15/05/2011

Amours, délices et orgues de Staline

 

Sur le vif - Avec une pointe de curare - Dimanche 15.05.11 - 09.13h

 

Le Matin dimanche est défavorable à la présence de Bertrand Cantat à la Comédie. C’est son droit, je suis le premier à saluer une presse qui s’engage clairement, et à jeter aux orties ces sages analyses, thèse, antithèse, synthèse, où on ne sait pas, au bout, ce que pense le commentateur.

 

Mais, à côté des moyens engagés aujourd’hui par le Matin dimanche pour nous faire comprendre à quel point ça n’est pas bien d’accueillir Cantat, les orgues du regretté Maréchal Staline font figure de fléchettes en plastique. Jugez plutôt.

 

Page 7 – Dominique Warluzel estime que « les victimes, elles, n’ont pas droit à l’amnésie ». Il plaide contre la présence de Cantat à la Comédie.

 

Page 18 – Anne Bisang, grande prêtresse de la bonne parole féministe très en vogue dans les hautes sphères du Matin dimanche, nous parle de « la deuxième mort de Marie Trintignant».

 

Page 18 – Juste un peu plus bas, Marc Bonnant défend la thèse de « la faute de goût ».

 

Trois positions, trois interlocuteurs, pour dire la même chose.

 

Et pour défendre les options dramaturgiques d’Hervé Loichemol, se pencher un peu sur le programme 2011-2012 de la Comédie ? Personne. Pas un mot. Silence. Nada.

 

Amusant, non ?

 

Allez, je vous laisse. Je dois appeler ma femme de chambre, à New York. Pour m'assurer qu'elle ait bien fait le petit boulot que je lui avais demandé.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:13 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

L'homme est souvent une machine à contradictions. Il tue le matin et pleure les morts le soir. Une machine aussi qui s'affole très souvent pour un rien.
Cordialement, Hank Vogel.

Écrit par : Hank Vogel | 15/05/2011

Cher Monsieur,
Pour répliquer à ces massifs tirs de bazooka, le soldat Christophe Gallaz a sorti sa mitraillette pour résister à cette pensée unique. L'aviez-vous manqué?
Meilleurs messages.

Écrit par : Alex Dépraz | 15/05/2011

Je n'ai aucune sympathie pour l'homme Bernard Cantat, bien que je reconnaisse un réel talent à l'artiste.

Mais peu importe le cas particulier qui nous occupe ici, ce qui est intéressant dans l'affaire, c'est de constater à quel point "l'établissement" sait vite et bien s'agréger en compacte défense de classe (ici, jolis tirs croisés d'avocats en vue et de diverses gynocrates, pour un temps alliés).

On peut aussi remarquer que l'établissement se divise en strates bien superposées, aux lignes de séparations quasi invisibles mais bien réelles : celle à laquelle Cantat appartient (la strate rebello-cultureuse, mais néanmoins compatible aux intérêts de l'établissement, hé oui, sinon pas d'accès aux média de masse) se trouvant située sous la strate hyper-bourgoise, dont relève la famille Trintignant. (1)

D'ailleurs, c'est flagrant, les mêmes milieux qui défendaient Polanski au nom du droit à l'oubli poursuivent Cantat en lui reniant ce même droit. Autre paradoxe, les tenants de la bien-pensance sont le plus souvent très juridiques, très respectueux de la loi ; or, Cantat a juridiquement payé son méfait, ce qui n'empêche pourtant pas les relais de l'hyper-bourgeoisie de continuer de le poursuivre. Défense de caste, tout simplement.


(1) strate hyper-bourgeoise dont on peut déjà constater la puissance de feu (les éditorialistes de cour ayant déjà sorti l'artillerie lourde) avec ce qui nous arrive de New-York : ceux qui dénoncent constamment "la théorie du complot" évoquant déjà l'hypothèse d'un ....... complot !

Écrit par : Paul Bär | 15/05/2011

Si le destin fait que ta fille subisse le même sort que celle de JL Trintignant, tu inviteras son très lâche assassin à ta table pour fêter l'anniversaire de la mort de ta fille.
Bravo, l'espèce dégénère vraiment.

Écrit par : Tar Tempion | 15/05/2011

@ Alex Dépraz - Vous avez parfaitement raison! Autant pour moi. Vous avez eu, contrairement à moi, le courage de lire ce journal jusqu'à la page 66, confins dans lesquels se trouve relégué - pour des raisons qui m'échappent - Gallaz.

Écrit par : Pascal Décaillet | 15/05/2011

Bär, il y a une différence entre avoir une relation avec une adolescente, à priori consentante et rétribuée et ayant de longue date demandé à la justice d'abandonner les poursuites - même si c'est naturellement répréhensible - et tuer sa femme.
Les conséquences sont assez différentes.
De même qu'il a apparemment échappé à vos talents de sociologue en stratifié que Pascal Décaillet semble avoir été le premier ici à évoquer la théorie du complot dans l'affaire qui vous réjouit tant.

Écrit par : Concombre masqué | 15/05/2011

@ Paul Bär : Depuis plusieurs jours je pense exactement comme vous, en comparant les affaires Polanski et Cantat. Les mêmes qui se battaient avec véhémence pour défendre Polanski, qui lui avait fui les USA pour échapper à la justice, dénient à Canta, qui a purgé sa peine, le droit de reprendre ses activités.

J'ajoute qu'il a été jugé pour "coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et que si la presse nous avait bien expliqué le cas, il s'agissait d'une bagarre entre deux personnes complètement embrumées d'alcool et de drogue. Donc parler de massacre et le traiter d'assassin est contraire au droit. Comment Me Bonnant peut-il utiliser ce terme ?

Écrit par : gamine | 15/05/2011

Assez d'accord avec ce billet. Toutefois, l'article analyse est une chose, le commentaire une autre, et la distinction doit être claire. Enfin, petite erreur dans votre rectificatif: on écrit "au temps pour moi".

Écrit par : Lionel Chiuch | 15/05/2011

Oui, Gamine, la bonne société genevoise a su, encore récemment, se montrer bien plus coulante envers une meurtrière avérée, dès lors que ses intérêts de caste étaient engagés.

On assiste exactement au même phénomène avec le "festival de Kahn" qui déploie actuellement ses "fastes" : toute une troupe bigarrée de bien-pensants divers (féministes, progressistes etc...) relayés par leurs petits télégraphistes de la presse en mode panique à bord se montrant totalement indifférents à une femme noire de basse extraction, alors que d'habitude ces caractéristiques leur sont quasiment totémiques, notamment pour stigmatiser le petit beauf blanc forcément raciste.

"Double standard", comme on dit outre-Atlantique !

Écrit par : Paul Bär | 16/05/2011

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