28/02/2011

Annie Girardot

 

Elle était une comédienne populaire. Parlait droit au cœur des gens. Elle vous faisait pleurer, et parfois rire, c’était selon. Les salles, elle les remplissait. Certains films, par sa seule présence, elle les sauvait du néant. Les dernières années, elle souffrait d’Alzheimer. Ne se souvenait plus d’avoir été actrice.

 

Elle avait pleuré, lors d’une célèbre remise de Césars. Nous avait bouleversés. Elle avait parlé du manque, de ce vide sidéral de la comédienne à qui on « oublie », quelques années, de proposer des rôles. Elle n’avait pas évoqué la plénitude d’un personnage, mais l’horrible vacance de l’intermittence. On ne vous connaît plus, on ne vous reconnaît plus.

 

Mais ce désert-là, elle l’avait traversé. Avant d’en connaître un autre. Ca n’est plus le monde qui t’oublie, mais toi, doucement, tu oublies ton propre monde.

 

Je souhaite que cette grande dame repose en paix. Le cinéma français, cette fois, ne l’oubliera plus jamais.

 

Nous non plus.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Hic et nunc

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 28.02.11

 

Le latin. Des centaines d’heures, dès l’âge de 12 ans, sur la matière du langage. Une réflexion sur la construction de la phrase, les rapports entre les mots. La découverte de l’origine d’une immense quantité de vocables français, l’évolution de leur sens à travers les âges. Des outils utiles pour tant d’autres langues.

 

Défendre le latin, ça n’est pas s’accrocher au passé. C’est lutter pour une certaine conception de l’enseignement, où prof et élèves, à mille lieues des béatitudes globales, s’interrogent sur l’organisation des mots dans la phrase. Au début, comme la musique, c’est plutôt rugueux. Les premiers chemins sont caillouteux, avec le temps ils s’adoucissent.

 

La possibilité de tenter cette aventure doit être offerte à tous. Elle doit le demeurer dès la première année de l’école secondaire, l’actuelle 7ème. Le latin n’est pas un luxe pour une élite sociale, ne doit surtout pas l’être. La force, la grandeur de l’école républicaine, c’est justement de donner à tous une chance de s’élever vers des sphères insoupçonnées. Le latin en est l’un des moyens, parmi d’autres.

 

Le latin n’appartient pas aux seuls latinistes. Il vaut mieux que la triste solitude des salons bourgeois. Il est une part de nous-mêmes. Il a contribué à nous façonner. Il compte pour beaucoup dans notre bagage génétique. Il n’y a, en lui, rien d’archaïque. Il est présence. Hic et nunc.


Pascal Décaillet

 

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27/02/2011

Tu ne tueras point, Emmanuel

 

Sur le vif - Dimanche 27.02.11 - 11.39h

 

J’ai déjà, il y a quelques semaines, ici même, parlé d’Emmanuel Kilchenmann. Je l’ai reçu à « Genève à chaud », mais aussi, avec Alexis Favre, au « Grand Oral ». 30 ans, président des Jeunes démocrates-chrétiens fribourgeois, un être issu de Stendhal, de l’époque où existaient encore les grands ordres : l’Eglise, l’armée. Une armature idéologique hors du commun sur les fondements de la démocratie chrétienne européenne. Certains parlent de Léon XIII et de Rerum Novarum (1891) : lui, clairement, les a lus, il les a placés dans un contexte historique, il estime que la Doctrine sociale peut encore avoir des résonances, 120 ans après.

 

Mais Kilchenmann est également capitaine à l’armée. Est-ce, il y a une vingtaine de minutes, l’impétuosité du grenadier qui s’est réveillée en lui ? Invité de La Soupe, répondant à une question d’Anne Baecher sur la  responsabilité morale de l’ancien syndic de Fribourg, l’actuel conseiller national Dominique de Buman, numéro 2 du PDC suisse, dans l’affaire de la caisse de pension de la Ville, c’est sans une once d’hésitation que le jeune ambitieux a déclaré coupable son cher camarade de parti.

 

Cela s’appelle un meurtre en direct. Cela rappelle une constante de la politique : l’ennemi est toujours à l’intérieur du camp, les dagues sont chez les « amis ». Chaban, en avril 1974, en a su quelque chose de la part de Chirac. Mark Muller, à Genève, l’éprouve à ses dépens. L’assassinat en politique, est chose courante. Presque un passage obligé. Mais, avec un tel sang-froid, comme à la Soupe sur le coup de 11.15h, c’est de la belle ouvrage. Il est possible que Dominique de Buman n’apprécie que très moyennement cet homicide dépourvu de toute négligence.

 

Pascal Décaillet

 

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25/02/2011

A quoi sert le Conseil des droits de l’homme ?

 

Sur le vif - Vendredi 25.02.11 - 19.23h

 

Au moment où coule, en Libye, le sang de la répression, et au milieu d’horreurs que seule l’Histoire nous restituera, voilà une nouvelle qui va changer la face du monde : le Conseil des droits de l’homme, à Genève, vient « d’adopter une résolution qui demande l’expulsion de la Libye du… Conseil des droits de l’homme » !

 

Il est bien, le Conseil des droits de l’homme. Il est gentil. Il tombe à point nommé. Expulser la Libye d’un cénacle où elle n’avait, depuis le début, strictement rien à faire, c’est le moins du moins du minimum vital de la décence, et en fait bien en-deçà encore.

 

Pendant des années, sur la Libye, on ne l’a pas beaucoup entendu, le Conseil des droits de l’homme. Les hommes de Kadhafi s’y pavanaient. Aujourd’hui que le régime chancelle, mitraille les opposants, le Conseil des droits de l’homme se réveille.

 

A quoi sert le Conseil des droits de l’homme ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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France : l’inconnue 2012

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 25.02.11

 

Qui sera, dans un peu plus d’un an, le prochain président de la République française ? Nul ne peut le prédire, tant le jeu est ouvert. Question majeure : les fondamentaux qui prévalent depuis plus un demi-siècle (la Cinquième République) sont-ils encore valables, ou une transgression est-elle possible ?

 

Ces fondamentaux, quels sont-ils ? D’abord, que le futur président, quel que soit son bord, doit tenir fermement les rênes de sa famille politique. De Gaulle en 65, Pompidou en 69, Giscard (dans une moindre mesure, mais aidé par le ralliement de Chirac) en 74, Mitterrand en 81 et 88, Chirac en 95 et 2002. Sarkozy en 2007. Une loi infaillible, jusqu’ici, en régime bipolaire. Si cette loi demeure valable l’an prochain, elle doit exclure les éléments exogènes, style parachutage miracle du patron du FMI qui, lassé des arcanes de Washington, reviendrait prendre goût à la terre de France. De même, l’illusion Delors en 1995, l’homme dont le cruel et génial François Mitterrand avait dit : « Il veut être président, mais ne veut pas être candidat ».

 

Deuxième question majeure : le second tour verra-t-il, à tout prix, un affrontement entre les deux grands blocs de droite et de gauche (seules exceptions : 1969 et 2002) ? Là encore, mystère. Le chef naturel du camp de droite, le président sortant, apparaît aujourd’hui tellement affaibli, il a tellement dégradé une fonction que de Gaulle et Mitterrand avaient portée si haut, qu’un deuxième quinquennat (pour peu qu’il en ait envie lui-même) apparaît impensable. Et pourtant, pas impossible.

 

Et puis, c’est vrai, les Français n’aiment guère le retour des émigrés. Ni en 1814, 1815, ni le Bruxellois Delors en 1995. A ces recettes-miracles, idéalisées par une petite cléricature de la presse, ils ont régulièrement préféré les figures politiques ayant passé la législature à se battre à l’intérieur du pays. DSK fera-t-il, dans la dernière ligne droite, les frais de cette vieille loi ? Ou sera-t-il capable, par son envergure, de la transgresser, le premier obstacle étant évidemment l’investiture de son propre camp. Reste une inconnue majeure : le score de Marine Le Pen au premier tour. Sous-estimer ce dernier point, ou vouloir l’écarter d’une chiquenaude, c’est risquer certaines déconvenues cruelles, d’ici mai 2012.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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Trenet - Dernier concert

 

 

En novembre 1999, j'ai eu la chance d'assister, avec ma fille aînée et quelques amis, dont le regretté Christian Sulser, au dernier concert de Charles Trenet. J'en avais rédigé un compte-rendu pour l'Hebdo. A l'occasion des dix ans de la mort du Fou chantant, j'ai plaisir à republier ce texte.

 


Salle Pleyel

Trenet, le chanteur du siècle

A 86 ans et demi, le Fou chantant embrase un public en délire. Avec trois vertèbres froissées. Deux heures de grâce. Génie, à l'état pur.


 

Comment parler de ce concert-là, au fond? Comment dire l'émotion qui fut celle de toute une salle, restituer la grâce de ces instants, la communion de plus de deux mille personnes face au génie d'un homme? Après soixante-cinq ans de carrière, avons-nous assisté, ce samedi 6 novembre, au dernier récital de Charles Trenet? Peu importe: pour nous, il sera le premier, et pour longtemps, le plus fou, le plus riche d'émotions et de souvenirs. Comme si la route enchantée du vingtième siècle s'était offerte à nos mémoires, à l'envers ou à l'endroit, entre lune et soleil, entre Front populaire et aube de l'an 2000.

Etre né en 1913 et pouvoir encore enflammer une salle, toutes générations confondues, tient déjà du prodige. Mais le faire avec trois vertèbres froissées, suite à une rencontre fortuite avec un cycliste, entonner le répertoire le plus primesautier de la chanson française en endurant le martyre, avoir l'élégance extrême de n'en rien montrer, il fallait là une âme noble, l'âme d'un poète. Un prodigieux respect du public, aussi. C'est l'une des leçons de ce spectacle, parmi beaucoup d'autres.

Sur scène, deux pianos à queue (Roger Pouly et Jacques Lalue), et la contrebasse d'Alphonse Masselier. Le micro est dressé pour accueillir le chanteur debout, mais un siège, juste derrière, est prêt. Les lumières s'éteignent, Trenet apparaît, la salle se lève, premières salves d'applaudissements, premier tonnerre. Il est là, vivant, comme au premier jour, comme en 1933, quand il chantait le «Yang-Tse-Kiang» avec Johnny Hess, comme le 25 mars 1938, dans cet inoubliable récital de l'ABC où, devant Cocteau, Max Jacob, Sacha Guitry, Colette, Mireille, Emmanuel Berl, Jean Nohain, le jeune homme aux bouclettes blondes était devenu, l'espace de huit chansons, le Fou chantant, enflammant une génération.

Premières minutes debout, ultime effort pour s'arracher à la pesanteur du sort: «Les choses méchantes s'envolent quand on chante, et les grimaces de la vie, ensemble, on les oublie». Mais, très vite, la douleur revient, et la salle prend peur lorsque la vedette interrompt «Revoir Paris» par un «Je crois qu'il faut que je m'assoie»... Dès lors, pendant deux heures, il chantera assis, feutre mou en main, léger balancement des bras, registre vocal parfaitement intact, subtil et puissant, regard bleu allumé, expressif à en mourir, visible du premier balcon. Fermez les yeux, et vous jureriez qu'il danse et qu'il vole. Un chanteur, c'est une voix. L'aurions-nous oublié?

Minutie d'horloger

A tout hasard, la liste des chansons a été jetée là, à ses pieds, en cas de défaillance de la mémoire. Et ce grand joueur, feignant amnésie et myopie, tente parfois de nous faire croire qu'il a oublié le morceau suivant, n'arrive pas, cloué sur son fauteuil, à en lire le titre. Alors, l'un des pianistes le lui rappelle, en quelques notes, mais Trenet corrige le pianiste, parce que le rythme de la java n'est pas bon, et la salle se calcine de rire. Mais, dans les chansons, nul accroc, nulle fausse note: le spectacle a été rodé à l'extrême. La Folie chantante n'est pas incompatible avec la minutie de l'horloger... «Je ne suis pas encore complètement gâteux», lance-t-il au public. On le croit sans peine.

Et puis, ce spectacle est un mélange, constamment, de chaud et de froid. Que la «Folle complainte» vous tire une larme, avec ses becs d'acétylène, et Trenet, aussitôt, ironisera sur les pleurs «qu'il faut bien forcer un peu». Qu'une dame, dans le public, se félicite «d'être aussi de Narbonne», et notre chanteur se demandera où diable sont donc les Parisiens, si tout le monde vient de sa ville natale. Comme si nulle émotion n'avait droit de cité hors du domaine, parfaitement circonscrit, de la chanson. Mais là, alors, à l'intérieur, tout serait permis; là seraient les vrais enjeux (comme dans le «Jardin extraordinaire»), là pourraient être placées les charges explosives. Chez Trenet, c'est le chant qui est miné, le chant seul, le reste n'importe guère. Ces chants que d'autres générations, n'ayant rien connu de ses mimiques, fredonneront, longtemps après, «en oubliant le nom de l'auteur». Un poète, c'est un style. L'aurions-nous oublié?

Comme à la cueillette

Chanter assis, deux heures, mimer java (celle du Diable) et polka (celle du Roi) en homme-tronc, conjurer cette frustration corporelle par la perfection des mots et des notes, c'était le défi d'un soir de grâce. Au menu, une trentaine de chansons parmi les plus belles («Il y avait», «Mam'zelle Clio», «Douce France», «Débit de l'eau débit de lait», «Mes jeunes années», «La mer», et un «Je t'attendrai à la porte du garage» entonné avec l'accent de Narbonne, ravissant sans doute la compatriote susmentionnée...). Beaucoup de chefs-d'oeuvre absents («Boum», «La dame de Béziers», «Je chante», «Dans les pharmacies», parmi tant d'autres), parce qu'il faut bien choisir. Ainsi, aucune chanson du dernier CD, pourtant superbe, paru ce printemps. Heureux homme, qui part composer son récital comme à la cueillette, laissant plus de fleurs qu'il n'en prend, allant sa vie de chanteur avec l'apparent détachement du promeneur. Quel que soit, dans la vie, l'homme Trenet, il y a quelque chose, dans le personnage de scène, de seigneurial. Brel, Piaf se consumaient à chanter. Trenet, rien ne semble l'affecter, comme s'il était d'un autre monde.

Hommage à l'oeuvre

Ce récital sera-t-il le dernier? Pour un homme qui a commencé ses adieux à la scène en 1965, la question, au fond, n'a plus guère d'importance. Heureux, celui qui se renie, et se renie encore, s'il est paré de dons aussi éclatants. Chanter devant des gens, entrer et sortir de scène, n'est-ce pas apprendre, déjà, à disparaître? Répéter à l'envi le moment qui sera, un jour, celui du vrai départ. Avoir assisté à ce spectacle-là laissera des souvenirs pour une vie. Il y a eu la dernière chanson, («Y a d'la joie»), puis la foudre, interminable, des applaudissements. Un quart d'heure? Vingt minutes? Il y a eu cette dame, qui a jailli sur la scène, s'est emparée du micro, a crié «Charles, reviens!». Mais le Fou chantant n'est pas réapparu. Il est resté dans l'ombre des coulisses. Et la foule a continué, pendant un temps inestimable, à ovationner une salle vide. Et ce moment restera, pour ceux qui étaient là, comme un incroyable hommage à l'oeuvre, au-delà, déjà, de l'homme.

Brel, en peignoir, en 1966, était revenu, pour un ultime salut, sur la scène de l'Olympia. Léo Ferré savait doser ses réapparitions. Charles Trenet a préféré ne pas revenir, nous laissant là, après avoir tout donné, pendant deux heures. Toute l'étendue de son génie.

Pascal Décaillet

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24/02/2011

Genève : une communication catastrophique de l’Evêché

 

Jeudi 24.02.11 - 10.14h

 

Pendant des décennies, peut-être des siècles, l’Eglise catholique a couvert des scandales sexuels. Aujourd’hui, d’innombrables affaires ayant éclaté, l’institution ne commet-elle pas l’excès contraire ? N’a-t-elle pas tendance, parfois, apeurée par l’opinion publique, à prendre les devants dans la dénonciation, au risque de transgresser l’une des règles les plus fondamentales du droit : la présomption d’innocence ? L’affaire toute récente de Carouge relance cruellement le débat. Elle émeut l’opinion publique, projette l’épiscopat dans un mur de silence. Malaise. Et le mot est faible. Dans un papier du Temps, hier, ma consoeur Patricia Briel soulève avec pertinence ces questions.

 

Il y a deux semaines, l’ancien curé de Carouge se donnait la mort. Sans doute, d’ailleurs, commettait-il cet acte peu après le téléjournal de 1930h de la TSR, dans lequel était diffusé un reportage qui, sans donner expressément son nom, dévoilait clairement sa personne à la population de Carouge, où le prêtre (très apprécié) était une véritable star. Le reportage ne prononçait pas le nom, mais montrait l’église Sainte-Croix, à Carouge ! Ce curé avait été dénoncé d’avoir commis des actes d’ordre sexuel sur personne mineure. Dénoncé par Mgr Farine, évêque auxiliaire de Genève, auprès de la justice, en octobre 2010. Soupçonné, oui, et en effet de choses graves. Dénoncé par sa hiérarchie, oui. Mais encore jamais entendu par la police, jamais inculpé, jamais condamné !

 

L’affaire est loin d’être finie. Et d’autant plus douloureuses (pour les éventuelles victimes) que le travail de mémoire et de justice ne pourra s’opérer dans un procès, la personne soupçonnée étant décédée. Ce qui est sûr, c’est que la hiérarchie catholique de Suisse romande n’en sort pas grandie : d’un bout à l’autre, sa politique de communication a été catastrophique. Pourquoi Mgr Farine a-t-il mis tant de précipitation à dénoncer ce cas ? Pourquoi, le mercredi 9 février 2011, rend-il publique cette dénonciation, en l’annonçant en commun avec un autre cas, dans le canton de Vaud ? Pourquoi Mgr Farine, ainsi que le vicaire général, Nicolas Betticher, se sont-ils à ce point murés dans le silence ? L’Eglise, en un mot comme en mille, n’a-t-elle pas livré l’un des siens en pâture à l’opinion publique ?

 

Ces événements tragiques interviennent alors que le Diocèse de Lausanne, Genève, Neuchâtel et Fribourg se cherche un évêque, Mgr Bernard Genoud étant décédé le 21 septembre 2010. L’absence provisoire d’un chef explique-t-elle ces erreurs de communication ? En partie, peut-être. Reste, plus profondément, que l’Eglise catholique romaine continue de vivre très douloureusement les affaires dites « sexuelles » qui la secouent. Après le temps du silence et de la chape de plomb, sommes-nous entrés dans celui de l’excès de précipitation ? La question est posée.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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22/02/2011

Manuel Tornare a-t-il insulté la police genevoise ?

 

Sur le vif - Mardi 22.02.11 - 11.57h

 

Sur son blog, Thierry Cerutti, membre de l’exécutif de Vernier, affirme que Manuel Tornare aurait traité de « crétins » les gendarmes genevois, actuellement en grève des amendes et du rasage. Il s’agirait d’une vidéo sur le blog d’un confrère. Cette vidéo, ayant circulé un moment, aurait été détruite.

 

Cette affaire appelle plusieurs questions. S’il s’agit d’un propos privé, capté contre le gré de M. Tornare, l’affaire doit en rester là. On répond de ses propos publics. En revanche, si M. Tornare a prononcé ces mots en situation d’interviewé, c’est plus ennuyeux pour lui.

 

Enfin, il serait intéressant de savoir qui a donné l’ordre de destruction de cette vidéo. Au besoin, sous quelles pressions.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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21/02/2011

Figaro ? – La barbe !

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 21.02.11



Ils sont bien obédients, mes jeunes confrères, avec le pouvoir en place, dans l’affaire de la police. Et jusqu’à la chronique orangée, hier, de mon ami Rothenbuehler, qui semble juger de si haut et de si loin. A des années-lumière du terrain. A les entendre, Isabel Rochat aurait tout juste, les flics tout faux. Je ne partage absolument pas ce point de vue.

Les policiers, simplement, je les écoute. Depuis un an, on leur balance des noms de code, on les rase avec Figaro, on les illumine avec Phénix, on leur balance des incantations surgies d’un grimoire. Les délinquants, tout au mieux, on les déplace : d’un quartier l’autre, ils émigrent. La réorganisation de la police, qui est un bordel notoire, on la camoufle en Chanson du Mal Aimé, le crime s’en vient, le crime revient, demeure le Phénix qui « s’il meurt un soir, le matin voit sa renaissance ».

Quand on sollicite la parole ministérielle pour désherber un peu ce jargon marketing, on obtient quoi ? « Zustand », « Sollzustand », « processus itératif », bref le charabia d’un souffleur (qui ?), répété sans donner l’impression d’avoir été compris. En politique, c’est l’élu qui doit inventer les mots, et les fonctionnaires qui doivent suivre. Là, c’est le contraire. Face à cette illisibilité du message, le mal-être des flics genevois est parfaitement compréhensible.

Pascal Décaillet


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20/02/2011

Le Discours d’un roi : bouleversant

lediscoursdunroi.jpg

 

Dimanche 20.02.11 - 10.11h

 

C’est l’histoire d’un homme qui chemine vers le langage. Syllabe après syllabe. Du silence qui l’étouffe, l’impossibilité de sortir un mot, repartant de zéro, comme un Enfant sauvage, il doit tout réinventer, tout reconquérir.

 

Oui, j’ai pensé à Truffaut, hier soir, en regardant ce film bouleversant. À Kaspar Hauser aussi, « riche de ses seuls yeux tranquilles ». À tous ces films et tous ces livres qui ont pour objet la langue elle-même, la parole, lorsqu’elle est blessée, accidentée, avortée, et qu’il s’agit, au prix d’un inimaginable effort, de partir à sa recherche. Exercice physique, aventure psychique, l’une des plus belles qui se puissent concevoir.

 

Que l’homme en question soit duc d’York, qu’il devienne roi d’Angleterre, le 11 décembre 1936, suite aux déboires de son frère Edouard VIII, qu’il fût le papa de l’actuelle reine Elisabeth, tout cela ajoute à la majesté du film et contribue bien sûr à en faire une incroyable machine à Oscars. Mais ça n’est pas cela qui m’a touché. C’est le chemin d’un adulte de 40 ans vers le langage. « Unterwegs zur Sprache », l’un des livres les plus saisissants de Martin Heidegger.

 

"L'être humain parle, écrit le philosophe allemand. Nous parlons éveillés ; nous parlons en rêve. Nous parlons sans cesse, même quand nous ne proférons aucune parole, et que nous ne faisons qu'écouter ou lire ; nous parlons même si, n'écoutant plus vraiment, ni ne lisant, nous nous adonnons à un travail, ou bien nous abandonnons à ne rien faire ».

 

L’humain parle, mais le futur Georges VI est bègue. Gravement. Blessures d’enfance, gaucher contrarié, nourrice qui le délaisse, qui sait ? Un événement s’est produit, qui rend impossible à ce prince de sang, deuxième fils du roi Georges V, le moindre discours public. L’apparition d’un micro, et c’est la panique. Son épouse (la future Queen Mum, qui vivra jusqu’à l’âge de 102 ans, en 2002), arrange un rendez-vous discret avec un orthophoniste australien, Lionel Logue. L’histoire de ce film, c’est le frottement de ces deux hommes, leur long, leur difficile chemin vers la réinvention des syllabes. Dire que c’est l’histoire d’une amitié est un trop faible mot. Trop frêle.

 

Et c’est l’atelier qui révèle la grandeur du film. Le chantier du langage. C’est physique, c’est dur, il faut tout réapprendre, tout ce qui chez l’homme commun semble si naturel. La respiration. Le travail de la mâchoire. Celui de la gorge. Celui du ventre. Si c’est c’est trop dur, trop impossible, alors il faut le dire en chantant. Contact intime de deux hommes. Corps à corps. Il n’y a plus ni prince, ni roture, ni Angleterre, ni Australie. Il n’y a plus que le chemin commun vers le langage. On se demande si logopédiste n’est pas le plus beau métier du monde, avec celui de maman, ou d’instituteur en maternelle. Avant que d’incarner des idées, le mot est syllabes, et chaque syllabe est un travail physique du corps humain.

 

Il est dit quelque part que le Verbe s’est fait Chair. C’est possible. Dans ce film, c’est la réciproque qui se vérifie. La Parole s’incarne-t-elle en nous ? La Parole absente peut-elle se retrouver ? Au prix de quelle magie, de quelle aventure de l’âme ? Le discours final du roi, dans le film, nous suggère une piste de réponse. J’irai plusieurs fois revoir ce film, qui pose l’énigme du Verbe avec la majesté d’ouverture des grandes histoires.

 

Pascal Décaillet

 

*** Le Discours d’un roi. Réalisé par Tom Hooper.

Avec, entre autres, Colin Firth, Helena Bonham Carter, Derek Jacobi.

 

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19/02/2011

Quand s’épient les queues-de-pie

 

Epigrammes à 3 grammes - Samedi 19.02.11 - 17.50h


L’excellent Rolin Wavre, secrétaire général des radicaux genevois, me racontait l’autre matin, devant un café, son expérience de délégué du CICR au Rwanda, quelques années après l’horreur du génocide, dont « on sentait encore partout la trace ». Au Rwanda, explique-t-il, tout le monde s’épie. Tout le monde sait ce que fait son voisin. Et le note.

 

A coup sûr, cette expérience douloureuse a dû être enrichissante. Et ô combien préparatrice pour entraîner l’ancien humanitaire à gérer les rapports actuels, à Genève, entre libéraux et radicaux.

 

Pascal Décaillet

 

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18/02/2011

La police genevoise et la clarté d’Euclide

 

Sur le vif - Vendredi 18.02.11 - 19.21h

 

Certains de mes jeunes confrères, très gouvernementaux, instruisent à charge le procès de la police en déclarant « incompréhensible » le mouvement de grogne des gendarmes genevois. Je ne partage pas leur point de vue.

 

Au plus haut niveau politique, que fait-on ? Du marketing. De Beaumarchais à Guillaume Apollinaire, de Figaro en Phénix, on nous vend des opérations-miracles comme de la poudre de perlimpinpin. Délogés d’ici, les délinquants émigrent là. Comme chats et souris, on se déloge. Dans la foulée, on déplace le problème.

 

Les policiers genevois font un travail remarquable. Dans des conditions de plus en plus difficiles. Sur Phénix, le chantier de réorganisation de leur corps, que doivent-ils penser lorsqu’ils voient leur ministre, personne au demeurant fort respectable, articuler des mots qui semblent jaillir des lèvres d’un souffleur : « Zustand », « Sollzustand », « processus itératif » ?

 

Iter. Le chemin. Euclide : la droite. Le plus court chemin d’un point à un autre, quand on émet un message, n’est-il pas celui de la maîtrise de la pensée et de la cristalline clarté du verbe ?

 

Pascal Décaillet

 

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17/02/2011

Piano, Forte !

 

Sur le vif - Allegro, ma non troppo - Jeudi 17.02.11 - 12.15h

 

Ineffable Fabiano Forte ! Dans un blog publié ici même, l’ancien président du PDC genevois, homme avec lequel il me plaît d’évoquer parfois l’Histoire récente de l’Italie, notamment entre 1861 et 1943, nous donne son ticket favori pour les Etats : Christian Lüscher et… Robert Cramer !

 

Ca n’est pas encore la prise de Fiume, que d’improbables se perdent à nommer Rijeka, moins encore les funérailles de Verdi sous la baguette de Toscanini, mais enfin disons qu’il y là comme le clapotis d’un petit pavé dans la mare d’un jardinet, qui n’est hélas pas celui des Finzi Contini.

 

En clair, toute honte bue et tout décodeur débranché, la première partie de la proposition est juste et bonne, sage et de nature à enrayer la machine à perdre de la droite genevoise. François Gillet, président du PDC genevois, que je viens d’avoir au téléphone, me confirme que Lüscher sera bel et bien le candidat du PDC au Stöckli. Dont acte.

 

J’avoue comprendre un peu moins bien la seconde partie du diptyque. Si vraiment la droite genevoise estime (et on peut la suivre sur ce point) que Christian Lüscher doit partir seul au combat, histoire de ne rien éparpiller, qu’elle le lance seul. Mais pourquoi troubler le message en associant son nom à celui d’une éminente personnalité du camp adverse ? Car les Verts ne sont pas les alliés de la droite, ne lui font jamais de cadeau dans les rendez-vous électoraux. Il est des passerelles qui mènent à la perte de soi. Quelles que soient les sirènes, dans le lit du fleuve.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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16/02/2011

La rose, les voyous, les voyelles

 

Sur le vif - Mercredi 16.02.11 - 11.27h

 

A cours d’électeurs, à cours d’idées, le parti socialiste genevois ne sait plus quoi inventer pour se rendre intéressant. Dernière incongruité : il adresse au Conseil d’Etat une « lettre ouverte » suggérant que Mark Muller démissionne, non du collège, mais de son rôle de président. Histoire, ajoute perfidement la missive, de le « décharger ». Ils sont gentils, les socialistes, de penser à la « charge » de M. Muller.

 

On pourrait pérorer sur le fond, la grisâtre tiédeur de cette demi-mesure. Mais la forme ! Depuis quand, en République, un parti gouvernemental (je crois savoir que M. Beer siège au Conseil d’Etat) adresse-t-il des lettres ouvertes au gouvernement ? Le parti socialiste dispose d’un groupe parlementaire, certes au régime. Il peut poser des questions, interpeller, rédiger des résolutions, des postulats, des motions. L’organon de la démocratie parlementaire.

 

Les « lettres ouvertes », je croyais cela réservé aux « gueux » de la marge non-gouvernementale. En cette espèce comme dans d’autres, voilà donc le parti socialiste n’ayant plus d’autres expédients que d’imiter l’original. Un peu comme un enfant trop sage s’essayant, les parents s’étant absentés, à jouer au voyou. Ou une consonne, dans l’encre de la nuit, se rêvant en voyelle.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

11:27 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

15/02/2011

Label Aellen

 

Sur le vif - Mardi 15.02.11 - 16.12h

 

Un conseiller d’Etat face à la tempête. Certains des siens qui cherchent à lui nuire. Des fuites qui pour une fois pourraient bien ne par surgir des sources habituelles. A Vernier, la chevauchée fantastique d’un libéral faisant alliance avec la gauche. Les temps, vous l’aurez noté, sont un peu difficiles pour les libéraux genevois.

 

Dans ce maelström, un homme garde la tête froide. Cyril Aellen, le jeune président du parti, ne se laisse pas démonter par les quarantièmes rugissants. D’autres, déjà, auraient cédé. Lui, analyse, soupèse, décide. Au besoin, corrige. Exactement son rôle.

 

A l’heure où, dans les exécutifs – ou les prétentions à certains exécutifs – les libéraux n’ont pas toujours opéré les choix les plus performants, à l’heure où resurgissent les vieux clans et les plus venimeuses des chapelles, un homme surnage avec talent. Un tempérament politique est né. Il aura sans doute, dans l’avenir, l’occasion de rendre des services signalés.

 

Pascal Décaillet

 

16:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/02/2011

Il n’y a plus rien

 

Sur le vif - Lundi 14.02.11 - 17.39h

 

On savait le PDC ouvert à tous les vents, mais là, avec son nouveau label « PDC Ecologie », à Genève, c’est maintenant l’œcuménisme comme aucun Concile, fût-il le plus en pointe, n’eût osé le rêver. Avancer que ce parti ratisse large, c’est faire insulte à la Grande Faucheuse. Et dire que j’entends encore son candidat à l’exécutif de la Ville de Genève (que mille Vierges l’attendent en Paradis) prôner frénétiquement l’extase par les parkings. Le Bolchoï peut se rhabiller : le record universel du grand écart est atteint.

 

Il y avait déjà les Verts. Noble parti, riches personnalités. Puis, les Verts libéraux. Puis, Génération Ecologie. Voici maintenant PDC Ecologie. Heureuse humanité, où tout le monde est un peu vert, un peu orange, un peu rose, tout le monde est tout, tout le monde n’est rien. Les sons et les parfums décidément, ne tournent plus dans l’air du soir, on en perd son latin, plus rien ne se décline, il n’y a plus ni supin, ni sapin. Et comme le disait si bien Léo Ferré, dans l’un des plus beaux récitatifs, il n’y a plus rien.

 

Pascal Décaillet

 

17:39 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Marie-Hélène Miauton: l'étincelle de la différence

 

Sur le vif - Lundi 14.02.11 - 12.02h

 

Dans les colonnes du Temps, par la grâce d’une colonne, une femme, une plume, un style. On aime ou non, une chronique n’est surtout pas là pour être appréciée de tous. Moi, j’aime. La plume, c’est Marie-Hélène Miauton. Le verbe est pesé, la forme cristalline, l’envoi précis, ajusté.

 

Comme tout chroniqueur qui ose, Mme Miauton est truffée d’ennemis. C’est bien la preuve de son talent. Les passants, les gentils, ceux qui ne prennent aucun risque, veulent ménager leurs pairs, la presse romande, hélas, en regorge. Alors, de grâce, que vive, et vive encore, la douce acidité de Mme Miauton. Qu’elle continue de froisser, irriter, grattouiller, chatouiller, qu’elle dépare et dérange, qu’elle heurte et tranche. C’est aussi là, depuis Théophraste Renaudot, l’une des fonctions de la presse.

 

Et ses ennemis, qu’ils l’attaquent par le verbe et par l’esprit. A en juger par certaines sécrétions récentes, ils semblent également dépourvus de l’un que de l’autre. Et, comme tous les médiocres, n’ont plus qu’un argument à brandir : celui de la disparition. « Elle nous dérange, qu’on la chasse ! ». Belle preuve de tolérance, venant des milieux qui s’en réclament tant. Et, à la première occasion, réactivent toujours le même réflexe : le Berufsverbot.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

12:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Forces de nuisance

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 14.02.11


 

A une faible majorité de 53%, les Genevois ont donc dit non à l’amnistie fiscale. C’était le projet de toute la droite. C’était, aussi, celui du Parlement. Le président radical du Conseil d’Etat, l’an dernier, s’y était, pour d’insondables raisons, opposé. Olivier Jornot parlait hier de « trahison ». Merci, Monsieur l’ex-président.

 

******

 

A une écrasante majorité, samedi à Zurich, les délégués du PLR ont adopté le coup de barre à droite en matière migratoire. Sanctifiée par la presse romande, une poignée « d’humanistes » s’est fait totalement minoriser. Mais on a continué à ne donner la parole qu'aux « humanistes ». Les autres, on ne veut pas les entendre. Merci, les humanistes.

 

*****

 

Au terme d’une excellente législature au National, le libéral Christian Lüscher se porte candidat aux Etats, histoire de reconquérir, pour la droite, au moins l’un des deux sièges détenus par la gauche. Au plus haut niveau du parti radical genevois, qui n’est pas celui de la présidence mais des deux magistrats élus, on s’y oppose férocement. Et on lance ainsi la machine à perdre. Mme Maury Pasquier et M. Cramer ont ainsi de belles années devant eux. Merci, Messieurs du plus haut niveau. Et bonne chance pour la fusion : torpillée par les égos, elle bat tellement de l’aile que plus personne n’y croit.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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13/02/2011

La pureté, le miasme, la grande illusion

 

Sur le vif - Dimanche 13.02.11 - 09.55h

 

Il paraît qu’ils sont humanistes. Et les autres, la majorité écrasante des autres, ils seraient quoi ? Déistes ? Animalistes ? Végétaliens ? Des irradiés du Minéral ?

 

« Humanistes », c’est le mot, moutonnièrement utilisé, repris, copié, collé par les journaux romands pour qualifier le quarteron de protestataires qui, au sein du parti libéral-radical suisse, avaient fait savoir, par annonces dans les journaux, qu’ils n’étaient pas d’accord avec le projet de nouvelles lignes directrices de leur parti sur l’immigration. En Suisse romande, on n’a parlé que d’eux. Ils étaient Antigone, le parti national était Créon, ils étaient la pureté, le parti incarnait la souillure. Ils étaient les « humanistes ». Rien d’humain, à l’autre camp, n’était concédé.

 

Le problème, c’est qu’en Assemblée des délégués, hier à Zurich, c’est le coup de barre à droite qui a été choisi. À une majorité extrêmement claire. Pas la moindre ambiguïté. Le parti national a tranché.

 

Mais dans la presse romande, ce matin, on continue de parler des humanistes, ces sublimes perdants. On continue de leur donner la parole. Une parole qu’au final, on n’aura quasiment pas octroyée à l’autre camp, celui de la victoire écrasante d’hier, à Zurich. Car enfin, si le PLR entend durcir sa politique migratoire, c’est peut-être qu’il a des raisons. Bonnes ou mauvaises. Mais au moins, qu’on lui laisse le loisir de les exprimer.

 

Peut-être, cet épisode étant passé, pourrait-on s’interroger sur les véritables intentions de certains « humanistes ». Une piste, au hasard : à quel jeu joue tel candidat à l’exécutif genevois en multipliant les sujets de désaccord avec son parti national ? Et, surtout, en les rendant publics de façon si ostentatoire. Se forger un blason d’humanisme ? Ou, plus prosaïquement, s’imaginer qu’il ira ainsi quérir les voix d’une partie de la gauche municipale genevoise, le 17 avril prochain ? Si c’est son calcul, il se trompe : il arrive que la droite vote pour la gauche ; la réciproque est infiniment plus rare. Georges Pompidou l’avait expliqué assez fermement – en lui tapant sur les doigts – à son Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, au lendemain de son discours de 1969 sur la « Nouvelle Société ».

 

Au reste, il n’est pas sûr qu’on puisse durablement survivre en politique en multipliant les attaques contre son propre camp. Cela laisse des traces. Et il y a des gens qui ont de la mémoire.

 

Pascal Décaillet

 

 


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12/02/2011

Les radicaux aiment la Suisse. Et ils ont raison.

 

Sur le vif - Samedi 12.02.11 - 19.28h

 

Cinq mots volontairement mis en rouge, dans le communiqué publié cet après-midi, 14.42h, par les libéraux-radicaux suisses, suite à leur Assemblée de délégués de Zurich sur l’immigration : « par amour de la Suisse ». Je ne traiterai pas ici du fond (un coup de barre à droite du PLR dans sa politique migratoire, vous en aurez plein vos journaux demain), mais de ces cinq mots en rouge, tellement inédits, tellement simples, tellement directs dans un parti devenu, hélas, hyper-cérébral, au point que le discours de son président, Fulvio Pelli, confine parfois à l’obscurité.

 

Aimer son pays est quelque chose d’important. L’aimer, non contre les autres pays, mais pour lui-même, pour ce qu’il vous a apporté, pour le bonheur que vous avez d’y vivre, d’y écrire et d’y parler librement, de pouvoir vous y engueuler avec vos concitoyens. Et puis, le pays tout court : l’attachement à un paysage, à un accent, aux contours d’une montagne, la présence d’une rivière, d’un lac. Plus que tout, la passion de son Histoire : la Suisse, ni la France, ni l’Allemagne, ni l’Italie ne se sont faites toutes seules. Il a fallu la guerre, la souffrance, le sacrifice des ancêtres, d’interminables combats, qui ne sont évidemment pas finis. Aimer son pays, c’est le prendre dans sa totalité, avec ses faiblesses, ses contradictions, la puissance de sa parole, l’énigme de ses silences.

 

Je crois que pour aimer les autres pays (ma passion pour l’Italie me dévore depuis tant d’années), il faut commencer par aimer le sien. Je plains profondément les apatrides, ceux qui n’ont pas eu la chance de pouvoir dire : « Ici, c’est chez moi ». Cela doit être très difficile à vivre. Je hais le concept de « citoyen du monde », en tout cas s’il prétend substituer au tellurisme d’un coin de terre (ou de ville) une improbable adhésion directe à la planète. Trop facile ! On ne s’arrache pas si facilement à l’envoûtante puissance de ses racines.

 

L’amour du pays n’est ni de droite, ni de gauche. Je connais de très sincères patriotes dans tous les camps : Hanspeter Tschudi, Jean-Pascal Delamuraz, Kurt Furgler ont profondément aimé la Suisse, ils l’ont servie, et puis un jour ils sont partis. Barrès aimait la France, passionnément : il a sans doute écrit parmi les plus belles lignes sur le sentiment d’appartenance, ce qui surgit du cœur et de l’âme. De Gaulle, à la première page des « Mémoires de Guerre », compare la France de son enfance à « la Madone des églises ». Les communistes français, face aux pelotons d’exécution, criaient « Vive la France ». Garibaldi, Verdi ont viscéralement aimé, oui aimé d’amour, cette Italie en gestation, celle du Risorgimento. D’Annunzio, le poète, le guerrier, cherchait la mort, pour dire son amour à l’Italie.

 

Revenons aux radicaux suisses. Ils ont fait ce pays, à bien des égards. Ils ont le droit de dire qu’ils l’aiment. De le dire en rouge, comme ils l’ont fait. Ils ont le droit – et sans doute le devoir – de parler, eux aussi, un langage de simplicité et d’émotion. Je rêverais assez que ces cinq mots en rouge soient, chez eux, le départ d’un nouveau discours. Il existe une autre rhétorique que la sèche tyrannie du logos démonstratif, qui était, hélas, la limite du discours d’un Pascal Couchepin. Le politique doit aussi savoir parler au cœur. Aux âmes. Le dernier grand à l’avoir fait était Jean-Pascal Delamuraz. Il aimait la terre, il aimait son vignoble vaudois, quand il le contemplait de son bateau, au milieu du Léman. Il aimait son pays, et savait le dire avec simplicité. Au-delà de ses choix, des ses combats, de ses échecs, la chaleur directe de cet homme-là, aujourd’hui, nous manque. Immensément.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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