Si l'UE fait tant de pression actuellemnt sur la Suisse, c'est parcequ'elle aimerait que la Suisse adhère à cette aessociation afin de pouvoir la ponctionner légalement pour renflouer ses caisses vidées par la gabjie de ses membres. Le prochain sur la liste étant la France déjà dégradée par une agence de notation chinoise.

Écrit par : Mescolles | 23/12/2010

Vous dites des bêtises, M. Décaillet. La Suisse moderne n'existerait pas sans Napoléon Bonaparte qui se fit juge de paix entre les Cantons et jeta les bases de la Confédération telle que nous la connaissons, à travers l'acte de médiation. Mais évidemment si vous revisitez l'histoire à la lumière des torches de l'UDC et des illuminations du pardo...

Écrit par : Saint-Juste | 23/12/2010

"La Suisse tient le couteau par le manche dans ces négociaitions, il ne faudrait pas qu'elle ne flanche pour du politiquement correct et sous la pression de l'UE!"

Et n'oublions pas non plus la position stratégique de la Suisse pour les communications nord-sud, dans un contexte où les axes français et autrichien sont à la limite de la saturation lorsqu'ils ne sont pas saturés.

Écrit par : Scipion | 23/12/2010

St Just a PARFAITEMENT raison et, accessoirement, démontre que pardo
le russe ne connait pas mieux l'histoire suisse que Stauffer le demi italien,
ce qui n'étonnera personne.

Écrit par : ifos | 26/12/2010

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