31/01/2011

La sardine de l’Algarve

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 31.01.11

 

 

Christian Lüscher s’est lancé, il a devancé tout le monde, il dit qu’il est le seul à pouvoir gagner, et il a raison. Si quelqu’un, dans la famille de droite, est capable de ravir à la gauche l’un des deux sièges des Etats, c’est lui. Et sans doute lui seul.

 

On pouvait douter, il y a quatre ans, des chances de réussite à Berne de ce Golden Boy de la politique genevoise. Mais sous la Coupole, là où tant d’autres s’éteignent, il s’est révélé. En matière financière, fiscale, ses positions sont claires, identifiables. A mille lieues des levantines, et finalement inaudibles, nuances d’un Fulvio Pelli. Ou de l’obsession monothématique de certains radicaux sur la laïcité.

 

Il a même assuré ses arrières. Il obtient déjà le soutien de Christophe Darbellay, ce qui pourrait faire tiquer le PDC genevois, en l’espèce grillé comme une sardine de l’Algarve. Il inaugure une campagne de « droite élargie », seule recette de victoire, à Genève, pour une Entente ne rassemblant que deux électeurs sur cinq.

 

« Droite élargie », cela fait peur à qui ? Mais à la gauche, pardi ! Qui nous ressort toute la vieille batterie poussiéreuse de leçons de morale, l’Allemagne de fin 1932 par ci, Thomas Mann par là, et les âmes qu’on vend au diable, et le Dr Faust, et Méphisto. Et plus elle parle, la gauche, pour faire la morale, plus elle donne raison à la droite de « s’élargir ».

 

Pascal Décaillet

 

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29/01/2011

Les Pieds Nickelés à Carthage

 

Sur le vif - Samedi 29.01.11 - 18.06h

 

De retour de leur tournée triomphale à Gaza, voici les conseillers nationaux Hodgers et Zisyadis en Tunisie. But de leur voyage : soutenir la population locale.

 

Nul d’entre nous, une seule seconde, ne doute de l’immense réconfort que ne manquera pas de prodiguer cette double apparition à une population passablement éprouvée par le vent de l’Histoire et la douce fureur de la révolution.

 

Et puis tiens, tant qu’on y est, nos deux globe-trotters pourraient, de Tunis, tenter le voyage du Caire, où l’ambiance est assez chaude, juste maintenant. Ils auront la joie de traverser la terre si accueillante qui sépare ces deux pays : la Libye.

 

Pascal Décaillet

 

18:06 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (32) | |  Imprimer |  Facebook | |

28/01/2011

Droite élargie

 

Sur le vif - Vendredi 28.01.11 - 19.32h

 

La Suisse de 2011 est un pays conservateur. Cela n’a pas toujours été le cas, cela peut changer, mais la photographie des intentions de vote que vient de réaliser, pour la SSR, l’institut de recherche gfs.bern, entre le 10 et le 22 janvier derniers, révèle un véritable coup de barre à droite, une UDC à 29,8%, un PLR à 17,7, un parti socialiste en chute libre (18%), et un PDC décevant à 12,9. Les Verts stagneraient à 8,8%.

 

Prudence ? Oui, bien sûr. Mais tendance, tout de même. La Suisse à trois tiers (UDC, PLR-PDC, gauche) se confirme. La droite, ou plutôt l’ensemble des droites, qu’elles soient d’inspiration libérale ou protectionniste, rurale ou citadine, de la plaine ou de la montagne, écrase comme jamais une gauche en déroute. Si ces chiffres se vérifient le 23 octobre, la somme des socialistes et des Verts nous amène à 28,8%, soit moins que le score de la seule UDC. Plus de deux tiers des Suisses à droite, c’est du jamais vu en comparaison des pays qui nous entourent, France, Allemagne, Grande-Bretagne.

 

Il faut prendre la mesure de ce qui est : la Suisse de 2011 est un pays conservateur. Peut-être ne le sera-t-elle plus en 2015, ni en 2019, mais enfin captons les réalités là où elles sont. Et considérons, une fois encore, l’incroyable fossé entre les signaux du corps électoral et l’écrasante majorité des éditorialistes de ce pays. C’est valable en Suisse alémanique. Ca l’est, tout autant, en Suisse romande, où l’avènement d’un véritable vecteur de la pensée conservatrice, quelque part sur des ondes, sur du papier ou sur un site multimédia, devient une nécessité pressante.

 

Il importera, aussi, que les délégations parlementaires à Berne, notamment au Conseil des Etats, soient, un peu plus qu’aujourd’hui, le reflet des vrais rapports de forces politiques dans les différents cantons. A cet égard, la volonté d’un Christian Lüscher, à Genève, de partir à l’assaut du duo de gauche à la Chambre des cantons constituera un test de la capacité de la droite à partir unie, plutôt que de confirmer sa singulière vocation de machine à perdre. En clair, l’Entente genevoise, dont Lüscher est membre, n’étant pas majoritaire, il faudra bien s’ouvrir à droite, et cesser de considérer l’électorat UDC comme une bande de gueux. L’avocat libéral appelle cela « droite élargie ». On pourrait traduire par « droite intelligente », ou « droite non-suicidaire ». Ou, tout simplement, par « droite ». La gauche, quant à elle, n’a jamais d’états d’âme lorsqu’il s’agit d’étendre des alliances pour aller à la bataille.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

19:32 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

26/01/2011

Fugace géométrie d'un cauchemar

 

Sur le vif - Mercredi 26.01.11 - 15.51h


Les nuits de janvier ne sont pas toujours très faciles. Il arrive qu’on y fasse d’étranges rêves. La nuit dernière, je me suis retrouvé au milieu de dizaines d’hommes cagoulés. Mes yeux ne voyaient pas, je ne pouvais parler, les compas, les équerres, de puissantes et blafardes Lumières aveuglaient la scène. J’ai pris peur. J’ai pensé cryptes, hypnoses, caves humides, cales sèches. Dieu merci, je me suis réveillé. Il n’y avait, autour de moi, que des livres. Et cette immense abside, sans rien en elle qui éveille ni désir ni salut, ça n’était que Palexpo.

 

Pascal Décaillet

 

15:51 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/01/2011

Le Conseil national n’est pas une garderie

 

Sur le vif - Mardi 25.01.11 - 11.23h


Jean-Charles Rielle : à titre privé, le meilleur des hommes. Sympathique, chaleureux, charmeur. Dans ses combats sectoriels, notamment contre le tabac, un croisé efficace. Comme conseiller municipal, naguère, de la Ville de Genève, du bon boulot aussi. Hélas, comme conseiller national, au terme presque d’une législature, il n’a guère convaincu. Comme une bonne partie des nouveaux venus de 2007 de la délégation genevoise, il a donné l’impression que Berne, la vie fédérale, la dimension suisse (et non seulement genevoise) des problèmes lui étaient un peu étrangers. Un Christian Lüscher, tout au contraire, sort plus ferme et plus crédible de cette première législature, il va s’avérer un candidat sérieux pour ravir à la gauche l’un des deux sièges des Etats.

 

Interrogé sur ce thème par ma consœur Sandra Moro, dans le Temps de ce matin, Jean-Charles Rielle décoche une réponse hallucinante : « Une première législature permet avant tout de faire ses classes, cela prend du temps de connaître à fond les dossiers et de s’imposer dans son groupe ».

 

Non, Monsieur Rielle. Non, non et non.

 

Le Conseil national n’est ni une école maternelle, ni un atelier d’apprentissage. Il est un organe majeur de la Confédération, celui qui en prépare les lois. Il n’est pas question d’y envoyer des débutants, comme on enverrait ses enfants en Suisse alémanique, pour parfaire leur pratique de la langue de Brecht et de Kafka (ne je dis jamais « celle de Goethe », il y a tant d’autres auteurs immenses). Il est hors de question de considérer la première législature, donc quatre années complètes sous la Coupole, comme une sorte d’école préparatoire. Le revendiquer confine à l’amateurisme. J’ai vu arriver Christophe Darbellay, fin 2003, au Conseil national. Le premier soir, il maîtrisait déjà tous ses dossiers, le second il exigeait que son groupe l’écoute. Le mercredi de la deuxième semaine (jour de la chute de Ruth Metzler et de l’élection de Christoph Blocher), il était, entre chaque tour de vote, celui vers lequel convergeaient naturellement les élus de son parti, pour se concerter.

 

Qu’avait fait Christophe Darbellay, auparavant ? Il avait été le numéro deux, à 29 ans, de l’Office fédéral de l’Agriculture, avait défié son propre camp dans une épopée mémorable en Valais, avait pris des risques considérables, posé la politique en termes de destin et de métier. Je sens moins ces choses-là chez d’autres.

 

Il y a des politiciens qui ont une très forte équation locale, ce qui est d’ailleurs louable et nécessaire. Mais qui ne donnent pas leur pleine mesure dans la vie fédérale, plus complexe. Il faut connaître l’allemand, lire la presse alémanique, et aussi tessinoise, prendre la dimension de la complexité multiculturelle du pays. Et ses preuves, il faut les faire tout de suite. Donc, accepter de se faire des ennemis, à commencer par son propre camp. A trop vouloir jouer la gentille transversalité, ou considérer la Chambre du peuple comme un club de foot, ou de copains, accomplit-on vraiment ce pour quoi les gens vous ont élu ?

 

Pascal Décaillet

 

*** PS à 14.15h: nous venons d'apprendre, à l'instant, que Jean-Charles Rielle renonçait à sa candidature pour un deuxième mandat au National. Hommage à lui pour cette courageuse décision, et bon vent pour sa carrière municipale!

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24/01/2011

La marge, les gueux

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 24.01.11

 

Qui détient le pouvoir exécutif à Genève ? Réponse : cinq partis acoquinés, n’ayant aucun rapport entre eux, un grand écart allant des libéraux aux socialistes, juste un équipage de fortune, jeté là par le hasard et l’opportunisme de se partager postes et prébendes.

 

Ce pouvoir, qui en est écarté ? Réponse : la gauche de la gauche (près de 14% d’un électorat hélas pour lui divisé), le MCG, l’UDC. Près de deux Genevois sur cinq. Il y a donc, d’un côté, les détenteurs d’un pouvoir, que nous nommerons « les transversaux », s’épargnant plus qu’ils ne se combattent, se félicitant de se cirer mutuellement les pompes dans les cocktails. De l’autre, la marge, que nous nommerons « opposition ».

 

Etrange système : avec 17 sièges au Parlement, Eric Stauffer n’est pas conseiller d’Etat. Avec seulement 11, François Longchamp l’est. Il l’est comment ? Mais par alliances, pardi, en s’appuyant sur d’autres. C’est, ma foi, le jeu, dans la règle actuelle.

 

Ce qui choque, ça n’est pas que les transversaux gouvernent. C’est la hargne, l’arrogance, la morgue avec laquelle certains d’entre eux traitent les gueux de la marge. Ils voudraient tellement pouvoir régler leurs petites affaires entre eux. Faire taire. Censurer. Il n’est pas certain que ce soit là le vœu de la population. Elle aura, sous peu, l’occasion de le montrer.

 

Pascal Décaillet

 

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23/01/2011

Hans Fehr : réactions nauséabondes

 

Sur le vif - Dimanche 23.01.11 - 17.52h

 

En se rendant vendredi soir à l’Albisgüetli, la traditionnelle fête annuelle de l’UDC zurichoise, à laquelle participait la présidente de la Confédération, le conseiller national Hans Fehr a été sauvagement agressé par des « Chaoten ». Dûment tabassé, il a dû se rendre aux urgences.

 

Je connais bien Hans Fehr. C’est un homme d’une parfaite courtoisie. Ses combats, il les mène avec des mots, jamais avec les poings. Ce qui lui est arrivé est parfaitement dégueulasse. Inadmissible dans une démocratie.

 

Mais il y a plus nauséabond encore. Ceux qui, tout en condamnant hypocritement l’agression, laissent entendre que l’UDC paierait là le tribut de son style politique, et qu’au fond Hans Fehr ne l’aurait pas volé. Au fond d’eux-mêmes, sans doute se réjouissent-ils de la correction subie par l’un des ténors du premier parti de Suisse.

 

Alors, juste une seconde, imaginons. Posons comme hypothèse qu’une éminente personnalité socialiste ou Verte, Christian Levrat ou Ueli Leuenberger, ait été rossée par des activistes d’extrême droite. Vous les voyez déjà, sur cinq colonnes et en caractères géants, les unes de nos journaux ? Vous les entendez, les concerts d’indignation ? Et Strasbourg par ci, et le « droit supérieur » par là, et les manifs pour hurler à la décadence de notre vie politique.

 

Mais pour Hans Fehr, rien de cela. Des regrets, dans le meilleur des cas, polis et compassés. Dans le pire, hélas courant, une avalanche de perfidies sur le thème, à vomir en l’occurrence, de l’arroseur arrosé.

 

Pascal Décaillet

 

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22/01/2011

Bagatelles pour une erreur

 

Lettre ouverte à Monsieur Frédéric Mitterrand, ministre français de la Culture - Samedi 22.01.11 - 18.01h

 

Monsieur le Ministre de la Culture,

 

Vous portez un grand nom, celui d’un homme qui aimait les textes et les écrivains, le jaillissement du verbe sur le papier, le livre, la reliure, ce qui tisse et façonne les histoires, illumine les imaginaires, à la fois Stendhal, Jules Renard, Chardonne. Oui François Mitterrand, votre oncle, avait écrit sa vie comme un roman, il était une passion française, de cette exceptionnelle tradition qui place les Lettres avant toute chose. Avant la politique. Ne parlons pas de l’économie, tout là-bas. Quelque part.

 

Vous portez un grand nom, il était à espérer que vous vous fissiez un prénom. Je crains qu’il faille renoncer à cette idée. Hier soir, sous pression d’un lobby dont je respecte et partage d’ailleurs le combat en tant d’autres circonstances, vous avez retiré Louis-Ferdinand Céline des célébrations nationales de 2011. Il était normal que Serge Klarsfeld attende de vous ce retrait, il est dans son rôle, je n’ai nul grief à lui adresser. Encore moins à son combat pour la mémoire.

 

Mais vous, ministre, vous auriez dû lui dire non. Parce que Céline, aussi infectes fussent ses prises de position antisémites, n’en demeure pas moins, avec Gide et Proust, et un ou deux autres que chacun voudra bien ajouter ou retrancher, le plus grand écrivain français du vingtième siècle. Et vous, ministre de la Culture, c’est cela que vous devez voir. C’est cette voix-là, oui cette petite voix, certes au milieu des immondices, que vous devez considérer. Quitte à froisser, heurter, déranger. Un ministre, comme un écrivain, doit se faire des ennemis, s’il veut laisser une autre mémoire que celle, furtive, d’un passant.

 

Je sais que vous avez hésité, Monsieur le ministre, que vous n’avez pas pris cette décision de gaieté de cœur. Mais vous l’avez prise, et elle est funeste. Parce qu’elle abdique le style devant la morale, aussi respectable soit cette dernière, et je crois avoir suffisamment, dans ces colonnes, exprimé mon rejet de toute forme d’antisémitisme. Elle se saisit, votre décision, du pire instrument qui se puisse concevoir lorsqu’on ambitionne de construire une mémoire nationale : la gomme. Elle damne le réel. Elle rejette à la marge ce qui dérange. Elle s’en va corriger et le texte et l’histoire. Alors, le 1er juillet 2011, jour du cinquantième anniversaire de la mort du docteur Destouches, le « calendrier des célébrations nationales » demeurera muet. La case sera blanche.

 

Mais Louis-Ferdinand Céline vivra, Monsieur le ministre. Avec ou sans célébration. L’exceptionnelle fulgurance de ses syllabes traversera les siècles. Il demeurera réprouvé par les moralistes, et ne l’aura d’ailleurs pas volé. Et encensé pour avoir révolutionné l’écriture. Dilemme, diptyque, paradoxe qui se posaient déjà de son vivant, se perpétueront, c’est ainsi, c’est le lot des maudits. Mais cette petite voix, celle de Ferdinand Bardamu en errance entre les bribes de phrases sans verbe et les points de suspension, cette petite musique qui hante les ateliers radiophoniques et les chevets des adolescents, vous ne pourrez la faire taire. Vous ne le pourrez pas, ni ne le voulez, j’en suis sûr. Juste dommage, là, que vous soyez ministre. Le mauvais rôle. Celui qui tient la gomme. Chienne de vie. Il y a des jours où l’officialité mémorielle nous emmène en voyage, hélas, jusqu’au bout de l’ennui.

 

Pascal Décaillet

 

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19/01/2011

Chômage : Sami Kanaan veut agir

 

Sur le vif - Mercredi 19.01.11 - 15.40h

 

Non, les mauvais chiffres du chômage genevois ne sont pas une fatalité. Oui, il est possible de s’y attaquer. Candidat socialiste à l’exécutif de la Ville de Genève, Sami Kanaan empoigne le problème avec vision et intelligence dans un texte publié aujourd’hui, 13.37h, sur cette même plateforme de blogs de la Tribune de Genève. On lui dira que la question du chômage n’est pas a priori municipale, mais l’argument, face à son texte, et d’un poids tout relatif : il n’est pas interdit à un (aspirant) édile de la Ville de faire preuve d’un peu d’ampleur dans l’appréhension des problèmes.

 

Que demande Sami Kanaan ? Des mesures d’accompagnement. Une lutte réellement offensive contre le dumping salarial. Un « pacte pour l’emploi », à Genève. « Dans certaines branches, les réseaux de recrutement sont de plus en plus globalisés et ne prennent pas en compte le marché local du travail… ». Ou encore : « Prétendre que le dumping salarial est insignifiant relève de la naïveté ».

 

Ce qu’attaque le texte de Kanaan, c’est, au niveau cantonal, un certain discours. La langue de bois qui conduit à la sous-estimation de certains problèmes. De certaines frustrations. Et de certaines douleurs. Candidat de gauche, venant d’un parti socialiste municipal ayant beaucoup mieux réussi, en toutes choses, que son équivalent cantonal, il réaffirme la priorité absolue du social. Il se soucie des gens. Il oriente son discours, non sur l’amertume des larmes, mais sur l’impérieuse nécessité de l’action. Il veut croire en la politique. Une telle prose, de quelque bord qu’on vienne, fait plaisir à lire.

 

Pascal Décaillet

 

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17/01/2011

Armée : la bombe Maudet

 

Sur le vif - Lundi 17.01.11 - 16.25h

 

On savait depuis des années le capitaine Pierre Maudet, accessoirement membre de l’exécutif de la Ville de Genève, farouchement opposé à l’indécise mélasse dans laquelle patauge la vision d’Ueli Maurer, il faudrait dire « la cécité », en matière de politique de sécurité. Eh bien à l’instant, à Berne, Pierre Maudet vient de présenter SON rapport. Et, comme Maudet est aussi modeste que compétent, il l’intitule, tout simplement, « Le vrai rapport ».

 

Il nous a fait la confiance de nous livrer le document ce week-end, sous embargo jusqu’à aujourd’hui 16h. Franchement dit, pour avoir appartenu, pendant toute l’année 1990, à la « Commission Schoch », qui devait réformer l’armée suite à la votation fédérale du 26 novembre 1989 (plus d’un tiers des Suisses pour sa suppression pure et simple), je dois reconnaître au « rapport Maudet » les vertus d’une immense clarté et d’une vraie vision.

 

C’est le rapport de la rupture. Rupture avec l’obligation de servir (page 19). Rupture avec des effectifs encore aujourd’hui surabondants (page 19, toujours, préconisation d’une armée de 20.000 hommes, soit quatre fois moins qu’aujourd’hui). C’est, aussi, le rapport de la mise en réseau de l’ensemble des forces s’occupant de sécurité en Suisse. Maudet propose la création d’un Département fédéral de la Sécurité et la mise sur pied (attention fédéralisme !) d’une réserve fédérale de police.

 

Malicieux, Maudet propose des exergues, où il place un extrait du dernier rapport sur l’armée, soumis à l’Assemblée fédérale le 1er octobre 2010, et, à chaque fois, propose en face ce qu’il aurait fallu dire. Inutile de dire qu’à tous les coups, la version Maudet y gagne en clarté, en concision, en vision. L’homme sait se vendre, à l’instar du jeune Bonaparte, avec ces célèbres « Bulletins de la Grande Armée », dès la campagne d’Italie.

 

En résumé, un excellent rapport. Qui ne pourra qu’alimenter le débat public. Et qui tranche avec le stratus d’automne qui préside, 365  jours par an, à la vision d’Ueli Maurer.

 

Pascal Décaillet

 

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La Suisse se polarise – Et alors ?

 

Sur le vif - Lundi 17.01.11 - 12.27h

 

Le mot qui leur fait peur à tous : polarisation. Il faudrait craindre, « pour la richesse de notre débat démocratique », avancent-ils hypocritement, que la Suisse, dans les quinze ou vingt ans qui viennent, devienne un pays comme un autre, l’Allemagne avec son SPD et sa CDU-CSU, la Grande-Bretagne avec ses travaillistes et ses conservateurs, les Etats-Unis avec les démocrates et les républicains. Cette évolution, pleurnichent-ils, serait « totalement contraire à l’esprit suisse ». Elle serait dangereuse, tueuse de notre démocratie.

 

Contraire à quel esprit ? Dangereuse pour qui ? Liberticide, en quoi ? Ces trois questions, induites par leurs propres menaces, ils n’y répondent jamais. C’est dommage.

 

La Suisse est-elle, bel et bien, en voie de polarisation ? Franchement, je n’en sais rien, c’est en effet une hypothèse, mais parmi d’autres, nul d’entre nous ne peut prévoir les mouvements de fond de notre politique fédérale, nul ne peut vraiment influer sur ces variations tectoniques, qui sont celles du temps long. L’Histoire, un jour, les constatera.

 

Notre propos, ici, c’est la polarisation diabolisée. Et à l’inverse, la gentille concordance sanctifiée. De ce qui ne date que de 1959, on voudrait faire un mythe suisse surgi du fond des âges. C’est méconnaître la réalité de notre Histoire, aussi conflictuelle que celle des pays qui nous entourent : Réforme, Guerres de Religion, République helvétique, mouvements républicains, Sonderbund, Kulturkampf, grève générale en novembre 1918, etc. La Suisse n’est pas l’Histoire d’un peuple heureux, juste un peuple comme un autre, au milieu de l’Europe.

 

La lutte des classes, les souffrances du monde ouvrier, la misère de la paysannerie de montagne, l’exode rural, le rapport à l’immigration, la lente conquête d’un système de protection sociale, tout cela fut aussi difficile que chez nos voisins, avec les mêmes combats, les mêmes aspérités. La Suisse est un pays comme un autre. Tout au plus avons-nous eu la chance d’échapper aux deux conflits mondiaux du vingtième siècle. Il serait assez singulier de s’en plaindre. Nous eûmes celle, aussi, non négligeable, de ne pas avoir à solder des colonies.

 

Ce qu’on appelle « concordance » n’a rien d’ontologique, rien de consubstantiel à une quelconque « nature profonde des Suisses ». C’est le résultat d’enchaînements historiques : dès 1891, le premier catholique-conservateur entre au Conseil fédéral, mettant fin à la suprématie radicale ; dès 1943, le premier socialiste ; dès 1959, deux socialistes. N’allez surtout pas croire que les radicaux de 1891 se félicitaient de l’arrivée de Josef Zemp, ni les bourgeois de 1943 de celle d’Ernest Nobs. Ce sont les dents serrés qu’ils ont bien dû accepter ces nouveaux venus.

 

A chaque fois, ce sont les rapports de force, comme toujours en politique, qui furent déterminants. A chaque fois, c’est à la force du poignet, et contre le gré de l’establishment, que l’opposition se taille une place dans le collège gouvernemental. Donc, cette « concordance », tant sanctifiée, n’est en réalité qu’une coexistence par défaut. Comme des gens forcés d’accepter des colocataires dans leur appartement. Ca n’est sans doute pas un mauvais système, en tout cas il permit de gérer fort correctement le pays pendant les paisibles et opulentes Glorieuses d’après-guerre. Mais c’est une résultante mécanique, rien d’autre. Cette mécanique, oui, si chère à Thucydide, Marx ou Tocqueville.

 

Il n’est donc pas si certain que l’actuelle tambouille politique permettant à des partis totalement antagonistes de coexister dans un même collège, relève si puissamment du vœu du peuple suisse. On pourrait même gager qu’elle doit beaucoup à une confiscation du pouvoir par les corps intermédiaires. Ceux-là même qui hurlent au loup, au nom quasiment du visage sacré du pays, quand on évoque l’hypothèse, un jour, peut-être, d’ici quelques années, de l’émergence de deux grands blocs, la fameuse « polarisation ».

 

Ils craignent quoi, en vérité ? La perte de leur pouvoir, pardi ! Cela, et strictement rien d’autre, tout le reste n’étant que paravent. Oui, le savant tissage de ces empires du Centre, ceux qui se retrouvent toujours là, quelles que soient les majorités, riches de leur seule tiédeur, n’ayant d’extrême que le flair animal de leur opportunisme. Ceux-là, oui, ont à craindre de la polarisation. Mais ça n’est pas le bien contre le mal, comme ils tentent de le faire croire. C’est juste un pouvoir contre un autre.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Il direttore illuminato della SSR

 

Edito publié en première page du Giornale del Popolo - Lundi 17.01.11 - Un grand merci à mon ami et confrère Claudio Mesoniat, rédacteur en chef, pour la traduction - La version allemande sera publiée sous peu.


Un bel giorno, sulle colonne di alcuni quotidiani svizzeri (era il 4 gennaio scorso), Roger de Weck si è messo a parlare di Lumi, con la L maiuscola, insomma quelli di Diderot e Voltaire, ripetendo a tal punto questa parola incantatoria che al posto dei Lumi è un saltellare di capretti che si è parato ai nostri occhi. I capretti del generale de Gaulle, quando parlava dell’Europa. Caso divertente, il nuovo patron della SSR si trova ad essere un partigiano accanito dell’entrata della Svizzera nell’Unione europea: l’Europa, i Lumi, cui va ad aggiungersi una devozione liturgica alle parole “servizio pubblico”, cullate nel discorso come virtù evangeliche, arca santa, inattaccabile. Dotata di tutti i poteri: voi mormorate “servizio pubblico” ed ecco la lebbra toccata, il male ripudiato. È davvero molto forte Roger de Weck. Un mago.

Paginate intere di giornale per disegnare, col compasso e la squadra, una visione teorica, metallica, disincarnata del mondo dei media in Svizzera. Manichea, anche, tanto trasuda, sotto la penna dell’ammiratore dei Lumi, l’odio per tutto ciò che verrebbe dal privato, la demonizzazione della pubblicità, il sentimento di arroganza e di superiorità del Mammut debitamente ingrassato dal canone, di fronte alla fragile costellazione dei piccoli, meno viziati, che devono battersi infinitamente di più per sopravvivere. Da parte di un uomo che ha diretto giornali prestigiosi come “Die Zeit” o il “Tages Anzieger”, dei quali mi sfugge che fossero alimentati da fondi pubblici, si tratta di una giravolta di cui si apprezzerà l’opportuna “souplesse” (ogni via di Damasco, d’altronde ha il suo episodio di “Luce”).

I Lumi, citati cinque volte nella sola prima colonna, ci abbagliano in tutte le salse: sarebbero all’origine non solo del dibattito democratico, ma anche della satira! La quale, com’è noto, non esisteva né nell’Antichità né nel Medioevo, e neppure all’epoca di Molière, che commise l’imprudenza di nascere un secolo in anticipo. Proporre, nello stesso testo, l’apologia della satira e quella della «forza tranquilla dei buoni argomenti», ci promette dibattiti appassionanti -sotto il regno illuminato di monsieur de Weck- sulla definizione del “buon argomento”, tra buon gusto e tracotanza, là dove sta la linea gialla nella geometria del pensare corretto. Demolendo, qualche giorno fa, ai microfoni della radio romanda, Sarkozi e Berlusconi, stimando una fortuna che l’Ungheria sia nell’Unione europea, il nuovo capo della SSR ha d’altra parte inventato un nuovo concetto, rinfrescante, del ruolo del primo funzionario di una radiotelevisione di Stato: quello di una neutralità per lo meno... impegnata.

Senza ironia, il testo di Roger de Weck mi inquieta soprattutto su un punto: che, sotto la copertura dei buoni sentimenti, seminati sul cammino come altrettante virtù teologali, con veste di oggettività, il servizio detto “pubblico”, in Svizzera, sia sornionamente fatto ostaggio di un’ideologia piuttosto che di un’altra. È noto il profilo politico del nuovo patron della SSR, la sua devozione all’Unione europea, il suo disprezzo per il partito più votato dagli svizzeri alle ultime elezioni federali, tutte cose che rientrano nel suo diritto più assoluto in quanto cittadino, ma che sarebbe meglio non facessero capolino nell’esercizio delle sue funzioni. Lo stesso vale per la lotta contro la «polarizzazione» nei dibattiti: ma insomma, signor de Weck, se la Svizzera fosse chiamata nei prossimi vent’anni a polarizzarsi, e magari il centro-destra a sfumarsi dolcemente, in nome di cosa la SSR dovrebbe assumersi, unilateralmente, la missione di contrastare questa realtà politica? Esempio: la zuppa in cui si sta trasformando “Arena”, a Zurigo, in realtà per diminuire il potere d’influenza di un partito giudicato (da chi, e con quale diritto?) più degno della notte che dei Lumi.

Per il resto, la Sacra Scrittura di monsieur de Weck riprende lo strano dogma della SSR sola capace, in Svizzera, di proporre dei servizi di qualità. Suppongo che l’uomo di cultura che è de Weck legga tutti i giorni giornali come “Le Temps” o la “NZZ”, cosa che a buon conto io faccio, e questi giornali, finanziati dal solo settore privato mi insegnano, sulla politica, l’economia, la cultura, in Svizzera, almeno tanto quanto molte trasmissioni della SSR. Quanto ai canali radio e tv privati, che manifestamente de Weck non conosce, invito tutti, quando volessero, a confrontare i loro costi orari (per esempio quelli dei programmi di informazione e dei dibattiti) con quelli del Mammut.

Leggendo il nuovo capo della SSR si resta confusi dalla quantità d’energia spesa in fondo con l’unico intento (come certe costruzioni di Tinguely) di salvare la ragion d’essere della macchina stessa. Non ciò che produce, ma lo strumento come tale. Di fronte a questo manifesto di sopravvivenza, cosa devono fare i media privati, radio, tv, e (ben presto!) siti internet? Risposta: battersi. Mostrare che possono fare altrettanto bene con infinitamente meno. Essere i migliori nell’informazione di prossimità, nei dibattiti locali, ma anche nella promozione della cultura, della vita sportiva, associativa. E soprattutto, continuare a lavorare nella gioia e nell’entusiasmo, a qualche migliaio di leghe dagli apparati e dalla loro pesantezza. La sola prova in questo mestiere, in fondo, è la prova dei fatti. Ai grandi disegni teorici, quelli del compasso e della squadra, non è vano opporre l’infaticabile fatica delle formiche. Lontano dai Lumi. Ma nell’illuminante oscurità del loro artigianato. Sempre da ricominciare.

Pascal Décaillet

 

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Jouvencelle candeur

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 17.01.11

 

Le départ de Martine Brunschwig Graf, à la fin de la législature, fragilise une délégation genevoise dont elle est, avec son collègue libéral Christian Luscher, mais aussi le socialiste Carlo Sommaruga, l’une des personnalités compétentes et influentes. Un tout petit cru, ce « Onze genevois » 2007-2011, à mille lieues, par exemple, d’une députation fribourgeoise hors normes, avec ses Berset, ses Schwaller, ses Rime et ses Levrat.

 

A Berne, il faut envoyer des politiciens, pas des compassionnels. Ni des rêveurs. Il faut choisir des gens ayant, depuis des années, montré quelque intérêt pour ce qui se passe au-delà de la Versoix. Des gens avec une vision suisse, un sens du pays, de son Histoire, la connaissance d’au moins une autre langue nationale, ne tombant pas des nues quand on leur parle de 1798, 1848, ou 1919. Toutes ces conditions, MBG les remplissait. Elle aura, pendant huit ans, utilement servi la Suisse, sous la Coupole.

 

Puisse la délégation 2011-2015 nous épargner l’impression d’amateurisme, ou de jouvencelle candeur, donnée aujourd’hui par certains, de gauche comme de droite. Le Conseil national n’est pas un club de copains sympas, ni de foot. C’est l’un des organes majeurs de notre Confédération. Il y faut les plus compétents. Oui, tout simplement, les meilleurs. Quelles que soient vos sensibilités, pensez-y en composant votre casting d’octobre prochain.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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16/01/2011

Saint-Gall – Shanghai, en voiture s’il vous plaît !

 

Sur le vif - Dimanche 16.01.11 - 18.52h

 

Il vient d’avoir une belle image, le Flandrin des glaciers, à l’instant, sur la RSR : commentant le passage de Thomas Müller, PDC saint-gallois de longue date, maire de Rorschach, conseiller national, à l’UDC, ce qui est un vrai sale coup pour la démocratie chrétienne suisse, Christophe Darbellay a parlé d’un grand écart digne d’un déménagement de Saint-Gall à Shanghai !

 

Il se pourrait bien que pour certains, dans les années qui viennent, le voyage Saint-Gall – Shanghai se banalise au point de devenir la règle, une sorte de pèlerinage, ou de sortie de contemporains. Le mot « PDC » n’existe, au niveau fédéral, que depuis 1971. Auparavant, dans les cantons où cette mouvance était encore connotée de quelques valeurs, on l’appelait, et c’était bien plus clair, « les conservateurs ». C’est un très beau mot, plus fier, plus digne, plus franc, tout comme d’ailleurs « les réformateurs », ou même « les révolutionnaires ». En politique, il n’est point de honte à afficher la couleur. Celle des conservateurs, ce fut longtemps le noir.

 

Alors voilà, si Thomas Müller juge bon de grimper dans l’express de Shanghai, c’est qu’il doit bien avoir de solides raisons. A l’aile droite du PDC, côté Valais, mais aussi Suisse centrale, Suisse orientale, ainsi que dans une frange non négligeable du PLR, il y a des gens qui ont besoin de repères plus clairs. Pour les derniers cités, ils commencent à en avoir un peu assez de la florentine complexité de la pensée de Fulvio Pelli. Alors, la directissime pour Shanghai les chatouille et les gratouille de plus en plus.

 

Encore un ou deux coups comme ceux du 28 novembre dernier, où l’axe PDC-PLR a joué la copie contre l’original, et, d’ici dix ou quinze ans, le Saint-Gall – Shanghai sera noir de monde. Il faudra même réserver, pour être sûr d’y avoir une place.

 

Pascal Décaillet

 

18:52 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/01/2011

Libéraux genevois : un parfum nommé « Venin »…

 

Sur le vif - Samedi 15.01.11 - 19.11h

 

A Genève, c’est connu, les libéraux s’aiment entre eux. Torride. Limite charnel. D’ailleurs, « amour », ça se dit « love », et justement, ils se lovent tellement ils s’aiment. Comme des vipères au fond d’un panier. Vous pouvez relire tout Mauriac, Thérèse, le Sagouin, tout Racine aussi, tout Bazin et toutes ses histoires de Folcoches, vous n’aurez jamais le dixième des fureurs intestines, chez les libéraux.

 

Je sais, Frère lecteur, ce que tu penses. Tu te dis que, si j’avance ça, comme ça, un samedi en fin d’après-midi, un de ces jours où l’hiver ressemble à l’été, la trahison à la fidélité, la Tunisie à une démocratie, c’est que j’ai bien quelques miettes de biscuit. Un petit exemple. Ca tombe bien : j’ai.

 

Mercredi dernier, 12 janvier, 11.11h, un député libéral saisit la Commission des finances de trois questions délicieusement assassines sur le fait d’avoir équipé la Police genevoise de téléphones portables iPhone. On sait à quel point le principe des « questions », en technique parlementaire, permet de tenir la dague en se drapant dans l’apparence de la candeur. D’autant que le texte du député rappelle à quel point ces téléphones ne sont pas fiables pour une police.

 

Ce qui est amusant, c’est que les conseillers d’Etat concernés sont Mark Muller pour l’approvisionnement, mais aussi Isabel Rochat, comme ministre de tutelle de la Police, l’un et l’autre libéraux. Honneur, donc, à ce député pour sa très grande distance face à son propre parti.

 

Ca n’est pas tout. Le surlendemain, jeudi 13 janvier, 14.09h, le président du Grand Conseil, qui se trouve être libéral, rend public un communiqué où il s’exprime son mécontentement face au rôle du Conseil d’Etat dans la rédaction de la brochure explicative sur l’amnistie fiscale (votation cantonale du 13 février 2011). Il se trouve, bien sûr par hasard, que l’homme visé, président du Conseil d’Etat, s’appelle Mark Muller. Et qu’il est libéral.

 

Ce même jeudi 13 janvier, 21.16h, mon estimé confrère Marc Moulin nous annonce en ligne, sur le site de la Tribune de Genève, que l’ancien député libéral Jean-Michel Gros prépare un recours auprès de la Chambre administrative de la Cour de justice au sujet de cette brochure. On y apprend aussi que le député Olivier Jornot, auteur du projet d’amnistie, et accessoirement libéral, juge « déloyal » le comportement du Conseil d’Etat dans cette affaire de brochure.

 

Petits meurtres entre amis ? Oui. Chez ces gens-là, on a la lame intestine, l’esprit de famille, le meurtre rituel, l’extase silencieuse. Ce qui serait vraiment fou, c’est que le député libéral ayant posé la question sur les iPhone et le président du Grand Conseil ne soient qu’une même personne. Ce qui tournerait au délire théâtral, c’est que cette seule et unique personne soit, par hasard, régulier compagnon et commensal de Jean-Michel Gros. Par exemple, en début de semaine. Au royaume des vipères, le venin est roi. Au royaume des couleuvres, on avale. Dans l’empire des signes, on ouvre grands les yeux. On retient son souffle. Et on admire.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

19:11 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/01/2011

Pierre Maudet à la Culture ?

 

Sur le vif - Jeudi 13.01.11 - 12.14h

 

Pierre Maudet ne s’en cache même plus : il reprendrait très volontiers, en cas de réélection ce printemps, le Département municipal de la Culture, en Ville de Genève, depuis vingt ans aux mains des Verts (Alain Vaissade, puis Patrice Mugny). Un défi, à coup sûr, à la mesure de son envergure, sa vision, sa capacité réformatrice, sa puissance de travail. « Vingt ans après », c’est le titre d’un roman, au reste superbe, c’est aussi le signal de l’alternance nécessaire.

 

Car il y en aura du boulot, avec ou sans Maudet, quel que soit le repreneur. Oh, bien sûr, si on se contente de la propagande émanant de l’entourage du magistrat sortant, on se laisse, sans broncher, enfiler dans les neurones l’image d’un monde « parfaitement géré » (sic !), où tout ne serait qu’ordre et beauté, cosmos, Nirvana, tous beaux, tous gentils, pas un traître sou jeté par le moindre soupirail. Au Musée d’Art et d’Histoire, au Grand Théâtre, entente parfaite, cœurs purs. Galaxie des nimbes. Archanges et séraphins, main dans la main. Nus, avec juste l’épée comme cache-sexe.

 

Il se peut que la réalité soit un peu moins idyllique. Il se peut que l’ambiance, notamment dans les deux établissements cités plus haut, ait parfois davantage enrichi les pharmas productrices de Prozacs et autres antidépresseurs que le débat artistique. Quant à l’aspect financier, le Département de la Culture est doté d’un tel pactole, chaque année, qu’il confère à ses gestionnaires et apparatchiks un pouvoir sans précédent pour nommer, révoquer, copiner, distribuer postes et prébendes, développer un réseau de clientélisme sans pareil. Pour cette raison aussi, l’alternance est souhaitable.

 

Le repreneur, quel qu’il soit, aura un droit, et même un devoir, d’inventaire. Attention ou ouvrant les placards ! Chaque poste, en haut lieu, est-il vraiment justifié par l’intérêt public ? De rafraîchissantes découvertes ne sont pas à exclure. La vie est peine d’enseignements. Sachons les cueillir, l’âme vierge et frémissante, comme la rosée du matin.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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12/01/2011

Patrice Mugny : coq ou chapon ?

 

Commentaire publié dans le Nouvelliste - Mercredi 12.01.11



Hier matin, sur la RSR, Patrice Mugny, membre de l’exécutif de la Ville de Genève et bientôt préretraité dans la douceur nimbée d’un Larzac valaisan, regrettait que les débats audiovisuels tournent aux combats de coqs. Il a peut-être raison, M. Mugny. Mais moi, je dis qu’il ne manque pas de culot. Voici pourquoi.

Avant d’accéder au gouvernement de la Ville de Genève, au printemps 2003, Patrice Mugny était conseiller national, et même co-président des Verts suisses.  Eh bien croyez-moi, pour avoir animé des dizaines de débats en direct du Palais fédéral en ces années-là, il était le plus coq de tous les coqs de combat. Pure race, type mexicain, ergot acéré comme une lame de rasoir, bec pugnace, ongles tétanisés d’extase. Antagoniste remarquable, l’un des meilleurs. Joueur, acteur, verbe efficace, puissant, sachant se laisser emporter par la colère, ou peut-être la feindre. Bref, un bretteur de la première espèce, une sorte de Cadet de Gascogne de type sanguin, ne demandant qu’à en découdre. Un homme comme je les aime.

Il était l’anti-pisse-froid, Mugny. Je me souviens, entre autres, d’un débat homérique entre Claude Frey et lui, le jour où les Américains attaquaient l’Irak. Et puis là, voilà qu’aujourd’hui, après huit ans de pouvoir où il a géré les affectations des dizaines de millions dévolus chaque année à la culture genevoise, Monsieur le Notable, comme dans la chanson de Brel, s’est embourgeoisé. Et voilà l’ancien rédacteur en chef du Courrier, journaliste naguère frontal, militant, revêche, bouillonnant, qui se met à regretter « l’irrévérence » de la presse d’aujourd’hui. Ah, les braves gens ! Ah, le singulier virage ! Ah, la somptueuse victoire de Monsieur Homais, l’apothicaire, qui soupèse ses fioles fragiles, sur la fougue militante d’antan !

Ils sont tous comme ça, les gens de pouvoir. Dans l’opposition, raides, fiers, conquérants. Une fois aux affaires, ils demandent des formes. N’aiment pas qu’on fouine, qu’on les dérange. Ils sont tous comme cela, de gauche comme de droite, de Brigue ou de Camargue. Je ne me rappelle plus comment s’appelle cette opération, qu’on dit douloureuse, par laquelle le coq se transforme en chapon. Vers une vie plus douillette. Au royaume, si doux, des ergots apaisés.

Pascal Décaillet












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11/01/2011

Roger de Weck et l’hystérie des Lumières

 

Commentaire publié dans les pages "Débats" du quotidien "Le Temps", mardi 11.01.11

 

 

Un beau matin, dans les colonnes du Temps (édition du mardi 4 janvier 2011), Roger de Weck s’est mis à parler des Lumières, avec un grand L, sans doute celles de Diderot et Voltaire, et il a tellement répété ce mot incantatoire qu’en lieu et place des Lumières, c’est un sautillement de cabris qui s’est pressé à nos yeux. Les cabris du général de Gaulle, quand il parlait de l’Europe. Amusant hasard, le nouveau patron de la SSR se trouve être un partisan acharné de l’entrée de la Suisse dans l’Union européenne : l’Europe, les Lumières, à quoi s’ajoute une dévotion liturgique aux mots « service public », balancés dans le discours comme vertu d’Evangile, arche sainte, inattaquable. Munie de tous les pouvoirs : vous murmurez « service public », et voilà les écrouelles touchées, le mal répudié. Il est vraiment très fort, Roger de Weck. Un magicien.

 

Une page entière du Temps, mardi dernier, pour dessiner, au compas et à l’équerre, une vision théorique, métallique, désincarnée, du monde des médias en Suisse. Manichéenne, aussi, tant suinte, sous la plume de l’admirateur des Lumières, la haine de tout ce qui viendrait du privé, la diabolisation de la publicité, le sentiment d’arrogance et de supériorité du Mammouth dûment engraissé par la redevance, face à la fragile constellation des petits, moins gâtés, devant infiniment plus se battre pour survivre. Venant d’un homme qui a dirigé des journaux aussi prestigieux que « Die Zeit » ou le « Tages Anzeiger », dont je ne sache pas qu’ils fussent issus de fonds publics, on appréciera l’opportune souplesse de la reconversion, tout chemin de Damas ayant son épisode de « Lumière », ça se tient.

 

Citées cinq fois dans la seule première colonne, les Lumières nous éblouissent à toutes les sauces : elles seraient non seulement à l’origine du débat démocratique, mais même à celle de la satire ! Laquelle, c’est bien connu, n’existait ni dans l’Antiquité, ni au Moyen Âge, ni à l’époque de Molière, qui a commis l’imprudence de naître un siècle trop tôt. Proposer, dans le même texte, l’apologie de la satire et celle de « la force tranquille des bons arguments », nous promet de passionnants débats, sous le règne éclairé de M. de Weck, sur la définition du bon argument, ce qui relève du bon goût et de l’outrecuidance, ce qui profile la ligne jaune dans la géométrie du bien penser. En démolissant, la semaine dernière, au micro de mon confrère Simon Matthey-Doret, le matin à la RSR, MM Sarkozy et Berlusconi, en estimant heureux que la Hongrie soit dans l’Union européenne, le nouveau patron de la SSR a d’ailleurs inventé un nouveau concept, rafraîchissant, de la part du premier commis d’une radiotélévision d’Etat : celui de neutralité pour le moins engagée.

 

En clair, le texte de Roger de Weck inspire une inquiétude majeure : celle que, sous couvert de bons sentiments, jetés sur le chemin comme autant de vertus théologales, sous couvert d’objectivité, le service dit « public », en Suisse, soit sournoisement pris en otage par une idéologie comme une autre. On connaît le profil politique du nouveau patron de la SSR, sa dévotion à l’Union européenne, son mépris envers le parti choisi par les Suisses comme premier aux dernières élections fédérales, toutes choses qui relèvent de son droit le plus absolu comme citoyen, mais qui ne sont pas trop censées se ressentir dans l’exercice de ses fonctions. Ainsi, ce combat contre la « polarisation » dans les débats : mais enfin, M. de Weck, si la Suisse est appelée, dans les vingt ans qui viennent, à se polariser, et peut-être le centre-droit à doucement s’estomper, au nom de quoi la SSR devrait-elle se parer, unilatéralement, de la mission de contrer cette réalité politique ? Exemple : la soupe qu’on est en train de faire d’Arena, à Zurich, en vérité pour diminuer le pouvoir d’influence d’un parti jugé (par qui, et de quel droit ?) plus digne de la nuit que de la Lumière.

 

Pour le reste, la Sainte Ecriture de M. de Weck reprend l’étrange dogme de la SSR seule capable, en Suisse, de proposer des services de qualité. Je suppose que cet homme de culture lit tous les jours le Temps, ou la NZZ, ce que je fais en tout cas pour ma part, et ces journaux, financés par le seul secteur privé, m’en apprennent au moins autant, sur la politique, l’économie, la culture, en Suisse, que bien des émissions de la SSR. Et tiens, nous nous réjouissons que l’homme des Lumières nous explique en quoi la diffusion de séries américaines, par exemple sur la TSR, doit émarger d’un organe financé par la redevance. Quant aux stations de radio et de TV privées, que manifestement M. de Weck ne connaît pas, je vous invite quand vous voudrez à comparer leur coût horaire (par exemple dans les émissions d’informations et de débats) avec ceux du Mammouth.

 

A lire le nouveau patron de la SSR, on demeure confondu par la somme d’énergie n’ayant au fond pour dessein, à l’instar de certaines constructions de Tinguely, que de sauver la raison d’être de la machine elle-même. Non ce qu’elle produit, mais l’outil en soi. Face à ce manifeste de survie, que doivent faire les médias privés, radio, TV, et (très bientôt !) sites internet multimédias ? Réponse : se battre. Montrer qu’ils peuvent faire aussi bien avec infiniment moins. Etre les meilleurs dans l’information de proximité, les débats citoyens, mais aussi la promotion de la culture, la vie sportive, associative. Et surtout, continuer de travailler dans la joie et l’enthousiasme, à quelques milliers de lieues marines des appareils et de leurs lourdeurs. La seule preuve, au fond, dans ce métier, est la preuve par l’acte. Aux grands desseins théoriques, ceux du compas et de l’équerre, il n’est pas vain d’opposer l’infatigable labeur de la fourmi. Loin des Lumières. Mais dans l’éblouissante obscurité de son artisanat. A jamais recommencé.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Cendres et Maquereaux, de l’abîme jusques aux cimes

 

Edito One FM – Mardi 11.01.11 – 07.30h

 

Il y a une journée importante, dans le calendrier de l’Eglise catholique, qui s’appelle le Mercredi des Cendres. C’est le début de la période du Carême, qui précède la fête de Pâques. Il y a, aussi, ce moment de la Confirmation, où l’évêque t’appose quelques cendres sur le front, te rappelle que tu es poussière, que tu retourneras un jour en poussière, toutes choses excellentes pour le moral, quand on a neuf ans et qu’on crève d’envie de mordre l’existence à pleines dents.

 

Et puis, il y a Molly Luft. « Luft », en allemand, ça veut dire l’air. Et ça tombe bien, parce que Molly Luft, qui était une célèbre prostituée berlinoise, a eu ses cendres dispersées, l’autre jour, sur le territoire de la commune d’Hérémence, en Valais. Les cendres d’une prostituée !

 

Alors, l’UDC locale, qui est à l’UDC cantonale, donc à Freysinger, ce que les noirs de chez les noirs sont aux animateurs en sandales de la ville, hurle au loup. Elle va demander au Grand Conseil d’interdire tout épandage de cendres d’étrangers sans autorisation communale.

 

L’UDC de Grégory Logean me semble pourtant avoir oublié une chose. Les prostituées, même sous forme d’éparses poussières, pourraient, l’air de rien, se sentir en excellente compagnie au fond de certaines vallées. Maurice Chappaz, le plus grand auteur valaisan du vingtième siècle, n’a-t-il pas intitulé l’un des plus beaux de ses livres « Les Maquereaux des Cimes blanches » ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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10/01/2011

Noëlla

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 10.01.11

 

Quelque part à l’orée d’un grand parc, vivait une très vieille dame. Elle s’y trouve depuis 52 ans, mais ce matin, 9h, elle doit déménager. Expulsée. Elle a 91 ans, jouit d’une forme intellectuelle hors du commun, s’appelle Noëlla Rouget. La Tribune, d’ailleurs, a raconté son histoire.

 

Je n’écris pas ces lignes pour juger le propriétaire. Ni pour prétendre qu’avoir passé 14 mois à Ravensbrück (c’est le cas de Noëlla) donnerait des passe-droits. Non. Je pense simplement à elle, je la revois avec Danielle Mitterrand, il y a quelques mois, sur le plateau de « Genève à chaud ». Impressionnante de lucidité. Le témoignage, dans toute sa puissance. Sans haine. Juste le récit.

 

L’épaisseur brutale de l’ordre, Noëlla connaît un peu. En tout cas depuis ce jour de juin 1943 où la Gestapo l’arrêtait à Angers, pour actes de résistance. A quoi pensera-t-elle, aujourd’hui, pendant ce transfert vers un appartement plus petit ? Elle seule le sait. Cela, intimement, lui appartient.

 

Revivra-t-elle la douceur angevine ? L’horreur des camps ? Les merveilleux moments passés dans les classes, à partager avec des élèves ? Pensera-t-elle au bien ? Au mal ? Au fil incertain de la vie, la vie qui passe, la vie qui va ? Nous serons quelques-uns, Noëlla, à penser à vous. Et à d’autres, aussi, qui sont parties. Nous ne jugerons pas. Nous serons simplement là. Quelque part.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

09:05 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |