24/03/2011

Dame de fer et verbe d’or

131005_WAL105-ARM_672f30aa.jpg

Sur le vif - Jeudi 24.03.11 - 15.47h

 

Elle parle français mieux que nous. Juste et clair. Syllabe sonore, chromée, mots liés comme dans une partition, la petite musique de sa phrase aiguise les sens, ravit l’oreille. Voilà une dizaine d’années que je connais Karin Keller-Sutter, depuis qu’elle est ministre de la Justice et de la Police à Saint-Gall. J’ai souvent eu l’occasion de l’interviewer – encore ce matin – et chaque fois, la précision de ce verbe qui fuse m’estourbit.

 

Et, au fur et à mesure que s’envolent ses mots, je me dis, désespérément, la même chose : « Mais pourquoi diable ne l’ont-ils pas élue au Conseil fédéral ? ». La Suisse tenait là une femme politique d’exception, à la fois de poigne, de rigueur, d’intelligence et d’élégance, le Parlement a préféré choisir un homme dont j’ai oublié le nom et dont j’ignore d’ailleurs s’il vit encore, et à quoi il passe ses journées. Entre lui et le grisâtre successeur de Pascal Couchepin, le grand parti qui a fait la Suisse a réussi à disparaître de toute prétention à l’existence. Le parti de Jean-Pascal Delamuraz !

 

Il fut un temps, hélas lointain, où les radicaux produisaient de formidables tronches. Nuques raides de vignerons vaudois, minoritaires valaisans rompus au combat frontal, colonels surgis tout droit de la chanson de Gilles. On les aimait ou non, mais ils portaient haut le verbe, brandissaient l’oriflamme, fiers et drus comme dans les festivals de fanfare. Aujourd’hui, au mieux, ils administrent.

 

Et là, avec KKS, soudain, l’envol du verbe. La qualité d’une rhétorique au service de l’action. Hier, Karin Keller-Sutter annonçait sa candidature au Conseil des Etats. Les deux sièges saint-gallois y seront très chers : l’excellent PDC Eugen David brigue sa propre succession, le socialiste Paul Rechsteiner, président central de l’USS, est dans la course. Et le président national de l’UDC, Toni Brunner, s’y lancera sans aucun doute. Si la Dame de fer réussit son entrée à Berne, nul doute qu’elle y tiendra, dans les années qui viennent, un rôle de premier plan. Comme il sied – oui comme il devrait seoir – aux meilleurs.

 

Pascal Décaillet

 

 

15:47 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Patientez jusqu'à l'automne ... elle sera élue et haut la main !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 24/03/2011

Quel numéro vous nous faites là, Monsieur Décaillet ! Vous avec votre expérience ! Feindre d'ignorer les arcanes et les dessous ! Et vous nous feriez croire qu'en politique on va loin avec la logique et les bons sentiments ? ! Le fin connaisseur que vous êtes nous a si souvent parlé de manoeuvres (souvent basses), d'alliances ( parfois contre nature), de stratégies et de trahisons . . .
Les enfants de choeur à l'église, les politicien(ne)s sur le champ de bataille, et les vaches seront bien gardées.

Écrit par : Zufferey de Cratogne | 25/03/2011

Pourquoi cette femme brillante n'est pas là où elle devrait ? Parce qu'elle a du talent et qu'elle est compétente, pardi ! Que cela vous étonne m'étonne un peu. ;) On sait très bien qu'en Suisse les vrais talents sont perçus dans tous les domaines sensibles comme potentiellement dé-ran-geants. A moyen terme, ils risquent de rompre le continuum d'ennui et de médiocrité pour lequel une énergie immense est dépensée. Maintenir l'inertie à son degré de neutralisation le plus élevé exige une énergie considérable. C'est le but que se sont fixé les décideurs (politiques, artistiques , économiques) qui ont tout de même appris à faire semblant de bouger à la surface pour qu'au fond rien ne change vraiment. Si un gros poisson parvient à traverser leurs champs de mines, on le flingue.

Écrit par : Malentraide | 25/03/2011

Classe et compétence --> 3% en plus assuré aux prochaines élections, si KKK avait été choisie par son parti pour le Conseil fédéral.

Mais voilà, cette femme est de droite, vraiment de droite, alors que la plupart des politiciens du centre-droit sont désormais culturellement et psychologiquement de gauche (être de droite juste pour la gestion du "grand magasin", ce n'est pas vraiment être à droite).

Écrit par : Paul Bär | 25/03/2011

Je suis rarement d'accord avec vous, mais là, je dois reconnaître que vous avez raison.
J'ai également été dépité, moi, homme plutôt de gauche, que l'assemblée ait préféré un bernois terne à cette femme de tête à la compétence extrême.
Mais voilà, ils n'ont pas osé mettre une femme de plus parmi nos hommes gris.
Qu'on soit d'accord ou non, peu de nos politiciens sortent ou sont sortis du lot.
Les derniers qui aient eu ou ont encore une réelle stature d'homme (et de femme) d'état sont: Delamuraz, Couchepin, Calmy-Rey.
Ils ont osé prendre des décisions basées sur d'autres raisons que la popularité.
Les autres, actuellement, n'ont soit pas encore fait leurs preuves, soit ont prouvé leur médiocrité.

Écrit par : Lefredo | 26/03/2011

Les commentaires sont fermés.