09/02/2011

Affaire Mark Muller – Analyse

 

Sur le vif - Mercredi 09.02.11 - 11.44h

 

La grave affaire qui affecte le département de Mark Muller, à Genève, est doublement révélatrice. D’abord, sur les négligences internes à ce département. A cet égard, de nouvelles informations pourraient nous parvenir d’ici 48 heures. Ensuite, sur les limites politiques de l’Entente (libéraux, radicaux, PDC) à prétendre gouverner ce canton avec une majorité au Conseil d’Etat, alors qu’elle n’obtient, au Parlement, que les suffrages de deux Genevois sur cinq. Non que ce soit impossible, j’entends bien que les deux élections (législatif, puis exécutif) obéissent à des logiques différentes. Mais parce qu’il eût fallu, dans ces conditions de faiblesse électorale, une tonalité beaucoup moins arrogante que celle, par exemple, du prédécesseur de Mark Muller à la présidence du Conseil d’Etat.

 

Aujourd’hui en danger, Mark Muller va sérieusement avoir besoin de soutien politique pour s’en sortir. Nos informations, très claires, nous disent qu’il ne pourra guère compter sur son propre parti, où l’exécution interne procède de l’abattage rituel, et où on ne le défendra – à l’exception de vrais fidèles – que pour la galerie. Signalons en passant la remarquable probité intellectuelle de l’actuel président des libéraux genevois, Cyril Aellen, face à cette tourmente : les crises dévoilent souvent des abysses, parfois (et c’est le cas avec Aellen) la cristalline fermeté de certains caractères.

 

Il n’est pas exclu qu’une extension des dysfonctionnements au sein du DCTI soit rendue publique avant la fin de la semaine. Si c’est le cas, la situation sera vraiment très difficile pour Mark Muller. Dans le cas contraire, la survie politique du président du Conseil d’Etat devra, hélas pour lui, s’accompagner de toute une batterie de mesures, proches de la tutelle, et signifiant de toute manière un affaiblissement politique. A coup sûr, cette perte de soutien eût été moindre si l’Entente avait un peu moins, dans les dernières années, considéré comme des gueux de bas chemin les partis non-gouvernementaux qui se trouvent, soit à sa droite, soit dans la prétendue « ni gauche, ni droite », disons le néo-boulangisme galopant.

 

Aucune de ces deux marges, évidemment, ne lui fera le moindre cadeau : déjà, elles menacent ensemble de manifester devant le Palais Eynard, le 18 février prochain, à 10.30h. La Ville doit officiellement, ce jour-là, recevoir le nouveau président du Conseil d’Etat. Triste paradoxe : Mark Muller a toujours fait partie de ceux qui prônaient ce que Christian Lüscher appelle aujourd’hui la « droite élargie », qu’on peut aussi nommer « droite unie », ou « droite non-suicidaire ». Au contraire de son prédécesseur à la présidence du Conseil d’Etat, qui n’a cessé, par d’improbables triptyques de « conditions », d’ostraciser ce troisième tiers, oui ce Tiers Etat de l’espace politique genevois. Arrogance à vouloir incarner à soi-seul la famille de la droite, erreur de vouloir jouer sur un savant pivot de passerelles, par exemple avec les Verts, la Genève des compromis horizontaux, qui dilue la clarté des fronts politiques, et finalement exacerbe, dans le public, le sentiment d’un establishment.

 

Rien, à l’heure où j’écris ces lignes, ne permet de prévoir l’issue de la crise. Mais une chose est sûre : la réduire aux seuls dysfonctionnements du DCTI, sans en tirer des leçons politiques plus englobantes, serait sombrer dans l’errance. C’est dans la crise – et non dans la trompeuse torpeur des cocktails – que se mesure l’ampleur des soutiens. Et aussi, n’en doutons pas, celle des trahisons.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

11:44 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

tres bon blog et vous avez raison avec Aellen.

il me semble que vous ne voyez pas les changements que fait l'entente

Un Luc Barthassat reflete ce changement, discret, travailleur, connait ses dossiers, proche des gens (dans le bon sens du terme) et tres tres ferme quant il le faut (comme vous aimez)

le pdc devrait le lancer pour le conseil d'etat, il serait une tres bonne surprise

Écrit par : librepenseuse | 09/02/2011

Vous savez bien que la politique est une suite d'erreurs et que c'est toujours la dernière qui est fatale, celle que les politiciens de tous poils croyaient n'être que l'avant-dernière.

Je peine un peu à vous suivre en ce qui concerne ce que vous semblez appeler la "concordance" ; en effet c'est le peuple qui élit le Conseil d'Etat et non le Grand Conseil. Cela va sans dire mais cela va sans doute encore mieux en le disant.

Peut-être que le citoyen est davantage "séduit" - à l'exécutif - par les personnes que par les partis !

Écrit par : MIchel Sommer | 09/02/2011

Bien des politiciens, hommes ou femmes, ont pris des chemins tortueux pour être élus. Souvent au détriment de gens plus honnêtes et compétents. Leur truc se résume à se faire porter en tête de liste ce qui finit par arriver avec les années, même pour les plus imbéciles. Ensuite, ils considèrent que les électeurs standards sont déjà acquis. Alors ils peaufinent leur relations associatives, les syndicats de bonnes conscience au rabais, les minorités de tous poils. Ainsi certains poussent le trucage jusqu'au mariage intéressé avec des partenaires issus de minorités agissantes. Le hic, c'est qu'ils se mettent des menottes avant d'avoir pu gouverner. Ils ne sont donc élus que pour se faire une retraite dorée. Et si l'attelage se disloque, la grande famille qui revendique plus des droits que des devoirs, n'est pas prête pour le grand pardon. Et les peaux de bananes, se succèdent à un rythme effréné.

Écrit par : noël | 09/02/2011

L'entente, qu'elle soit de droite ou de gauche a permis à certains d'être élus ou réélus dans les exécutifs. La stratégie paie, mais les résultats médiocres suivent. Certains ne pourront briguer un second mandat.
L'UDC genevoise paie cher d'avoir tenté de séduire l'entente. Non seulement elle n'a pas été accueillie par le groupe qui avait bien trop peur de s'acoquiner avec cette tendance, mais en plus elle a perdu une bonne partie de son électorat qui a rejoint son remplaçant, le MCG. J'espère avec vous que le souverain ne s'y laissera plus prendre et condamnera ces "paquets". Vos chroniques devraient au moins l'inciter à se méfier.

Écrit par : Pierre JENNI | 09/02/2011

C'est certain que les éxecutions se poursuivent au PL; on en a l'habitude et on peu presque prédire la prochaine. Mais il ne faut pas ignorer l'arrogance du personnage central de l'intrigue : il a lui-même fait le vide autour de lui, ne connaissant plus ses anciens "camarades" de combat; les appart' auquels certains ont besoin et droit passaient aux petits copains comme le révèlent les derniers scandales; certains postes ont été créés sur mesure et de bonnes candidatures écartées avec la plus grande légèreté, dont un certain à la communication à temps partiel avec un bon traitement salarial pour une proche.

Écrit par : Angie | 10/02/2011

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