31/05/2011

Tous PDC, vite !

 

Sur le vif - Et dans l'enivrant parfum de l'encensoir - Mardi 31.05.11 - 17.10h

 

Succulent communiqué du PDC genevois, qui félicite le président du tout nouveau PLR, Alain-Dominique Mauris : « Reconnu comme un libéral humaniste, M. Mauris saura sans aucun doute défendre une ligne politique et des valeurs que le PDC partage ».

 

En d’autres termes : ce qu’attend le PDC d’une personnalité libérale-radicale, c’est qu’elle soit… PDC !

 

Et si, dans l’œcuménique foulée, l'UDC, les Verts et les socialistes pouvaient aussi faire du PDC, et hop disons aussi le MCG, la vie ne serait pas plus belle, non ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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29/05/2011

Petit Grégory, grands gueulards

 

Sur le vif - Dimanche 29.05.11 - 12.07h

 

La Soupe recevait ce matin le jeune Valaisan Grégory Logean. Comme d’habitude, lorsqu’elle accueille un UDC, elle lui a laissé un temps de parole moyen de 2 secondes, 766 millièmes, entre deux interruptions gueulardes. Record de Céline Amaudruz battu, à l’arraché.

 

La Soupe n’a pas interviewé Logean. Elle s’est mise en ondes elle-même, ne laissant pas à l’invité la moindre chance de commencer une phrase. Toute fière de son immense courage. Vous pensez : oser terrasser la bête immonde ! Thomas Mann, contre Hitler.

 

Cette noble témérité, toute inaudible qu’elle soit, aurait à la limite quelque légitimité si elle s’appliquait indifféremment à tous. Las ! Lorsque l’invité est Vert et bien pensant, ou radical genevois éclairé, c’est une autoroute qu’on lui offre.

 

Comme d’habitude, la direction de la RTS ne dira rien. Comme d’habitude, le système de Weck, où l’autocensure régente de sa férule l’inconscient des bonnes âmes, fonctionnera. Comme d’habitude, on se retranchera derrière la liberté d’expression.

 

Et comme d’habitude, l’UDC, le 23 octobre, gagnera les élections.

 

Pascal Décaillet

 

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L’homme qui voulait défoncer la NRF

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Notes de lecture - Dimanche 29.05.11 - 09.14h

 

248 pages qui nous laissent essoufflés. Bise noire. Folio édite un choix des « Lettres à la NRF » de Céline, quelques-unes dans les années trente, l’immense majorité au sortir de la guerre, dans les années d’exil au Danemark, puis à Meudon. Les lettres étaient sorties il y a une vingtaine d’années dans la collection blanche, j’entends encore Sollers en parler sur une chaîne de radio, les voilà en format populaire, à l’usage de tous.

 

Bise noire, parce que Céline épistolier, c’est Céline tout court. 248 pages, quelque trois heures de lecture, bonheur brûlant d’une piqûre intense, enfin le rythme, enfin la revoilà, cette petite musique, unique, seule au monde. Oui, le docteur Destouches qui réclame du fric à Gaston Gallimard, vomit le monde, parsème de foutre et de césures des bribes de phrase sans fin, tantôt tendre, tantôt hurlant sa rage, c’est le même mystère du style que le Voyage ou Bagatelles. L’homme, on s’en doutait d’ailleurs, ne prend pas de gants blancs lorsqu’il écrit à son éditeur.

 

Tout avait très mal commencé, avec la NRF. Ils étaient passés à côté du Voyage, en 1932, et Céline, rapide, avait signé chez Denoël. Rendez-vous manqué, dont Sollers rappelle, dans la préface, qu’il laissera des traces solides. On la sent resurgir, cette sourde rancœur, entre mots d’amitié, flèches de haine, maquignonnages d’argent, suppliques pour paraître en Pléiade, lacération des plus grands, que sont Gide et Proust, parce qu’ils n’auraient rien compris à la musique, ne seraient pas « dedans ».

 

« Mon cher Editeur et ami.

Je crois qu’il va être temps de nous lier par un autre contrat, pour mon prochain roman « RIGODON »… dans les termes du précédent sauf la somme – 1500 NF au lieu de 1000 – sinon je loue, moi aussi, un tracteur et vais défoncer la NRF, et pars saboter tous les bachots !

Qu’on se le dise !

Bien amicalement votre

 

Destouches »

 

Ultime missive. 30 juin 1961. Le lendemain, Louis-Ferdinand Céline quittait ce monde. Sans avoir eu le temps de louer son tracteur. A lire, très vite. Pour la piqûre. Et pour la musique.

 

Pascal Décaillet

 

*** Céline - Lettres à la NRF - Folio - 10 mai 2011 - 248 pages.

 

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28/05/2011

Les chemins de traverse d’Eric Leyvraz

 

Portraits - Samedi 28.05.11 - 10.18h

 

Nœud papillon ou foulard de gentleman-farmer, il chemine à son rythme, trace le sillon. Si vous le croisez et que vous êtes pressé, ne vous aventurez pas à lui demander ce qu’il pense du nucléaire, vous raterez à coup sûr votre train. Eric Leyvraz, 65 ans cette année, vigneron à Satigny et ancien président du Grand Conseil, est un cinglé des questions d’énergie, qu’il connaît sur le bout des doigts. Cerveau bien fait, incroyable mémoire : l’un des seuls, dans la classe politique genevoise, avec qui on puisse avoir une conversation sur les gouvernements successifs de la Quatrième République, leurs forces et leurs faiblesses, Mendès il connaît, Edgar Faure, Laniel et Félix Gaillard aussi.

 

L’un des problèmes majeurs des politiciens d’aujourd’hui est leur inculture crasse, y compris sur l’histoire et les fondements théoriques de leurs propres partis. C’est particulièrement valable pour le PDC, où rares sont ceux qui ont vaguement entendu parler de Léon XIII ou du Sillon, du Zentrum bismarckien ou du MRP. Les partis devaient faire passer à leurs postulants des examens d’entrée : qu’on se pique un peu de Fazy avant d’espérer devenir radical, de Tocqueville pour se prétendre libéral, de Guesde, Jaurès ou Willy Brandt avant d’oser se dire socialiste. Ou "du nain vert Obéron qui parle avec sa fée", pour les aspirants climatiques.

 

Eric Leyvraz est un homme cultivé, dans le meilleur sens du terme. On sent qu’il a beaucoup lu, on devine les vies intellectuelles parallèles de cet ingénieur EPFZ, les chemins de traverse dans des champs d’Histoire et de poésie, le goût de la langue et de la syllabe, qui l’amènent à déclamer des passages entiers d’Hugo. Rien de cela ne peut s’être acquis, au fil d’une vie, sans une époustouflante force de solitude. De celles qui régénèrent. Et conduisent au salut. Avec un petit s, certes. Mais, sur cette terre, c’est déjà pas mal.

 

Pascal Décaillet

 

 

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27/05/2011

Maudet, Blocher, et le peuple de la nuit

 

Sur le vif - Vendredi 27.05.11 - 16.51h

 

La Suisse de Christoph Blocher est-elle à ce point incompatible avec celle de Pierre Maudet ? Le pays des valeurs traditionnelles, le sentiment tellurique qu'on éprouve pour un lieu, un paysage, doit-il à tout prix s'opposer à celui des échanges et de l'ouverture ? En mettant face à face les deux hommes, le Temps a réalisé une belle opération, en tout cas marketing. Mais cette dialectique-là, où tout concourt au contraste le plus vif, jeunesse contre vieillesse, gauche du parti radical contre droite de l'UDC, allumé urbain contre hobereau des fêtes de lutte à la culotte, relève, à bien des égards, de l'artifice. En réalité, en Suisse, les radicaux, sur 80% des sujets, sont proches de l'UDC. Fulvio Pelli, avec qui je viens de passer une partie de la matinée à Lausanne, en compagnie d'Alexis Favre, nous le confirmait encore tout à l'heure.

 

Le débat, dans les colonnes du Temps, est très intéressant. Mais il faut prendre les choses en amont : hormis pour les délices de souligner les fractures internes aux droites suisses, pourquoi ce quotidien a-t-il organisé cette opération ? Pour exalter les vertus d'ouverture et de modernité des héritiers des Lumières face à l'obscurité de la Vieille Suisse, celle de la terre et du sentiment d'appartenance ? A ce petit jeu, pour le lectorat de l'arc lémanique - celui du Temps - notre jeune urbain branché obtient évidemment une victoire facile. Il apparaît comme porteur d'avenir et visionnaire, là où son adversaire demeurerait captif du passé. Le récurrent, l'éternel cliché de la droite libérale, et pro-européenne, contre l'UDC. Qui n'a d'ailleurs jamais empêché cette dernière de progresser, élection après élection, ni les « éclairés » de régresser. La Suisse serait-elle, en son âme dormante, un peuple de la nuit ?

 

Pierre Maudet est presque un radical de gauche, Blocher assurément un UDC très à droite. Maudet fait partie du quart des Suisses (et de la très petite minorité au sein du parti radical) qui rêvent d'aller dans l'Union européenne. Blocher, des trois quarts de nos compatriotes qui n'en rêvent pas. Maudet est jeune, brillant, impatient. Blocher septuagénaire, incroyablement combattif, mais il sait se montrer immobile, briscard, patient. Il y avait donc tous les ingrédients pour réussir un binôme de rêve : oui, le Temps a réalisé un excellent coup. Derrière l'éclat marketing, une réalité toutefois : les radicaux et l'UDC, en Suisse, peuvent collaborer sur une multitude de sujets, allant de la gestion des finances publiques à la fiscalité, en passant par l'énergie (ils savent, eux, résister aux modes d'un moment), une bonne partie des sujets agricoles. Vouloir absolument opposer ouverture et fermeture, jeunesse et vieillesse, réseaux et solitude, relève, pour le moins, de l'artifice. Ce que nous offre le Temps, c'est un débat Maudet-Blocher. Ca n'est en aucun cas le débat national PLR-UDC.

 

Dommage enfin que le plus jeune ait cru bon de brandir à certains moments la carte de l'arrogance : « Deux visions s'entrechoquent et ne peuvent se rencontrer : celle d'une Suisse repliée sur elle-même, peureuse et vivant dans la nostalgie, et celle d'un pays conscient de ses atouts, interconnecté et tourné vers l'avenir. » Mythologie du réseau, génération Facebook, érigée face au crétinisme alpin de quelques idiots de village, perclus de solitude et incapables de rompre avec leur passé : ce petit jeu d'urbain branché passe peut-être dans les quartiers bobo de Genève et de Lausanne. Il n'est pas si sûr que le « peuple de la nuit » l'entende ainsi. Nous le verrons au soir du dimanche 23 octobre.

 

Pascal Décaillet

 

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26/05/2011

L’Homme debout

 

Sur le vif - Jeudi 26.05.11 - 10.52h

 

En politique, mais au fond partout aussi dans la vie, j’ai besoin d’avoir face à moi des hommes debout. Quand je dis « hommes », c’est bien sûr « hommes ou femmes », ne venez pas m’emmerder avec l’épicène.

 

Restons à la politique. Christian Grobet est un homme debout. A 70 ans, il se bat comme au premier jour. Rude, rugueux, insupportable. Détesté. C’est sa grandeur. Un homme qui cherche à être aimé est déjà mort. Il vivra une autre vie, sans doute agréable, qui ne m’intéresse pas.

 

Pierre-Yves Maillard est un homme debout. Mon ami Vincent Pellegrini, qui paye très cher la solitude de ses options spirituelles, et néanmoins ne les renie pas, est un homme debout. Philippe Barraud, seul sur son site comme Siméon le Stylite au milieu du désert, est un homme debout. Les moines, les sœurs, les ordres mineurs sont des congrégations d’hommes et de femmes debout. Parce qu’ils ont choisi. Mon autre ami Jean-François Duchosal, qui chemine en pèlerin, est, avec une inimaginable puissance, un homme debout. Alberto Velasco est un homme debout.

 

Il y a tant d’hommes et de femmes debout, dont il faudrait parler. Dans les marges. Marge de gauche (Salika est une femme debout), marge de droite, irrédentistes préconciliaires, vieux fous, imprécateurs, défenseurs des pauvres et des malades, infirmières d’EMS, tant d’anonymes à qui je veux, ici, rendre hommage.

 

Et puis, quelque part au niveau du sol, il y a l’homme couché. Horizontal. Celui qui ne vit que par le réseau, le cocktail. Oui, il y a la nauséabonde multitude des faux amis, tout comme il y a, chez Verlaine, le sublime poème des « faux beaux jours ». Lumière, étincelante, de la syllabe.

 

Uli Windisch, attaqué de partout par la cléricature, est un homme debout. Tout comme Jean Ziegler est un homme debout. Freysinger, Despot sont des hommes debout.

 

Cyril Aellen est un homme debout. Qu’on retrouvera, un jour.

 

Je n’ai parlé ici ni des saints, ni des héros, ni d’ailleurs des salauds. L’homme horizontal, l’homme de cocktail, n’est même pas un salaud. Il y a, chez le salaud, comme une majesté du mal dont l’homme en réseau n’est même pas digne.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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25/05/2011

Cyril Aellen : la race des seigneurs

 

Sur le vif - Mercredi 25.05.11 - 11.23h

 

La « race des seigneurs » : c’est le terme employé hier, à Troinex,  par Jacques-Simon Eggly pour saluer Cyril Aellen, président sortant du parti libéral genevois, le dernier président que les libéraux auront connus. A coup sûr, l’un des meilleurs.

 

Là où d’autres, en certain parti cousin, se sont contentés, sous l’étiquette et l’apparence présidentielles, d’assumer la conciergerie du parti, les vraies décisions étant prises ailleurs (ce que tout le monde sait, et nul ne dit), Cyril Aellen, lui, s’est comporté en chef et en responsable. Président, il a défini une stratégie, d’ailleurs toujours plébiscitée par les assemblées, il a opéré des choix, défini une vision à long terme, mené combat, jamais trahi sa parole, tenu le cap. Exactement ce qu’on attend d’un capitaine. Ces stratégies, on peut bien sûr les contester (pour ma part, je les considère comme justes, et seules porteuses de long terme), mais au moins elles impliquent le courage d’un choix. « Gouverner, c’est choisir » : oui, il y a quelque chose de la rigueur mendésienne dans le comportement politique de cet homme qui n’a même pas encore quarante ans.

 

Lundi prochain, le nouveau parti, unifié, désignera un président. Qui ? Le pire serait, pour ménager les tensions, de porter son choix, par défaut ou par annulation, sur un concierge. Un intendant. Un Mister Nobody. Un bailli. De nos jours, le président incarne le parti, il est dans les médias, sous les projecteurs. Il faut une personnalité forte. Indépendante. Libre de ses actes. Frondeuse. Dérangeante. En avance sur tous les autres. Exactement ce qu’aura été Cyril Aellen.

 

L’homme, dans les temps qui viennent, va devoir traverser le désert. Aujourd’hui, le petit clan de l’ombre  qui le poignardait, par spadassins interposés, dans le Matin dimanche, s’imagine qu’il a gagné. Il aura vite fait de déchanter. Si la force de nuisance de ce pronunciamiento permanent réussit à imposer son venin dans le futur parti, alors le PLR genevois est mort-né.

 

Cyril Aellen est, à Genève, l’un de nos meilleurs espoirs politiques. Il a du courage, de la vision, de la fidélité. Je suis persuadé qu’un jour ou l’autre, on le retrouvera dans des fonctions signalées. Au service de la République.

 

Pascal Décaillet

 

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24/05/2011

Le niveau de la ceinture

 

Sur le vif - Mardi 24.05.11 - 15.04h

 

Oui, il existe une Garde noire. Oui, il y a quelque part un Cercle des Trois, encore que j’incline à penser, depuis hier matin, qu’il soit en fait un pacte-à-quatre. Toutes choses au demeurant légales : nous vivons sous un régime de liberté d’association, chacun a bien le droit de s’acoquiner avec qui il veut. Et même, s’il plaît à d’aucuns de s’encagouler, s’interpénétrer, que chaque âme vive sa vie terrestre, c’est le lot des choses humaines.

 

Mais les petits salopiaux qui ont inspiré le papier du Matin dimanche sur Cyril Aellen, à seules fins de nuire à ce président honnête et courageux, ne l’emporteront pas en paradis. La politique, certes, est sans merci. On n’y a jamais d’amis. Il ne faut rien en attendre que des coups, des rapports de force. Mais il existe un niveau d’horizontalité où ces échanges doivent s’opérer, quelque part au-dessus de la ceinture.

 

Faire passer pour cupide, devant toute la Suisse romande, un homme d’honneur et d’intégrité est tout simplement dégueulasse. Les sources, en l’espèce, ont la clarté cristalline d’un lac de haute montagne, se trahissent par des échos « copiés-collés » de certaines expressions. Ainsi, lorsqu’on dit de Florence Kraft-Babel qu’elle a atteint « les fins fonds du classement » (alors qu’elle finit sixième, juste sous la barre, en cela mieux placée que la candidate libérale de 2007), on reproduit, mot pour mot, les vipérines prévisions de son cher colistier radical dans un séminaire de démarrage de campagne. Troublant, non ?

 

Les sources, en journalisme, cela se recoupe et se vérifie. N’en retenir qu’une seule, par choix, par omission, ou sur ordre d’un chef, c’est courir au travestissement de la vérité. C’est cela, en 1400 signes, que j’écrivais hier matin dans un quotidien genevois. Je n’en retranche ni la moindre virgule, ni le moindre iota.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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23/05/2011

Julie et Anastasie sont-elles sœurs ?

 

Sur le vif - Et à la pointe du ciseau - Lundi 23.04.11 - 11.22h

 

Dans un mail adressé ce matin, 08.34h. à Pierre Ruetschi, patron de la Tribune de Genève, j’annonce cesser aussitôt d’exercer mes fonctions de chroniqueur pour ce journal.

 

Entamée il y a juste cinquante mois, à la demande de Pierre Ruetschi, cette chronique n’a de sens que si son auteur peut y jouir d’une totale liberté de propos, hors des sentiers de la rédaction. Une chronique externe doit être chemin de traverse, ou n'être point. Une fois respectés, bien sûr, les fondamentaux du métier : la loi, le respect de la vie privée, ce qui fut toujours le cas, et demeurera à jamais ma règle.

 

Mais il y a des sujets, apparemment, dans ce journal, qui ne passent pas : ce matin, j’ai mis en cause ma consœur (excellente, au demeurant, sur les sujets économiques) Elisabeth Eckert, pour son traitement unilatéral (donc, influencé par une source unique, tellement identifiable) de l’affaire de la fusion PLR, à Genève. Cet article, publié dans le Matin dimanche d’hier, n’était rien d’autre qu’une démolition pure et simple de Cyril Aellen, le président des libéraux genevois. On n’y retrouvait que les sarcasmes du clan adverse, celui de Pierre Maudet, c’était un peu gros, je l’ai dit. Cette vérité n’a manifestement pas plu à la Tribune de Genève, membre du même groupe que le Matin dimanche. Pierre Ruetschi me l’a fait savoir sur un ton particulièrement déplaisant, j’en tire immédiatement les conséquences.

 

Coïncidence : ma chronique de ce matin évoquait aussi le « Cercle des Trois », dont tout le monde sait, à Genève, qu’il dirige le parti radical. Cet élément a-t-il joué ? L’un des membres de ce Cercle aurait-il gardé des attaches, ou quelque souterraine influence, auprès de la Julie ?

 

Je quitte donc la Tribune papier. Mais demeure bien fidèle à mon blog. Vous êtes de plus en plus nombreux à m’honorer des vos visites. 29'037 visites, 73'098 pages, pour le seul mois de mars 2011. Soyez-en, ici, vivement remerciés.

 

Je garde à Pierre Ruetschi, et à toute l'équipe de la Tribune de Genève, toute mon estime. Je les remercie de m'avoir offert, pendant 50 mois, cet espace d'expression. Dont je me suis contenté, simplement, de faire usage.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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Le Cercle des Trois

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 23.05.11

 

C’est l’histoire d’une fiancée qui se rend à reculons sur l’autel des noces. Revêche. Flétrie. Et son promis aussi, ivre-mort d’enterrer sa vie de garçon. Rien à foutre de cette union, ni l’un ni l’autre, ils s’y pointent juste pour la forme. Ce sont les libéraux et les radicaux genevois. La tragi-comédie se joue à Troinex, demain soir. Ambiance garantie.

 

Dernier coup bas : Pierre Maudet prend froid, le Matin dimanche, comme d’habitude, éternue. Sous la plume d’une consœur d’ordinaire mieux inspirée, le Gala orangé nous démolit l’actuel président des libéraux, Cyril Aellen : témoignages anonymes à charge, stratégie qualifiée de « foireuse », FKB décrite comme ayant atteint « les fins fonds du classement », alors qu’elle est sixième. Bref, de la pure et simple désinformation. Manipulée par qui ?

 

Pierre Maudet, ces derniers mois, n’a eu qu’une stratégie : sauver sa propre peau, au détriment de la droite genevoise. Il a réussi, et maintenant, avec l’aide d’un conseiller d’Etat et de sa Garde Noire, il entend purger les opposants, noyauter les libéraux, régenter le tout par un putsch de grenadiers. Le parti radical genevois, tout le monde le sait, n’est pas dirigé à Versoix, mais par le Cercle des Trois. Tout le monde le sait, très peu le disent. Moi, si. C’est tout.

 

Pascal Décaillet

 

PS - Ceci est ma dernière chronique publiée dans la Tribune de Genève, après cinquante mois de collaboration.

 

 

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22/05/2011

Cyril et les chacals

Sur le vif - Dimanche 22.05.11 - 10.25h

 

Tu veux du nauséabond, pur porc ? Alors, va lire la page 7 du Matin dimanche. Indigne de la plume de son auteur, ma camarade d’Université et excellente journaliste économique Elisabeth Eckert, égarée ici dans les arcanes de la politique genevoise, et manifestement téléguidée. Son papier salit Cyril Aellen, le président les libéraux genevois, laissant entendre qu’il s’accrocherait à son poste pour des raisons… financières ! Classe, comme une latrine de grenadier. Comme une vieille loge décatie, d’où suinteraient de séculaires excréments de jalousies et de rancoeurs.

 

A Genève, libéraux et radicaux sont en voie de fusion. Cela doit se décider après-demain, à Troinex. L’ambiance n’est pas à la fête. À ce stade, ça n’est même plus le mariage de raison, c’est la génisse insoumise, menée au taurillon. Sourires grinçants, culs serrés, larmes amères à peine contenues, compas qui percent les poches des uns, dagues dissimulées derrière l’usage du (grand) monde et les salamalecs.

 

Admettons, malgré cette ambiance de pestilence, que la Noce chez les Petits Bourgeois ait lieu. Il faudrait, dans les six jours qui suivent, trouver au bâtard un parrain. Il avait été convenu que le premier président du parti fusionné serait libéral. Là, intervient le clan. Le tout petit groupe, chez les radicaux, capable, quand il s’y met, d’injecter le poison. Trois personnes, pas plus. Ceux-là, dont le seul but, ce printemps, au détriment de l’union de la droite, fut la réélection de Pierre Maudet, sont capables de tout pour salir une réputation. Leurs relais, dociles, sont innombrables. Pour survivre, ils ne pensent qu’à nuire. Ce sont eux qui inspirent, eux qui téléguident, eux qui, à distance, tapis dans l’ombre, détruisent.

 

Peu importe qu’il y ait fusion ou non. Peu importe qui présidera le nouveau parti. Ce qui est sûr, c’est que Cyril Aellen, avant tout le monde, aura vu juste dans la recomposition de la droite en Suisse. Il aura osé des choix, voulu une stratégie, eu le courage de se faire des ennemis. Tout cela, il l’aura fait au grand jour, en déclinant, lui, ses noms et qualités. Aux anonymes conspirateurs de la nuit, courageux de la 25ème heure et sources officielles de la presse orangée, il reste à opposer la chose qui vaille : le mépris.

 

Pascal Décaillet

 

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18/05/2011

François Hollande, 2012

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 18.05.11

 

Dans le Nouvelliste du 11 mars dernier, sous le titre « DSK, le candidat des clercs », j’expliquais, assez seul dans l’univers éditorial, pourquoi je ne croyais pas une seconde aux chances du patron du FMI dans la présidentielle de 2012. Je condamnais l’arrogance de l’homme attendant qu’on vienne le chercher (cf Delors, 1995). Je rappelais qu’aucun n’avait atteint l’Elysée sans être chef d’un grand parti. J’exposais les plus grands doutes face aux chances, dans la mentalité électorale française, d’un « enfant prodigue, qui aurait brillé à l’étranger ». Les récents développements de l’actualité, hélas, règlent le problème, ce qui est dommage : j’aurais aimé voir ma thèse se vérifier, ou au contraire s’effondrer, dans le champ politique, non celui du buzz populaire mondial.

 

Je continue de croire que le prochain président de la République française pourrait bien être socialiste, et je confirme le souhaiter. La France n’a plus de président de gauche depuis 1995, Chirac a plutôt bien habité la fonction, après un prédécesseur exceptionnel. Sarkozy, lui, l’a ruinée, cette fonction, il a multiplié les signes d’une droite orléaniste, d’argent, d’apparat, il a reproduit la grande erreur de Giscard. Cette arrogance du paraître, il faudra bien que son camp la paye. D’où la chance, selon moi, des socialistes.

 

Et puis, la France n’est pas un pays libéral. Les hommes d’argent, elle en veut bien, mais dans les banques, pas à l’Elysée. C’est le fruit d’une très vieille tradition, à vrai dire d’Ancien Régime, où le Roi n’est pas Fouquet. Le chef de l’Etat, en France, doit être simple, parler simplement, ne surtout pas étaler ses richesses. Ni Porsche, ni voiture de sport de Giscard, ni diamants de Bokassa : cela colle peut-être à la mentalité italienne, pas à celle de la France.

 

Dans ces conditions, en contraste avec le bling bling style Sarkozy ou DSK, il n’est pas exclu que la France de 2012 donne ses chances à un homme simple, honnête. Par exemple, François Hollande. Incarnation de la province, avec ses années passées à la Mairie de Tulle, sa présidence du Conseil général de Corrèze (le département de Queuille, bien avant d’être celui de Chirac). Incarnation du travail, de la patience, de la fidélité à ses engagements. Ancrage dans le pays profond, qui n’est pas celui des éclats parisiens. Une sorte de Monsieur Tout le Monde, sans rien en lui qui brille, si ce n’est sa détermination croissante dans son chemin vers l’Elysée. Cette France de Hollande me rappelle celle de Bayrou, qui était mon candidat (malheureux !) en 2007. Elle a en elle quelque chose de tranquille et d’incroyablement fort, surgi du Sillon. Survolez une fois la France, de nuit : pendant de longues minutes, on n’y voit parfois aucune lumière. Hors de ce qui scintille, la force d’un destin peut aussi, en certains moments de l’Histoire, avoir ses chances.

 

Pascal Décaillet

 

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16/05/2011

Catton, jamais Ancien

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Sur le vif - Lundi 16.05.11 - 16.27h

 

Il recevra, tout à l’heure au Palais Eynard, la médaille « Genève reconnaissante ». Rarement récompense n’aura été à ce point méritée. Dominique Catton, qui fonda il y a très longtemps le théâtre Am Stram Gram, illumine les yeux des enfants – et d’ailleurs aussi ceux des adultes – depuis des décennies. Certains des plus beaux spectacles que j’ai vus à Genève, c’est chez lui.

 

Dans l’univers de Catton, ancien chauffeur d’amiral qui monta « Le médecin malgré lui » sur le porte-avions Clemenceau, on en prend, littéralement, plein la vue. On se souvient que le théâtre, bien avant que d’être « ce qui démontre », c’est « ce qui montre ». Couleurs, poésie, incroyable invention dans les effets spéciaux. Un théâtre pour l’enfance, composé, fabriqué avec les yeux de l’enfance, l’apparente naïveté de l’enfance, celle qui se joue de tout, à commencer par la gravité des adultes.

 

Comment oublier les Bijoux de la Castafiore ? Peter Pan ? Les deux Gredins ? La Belle et la Bête ? En écoutant, samedi soir, à l’Auditoire Franck Martin, l’Union Accordéoniste Mixte de Genève interpréter le si troublant « Ana Frank » d’Istvan Sabo, je n’ai pu m’empêcher de penser à l’extraordinaire « Journal d’Anne Frank » mis en scène en 1994 par Catton. La vie passe, les émotions artistiques demeurent.

 

Récompense méritée, ce lundi à 1830h, pour Dominique Catton. Prestigieuse, et pourtant pas la plus belle. Il en existe une autre, insurpassable : l’éclat de vie, d’émerveillement, de lumière, dans les yeux des tout petits, sur les bancs des spectateurs.

 

Pascal Décaillet

 

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DSK, l'ex-candidat des clercs

 

 

A propos de l'affaire DSK, il est clair que la présomption d'innocence doit s'imposer. Mais, au-delà de cette affaire, troublante est cette espèce d'unanimité journalistique dont semblait bénéficier cet homme, certes de valeur. Alors que quelques fondamentaux de la politique française (depuis la Cinquième République) jouaient contre lui. Notamment, le fait de ne pas diriger un grand parti. C'est ce que j'avais tenté d'expliquer dans le Nouvelliste du vendredi 11.03.11, et que je re-publie ici, pour ceux que cela intéresserait. Le commentaire était intitulé "DSK, le candidat des clercs". Vous comprendrez que, pour l'occasion, j'aie ajouté un petit "ex"... PaD

 


Grand patron du FMI, à Washington, Dominique Strauss-Kahn est à coup sûr un homme brillant, un grand commis, compétent en économie, un calibre. Cela en fait-il, pour autant, le super-favori à la présidentielle dont on ne cesse de nous parler ? Et, d’abord, ce « on », qui est-ce ? Réponse : une certaine cléricature médiatique, toujours la même, qui a autoproclamé, depuis des années, que le jour venu, cet expatrié reviendrait comme un Prince charmant, serait automatiquement adoubé par son parti, puis par le peuple de France, deviendrait président sans même avoir à être candidat. Une sorte de loi naturelle, inéluctable.

 

Oui, DSK est le candidat des médias. Tout comme, il y a seize ans, Jacques Delors, président de la Commission européenne, le Français de Bruxelles, était donné gagnant, par un incroyable mouvement moutonnier des éditorialistes, pour la succession de François Mitterrand. La réalité, on la connaît : non seulement Delors ne fut pas président, mais… il ne fut même pas candidat ! Ca n’est qu’à la fin d’un interminable entretien avec Anne Sinclair qu’il devait confesser, « tout bien pesé », ne pas partir au combat. François Mitterrand, cinquante ans d’une vie politique d’exception, avait d’ailleurs déclaré, quelques mois plus tôt : « Delors ? Il voudrait bien être président, mais il ne veut pas être candidat ».

 

DSK, à la vérité, réunit pas mal d’indices contre lui, quand on sait un peu lire les fondamentaux de la Cinquième République. D’abord, cette désagréable (et finalement assez hautaine) propension à se faire désirer, attendre qu’on vienne le chercher. De Mitterrand à Chirac, ça n’est pas ainsi que les choses se passent pour gagner : il y a un moment où il faut y aller, franco, à la hussarde. Et puis, aucun candidat n’a jamais gagné sans avoir derrière soi une véritable armée. Or, pour tenir un grand parti, mieux vaut, en France comme ailleurs, ne pas trop s’être éloigné de la métropole. En France, c’est à l’interne qu’on prend des coups, des cicatrices, qu’on livre des combats : il n’est pas si sûr que l’électorat apprécie beaucoup le retour de l’enfant prodigue, qui aurait brillé à l’étranger. Quant à la seule compétence économique, elle fait les grands secrétaires d’Etat, les ministres. Elle n’a strictement rien à voir avec l’ancestrale symbolique de l’échelon présidentiel.

 

Pascal Décaillet

 

Commentaire publié dans le Nouvelliste du 11.03.11

 

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15/05/2011

Amours, délices et orgues de Staline

 

Sur le vif - Avec une pointe de curare - Dimanche 15.05.11 - 09.13h

 

Le Matin dimanche est défavorable à la présence de Bertrand Cantat à la Comédie. C’est son droit, je suis le premier à saluer une presse qui s’engage clairement, et à jeter aux orties ces sages analyses, thèse, antithèse, synthèse, où on ne sait pas, au bout, ce que pense le commentateur.

 

Mais, à côté des moyens engagés aujourd’hui par le Matin dimanche pour nous faire comprendre à quel point ça n’est pas bien d’accueillir Cantat, les orgues du regretté Maréchal Staline font figure de fléchettes en plastique. Jugez plutôt.

 

Page 7 – Dominique Warluzel estime que « les victimes, elles, n’ont pas droit à l’amnésie ». Il plaide contre la présence de Cantat à la Comédie.

 

Page 18 – Anne Bisang, grande prêtresse de la bonne parole féministe très en vogue dans les hautes sphères du Matin dimanche, nous parle de « la deuxième mort de Marie Trintignant».

 

Page 18 – Juste un peu plus bas, Marc Bonnant défend la thèse de « la faute de goût ».

 

Trois positions, trois interlocuteurs, pour dire la même chose.

 

Et pour défendre les options dramaturgiques d’Hervé Loichemol, se pencher un peu sur le programme 2011-2012 de la Comédie ? Personne. Pas un mot. Silence. Nada.

 

Amusant, non ?

 

Allez, je vous laisse. Je dois appeler ma femme de chambre, à New York. Pour m'assurer qu'elle ait bien fait le petit boulot que je lui avais demandé.

 

Pascal Décaillet

 

 

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14/05/2011

Monsieur Max et les éteignoirs

 

Sur le vif - Samedi 14.05.11 - 16.41h

 

Je viens d’écouter l’excellente émission « L’Horloge de sable », de Christian Ciocca (Espace 2), sur Max Frisch, qui aurait eu cent ans demain. A travers « l’inflexion des voix chères qui se sont tues », c’est toute la sorcellerie de la radio que de nous ramener ceux qui nous ont quittés : Frisch lui-même, mais aussi Claude Stratz, tant d’autres. Emotion, sûr.

 

Mais une chose, décidément, me frappe : la perpétuelle réduction de Frisch, dans ces années 70 et 80, où il était roi, à la « dimension sociale » de son œuvre, son rôle de « mauvaise conscience d’une Suisse prospère », l’écrivain comme curseur ou comme jalon. Je veux bien. Mais l’écrivain comme écrivain ?

 

On a affaire, avec Frisch, dans le sillage de Brecht et dans une incandescence certes moins folle que chez Heiner Müller, à une exceptionnelle plasticité de la langue allemande (très proche, en cela, des dialectes grecs), que l’auteur reconnaît d’ailleurs quelque part dans les archives de Ciocca. Ses pièces, ses récits, ses carnets, ses journaux mettent en scène la phrase allemande comme une jonglerie de cirque avec des torches de feu. Dans cette œuvre-là, le risque d’incendie est omniprésent, nous sommes tous Monsieur Bonhomme, et c’est la magie des mots, celle d’une langue, avec ses alluvions, ses héritages, qui nous est servie.

 

Magie d’une langue à laquelle semblent bien peu sensibles les commentateurs de ces années 70 et 80. Ils ne nous parlent que de portée sociale, de malaise suisse, ne nous parlent pas de l’œuvre. L’œuvre en elle-même. L’œuvre pour elle-même. Dans le champ qui la porte, la nourrit, et qui s’appelle la langue. Ces commentateurs n’allument pas notre passion pour Frisch. Dans leur médiocrité, ils l’éteignent.

 

Pascal Décaillet

 

16:41 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/05/2011

Johann Schneider-Ammann : salut, les copains !

 

Sur le vif - Vendredi 13.05.11 - 18.15h

 

S’exhumer du sommeil pour sortir une énormité, c’est la rafraîchissante prestation d’un nouveau conseiller fédéral dont vous ne soupçonniez sans doute pas l’existence, tant il est discret: Johann Schneider-Ammann. A côté de lui, Didier Burkhalter fait figure de Tarzan hurlant, empêtré dans ses lianes, terrorisant de ses mâles stridences les plus gourgandines des guenons.

 

Sortir du silence ? Oui, hier à Lucerne, JSA, l’homme qu’une Assemblée fédérale habitée par l’Esprit a cru bon de préférer à la Saint-Galloise Karin Keller-Sutter, a parlé. Pour dire quoi ? Que la SSR devait pouvoir développer son offre en ligne, malgré les craintes des éditeurs, parce que la vraie concurrence était étrangère. Reproduction exacte du discours du Mammouth ! Et ça tombe à pic : Roger de Weck, président de la SSR, fait justement partie du comité directeur du Swiss Media Forum, devant lequel s’exprimait hier le bouillant conseiller fédéral ! On n’est jamais aussi bien qu’entre soi, jamais aussi bien servi que par les siens, jamais aussi chouchouté que dans le cocon de son petit monde. Jamais aussi délicieusement coquin qu’entre copains.

 

Voilà donc un ministre de l’économie, sincèrement libéral, réputé excellent chef d’entreprise, partisan de la concurrence et de l’émergence des meilleurs, sauf dans les domaines où la grâce – et la célérité – d’un certain lobbying ont déployé leurs effets sur lui. Un libéral, oui, prêt à admettre que la SSR puisse bénéficier à la fois de cet impôt déguisé qu’on appelle redevance, et du feu libre pour s’épancher dans le champ de la concurrence. Beurre, argent du beurre, délices incestueuses d’un trio d’amour avec la crémière et la plus désirable de ses sœurs.

 

S’est-il trouvé quelqu’un, à Lucerne, pour défendre les radios et les TV privées de Suisse ? Et la nécessité d’un marché publicitaire (autre que d’insignifiants reliefs d’ortolans) pour les entreprises naissantes, souvent minuscules, dans le domaine du multimédia ? S’est-il trouvé un esprit pour défendre le tissu des PME, face à l’arrogante gourmandise du Monopole ? S’est-il trouvé une âme pour illustrer l’idée que la grande chance d’une démocratie, c’est la pluralité de ses opinions, la diversité de ses sources d’information, la liberté d’expression (qui passe aussi par un minimum de survie économique) pour ceux qui, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, de gauche ou de droite, ne pensent pas nécessairement comme la masse ?

 

Non. Il ne s'est trouvé personne. Et voilà que le ministre suisse de l’économie, contre tous les principes qui devraient inspirer sa philosophie politique, donne un gage d’expansion supplémentaire à un Mammouth dont l’urgence première est au contraire de maigrir, en se concentrant sur des tâches essentielles. Débat politique, oui. Culture, oui. Acheter et diffuser une série américaine, le privé le fera tout aussi bien, et sans doute à meilleur prix. Peut-être l’entourage de Monsieur Schneider-Ammann, dans le Bois dormant de son ministère, pourrait-il, dans l’éclat d’un jour d’éveil, lui souffler, du bout des lèvres, ces quelques pistes.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

18:15 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/05/2011

Max Frisch : feu et braise

 

Sur le vif - Jeudi 12.05.11 - 11.38h

 

Œuvre de feu. Eclair de braise. L’un des grands écrivains de langue allemande de l’après-guerre, et Dieu sait s’il y en eut. Né en 1911, mort à l’aube de ses 80 ans, Max Frisch aurait eu 100 ans dimanche prochain, 15 mai. Son œuvre demeure, trace du temps mais aussi hors du temps, dans le monde et hors du monde, libre.

 

Libre, oui. Jamais captive des grilles de lecture dont la critique littéraire des années 70, issue du structuralisme, a fait sa spécialité : grille historique, grille sociologique, grille politique. La grille – ce mot horrible – n’implique que les limites carcérales intimes de celui qui en use, non celui qu’elle tente d’emprisonner. Frisch, comme Brecht, restera l’auteur libre d’une œuvre libre, de celles qui ne se réduisent ni au temps, ni au monde, même si, de près, elle les évoque, les convoque. Il n’est pas un écrivain politique, pour la simple raison qu’un écrivain politique n’existe pas, ou plutôt ne survit que comme écrivain, condition qui précède et transcende, dans un ordre d’années-lumière, la question politique.

 

Les étudiants en Germanistik des années 70 lisaient peu l’œuvre de Frisch, et cette méfiance professorale, de la part des mêmes qui, pourtant, nous ouvraient à Hölderlin et Paul Celan, comparaient avec génie les variantes de Brecht sur l’Antigone de Sophocle, était, du vivant du dérangeur zurichois, un hommage à sa probable capacité de nous troubler. Je ne l’ai lu, d’ailleurs, que plus tard. J’ai détesté son côté « auteur officiel » des dernières années, tout simplement parce que ce côté est ontologiquement haïssable.

 

Ce week-end, je tâcherai de relire « Don Juan oder die Liebe zur Geometrie », et, bien sûr, « Biedermann une die Brandstifter ». Le feu, le festin de Pierre, le rendez-vous de la séduction avec la mort, la parole qui s’embrase, le souvenir de Claude Stratz et de sa mise en scène, inoubliable, de mai 1999, je crois bien que c’était son dernier spectacle avant de quitter la direction de la Comédie.

 

Max Frisch, Claude Stratz, nous ont quittés. Et le ballet de mort est là, qui s’invite à danser quand on ne l’attend pas. Et l’œuvre, tellement présente, demeure. Au point qu’elle nous brûle.

 

Pascal Décaillet

 

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11/05/2011

Oui à Cantat – Oui, surtout, à Loichemol !

 

Sur le vif - Mercredi 11.05.11 - 10.56h

 

A lire une certaine presse, ce matin, la saison 2011-2012 de la Comédie de Genève, la première d’Hervé Loichemol, se résumerait à des gros titres et des gémissements féministes autour de la présence, au spectacle d’ouverture, de Bertrand Cantat. C’est totalement regrettable. Parce que ça occulte le reste. Et le reste, quand on prend la peine de se pencher un peu sur le programme, c’est l’un des menus les plus alléchants proposés depuis des années, disons depuis les plus belles heures – les plus troublantes - de Claude Stratz.

 

D’abord, Cantat. Il a, certes, tué. Mais il a payé. Respect, évidemment, pour la famille, les proches, les amis, en premier lieu Jean-Louis Trintignant. Mais la logique des programmations artistiques n’a pas à se calquer sur celles du convenable, de la morale, ni des décisions judiciaires. Elle est d’un autre ordre, d’un autre monde. Elle n’a de comptes à rendre ni à l’ordre moral, ni (surtout) aux revendications communautaristes à la mode. Cela est valable pour l’œuvre de Genet, pour celle (bouleversante) de Koltès. Cela est aussi valable face à une éventuelle présence de Bertrand Cantat. Déroger à cette ouverture, c’est réduire l’œuvre d’art à un catalogue du réel, plié sur la doxa du moment. C’est tuer la création.

 

Reste l’essentiel. Le programme. D’une trilogie de Sophocle revisitée par Wajdi Mouawad au Livre XI des Confessions de Saint Augustin, éblouissement spirituel mis en œuvre théâtrale par Denis Guénoun,  en passant par une création de Manon Pulver, « A découvert », mise en scène par Daniel Wolf, ou encore le Tartuffe d’Eric Lacascade, il y a l’audace de présenter deux pièces de Lessing, dont « Les Juifs » que Loichemol vient de présenter à Ferney. Lessing, l’un des plus grands esprits du dix-huitième siècle allemand, homme total, dramaturge, fabuliste, philosophe, qui vaut beaucoup mieux que son rôle de passage obligé dans les premières années de « Germanistik » à l’Université.

 

Oui, Loichemol a fait des choix. Oui, le panel de cette saison 2011-2012 nous promène sur 2500 ans de théâtre, oui certains de ces textes vont nous remuer, nous provoquer, nous déranger. Beaucoup plus que le simple frisson, tellement facile et tellement réducteur, de s’indigner sur la présence de Bertrand Cantat.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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09/05/2011

Foutez la paix à Rappaz !

 

Sur le vif - Lundi 09.05.11 - 16.10h

 

Je n’ai aucune sympathie pour la production industrielle de chanvre, ni pour le foin qu’a fait Bernard Rappaz, récemment, avec sa grève de la faim. Mais le nouveau procès qu’on lui intente, devant le Tribunal de district de Martigny, est le procès de trop. Cet homme purge déjà une peine de 5 ans et 8 mois de prison, ce qui est hallucinant par rapport à ce qu’il a commis, une peine à laquelle bien des criminels de sang échappent, ne parlons pas des grands escrocs bancaires. Cette sentence a été confirmée, nous sommes dans un Etat de droit, il doit donc la purger, c’est entendu, mais les 28 mois supplémentaires requis par le procureur de Martigny, c’est purement et simplement du délire. Il y a un moment où il faut commencer à parler d’acharnement judiciaire.

 

La grève de la faim, oui, était une tentative de camouflet à l’Etat de droit. Oui, Bernard Rappaz doit accomplir sa peine. Il a maintenant tout perdu, il est ruiné, sa ferme a été vendue aux enchères. Alors, de grâce, qu’on lui foute la paix. Ces 28 mois supplémentaires, réclamés par le procureur, sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase. La justice valaisanne a mieux à faire que de s’acharner sur un homme.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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