16/05/2011

DSK, l'ex-candidat des clercs

 

 

A propos de l'affaire DSK, il est clair que la présomption d'innocence doit s'imposer. Mais, au-delà de cette affaire, troublante est cette espèce d'unanimité journalistique dont semblait bénéficier cet homme, certes de valeur. Alors que quelques fondamentaux de la politique française (depuis la Cinquième République) jouaient contre lui. Notamment, le fait de ne pas diriger un grand parti. C'est ce que j'avais tenté d'expliquer dans le Nouvelliste du vendredi 11.03.11, et que je re-publie ici, pour ceux que cela intéresserait. Le commentaire était intitulé "DSK, le candidat des clercs". Vous comprendrez que, pour l'occasion, j'aie ajouté un petit "ex"... PaD

 


Grand patron du FMI, à Washington, Dominique Strauss-Kahn est à coup sûr un homme brillant, un grand commis, compétent en économie, un calibre. Cela en fait-il, pour autant, le super-favori à la présidentielle dont on ne cesse de nous parler ? Et, d’abord, ce « on », qui est-ce ? Réponse : une certaine cléricature médiatique, toujours la même, qui a autoproclamé, depuis des années, que le jour venu, cet expatrié reviendrait comme un Prince charmant, serait automatiquement adoubé par son parti, puis par le peuple de France, deviendrait président sans même avoir à être candidat. Une sorte de loi naturelle, inéluctable.

 

Oui, DSK est le candidat des médias. Tout comme, il y a seize ans, Jacques Delors, président de la Commission européenne, le Français de Bruxelles, était donné gagnant, par un incroyable mouvement moutonnier des éditorialistes, pour la succession de François Mitterrand. La réalité, on la connaît : non seulement Delors ne fut pas président, mais… il ne fut même pas candidat ! Ca n’est qu’à la fin d’un interminable entretien avec Anne Sinclair qu’il devait confesser, « tout bien pesé », ne pas partir au combat. François Mitterrand, cinquante ans d’une vie politique d’exception, avait d’ailleurs déclaré, quelques mois plus tôt : « Delors ? Il voudrait bien être président, mais il ne veut pas être candidat ».

 

DSK, à la vérité, réunit pas mal d’indices contre lui, quand on sait un peu lire les fondamentaux de la Cinquième République. D’abord, cette désagréable (et finalement assez hautaine) propension à se faire désirer, attendre qu’on vienne le chercher. De Mitterrand à Chirac, ça n’est pas ainsi que les choses se passent pour gagner : il y a un moment où il faut y aller, franco, à la hussarde. Et puis, aucun candidat n’a jamais gagné sans avoir derrière soi une véritable armée. Or, pour tenir un grand parti, mieux vaut, en France comme ailleurs, ne pas trop s’être éloigné de la métropole. En France, c’est à l’interne qu’on prend des coups, des cicatrices, qu’on livre des combats : il n’est pas si sûr que l’électorat apprécie beaucoup le retour de l’enfant prodigue, qui aurait brillé à l’étranger. Quant à la seule compétence économique, elle fait les grands secrétaires d’Etat, les ministres. Elle n’a strictement rien à voir avec l’ancestrale symbolique de l’échelon présidentiel.

 

Pascal Décaillet

 

Commentaire publié dans le Nouvelliste du 11.03.11

 

12:07 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

La symbolique ancestrale… Oui, les symboles, c’est cela qui compte. Chaque pays, chaque époque a les siens et les médias et autres « clercs » sont bien incapables de les fabriquer ex-nihilo, alors ils les traitent par le mépris, mais cela finit toujours mal. Il suffit de relire Kantorowicz : au nom du « corps politique » du roi, le « corps mortel » doit s’effacer, disparaître. Ce n'est pas assez d’être télégénique pour remporter une élection présidentielle en France et il vaut mieux être « reconnu » par les électeurs que « connu » par la presse. Or deux symboles majeurs ont été méprisés dans les dernières aventures de DSK : le premier est celui de la puissance et de la fiabilité qui va avec : ce qui est alarmant est le fait qu’un homme pressenti pour diriger un grand pays ne sache pas (ou ne veuille pas) s’entourer de gens fiables et discrets, capables de filtrer ceux qui peuvent l’approcher. Qu’il y ait de telles failles de sécurité n’annonce rien de bon pour la suite. Le deuxième symbole est celui du respect des formes, des apparences. Après tout, personne ne demande à ceux qui doivent nous représenter d’être honnêtes, mais de le paraître. C’est une règle tacite, mais qui se vérifie à chaque « chute » de candidat fantomatique.

Écrit par : Inma Abbet | 16/05/2011

Tiens!...
Et s'il s'agissait vraiment d'un complot. Il faudra ajouter Monsieur Pascal Décaillet à la liste des suspects... L'arrestation de DSK était nécessaire pour être en mesure de ressortir ce vieux papiers datant du mois de mars.

Mais attention, suspect ne veut pas dire coupable, la présomption d'innocence s'impose.

Écrit par : Baptiste Kapp | 16/05/2011

"à la hussarde."

Oh!

Écrit par : Johann | 16/05/2011

Bonjour M. Décaillet,

Excusez mon impertinence, mais ...

" il y a un moment où il faut y aller, franco, à la hussarde ..."

Certes oui, mais DSK a bien essayé d'y aller à la hussarde, mais c'était hors du cénacle et cela ne semble pas avoir été vraiment la bonne méthode ...

Quant à l'honni Johann Schneider-Ammann, l'idole des jeunes et de "salut les copains", il y est allé lui aussi franco et la hussarde, c'était au sein du cénacle helvétique, mais il n'a pas recueilli votre enthousiasme pour autant ...

Alors que faire pour être adoubé et recueillir vos faveurs ? Se faire préalablement béatifier ?

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 16/05/2011

Tout provient d'un malentendu et d'un manque de communication.

Sofitel appartient au groupe Accor.

Lorsque la femme de ménage entre dans la chambre et voit DSK nu, celui-ci lui demande : " d'accord de XXXXXXXXXX (censuré) ?".

La femme de ménage, bien que travaillant pour une chaîne française, ne possède que des rudiments de la langue de Molière. Elle répond donc "si, si femme de ménage d'Accor", à seule fin de marquer qu'elle est bien employée par le prestigieux groupe hôtelier.

Ce n'est donc qu'un quiproquo digne d'une pièce de Feydeau qui est à l'origine de ce faux scandale.

Écrit par : J.-L. Masson | 16/05/2011

Quoi que DSK ait fait, toute forme de Schadenfreude est complètement déplacée: je ne souhaite à personne de séjourner dans une prison américaine. Je pense toujours au séjour de Conrad Hensley dans une prison californienne que Tom Wolfe décrit dans "A man in full".

Écrit par : Marc Emery | 16/05/2011

Il eut été de droite que la notion de "présomption d'innocence", sur toutes les lèvres du show business socialiste, aurait été écartée comme camouflage politique indécent.

Écrit par : Pierre-André Rosset | 18/05/2011

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